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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 23:00

    

     A quelques exceptions près, afficher sa nudité, chez les Egyptiens, reste jusqu’au Nouvel Empire l’apanage de celles et ceux que des vêtements auraient pu gêner dans l’exercice de leur profession : je pense aux pêcheurs ou à certains types d’artisans que l’on voit peints sur les parois de mastabas de l’Ancien Empire, par exemple. Je pense aussi, bien sûr, aux acrobates, aux danseuses ou à des  porteuses d’offrandes ...

 

    Bien évidemment, et les cuillers à offrandes que je vous ai présentées dans mon article du 20 mai dernier le prouvent à l’envi : on plongeait nu dans le Nil et ses canaux.

 

     C’est à partir du Nouvel Empire, les codes moraux semblant évoluer dans une classe sociale privilégiée, qu’apparaissent de plus en plus des représentations d’une nudité à connotation délibérément érotique avec, en parallèle, une poésie amoureuse d’une beauté remarquable.

 

    C’est l’un de ces textes que je vous propose aujourd’hui, ami lecteur. Vous vous souvenez très probablement de cet amoureux transi qui, parce que sa belle se trouvait de l’autre côté du fleuve, n’hésita pas un instant à le traverser en allant jusqu’à considérer la présence d’un crocodile aussi inoffensive que celle d’une souris.

     Ce très beau poème avait été gravé sur la panse d’un vase retrouvé à Deir el-Medineh. Faisant apparemment partie d’un ensemble, il suivait celui que je vous donne à lire ci-après. Cette fois, après celles du jeune amoureux, ce sont les paroles de l’Aimée que nous allons découvrir dans cette "scène du bain".

     D’aucuns ne voulurent comprendre en elle qu’une simple, voire banale scène de genre. 

     En revanche, l’égyptologue belge Philippe Derchain, par une traduction renouvelée et pointue, ainsi que par une analyse comparative de certains détails sémantiques, récurrents dans la littérature égyptienne, a magistralement et définitivement prouvé qu’il n’en était rien et que, tout au contraire, derrière cette apparente banalité se cachait une exceptionnelle scène de séduction, mâtinée d’une pointe de rouerie bien féminine que, vous conviendrez avec moi messieurs mes lecteurs, nous serions bien sots de blâmer et vous mes lectrices, bien sottes de vous (et de nous) en priver.
  

 

Ô mon dieu ! Ô mon lotus !
J’aurai envie de descendre dans l’eau
Pour me laver devant toi
Et ferai en sorte que tu vois mes charmes
A travers ma robe de lin royal de première qualité
Imprégnée (d’onguent)
J’entre à l’eau avec toi
Et j’en ressors pour toi avec un poisson mordoré.
Il se sent en sécurité sur mes doigts
Et je le pose devant toi ...
Viens, occupe-toi (enfin) de moi.


(Traduction Philippe Derchain : 1975, 73-5)

 

     Sans bien évidemment m’avancer vers de l’inutile paraphrase, permettez-moi néanmoins, ami lecteur, de quelque peu préciser certains emplois lexicographiques qui vous permettront de mieux comprendre encore tout l’érotisme sous-jacent de cette oeuvre.


     Le premier vers, déjà : la jeune femme s’adresse à l’homme qu’elle aime comme à un être divin, mais en assortissant cette exergue d’une comparaison avec le lotus. Quand on sait que cette fleur constitue un symbole de renaissance, quand on sait qu’elle était mise en rapport avec le dieu soleil Rê, en sa jeunesse, on ne peut attribuer au hasard le fait que l’Aimée entame son invocation de la sorte : elle prête d’emblée à l’Aimé l’éclatante jeunesse du plus brillant de tous les dieux. En outre, il n’est pas inintéressant de savoir que, dans la mythologie égyptienne, le lotus était porteur d’une valeur érotique indéniable : ainsi était-il souvent comparé aux seins d’une femme.

