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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 23:00

 

      Le mur de droite de l'avant-salle dans laquelle nous avons ensemble samedi dernier, amis lecteurs, pu voir deux portraits d'Emile Prisse d'Avennes est, quant à lui, consacré à la présentation de deux lignes du temps comme en arborent - ou devraient en arborer - tous les locaux réservés au cours d'Histoire des établissements scolaires.

 

     Sur la partie supérieure du mur se déroule un premier parcours chronologique qui vise en fait à nous fournir une succincte biographie de l'orientaliste français : elle débute par 1798, date du départ de l'Expédition de Bonaparte en terre égyptienne et se termine par 1880, celle de la création de la mission archéologique française permanente en Egypte (Ecole du Caire).

 

     Entre les deux, à l'extrémité gauche, 27 janvier 1807 : Naissance d'Emile Prisse d'Avennes à Avesnes-sur-Helpe et, à l'extrémité droite, 10 janvier 1879 : Mort d'Emile Prisses d'Avennes à Paris, bornent les grandes étapes de sa carrière professionnelle.

 

     En dessous de ces précisions biographiques, un deuxième déroulement : commençant bizarrement en 3007 avec l'Epoque prédynastique, il énonce les grandes dates de l'Histoire de l'Egypte et s'achève en 1801 par les termes : Occupation française.

 

     A la droite de ces panneaux éminemment didactiques, dans un renfoncement le long du mur d'entrée, trois encadrements précèdent une carte historique, physique et politique de l'Egypte réalisée en 1828 par le Chevalier Pierre Lapie, Premier géographe du Roi, Officier supérieur au Corps royal des Ingénieurs géographes, dans le droit fil de celles que vous pouvez consulter sur ce site.

 

     Quant aux trois cadres évoqués à l'instant, les deux premiers protègent chacun une aquarelle de Prisse d'Avennes : l'une réalisée sur papier vélin représentant Le sphinx ensablé,


 

Affiche-BnF---Visions-d-Egypte.jpg

 

 

(Fonds PA, 19-II-2, f. 3)

 (Le document ci-dessus fut choisi pour devenir à la fois l'affiche officielle de l'exposition et la couverture du catalogue.)

 

 

et l'autre, sur papier vergé, Le Plateau de Gizeh

 

 

Plateau-de-Gizeh.jpg

 

 

(Fonds PA, 19-II-1, f. 2)

 

 

      Selon la notice de la p. 39 du catalogue d'exposition édité par la BnF, cette deuxième aquarelle servit en réalité de carte de voeux de Nouvel An adressée à  l'écrivain Joseph Méry, au verso de laquelle Prisse écrivit : Peint au désert des Pyramides, le 1er Janvier 1832 / Prisse à son ami Méry.

 

(Pour une distinction entre papier vélin et papier vergé, ce site.)


     Enfin, le troisième et dernier tableau expose une photographie sur papier albuminé intitulée Départ de la caravane au pied de la Citadelle du Caire. Le cliché est probablement dû à Edouard Jarrot (1835-1873) -  "probablement" dans la mesure où la légende, dans l'ouvrage susmentionné, assortit son nom d'un point d'interrogation mis entre parenthèses. Jarrot est ce jeune photographe parisien qui accompagna Prisse en Egypte lors de sa courte seconde mission. J'y reviendrai plus tard.

 

(Fonds PA, 26-II,1, f. 15) 

(Vous en trouverez une reproduction à la page 6 de ce fascicule librement téléchargeable : toutefois la référence, parce que la même que pour la Jeune Nubienne assise de la page précédente, est forcément dans ce cas-ci complètement erronée. Et pour ceux d'entre vous qui disposeraient du catalogue officiel, voir illustration 60, p. 124.)


 

     Au pied de ces trois documents encadrés, deux tables-vitrines distinguent déjà les principaux centres d'intérêts du savant avesnois : l'égyptologie et l'art arabe ; passions qui seront développées à l'envi dans la Galerie Mansart proprement dite, comme nous le verrons lors de nos prochains rendez-vous.

 

    Dans la vitrine de gauche, un grand manuscrit a été ouvert à la date du 17 avril 1836 : il s'agit d'un des journaux tenus par Prisse ; à la droite de ce précieux document, quelques feuillets épars tout aussi émouvants : des fiches de travail, des notes autographes et de superbes dessins de hiéroglyphes colorés ...

 

     Quant à celle de droite, c'est à l'art arabe qu'elle est plus spécifiquement dédiée puisqu'elle présente un autre ouvrage de sa main qui permet de découvrir des croquis relevés d'après des intérieurs de maisons du Caire et de Rachîd (nom arabe de Rosette, ville où fut découverte la célèbre pierre éponyme qui, entre autres documents, permit à Champollion de définitivement déchiffrer les hiéroglyphes.)

 

     Et juste à côté de ce grand livre, réalisée au crayon sur une feuille de vélin avec des ajouts de découpes de papier rosé, une composition en miroir : il s'agit de la calligraphie du nom Prisse transposé en langue arabe - Brîss - élégamment dessinée sur fond de rinceaux. Un peu comme de nos jours les touristes qui aiment se faire graver leur prénom sur un cartouche en or, les Européens du XIXème siècle qui visitaient l'Egypte  s'offraient volontiers un objet artisanal sur lequel leur patronyme avait été ainsi calligraphié.

 

     Dans le catalogue, cette harmonieuse arabesque se trouve p. 102, illustration 38 ; et dans la banque d'images du site internet de la BnF, vous pourrez l'admirer ici

 

 

     Armé de cette solide introduction à l'exposition qui se déploie tout à côté, je me propose à présent de quitter cette avant-salle et de pénétrer dans la prestigieuse Galerie Mansart.

 

M'y accompagneriez-vous, amis lecteurs ?

 

Si tel était le cas, je vous convie à une nouvelle rencontre samedi  17 septembre prochain ...

 

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 23:00

    

     J'ai parcouru l'Égypte (...) Ce que j'ai fait avec les faibles ressources qui m'étaient accordées est immense. Je rapporte trois cents dessins parmi lesquels il y a des calques coloriés de 7 à 8 mètres de longueur - plus de 400 mètres d'estampages - 150 photographies (...) sans compter mes croquis et mes notes.

 

      Sans vantardise, j'ai recueilli de quoi faire le plus bel ouvrage qui ait encore été publié sur l'Égypte.

 

 

Emile Prisse d'Avennes

 

Lettre à Félix Caignart de Saulcy

16 janvier 1860

 

Institut de France, manuscrit 2283, f.97

 

 

 

     A l'intérieur de la Bnf, l'entrée par les jardins de la rue Vivienne franchie, comme je vous l'ai expliqué ce mardi, de discrets panneaux m'indiquent immédiatement la direction à prendre pour rallier la galerie de photographie, appelée aussi Galerie Mansart, du nom de ce célèbre architecte (1598-1666) auquel, en 1645, le Cardinal Mazarin manda la construction dans le but d'abriter ses richissimes collections personnelles d'oeuvres d'art.



Galerie Mansart - BnF (Photo - Philippe Couette)

 

     Rassurez-vous, amis lecteurs, ce n'est évidemment pas dans cet espace vide que je me suis retrouvé. Car le temps d'acquérir mon billet d'entrée, 

 

Ticket d'entrée - Expo Prisse - BnF

 

le lieu s'était comme par magie habillé de quelque 200 oeuvres empruntées, pour la majorité d'entre elles, aux "trésors" de la Bibliothèque nationale de France et, plus spécifiquement, au fonds Prisse d'Avennes (Fonds PA) d'un éclectisme rare et brillant, miroir on ne peut plus parfait de la diversité des centres d'intérêts de ce prolixe ingénieur parti en terre égyptienne, une première fois de 1827 à 1844, une seconde de 1858 à 1860.

 

     C'est à visiter l'exposition montée en cette superbe galerie du XVIIème siècle que je vous inviterai lors de nos prochaines rencontres. Mais pour l'heure, il est midi cinquante, découvrons ensemble, voulez-vous, ce que j'appellerai, faute de mieux, une avant-salle, espace de section approximativement carrée dont les murs, à mes yeux,  proposaient une fort opportune introduction didactique.

 

     Le plan ci-après - même si je n'ai aucune prétention à rivaliser avec les talents de dessinateur de Prisse - vous permettra, je l'espère, de mieux "visualiser" mes propos.



Plan-Avant-Salle.jpg

 

 

     Sur le mur de gauche par rapport à l'entrée, après le guichet d'un agent de surveillance dont la seule tâche sembla consister à sérieusement vérifier la date imprimée sur l'indispensable sésame que je m'étais procuré quelques minutes auparavant, sont accrochés deux portraits de Prisse tel qu'il aima se vêtir, c'est-à-dire à la manière orientale.

 

     Le premier, vous la reconnaîtrez pour l'avoir déjà précédemment rencontrée sur ce blog,

 

Prisse d'Avennes

 

est une lithographie datant de 1843 due à Achille Devéria (1800-1857).

 

     L'artiste n'est pas que l'auteur des "Petits jeux innocents" et érotiques que d'aucuns connaissent peut-être, il est aussi un dessinateur portraitiste, un peintre et un lithographe de grand talent - ainsi fut-il à l'origine de l'apport de la couleur en lithographie -, cumulant par ailleurs les fonctions de Conservateur adjoint au Cabinet des Estampes, puis de Directeur du Département des gravures de la Bibliothèque nationale (où nous nous trouvons actuellement), et celles d'assistant curateur au Département égyptien du Louvre (où nous retournerons dès octobre prochain).

 

     Il est en outre le père de l'égyptologue Théodule Devéria que nous avons rapidement croisé salle 12 bis, rappelez-vous, lors de notre visite à l'exposition Egypte de pierre, Egypte de papier, les 21 et 28 juin derniers.

 

     Quant au second portrait de Prisse, une photogravure réalisée par le comte d'origine lithuanienne Andrzej Mniszech (1824-1905),

 

Portrait-Prisse---Mniszech.jpg

 

il date de 1872 : l'Avesnois est alors âgé de 65 ans.

 

     Sur le mur du fond de cette salle, de part et d'autre de l'imposante porte qui  ouvre sur la Galerie Mansart proprement dite, deux panneaux reprennent des extraits de ses écrits. Sur celui de gauche, on peut lire cette réflexion :

 

    "L'archéologie n'est pas seulement l'étude des monuments considérés en eux-mêmes, c'est aussi l'étude de tous les faits qui peuvent faire connaître la civilisation intime d'un peuple de manière à assigner à ce peuple la place qu'il doit occuper dans l'histoire du genre humain."

