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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 00:00

 

     Cet irrésistible appel à reconnaître intuitivement, sans raisonnement, passionnément, dans l'être-là de la statue, un être qui doit avoir vécu et ne pouvait que lui être conforme, ressemble bien, à une sorte de vertige, qu'on pourrait appeler "vertige du réalisme".   

 

 

 

Roland  TEFNIN

Les yeux et les oreilles du Roi

 

pp. 147-56

 

 

 

     Après avoir découvert une première figuration de Sésostris III (BM EA 686) au bas de l'escalier menant à l'exposition qui lui est consacrée au Palais des Beaux-Arts de Lille dans lequel nous déambulons, vous et moi, amis visiteurs, depuis le 4 novembre dernier, et nous être posé l'une ou l'autre question quant à la statuaire royale égyptienne de cette partie de la XIIème dynastie, nous nous sommes avancés vers l'oeil électronique qui déclencha l'ouverture de la porte coulissante sur notre droite : enfin, nous pénétrions dans l'espace muséal proprement dit et, d'emblée, étions accueillis par le prestigieux hôte de ces lieux, dont la magnifique tête en quartzite, actuellement la propriété du Nelson-Atkins Museum of Art (Inventaire n° 62-11), de Kansas City, s'affiche, tronquée plus souvent qu'entière, tant sur les murs des couloirs du métro parisien, que dans les rues de Lille, habillée de jour comme de nuit,

 

Affiche-Sesostris-III--17-octobre-2014--091.jpg            Affiche-Sesostris-III--17-octobre-2014--177.jpg

 

 

Catalogue Sésostris III (15-11-2014)

 

 

ou sur la première de couverture du catalogue de l'exposition, ainsi que du Plan/Guide de visite ...

 

 

     Dans les archives de ce musée du Missouri qui doit vous être "familier" puisqu'en mars 2011 nous y avions admiré, rappelez-vous, une statue en bois de Metchetchi, nulle mention qui se prévaudrait de l'origine de la tête exceptionnelle de Sésostris III. Unique indication : elle fut achetée par le W. Rockhill Nelson Trust en 1962. Ce qui, vous en conviendrez, se révèle archéologiquement bien maigre.


     Nonobstant, dans la notice qu'il lui consacre à la page 43 du catalogue officiel que j'évoquai à l'instant, Simon Connor, Docteur en égyptologie de l'Université libre de Bruxelles, se basant sur ses dimensions (45 centimètres de hauteur, 34,3 de largeur et 43,2 de profondeur) avance qu'avec d'autres fragments disséminés dans d'autres musées, il se pourrait qu'elle appartienne à l'une des statues assises du souverain mises au jour à Tell Nabasha et Tell el-Moqdam (Delta oriental), actuellement dans les collections du British Museum.  

 

     Mais là ne réside pas l'essentiel sur lequel il m'agréerait, ce matin, de vous entretenir : tout acquis aux théories des Professeur Roland Tefnin, de l'Université libre de Bruxelles, auquel j'ai emprunté l'incipit de ce mardi et Dimitri Laboury, de l'Université de Liège, le second ayant été le brillant étudiant du premier, je voudrais, dans un premier temps, vous rendre attentifs à quelques particularités de la physionomie de Sésostris III au départ de ce visage qui nous accueille aujourd'hui, puis, dans un second, en en examinant d'autres dans la première section de l'exposition.

 

     Il ne fait pour moi aucun doute que votre regard, au-delà du nez brisé qui défigure très souvent les statues égyptiennes, s'est posé avec interrogation sur deux traits caractéristiques de ce visage : l'ampleur démesurée des oreilles du souverain et le traitement de ses yeux.

 

     Si, de tels pavillons, Edmond Rostand avait affublé son Cyrano, je gage que ce n'eût pas été à propos de son nez qu'il se fût gaussé dans cette éblouissante tirade qui le rendit célèbre.

 

     Pouvez-vous concevoir un seul instant, amis visiteurs, que des oreilles aussi épaisses, aussi largement déployées aient été l'apanage d'un humain normalement constitué ? Qu'elles aient en outre été une tare qui perdura de maison royale en maison royale au point d'ainsi marquer pendant des siècles - en fait, jusqu'à la XVIIème dynastie ! -, du sceau d'un stigmate ressortissant au domaine de la tératologie humaine - à l'instar, souvenez-vous, de certaines plantes du Jardin botanique de Thoutmosis III relevant de la tératologie végétale -, les portraits des souverains qui se sont succédé sur le trône d'Égypte ?

 

     Pis : pouvez-vous un seul instant imaginer que les artistes pharaoniques furent, quelque trois cents cinquante ans durant, incapables de rendre dans la pierre l'exacte dimension, l'exact profil d'une oreille ?

 

     Dès lors, si aucune anomalie congénitale il n'y eut ; si pas davantage incompétence dans le chef des artistes il n'y eut, comment analyser ce "détail" du visage de ce roi ?

 

     Autre caractéristique de son faciès qui doit aussi manifestement vous interpeller : la manière dont l'artiste a traité ses yeux. Globuleux, saillants, encadrés par une paupière lourde, anormalement épaisse, et soulignés par quelques cernes, ils sont en outre surmontés par des rides qui barrent le front, entre le némès et l'arcade sourcilière bien marquée. 

 

     Dès lors, si aucune anomalie congénitale il n'y eut ; si pas davantage incompétence dans le chef des artistes il n'y eut, comment analyser ces "détails" de la physionomie de Sésostris III ?


     D'abord en réfutant catégoriquement les analyses des premiers exégètes de la statuaire de la XIIème dynastie - mais leurs "explications" ont-elles vraiment et définitivement disparu en ce début de XXIème siècle ? -, qui voulurent y voir des preuves absolument incontestables, des preuves on ne peut plus réalistes de la lassitude, de l'épuisement d'un monarque âgé, fatigué par un règne éreintant.

 

     Ah, ce réalisme que les premiers égyptologues prêtèrent aux figurations de Sésostris III ! Est-il si évident, ce réalisme, quand on a l'opportunité d'examiner des oeuvres plus complètes ?

 

     Pour aller à leur rencontre, pénétrons, voulez-vous, plus avant dans la première section de l'exposition

 

Vue-d-ensemble---premiere-partie-expo.jpg

 

et dirigeons-nous vers le mur du fond, sur notre droite.

 

     Toutes deux ont été prêtées par le Musée du Louvre parisien. 

 

     L'une, (E 12961)

 

      Sesostris-III---Louvre-E-12961.jpg

 

 

avant de venir ici à Lille, s'y trouvait exposée au premier étage de l'aile Sully, en cette salle 23 dévolue au Moyen Empire, sur un socle à droite de la vitrine 13 dans laquelle on admire un célèbre linteau (à Lille également, et sur lequel je reviendrai vraisemblablement bientôt ...) ; et l'autre, (E 12960), sur le socle de gauche.

 

 

Sesostris-III---Louvre-E-12960---c-C.-Decamps.jpg

(© Louvre - C. Décamps)

 

 

     Toutes deux ont été réalisées dans le même matériau - de la diorite porphyrique, parfois aussi nommée gabbro - et proviennent du même temple de Médamoud, en Haute-Égypte, voué par Sésostris III au dieu Montou.  

             

     Doit certainement ici aussi vous sauter aux yeux, amis visiteurs, - tout comme avec les statues du Bristish Museum que nous avons découvertes mardi dernier, grâce à un cliché de mon amie liégeoise Christiana (encore merci à toi), dont celle de gauche (BM EA 686) nous attendait devant le mur jaune, au pied de l'escalier menant à ce second sous-sol -,


 

Sésotris III (les 3 du British - Christiana)

 

 

le torse du souverain, à chaque fois voulu idéalement jeune - épaules larges, pectoraux de rêve, ventre plat, taille fine -, fait probablement pâlir d'envie bien des adeptes des actuelles salles de musculation.  

 

     Peut-on encore de nos jours, et sans provoquer l'hilarité générale, alléguer la notion de réalisme pour caractériser la statuaire de Sésostris III - et plus tard, de son successeur, Amenemhat III -,  quand on prend conscience de cette flagrante incompatibilité qui existe entre son visage aux oreilles anormalement démesurées, aux yeux prétendument fatigués par le pouvoir, aux rides censées souligner la vieillesse et ... sa parfaite musculature juvénile ?

 

     Posons maintenant - c'est inévitable -, la question tout autrement : et si ces oreilles, et si ces yeux, et si ce visage, et si ce torse étaient à considérer, non comme de simples attributs physiques, mais plutôt comme de vrais concepts ?

 

     Pour les oreilles, par exemple, la notion évidente de l'écoute, de l'attention portée aux propos de l'autre, de la vigilance envers autrui serait incontestablement convoqué. Alors, et sans hésitation aucune, pourrais-je faire mienne cette interprétation de Roland Tefnin qui voyait en elles : "l'image sémiotique du roi qui écoute et comprend, du roi bienveillant et communicateur."

 

     Et relèverait d'un même processus sémiologique le fait d'attribuer au roi, au niveau des yeux, des rides, des cernes, des traits d'un visage que l'on a défini par le passé comme exagérément las, alors qu'ils soulignaient plus spécifiquement des concepts tels que la sollicitude, la vigilance et son intérêt pour son peuple.


    Un peu de fatigue, certes, mais nullement négative puisque, parallèlement, nous l'admirons dans tout l'éclat de sa jeunesse physique ; comprenez : mise en évidence de sa vaillance, de sa capacité d'éventuellement se battre pour le bien-être du Double Pays.

 

     Grâce à ces portraits en ronde-bosse - ou en bas-relief, comme nous le verrons bientôt -, vous êtes donc là en présence, amis visiteurs, de signifiants physiques délibérés, parfaitement étudiés par les artistes, soutenus qu'ils étaient par le pouvoir, aux fins de mettre en exergue les éléments cardinaux d'une expression médiatique semblable à celle, - il vous faut en être conscients -, que vous lirez à l'envi dans la littérature de l'époque qui, grâce à la médiation de contes, d'instructions et d'hymnes royaux met en évidence les indiscutables aptitudes de gouvernant de Sésostris III.  

 

     En d'autres termes, ces compétences royales que traduit l'oeuvre sculptée, compréhensibles par le plus grand nombre auquel l'image "parlait", et qu'évoque l'oeuvre littéraire, comprise seulement par une certaine élite intellectuelle, tendent vers une seule et même finalité : faire admettre aux Égyptiens le message, éminemment politique, éminemment idéologique aussi, d'un roi hors du commun, d'un roi idéal qui n'est à la tête du pays et de ses habitants que pour permettre à la Maât de prendre jour après jour le pas sur Isefetque pour permettre au Bien de triompher du Mal

 

     Bien avant que notre Occident s'imagine qu'au commencement était le verbe, les Égyptiens avaient déjà compris que, pour atteindre la majorité de la population, il fallait s'organiser pour qu'au commencement fût l'image.

 

     Propagande politique ? Manipulation idéologique avant la lettre ?

     Cela pourrait en effet se concevoir ...et constituer un autre débat ...