 
     Les filles nageaient nues, je l’ai mentionné en tout début d’article. Or, ici, la belle garde son vêtement et insiste même sur la finesse du tissu. La croira-t-on à ce point prude ? Non, bien sûr : cette volonté est tout à fait significative. Nous savons tous, en effet, et certainement déjà en ces temps anciens, que la transparence d’un tissu qui colle à la peau quand une femme sort de l’eau est mille fois plus suggestive, mille fois plus sensuelle, mille fois plus érotique, que la nudité "toute nue".

  

     Enfin, j’ai déjà eu l’occasion d’indiquer, dans mon article du 3 juin dernier sur les poissons, la raison pour laquelle la "tilapia nilotica" représentait, aux yeux des Egyptiens, un symbole de régénération, un symbole de fécondité.

 

    Pouvez-vous un seul instant imaginer que, aussi habile soit cette jeune femme, un petit poisson va ainsi se laisser piéger et attendre bien sagement au bout de ses doigts qu’elle l’offre à l’homme qu’elle aime ?

 

     Certes, non ! C’est dès lors autre chose qu’il faut voir dans ce qui n’est qu’une métaphore : c’est elle, c’est l’Aimée qui, en fait, s’offre tout entière. C’est à une superbe invitation à la relation amoureuse qu’il a droit cet heureux jeune homme. On ne peut être plus précise dans l’allusif ...

  
     Voilà, sans trop, j’espère, avoir perturbé l’atmosphère dans laquelle ce petit chant d’amour nous avait plongés, ce que je voulais, ami lecteur, ajouter à sa compréhension première afin de simplement faire remarquer qu’il pose - si besoin en était encore de le prouver - la culture littéraire égyptienne antique à l’acmé de toutes celles qui, comme la Grèce, l’Inde, la Chine, voire même la nôtre quand elle n’est pas uniquement placée sous l’éclairage judéo-chrétien qui tant brime les corps et le plaisir, considèrent les rapports amoureux autrement que destinés à perpétuer l’espèce humaine.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 23:00

     Comme annoncé à la fin de mon article de ce mardi, consacré au décodage de la célèbre scène de pêche et de chasse dans les marais, je vous propose aujourd’hui, ami lecteur, deux documents ressortissant à la littérature cette fois, et ce, afin de vous persuader du sens (évidemment) caché que revêt la coiffure des dames dans le domaine de la sexualité.


     Le premier texte constitue un extrait d’un conte à portée psychologique, oeuvre majeure dans le corpus littéraire égyptien, mettant en scène une femme mariée amoureuse du jeune frère de son époux - rien que de très banal, parfois - qui, dépitée par le fait qu’il dédaigne ses avances, décide de bassement le calomnier aux yeux de son mari.


     Certains d’entre vous reconnaîtront peut-être dans cette trame, à des degrés divers, autant l’épisode de Joseph et de l’épouse de Putiphar dans la Bible (Genèse), que l’histoire de Bellérophon et d’Anteia chez Homère (Iliade), ou celle de la relation entre Hippolyte et sa belle-mère Phèdre, racontée par Euripide.


     En égyptologie, il est convenu de donner à ce texte le titre de Conte des deux frères.
L'histoire, dans la première partie tout au moins, se révèle finalement très simple : Anoupou (que les Grecs, plus tard, traduiront par Anubis) est ici un paysan propriétaire de sa terre. Il est marié. Et le couple héberge Bata, le jeune frère d’Anoupou. Bata, nourri et logé, aide vigoureusement son frère aîné dans les travaux des champs, mais il s’occupe également de conduire les bêtes au pâturage et à l’occasion de tisser des étoffes.


     Par ses désirs d’adultère inassouvis débouchant sur d’éhontés mensonges, l’épouse insatisfaite provoque l’inévitable discorde entre les deux hommes. A la fin de la première partie du conte, la vérité étant rétablie, elle sera tuée par son époux et jetée aux chiens.