 

     Et sur celui de droite, l'intégralité de l'exergue qui, ci-dessus, a ouvert mon intervention de ce matin : elle provient d'une lettre qu'à  son ami l'archéologue Félix Caignart de Saulcy (1807-1880), Prisse adressa  le 16 janvier 1860, alors qu'au terme de sa deuxième mission en Egypte, il s'apprêtait à revenir en France  :

 

     "J'ai parcouru l'Égypte (...) et en reviens avec des calques soignés des plus belles peintures - des estampages de bas-reliefs - des coupes, des élévations soigneusement cotées et la plupart inédites grâce aux nouvelles fouilles du vice-Roi - enfin des photographies de tout ce qui était photographiable.  Ce que j'ai fait avec les faibles ressources qui m'étaient accordées est immense. Je rapporte trois cents dessins parmi lesquels il y a des calques coloriés de 7 à 8 mètres de longueur - plus de 400 mètres d'estampages - 150 photographies (...) sans compter mes croquis et mes notes.

 

      Sans vantardise, j'ai recueilli de quoi faire le plus bel ouvrage qui ait encore été publié sur l'Égypte."

 

 

     Tournons-nous, voulez-vous, vers le mur de droite pour d'un seul coup d'oeil remarquer qu'il est entièrement voué à des panneaux pédagogiques : en fait, deux lignes du temps superposées.

Je vous propose de leur accorder toute notre attention mardi 13 septembre prochain ...

 

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 23:00

 

     Avant les vacances scolaires, je vous avais conviés, souvenez-vous amis lecteurs, à m'emboîter le pas pour de conserve pénétrer en salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre aux fins d'y admirer l'exposition Égypte de pierre, Égypte de papier mise sur pied en ce printemps 2011.

 

     Si l'événement faisait la part belle au monument érigé à Karnak par Thoutmosis III, il avait également le mérite de rendre un vibrant hommage au travail colossal qu'avait réalisé, lors de deux missions en Egypte, le Français Émile Prisse d'Avennes, ingénieur de formation, en rapportant nombre de documents qu'au niveau de certains d'entre eux nous vîmes pour la première fois dans la mesure où ils ont été exhumés des archives encore inédites détenues par la Bibliothèque nationale de France.

 

   Comme je le rappelai mardi dernier, cette manifetation culturelle se déclinait en réalité en deux parties puisqu'à la BnF, le public était également invité à découvrir d'autres facettes du prolixe savant ...   

 

     C'est là précisément qu'à partir d'aujourd'hui, et pour quelques nouveaux rendez-vous en ce mois de septembre, j'aimerais vous emmener.

 

     Nul besoin, certes, en quittant le Louvre,

 

-Paris--044---Quitter-le-Louvre.jpg

 

de prendre le métro à la station dont Jean-Michel Othoniel, voici onze ans déjà, orna l'entrée de son Kiosque des Noctambules !

 

-Paris--340---Kiosque-des-Noctambules---Othoniel.jpg

 

 

     Il me suffit simplement d'emprunter un passage proche de la Comédie Française, place Colette, qui,

 

 

-Paris--341.jpg

 

 par les jardins du Palais Royal

 

 

-Paris--312---Palais-Royal-copie-1.jpg

 

 

que je traverse avec toujours autant d'admiration, m'amène au "Quadrilatère Richelieu".


       

Entree-Vivienne--Photo---BnF-.jpg

 

 

     Quelle ne fut pas ma déconvenue quand je constatai que l'entrée officielle du 58 de la rue de Richelieu - oserais-je écrire : l'entrée cardinale ? -, n'était plus accessible depuis le début des travaux de rénovation du bâtiment, en avril 2010. Et qu'il me fallait donc, tout à l'opposé, me rendre rue Vivienne. En contournant l'illustre bâtiment, je repérai d'un premier coup d'oeil à l'angle de la petite rue Colbert

 

 

-Paris--022---Coin-rue-Vivienne.jpg

 

 

un coq wallon qui éployait ses ailes, une patte s'avançant vers la droite. 

 

-Paris--022-bis---Coq.jpg

 

 

      Je vous l'accorde : celui-là était certainement plus gaulois que wallon ; mais même s'il ne ressembait en rien aux grands coqs de Brancusi exposés au Centre Pompidou - quasiment réduits à leur crête, ils évoquent plus une flèche qu'un animal -, je me pris à imaginer que ce tétras providentiel m'indiquait le chemin de l'exposition Visions d'Egypte toute proche, dédiée à Emile Prisse d'Avennes.

 

 

-Paris--300---Banderole.jpg

 


 

     C'est donc par le jardin Vivienne, dans la rue éponyme 

 

Entree_BNF--1-.jpg

 

qu'après avoir zigzagué entre d'épouvantables blocs modulaires gris, je pénétrai, extrêmement déçu de cette peu prestigieuse première impression architecturale, dans le temple mythique de la culture.

 

 

Entree_BNF--4-.jpg

 

      (Grand merci à Louvre-passion d'avoir accepté avec autant d'amabilité ma requête de photographier cette entrée de la rue Vivienne que le malencontreux flou de mes propres prises de vues m'aurait empêché de vous faire connaître.  Nous lui sommes donc redevables des deux clichés ci-avant.)

 

 

     Quelques panneaux à l'intérieur, me guidèrent d'emblée vers la  galerie de photographie, plus communément appelée Galerie Mansart, désormais dévolue à la mise sur pied d'expositions.

 

 

Galerie-Mansart---BnF--Photo---Philippe-Couette-.jpg

 

 

     C'est là, amis lecteurs, que je vous propose donc de me rejoindre samedi 10 septembre prochain pour à nouveau pénétrer dans l'univers d'Emile Prisse d'Avennes.

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 23:00

   
     Que voilà un titre bien bizarre ! Sibyllin, de surcroît. Et qui le devient d'avantage encore quand il est complété par une parenthèse aux apocopes et allitérations pour le moins remarquées.

     Soyons pragmatique, procédons par ordre.

     Bouchard ... Bouchard ... Serait-ce un peintre, peut-être ? Pas vraiment sûr ... Je pense être abusé par la proximité onomastique avec un Boucher, ou un Bonnard, par exemple, artistes de grand talent, s'il en est ! 

     Kosuth ? Il me semble avoir dernièrement rencontré ce patronyme : ne s'agirait-il pas de cet artiste américain, pionnier de l'art conceptuel, auquel le Musée du Louvre offre, à partir d'octobre prochain, ses murs ancestraux afin qu'il y exhibe ses propres textes en lettres blanches ou lumineuses ? 

     Il me faudra probablement patienter jusqu'à la publication d'un éventuel prochain article sur l'excellent blog de Louvre-passion, lui qui nous entretient régulièrement des expositions qui se déroulent en ce musée, pour en être vraiment certain ...

     Et Pat l'expat ? Là, je sais ! J'ai remarqué ce nom depuis quelques jours dans les "Essentiels" répertoriés dans la colonne de droite du blog "EgyptoMusée" de Richard Lejeune.

     Lumière ! Et si les deux autres noms figuraient eux aussi quelque part dans ce blog ?

     Mais oui, mais c'est bien sûr : pas besoin d'attendre les cinq dernières minutes pour trouver la solution de cette petite énigme ! Dans un article où, déjà, il évoquait ses "amours estivales", ses coups de coeur en somme, mais de 2008 ceux-là, Richard avait, dans un premier temps, livré ses impressions de visite de la ville de Figeac, ainsi que du Musée Champollion. Les écritures du Monde; puis, y faisant suite, un autre billet dans lequel, je me rappelle maintenant, il avait abondamment évoqué la Pierre de Rosette, les conditions de sa découverte et les avancées gigantesques qu'entre autres monuments elle permit dans le déchiffrement de l'écriture hiéroglyphique égyptienne.

     Et c'est là, précisément, qu'il mentionnait et Bouchard, et Kosuth.

Rappelez-vous, c'était le 9 septembre 2008 :

     Indépendamment des reproductions de la Pierre de Rosette en miniature que l'on peut trouver dans certains magasins de la ville, voire même dans le hall du musée proprement dit qui en propose notamment une destinée à devenir tapis pour la souris de mon ordinateur, Figeac peut s'enorgueillir de posséder deux exemplaires, totalement différents quant à leur format, de ce célèbre monument.

     Le plus conforme à la réalité figure bien évidemment en bonne place dans la première salle du musée, appelée bizarrement
 " Salle 0 ",
 : il s'agit d'un moulage de la stèle de 762 kgs se trouvant au British Museum de Londres. Elle mesure 114 cm de haut, 72 cm de large et 28 cm d'épaisseur.

 

     Le plus spectaculaire se situe derrière l'espace muséal, en un endroit rebaptisé "Place des Ecritures" : il s'agit d'une immense dalle de granite noir, reproduction géante, oeuvre de l'artiste américain Joseph Kosuth, commandée par la mairie de la ville pour commémorer le bicentenaire de la naissance de Jean-François Champollion.



   
     Comme sur la pièce originale, les trois écritures ont été représentées par l'artiste :

Les hiéroglyphes, écriture des textes religieux et officiels, dans la partie supérieure,
  


l'écriture cursive démotique, écriture des communications courantes, au centre,



    
et l'écriture grecque, en lettres uniquement majuscules, dans la partie inférieure.
 



     C'est donc là que, pour la première fois, était évoqué le travail de Kosuth. 

     Quant à la Pierre de Rosette, Richard poursuivait, dans le même article : 
 

     Il s'agit d'une stèle de granodiorite, initialement cintrée, initialement d'une hauteur se situant entre 150 et 183 cm., retrouvée à Rachîd, petit village du Delta occidental, mieux connu sous le nom francisé de Rosette, à quelques kilomètres de la Méditerranée. Elle était insérée dans un vieux mur qui devait être démoli par les soldats français afin d'établir de nouvelles fondations pour agrandir le fort Julien.

    C'est au lieutenant du Génie Pierre François Xavier Bouchard que l'on doit cette précieuse découverte à la mi-juillet 1799.
 


     Et voilà pour Bouchard. On avance, on avance ...

     Il reste à comprendre Pat l'expat; et saisir la raison pour laquelle Richard a choisi d'interrompre la relation de ses amours estivales 2009 commencée, à Bruges le 12 septembre dernier, et d'à nouveau nous entretenir de cette célèbre Pierre de Rosette.