 

     Pour l'heure, - et en pastichant quelque peu le titre d'un article de l'égyptologue allemand Dietrich Wildung, spécialiste de cette époque -, je me contenterai de conclure en avançant que la statuaire de Sésostris III, magnifiquement mise en valeur dans cette exposition que nous découvrons de conserve, semaine après semaine au Palais des Beaux-Arts de Lille, peut être envisagée comme un remarquable écrit ... sans écriture.

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III. Un défi pour les historiens de l'art égyptien, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64.

 

ID.

Réflexions sur le portrait royal et son fonctionnement dans l'Égypte pharaonique, dans KTEMA, Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Volume 34, Recherches sur le portrait dans les civilisations de l'Antiquité. Représentation individuelle et individualisation de la représentation, Université de Strasbourg, 2009, pp. 175-96. 

 

 

 

TEFNIN  Roland

Les yeux et les oreilles du Roi, dans BROZE M. et TALON Ph., L'Atelier de l'orfèvreMélanges offerts à Philippe Derchain, Louvain, Peeters, 1992, pp. 147-56.

 

 

 

WILDUNG  Dietrich
Ecrire sans écriture. Réflexions sur l'image dans l'art égyptien, dans TEFNIN Roland (s/d) La peinture égyptienne ancienne. Un monde de signes à préserver, Monumenta Aegyptiaca 7, (Imago 1), Bruxelles, F.E.R.E., 1997, 11-6. 

 

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 00:00

 

      Seule une momie de pharaon, lorsqu'elle a été préservée, donne peut-être une information de première main sur la vie privée du sujet : quel était réellement son aspect, de quelles maladies a-t-il souffert, de quoi est-il mort ?

     Dans le cas précis des rois du Moyen Empire égyptien, cette information-là n'est même pas disponible, aucun corps n'ayant été retrouvé dans les chambres funéraires des pharaons de la XIIème dynastie.

     Que reste-t-il, alors, d'une éventuelle biographie de Sésostris III ?

 

 

 

Pierre  TALLET

Sésostris III et la fin de la XIIème dynastie

 

Paris, Pygmalion, 2005

p. 8

 


 

     La semaine dernière, souvenez-vous amis visiteurs, je vous ai conviés à délaisser un temps notre "terrain de jeu" habituel, la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre et à emprunter, qui sa voiture, qui le Thalys en provenance de Paris ou de Bruxelles aux fins de tous nous retrouver dans la plus flamande des villes françaises,

 

Frontons-a-redans.jpg

 

 

dans cette si belle "Capitale des Flandres", comme la tradition aime à définir la métropole lilloise ; puis, plus spécifiquement encore en son prestigieux Palais des Beaux-Arts,

 

 

Palais-des-Beaux-Arts.jpg

 

le plus grand musée de France, après le Louvre, évidemment.

 

     Les conditions atmosphériques s'y prêtant admirablement, j'avais pour ma part, observateur admiratif de ces pignons flamands à pas de moineaux, préféré m'y rendre au pas de course, en voiture décapotée ...


 

--Mon---capot-.jpg

 

 

     En prémices à l'"événement" pour lequel nous avons tous consenti ce déplacement vers le Nord, nous découvrîmes le samedi matin, dans l'atrium,

 

 

 Atrium-blanc.jpg

 

une autre exposition - Voyage au bout de la vie - proposant la réflexion personnelle de deux artistes contemporains, Antony Gormley et Wolfgang Laib, quant à la croyance égyptienne en une éternité post mortem.

 

     Nous étions ensuite descendus vers le deuxième sous-sol pour nous arrêter au bas des marches, devant l'entrée de l'espace muséal proprement dit faisant la part plus que belle à un souverain égyptien et à son époque, la XIIème dynastie (Moyen Empire), intitulé Sésostris III, pharaon de légende ; titre qui, ceci précisé au passage, reprend la première partie de celui d'un article fondateur que Michel Malaise (Université de Liège) publia en 1966 dans la Chronique d'Égypte ; ce dernier ajoutant pour sa part : ... et d'histoire

 

 

 Mur jaune, niche Sésostris British Museum

 

 

     L'aire dédiée à cette toute première manifestation égyptologique lilloise fut par les Commissaires, Mesdames Guillemette Andreu-Lanoë, Conservatrice générale et Directrice honoraire du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre à Paris et Fleur Morfoisse, Conservatrice des Antiquités et des Arts décoratifs du Palais des Beaux-Arts de Lille, subdivisée en quatre sections distinctes, géométriquement d'inégale importance, certes, mais toutes d'un très grand intérêt.

 

 

Sesostris-III---Plan-exposition--OsirisNet-.jpg

 

(©  OsirisNet - Merci Thierry)

 

 

     Si la deuxième partie de l'itinéraire qui sera nôtre dans les semaines à venir - Un Empire toujours plus vaste, (en rouge sur le plan ci-dessus) -, mettra l'accent sur l'aspect guerrier de la personnalité du souverain, ainsi que sur les fouilles entreprises voici un demi-siècle par l'Université de Lille III sur les terres de la Nubie soudanaise qu'il avait jadis conquises ; si la troisième - Le monde des dieux, le monde des morts, (en bleu sur le même plan) -, évoquera les croyances religieuses et les rites funéraires, et nous offrira en outre l'opportunité d'accéder à l'intérieur de la chapelle du nomarque Djehoutyhotep, à Deir el-Bersheh, monument reconstitué en 3D ; et si la quatrième et dernière - La légende de Sésostris, (en vert) -, insistera sur la vénération posthume dont il fut gratifié, c'est évidemment la toute première section - Le pharaon, sa cour et ses sujets, (en jaune) -, qui monopolisera d'abord notre attention.

 

     Vous vous doutez bien, j'espère, que je n'aurai ici, au sein de mon modeste blog, nulle prétention à l'exhaustivité : j'escompte en effet plébisciter des pièces qui me paraissent représentatives ou qui constituent des "coups de coeur" particuliers, aux fins de créer chez vous un inextinguible besoin : celui de vous rendre toutes affaires cessantes à Lille.  

 

     De sorte qu'à l'heure actuelle, je suis dans l'incapicité totale d'estimer le laps de temps pendant lequel, de mardi en mardi, je vous retiendrai en son Palais des Beaux-Arts pour admirer de conserve les "trésors" que cette remarquable exposition recèle, - je me suis laissé dire qu'il s'agissait de la première au monde entièrement consacrée à ce souverain, le cinquième d'une XIIème dynastie qui en compta huit.

 

 

      Le Professeur Malaise, Sésostris ... Les plus assidus parmi vous se souviendront peut-être de ces deux noms associés pour avoir lu ici, sur mon blog, la traduction que j'avais proposée à l'été 2012 du célèbre Roman de Sinouhéréalisée sous la férule du Maître lors de mes études à l'U.Lg.

     Mais là, il s'agissait de Sésostris Ier

 

     Alors que les enseignants des écoles secondaires nous ont à l'envi essentiellement familiarisés avec les incontournables Thoutânkhamon et Ramsès II, que savons-nous du Sésostris "lillois", mis à part qu'il fut le troisième et dernier du nom ?

 

      De quelles sources disposons-nous en vue d'esquisser la personnalité de ce souverain ?

     

     Convoquons d'abord à la barre, voulez-vous, les auteurs classiques tels Aristote, Erathostène, Strabon, Diodore de Sicile, Pline l'ancien, Hérodote bien sûr, le premier d'entre eux, pour ne citer parmi tant d'autres que ceux auxquels j'ai déjà moult fois fait allusion, qui l'évoquent peu ou prou, mêlant sans discernement des événements que l'on sait maintenant avoir été propres à Amenemhat Ier ou à Sésostris Ier, ses prédécesseurs immédiats à la même XIIème dynastie, voire à Séthi Ier ou à Ramsès II, lointains successeurs de la XIXème dynastie, pour brosser la geste du souverain en lui prêtant qui le nom de Sésonchôsis, qui celui de Sésoôsis, ou Séthosis, ou encore Sostris ... 

 

     S'autorisant de la tradition grecque, la communauté égyptologique contemporaine retient Sésostris.

 

     Pour les anciens Égyptiens, il naquit Senousret, comprenez : "L'homme de la Puissante", c'était son nom de "Fils de Rê", entouré d'un cartouche, son "praenomen", diront plus tard les Romains, la cinquième et dernière appellation de sa titulature. Puis, en guise de nom de trône, de nom de roi de Haute et Basse-Égypte donc, constituant la quatrième appellation de sa titulature officielle - elle aussi inscrite dans un cartouche -, il choisit personnellement Khakaourê, c'est-à-dire : les Ka(ou) de Rê apparaissent  :


 

Cartouches-de-Sesostris-III.jpg

 

 

     Tout se complique aux yeux des égyptologues quand il s'agit de considérer sa famille. L'absence et l'imprécision des documents exhumés sont telles qu'une extrême prudence s'impose. Ainsi Pierre Tallet estime-t-il, quand il aborde ce sujet, devoir assortir ses propos d'adverbes ou de locutions adverbiales portant haut l'incertitude (probablement, peut-être, sans doute) ou encore de formules introductives peu péremptoires (il est vraisemblable que, il est possible que), sans oublier l'emploi du mode conditionnel dans la conjugaison de ses verbes.  

 

     Foin de circonlocutions, mais néanmoins gantés, fournissons ici quelques données : succédant à Sésostris II, "notre" Sésostris III serait le fils de Khenemet-nefer-hedjet, entendez : "Celle qui s'unit à la couronne blanche"une des épouses de ce prédécesseur.

     Toutefois, cela ne signifie nullement que Sésostris II soit bien son père.

 

     Ce qui "ravit" les généalogistes et entraîne en leur chef d'interminables discussions, c'est que la propre compagne de Sésostris III portait elle aussi le nom de Khenemet-nefer-hedjet.

Parfois, dans les documents d'époque, l'homonymie entre les deux reines, mère et belle-fille, entraîna la nécessité d'ajouter un adjectif évaluant approximativement son "âge" : ouret, l'ancienne et khered, la jeune ; ce qui devint en Égypte par la suite habitude récurrente dans semblables circonstances.  

 

     Je ne pense pas que s'en souvinrent les hommes du Moyen Âge qui, quand ils souhaitèrent établir une distinction entre les différents Jean, Jacques, Pierre ou Paul qui de plus en plus peuplaient les villages, les affublèrent eux aussi de surnoms qui les caractérisaient, comme vieux, jeune, grand, petit, beau, etc. De sorte qu'au moment de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts signée par François Ier en 1539 pour imposer la langue française dans les écrits administratifs, notamment dans les registres d'Etat-Civil qui remplacèrent les anciens registres paroissiaux tenus par les ecclésiastiques, cela donna naissance à ce que l'on appelle désormais nos noms de famille.

    

     Lejeune, pour ne prendre qu'un exemple parmi les plus importants , - à tout le moins les plus fréquents, voire les plus banals -, doit comme beaucoup d'autres son origine à cette coutume onomastique inhérente vraisemblablement plus à l'accroissement de la population médiévale qu'à la réminiscence des appellations égyptiennes.