     C’est sur un papyrus de 19 pages, rédigé en écriture hiératique, que l’on trouve la version la plus complète de ce Conte des deux frères. Il porte le nom de Papyrus Orbiney, en référence à Mrs. Elisabeth Orbiney, une Londonienne qui l’acquit, avec d’autres pièces, lors d’un voyage en Egypte. Puis décida de le mettre en vente. Le Musée du Louvre se déclarant incapable de l'acheter - dans la mesure où le prix demandé dépassait ses ressources de l’époque -, le précieux document devint en 1857 la propriété du British Museum où il entra sous le numéro d’inventaire BM 10 183.

(Pour une version hiéroglyphique de ce papyrus, accompagnée de la traduction française de la première partie du conte, je convie les amateurs à consulter le lien suivant : http://egycontes.free.fr/2freres.pdf).
  

     Sur la dernière page du papyrus, on peut lire : Rédigé par le grammate Ennena, chef des écritures. Ce qui permet de le dater de la fin de la XIXème dynastie, sous le règne de Mineptah-Siptah, père du futur pharaon Séthi II, alors encore simple prince héritier.


     Lisons à présent l’extrait que je vous propose visant à étayer la thèse défendue par l’égyptologue belge Philippe Derchain à laquelle je faisais allusion dans mon dernier article, à savoir la connotation érotique donnée par les Egyptiens à la chevelure et au port de la perruque.

 
     Or quelques jours plus tard, alors qu’ils étaient au champ et qu’ils manquaient de semences, l’aîné envoya son jeune frère en lui disant : " Va vite, et rapporte-nous des semences de la ferme". Il trouva la femme de son frère aîné en train de se faire coiffer et lui dit : "Lève-toi et donne-moi des semences. Je dois vite retourner au champ car mon frère m’attend. Ne traîne pas".

     Elle lui répondit : "Vas-y toi-même; ouvre le grenier et prends ce que tu veux. Ne sois pas cause que ma coiffure reste en plan".

     Le jeune homme entra donc dans son étable pour y prendre une grande jarre car il voulait emporter beaucoup de semences. Il l’emplit d’orge et de blé et sortit avec sa charge. Elle lui demanda : " Quel est le poids de ce que tu as sur les épaules ?" Il répondit : " Trois sacs de froment, deux d’orge, en tout cinq sacs."  (1) Voilà ce que j’ai sur les épaules". (...)

     Ce qui fit dire à la dame : " Que de force il y a en toi ! Chaque jour j’admire ta vigueur." Elle eut envie de le connaître comme on connaît un homme, se leva, le saisit et lui dit : " Viens, allons passer une heure au lit. Ce te sera profitable, car je te ferai de beaux vêtements."

     Alors le jeune homme devint comme un léopard qui entre en rage, à cause des vilains propos qu’elle lui avait tenus


     Dans la version qu’elle donne de la scène à son époux, la dame affirme :  


     "Lorsque ton frère est venu chercher des semences, il m’a trouvée seule et m’a dit : "Allons passer une heure au lit. Mets ta perruque."


(1) Ce que les égyptologues traduisent par "sac" était à l'époque une mesure de capacité équivalant à plus ou moins 56 kilogrammes. Bata, si l'on en croit le texte, porterait donc ici une charge de quelque 280 kilogrammes sur ses épaules. Détail supplémentaire de force qui naturellement émoustille les sens de la dame disposée à être infidèle. 


     Pour mieux comprendre encore la connotation érotique qui se cache derrière le port de la perruque, je vous invite à découvrir, ami lecteur, un second texte. Il s’agit cette fois d’un chant d’amour extrait du Papyrus Harris 500 sur lequel, déjà, je vous avais donné quelques indications dans mon article du dimanche 29 juin dernier.

 

Mon coeur est une fois de plus envahi de ton amour
Alors que la moitié de la tempe seulement est tressée.
Je cours te retrouver.
Hélas, je suis dénouée.
Bah ! Je vais mettre une perruque et serai prête à tout moment.

