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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 23:00

 

      Samedi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, avec la maxime 5 de cet Enseignement de Ptahhotep qu'ensemble nous lisons depuis le 19 mars maintenant, nous avions "fait connaissance" avec la maât, principe essentiel de la culture égyptienne antique qui, en définitive, sous-tend tout ce corpus philosophique.

 

     Découvrons ce matin le sixième conseil prodigué par un père aimant au fils qui doit en principe lui succéder dans l'Administration royale qu'a peut-être dû recopier ce scribe exposé  dans la vitrine 1 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

 

Scribe A 42 (Photo C. Larrieu)



 

Puisses-tu ne pas préparer de manigances parmi les hommes.

C'est à proportion que le dieu châtie.

Un homme dit : "Je veux vivre de cela !"

(Et) il manque de pain à cause d'une formule.

L'homme dit : "Je veux être puissant !"

(Et) il dit : "Je veux faire du profit à ma guise afin que je sois reconnu."

L'homme dit : "Je veux piller autrui !"

(Et) il finit par donner à quelqu'un qu'il ignore.

Jamais auparavant les manigances d'un homme ne se sont réalisées.

Ce qui se réalise est ce qu'ordonne le dieu.

Aussi, à l'avenir, vis dans la sérénité.

C'est spontanément que vient ce qu'ils donnent.

 

 

 

    

(Vernus : 2001, 79)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 23:00

 

 

     Si, voici quinze jours - puisque samedi dernier, j'avais cru bon de consacrer mon intervention à l'exposition Toutânkhamon qui se tient à Bruxelles jusqu'à l'automne prochain -, nous avions relu trois maximes successives de l'Enseignement de Ptahhotep à la lumière de deux traductions distinctes, je vous propose ce matin, amis lecteurs, de reprendre le cours normal de notre découverte de ces préceptes moraux de l'Egypte antique, avec le cinquième apophtegme dans lequel ce père aborde un  nouveau cas d'espèce pour l'impétrant, son fils, qu'il veut aiguiller sur la voie de la sagesse dans sa profession future et ses relations avec autrui.

 

     Il évoque également, pour la première fois, un concept cardinal - la maât - qui régit toute la société égyptienne et traverse d'ailleurs l'ensemble de l'oeuvre .


 

Maat---Louvre-E-4436---Salle-18-Vitrine-1--C.-Decamps-.jpg


 

     Traditionnellement matérialisée par une plume ou sous l'aspect d'une femme portant une plume sur la tête, comme ci-dessus la petite statuette (E 4436) exposée dans la vitrine 1 de la salle 18 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, cette notion complexe que l'on traduit régulièrement en français - pour faciliter notre compréhension - par "Vérité-Justice-Ordre", nous fait toucher du doigt l'essence même de l'idéologie égyptienne antique ; elle constitue la base du bon fonctionnement de la société, partant, l'équilibre du monde créé. Ainsi, un pays dont le souverain ne respecterait pas la maât s'exposerait inévitablement au chaos (isefet, en égyptien ancien).

 

     En revanche, aligner sa conduite sur la maât assure non seulement à l'homme la bonne marche de sa propre vie et le respect d'autrui mais, et c'est capital pour le devenir de tout un chacun après l'ici-bas, lui permet de ne pas totalement disparaître, de se perpétuer pour l'éternité dans la mémoire de ceux qui l'ont côtoyé ...  

 

 

 

Si tu te trouves être un dirigeant

Donnant des directives à une multitude,

Cherche pour toi la perfection dans chaque cas,

De sorte que tes directives ne comportent définitivement pas de défaut.

La maât est puissante, et de perpétuelle efficacité d'action.

On ne peut la perturber depuis le temps d'Osiris.

On inflige un châtiment à celui qui transgresse les lois.

C'est ce qui échappe à l'attention de l'avide.

(Certes), c'est la vilenie qui s'empare par la force des richesses,

(Mais) jamais le mal-agir n'a mené son affaire à bon port.

[L'avide] Il dit : "Je veux faire du profit à ma convenance personnelle !"

Il ne saurait dire : "Je veux faire du profit en fonction de mon travail."

(Mais), s'il y a une fin, la maât (au contraire) est perpétuelle.

Que l'homme n'aille pas dire : "C'est mon patrimoine !"

 

 

 

 

(Vernus : 2001, 78)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 23:00

 

      Avant le congé de Printemps belge pendant lequel, les 16, 19 et 23 avril, je vous ai conviés à suivre le philosophe français Michel Onfray lors d'un séjour qu'il fit à la fin du siècle dernier sur les bords du Nil, nous avions vous et moi amis lecteurs, découvert un groupe de trois maximes de l'Enseignement de Ptahhotep qui, les seules de ce type dans cette oeuvre sapientiale, présentaient la particularité de former un ensemble continu dans lequel intervenait un polémiste, un rhéteur comme le nomme dans son ouvrage de 2010 l'égyptologue français Pascal Vernus, présenté comme ayant des niveaux de compétence différents.