 

     Mais revenons à Sésostris III pour ajouter que la reine Khenemet-nefer-hedjet (la jeune) qui, si l'on en croit la statuaire, semble être la principale de ses épouses officielles, n'est pas nécessairement la mère de son fils et successeur Amenemhat III dans la mesure où aucune source ne nomme celle qui réellement le mit au monde.

 

     Jusque là, vous me suivez tous ?   

 

 

     Avant de franchir la porte vitrée, là-bas, sur notre droite,

 

 

 Entrée exposition Sésostris III

 

portons notre regard sur la toute première oeuvre, la statue présentée sur le socle qui se détache de ce "petit pan de mur jaune", face à nous. 

 

 

     Détenue par  le British Museum (BM EA 686), provenant de la colonnade supérieure du temple funéraire de Montouhotep II, à Deir el-Bahari, elle fut taillée dans du granodiorite.

 

Sesostris-III--British-Museum.jpg

(© British Museum)

 

 

     D'une hauteur de 142 centimètres, d'une largeur de 56 et d'une profondeur de 53, elle nous familiarise avec une première figuration de Sésostris III debout, relativement mutilé au niveau des membres : jambes et bras ont disparu, ne susistant que les mains ouvertes posées à plat sur son pagne à devanteau triangulaire, dans l'attitude révérencieuse qui s'imposait face à une divinité mais qui, eu égard à son emplacement d'origine, matérialise plus certainement le respect dû à ce Montouhotep II qui réunifia l'Égypte à la XIème dynastie, après les troubles de la Première Période Intermédiaire qui suivirent la chute de l'Ancien Empire.


     Ce monument faisait d'ailleurs partie d'un ensemble de sept effigies identitaires semblables que le roi avait souhaitées grandeur nature aux fins que son peuple les aperçût depuis la rive opposée du Nil, à Karnak, et qu'il comprît ainsi à travers elles la déférence, la reconnaissance qu'il vouait à celui qui l'avait devancé sur le trône de quelque 150 années.


 

     Trois d'entre elles vous attendent côte à côte si, d'aventure, vous vous rendiez à Londres, avec, les chapeautant, deux fragments de linteau présentant le dessus d'un des cartouches du souverain ....

 

 Sesotris-III--les-3-du-British---Christiana-.jpg

(Merci à toi, Christiana pour ce beau cadeau ...)

 

 

     Déprenez-vous, amis visiteurs, de cette idée - qu'eurent d'ailleurs les premiers égyptologues bien avant vous, je vous rassure ! -,  que vous êtes là en présence de photographies pétrifiées et en trois dimensions, pour reprendre l'excellente image de l'égyptologue belge Dimitri Laboury ; que vous êtes en présence de portraits volontairement réalistes d'un homme vieilli, logiquement fatigué par la vie ou d'un roi usé par la fonction ...

 

     D'abord, et même si les "écoles" égyptologiques ne parviennent pas encore à se mettre d'accord quant à son ascendance et à sa descendance, je viens tout à l'heure de quelque peu insister là-dessus, et guère plus sur la longueur de son règne, il paraît vraisemblable qu'il ne gouverna qu'une petite vingtaine d'années, 19 ans constituant le nombre actuellement retenu.

     Exit donc l'argument qui voudrait qu'il portât sur son visage les stigmates d'un pouvoir qui l'eût épuisé avant l'heure !

 

     Ensuite, je n'aurai, en cela précédé par le grand connaisseur de l'art égyptien qu'était feu l'égyptologue belge Roland Tefnin et par son épigone de talent qu'est mon ami Dimitri Laboury, qu'une question à vous poser pour définitivement mettre à mal cette conception surannée : pensez-vous vraiment que les artistes égyptiens de cette époque étaient à ce point incompétents qu'ils ne furent pas à même, alors qu'ils étaient aptes à vieillir les traits d'un visage dans la pierre, d'obtenir semblable résultat pour ce qui concerne le corps du roi ? Car, et vous l'aurez évidemment remarqué, cet homme aux traits tirés a miraculeusement conservé une carrure d'athlète musclé, aux pectoraux bien dessinés, à l'allure franchement sportive et juvénile !

     En défintitive, le rêve de tout homme atteignant la cinquantaine, et plus ...

 

     Mais qu'est-ce donc qui motiva cette dichotomie entre le rendu facial et celui  du corps ?

 

     C'est, grâce à quelques autres "portraits" que nous croiserons dans l'exposition, ce que je me propose de vous expliquer la semaine prochaine en convoquant cette fois non plus les auteurs antiques mais des égyptologues contemporains ... si tant est que vous ayez encore envie de me rejoindre ici, au deuxième sous-sol du Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

     A mardi  ??

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

LABOURY  Dimitri

Le portrait royal sous Sésostris III et Amenemhat III, dans Egypte, Afrique & Orient 30, Avignon, Centre vauclusien d'égyptologie, 2003, pp. 55-64. 

 

 

MALAISE  Michel

Sésostris, pharaon de légende et d'histoire, dans CdE Tome XLI, n° 82, Bruxelles, F.E.R.E., Juillet 1966, pp. 244-72. 

 

 

TALLET  Pierre

Sésostris III et la fin de la XIIème dynastie, Paris, Pygmalion, 2005, pp. 11-21. 

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 00:00

 

     Je suis intimement persuadé que l'art est intemporel, l'art est au-delà du temps et de l'espace. Cet art est universel, il est l'expression de toute l'humanité, de tous les temps. C'est un énorme défi à relever, mais c'est également une énorme responsabilité à endosser. Et comme il est beau de voir que l'on peut faire quelque chose de similaire à ce qui a été fait il y a 3500 ans.


 

Wolfgang  LAIB

 

repris de

Régis COTENTIN

Voyage au bout  de la vie

 

dans Catalogue de l'Exposition Sésostris III, Pharaon de légende,

Gand, Ed. Snoeck, 2014

p. 273.

 

 

 

     Pour cette rentrée après notre congé de Toussaint, la logique eût voulu que ce matin, amis visiteurs, je vous entretinsse de la dernière catégorie de fruits présents sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiqutés égyptiennes du Musée du Louvre que nous détaillons de conserve depuis un long temps maintenant.

 

     Mais comme vous l'aurez assurément remarqué in situ, ce petit présentoir vitré semble avoir été quelque peu dépouillé de certains de ceux que j'avais évoqués avec vous.  

 

     Acte malveillant ?

     Rapide aller-retour dans les ateliers de rénovation des sous-sols ?      

     Que nenni ! 

 

     Ils ont tout simplement émigré vers d'autres cieux égyptophiles où j'ai éprouvé l'envie - ou l'irrésistible besoin - d'aller les saluer. En voisin. 

      Cela vous agréerait-il de m'accompagner pour une petite escapade dans le Nord-Pas-de-Calais, dans la "Capitale des Flandres" ?

À Lille très exactement ? 

 

     Inutile que les trompettes de la Renommée juchées sur le faîte de la Porte de Paris, à l'une des anciennes entrées fortifiées de la ville, entonnent le péan aux fins de célébrer notre arrivée ;

 

 

Porte-de-Paris.jpg

 

ou que des brassées de fleurs nous accueillent en gare de Lille-Europe.

 

Tulipes---Sortie-gare-Lille-Europe.jpg

 

 

     Ne dérangeons pas Martine Aubry pour si peu ! Madame le Maire préfère polémiquer par presse interposée avec le Président François plutôt que nous offrir des tulipes de bienvenue, fussent-elles de Japon au lieu de Hollande.

     Et acheminons-nous dans le plus strict anonymat vers la place de la République.

 

 

     Le Palais des Beaux-Arts de Lille ne représentait pour moi qu'un vague reflet du style dit "Belle Époque" qui caractérisa la fin du XIXème siècle


 

Arriere-du-Palais-des-Beaux-Arts---Batiment-administratif.jpg

 

 

jusqu'à ce jour récent où  il s'offrit tout entier à mes yeux, tel un Neptune anadyomène s'ébrouant des flots,

 

 

Palais-des-Beaux-Arts--Facade-.jpg

 

 

majestueux, d'une prestance qu'assoit l'heureux équilibre de colonnes et de frontons habillant d'esthétique les hautes fenêtres en plein cintre, parfaite harmonie architecturale que l'on croirait surgie de la somptueuse Renaissance italienne ... si l'on ne prenait garde à la présence de toits à la française.

 

     C'est en son sein que, depuis ce 9 octobre et jusqu'au 25 janvier 2015, se sont blottis, outre quelques monuments cardinaux, un certain nombre de modèles de fruits et légumes sur lesquels nous nous sommes abondamment penchés au Louvre.

 

 

 Fruits - Lille (© Alain Guilleux)

 

 

     Mais que sont-ils donc venus faire en cette vitrine ? Pourquoi ont-ils souhaité changer de palais, quitter celui, parisien, des anciens rois de France et s'installer dans celui des Beaux-Arts lillois ? Préjugeaient-ils de définitivement échapper à notre présence ? Envisageaient-ils d'ainsi se soustraire à nos regards scrutateurs ? Espéraient-ils recouvrer un peu de cette quiétude dans laquelle ils somnolaient avant qu'ÉgyptoMusée vînt les importuner avec ses questionnements térébrants ?


     Pour l'heure, - et si j'en juge par ce que j'ai pu observer deux jours consécutifs -, ils seront, à l'avant-plan de cette petite vitrine, vraisemblablement moins ignorés à Lille qu'à Paris dans la mesure où ils ne sont pas oubliés dans un immense complexe de trente salles se succédant sur deux étages, mais figurent au sein d'une exposition dédiée à un seul souverain de ce que, après l'égyptologue allemand, Professeur-Docteur Dietrich Wildung, il est convenu d'appeler L'âge d'or de l'Égypte, le Moyen Empire et plus spécifiquement la XIIème dynastie, ce Sésostris III à propos duquel tout Lillois converse en public  

 

 

093.jpg

 

et dont fait brillamment état toute la ville, de jour comme de nuit.

 

 178.jpg

 

 

     Il est exactement 10 heures, ce samedi 11 octobre : les portes du prestigieux musée s'ouvrent enfin ...

 

     Maintenant que nous avons reçu notre petit badge identificatoire, pénétrons de conserve, voulez-vous, dans le hall d'entrée qu'éclairent notamment deux imposants lustres en verre coloré - 6 mètres de diamètre -, oeuvre de l'artiste italien Gaetano Pesce,  

 

 

Hall-du-Palais-des-Beaux-Arts.jpg

 

 

et, tout de go, dirigeons-nous vers l'atrium, là-bas, sur notre gauche, pour découvrir dans ce lumineux espace, prémice à l'exposition égyptologique proprement dite, au sein d'oeuvres de deux artistes contemporains, le rapport qui est leur à la croyance des antiques habitants des rives du Nil en une vie post mortem : l'Anglais Antony Gormley et ses sculptures anthropomorphes creuses, et pourtant remplies d'air, en plomb, fibre de verre et plâtre, répondant avec bonheur à celles de l'Allemand Wolfgang Laib, - dont j'ai retenu une réflexion pour constituer l'exergue de ce jour.