 

     Il est indéniable aussi, à la lecture de ce très court poème que si la coiffure parfaite constitue un véritable moyen de séduction, la perruque, toujours prête en cas de besoin, est le signe de l’amplification des désirs et de la totale et immédiate disponibilité amoureuse.


     On comprend dans ce dernier texte que la belle, prise d’un violent désir amoureux, ne peut en aucun cas se présenter de la sorte, ses soins de coiffure non terminés, à son amant. Elle n’hésite donc pas, dans sa fougue, à se coiffer d’une perruque.


     Voilà bien la preuve, si besoin en était encore après mes deux articles, qu’une coiffure impeccable, voire une perruque soignée, font partie de la toilette d’une amante qui n’a qu’une idée en tête. Ce sont des signes évidents de connivence : ils constituent un code invitant à l’amour.
Ce sont donc, comme le port de certains vêtements et/ou de certains bijoux, des détails à connotation érotique de première importance.


(Derchain : 1975; Lefebvre : 1988, 144-6)


Petite mise au point technique :

     En vacances en France voici quelques semaines, il m'est apparu chez quelques amis que, si certains lisaient les poèmes égyptiens proposés dans la très cursive police de caractères que j'avais choisie, d'autres, en revanche, les découvraient dans une police constituée de majuscules d'imprimerie fort agrandies et, en définitive, fort peu agréables à l'oeil.
Aussi, ai-je décidé de ne plus utiliser de polices autres que celles mises à disposition par Overblog, que je choisis en italique et vert émeraude lorsqu'il s'agit de retranscrire des extraits de la littérature égyptienne.    



 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 23:00

     Les papyri Chester Beatty furent découverts dans une chapelle funéraire de Deir el-Medineh, en 1928. Achetés par un millionnaire américain, Alfred Chester Beatty, ils sont actuellement entreposés à la Chester Beatty Library à Dublin.

     Le premier d'entre eux, le Papyrus Chester Beatty I, est un rouleau de plus ou moins cinq mètres de long, constitué de 20 feuilles de 25 cm de largeur en moyenne pour 21 cm de hauteur. Je vous en avais déjà proposé un extrait, ami lecteur,
le 15 juin dernier : la toute première stance d’un premier ensemble de chants d’amour. Découvrons ce dimanche la septième et dernière :


Il y a sept jours hier que je n’ai pas vu l’Aimée.
La maladie s’est introduite en moi,
Au point que je me trouve dans un état où mon corps est lourd,
Et que je perds conscience de moi-même.
Si les médecins venaient à moi,
Leurs remèdes ne m’apaiseraient pas.
Les prêtres ritualistes, guère d’issue par leur entremise.
On ne peut identifier ma maladie.
Il n’y a que le fait de me dire " La voici !" qui me guérisse.
Il n’y a que son nom qui me soulage.
Il n’y a que les allées et venues de ses messages qui guérissent mon coeur.
Plus utile pour moi l’Aimée que quelque remède que ce soit.
Elle est plus efficace pour moi que le corpus médical.
Mon salut serait qu’elle entre du dehors.
Je la verrais, et alors je retrouverais la santé.
Ouvrirait-elle son oeil que mon corps se revigorerait.
Elle parlerait, et alors je reprendrais force.
Il me faudrait l’embrasser afin qu’elle écarte de moi le mal.
(Mais) cela fait sept jours qu’elle m’a laissé !

(Traduction Pascal Vernus : 1993, 68-9)


  
   Quant à moi, ami lecteur, c'est nettement plus que ces sept jours (qui tant perturbent l'Aimé de ce chant d'amour égyptien) que je vais vous laisser : voici venu le temps des vacances estivales que je vous souhaite les plus agréables qu'il soit possible; et, "si je le vaux bien", vous invite à me retrouver, comme promis déjà dans cet article, le mardi 12 août prochain.

Merci de votre fidélité.
Amitiés à tous ...