     Seul, à mon sens, un élément nouveau, et d'importance, pouvait évidemment motiver semblable choix. Et je pense comprendre : il doit s'agir de la découverte qu'il a faite du blog de ce Parisien qui, hasard de ses mutations professionnelles, s'est retrouvé en mission au Caire voici un lustre et qui avait décidé à l'époque de tenir son journal ici sur le Net (http://patrickfromparis.blogspirit.com/). 

     Outre qu'à sa lecture, on découvre un quotidien cairote et les réflexions qu'il suscite, l'intéressant de son blog réside aussi,  - voire même surtout -, dans l'excellence de la documentation iconographique qu'il recèle; et notamment, pour ce qui intéresse plus particulièrement EgyptoMusée, les clichés pris sur les sites archéologiques égyptiens et soudanais qu'il a visités. 

     Car parmi ses déambulations à travers le pays, Patrick, c'est son prénom, s'est rendu à Rachîd, dans le Delta occidental où, souvenez-vous, Richard nous précisait que fut découvert le monolithe de granodiorite qui nous occupe aujourd'hui.

    

     Et c'est donc là qu'il y a photographié l'endroit exact où il fut mis au jour.




     Comme c'était la toute première fois qu'il le voyait, Richard a cru opportun de bousculer son plan d'articles des samedis de cette rentrée pour, aujourd'hui, partager ce cliché avec nous.

   Inutile d'ajouter qu'il a grandement remercié Patrick, l'expatrié au Caire, pour l'avoir autorisé à puiser, quand bon lui semblerait, dans ses albums photographiques aux fins d'agrémenter l'un quelconque futur article d'EgyptoMusée; et celui-ci en tout premier.


     Quant à la suite de l'histoire de la Pierre de Rosette, et ce qu'elle représente en tant que pas essentiel dans le parcours de Champollion, si ce sujet vous intéresse, faites tout simplement comme moi : fouillez dans les archives d'EgyptoMusée et à la date du 9 septembre 2008, vous trouverez réponse à tout ce que vous avez toujours voulu savoir à son propos.

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 23:00

     C'est à toi que je dois tout ce que je puis savoir.
     (22 décembre 1807)


     Dans un premier article consacré au tout nouveau Musée Champollion, les Ecritures du Monde publié le 2 septembre dernier,  j'avais déjà eu l'opportunité d'indiquer combien le rôle joué par Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le frère aîné, avait été moralement, intellectuellement et matériellement plus que bénéfique dans le parcours du cadet, Jean-François.
     
     Dans un deuxième article, le 9 septembre, je m'étais abondamment et plus spécifiquement penché sur la Pierre de Rosette, rappelant que toute capitale qu'elle fut, elle constitua une partie seulement d'un vaste et éclectique ensemble dans lequel le jeune prodige figeacois puisa ce qui allait être une incontournable certitude scientifique.

     Et pour compléter aujourd'hui ce qui pourrait, à terme, devenir une tétralogie, je vous propose, ami lecteur, d'évoquer le combat de Champollion pour la juste légitimation de sa découverte, toutes les vicissitudes qui accompagnèrent, ici et là, ce déchiffrement et entachèrent la joie qui eût dû en découler dans son chef.


     Monsieur,

     Je dois aux bontés dont vous m'honorez l'indulgent intérêt que l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres a bien voulu accorder à mes travaux sur les écritures égyptiennes, en me permettant de lui soumettre mes deux mémoires sur l'écriture hiératique ou sacerdotale, et sur l'écriture démotique ou populaire; j'oserai enfin, après cette épreuve si flatteuse pour moi, espérer d'avoir réussi à démontrer que ces deux espèces d'écriture sont, l'une et l'autre, non pas alphabétiques, ainsi qu'on l'avait pensé si généralement, mais idéographiques, comme les hiéroglyphes mêmes, c'est-à-dire peignant les idées et non les sons d'une langue; et croire être parvenu, après dix années de recherches assidues, à réunir des données presque complètes sur la théorie générale de ces deux espèces d'écriture, sur l'origine, la nature, la forme et le nombre de leurs signes, les règles de leurs combinaisons, au moyen de ceux de ces signes qui remplissent des fonctions purement logiques ou grammaticales, et avoir ainsi jeté les premiers fondements de ce qu'on pourrait appeler la grammaire et le dictionnaire de ces deux écritures employées dans le grand nombre de monuments dont l'interprétation répandra tant de lumière sur l'histoire générale de l'Egypte. A l'égard de l'écriture démotique en particulier, il a suffi de la précieuse inscription de Rosette pour en reconnaître l'ensemble; la critique est redevable d'abord aux lumières de votre illustre confrère, M. Silvestre de Sacy, et successivement à celles de feu Åkerblad et de M. le docteur Young, des premières notions exactes qu'on a tirées de ce monument, et c'est de cette même inscription que j'ai déduit la série des signes démotiques qui, prenant une valeur syllabico-alphabétique, exprimaient dans les textes idéographiques les noms propres des personnages étrangers à l'Egypte. C'est ainsi encore que le nom des Ptolémées a été retrouvé et sur cette même inscription et sur un manuscrit en papyrus.

     Il ne me reste donc plus, pour compléter mon travail sur les trois espèces d'écritures égyptiennes, qu'à produire mon mémoire sur les hiéroglyphes purs. J'ose espérer que mes nouveaux efforts obtiendront aussi un accueil favorable de votre célèbre compagnie, dont la bienveillance a été pour moi un si précieux encouragement.

     Mais dans l'état actuel des études égyptiennes, lorsque de toutes parts les monuments affluent et sont recueillis par les souverains comme par les amateurs, lorsqu'aussi, et à leur sujet, les savants de tous les pays s'empressent de se livrer à de laborieuses recherches, et s'efforcent de pénétrer intimement dans la connaissance de ces monuments écrits qui doivent servir à expliquer tous les autres, je ne crois pas devoir remettre à un autre temps d'offir à ces savants et sous vos honorables auspices, une courte mais importante série de faits nouveaux, qui appartient naturellement à mon Mémoire sur l'écriture hiéroglyphique, et qui leur épargnera sans doute la peine que j'ai prise pour l'établir, peut-être aussi de graves erreurs sur les époques diverses de l'histoire des arts et de l'administration générale de l'Egypte : car il s'agit de la série des hiéroglyphes qui, faisant exception à la nature générale des signes de cette écriture, étaient doués de la faculté d'exprimer les sons des mots, et ont servi à inscrire sur les monuments publics de l'Egypte, les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs ou romains qui la gouvernèrent successivement.  Bien des certitudes pour l'histoire de cette contrée célèbre doivent naître de ce nouveau résultat de mes recherches, auquel j'ai été conduit très naturellement.  


  

     C'est par ces mots que, le vendredi 27 septembre 1822, à la séance de l'Académie à laquelle assistait le monde scientifique et littéraire de l'époque, français bien sûr, mais ausssi anglais avec notamment Thomas Young, et allemand, avec les frères Humboldt, Jean-François Champollion le Jeune entama la lecture d'un résumé de huit pages de ce qui devait, fin octobre, constituer la publication d'une plaquette de quarante-quatre pages : la célébrissime Lettre à M. Dacier, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Egyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains; document qui consacrait sa propre découverte, en réalité rédigé par son frère aîné cinq jours plus tôt; document qui aux yeux des historiens du monde entier constitue, non pas comme certains l'ont affirmé un aboutissement, mais bien le véritable acte de naissance du déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens,  soit un point de départ à bien d'autres recherches, à bien d'autres conclusions avancées dans au moins deux autres publications, dont, quinze mois plus tard, son Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens  ou  recherches sur les éléments premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes, dont la Lettre à M. Dacier n'est en définitive qu'un élément avant-coureur.
    
     Champollion a presque 32 ans. Mais le parcours fut long et souvent sujet à malsaines jalousies avant d'arriver à cette apothéose; et encore, sera-t-il par la suite la cible d'autres polémiques, pas toujours des plus rigoureusement scientifiques ...

     Jouer dans la cour des grands, il l'apprendra à ses dépens, n'est certes pas sinécure. Le parcours d'un génie aussi précoce, aussi incontestablement prometteur et porteur d'avenir ne pouvait manquer de susciter mécontentements, envies, déceptions, haine aussi. 

     De l'arène dans laquelle il s'aventura, trois noms de savants sont à épingler qui, comme lui, s'étaient penchés ou planchaient toujours sur l'écriture hiéroglyphique égyptienne - depuis l'apparition de la fameuse Pierre de Rosette, surtout -, afin d'en percer les arcanes avec, évidemment, moins de réflexion, moins d'intuition, ou de chance que le jeune et boulimique déchiffreur.
                                                          
                                                                       


     L'orientaliste français Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, tout d'abord (1758-1838), ainsi que le diplomate et archéologue suédois Johann-David Åkerblad (prononçons "Okerblad"; 1763-1819), tous deux, de leur côté, depuis 1802 s'entêtant à considérer que l'écriture égyptienne n'était qu'alphabétique; et donc, tous deux incapables de mener plus avant leurs recherches.

       






       
     Le médecin, physicien et érudit anglais Thomas Young (1773-1829), ensuite, parfait esprit encyclopédique, tout aussi parfait connaisseur des langues orientales, et féru d'égyptologie.

     Dès 1818-19, il suppute l'existence de hiéroglyphes phonétiques, ainsi que la parenté des trois écritures égyptiennes. Malheureusement pour lui, il n'a aucune connaissance du copte alors que l'on savait, depuis Athanase Kircher au XVIIème siècle, qu'il était une survivance de la langue populaire des anciens Egyptiens. 



     En 1815, déjà, le 20 juillet, de Sacy, éminemment perfide, volontairement insidieux, écrit à Young :

     ... Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de ne pas trop communiquer vos découvertes à M. Champollion. Il se pourrait faire qu'il prétendît ensuite à la priorité. Il cherche en plusieurs endroits de son ouvrage à faire croire qu'il a découvert beaucoup de mots de l'inscription égyptienne de Rosette. J'ai bien peur que ce ne soit là que du charlatanisme. J'ajoute même que j'ai de fortes raisons de le penser.