 

     Ainsi, dès l'entrée, apercevons-nous, fulgurante métaphore du voyage de l'ici-bas à l'ailleurs éternel, ce corps d'homme couché, momifié, (Gromley, Rise) que, vers sa seconde vie matérialisée sur l'autre rive du fleuve par l'architecture pyramidale des premiers temps, (Laib, Ziggurat), escalier ici en cire d'abeilles invitant le défunt à s'élever vers la lumière,  - les abeilles étant, dans l'Égypte antique, l'artiste nous le rappelle au passage, symboles de résurrection, d'immortalité -, pourrait emporter l'une des 88 barques solaires en cuivre doré (Laib, Passageway, Inside-Downside) posées sur des vaguelettes de riz.   


Atrium.jpg

 

 

     Observant ce paysage nilotique du haut de son cou démesurément long, un autre personnage, (Gormley, Tree), humain analogiquement obélisque s'élevant fièrement vers l'empyrée, porte ainsi à plus de quatre mètres de hauteur son regard sur l'au-delà de notre simple horizon.

 

 

Atrium--2-.jpg

 

 

     Face à lui, de l'autre côté de l'atrium, une troisième oeuvre de Gromley (Home and the World II) nous permet de croiser un être en marche vers son destin, arborant sa longue maison de mémoire, symbole des nombreux souvenirs d'une vie entière, en parfait équilibre comme le sont, dans la scène de la psychostasie du Tribunal osirien, les plateaux de la balance pour les défunts qui ont avancé dans la vérité, l'ordre et la justice.

 

 

Atrium--3-.jpg

 

 

     "Dans le souvenir de l'Art égyptien, les oeuvres de Wolfgang Laib et d'Antony Gormley renvoient à la question de la représentation d'une transcendance qui dépasse les théories religieuses. Elles traduisent une intuition spirituelle par l'expérience des sens. Elles soutiennent qu'une Présence est ancrée dans notre relation à l'oeuvre d'art, et qu'elle est fondée sur l'hypothèse non de Dieu ou d'autres divinités particulières mais d'une transsubstantiation de l'énigme de la Création."  

 

     (Régis COTENTIN, Voyage au bout  de la vie, dans Catalogue de l'Exposition Sésostris III, Pharaon de légendeGand, Ed. Snoeck, 2014, p. 270) 

 

      ***

 

     Empruntons à présent un autre escalier, bien réel celui-là, qui nous conduira au coeur même de la raison pour laquelle nous avons tous entrepris cette escapade vers Lille, au deuxième sous-sol de son Palais des Beaux-Arts.

 

 

Entree-exposition-Sesostris-III.jpg

 

 

     Si la visite de cette prestigieuse exposition en ma compagnie vous tente, amis visiteurs, je vous propose de nous avancer de conserve vers la porte coulissante vitrée, là, sur notre droite, le 11 novembre prochain ...  

 

     A mardi ? 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 23:00

 

      Nous voici aujourd'hui arrivés au terme de notre visite de l'exposition Visions d'Egypte qui s'est tenue à la Biliothèque nationale de France, "Quadrilatère Richelieu", en collaboration avec le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre en ce printemps 2011 dans l'intention de rendre un hommage appuyé à un ingénieur civil du XIXème siècle, originaire du Nord de la France, aux talents multiples et quasiment ignoré du grand public, devenu égyptologue et orientaliste : Emile Prisse d'Avennes.

 

     Je présume - et j'espère - que pour vous, amis lecteurs, dans la mesure où nous l'avons abondamment côtoyé depuis le 18 juin dernier, il n'est plus vraiment un inconnu.


 

     Là où maintenant nous nous retrouvons dans la Galerie Mansart, c'est-à-dire immédiatement après les deux tables-vitrines détaillées lors de notre précédente rencontre et qui, en quelque sorte, en constituaient une introduction, un dernier espace central, tout de bleu revêtu - comme le premier, souvenez-vous, tout à l'entrée de la salle, dans lequel nous avions pu admirer les calques réalisés par Prisse pour rendre compte de certaines des scènes de l'hypogée du vizir Rekhmirê, -, a été aménagé pour la mise en valeur d'un papyrus que nous allons (re)découvrir sans tarder : l'Avesnois le ramena d'Egypte en 1844, au terme de sa première mission, et l'offrit à la Bibliothèque royale, comme on la définissait à l'époque. 

 

     Vous vous souviendrez que je vous avais déjà présenté ce précieux recueil quand, le samedi 22 janvier, nous avions commencé à nous intéresser à l'Enseignement de Ptahhotep : il s'agit de ce que le monde égyptologique a depuis pris l'habitude de nommer Papyrus Prisse.

 

     Sans bien évidemment recommencer l'intervention que je lui consacrai en février dernier à laquelle, d'un simple clic, il vous suffira éventuellement de vous reporter, j'aimerais néanmoins rappeler que ce document d'un peu plus de 7 mètres de long datant approximativement de 1800 avant notre ère, soit du milieu de la XIIème dynastie, au Moyen Empire, comporte deux recueils sapientiaux d'un intérêt cardinal dans le corpus littéraire de l'Egypte antique : d'inégale importance - l'Enseignement pour Kagemni étant nettement plus court que celui de Ptahhotep qui, lui, court sur presque l'ensemble du rouleau initial -, les deux textes lisibles aujourd'hui sont séparés l'un de l'autre par un espace "vide" de 1,63 mètre.

 

     En fait, il appert - et des analyses en cours réalisées par la technique de la photographie multi-spectrale vont peut-être en préciser les tenants et aboutissants - qu'un autre texte probablement effacé à l'Antiquité, probablement ressortissant lui aussi au domaine des Sagesses, avait été copié là.

 

     C'est ce que nous pourrons tout à l'heure constater de visu pour la toute première fois : en effet, le document ayant été sectionné en douze panneaux peu après son arrivée à Paris, ce sont 7 d'entre eux, portant les références "Egyptien 183, 185, 186, 188, 190, 191 et 194", qui exceptionnellement pour l'exposition, sont ici offerts à nos regards attentifs.

 

     Cela vous semblerait-il inapproprié si je vous confiais que j'éprouve toujours une émotion certaine quand je peux avoir ainsi accès - même avec une vitre entre nous ! - à des écrits vieux de plusieurs milliers d'années, qu'ils soient égyptiens, babyloniens, grecs ou romains ..., et quel que soit le support sur lequel un homme, un jour, a cru bon de les consigner pour que d'autres hommes d'autres jours en prennent éventuellement connaissance ?


 

     De la Bibliothèque numérique Gallica, il est cette fois parfaitement légal de télécharger la reproduction de  chacun des panneaux de ce papyrus et de les transférer sur un blog. Le mien en l'occurrence.


 

     Le cadre " Egyptien183"  rend compte du petit Enseignement pour Kagemni qui, comme tout le papyrus, se lit de droite à gauche et de haut en bas ;

 

Egyptien-183--Kagemni-.jpg

 

 

"Egyptien 185" nous permet de voir le deuxième espace quasiment complètement effacé ;

  

Egyptien-185--Texte-efface-.jpg

 

 

"Egyptien 186" correspond au début de l'Enseignement de Ptahhotep, c'est-à-dire les 73 premiers vers.

 

Egyptien-186--Ptahhotep-1-73-.jpg

 

 

      (D'un simple coup d'oeil - ou grâce à une comptabilisation laborieuse -, vous aurez évidemment compris qu'un vers ici ne correspond pas à une ligne de signes hiératiques.)

 

     Le corps du texte se poursuit dans tous les autres encadrements (à l'exposition, seuls 188, 190, 191 ont été retenus) et se termine avec "Egyptien 194", soit les vers 596 à 646 


Egyptien-194--Ptahhotep-596-fin-.jpg


avec, notamment, la conclusion de l'exorde du père à son fils :

 

Agis selon tout ce que je te dis,

heureux celui qui a reçu l'enseignement de son père ;

issu de lui, de son corps,

il était encore dans le ventre quand il lui a parlé !

Mais ce qu'il aura fait sera plus important que ce qui lui aura été dit ;

vois, le bon fils que donne le dieu,

qui sera allé au-delà de ce qui lui aura été dit,

auprès de son seigneur,

pratique la maât, sa conscience ayant agi selon son rang.

Tandis que tu me rejoindras, ton corps intègre,

le roi étant satisfait de tout ce qui est advenu, tu obtiendras des années de vie,

et ce que j'ai fait sur terre ne s'évanouira pas.

J'ai obtenu cent dix ans de vie,

que m'a accordés le roi,

mes faveurs surpassant celles de mes prédécesseurs,

pour avoir pratiqué la maât pour le roi,

jusqu'à la place de la vénération. (= le tombeau)

 

 

ainsi que le traditionnel colophon, entendez, l'achèvement de la transcription :

 

C'est ainsi qu'il (= le texte lui-même) doit aller, du début à la fin, conformément à ce qui a été trouvé par écrit. 

 

      Remarquez que, comme certains autres passages - dont le titre, sur "Egyptien 186" ci-avant, ainsi que des  parties que le scribe voulut plus particulièrement mettre en exergue -, ce colophon a été rédigé à l'encre rouge.

 

     La toute nouvelle traduction de l'Enseignement de Ptahhotep dont je vous ai à l'instant proposé un extrait a été spécialement réalisée pour l'exposition par le Professeur Bernard Mathieu, agrégé de lettres classiques, docteur en égyptologie, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry, Montpellier III et publiée aux pages 67 à 85 du catalogue édité par la BnF.


 

     Si, en entrant dans cette enclave rectangulaire centrale, c'est sur la paroi de gauche que sont exposés les cadres vitrés protégeant les feuillets du Papyrus Prisse,  sur celle de droite, plus directement didactique, court une reproduction photocopiée de l'intégralité du document, assortie de quelques explications.

 

 

Galerie-Papyrus-Prisse.jpg

 

 

     L'heure est maintenant venue, amis lecteurs, de délaisser le Papyrus Prisse et de nous diriger vers la sortie de la Galerie Mansart, non sans avoir pris le temps de jeter un coup d'oeil, sur le mur de gauche, à quelques dernières gravures et aquarelles de l'orientaliste, ainsi qu'à de nouvelles photographies d'Edouard Jarrot illustrant le thème "Publier le plus beau livre du monde", extraites de l'ouvrage Histoire de l'art égyptien et, sur celui de droite, des documents se rapportant évidemment à l'art arabe.

 

     Non sans avoir aussi, à la gauche de l'imposante porte ouvragée, admiré dans une table-vitrine un exemplaire de son Monuments égyptiens ... ouvert à la planche XX sur deux statuettes figurant un des fils de Ramsès II ; et, sur le mur, deux cadres : dans celui du dessus deux impressions photomécaniques et quatre dessins montés sur papier vélin nous permettent d'admirer des statuettes funéraires (ouchebtis) provenant de Thèbes et de Memphis, datant de la XIXème dynastie (Fonds PA, 19-I-2, F. 11-16 - Notice 84, p. 147 et reproduction p. 140 dans le catalogue) ; en dessous, une aquarelle sur papier représentant le colosse renversé de Ramsès II au Ouadi es-Seboua  (Fonds PA, 23-XVII-1, f. 26 - Catalogue p. 146).