Richard 


   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 23:00

     Les sagesses égyptiennes constituent, dans l’art littéraire des rives du Nil antique, le seul domaine pour lequel nous ayons mentions du nom de ceux qui les ont composées et de celui auquel elles étaient destinées. 

     Ce qui me paraît tout à fait logique dans la mesure où ces maximes, ces aphorismes étaient en fait des préceptes éducatifs, des "Enseignements" qu’un père sentant sa mort prochaine désirait transmettre à son fils aîné.
 

     En revanche, pour la poésie amoureuse proprement dite, et dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne disposons d’aucune indication de paternité.
 

     La seule chose avérée la concernant, hormis le fait que tout un chacun la crédite d’excellence, c’est son origine et temporelle et géographique.
 

     On peut en effet avancer, en fonction des documents actuellement exhumés lors des fouilles des ruines du village des "Ouvriers de la Tombe", à Deir el-Medineh, qu’elle fut rédigée aux XIXème et XXème dynasties, à l’époque ramesside, soit aux 13ème et 12ème siècles avant notre ère.
 

     D’aucuns, égyptologues, philologues, estiment que ce laps de temps, finalement assez court de la poésie amoureuse eu égard à la longévité - qui se mesure en millénaires - de la civilisation égyptienne, s’explique par le fait qu’il s’agit d’une époque de grande opulence, de grande prospérité due aux conquêtes extra muros de quelques souverains conquérants et bellicistes et que, dans une telle atmosphère, l’inspiration lyrique semblerait plus propice.
 

     Ce qui, il faut néanmoins le préciser, n’exclut nullement qu'il pourrait y avoir eu semblable poésie aux époques antérieures. Et confirmation de tel réquisit n’existera que par la mise au jour de nouveaux documents ...
 

     Mais, pour l’heure, il nous faut nous contenter de ceux retrouvés aux siècles derniers à Deir el-Medineh : quelques papyri et une abondance d’ostraca, ces tessons de poteries ou éclats de calcaire que l’on pouvait ramasser quasiment n’importe où et dont la surface, préférablement lisse, permettait que l’on y trace textes et dessins à l’aide, dans un premier temps, d’un morceau de jonc dont le bout, préalablement mâché, était trempé dans de l’encre; et, dans un deuxième temps, d’un calame au sens propre, c’est-à-dire un morceau de roseau taillé en biseau.
 

     Me permettez-vous, ami lecteur, d’ouvrir ici une petite parenthèse ? Simplement pour rappeler que c’est de ce terme "ostracon" (des ostraca, au pluriel) que dérive celui d’ostracisme désignant, dans l’Athènes antique, la décision prise par les membres de l’Assemblée de bannir un citoyen : c’était en effet sur un éclat de pierre, sur un ostracon, qu’ils indiquaient son nom.
 

     Revenons à la poésie amoureuse du temps des Ramsès. D’emblée, et afin de dissiper tout malentendu à ce sujet, je tiens à préciser que ces textes, qu’ils soient copiés sur un papyrus ou qu’ils figurent sur un ostracon, ne sont pas rédigés en écriture hiéroglyphique, mais dans une cursive que l’on nomme hiératique.
 

     Alors que les hiéroglyphes étaient traditionnellement réservés aux monuments ou aux objets et textes à destination religieuse, sacrée (hieros, en grec, signifiant d’ailleurs "sacré"), les écritures cursives, parce qu’évidemment plus rapides, furent utilisées pour les documents administratifs, juridiques, ainsi que dans la vie quotidienne.
 

     Dernière petite précision en la matière : à la différence des hiéroglyphes gravés ou peints, les écritures cursives se lisent toujours de droite à gauche.
 

     Les chants d’amour, donc, comme je l’ai signifié plus haut, restent pour nous complètement anonymes : aucune signature, aucune précision onomastique. Mais, en définitive, peut-être est-ce cela qui en fait leur intemporalité ...
 