 

 

     Quand, le 5 février dernier, dans l'un des quatre articles destinés à introduire mes interventions du samedi consacrées à ce corpus d'apophtegmes, je vous signalai - hasards du calendrier - qu'allaient se tenir de mars à juin deux manifestations mettant Emile Prisse d'Avennes à l'honneur, l'une au Louvre, l'autre à la Bibliothèque nationale de France, j'étais loin de m'imaginer que j'aurais l'opportunité de recevoir le catalogue édité par la BnF avant de me rendre à Paris.

 

     Très intéressant cadeau que ce petit ouvrage de 160 pages - j'aurai très probablement l'occasion de l'évoquer ici après avoir visité les expositions -, dans la mesure où Bernard Mathieu, égyptologue et philologue français, propose, fruit de son enseignement à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, la toute dernière traduction qu'il a faite des Maximes

 

 

     En juillet 2008, à propos d'un extrait de poésie amoureuse, j'avais mentionné en fin d'article les difficultés ressortissant immanquablement à la traduction d'une oeuvre antique. Et, pour corroborer mes allégations, je vous avais proposé trois versions différentes d'un même texte.

 

     J'ai pensé qu'aujourd'hui, avant de reprendre la suite de notre découverte de l'Enseignement de Ptahhotep, il serait intéressant de réitérer l'expérience aux fins de vous inviter à  vous exprimer sur l'une ou l'autre des deux plus récentes approches publiées.

 

     Pratiquement, vous retrouverez en premier lieu, pour chacune des trois maximes qui nous occupent, la version que vous connaissez maintenant et qui est celle que le Professeur Vernus publia en 2001 et, juste en dessous de chacune d'elles, surlignée en jaune, celle que Bernard Mathieu nous offre dans le catalogue de la double exposition parisienne auquel j'ai ci-avant fait allusion. 

 

     Je pense n'avoir pas trop de ces quelques calames de la palette de scribe (E 2241) exposée dans la vitrine 2 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour vous les recopier toutes les six ...


 

Palette au nom de Toutankhamon N 2241 (Photo C. Décamps)

 

 

Maxime 2

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

qui a plus de maîtrise et de qualité que toi,

incline-toi, courbe l'échine,

ne le défie pas : il lui sera impossible de se confronter à toi.

Tu rabaisseras celui qui parle à tort

en ne l'affrontant pas quand il est à l'oeuvre ; 

il passera pour un complet ignorant

quand ta retenue aura été confrontée à sa faconde.

 

 

 

Maxime 3

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

qui est ton égal, à ta main,

tu dois faire prévaloir ta qualité sur la sienne par le silence,

quand il se livre à de mauvais propos.

Grand sera le désaveu de la part de l'auditoire,

et ton renom irréprochable à la connaissance des grands. 

 

 

 

 

Maxime 4


Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

qui se trouve être un médiocre, et non ton égal,

Ne nourris pas d'intention agressive à son encontre dans la mesure où il est faible.

Abandonne-le à son sort afin qu'il se punisse lui-même.

Ne l'interpelle pas pour soulager ton coeur.

Ne fais pas le jeu de celui qui est face à toi.

Celui que ruine la médiocrité d'esprit est quelqu'un d'incommode.

On fera ce qui est conforme à ta volonté.

A toi de lui porter un coup par la punition que lui infligeront les magistrats.

 

 

Si tu rencontres un orateur à l'oeuvre,

d'un talent inférieur, et non ton égal,

ne te montre pas arrogant envers lui sous le prétexte de sa faiblesse,

abandonne-le et il se punira lui-même.

Ne lui réponds pas pour soulager ta conscience,

ne comble pas les voeux de celui qui te fait face,

- il est déplacé de démolir l'inférieur -

et l'on agira selon tes voeux.

Tu le frapperas par la punition que lui infligeront les grands.

 

 

 

(Mathieu : 2011, 68-9 ; Vernus : 2001, 76-7 ; ID. 2010 : 172)

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 23:00

 

     J'avais, souvenez-vous amis lecteurs, précédemment attiré votre attention sur le fait qu'existait dans l'Enseignement de Ptahhotep  un groupe de trois maximes qui, se suivant, avaient la particularité de proposer une situation identique mais à différemment envisager selon la compétence à argumenter, à polémiquer de l'interlocuteur en présence.

 

     Avant de vous donner la possibilité de prendre connaissance de la troisième recommandation que Ptahhotep, dans ce cas d'espèce, adresse à son fils, j'ai pensé qu'il était peut-être bon de reprendre  préalablement la lecture des deux précédentes que nous avions respectivement découvertes les  5 et 12 mars derniers.