 

     A la droite de la porte monumentale, un dernier meuble vitré contient son Album oriental, paru à Londres en 1848, dédié au naturaliste britannique George Lloyd de Brynestyn (1815-1843), avec lequel il avait fouillé à Thèbes à partir de 1839.

 

    Et c'est totalement ignorés par cette superbe Nubienne assise, à la semi-nudité plus qu'élégante et qui, en outre, baisse pudiquement les paupières, que nous quitterons définitivement la Galerie Mansart.


 

     Il me vient une idée : si, avant de nous égailler dans Paris, nous allions prendre un verre ensemble ?

Que diriez-vous du Grand Colbert, rue Vivienne, à quelques pas de la sortie des jardins de la BnF ?


 

Le-Grand-Colbert---Rue-Vivienne.jpg

 

 

     Peut-être pourrions-nous là une dernière fois évoquer ces quelques heures que nous avons ici passées à découvrir l'immense et talentueuse personnalité d'Emile Prisse d'Avennes ...

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 23:00

 

     Nous nous sommes quittés samedi dernier, rappelez-vous amis lecteurs, après avoir évoqué les premières techniques photographique mises au point au cours du XIXème siècle et, in fine, admiré quelques-uns - trop peu à mon goût ! - des 150 clichés réalisés par le jeune photographe parisien Edouard Jarrot que Prisse d'Avennes avait choisi pour l'accompagner, lui et le tout aussi jeune peintre néerlandais Willem de Famars Testas, lors de sa seconde mission en Egypte, de 1858 à 1860.

 

     Aujourd'hui, lors de notre pénultième rendez-vous consacré, dans la Galerie Mansart de la Bibliothèque nationale de France au "Quadrilatère Richelieu", à l'immense travail que réalisa l'orientaliste français Emile Prisse d'Avennes pour rendre compte des beautés de la civilisation égyptienne antique et de l'arabe contemporaine, je vous propose, avant de vous emmener samedi prochain à l'intérieur de la deuxième enclave centrale entièrement dédiée au papyrus qu'il ramena d'Egypte après sa première mission et qu'il offrit à la Bibliothèque royale, future BnF, de nous pencher sur deux tables-vitrines qui ont été disposées entre les cimaises supportant les photos de Jarrot qui furent au coeur de notre précédente rencontre : elles constituent une sorte d'introduction à la présentation du papyrus proprement dite que nous aborderons lors de notre prochaine et dernière rencontre.

 

 

     Le meuble vitré de gauche nous donne à voir le fac-similé de la lettre qu'Emile Prisse d'Avennes envoya le 25 février 1858 à François-Joseph Chabas (1817-1882) pour lui expliquer les conditions d'acquisitions du papyrus ; conditions que j'avais d'ailleurs largement évoquées en février dernier mais qu'en quelques mots je peux résumer.

 

 

      Dans cette missive à Chabas, Prisse note que c'est un des fellahs qu'il avait rémunéré pour fouiller à Drah Aboul Neggah qui vint lui proposer à l'achat, arguant maladroitement qu'il appartenait à une veuve qui, dans le besoin, désirait s'en départir.

 

     L'Avesnois soupçonna, mais ne parvint jamais à le prouver, que l'indélicat personnage le lui avait soustrait lors de fouilles réalisées sous ses ordres, espérant ainsi en retirer un certain profit en le lui revendant. Ce document qui, selon les "règles" en vigueur à l'époque, aurait dû lui revenir de droit, l'orientaliste fut certain de l'avoir en définitive payé deux fois ! Après quelques tentatives de marchandage, il versa néanmoins 1000 piastres (250 anciens francs français, soit quelque 40 €.) pour l'acquérir.

 

 

     Aux côtés de cette lettre, ici devant nous, ont été déposés une palette de scribe, une reproduction moderne d'un rouleau de papyrus littéraire datant du Moyen Empire, le magnifique godet à eau en faïence siliceuse peint au nom de Paser, vizir de Ramsès II, provenant de la vitrine 5 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre (E 5344),

 

Expo-BnF---Godet-de-Paser--E-5344-.jpg

 

 

un ostracon acquis en 2007 par le Louvre (E 32971), ainsi qu'une lettre du 31 décembre 1844 émanant du Ministère de l'Instruction publique conservée au Département des Manuscrits de la BnF et adressée au directeur de l'époque pour lui annoncer l'arrivée du précieux papyrus.

  

     Quant à la table vitrine de droite, nous y découvrons l'exemplaire référencé BnF, PHS, 4-03 A-2238 de l'étude que l'égyptologue tchèque Zbynek Zaba, rencontré au printemps 2010, publia en 1956 sur l'Enseignement de Ptahhotep ; travail que, je le rappelle, vous pouvez ici librement télécharger.

 

     Il est ouvert à une double page sur laquelle, à droite, se lisent 8 lignes de signes de l'écriture hiératique dans laquelle furent rédigées les sapiences de Ptahhotep et, à gauche, les mêmes, transposées en hiéroglyphes. En dessous de chacune d'elles, la traduction qu'en donna le savant tchèque.

 

     Avec cet ouvrage sont proposés le cahier de notes de François-Joseph Chabas qui, lui aussi, se pencha sur la même oeuvre, ainsi qu'un grand livre de quelque 50 centimètres de hauteur pour 40 de large : il s'agit de la publication que donna Prisse d'Avennes en 1847 d'un fac-similé en couleurs de "son" papyrus. Il a été ouvert de manière telle que nous apparaissent les planches VII - VIII et IX. 

 

     Après cette petite "mise en appétit", il ne nous reste plus qu'à entrer dans le couloir central qui se présente  immédiatement après les deux tables vitrées que nous venons de détailler et y découvrir le célèbre Papyrus Prisse.


      Ce sera, si cela vous agrée, le but de notre ultime présence dans cette salle le 8 octobre prochain.

 

     A samedi ?

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 23:00

 

     Si la photographie avait été connue en 1798, nous aurions aujourd'hui des images fidèles d'un bon nombre de tableaux emblématiques, dont la cupidité des Arabes et le vandalisme de certains voyageurs a privé à jamais le monde savant. Pour copier les millions et millions de hiéroglyphes qui couvrent, même à l'extérieur, les grands monuments de Thèbes, de Memphis, de Karnak, etc., il faudrait des vingtaines d'années et des légions de dessinateurs. Avec le daguerréotype, un seul homme pourrait mener à bien cet immense travail.

 

 

Dominique-François ARAGO

 

Rapport sur le daguerréotype ...

Paris, Bachelier, 1839

pp. 27-30.

 

  

Arago François

 

 

     A Paris, à la séance de la Chambre des Députés du 3 juillet 1839, ainsi qu'à l'Académie des Sciences, le 19 août suivant, l'astronome et homme politique français Dominique-François Arago défendit, dans une allocution mémorable, l'invention toute récente de la photographie ou, plus précisément, du daguerréotype, procédé photographique mis au point par Louis Jacques Mandé Daguerre.

 

     Ses arguments - allusion aux dessinateurs qui, dès 1798, accompagnèrent Bonaparte lors de sa Campagne d'Egypte, ainsi qu'à l'égyptologie naissante que le déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion, en 1822, ne pouvait que favoriser -, eurent l'heur de convaincre voyageurs, archéologues et égyptologues de terrain. Et parmi eux, Emile Prisse d'Avennes.

 

     Souvenez-vous, amis lecteurs, nous lui avons emboîté le pas tout ce mois de septembre aux fins d'admirer le talent avec lequel il a calqué, dessiné et peint ou estampé pour rendre le plus exactement compte des monuments qu'il avait croisés sur le sol égyptien, qu'ils fussent antiques ou arabes.

 

     Plus particulièrement lors de son second voyage, de 1858 à 1860, c'est la photographie - à laquelle il ne pouvait rester indifférent - qui retint son attention :  n'était-il pas l'ami proche, au point de donner à son fils le prénom de ce grand précurseur de la photographie en Egypte que fut Maxime Du Camp ? ; n'avait-il pas collaboré à l'élaboration de textes légendant la publication de clichés de l'artiste ? 

 

     Quoiqu'il en soit, pour sa relativement courte nouvelle mission en Egypte, en plus de Willem de Famars Testas que nous avons rencontré à ses côtés mardi dernier, Prisse s'adjoint les services du tout jeune, peu coûteux et pourtant déjà talentueux photographe parisien Edouard Jarrot (1835-1873)

 

     Toutes inédites parce qu'issues du fonds Prisse d'Avennes (Fonds PA) appartenant à la BnF et, plus spécifiquement des documents iconographiques conservés au sein de son Département des Manuscrits, qu'elles n'ont jamais quitté, ce sont quelques-unes de ces oeuvres - qui dépassent, et de loin, leur initial dessein à prétention documentaire -, qu'ici, dans la galerie Mansart où nous déambulons depuis quelques semaines maintenant, sur les cimaises de gauche consacrées à l'Egypte pharaonique et ensuite celles de droite, à l'Egypte arabe, nous allons dans un instant  pouvoir admirer.

 

     Mais avant cela, et sans évidemment avoir la prétention d'esquisser une histoire exhaustive de la photographie et de ses techniques, j'aimerais à grands traits quelque peu en présenter les premiers moments, ne fût-ce que pour préciser certains termes employés dans les cartels de l'exposition comme par exemple papier albuminé, papier salé, papier ciré sec, négatif papier, négatif verre ...

 

     Quand, dans la première moitié du XIXème siècle, des archéologues ou des voyageurs tels Karl Richard Lepsius ou Gérard de Nerval désirèrent utiliser les techniques les plus modernes pour immortaliser les monuments qu'ils rencontraient sur le rives du Nil, c'est tout naturellement vers le daguerréotype que, dans un premier temps, et avec des fortunes diverses, ils se tournèrent : Lepsius, pour ne citer qu'un seul exemple, ne ramena aucune prise de vue dans la mesure où il cassa malencontreusement son matériel.

 

     Car vous vous imaginez sans peine, amis lecteurs, que ce qu'il fallait, en ces temps anciens, emporter d'Europe n'était en rien comparable à nos petits appareils numériques de poche : en effet, le procédé inventé par Daguerre en 1839 consistait à utiliser une chambre obscure posée sur pieds dans laquelle on introduisait une plaque de cuivre recouverte d'une mince couche à base d'iodure d'argent, composé sensible à la lumière.

 

     Après avoir pris la photo - c'est-à-dire après avoir respecté un temps de pause qui pouvait atteindre de très nombreuses minutes -, le daguerréotype était alors placé dans une boîte en bois pour être développé sous les effets de vapeurs de mercure et ainsi donner l'image attendue.