     Ceci étant, quelques philologues, se basant sur la phraséologie récurrente de certains poèmes, voire sur le vocabulaire spécifique employé, veulent penser que beaucoup d’entre eux seraient le fruit de l’inspiration d’un seul et même auteur. Pure conjecture ...
 

     Il me reste maintenant à évoquer le sempiternel problème de la traduction en français d’oeuvres en langue étrangère. Certes, et plus spécifiquement avec la langue égyptienne antique qui est une langue morte et dont la vocalisation nous est complètement perdue, tout traducteur, et même s’il se veut le plus proche possible du texte original, s’il se veut le plus littéral possible, apportera inévitablement sa "patte" pour nous restituer, sans dénaturer, mais néanmoins dans un langage accessible à nos oreilles modernes, l’âme même du poème.
 

     Ainsi, quand l’Egyptien écrit : Il est fuyant en toute hâte, mon coeur, l’égyptologue préfère-t-il traduire par : Il est prompt à se dérober ...
 

     Dès lors, il est bien évident que les chants d’amour que je vous propose au fil des semaines, si le thème se révèle intemporel, reflètent et la langue et la sensibilité propres de celui ou celle qui les traduit.
 

     Je vous propose un premier exemple, simple. Dans le texte original, les termes sen et senet désignent respectivement le frère et la soeur. Certains égyptologues s’en tenant à la traduction littérale pourraient semer le doute dans les esprits concernant d’éventuelles pratiques incestueuses avec un vers tel que : Mon frère émeut mon coeur par sa voix, s’ils n’assortissaient pas leur traduction d’une note infrapaginale expliquant qu’il faut ici donner à frère et soeur le sens de amant et amante, aimé et aimée ...
 

     En revanche, d’autres traducteurs préfèrent directement employer le sens réel de ces termes. Ainsi, lire : Mon Aimé émeut mon coeur par sa voix ne posera aucun problème à personne.
 

     Les puristes rétorqueront qu’il suffit de connaître les conventions égyptiennes, et tout est résolu. Absolument d’accord, mais quand on sait que les deux termes peuvent tout aussi bien signifier, en fonction du contexte dans lequel ils se trouvent, non seulement frère et soeur, mais aussi oncle et tante, neveu et nièce, cousin et cousine, voire même être employés dans la correspondance diplomatique entre un pharaon et un souverain étranger, les choses deviennent un peu plus compliquées.
 

     Si nous n’avons aucune précision ni sur le ou les auteurs de ces poèmes, si nous sommes de même tout aussi démunis sur la personnalité des amants, nous pouvons néanmoins comprendre, à la lecture sous-jacente de ces textes, qu’ils font partie d’une classe sociale aisée, voire aristocratique, dans cette Egypte du Nouvel Empire : ils ont en effet une maison apparemment assez spacieuse, du personnel pour s’en occuper et un ou des chevaux, alors que le commun des mortels se contente d’un âne.
 

     Pour terminer, et en guise de deuxième exemple destiné à mettre en exergue les difficultés de la traduction, je vous propose maintenant, ami lecteur de redécouvrir un extrait de la première stance du Papyrus Chester Beatty I, celle-là même que je vous avais donné à lire le 15 juin dernier, mais cette fois traduite par trois égyptologues différents.
 

     A vous d’éventuellement faire un choix ...



1. Version de l’égyptologue belge Pierre Gilbert (1949)


Unique amante, sans seconde,
Plus belle que toutes les femmes.
Vois, elle est comme l’étoile qui se lève
Au commencement d’une belle année;
Lumineuse et parfaite, éclatante de teint,
Elle séduit par le regard de ses yeux
Et charme par les paroles de ses lèvres.




2. Version de l’égyptologue français Pascal Vernus (1992)


L’unique, la "soeur" sans égale,
Belle plus que toutes les autres,
La voir est comme (voir) l’étoile qui apparaît
Au début d’une bonne année.
Celle à la perfection lumineuse, à la complexion resplendissante,
Celle aux jolis yeux quand ils jettent un regard,
Suave est sa lèvre quand elle parle.