 

     Je vous convie donc ce matin, par-dessus l'épaule du scribe Nebmeroutef comme semble le faire Thot à l'aspect de babouin, exposé dans la vitrine 10 de la salle 24 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à découvrir le troisième conseil à la lumière des deux qui l'ont précédé.

 


 

 

Scribe Nebmeroutef et Thot cynocéphale (Salle 24)

 

   

Relisons les deux premières maximes de cette "trilogie"

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

    

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 

 

 

Découvrons à présent la troisième de cet ensemble


Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

qui se trouve être un médiocre, et non ton égal,

Ne nourris pas d'intention agressive à son encontre dans la mesure où il est faible.

Abandonne-le à son sort afin qu'il se punisse lui-même.

Ne l'interpelle pas pour soulager ton coeur.

Ne fais pas le jeu de celui qui est face à toi.

Celui que ruine la médiocrité d'esprit est quelqu'un d'incommode.

On fera ce qui est conforme à ta volonté.

A toi de lui porter un coup par la punition que lui infligeront les magistrats.

 

 

 

(Vernus : 2001, 76-7)

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 23:00

 

      Faisant, comme je vous l'ai précisé la semaine dernière amis lecteurs, partie d'un ensemble de trois maximes se concentrant sur une même idée, celle que je vous donne à lire aujourd'hui, la deuxième  de ce groupe donc, fut certainement rédigée sur le Papyrus Prisse avec un matériel de scribe semblable à celui exposé dans la vitrine 1 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ...

 

 

Palette au nom du roi Séthi Ier N 2274 (Photo C. Décamps)  

 

 

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Ton égal, qui soit de ton rang,

C'est en gardant le silence aussi longtemps qu'il parle mal

Que tu feras prévaloir ta compétence sur lui.

Importante sera la désapprobation marquée par l'auditoire,

Alors que ton renom s'en trouvera bien, étant quelqu'un que les magistrats ont appris à connaître.

 
 

 

 

(Vernus : 2001, 76-7)

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 00:00

 

     La deuxième maxime que je vous propose de découvrir aujourd'hui à la suite de celle qui, selon certains égyptologues, nous l'avons constaté samedi dernier, servait aussi en quelque sorte de prologue à l'ensemble de l'Enseignement copié un jour du Moyen Empire par un scribe officiant vraisemblablement comme le plus représenté d'entre eux,

 

Scribe accroupi - Salle 22, vitrine 10 (Photo C. Décamps)

 

 

exposé dans la vitrine 10 de la salle 22 au premier étage du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, fait partie d'un groupe de trois apophtegmes qui se succèdent immédiatement.

 

     Il appert que cette unité eut pour fonction de définir l'attitude à opposer à un querelleur, un polémiste, selon la traduction qu'en donna Pascal Vernus dans la première mouture de son ouvrage repris en référence ci-dessous, un  rhéteur, comme désormais il le définit dans l'édition 2010 du même opus (*), mettant ainsi l'accent sur la notion grecque de rhétorique, apparemment déjà en usage en terre pharaonique mais qu'une nouvelle génération d'égyptologues philologues commence peu à peu à sortir de l'ombre pour nous en faire prendre conscience.

 

     Cela posé, pour quelle raison trois injonctions visant à déterminer la conduite à adopter en semblable situation ?

 

     Simplement parce que le rédacteur a tenu à différencier trois cas d'espèce : votre contradicteur vous est supérieur - maxime 2 de ce matin - ; semble être votre égal - maxime 3, samedi prochain - et, maxime 4, le 2 avril, vous est inférieur.  

 

     Sans plus tergiverser, prenons maintenant connaissance du premier d'entre eux.

 

 

 

Si tu as affaire à un polémiste au moment où il sévit,

Qui a bonne maîtrise de ses facultés et qui soit meilleur que toi,

Plie les bras, courbe ton dos.

Ne te mobilise pas contre lui, il ne parviendra pas à se mettre à ton niveau.

Tu réduiras celui qui parle mal

En ne t'opposant pas à lui au moment où il sévit,

Si bien qu'on le qualifiera de "c'est un ignorant"

Lorsque ta maîtrise intérieure neutralisera ses ressources.

 

 

 

(Vernus : 2001, 76 ; ID. 2010 : 172)

 

 

 

(*)  Cordial merci à Raymond Monfort pour avoir attiré mon attention sur les "Passages revisités" de l'ouvrage du Professeur Vernus, publiés dans la version 2010.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 00:00


     Voilà donc quelque quarante siècles qu'un Egyptien, peut-être un savant, peut-être un philosophe, assurément un véritable lettré décida de laisser à la postérité un ensemble d'aphorismes, de préceptes moraux qu'il crut bon de placer dans la bouche de Ptahhotep, un vizir ayant vécu quatre cents ans avant lui, à l'Ancien Empire ; haut dignitaire de l'Etat, à l'époque déjà considéré comme un sage, ce qui permit à  notre auteur du Moyen Empire, en  excipant de cette prestigieuse figure du passé, d'offrir à son texte une crédibilité hors du commun.    