 

     Ce procédé présentait malheureusement plusieurs inconvénients : il coûtait cher, il exigeait une préparation assez longue et difficile qui incombait à celui qui s'en servait, il était fragile dans la mesure où, par exemple, il ne résistait pas à des traces de doigts et, surtout, il n'était pas reproductible. Partant, il ne pouvait être retenu comme type de document pour figurer dans des publications ; de sorte que les premiers ouvrages illustrés consacrés à l'Egypte ne purent proposer de daguerréotypes, mais seulement des gravures réalisées à partir d'eux.

 

     Quelque vingt ans plus tard, quand, pour sa seconde mission en Egypte, Prisse d'Avennes se fit accompagner d'Edouard Jarrot, la technique avait considérablement évolué.

 

     En effet, depuis 1841, l'AnglaisWilliam Henry Fox Talbot (1800-1877) avait mis au point un procédé qui fixait de manière permanente l'image sur du papier albuminé ou du papier salé (et non plus sur des plaques de cuivre) et qui, avantage notoire, permettait de tirer un nombre d'épreuves quasiment illimité. 

 

     Appliquant le procédé négatif-positif à l'origine de toute la photographie moderne, ce calotype - c'est ainsi qu'on le nomme -, qu'utilisa notamment Du Camp lors de son séjour égyptien avec Flaubert, fut lui aussi très vite remplacé. Ainsi, en 1851, quand le Français Gustave Le Gray (1820-1884), met au point un papier ciré sec permettant une meilleure image argentique et des contrastes plus appuyés que ce qu'offrait le calotype.

 

    La même année, c'est à nouveau à un Anglais, Frederick Scott Archer (1813-1857) que l'on doit un autre procédé : il remplace le négatif papier comme support par une plaque de verre : non seulement les images étaient bien plus nettes mais, surtout, elles nécessitaient des temps d'exposition considérablement moins longs. Certes, avant lui, Claude Félix Abel Nièpce de Saint-Victor (1805-1870), lointain parent de ce Joseph Nicéphore Nièpce que l'on considère volontiers comme l'inventeur de la photographie parce qu'en 1822, l'année même où Champollion parvint à déchiffrer les hiéroglyphes - il est des siècles où soufflent de grands esprits ! -, il réalisa la première héliographie, Niepce de Saint-Victor donc avait déjà mis au point un procédé de négatif sur verre à l'albumine, mais sans vraiment l'exploiter à grande échelle.

 

     Le Gray, encore lui, remplacera l'albumine par du collodion, substance découverte en 1847 en milieu chirurgical par un médecin de Boston. Humide, visqueux, le produit qui contenait de l'iodure et du bromure d'argent devait être appliqué de manière régulière sur la plaque de verre afin de la rendre photosensible.

 

     En Egypte où, de 1858 à 1860, il accompagne Prisse d'Avennes, Edouard Jarrot, utilisera tout à la fois des négatifs sur papier ciré et d'autres sur verre au collodion, selon les conditions climatiques du moment sachant que le rendu est différent suivant le degré de chaleur ou de sécheresse de l'air ambiant, mais aussi selon le sujet exigé par son "patron" qui estimait que le négatif papier convenait mieux à certains clichés d'architecture ... Quant aux tirages, il les réalise sur papier salé ou albuminé ; parfois, il joue même sur les contrastes de manière à permettre à Prisse d'ajouter de la couleur, voire de confirmer l'un ou l'autre détail au crayon, comme déjà, rappelez-vous, il le faisait sur ses calques et estampes.

 

     Avec notamment Maxime du Camp, Gustave Le Gray et Edouard Jarrot, la photographie encore naissante s'imposera progressivement en tant que témoin incontournable de l'Histoire, et pas nécessairement qu'égyptienne : Le Gray, pae exemple, deviendra le photographe officiel de la cour de Napoléon III.

 

     Nonobstant, la photographie immortalisant les antiquités des rives du Nil acquiert aussi à cette époque ses lettres de noblesse ; bien d'autres artistes, tous européens, tous professionnels, suivront, qu'il serait ici hors de propos de mentionner.

 

     Vous me permettrez néanmoins d'en épingler trois : Henri et Emile Béchard, deux frères collaborateurs de certains égyptologues - Gaston Maspero, entre autres - qui, à la fin du XIXème siècle, fixèrent pour l'éternité moult monuments de Karnak ; ainsi qu'Antonio Beato, d'origine vénitienne qui, près d'un demi-siècle durant, jusqu'à sa mort en 1906, s'intéressa notamment à Louxor et dont les clichés constituent de nos jours encore l'essentiel des cartes postales vendues là-bas.       

 

 

     Il me semble grand temps maintenant, avant de mettre fin à notre visite de ce samedi, de voir quelques-unes des 150 photographies d'Edouard Jarrot, - évaluation que l'on trouve, rappelez-vous, sous la plume de Prisse en personne.

 

     Pour ce faire, je vous propose d'abord de visionner un court document vidéo : défilent - malheureusement trop vite - différents aspects de cette superbe exposition, au détour desquels vous apercevrez certaines des oeuvres de l'Avesnois.

 

 

     Nous terminerons ensuite avec deux d'entre elles : pour ce qui concerne l'Egypte pharaonique, j'ai choisi de présenter une des cinq qu'il réalisa en mai 1860 du moulage du buste de la statue de Chephren.

 


Jarrot - Moulage du buste de la statue de Chephren

 

 

(Photographie, papier albuminé/négatif verre - Fonds PA, 19-I-3, f. 6 - Catalogue : p. 135)

 

 

 

      Et, pour l'Egypte arabe, celle de la mosquée d'Ibn Touloun flanquée du nouvel hôpital


  Jarrot - Mosquée d'Ibn Touloun avec le nouvel hôpital

 

 

(Photographie retouchée, papier salé/négatif papier - Fonds PA, 25-I-6, f. 7 - Catalogue : p. 126)

 

 

      Si d'aventure vous êtes libres mardi 4 et samedi 8 octobre prochains, deux derniers rendez-vous pourraient nous réunir dans cette Galerie Mansart de la Bibliotèque nationale de France pour découvrir l'ultime partie de l'exposition Visions d'Egypte.

 

     Cela vous tente-t-il ?

 


 

 

( Grimal : 2008 1, 556-8 ; Le Guern : 2001, passim)

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 23:00

 

Entrée BNF (0)

 

 

     Ah, vous êtes là ! C'est bien. Je vous attendais ... Nous allons pouvoir poursuivre notre visite.

 

     Après avoir, les mardi 20 et samedi 24 septembre derniers, envisagé de distinguer au sein de l'exposition "Visions d'Egypte" organisée ce printemps dans la Galerie Mansart de la BnF, site Richelieu, les différents procédés utilisés par l'archéologue français Emile Prisse d'Avennes pour garder traces des monuments de l'Égypte antique et arabe qu'il rencontrait, à savoir calquer, peindre et dessiner, je vous propose aujourd'hui de nous arrêter un instant - entre le "couloir" des calques de l'hypogée de Rekhmiré et celui, que nous découvrirons plus tard, entièrement dédié au Papyrus Prisse -, au niveau des deux vitrines installées au centre de la salle et qui illustrent une quatrième méthode : estamper.  


 

   L'estampage ou moulage en papier est un procédé dont Prisse d'Avennes et Nestor L'Hôte se servaient déjà en 1832. C'était du reste un moyen sûr, rapide et peu encombrant, donnant avec une fidélité incontestable la copie de l'original, qu'ensuite on pouvait surmouler en plâtre. Ceux dont le relief était très accentué, étaient préalablement renforcés sur le monument même, à l'aide de plusieurs feuilles de papier mouillées et superposées, sur lesquelles on étendait une légère couche de colle au moment de les appliquer. Chaque feuille était successivement tamponnée à l'aide d'une brosse ou de morceaux de linge formant tampon. Tous les estampages étaient, avant le moulage, enduits d'un vernis spécial qui avait pour but de rendre le papier imperméable.

 

     C'est par ces termes que, dans un ouvrage biographique au titre interminable qu'il lui a consacré - Le  Papyrus à l'époque pharaonique et fac-similé du plus ancien manuscrit du monde entier en caractères hiératiques et archaïques, ou papyrus Prisse d'Avennes, trouvé à Thèbes -, Emile-Maxime Prisse d'Avennes (1852-1924) explique la technique employée par son père aux fins d'obtenir, au plus près de l'exactitude, copie des bas-reliefs qui l'intéressaient.


 

    Le panneau didactique qui, au dos de la vitrine de gauche, reprend l'extrait du fils de l'orientaliste que je viens de vous donner à lire précise en outre, que pour réaliser ces estampages sur papier vergé, Prisse et Willem de Famars-Testas, un parent néerlandais qui l'accompagna lors de sa seconde mission en Egypte de 1858 à 1860, employaient des feuilles de format folio qu'ils ajoutaient les unes aux autres quand ils voulaient obtenir des reproductions de motifs atteignant plusieurs mètres.

 

     En vue de leur publication, à certains estampages furent ajoutés des traits de crayon, voire même des touches colorées.

 

    Selon la distinction à laquelle, maintenant, vous êtes habitués, la vitrine de droite avec les dix oeuvres affichées met en valeur l'art de l'Egypte arabe, alors que celle de gauche fait la part plus que belle à celui de l'antique civilisation pharaonique.

 

Admirons ainsi :

 

Portrait de Nefertiti

 

Chanteurs aveugles et harpistes

 

Boeufs et zébus dans une étable

 

Egyptien portant une grue

 

Porteuses d'offrandes

 

Portrait de Khaemhat

 

Bès jouant de la harpe

 

Dieu Nil

 

Couple de léopards tenus en laisse

 

Scène des funérailles de Hormin

 

 

     (Merci de cliquer sur les différents titres colorés qui vous permettront de visualiser la majorité des estampages de cette vitrine puisque, comme j'eus l'occasion de le préciser à notre précédent rendez-vous, il me fut refusé par le Service Communication de la BnF d'exporter immédiatement de son site la documentation iconographique qui aurait pu bellement étayer mes propos.)

 


 

     Avant de pénétrer dans le dernier couloir central de cette exposition, dédié au Papyrus Prisse, je vous invite, samedi 1er octobre prochain, à nous pencher sur la cinquième et dernière technique employée par l'archéologue avesnois pour conserver le plus possible de traces de ses séjours en Egypte : la photographie.

 

 

 

     (A nouveau, merci à Louvre-passion d'avoir accepté avec grande amabilité ma requête de photographier l'entrée de la BnF, rue Vivienne, que mes propres clichés, quelque peu flous, m'auraient empêché de vous faire connaître.)

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 23:00

 

     Depuis le 10 septembre, amis lecteurs, nous avons de conserve commencé notre visite de l'exposition "Visions d'Égypte" qui s'est tenue ce printemps 2011 à la BnF, Quadrilatère Richelieu,

 

 

Quadrilatère-Richelieu---Vue-aérienne--Photo---ING-.jpg

 

en collaboration avec le Musée du Louvre et en parallèle à celle que lui-même organisait en la salle 12 bis de son Département des Antiquités égyptiennes dont, à votre intention, j'avais ici même rendu compte à partir du 21 juin dernier.