3. Et enfin, celle que vous connaissez déjà, due à l’égyptologue belge Philippe Derchain (1997)

Unique est l’Aimée, sans pareille
La belle inégalée,
Regarde-la, elle est comme Sothis
Quand elle reparaît au début de l’année heureuse,
Brillant merveilleusement, la peau blanche, le teint clair,
Les yeux charmants, ensorceleurs,
Que ses lèvres sont douces dès qu’elles parlent !




(Derchain : 1997, 79-80; Gilbert : 1949, 67-8; Vernus : 1993, 7-19 et 63)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 23:00

     Dans les deux précédents exemples de poésie amoureuse que je vous ai offerts, ami lecteur, les 15 et 19 juin derniers, j’avais délibérément choisi des paroles d’hommes. Mais, et c’est fort heureux, nos "moitiés" s’enflamment elles aussi merveilleusement pour nous ...

     En voici un bel exemple inscrit sur le Papyrus Harris 500, datant du début de la XIXème dynastie soit, si je me réfère à la chronologie proposée en commençant ce blog, vers 1 300 A.J.-C.

     Pour la petite histoire, je préciserai simplement que ce papyrus fait partie de la collection que détenait l’amateur et marchand d’antiquités anglais Anthony Charles Harris (1790-1869) et que sa fille adoptive mit en vente en 1871. Ce fut le Bristish Museum qui en acquit l’ensemble, contenant ce que les égyptologues appellent le Papyrus Harris I (ou Grand Papyrus Harris); le Papyrus Harris II; le Papyrus Harris 500 qui contient deux contes et de la poésie; et le Papyrus Harris 501 sur lequel a été copié un texte magique.

     "Ecoutons" à présent la voix de l’Aimée ...

 

Je suis ta première amie.
Vois, je suis comme le jardin
que j’ai planté de fleurs
Et de toute herbe au doux parfum.
Délicieux est son bassin
Que tes mains ont creusé
A la fraîcheur du vent du nord.
Beau, l’endroit où je me promène
Lorsque ta main est sur ma main.
Mon corps est bien aise,
Mon coeur se réjouit
Que nous marchions ensemble.
C’est un philtre grisant que d’entendre ta voix.
Et je vis de l’entendre.
Si je te regarde,
Chaque regard est pour moi meilleur
que le manger et que le boire.


(Traduction Pierre Gilbert : 1949, 59)

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 23:00

     Pour poursuivre avec le dieu crocodile Sobek dont j'ai déjà abondamment évoqué la personnalité dans mon article du 17 juin dernier, et à propos duquel je vous ai déjà donné à lire, dans le cadre de cette série à la littérature égyptienne consacrée, un texte inscrit à l'intérieur d'un sarcophage du Moyen Empire, je vous propose aujourd'hui, ami lecteur, deux des nombreuses adresses qui lui ont été faites dans la partie qui lui était réservée à Kom Ombo.

     Il existe, en effet, dans ce que les égyptologues désignent comme le "Couloir de l'Inondation" situé dans la moitié sud de ce temple, la représentation d'une procession de délégations des villes du Fayoum, dans le nome arsinoïte, dont la principale, je vous le rappelle, fut appelée Crocodilopolis par les Grecs et connut, précisément à l'époque de ces rois Ptolémée une importance politique et une prospérité économique sans précédents.

     Les textes ptolémaïques de ce temple double (puisque nous avons vu que l'autre moitié, la partie nord, était dédiée au dieu Haroëris) célèbrent donc en parallèle à la fois le dieu Sobek du Fayoum et le "Seigneur d'Ombos" (Kom Ombo).

     Les prêtres de Sobek (Soukhos, en grec) qui conçurent la décoration firent représenter, sur la paroi est de ce corridor Ptolémée VI Philometor et son épouse ouvrant le cortège qui se dirige, à l'intérieur du temple, vers la salle dite des Offrandes.