 

     Dans le prologue que je vous avais donné à lire le 19 février dernier, il présentait sa "caution littéraire" comme un vieillard que les maux inhérents à l'âge autorisaient à réfléchir sur l'avenir de la fonction qu'il avait assumée à la cour du roi Djedkarê-Isesi, à la Vème dynastie. Raison pour laquelle - nous sommes toujours dans un récit fictif - Ptahhotep était censé demander au souverain l'autorisation de passer la main, d'obtenir un "bâton de vieillesse" en la personne de son propre fils qui, ainsi, reprendrait le flambeau après avoir écouté et assimilé les normes éthiques, prescriptions autant que prohibitions, que son père lui inculquerait. 

 

     Pour le bon déroulement de l'histoire, le monarque ne put évidemment qu'entériner cette requête. Rappelez-vous ses paroles dans l'introduction :


      Enseigne-le donc sur ce qui a été dit auparavant !

     (...) Et l'obéissance le pénétrera, toute exactitude de pensée lui ayant été exprimée.

   

 

      Fort de ce royal consentement, Ptahhotep pouvait, selon notre auteur - actuellement toujours anonyme - entamer son Enseignement.


     Aujourd'hui donc, amis lecteurs, après la pause du congé de carnaval belge, je vous propose de découvrir la première des maximes. 

 

     Bien que dans le Papyrus Prisse, elle ne se présente pas vraiment à l'image de celles qui suivront, l'usage égyptologique veut qu'elle soit considérée comme faisant partie intégrante du corps même de l'Enseignement qui, dès lors, en compterait 37. Pour certains savants en revanche, dont Pascal Vernus, ce texte relève plutôt d'une mise en garde introductive, un petit préambule faisant suite au prologue ; ce qui, dans ce cas, signifierait que ces préceptes ne seraient "que" 36.

 

     Convenez avec moi que cette comptabilité ne constitue qu'arguties de spécialistes, sur la démonstration desquelles j'ai pris le parti de ne point m'attarder  ...



     Ceci posé, première maxime ou préambule, son rédacteur l'écrivit sur sa feuille de papyrus avec un calame et une palette probablement semblables à cet ensemble (N 3022), exposé dans la vitrine 1 de la salle 6 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 

 

 

Palette de scribe N 3022 (Photo C. Décamps)

 

     C'est ce texte que je vous invite dès à présent à la lire, à méditer et à éventuellement commenter à votre meilleure convenance ...

 


 

Début des formulations de belles paroles

Qu'a énoncées le prince, gouverneur,

Le père divin, aimé du dieu,

Le fils aîné de son corps,

Le directeur de la ville, vizir Ptahhotep,

En apprenant aux ignorants la connaissance

Selon les règles du bien parler,

En tant que chose avantageuse à celui qui écoutera,

Et carence pour celui qui passera outre.

Alors, il dit à son fils :

 

 

Ne sois pas suffisant à cause de ton savoir
Discute donc avec l’ignorant comme avec le savant, le possesseur de savoir.

On n'atteint pas les limites de la compétence.

Il n'y a pas d'expert qui soit pourvu d'une capacité-de-transfigurer qui soit à lui.

Une belle parole est plus celée que le feldspath vert.

On la trouve chez des servantes affairées aux meules.

 

 

(Vernus : 2001, 74-5 ; ID. 2010, 172)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 00:00

 

     Certes, les Maximes dites de Ptahhotep peuvent se découvrir ex abrupto ; certes elles peuvent se lire en tant qu'apophtegmes participant à un pan de la littérature égyptienne, sapientiale en l'occurrence, et vierges de tout contexte historique.

 

     Ce nonobstant, j'ai cru bon, souvenez-vous, amis lecteurs, dans les semaines précédentes, de - peut-être trop didactiquement à vos yeux - vous en préparer la lecture : ainsi, le 22 janvier, en évoquant son pseudo-rédacteur ;  le 29 du même mois, les sources qui sont actuellement à notre disposition pour lire tout ou partie du texte ; le 5 février, l'explorateur français qui, rapportant d'Egypte le rouleau de papyrus sur lequel  figure la seule version complète en notre possession, eut l'excellente idée de le confier à la Bibliothèque Royale de l'époque, devenue BnF et, enfin samedi dernier, de plus spécifiquement décrire ce long document de quelque sept mètres de long en y adjoignant un cliché des deux premières pages - après les avoir remises à l'endroit, grâce à  l'acuité du regard d'un de mes lecteurs et, plus que très probablement, à sa parfaite maîtrise de la cursive hiératique dans laquelle elles sont rédigées. 