 

     A la première section que nous avons découverte dans la Galerie Mansart, consacrée aux calques réalisés par Emile Prisse d'Avennes lors de ses deux séjours en terre égyptienne, de 1827 à 1844, pour le premier et de 1858 à 1860, pour le second, succède aujourd'hui celle intitulée : peindre et dessiner, faisant évidemment une nouvelle fois référence à des procédés employés par l'archéologue avesnois pour réaliser, avec le plus de précision possible, les documents qui lui seront nécessaires au moment de publier les fruits de ses pérégrinations en terre d'Égypte.

 

     Scénographiquement parlant, les panneaux muraux ici consacrés à ce thème sont exactement en parallèle avec l'espace central dédié à l'hypogée de Rekhmirê que nous avons visité à notre dernier rendez-vous : sur le plan ci-après - un peu fruste, je vous le concède, mais je ne suis nullement aussi talentueux que tous ces artistes exposant de-ci de-là qui  me font l'honneur de m'accompagner semaine après semaine -, les oeuvres de Prisse sont accrochées de part et d'autre à hauteur des traits délimitant cette première enclave et ce, jusqu'aux tables qui précèdent les deux vitrines dévolues à l'estampage.

 

 

Expo BnF - Plan Galerie Mansart

 

 

     Nouveauté dans la conception de l'exposition, choix d'importance auquel j'ai, à l'extrême fin de notre précédente rencontre, rapidement fait allusion : désormais, et jusqu'à ce que nous arrivions à la "pièce" réservée au Papyrus Prisse, la salle a été  longitudinalement scindée en deux parties bien distinctes : à gauche, l'Egypte ancienne, pharaonique ; et à droite, la contemporaine de Prisse, arabe.


 

     Avant de nous tourner vers les parois de gauche, j'aimerais introduire une petite mise au point préliminaire : vous comprendrez très vite, amis lecteurs, que pour pallier le refus catégorique qui me fut signifié par Mademoiselle S. Soulignac du Service Communication de la BnF d'exporter immédiatement de son site une documentation iconographique qui aurait pu bellement étayer mes propos, - sous le bizarre prétexte que, l'exposition étant terminée,  mes interventions actuelles ne serviraient en rien à sa promotion -,  j'ai opté pour le subterfuge d'à plusieurs reprises vous fournir un lien  vers les clichés idoines que tout le monde peut trouver - voire acheter, selon les conseils prodigués - sur le site officiel de la BnF.

     J'espère que ces fréquents allers et retours d'un simple clic ne représenteront nullement une contrainte à vos yeux car il serait regrettable de vous priver de cet important support visuel.

 

 

      Pour brillamment illustrer la notion de peindre et de dessiner propre à l'Avesnois,  les cimaises de gauche proposent quelques superbes aquarelles de souverains ou de personnalités de haut rang de l'Egypte pharaonique :


 

* Hatchepsout

 

(Fonds PA, 23-XVII-2, f. 8)

(Catalogue : Illustration 33, p. 48)


 

* Neferoubity, soeur d'Hatchepsout, décédée très jeune

 

* Thoutmosis II

 

* Amenhotep II

 

(Fonds PA, 23-XVII-2, f. 5)

(Catalogue : Illustration 34, p. 48)

 

 

* Thoutmosis III coiffé de la couronne atef aux cornes de bélier, tel que Prisse l'a dessiné à partir de ce qu'il a vu dans le temple de Medinet Habou.

 

Expo-BnF---Thoutmosis-III--Photo-Etienne-.JPG

 

 

 

(Fonds PA, 23-XVII-2, f. 15)

(Catalogue : Illustration 35, p. 49)

 

(Merci à Etienne de m'avoir offert son cliché)

 


* Meritamon, fille et épouse de Ramsès II

 

* Chabaka, roi de Kouch

 

* Amenirdis, épouse divine et adoratrice d'Amon

 

(Fonds PA, 23-XVII-2, f. 16)

(Catalogue : Illustration 37, p. 51)

 

 

* Mentouhotep II

 

(Fonds PA, 23-XVII-2, f. 6)

(Catalogue : Illustration 35, p. 50)

 

 

* Nectanébo Ier

 

 

     Après la borne auto-tactile en principe destinée aux personnes souffrant de quelques déficiences visuelles, d'autres merveilles :

 

* Fausse porte du mastaba de Ti

 

(Fonds PA, 19-III-2, f. 8)

(Catalogue : Illustration 27, p. 44)

 


* Chapiteau à tête hathorique

 

Expo-BnF---Chapiteau-a-tete-hathorique--Photo-Etienne-.JPG

   

 

(Fonds PA, 23-XVII-1, f. 12)

(Catalogue : Illustration 26, p. 43)

 

(Merci à Etienne de m'avoir également proposé cette autre photographie. )

 

 

Un pilastre à tête de génisse dans l'hypogée de Ramsès III


(Fonds PA, 22-XVI-4, f. 8)

(Catalogue : Illustration 25, p. 43)

 

 

* Colonnes de Philae

 

* Plan et coupe du temple d'Amenhotep II, à Karnak

 

(Fonds PA, 21-XII-3, f. 16)

(Catalogue : Illustration 24, p. 43)

 

 

* Vues du temple d'Amon à Karnak

 

* Pronaos de Denderah

 

* Statue de Ranefer, grand prêtre de Ptah, au début de la Vème dynastie 

 

(Fonds PA, 23-XVII-1, f. 12)

(Catalogue : Illustration 28, p. 45)

 

 

* Statues de personnages privés. (XVIIIème dynastie)

 Agenouillés, les mains levées, ils offrent une prière gravée, pour celui  de gauche, sur la stèle qu'il présente et, pour celui de droite, sur le devant de son pagne.  


(Fonds PA, 19-I-2, f. 19 et 20)

(Catalogue : Illustration 29, p. 46)

 

 

* Quatre vases canopes

 

(Fonds PA, 22-XII-4, f. 3)

(Catalogue : Illustration 30, p. 46)

 

 

* Cuiller à manche figurant un chacal

 

(Fonds PA, 23-XVI-6, f. 18)

(Catalogue : Illustration 32, p. 47)

 

 

* Boîte en forme de canard

 

(Fonds PA, 23-XVI-6, f. 19)

(Catalogue : Illustration 31, p. 47)


 

* Trois vases en albâtre

 

 

     Traversons la salle pour accéder au mur de droite et, remontant là aussi jusqu'au niveau du début de couloir central, après les calques consacrés aux scènes de la tombe de Rekhmirê, accordons cette fois notre attention à la partie de l'oeuvre de Prisse d'Avennes dédiée à l'art arabe, illustrant toujours le même thème : peindre et dessiner.

 

 

* Temple de la Ka'ba, à La Mecque

 

(Fonds PA, 28-8-5, f. 9)

(Catalogue : Illustration 40, p. 103)

 

 

* Intérieur de la Madrasa de Qâytbây, au Caire  (Collège pour l'enseignement des sciences religieuses)

 

(Fonds PA, 27-IV-3, f. 2)

(Catalogue : Illustration 43, p. 105)

 

 

* Incrustation de mastic résineux noir et rouge dans du marbre blanc

 

* Lambris en mosaïque du tombeau de Bârsabây

 

* Décor peint ornant la chaire à prêcher de la mosquée de Sidi Saria

 

* Dromadaires

 

* Aiguière et bassins pour ablutions

 

* Equipement d'un voyageur : gourde, besace, appui-tête, couvre-chef, poignard ...

 

* Masse d'armes et lance

 

* Soldat albanais, janissaire de l'infanterie ottomane

 

Mirhab d'une mosquée

 

 

     Permettez-moi, amis lecteurs, aux fins de ne pas prolonger cette liste qui pourrait vous paraître un peu froide, eu égard aux conditions relativement drastiques qui me furent imposées, d'arrêter ici l'évocation de toutes ces oeuvres ...

 

     Nonobstant, et de manière que vous ne restiez pas sur votre faim, pour plus de documentation encore, je vous conseille la consultation la très riche galerie digitale de la New York Public Library.

 

 

     Après le "couloir central" que nous avons visité mardi dernier ont été disposées deux tables-vitrines : celle de droite, côté "Égypte arabe" donc, préserve un exemplaire de l'imposant ouvrage (quelque 60 centimètres de hauteur pour 45 de large) que Prisse a consacré à cette civilisation, L'Art arabe d'après les Monuments du Kaire, depuis le VIIème siècle jusqu'à la fin du XVIIIème, ouvert à une page présentant un flambeau et un plateau d'alcarazas ayant appartenu au mobilier du sultan Mohamed ben Qalahoun.

 

     Toujours dans le même meuble scintille l'écritoire en cuivre incrusté d'or et d'argent du sultan Sayq al Din Cha'ban, qui ne régna que de 1345 à 1346.

 

     C'est avec réelle émotion que je vous propose maintenant de découvrir, dans la table vitrée disposée du côté "Égypte pharaonique", à gauche, à hauteur des aquarelles de la boîte en forme de canard et des trois vases en albâtre que nous avons admirés voici quelques instants, d'un format semblable à celui consacré à l'art arabe, son Histoire de l'art égyptien d'après les monuments, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine.

 

 

     Ces deux meubles, vous l'aurez remarqué sur mon plan ci-dessus, précèdent les vitrines dévolues à l'estampage : et si je vous les réservais pour notre toute prochaine rencontre, le 27 septembre ?

 

     A mardi  ...

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 23:00

 

      Venant de ce que, faute de dénomination officielle, j'ai appelé l'avant-salle, il est grand temps de maintenant pénétrer dans la superbe galerie proprement dite où nous accueillent, au-dessus de la porte que nous venons de franchir, le buste de l'architecte du lieu, François Mansart et, au plafond, un imposant "M" sculpté, initiale de son nom.  

 

Buste de Mansart

 

     Avec ce plan tentant de scénographier l'exposition dédiée à Emile Prisse d'Avennes qu'à votre intention j'ai rapidement griffonné, vous pourrez, me semble-t-il, mieux visualiser mes propos de ce matin et de nos prochains rendez-vous.


 

Plan Galerie Mansart

      

 

     Matériellement, le lieu se présente avec deux couloirs centraux ouverts, tout de bleu égyptien vêtus, à l'image des panneaux muraux derrière lesquels ont disparu murs et fenêtres.

 

     Mais il faut en fait comprendre que l'espace de l'exposition a été intellectuellement subdivisé en cinq sections correspondant aux différentes techniques choisies par Emile Prisse d'Avennes pour conserver, de la manière la plus exacte possible, traces tangibles de ses deux séjours en terre égyptienne. 