     Fort heureusement, de Sacy revint par la suite sur ses préventions, et à de bien meilleurs sentiments vis-à-vis de Champollion. Mais pour l'heure, le mal était fait. La philippique, en outre, était doublée, le même mois, d'un petit compte rendu publié dans le Magasin encyclopédique, l'un des plus importants organes du mouvement littéraire et scientifique du Directoire, du Consulat et de l'Empire, à propos de L'Egypte sous les pharaons, de Jean-François Champollion, dans lequel le savant affirmait de manière péremptoire et inélégante que cet ouvrage aurait bien de la peine à prendre rang parmi les travaux intéressants sur l'Egypte

     Dans une lettre à son frère, concernant cette critique, Jean-François écrit le 21 juillet :

     Le rapport du jésuite est tel que je l'attendais : du venin sous du sucre; ne pouvant attaquer le fond, il se rejette sur la forme. C'est une chenille, qui, ne pouvant mordre et déchirer une plante, se contente de la couvrir de sa bave. Je ne suis point surpris de ce qui arrive. 

     Blessé, le frère aîné, installé très jeune à Grenoble, successivement bibliothécaire adjoint, puis bibliothécaire de la ville, professeur de littérature grecque, secrétaire puis doyen de la Faculté des Lettres, rédigea lui aussi pour le même Magasin encyclopédique une réfutation aux allusions malveillantes du vieil orientaliste.Ambiance ...

     Pour Jean-François Champollion, les échecs patents de de Sacy, d'Åkerblad et de Young étaient essentiellement dus à leur méconnaissance de la langue copte, mais aussi à leur manque de méthode : là où le Figeacois devenu Grenoblois à l'adolescence, puis Parisien pour parfaire ses études de langues orientales accumulait moulages, estampages et scrupuleuses copies manuscrites de ce qu'il estimait lui être utile dans ses recherches en tant que supports d'hiéroglyphes, ses prédécesseurs aînés dans la même tentative de déchiffrement se contentaient de la seule copie de la Pierre de Rosette, qu'ils considéraient comme le tout de l'écriture égyptienne.

     Aucun parmi ces savants n'avait pris conscience que les trois formes de l'écriture égyptienne antique, à savoir les hiéroglyphes, le hiératique et le démotique (tels que je les ai définis dans mon article de mardi dernier), appartenaient à un seul et unique système d'écriture; et que ce système était essentiellement composé, soit à 90 %, d'éléments phonétiques.

     Et c'est donc au dernier étage de la maison qu'il occupait avec son frère, au 28 de la rue Mazarine à Paris, dans ce qui fut, quelques années plus tôt, l'atelier du peintre Horace Vernet, que le 14 septembre 1822, Champollion eut l'illumination et la certitude suprêmes grâce à des reproductions de bas-reliefs provenant de temples égyptiens, celui d'Abou Simbel, notamment, réalisées par l'architecte Jean-Nicolas Huyot, celui-là même qui participa et acheva la construction de l'Arc de Triomphe.

     Sur une première feuille, Champollion reconnaît les signes et lit le nom de Ramsès; sur une seconde, celui de Thoutmes, le Thoutmosis des Grecs. Sa conviction est par là même confirmée : c'est bien en face d'un triple système d'écriture remontant à la plus haute antiquité qu'il se trouve. Il est de ce fait absolument, et à juste titre, convaincu que les hiéroglyphes expriment parfois les idées, parfois les sons de la langue égyptienne.

     Il n'eut de cesse d'immédiatement prévenir son frère : il tenait l'affaire ! A la fin du mois, la fameuse Lettre à M. Dacier concluait, pour un temps relativement court, ces longues années de recherches. 

     La publication et la lecture d'une partie de ce mémoire devant l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres déboucha chez lui sur une immense déception morale : l'envie, la petitesse qu'il avait déjà rencontrées tout au long de son parcours - et sa jeunesse bien sûr accroissait d'autant la hargne de ces doctes savants -, se mua très vite en haine, en inexcusables bassesses, en insupportables vilenies.

   Il est rare qu'il se produise une grande découverte sans que quelqu'un puisse prétendre, avec plus ou moins de raisons, l'avoir déjà entrevue. La découverte du radium par M. et Mme Curie aurait, dit-on, comme origine lointaine une remarque de M. Becquerel sur les sels d'urane... Il n'y a pas même une liaison de l'espèce entre les tentatives de Young et la découverte de Champollion (...) On ne saurait assez répéter que Young n'a pas réussi, avant Champollion, à lire, non pas deux lignes d'une inscription hiéroglyphique, mais pas un seul membre de phrase. Il n'a fait que deviner, avec un pourcentage de réussite plus élevé qu'on ne le trouve dans les tentatives antérieures, écrit en 1922 l'égyptologue Jean Capart dans le bulletin de l'Académie royale de Belgique.  
 

     Même si, dans un tout premier temps, ce Thomas Young que mentionne Capart y alla d'une élégante et gratifiante métaphore : le bruit peut bien courir qu'il a trouvé en Angleterre la clef qui a ouvert la porte et on dit souvent que le premier pas est le plus difficile, mais même s'il a emprunté une clef anglaise, la serrure était si effroyablement rouillée qu'aucun bras ordinaire n'aurait été assez fort pour la faire tourner, écrivit-il dans l'euphorie de l'instant, c'est bien à lui que l'on doit les premiers coups bas portés au déchiffreur. Il rédigea en effet un compte rendu, sous le couvert de l'anonymat, dans lequel il ne mâchait pas ses mots : on les aurait crus trempés dans le venin de l'aspic qui tua Cléopâtre !

     Très vite, il osa plus : dans un pamphlet publié quelques mois plus tard, au début de 1823, lui qui persistait à vouloir lire le nom de la reine Arsinoé quand Champollion avait bien  prouvé par son système qu'il s'agissait en réalité du terme "Autocrator", titre impérial en relation avec celui de César, il s'appropria purement et simplement l'intégralité des conclusions auxquelles le Français était arrivé, ne lui laissant - portion congrue de grand seigneur ! - que le "mérite" de les avoir développées.

     Mais il y eut aussi, et ce me semble peut-être encore plus grave, des traits vicieux, extrêmement malsains, tirés non pas de cette Angleterre qui n'était jamais que de l'autre côté du "Channel", mais de France. Ainsi Jomard.

     Edme-François Jomard (1777-1862), celui-là même qui avait remarquablement mené à bien l'édition de la monumentale Description de l'Egypte, le Jomard membre prestigieux de la non moins prestigieuse Académie des Inscriptions et Belles-Lettres marqua non seulement son mépris devant les résultats obtenus par le déchiffreur, car à ses yeux,  seuls ceux qui avaient fait partie de l'expédition de Bonaparte pouvaient prétendre à la connaissance, mais poussa même l'ignominie jusqu'à la dénonciation politique. Fort heureusement, et grâce à l'entremise d'un de ses protecteurs, le gentilhomme provençal Pierre-Louis Casimir de Blacas d'Aulps, que l'Histoire retiendra sous le nom de duc de Blacas, personnellement lié à Louis XVIIIl, Champollion bénéficia de la juste élégance du souverain de ne point accréditer d'aussi éhontés mensonges.

     Mais dans tous les milieux, les contempteurs veillaient, l'arme affutée. Ainsi y eut-il les catholiques - les "éteignoirs" comme il aimait à les nommer - avec, notamment Monseigneur de Frayssinous et un prélat, Raoul-Rochette, tout inquiets qu'ils étaient de ce que l'égyptologie naissante allait considérablement faire reculer la chronologie chrétienne admise par tous : il y aurait donc eu des hommes avant la naissance du Christ ? Balivernes ! Il fut dès lors patent que les assertions du petit provincial péchaient par manque de valeur scientifique. 

     Ainsi y eut-il aussi d'anciens condisciples aigris, qu'il avait côtoyés pendant ses études au Collège de France, en 1808 - 1809 : Saint-Martin, Letronne, Quatremère ..., hellénisants pour la plupart qui refusaient catégoriquement à l'Egypte de détrôner en un tournemain la jusqu'alors prépondérante suprématie grecque.    

      En janvier 1830 encore, un peu moins de trois ans avant sa mort, Champollion  écrit à Ippolito Rosellini (1800-1843) qui l'avait accompagné en Egypte, lors de l'expédition franco-toscane les deux années précédentes :

     J'ai parcouru ici une partie des pamphlets dont la clique a bien voulu me régaler pendant mon absence; cela est dégoûtant et vous sentez qu'on ne répond à cela que par le mépris et en continuant son chemin sans faire cas de tous ces moustiques. Ma Grammaire paraîtra à la fin de cette année : c'est la préface indispensable de notre voyage. Elle ne convertira pas, au reste, ceux qui combattent mon système et déprécient mes travaux, parce que ces messieurs ne veulent point être convertis et sont tous de la mauvaise foi la plus inique. Mais tout cela est dans l'ordre. Je les connais, j'y crache dessus et je passe.  

     Toutefois, il me plaît aussi d'ajouter que, lueur dans ce ciel français peuplé d'innombrables sycophantes qui avaient pris l'habitude de fondre sur lui tel un nuage de sauterelles sur les récoltes des rives du Nil, le 21 avril 1823, c'est avec une joie difficilement contenue qu'il s'était entendu dire, lors du discours d'ouverture de la première séance publique annuelle de la Société asiatique, à Paris, par le président d'honneur qui n'était autre que le duc Louis-Philippe d'Orléans en personne :

     La brillante découverte de l'alphabet hiéroglyphique est honorable non seulement pour le savant qui l'a faite, mais pour la Nation. Elle doit s'enorgueillir qu'un Français ait commencé à pénétrer les mystères que les Anciens ne dévoilaient qu'à quelques adeptes bien éprouvés et à déchiffrer ces emblèmes dont tous les peuples modernes désespéraient de découvrir la signification.

     A la fin de cette mémorable séance, le nouveau ministre de la Guerre, le maréchal Suchet, s'avançant vers Champollion lui lança, narquois et quelque peu accusateur : Les temps ont bien changé, mais j'espère que vous vous êtes réconcilié avec le nouvel état des choses.

     En un éclair, comprenant parfaitement la perfide allusion, Champollion dut entrevoir tout ce qu'ils étaient redevables, sa science et lui, à Napoléon. Mais dans un premier temps, la fuscine fut maniée par Chateaubriand qui, s'adressant à Suchet, le perça d'un magistral : Celui qui voit le soleil se lever devant lui ne peut guère pleurer la nuit qui disparaît !

     Et le Figeacois d'enchaîner : Pourtant, Excellence, en ma qualité de vieil Egyptien, j'ai toujours la moitié de mon moi dans le passé : je veux dire que mon coeur, tant qu'il battra dans ma poitrine, à côté du soleil que je salue avec gratitude, verra toujours briller les étoiles de la nuit qui m'ont éclairé, chacune avec sa lumière bien à elle.