 

     Puis-je en Professeur retraité, toujours soucieux de principes méthodologiques pourtant devenus obsolètes dans le chef de certains jeunes collègues, vous conseiller de souvent vous référer à la lecture de l'un ou l'autre de ces quatres articles introductifs aux fins d'y retrouver, quand besoin s'en fera sentir, l'un quelconque détail de l'histoire de ce corpus de premier ordre pour comprendre en un temps et en un lieu donnés les préceptes qui régirent un mode de vie d'une des civilisations les plus prestigieuses de l'Antiquité ?

 

     L'Enseignement de Ptahhotep, je vous l'ai précisé, se subdivise en trois sections de différentes importances : le corps même des 37 Maximes que suit un long épilogue, l'ensemble étant précédé d'un préambule qu'accompagne le titre de l'oeuvre.



     C'est assurément dans cette position accroupie mais pas nécessairement sous le regard bienveillant de Thot représenté sous forme de babouin (E 11154) dans la vitrine 10 de la salle 24 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qu'un jour, au XXème siècle avant notre ère, le rédacteur s'installa pour commencer d'écrire le prologue que je vous propose maintenant de découvrir sans plus attendre ...

 

  Scribe Nebmeroutef - Salle 24, vitrine 10 (Photo C. Décamps)

 

 

 

 

Enseignement du directeur de la ville et vizir Ptahhotep

Sous la majesté du roi de Haute et Basse-Egypte, Isési,

Qu'il vive toujours et à jamais.

Le directeur de la ville et vizir Ptahhotep, il dit :

 

"Souverain mon maître,

Le viel âge est survenu, la vieillesse est arrivée,

L'impotence est venue, la faiblesse est en train de se montrer à neuf.

Celui qui passe la nuit livré à elle se retrouve dans l'enfance chaque jour.

Les yeux sont faibles, les oreilles sont sourdes.

La force est en train de disparaître pour celui dont les facultés s'engourdissent.

La bouche est silencieuse ; elle ne peut parler.

L'esprit se trouve arrêté ; il ne peut se rappeler hier.

L'os s'est mis à être douloureux à cause de l'âge.

Ce qui était bon est devenu mauvais.

Toute saveur s'en est allée.

Ce que fait la vieillesse aux hommes :

Du mal en toute chose.

Le nez est obstrué ; il ne peut respirer

Du fait que se lever ou s'asseoir est difficile.

Que soit ordonné à cet humbe serviteur de former un bâton de vieillesse (*).

Ainsi lui rapporterai-je la parole de ceux qui étaient capables d'écouter,

Les conseils de ceux qui étaient avant,

Qui jadis obéissaient aux dieux.

Ainsi l'on fera pour toi pareillement,

On écartera les souffrances de la population

Et les deux rives travailleront pour toi."

 

Alors la majesté de ce dieu dit :

"Enseigne-le donc sur ce qui a été dit auparavant !

Et il sera un modèle pour les enfants des hauts dirigeants.

Et l'obéissance le pénétrera, toute exactitude de pensée lui ayant été exprimée.

Personne n'est né sage !

 

 

 

 

 

(*)  L'expression "faire un bâton de vieillesse" signifiait, en Egypte antique, que passe d'un père à son fils la fonction dont le vieil âge advenu entravait la poursuite. Dans la fiction présente, Ptahhotep demande donc au pharaon Djedkarê Isési, pénultième souverain de la Vème dynastie, de pouvoir transmettre à son fils et son expérience et les préceptes moraux qui furent siens sa vie durant en vue de lui permettre d'embrasser lui aussi la carrière de vizir. 

 

 

 

 

(Lacombe-Unal : 1999, 283-6 ; Vernus : 2001, 72-4 )

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 00:00

 

     Samedi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, après vous avoir quelque peu expliqué la raison pour laquelle la recension la plus complète que nous possédions de l'Enseignement de Pathhotep portait symboliquement le nom de Papyrus Prisse ; après vous avoir donné quelques indications sur cet égyptologue français en définitive peu connu du grand public que fut Emile Prisse d'Avennes ; après avoir également attiré votre attention sur, hasards du calendrier, une grande exposition à deux facettes qui lui est  indirectement dédiée et qui, pour les amateurs dont je suis, constituera certes un des événements majeurs du prochain printemps parisien, je voudrais lors de notre rendez-vous de ce matin, en ultime approche introductive avant de vous donner à lire des extraits de cet important ouvrage de philosophie égyptien dès la semaine prochaine, vous expliquer ce qu'est exactement ce fameux Papyrus Prisse.  