 

     Ce sera donc sous l'éclairage de ces cinq faisceaux distincts que je vous proposerai d'ici déambuler. Et  le premier d'entre eux, celui qui ouvre l'exposition, le premier des procédés qu'il utilisa, celui peut-être qui eut sa préférence - n'écrit-il pas, souvenez-vous, à son ami Félix Caignart de Saulcy qu'il rapporte 300 dessins parmi lesquels il y a des calques coloriés de 7 à 8 mètres de longueur ? -, celui donc qui servira de fil conducteur à notre visite de ce matin, c'est calquer.

 

     Parfois monochromes - tracés au charbon ou à l'aquarelle noire -, souvent  partiellement polychromes, volontiers annotés de sa main, réalisés la plupart du temps dans des conditions extrêmement drastiques - je songe entre autres à la seule lueur d'une bougie à l'intérieur des tombeaux -, ces relevés exécutés à même la paroi des hypogées et des temples qu'il visite avec un de ses compagnons de voyage, un vague parent hollandais, Willem de Famars Testas, ont, s'ils sont de petite dimension, le papier en guise de support et, pour ceux d'une longueur plus importante, une sorte de toile cirée translucide exportée de Grande-Bretagne.

 

     Abondamment, petits ou grands, ces calques sont ici exposés sur les murs de part et d'autre de l'entrée, avant le premier espace central. 

 

     Ainsi, à gauche, admirons notamment une aquarelle sur papier calque de 2, 12 mètres de hauteur :


 

Expo-BnF---Femme-portant-des-offrandes--Photo-Etienne-.JPG

 

il s'agit d'une jeune femme très élégamment vêtue de lin fin tenant dans sa main droite deux symboles érotiques bien connus : un canard et une fleur de lotus. Prisse a réalisé ce relevé qu'il a ensuite coloré en 1860 dans la tombe (TT 65) de Nebamon à Gournah, qu'un certain Imiséba avait usurpée à l'époque de Ramsès IX.

 

(Fonds PA, NAF 20447-29)          

(Catalogue d'exposition : illustration 4, p. 31)   

 

 

     Ou, ce dessin au crayon puis aquarellé d'un bouquet de papyrus offert par un autre Nebamon (TT 90) au roi Thoutmosis IV.

 

Expo-BnF---Bouquet-de-papyrus--Photo-Etienne-.JPG

 

 

(Fonds PA, 23-XVII-4, f. 9)

(Catalogue d'exposition : illustration 8, p. 33)    

 

     Ou encore cette joueuse de mandore, calquée dans la tombe (TT 93) de Kenamon, également à Gournah.

 

Expo-BnF---Joueuse-de-mandore--Photo-Etienne-.JPG

 


     D'autres oeuvres à la suite de celles-ci prouvent à l'envi, si besoin en était encore, l'insatiable quête du détail précis menée par Emile Prisse d'Avennes dans les calques qu'il effectue et auxquels, souvent, il ajoute des touches d'aquarelle avec grand talent, que ce soit celui d'un prêtre dans la tombe (TT 65) d'Imiseba, du groupe des pleureuses relevé dans la tombe (TT 78) du scribe royal Horemheb, sous le règne de Thoutmosis IV, ou le portrait de Tyti, épouse de Ramsès III, inhumée dans la tombe (TT 52) de la Vallée des Reines ... 

 

    Leur faisant face, sur le mur de droite donc, des calques encore, réhaussés à l'aquarelle nous donnent à voir différentes scènes provenant de l'hypogée (TT 100) de Rekhmirê, vizir à la fin du règne de Thoutmosis III et  au tout début de celui d'Amenhotep II, soit environ 1470 à 1445 avant notre ère.

 

     Sont notamment proposés son jardin, des musiciennes et différentes activités artisanales dans les ateliers du temple d'Amon à Karnak dont Rekhmirê assumait également la direction ; ainsi ces menuisiers.


 

Expo BnF - Tombe Rekhmirê - Artisans au travail (Photo Et

 

 

     (Grand merci à Etienne pour m'avoir amicalement offert les quatre clichés ci-dessus)

 

 

     C'est derechef de calques et de scènes de la chapelle funéraire de la tombe de Rekhmirê qu'il s'agit dans le premier espace central dans lequel nous nous engageons à présent.

 

     Sur notre gauche en entrant, un petit écran vidéo montre la reconstitution d'une opération de métallurgie semblable à celle de l'atelier du temple de Karnak représentée sous le registre des artisans du bois que nous venons de voir, dans la partie est du mur sud du long couloir de l'hypogée thébain : 

 

 

Expo BnF - Tombe de Rekhmirê - Atelier de métallurgie

 

 

au centre de la composition, les fondeurs actionnent avec leurs pieds les soufflets qui activent les flammes d'un four ouvert, tandis qu'en dessous, deux hommes versent le cuivre en fusion dans un moule à l'aide de tiges végétales qui leur permettent de manier  les creusets incandescents sans prendre trop de risques.

 

     Le même petit documentaire concernant la métallurgie est projeté à l'autre extrémité de cette enclave intérieure.

  

     Une autre vidéo restitue les peintures murales de l'hypogée de Rekhmirê : les prises de vue  ont été réalisées par l'égyptologue français Pierre Tallet. Ce petit film permet de voir in situ les différents registres pariétaux copiés par Emile Prisse d'Avennes sur les grands calques exposés de part et d'autre : ainsi celui de la fonte du métal mesure-t-il 260 centimètres de long pour 69 de large.

 

(Fonds PA, NAF 2044-10)

(Catalogue : illustration 2, p. 30)


 

     En accompagnement sonore, le jeune acteur français Thibaut Corrion lit des extraits de la traduction de l'autobiographie de Rekhmirê peinte dans la tombe, ainsi que celle des textes hiéroglyphiques accompagnant certaines scènes.

 

     C'est au sortir de ce premier couloir central, mais en revenant quelque peu sur nos pas pour nous intéresser aux panneaux muraux élevés contre les murs de la Galerie Mansart, que nous aborderons, le 24 septembre prochain, la deuxième section de l'exposition, consacrée quant à elle au dessin et à la peinture.

 

     Et à partir de ce moment, vous constaterez qu'une distinction majeure entre la partie gauche et la droite de la salle a été voulue par les concepteurs. Si toutefois, amis lecteurs, vous désirez poursuivre cette visite virtuelle en ma compagnie ...

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 23:00

 

     En ce printemps 2011, trois mois durant, Paris s'est offert le luxe non négligeable, événements culturels de première importance, d'organiser deux expositions qui ont donné l'opportunité de faire plus amplement connaissance avec un orientaliste français que, mis à part quelques initiés dont vous faites maintenant partie, amis lecteurs, peu de gens connaissent vraiment.

    

     Eminemment complémentaires, ne s'excluant en aucune manière et donc loin de toute tautologie malvenue, les deux manifestations eurent cette judicieuse particularité de mettre en évidence deux grandes institutions nationales, le Musée du Louvre et la Bibliothèque de France du Quadrilatère Richelieu ; deux grandes collections, celle de monuments de pierre, l'autre d'archives exhumées le plus souvent pour la première fois d'un richissime fonds ; et une seule conception muséale, ingrate il est vrai : ne pas se complaire dans la facilité.

 

     Le résultat, à mes yeux à tout le moins, fut sans égal pour notre approche de l'égyptologie française même si, je dois bien le reconnaître, le public ne sembla pas avoir vraiment adhéré, assuré qu'il était très probablement qu'il n'y rencontrerait pas l'une ou l'autre spectaculaire parce que colossale tête de pharaon mise récemment au jour à Karnak ou pêchée dans les profondeurs marines au large d'Alexandrie. 

     C'est grand dommage pour la science égyptologique, c'est grand dommage pour l'ensemble des connaissances de tout un chacun.

 

     Aussi, mais sans prétention aucune, ai-je, les 21, 25 et 28 juin derniers, tenté de réparer cette erreur de jugement en proposant une visite pointue de l'exposition qu'avaient prévue les Conservateurs du Louvre en salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes, autour de la "Chambre des Ancêtres" de Thoutmosis III. En Enseignant rompu aux "ficelles" les plus élémentaires, j'avais préalablement pris soin, le 18 du même mois, d'esquisser à larges traits un portrait, professionnel s'entend, d'Emile Prisse d'Avennes, fil indubitablement conducteur des deux événements parisiens.

 

     Et, désireux de poursuivre mes intentions, j'ai jugé bon, en ce mois de septembre, d'emmener ceux d'entre vous qui le désireront sur les mêmes chemins de la découverte mais, cette fois, à la Bibliothèque nationale de France, à deux enjambées du Louvre.

 

(Paris) 300 - Banderole

 

 

     En effet,  samedi et mardi derniers, nous avons franchi les grilles du jardin Vivienne, dans la rue éponyme

 

 

Entree_BNF--0-.jpg

 

et sommes entrés dans la salle qui précède immédiatement la Galerie Mansart pour y rencontrer quelques documents introductifs à ce que lors de nos prochains rendez-vous nous aurons tout loisir de détailler.

 

     Toutefois, parce qu'à la différence du Musée du Louvre, je ne fus point ici autorisé à  photographier -  il faut reconnaître qu'avec quatre agents de surveillance me croisant en permanence dans un lieu où je fus quasiment seul visiteur pendant un peu plus de trois heures, des prises de vue, même à la sauvette, eussent relevé du véritable exploit -,  j'ai pensé qu'il serait intéressant de vous proposer en prémices ce document vidéo diffusé sur le site internet de la BnF.

 

     En comparant avec le cliché ci-après de cette superbe salle construite par l'architecte parisien François Mansart au XVIIème siècle pour recevoir les collections d'antiques du Cardinal Mazarin,

 

 

Galerie Mansart - BnF (Photo - Philippe Couette)

 

vous remarquerez immédiatement, amis lecteurs, après avoir visionné les quelque 6 minutes de ce petit film, que la salle a été habillée de hauts panneaux d'un superbe bleu égyptien sur lesquels les documents ont été apposés ; et qu'en son milieu ont été aménagés des espaces ouverts délimitant ainsi deux  "couloirs" centraux en enfilade, séparés par des tables vitrées contenant des ouvrages de Prisse et deux grandes vitrines exposant des estampages qu'il a réalisés.

 

 

Plan-Galerie-Mansart.jpg

 

 

     Le premier de ces espaces centraux tapissés du même bleu soutenu permet d'admirer des calques de la Chapelle de la tombe (TT 100) du vizir Rekhmirê, à Gournah ; quant au second, tout au bout de la salle, il offre 7 des 12 fragments encadrés de ce Papyrus Prisse, incontournable trésor que vous avez, maintenant depuis février 2011, abondamment appris à connaître.

 

     Dès mardi 20 septembre prochain, partons, voulez-vous, à la rencontre de deux immenses civilisations que les différentes facettes de cette remarquable exposition nous donneront à voir grâce à deux cents des très nombreux documents qu'Emile Prisse d'Avennes a colligés.

 


 

 

(A nouveau merci à Louvre-passion d'avoir accepté avec grande amabilité ma requête d'aller photographier cette entrée de la rue Vivienne que le flou de mes propres clichés m'aurait empêché de partager avec vous.)

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  • : D' EgyptoMusée à Marcel Proust- Le blog de Richard LEJEUNE
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