     Manifestement, de semblables hommages auraient dû quelque peu le dédommager de tant d'attaques, de tant de calomnies passées. Mais jusqu'à son décès fin 1832 - et nous savons même, maintenant, que plusieurs de ses détracteurs ne déposèrent véritablement les armes que tout récemment -, Champollion eut à essuyer nombre de déconvenues, de refus de reconnaissance.

     Des Anglais, bien sûr, Young en tête, j'ai déjà eu l'occasion de le mentionner. Mais très vite, il faut bien le reconnaître, en septembre 1823 pour être précis, ce dernier annonce publiquement qu'il abandonne et ses invectives et ses recherches, estimant que Champollion en fait tant que désormais rien d'important ne peut plus lui échapper. Je considère donc mes études égyptiennes  comme terminées, conclut-il. 

     Malheureusement pour le philologue français, d'autres sujets de la perfide Albion dont Thomas Young s'était, bien malgré lui, fait le fourrier, ne baisseront pas la garde : savez-vous par exemple, ami lecteur, qu'il y a encore une vingtaine d'années, j'ai lu, sur certains panneaux explicatifs du British Museum, que Young était toujours considéré comme le premier déchiffreur ? 

     Et pourtant, le grand John Gardner Wilkinson, unanimement considéré comme le père de l'égyptologie britannique avait écrit, au lendemain du décès de Champollion, déjà :

     Personne ne peut apprécier mieux que moi l'inestimable talent de ce savant. Personne aussi ne saurait mesurer l'étendue de cette perte mieux que celui qui a été occupé si longtemps des mêmes études. Voici la fin des lumières que son savoir a pu jeter sur les hiéroglyphes. La torche est tombée à terre et personne n'est capable de la ramasser. Je crains beaucoup que sa mort ne soit le résultat des attaques peu généreuses qu'ont faites tant de personnes dernièrement en Italie, en Angleterre, en Allemagne et même en France, contre son système et sa réputation, mais j'espère que le monde sera assez juste pour lui accorder ce qui lui appartient. En effet, on ne saurait nier que l'étude des antiquités et de la langue égyptiennes ne doit ce qu'elle est qu'aux travaux de M. Champollion. 

     Justice lui est toutefois complètement rendue maintenant qu'une jeune génération d'égyptologues anglais a remis les pendules à l'heure. Big Ben sonne enfin correctement : Jean-François Champollion le Jeune est reconnu, de part et d'autre de la Manche, comme étant bien le "Père du Déchiffrement des Hiéroglyphes", comme étant bien celui qui rendit définitivement à l'Egypte la place qu'elle méritait dans les annales des civilisations antiques.

         En opposition à toute cette ambiance délétère, il y eut fort heureusement chez les savants du monde entier, les vrais savants, une sincère et infrangible reconnaissance de ses mérites, de sa pugnacité, de son génie en fait; une reconnaissance de sa prodigieuse découverte du déchiffrement de ces énigmatiques hiéroglyphes qui semblaient être un sceau mis sur les lèvres du désert, selon la formule de Chateaubriand à l'extrême fin de ses Mémoires d'Outre-Tombe; découverte qui allait ouvrir à l'Humanité tout entière, après quelque quinze siècles d'obscurité, la voie vers la lumière, la voie vers une incontestablement meilleure compréhension de la civilisation qui, pendant trois millénaires, avait vécu et s'était grandiosement développée sur les rives du Nil.


     Un homme disparaît, son cadavre est dans le sol.
     Tous ses contemporains ont quitté la terre.
     Mais l'écrit placera son souvenir dans la bouche 
     De celui qui le transmettra à une autre bouche. 

(Texte du Nouvel Empire relevé sur le Papyrus Chester Beatty IV)



(Andrews : 1993; Champollion : 1986, 476; et 1989; Goyon : 1989, 63-79; Hartleben : 1983, 193-268; Lacouture : 1988, 308-21; Vaillant : 1994, 71-5)

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 23:00

     Tu me conseilles d'étudier l'inscription de Rosette. C'est justement là par où je veux commencer.

(21 avril 1809)


     "Il faut tâcher de venir à bout de l'inscription égyptienne". C'est bien mon projet. Mais tu en parles fort à ton aise ! Laisse-moi avoir celles de la Commission et, les unes aidant les autres, je pourrai peut-être m'en tirer. Enfin je perscrute toujours celle de Rosette, mais sans de notables succès.

(15 août 1814)


     Il est hors de doute qu'avec la gravure de la Commission, je viendrai à bout de placer sous chaque hiéroglyphe le mot français correspondant et même le cursif égyptien; le grec va sans dire. Je ne m'avance pas trop en disant cela, puisque ce travail est aux trois quarts terminé; je sais où commence et où finit l'inscription hiéroglyphique par rapport au cursif et au grec.

(19 août 1818)    

                                                                                   

 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettres à son frère (1804-1818)

 

Paris, L'Asiathèque, 1984

 

 



     Indépendamment des reproductions de la Pierre de Rosette en miniature que l'on peut trouver dans certains magasins de la ville, voire même dans le hall du musée proprement dit qui en propose une destinée à devenir tapis pour la souris d'ordinateur, Figeac peut s'enorgueillir de posséder deux exemplaires, totalement différents quant à leur format, de ce célèbre monument.

     Le plus conforme à la réalité figure bien évidemment en bonne place dans la première salle du Musée Champollion, les Ecritures du Monde, bizarrement appelée "Salle 0", (musée que je vous ai présenté, ami lecteur, dans mon article de mardi dernier) : il s'agit d'un moulage de la stèle de 762 kgs se trouvant, comme chacun sait, au British Museum de Londres. Elle mesure 114 cm de haut, 72 cm de large et 28 cm d'épaisseur.
 


     Le plus spectaculaire se situe derrière l'espace muséal, en un endroit rebaptisé "Place des Ecritures" : il s'agit d'une immense dalle de granite noir, reproduction géante, oeuvre de l'artiste américain Joseph Kosuth.

 

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE


    
     Comme sur la pièce originale, les trois parties ont été représentées par l'artiste :

* les hiéroglyphes, écriture des textes religieux et officiels, dans la partie supérieure ;

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE



* l'écriture cursive démotique, écriture des communications courantes, au centre, qui constituait en fait l'abrégé, employé à partir du milieu du VIIème siècle A.J.-C. (dans les textes religieux exceptés) d'une autre écriture cursive, le hiératique, dérivant pour sa part directement des hiéroglyphes ; 

 

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE

     
 * enfin, l'écriture grecque, en lettres uniquement majuscules, dans la partie inférieure.

 

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE

 

     Mais qu'est exactement cette tant célèbre Pierre de Rosette ?

 

     Il s'agit d'une stèle de granodiorite, initialement cintrée, initialement d'une hauteur se situant entre 150 et 183 cm., retrouvée à Rachîd, petit village du Delta occidental, mieux connu sous le nom francisé de Rosette, à quelques kilomètres de la Méditerranée. Elle était insérée dans un vieux mur qui devait être démoli par les soldats français afin d'établir de nouvelles fondations pour agrandir le fort Julien.

 

© Pat l'Expat (que je remercie encore vivement pour m'avoir offert son cliché)

© Pat l'Expat (que je remercie encore vivement pour m'avoir offert son cliché)


     C'est au lieutenant du Génie Pierre François Xavier Bouchard que l'on doit cette précieuse découverte à la mi-juillet 1799.

     Bouchard et ses collègues officiers auraient, selon l'Histoire (ou la légende ?) immédiatement supputé que les inscriptions qui y étaient gravées constituaient la même version d'un texte, mais rédigé dans trois écritures différentes. Le général Menou fit d'ailleurs très vite traduire la partie grecque afin de connaître la nature du document : il s'agit en fait de la copie d'un décret promulgué par un ensemble de prêtres réunis à Memphis à l'occasion du premier anniversaire du couronnement de Ptolémée V Epiphane, régnant sur l'Egypte entière. Ce texte, connu des égyptologues sous le nom de décret de Memphis, date du 27 mars 196 A.J.-C. et fait notamment allusion aux privilèges fiscaux accordés par le pouvoir aux temples du pays. Il évoque aussi le culte rendu à Ptolémée V dans ces mêmes temples, ainsi que la cérémonie de son couronnement.

     Je profite de cette évocation pour rappeler que tous ces souverains portant le même patronyme (une quinzaine en tout) étaient les descendants directs d'un premier Ptolémée, fils de Lagos, et général, d'origine macédonienne, d'Alexandre le Grand. Les historiens ont d'ailleurs pris l'habitude, quand d'aventure ils évoquent cette période, d'indistinctement lui attribuer le nom de "ptolémaïque", ou de "lagide".

     C'est donc précisément ce Ptolémée Ier qui, en tant que satrape, gouverna l'Egypte après le décès d'Alexandre, en 323 A.J.-C., au moment du partage de son vaste Empire, tout d'abord au nom du demi-frère, puis du fils du défunt; puis, à partir de 305 A.J.-C., à la mort de ces derniers, en son nom propre, se faisant dès lors appeler Ptolémée I Sôter (Le sauveur). Et jusqu'à la mort de Cléopâtre VII, en 30 A.J-C., cette dynastie, qui pratiqua le mariage consanguin, restera installée sur le trône pharaonique.      

 

     La Pierre de Rosette, pour revenir à elle, fut immédiatement envoyée au Caire, à l'Institut d'Egypte nouvellement fondé par Bonaparte. Il en fut fait un certain nombre de copies en la recouvrant d'encre, puis en impressionnant, grâce à un rouleau de caoutchouc, des feuilles de papier posées dessus. Copies que l'on destina aux grandes Institutions et aux plus illustres savants européens de ce temps. L'Institut national de Paris en reçut deux.

     En 1801, la ville du Caire étant menacée par les Anglais, les savants de l'expédition française décidèrent de se mettre à l'abri à Alexandrie, emportant avec eux leurs notes, leurs dessins, leurs collections d'objets antiques et, bien évidemment, la précieuse Pierre de Rosette.

     Mal leur en prit car s'ils étaient restés au Caire, ils auraient eu tout loisir de profiter de sa capitulation et d'ainsi conserver, notamment, ce monument capital qui, on peut le supposer, serait actuellement au Musée du Louvre.

     Au lieu de cela, et en vertu d'un des articles de la capitulation d'Alexandrie, précisément, ils furent sommés de céder la précieuse stèle au colonel anglais Turner qui la ramena en Grande-Bretagne où, le 11 mars 1802, elle fut déposée au siège de la "Society of Antiquaries" de Londres; et à la fin de la même année, cédée par cette société au British Museum qui l'exposa désormais dans la galerie de la sculpture égyptienne. 