 

 

Papyrus Prisse (BnF - Paris)

 

 

     Au XXème siècle, certains égyptologues ont avancé que notre Avesnois l'aurait exhumé de la sépulture d'un des rois Antef de la XIème dynastie, voire même de l'intérieur du cercueil d'Antef V exposé dans la vitrine 2  de la salle 13 (Crypte d'Osiris) du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, sous le numéro d'inventaire E 3019 ; d'autres, qu'il l'aurait.acheté à Thèbes, à un habitant de Gournah en 1845. 

 

     Des recherches essentiellement menées par l'égyptologue français Michel Dewachter qui, avec la minutie qu'on lui connaît, a patiemment démêlé l'écheveau de cette affaire, il ressort qu'il est maintenant aisé de réfuter les assertions des premiers savants qui se sont penchés sur ce papyrus hiératique : il est impossible qu'Emile Prisse d'Avennes l'ait acquis en 1845 dans la mesure où, après 17 années passées sur les rives du Nil, comme nous l'avons vu la semaine dernière, il rentre à Paris en mai 1844 avec l'imposant rouleau déjà en sa possession.


     En fait, dans une lettre du 20 mars 1843 adressée d'Egypte à Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le propre frère de Jean-François Champollion le Jeune décédé un an plus tôt, Prisse d'Avennes fait allusion, vraisemblablement pour la toute première fois  au document en question, stipulant l'avoir acheté au Kaire (sic). Or, en 1843, l'emplacement des tombes des rois Antef n'avait pas encore été déterminé avec exactitude : il ne peut donc l'avoir sorti de l'une d'elles !

 

      D'après certains papiers de correspondance, Michel Dewachter pense bien pouvoir affirmer, sans plus de précision, que l'achat du papyrus pourrait avoir été effectué au plus tôt en 1841, au plus tard en 1842.


 

      Dans une lettre du 25 février 1858 adressée à l'égyptologue français François Chabas (1817-1882), Prisse note que c'est un des fellahs qu'il avait rémunéré pour fouiller à Drah Aboul Neggah qui vint lui proposer à l'achat, arguant avec force difficultés et embarras qu'il appartenait à une veuve qui, dans le besoin, désirait s'en départir.

 

     L'Avesnois soupçonna, mais ne parvint jamais à le prouver, que l'indélicat l'avait soustrait au lot des objets trouvés lors des fouilles réalisées sous ses ordres, espérant ainsi en retirer un certain profit en le lui revendant. Ce document qui, selon les "règles" en vigueur à l'époque, aurait dû lui revenir de droit, Prisse fut certain de l'avoir de fait payé deux fois ! Après quelques tentatives de marchandage, il versa néanmoins 1000 piastres (250 anciens francs français, soit quelque 40 €.) pour l'acquérir.

 

 

     Quoi qu'il peut en être de toutes ces pérégrinations, c'est incontestablement dans les derniers mois de l'année de son retour en France que l'égyptologue en fit don à la Bibliothèque Royale. De sorte qu'avant le 31 décembre 1844, le papyrus fut, comme le souhaitait le généreux légateur, découpé en 12 sections de différentes longueurs correspondant aux divisions naturelles du texte que le conservateur adjoint au Musée Royal d'alors, un certain Dubois, colla sur un support de carton, - ce qui, par parenthèse, prouve qu'aucune inscription ne se trouvait en son verso ! 

 

      Actuellement, chacune de ces divisions est encadrée sous verre.

 

      La longueur totale de ce document parfaitement conservé atteint  7, 05 m ; sa largeur, quelque 15 cm.

 

      Les mensurations des feuillets brun clair varient fortement entre elles : cela peut aller de 12 ou 14 cm à 37, 38, 39, voire 41 cm, en passant par des pages moyennes fluctuant entre 20 et 30 cm. Au départ, elles avaient été collées bout  à bout par le fabricant antique en se chevauchant sur 1 cm environ et les raccords "écrasés" de telle façon qu'ils ne perturbent en rien le scribe qui y rédigea ses textes. 

 

     Textes, vous l'aurez remarqué, au pluriel. Le long document se divise en effet en trois parties bien distinctes : l'Enseignement de Ptahhotep bien sûr, qui termine le rouleau, précédé qu'il est à la fois par un espace à première vue non inscrit, d'un mètre soixante-trois de long, et par un premier texte, l'Enseignement pour Kagemni, le tout indiscutablement rédigé par une même main.

 

     A première vue, ai-je précisé car, à y regarder de très près, il subsiste quelques traces d'un  texte - qui aurait donc été le deuxième - visible entre les deux Sagesses. Pour quelle(s) raison(s) le scribe décida-t-il de l'effacer ? Et comment s'y prit-il pour ne point abîmer la surface du papyrus ?  Nul n'a toujours pu le déterminer ...

 

 

     L'Enseignement pour Kagemni, je l'ai mentionné à l'instant, entame le manuscrit mais seulement sur un espace de deux  feuilles : il s'agit en fait de la seule occurrence que nous ayons d'un ensemble de préceptes moraux qui, comme le titre qui lui fut attribué dans la littérature égyptologique l'indique clairement, est censé s'adresser à un vizir du nom de Kagemni ayant vécu à la fin de l'Ancien Empire, à  la VIème dynastie.

 

     J'insiste bien : censé s'adresser. Car en réalité, comme je vous l'ai expliqué lors de mon intervention de samedi dernier à propos des Maximes faussement attribuées à Ptahhotep, le véritable auteur n'est ici pas plus nommé que là, et le vizir Kagemni qui en serait le destinataire n'en est qu'une caution fictive - selon l'égyptologue français Pascal Vernus - dans la mesure où le texte le fait vivre à l'époque de Snéfrou, soit à la IVème dynastie !

 

 

     Quant à celui qui suit la partie anépigraphe de ce support antique, l'Enseignement de Ptahhotep donc, il est de coutume de le considérer comme un écrit se subdivisant en trois portions distinctes :  un titre et un préambule, celui-ci précisant les raisons - que nous savons maintenant  inventées de toutes pièces - pour lesquelles l'oeuvre aurait été rédigée ; le corps même des 37 maximes et, enfin, un long épilogue littéraire qui met en lumière le bien-fondé d'être à l'écoute de l'Autre : ici, en l'occurrence, les bienfaits dont peut profiter un fils en étant attentif aux préceptes éthiques qu'énonce son père à l'heure de se retirer de la vie professionnelle ...

 

 

      Puis-je vous confier, amis lecteurs, qu'au terme de ces quatre articles introductifs qui vont tout naturellement, comme je vous l'ai promis, maintenant déboucher sur la découverte du texte lui-même - à tout le moins, certaines maximes de sa traduction française -, je n'ai qu'une envie, une impatience ? Celle, au printemps prochain, d'aller passer une petite semaine à Paris - comme je le fais volontiers depuis plus de 20 ans -, aux fins d'admirer de visu, à l'exposition de la BnF ce Papyrus Prisse et les Sagesses égyptiennes rédigées en cursive hiératique dont il est porteur ...   

 

 

     Mais avant Paris, retrouvons-nous, si cela vous agrée, samedi prochain 19 février pour entamer leur lecture ...

 

    

 

 

(Dewachter : 1985, 59-66 ; ID. 1988 : 209-10 ; Jéquier : 1911, 5-10 ; Vernus : 2001, 55-6)

 

 

 

 

ADDENDA

 

     Un lecteur attentif qui m'a fait remarquer, hier après-midi, la présentation inversée du cliché du Papyrus Prisse que j'avais emprunté à la BnF pour chapeauter le présent article - présentation que j'ai évidemment tout de suite corrigée - a aussi eu l'extrême amabilité de me fournir deux liens vers le site de l'Université de Heidelberg permettant de lire, voire télécharger gracieusement, des ouvrages d'Emile Prisse d'Avennes, ainsi que celui de Gustave Jéquier qui propose les planches de cet important papyrus.

 

     Pour tous les amateurs, voici ces deux liens :

 

Ouvrages de Prisse d'Avennes

 

Ouvrage de Jéquier


 

auxquels j'ajouterai celui de l'étude de l'égyptologue tchèque Z. Zaba sur L'Enseignement de Ptahhotep

 

 

Bonnes lectures à tous...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 00:00

 

     Nous nous étions quittés vous et moi, souvenez-vous amis lecteurs, samedi dernier, avec pour objectif futur d'entre autres expliquer la dénomination Papyrus Prisse accordée par les égyptologues au plus important document contenant l'intégralité de l'Enseignement de Ptahhotep que je me propose de vous donner à lire, en partie à tout le moins, les prochains samedis.

 

 

      Achille Constant Théodore Emile Prisse d'Avennes (1807-1879) n'a que 20 ans quand, se joignant à une pléiade d'experts, ingénieurs comme lui, mais aussi techniciens, militaires et conseillers étrangers, essentiellement français, il  arrive à Alexandrie aux fins de participer, sous la férule du vice-roi d'Egypte Méhémet Ali, au redressement de l'économie et au développement général dans le sens d'une modernisation que ce dernier entend imprimer à son pays.

 

     Même si à quelques mois près, cinq années auparavant Jean-François Champollion le Jeune découvrait le sens des hiéroglyphes, rien, au départ, ne destinait le jeune ingénieur d'Avesnes-sur-Helpe à s'intéresser  véritablement à l'égyptologie : car ce ne sont que des propositions de travaux d'hydrographie - création d'un canal qui aurait dû relier Alexandrie au Caire, construction de ponts suspendus sur le Nil - que, dans un premier temps, il soumit au Pacha. Aucun de ses projets, en ce compris celui qu'il envisagea par la suite pour le transport, jusqu'à la Place de la Concorde, à Paris, de l'obélisque de Ramsès II que le souverain égyptien offrait à la France pour exprimer sa reconnaissance eu égard aux travaux philologiques de Champollion, n'eut l'heur d'aboutir.