     Le petit Jean-François Champollion avait tout juste 12 ans ...

     Mais en quoi ce bloc de granodiorite lui fut-il, bien plus tard, d'une quelconque utilité ? 

     Tout le monde s'accorde à dire, de prime abord, qu'il constitue le monument qui lui permit de déchiffrer l'écriture hiéroglyphique des anciens Egyptiens. C'est tout à la fois vrai et faux. Réducteur, à tout le moins.

     Il est bien évident que le texte bilingue (langue égyptienne représentée par l'écriture hiéroglyphique et la cursive démotique, ainsi que langue grecque) joua un rôle essentiel dans le cheminement de ses recherches : c'est en effet grâce, notamment, à l'étude des cartouches des souverains grecs d'Egypte qu'il trouva véritablement une des clés des hiéroglyphes.

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE

 

     Comme le montre cette page de notes dans une des vitrines de la première salle du musée, c'est à partir de son analyse du nom de Ptolémée, à la fois en grec et en démotique, qu'il se rendit très vite compte que dans la partie hiéroglyphique de la Pierre de Rosette, ce nom avait été transcrit de manière alphabétique : P - T - O - L - M - I - S

     (A gauche, dans les cartouches ou, en rouge sur fond noir, le premier nom verticalement écrit ; le second étant celui de Cléopâtre :  K-L-I-O-P-A-T-R-A)

    
     Bien évidemment, une hirondelle ne faisant pas le printemps, il eut besoin de moult autres sources documentaires : il suffit en effet de lire toute la correspondance que le jeune prodige adressa à son frère aîné, et dont cette salle fait largement écho; il suffit de compulser quelques-unes des milliers de notes qu'il rédigea, pour prendre conscience de la profusion de documents qu'il utilisa, textes hiéroglyphiques essentiellement, avant d'enfin aboutir à la géniale découverte.



 

FIGEAC ET LES PIERRES DE ROSETTE

 

     C'est ainsi donc qu'il s'attarda aussi sur le patronyme de Cléopâtre, la septième du nom, et dernière reine d'Egypte : grâce à la comparaison d'un papyrus bilingue (grec et démotique) et d'une copie d'un texte gravé en hiéroglyphes sur l'obélisque emporté de Philae à Kingston Lacy, dans le Dorset (Grande-Bretagne) par l'explorateur et aventurier anglais William John Bankes, il put constituer un début d'alphabet. Alphabet qu'il développa aussi lors de son voyage sur la terre des pharaons, en visitant les temples d'époque gréco-romaine tels que Denderah, Philae, Kom Ombo, Edfou, Esnah ... et en y relevant d'autres prénoms célèbres : Alexandre, César, Tibère, Auguste, Trajan, pour ne citer que les principaux.


     Petite parenthèse, pour tordre le cou à différents canards : je précise que Champollion ne vit jamais la Pierre de Rosette originale - il n'avait pas encore 9 ans au moment de sa découverte ! - ; qu'il ne se rendit jamais en Grande-Bretagne et que seuls estampages, calques et copies, mais aussi certains papyri originaux reçus en prêt, furent les documents à partir desquels il travailla.

     Cet alphabet lentement constitué ne fut qu'un début car, ne traduisant que les noms propres des derniers souverains étrangers ayant gouverné l'Egypte, il était parfaitement inadapté, insuffisant à vrai dire, pour déboucher sur le déchiffrement complet de l'écriture hiéroglyphique.

     A l'instar d'un Eurêka ! célèbre, Je tiens mon affaire se serait exclamé Jean-François Champollion en confiant le résultat de ses travaux à Jacques-Joseph, son frère aîné. Car, de réflexion en réflexion, de tâtonnements en tâtonnements, de nuits en nuits, il arriva, le 14 septembre 1822, illumination de génie, à la conclusion que cette écriture combinait tout à la fois des idéogrammes et des signes phonétiques, dont quelques-uns, uniquement, étaient alphabétiques. Sans oublier ceux qui, n'ayant là où ils se trouvaient aucune valeur phonétique, servaient de déterminatifs, - de "classificateurs", comme on a tendance à les appeler de nos jours -, afin de fournir une précision sur le mot qu'ils terminaient.


     Pour faire très très simple, je prendrai l'exemple des deux consonnes V et R, qui se prononceraient "VER". En français, le terme pourrait s'écrire ver, verre, vert, vers ou vair. Si un ajout, que l'on appelle déterminatif, ne précise pas la catégorie lexicale dans laquelle il faut le concevoir, il restera vague, incompris. En revanche, si j'y adjoins un dernier pictogramme représentant un lombric, ou un récipient, ou une flèche ou une chaussure par exemple, le terme deviendra tout de suite compréhensible à tous.       


     Dans la grammaire que ce frère et mentor publia après le décès de son cadet, le 4 mars 1832, on peut lire ces mots, résumant admirablement son immortelle découverte : 

     "C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans le même mot."


     L'Egypte ancienne était restée énigmatique pendant approximativement quinze siècles quant à la connaissance de ses écritures. La langue, elle, fort heureusement, avait survécu, écrite au moyen de l'alphabet grec augmenté de 7 signes empruntés au démotique, grâce aux Coptes, descendants chrétiens des anciens Egyptiens.

     A ce propos, permettez-moi de rappeler, ami lecteur, que les termes "Copte" et "Egypte" dérivent tous deux de la même occurrence grecque : "Aiguptos", provenant elle-même de l'adaptation phonétique de l'égyptien "Hout-Ka-Ptah" (Le temple du Ka de Ptah) qui désignait Memphis, l'ancienne capitale du pays.

     Ce fut donc grâce à la comparaison de textes entre eux, tant hiéroglyphiques que démotiques, provenant de la Pierre de Rosette, mais aussi de nombreux autres types de documents ; grâce à la constitution d'un premier type d'alphabet ; grâce enfin à sa remarquable connaissance de la langue copte et ce, dès son plus jeune âge, que le Figeacois Jean-François Champollion parvint à élaborer le système de déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens qui constitue, dans l'ensemble, celui que nous utilisons encore de nos jours.


(Andrews : 1993Champollion : 1984; Devauchelle : 1990; Dewachter : 1986; 1990 ²Goyon : 1989

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 23:00
FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 

      L'un, le puîné, assurément le plus précoce, indéniablement le plus érudit - dès 11 ans, n'étudiait-il pas déjà le latin, le grec, l'hébreu, le copte, l'arabe, le syriaque, le persan, le sanscrit et le chinois ? -, le plus visionnaire aussi, se prénommait Jean-François. 

 

FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 

     L'autre, l'aîné, paternel, attentionné, protecteur, véritable modèle d'abnégation, Jacques-Joseph. 
     

     Ils étaient frères. Nés à Figeac. A la fin de ce XVIIIème siècle à juste titre appelé celui des "Lumières" par  ceux qui, trop souvent, n'évoquent que Voltaire, Rousseau, ou Kant, en omettant qu'il fut aussi celui de Laplace et de Lavoisier, de Fragonard, de Boucher et de Chardin, de Glück et de Mozart ...
    


     Août 1988.
    

     Nous étions descendus, cette année-là, passer un mois de vacances au Portugal en empruntant les routes françaises et espagnoles. J'avais, sur le chemin du retour vers la Belgique, suggéré à mon épouse et au couple d'amis qui nous accompagnait de quitter l'autoroute et de nous enfoncer - nous avions tout notre temps ! - dans ce Lot profond à destination de Figeac en Quercy, petite ville médiévale, sur les rives du Célé, guère encore fréquentée par les touristes, quasiment perdue entre la bastide royale de Villefranche de Rouergue, Aurillac et Rodez.

     Dans une de mes revues d'égyptologie, j'avais lu qu'un petit musée à Champollion consacré y avait été aménagé par l'égyptologue français Michel Dewachter. Tout au fond d'une minuscule ruelle étroite, rue Boudousquairie, à peine indiquée, à peine repérable ... 

     Cela pourrait être intéressant pour les enfants, non ?, suggérai-je incidemment.

     Bien hypocrite excuse, en vérité ! Aucun adulte ne fut dupe, mais tous acquiescèrent : on s'offrirait une étape supplémentaire. Et pour les enfants, on aviserait ...

 

     Deux ans auparavant, le 19 décembre 1986, François Mitterrand, alors Président de la République française, avait en effet inauguré là le musée d'égyptologie aménagé dans la maison natale du déchiffreur des hiéroglyphes ; vieille bâtisse du XIVème siècle, rachetée par la mairie, en 1977 déjà, pour un franc symbolique, réhabilitée, reconstruite en réalité tant  le délabrement était patent.

     A l'époque, trois buts avaient été avancés pour mener à bien le projet de ce musée : retracer les étapes de la vie de Champollion, suggérer la réalité de ce qui fut son "rêve" : l'Egypte des pharaons, et mettre en place un centre de documentation consacré plus particulièrement à la correspondance entre les deux frères.

     A l'époque aussi, trois salles, seulement, avaient été aménagées : la salle Champollion, au rez-de-chaussée qui, grâce à des documents personnels évoquait sa famille, ses études, sa carrière, mais aussi Figeac en ce temps-là; la salle de l'écriture, au premier étage, expliquant l'histoire du déchiffrement des hiéroglyphes, ainsi que les principes généraux des écritures égyptiennes, et présentant un moulage de la Pierre de Rosette qui lui avait permis d'avancer dans ses travaux de déchiffrement; et, au dernier étage, la salle des collections égyptiennes, essentiellement constituées de dépôts du Musée du Louvre, de celui de Cahors et du Musée Fenaille de Rodez, et qui mettait l'accent sur la vie quotidienne et les croyances religieuses de l'Egypte antique.       


     Août 2008.
     Exactement 20 ans après.


     Séjournant dans l'Aveyron, cette fois, nous décidons, mon épouse et moi, de revoir Figeac : j'avais récemment lu, dans une autre revue d'égyptologie, que le petit musée initial était devenu un espace muséal de grande envergure.
                                                                            
     Mais qu'aussi hommage imposant avait été rendu par la municipalité, au moment du bicentenaire de la naissance du plus célèbre des siens, en posant, place devenue "des Ecritures", une oeuvre de Joseph Kosuth,

 

 

FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 

reproduction en granite noir, agrandie 200 fois, de la célèbre Pierre de Rosette qui, entre autres documents, avait permis à Champollion de décrypter l'écriture hiéroglyphique égyptienne. 

FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 

      Implanté dans le centre historique de la ville intelligemment sauvegardé, le tout nouveau musée inauguré le 28 juillet 2007, dont l'entrée dorénavant se situe place Champollion, s'est bien évidemment développé à partir de l'ancien, soit la maison familiale des Champollion, mais aussi de deux autres immeubles restructurés pour l'occasion.

 

FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 

     En effet, d'un premier coup d'oeil, nous apparaît un immense mur en pierre, ocre, élevé aux fins de s'harmoniser avec élégance et bon goût à l'architecture environnante, percé de quatre portes ogivales et troué de huit baies simplement rectangulaires guidant notre regard, circonspect de prime abord, étonné ensuite, puis franchement admiratif sur la deuxième façade, la nouvelle.

     Qui a déjà eu l'occasion de voir une moucharabieh de certaines maisons cairotes, qui a déjà eu l'occasion, plus près de nous, de découvrir un des côtés de l'Institut du Monde arabe, à l'extrémité du boulevard Saint-Germain, à Paris, ne peut qu'ici être interpellé par ce symbole fort : une deuxième façade donc, en retrait d'environ un mètre par rapport à la première, constituée d'une lame de verre feuilleté, panneaux fixes pour la plupart sauf, à chaque étage, deux ouvrants qui, de l'intérieur, permettent aux visiteurs d'accéder à une coursive en caillebotis métallique insérée entre les deux "murs" dominant la place. 
    
     Ce sont, en fait, 48 panneaux de verre filtrant judicieusement la lumière et contenant une âme de cuivre percée d'un millier de lettres, de signes empruntés au fonds sémiotique universel. Monumentale casse faisant indistinctement appel au passé comme au présent puisque, tout à la fois, peut-on reconnaître, à tout seigneur tout honneur, des hiéroglyphes égyptiens, mais aussi des pictogrammes mayas, des signes de la langue étrusque, des lettrines onciales, des runes, des lettres peintes jadis par Dürer, des symboles Dogon, mais encore du tibétain, du chinois, de japonais, du coréen, de l'arabe, de l'hébreu, de l'araméen, du brahmi ...

     Avec beaucoup d'à-propos, Pierre di Sciullo, le génial graphiste typographe père de ce spectaculaire ensemble dont on apprécie encore plus l'éclectisme quand on déambule à l'intérieur des salles de façade - dans lesquelles tous ces signes semblent interpréter un improbable ballet littéraire orchestré par les imperceptibles vibrations et variations des lumières mordorées - qualifie son oeuvre de "moucharabieh typographique polyglotte". 

     Chapeautant cette bien étonnante façade, une terrasse apparente couverte, le soleilo, endroit autrefois destiné au séchage des céréales, des fruits ou des peaux : manière délicate, pour les concepteurs de ce musée technologiquement tourné vers le XXIème siècle, de rappeler le passé agricole et artisanal de Figeac.


     Envisageons à présent, ami lecteur, de pénétrer de conserve dans l'espace muséal proprement dit. Après avoir franchi l'une des quatre larges portes d'entrée, vous vous retrouvez de plain-pied dans le hall d'accueil, lumineusement clair, contrastant étrangement avec la première salle sur laquelle il s'ouvre : au centre, le comptoir de la billetterie et, habillant les murs, des vitrines qui proposent à la vente divers objets et ouvrages spécialisés en rapport direct avec les thèmes abordés ici. Quelques sièges, bienvenus, le long des murs. Et, à droite en entrant, l'indispensable porte vers les toilettes.      

     Le parcours muséog
raphique a été prévu pour s'étendre sur quatre niveaux qui, en tout, contiennent sept salles bien délimitées de part et d'autre d'un escalier central accroché à la cage de l'ascenseur.

     C'est quand nous aurons quitté le musée que je prendrai pleinement conscience que chaque salle d'exposition se décline dans une couleur différente, exprimant dès lors une thématique distincte. Recouvrant et reliant par là même le sol et le plafond, ainsi que les signes peints des cimaises de verre, ces teintes monochromes, contrastées, le noir de l'une répondant au blanc de l'autre, le bleu au rouge, le vert au jaune ..., semblent vouloir assimiler chacun des espaces à un écrin dans lequel le Conservateur des lieux aurait délicatement déposé quelques précieux joyaux.

 



 

     La première salle, (bizarrement nommée "salle 0" dans le prospectus), la seule du rez-de-chaussée derrière le hall d'accueil, volontairement sombre, est totalement dédiée à Jean-François Champollion : correspondance qu'il entretint avec son frère aîné, relation de son parcours, notes à l'appui, vers le déchiffrement des hiéroglyphes; mais aussi à l'Egypte qu'il visita : les monuments, les dieux, l'embaumement et le mobilier funéraire, ses sujets de prédilection.

     J'y retrouvai, dans une autre présentation certes, la plupart des pièces qui avaient fait les beaux jours du tout premier musée, il y a 20 ans, avec néanmoins quelques monuments nouveaux, dépôts du fonds d'archéologie sous-marine de Marseille et du récent musée des Arts dits "premiers" du Quai Branly, à Paris, ainsi que des dons de collectionneurs privés que l'ouverture du nouveau musée suscita.

     Baignant dans une étrange atmosphère de reflets de verre noir, cette salle semble volontairement accentuer le côté mystérieux de l'écriture égyptienne. Il est très malaisé d'en photographier l'ensemble tant les reflets d'une vitrine se marient, s'entrelacent, se superposent aux reflets d'une autre. Il faut presque coller son appareil contre le verre et ne désirer immortaliser  qu'une seule pièce à la fois pour obtenir un compte rendu exploitable des différents monuments exposés.

     Mais quels trésors ! Quel foisonnement de merveilles ! Je sais, je ne suis pas totalement objectif; et vous pourrez avec raison, ami lecteur, toujours me rétorquer que, comparativement aux musées du Louvre, du Cinquantenaire à Bruxelles, de Turin, du British, et de certains américains, Figeac, égyptologiquement parlant, c'est minuscule. Oui, certes. Mais je maintiens : je fus séduit et par la scénographie de ce qui est proposé dans cette première salle et par l'atmosphère qui s'en dégage. Et en outre, mais cela je ne le découvrirai que dans la suite de la visite, par l'extension qui a été voulue vers les écritures du monde. Et là réside toute son originalité ... Rendez-vous-y, et vous me comprendrez.



                                    

                                 
     La deuxième salle, celle en façade du premier étage, immédiatement donc au-dessus du hall d'accueil, entame et concrétise précisément cette ouverture vers le monde : narrer la grande et universelle aventure de l'écriture, de l'invention des premiers signes jusqu'à leur déchiffrement par nos contemporains constitue son thème principal. Espace extrêmement intéressant s'il en est, que des manipulations infographiques rendent à la fois convivial, didactique et ludique. 

                                                                      
     Ainsi, cette amusante possibilité offerte aux visiteurs par la technologie contemporaine : choisir un texte d'auteur - ici, un extrait du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry -, et le visionner dans différentes langues : en arabe, en chinois, en hiéroglyphes, évidemment, pour ne citer que ces trois exemples-là.

 

FIGEAC ET LES CHAMPOLLION ...

 



     Les deux salles suivantes, d'orange vêtues, à l'arrière du musée, l'une au-dessus de l'autre, nous emmènent, de la Chine au Mexique, de la Mésopotamie à l'Egypte, à la découverte, détaillée,  de la naissance des premières écritures, entre le IVème et le Ier millénaire avant Jésus-Christ; à la rencontre, aussi, des premières civilisations, des premiers mythes, à tout le moins ceux liés à l'apparition de leurs systèmes d'écriture.

 

 



     La cinquième salle, bleue comme la Méditerranée, nous initie aux premiers corpus alphabétiques, composés de 22 à 30 signes, suivant les peuples qui, sur ses rives, au Moyen-Orient, ont, en moins d'un millénaire, créé là des dizaines d'alphabets différents.




     Au dernier étage, une salle verte, la sixième, à l'arrière, évoque l'histoire du livre depuis son invention jusqu'à la toute récente apparition du numérique; l'histoire du papier également, et de l'imprimerie, en relation.



     On se dirige ensuite vers la façade, vers un espace en fait subdivisé en deux portions : une septième et dernière salle d'exposition qui pose la cruciale question des rapports entre le citoyen et l'écriture, évoquant aussi bien les actes du pouvoir, les formulaires administratifs, éternels outils de contrôle étatique que les manuscrits plus personnels, journaux intimes, moyens pour tout un chacun de s'exprimer, de protester aussi, de créer, surtout ...



                                                                          
     A tout ce parcours historique que je viens brièvement d'évoquer, déployé sur sept salles et embrassant quelque 5 300 ans d'Histoire, succède, en façade, un dernier espace, en fait la deuxième moitié de la dernière salle du troisième étage : voulu comme un salon dans lequel la lecture électronique, en consultation libre, le dispute aux gadgets multimédias comme la reconstitution d'une momie en trois dimensions, cet ultime espace conclut intelligemment la visite de ce musée où le verre, incontestablement, a été mis de multiples fois à l'honneur : ne fût-ce, par exemple, que pour protéger de doigts non souhaités, des portions d'anciens murs moyennageux, de toute beauté, s'entend, mais rendus inévitablement fragiles avec le temps.

 

 

 

 

  

    Venant parfois s'insérer entre deux vitrines sur le verre desquelles sont projetées les dernières applications de notre modernité technologique, ou derrière la "façade aux mille lettres", ces pans de murs mis ainsi en flagrante évidence constituent un superbe trait d'union historique, architectural, voire sentimental entre la vieille Egypte que le génial Figeacois rendit lumineuse au monde entier et ce remarquable musée à lui et à son travail en partie consacré.

 

 



     Quel plus merveilleux cadeau, au-delà des siècles, cette petite ville du Lot pouvait-elle lui offrir ? Quel plus bel hommage pouvait-elle rendre à son génie, à son intuition, à son talent ? A sa jeunesse aussi, que ses recherches lui volèrent entièrement; lui qui, comme l'écrivit un jour Balzac "a consumé sa vie à lire les hiéroglyphes". 

     Seule consolation de tant d'efforts aboutis dans ces mots, cette prédiction sublimement avérée, de Chateaubriand qui ne pouvait pas mieux dire en affirmant que "ses admirables travaux auraient la durée des monuments qu'il vient de nous expliquer".

     Jean-François Champollion, dit le Jeune, n'avait pas encore 42 ans quand, en partie miné par le poids de la charge qu'il s'était fixée, il s'éteignit à Paris, après être venu une dernière fois se ressourcer dans sa ville natale.