 

     En outre, le khamsin tourne ! En 1836, Méhémet Ali entreprenant une restructuration de l'administration, se départ de nombre de Français qu'il avait pourtant précédemment accueillis bras ouverts. C'est l'opportunité que saisit l'Avesnois pour "changer de vie" : à presque trente ans, Emile Prisse devient Edris Effendi ; l'élégant jeune ingénieur du Nord va se muer en explorateur, en archéologue, en égyptologue et, vêtu  en Oriental, il décide de visiter la terre des pharaons.   

 

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

     Mais à la différence de la grande majorité de ces hommes du XIXème siècle pour lesquels le Voyage en Orient et, plus spécifiquement selon la formulation de l'époque, le Voyage d'Egypte, constituait une étape obligée d'un parcours de vie ; ou de ceux qui n'y verront qu'un moyen de s'enrichir en pillant puis revendant à l'étranger les richesses archéologiques des rives du Nil, Edris Effendi que les travaux de Champollion ont définitivement convaincu de rallier l'égyptologie naissante, sillonne le pays dans un esprit éminemment encyclopédique : certes, il s'intéresse aux vestiges antiques - comment d'ailleurs les ignorer ? -, mais en faisant également la part belle à l'ethnographie, à l'anthropologie, à la minéralogie aussi, sans oublier la civilisation arabe qu'il découvre et dont il admire les monuments.

 

     Ce seront alors notes manuscrites, relevés, plans, croquis, calques, estampages, aquarelles, photographies de l'Egypte antique et de la contemporaine, pris in situ qui, huit années durant, matérialiseront à profusion ses déambulations du Delta à la Nubie et alimenteront par la suite des publications qui marqueront du sceau du progrès la balbutiante science égyptologique. Sans oublier de mentionner - apport non négligeable à l'Histoire littéraire -, que ses notes et dessins inspireront notamment son ami Théophile Gautier pour la composition, en 1858, de son Roman de la momie.  

 

     Et ce seront également la "Chambre des Ancêtres", du temple de Karnak, sur les murs de laquelle l'on voit Thoutmosis III  rendant hommage à soixante et un des souverains qui l'ont précédé sur le trône d'Egypte (E 13481 bis) ; un bas-relief (E 13482 ter) d'Amenhotep IV faisant offrande à Aton ; une stèle dite "de Bakhtan" (C 284), ainsi qu'une cuillère à fard (E 8025 bis) qui quitteront les rives du Nil pour entrer dans les collections du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

     Enfin, dernier élément mais non le moindre de la "maigre" provende qu'il ramène d'Egypte, un rouleau de quelque 7 mètres de long désormais connu sous le nom de Papyrus Prisse dont, à son retour en France en 1844 après 17 ans d'absence, il fera don à la Bibliothèque Royale. Dans ce qui est aujourd'hui devenu la Bibliothèque nationale de France, sur le site désormais appelé Quadrilatère Richelieu (entrée principale : 58 rue de Richelieu), il figure dans les collections du Département des Manuscrits (division orientale), sous la référence Egyptien 183-194.

 

     C'est précisément en cet endroit prestigieux que, du 1er mars au 5 juin prochains, se tiendra Galerie Mansart, une exposition menée conjointement avec le Louvre : judicieusement intitulée EGYPTE DE PIERRE, EGYPTE  DE PAPIER, sur base des documents rapportés par l'archéologue avesnois, elle mettra à l'honneur, en parallèle, les richesses de l'art pharaonique et celles de l'art islamique.

 

     A Richelieu, EGYPTE DE PAPIER honorera la partie de son oeuvre léguée à la Bibliothèque Royale de l'époque et notamment des documents sortis pour la première fois du fonds iconographique, tandis qu'au Louvre, aux mêmes dates,  tout à côté de la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes où l'on peut désormais admirer la reconstitution de la Chambre des Ancêtres, EGYPTE DE PIERRE nous permettra de découvrir des archives inédites à propos du transport du monument. 

 

     Cette nouvelle exposition égyptologique parisienne, outre sa conception duelle, se caractérise donc par une judicieuse volonté d'enfin rendre à Emile Prisse d'Avennes une aura  bien méritée au sein du  monde savant du XIXème siècle ...

 

     Peut-être, amis lecteurs, nous y rencontrerons-nous un jour de ce printemps ... 

 


 

 

(Thibaudault : 2006, 15-22)  

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