     Et ce sera son frère, Jacques-Joseph, dit Champollion-Figeac, de 12 ans son aîné qui, après avoir pris en charge, jadis à Grenoble, l'éducation du petiot, publiera en définitive ses oeuvres posthumes : les Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, en 1833; les Monuments d'Egypte et de la Nubie, de 1835 à 1845; la Grammaire égyptienne, de 1835 à 1841 et le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, de 1841 à 1843. 

     Permettez-moi de penser, ami lecteur, qu'à lui aussi, ce musée de Figeac doit beaucoup; et d'imaginer que, quand la nuit tombe sur la place Champollion et que, tous, nous avons déserté les lieux, au-delà des siècles, au-delà des croyances qui nous opposent ou nous rassemblent, le Ba et le Ka de Jean-François et de Jacques-Joseph, une dernière fois réunis, entament, loin de nos regards indiscrets, une endiablée danse traditionnelle quercynoise de contentement à travers les salles de LEUR musée, baignées à cette heure tardive d'une simple et apaisante luminosité cuivrée.
  

 

 

 


 

     Le "Siècle des Lumières", une nouvelle fois réinventé ... 

 

 


(Dewachter : 1986; 1988; 1990)



     Les deux salles suivantes, d'orange vêtues, à l'arrière du musée, l'une au-dessus de l'autre, nous emmènent, de la Chine au Mexique, de la Mésopotamie à l'Egypte, à la découverte, détaillée,  de la naissance des premières écritures, entre le IVème et le Ier millénaire avant Jésus-Christ; à la rencontre, aussi, des premières civilisations, des premiers mythes, à tout le moins ceux liés à l'apparition de leurs systèmes d'écriture.

 

 



     La cinquième salle, bleue comme la Méditerranée, nous initie aux premiers corpus alphabétiques, composés de 22 à 30 signes, suivant les peuples qui, sur ses rives, au Moyen-Orient, ont, en moins d'un millénaire, créé là des dizaines d'alphabets différents.




     Au dernier étage, une salle verte, la sixième, à l'arrière, évoque l'histoire du livre depuis son invention jusqu'à la toute récente apparition du numérique; l'histoire du papier également, et de l'imprimerie, en relation.



     On se dirige ensuite vers la façade, vers un espace en fait subdivisé en deux portions : une septième et dernière salle d'exposition qui pose la cruciale question des rapports entre le citoyen et l'écriture, évoquant aussi bien les actes du pouvoir, les formulaires administratifs, éternels outils de contrôle étatique que les manuscrits plus personnels, journaux intimes, moyens pour tout un chacun de s'exprimer, de protester aussi, de créer, surtout ...



                                                                          
     A tout ce parcours historique que je viens brièvement d'évoquer, déployé sur sept salles et embrassant quelque 5 300 ans d'Histoire, succède, en façade, un dernier espace, en fait la deuxième moitié de la dernière salle du troisième étage : voulu comme un salon dans lequel la lecture électronique, en consultation libre, le dispute aux gadgets multimédias comme la reconstitution d'une momie en trois dimensions, cet ultime espace conclut intelligemment la visite de ce musée où le verre, incontestablement, a été mis de multiples fois à l'honneur : ne fût-ce, par exemple, que pour protéger de doigts non souhaités, des portions d'anciens murs moyennageux, de toute beauté, s'entend, mais rendus inévitablement fragiles avec le temps.

 

 

 

 

  

    Venant parfois s'insérer entre deux vitrines sur le verre desquelles sont projetées les dernières applications de notre modernité technologique, ou derrière la "façade aux mille lettres", ces pans de murs mis ainsi en flagrante évidence constituent un superbe trait d'union historique, architectural, voire sentimental entre la vieille Egypte que le génial Figeacois rendit lumineuse au monde entier et ce remarquable musée à lui et à son travail en partie consacré.

 

 



     Quel plus merveilleux cadeau, au-delà des siècles, cette petite ville du Lot pouvait-elle lui offrir ? Quel plus bel hommage pouvait-elle rendre à son génie, à son intuition, à son talent ? A sa jeunesse aussi, que ses recherches lui volèrent entièrement; lui qui, comme l'écrivit un jour Balzac "a consumé sa vie à lire les hiéroglyphes". 

     Seule consolation de tant d'efforts aboutis dans ces mots, cette prédiction sublimement avérée, de Chateaubriand qui ne pouvait pas mieux dire en affirmant que "ses admirables travaux auraient la durée des monuments qu'il vient de nous expliquer".

     Jean-François Champollion, dit le Jeune, n'avait pas encore 42 ans quand, en partie miné par le poids de la charge qu'il s'était fixée, il s'éteignit à Paris, après être venu une dernière fois se ressourcer dans sa ville natale.

     Et ce sera son frère, Jacques-Joseph, dit Champollion-Figeac, de 12 ans son aîné qui, après avoir pris en charge, jadis à Grenoble, l'éducation du petiot, publiera en définitive ses oeuvres posthumes : les Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, en 1833; les Monuments d'Egypte et de la Nubie, de 1835 à 1845; la Grammaire égyptienne, de 1835 à 1841 et le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, de 1841 à 1843. 

     Permettez-moi de penser, ami lecteur, qu'à lui aussi, ce musée de Figeac doit beaucoup; et d'imaginer que, quand la nuit tombe sur la place Champollion et que, tous, nous avons déserté les lieux, au-delà des siècles, au-delà des croyances qui nous opposent ou nous rassemblent, le Ba et le Ka de Jean-François et de Jacques-Joseph, une dernière fois réunis, entament, loin de nos regards indiscrets, une endiablée danse traditionnelle quercynoise de contentement à travers les salles de LEUR musée, baignées à cette heure tardive d'une simple et apaisante luminosité cuivrée.
  

 

 

 


 

     Le "Siècle des Lumières", une nouvelle fois réinventé ... 

 

 


(Dewachter : 1986; 1988; 1990)

 

     Les deux salles suivantes, d'orange vêtues, à l'arrière du musée, l'une au-dessus de l'autre, nous emmènent, de la Chine au Mexique, de la Mésopotamie à l'Egypte, à la découverte, détaillée,  de la naissance des premières écritures, entre le IVème et le Ier millénaire avant Jésus-Christ; à la rencontre, aussi, des premières civilisations, des premiers mythes, à tout le moins ceux liés à l'apparition de leurs systèmes d'écriture.

 

 


 


     La cinquième salle, bleue comme la Méditerranée, nous initie aux premiers corpus alphabétiques, composés de 22 à 30 signes, suivant les peuples qui, sur ses rives, au Moyen-Orient, ont, en moins d'un millénaire, créé là des dizaines d'alphabets différents.

 



     Au dernier étage, une salle verte, la sixième, à l'arrière, évoque l'histoire du livre depuis son invention jusqu'à la toute récente apparition du numérique; l'histoire du papier également, et de l'imprimerie, en relation.


 


     On se dirige ensuite vers la façade, vers un espace en fait subdivisé en deux portions : une septième et dernière salle d'exposition qui pose la cruciale question des rapports entre le citoyen et l'écriture, évoquant aussi bien les actes du pouvoir, les formulaires administratifs, éternels outils de contrôle étatique que les manuscrits plus personnels, journaux intimes, moyens pour tout un chacun de s'exprimer, de protester aussi, de créer, surtout ...
 

 



                                                                          
     A tout ce parcours historique que je viens brièvement d'évoquer, déployé sur sept salles et embrassant quelque 5 300 ans d'Histoire, succède, en façade, un dernier espace, en fait la deuxième moitié de la dernière salle du troisième étage : voulu comme un salon dans lequel la lecture électronique, en consultation libre, le dispute aux gadgets multimédias comme la reconstitution d'une momie en trois dimensions, cet ultime espace conclut intelligemment la visite de ce musée où le verre, incontestablement, a été mis de multiples fois à l'honneur : ne fût-ce, par exemple, que pour protéger de doigts non souhaités, des portions d'anciens murs moyennageux, de toute beauté, s'entend, mais rendus inévitablement fragiles avec le temps.

 

 

 

  

    Venant parfois s'insérer entre deux vitrines sur le verre desquelles sont projetées les dernières applications de notre modernité technologique, ou derrière la "façade aux mille lettres", ces pans de murs mis ainsi en flagrante évidence constituent un superbe trait d'union historique, architectural, voire sentimental entre la vieille Egypte que le génial Figeacois rendit lumineuse au monde entier et ce remarquable musée à lui et à son travail en partie consacré.

 

 


     Quel plus merveilleux cadeau, au-delà des siècles, cette petite ville du Lot pouvait-elle lui offrir ? Quel plus bel hommage pouvait-elle rendre à son génie, à son intuition, à son talent ? A sa jeunesse aussi, que ses recherches lui volèrent entièrement; lui qui, comme l'écrivit un jour Balzac "a consumé sa vie à lire les hiéroglyphes". 

     Seule consolation de tant d'efforts aboutis dans ces mots, cette prédiction sublimement avérée, de Chateaubriand qui ne pouvait pas mieux dire en affirmant que "ses admirables travaux auraient la durée des monuments qu'il vient de nous expliquer".

     Jean-François Champollion, dit le Jeune, n'avait pas encore 42 ans quand, en partie miné par le poids de la charge qu'il s'était fixée, il s'éteignit à Paris, après être venu une dernière fois se ressourcer dans sa ville natale.

     Et ce sera son frère, Jacques-Joseph, dit Champollion-Figeac, de 12 ans son aîné qui, après avoir pris en charge, jadis à Grenoble, l'éducation du petiot, publiera en définitive ses oeuvres posthumes : les Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, en 1833; les Monuments d'Egypte et de la Nubie, de 1835 à 1845; la Grammaire égyptienne, de 1835 à 1841 et le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique, de 1841 à 1843. 

     Permettez-moi de penser, ami lecteur, qu'à lui aussi, ce musée de Figeac doit beaucoup; et d'imaginer que, quand la nuit tombe sur la place Champollion et que, tous, nous avons déserté les lieux, au-delà des siècles, au-delà des croyances qui nous opposent ou nous rassemblent, le Ba et le Ka de Jean-François et de Jacques-Joseph, une dernière fois réunis, entament, loin de nos regards indiscrets, une endiablée danse traditionnelle quercynoise de contentement à travers les salles de LEUR musée, baignées à cette heure tardive d'une simple et apaisante luminosité cuivrée.
 

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  Le "Siècle des Lumières", une nouvelle fois réinventé ... 

 


(Dewachter : 1986; 1988; 1990)

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