     Les hiéroglyphes gravés restituent le discours royal, à l'attention du dieu crocodile :

Nous venons à toi, ô Père des dieux. [Ici, Sobek est identifié au dieu chtonien Geb]

Nos mains sont chargées de richesses.
Nous t’apportons l’inondation
Et les prairies humides avec leurs offrandes,
Les aliments et toutes choses bonnes qui sont entre leurs mains
Afin d’embellir ta maison
Et de surcharger ta table d’offrandes.

  
     Pour être complet, j'ajouterai qu'à l'époque romaine, reprenant la tradition, des empereurs tel Auguste, par exemple, apportèrent leur contribution en faisant graver par leurs hiérogrammates des hymnes à Sobek afin, eux aussi, de s'en concilier les bonnes grâces.

     Pour les différentes raisons précédemment évoquées, il nous est facile d'admettre que Sobek fut donc vénéré tout à la fois dans le Delta, dans le Fayoum et dans certains temples dont le plus spécifique est Kom Ombo.

     En revanche, plus malaisé à comprendre est quand même le fait que les Egyptiens, pourtant tellement traumatisés par cet animal, lui accordèrent le statut de divinité bénéfique, miséricordieuse, prête à écouter les prières ...

     C'est ce que vise à faire comprendre l'un des nombreux hymnes du temple ombite, gravé en trois colonnes, que je vous donne à lire ci-après. Nous y retrouvons un texte mettant l'accent sur le caractère solaire de Sobek-Rê comme l'était, souvenez-vous ami lecteur, la figurine de crocodile en bois de tamaris
 E 16 358 de la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre (article sus-cité) :


C’est Sobek, le ka divin du Grand (dieu primordial).
Son pouvoir vénérable est Créateur -de -la -terre.
Il a créé le Noun en son temps,
dieu grand, des yeux de qui sont sortis les deux disques :
son oeil droit qui brille durant le jour,
et son oeil gauche durant la nuit;
dont les deux yeux Oudjat vénérables illuminent les ténèbres.
Le vent sort de sa bouche
et le vent du nord de son nez.
Le Nil coule comme sa sueur vivante
et féconde les champs.
Il agit avec son phallus
pour inonder le Double -Pays de ce qu’il a créé.
Il terrifie les impies par sa manifestation
en son nom de Sobek -Rê -qui -est -dans -son -lac.
Sa puissance est forte comme celle de Sa Majesté Rê
quand il extermine son ennemi par sa force.
Il est le prince divin de Maât,
qui a jugé le droit des deux dieux devant Geb;
l’aîné qui prend soin de ses enfants;
qui fait la sécheresse ...
le dieu puissant qui prot
ège le faible. (?)
Comme il est doux de le prier !
Lui qui écoute et vient vers qui l’appelle,
parfait en vision, riche en oreilles,
présent aux paroles de qui a besoin de lui;
fort, vainqueur, à qui personne ne ressemble.
Il est le plus prestigieux des dieux en sa force,

Sobek -Rê, Seigneur d’Ombos,
qui aime la clémence après la colère.

(Barucq/Daumas : 1980, 430-2; Gardiner : 1957, 43-56; Yoyotte : 1962, 79-138

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 09:25

     Dans le corpus particulier des textes funéraires égyptiens présentant des prières ou des chapitres magiques mis à la disposition des rois pour leur survie dans l’Au-delà, et connus sous le nom de "Textes des Pyramides" - (en fait, la majorité des pyramides célèbres sont anépigraphes et seules celles des dernières dynasties de l’Ancien Empire comportent ces inscriptions funéraires) - , apparaissent, au Moyen Empire, approximativement de la IXème à la XIIIème dynastie, soit entre environ 2100 et 1700 A. J.-C., des textes inscrits à même les cercueils de bois des hauts dignitaires du royaume : c’est ce que les égyptologues retiennent sous l’appellation de "Textes des Sarcophages" ou, en anglais, "Coffin Texts".
 
     Sans entrer dans d’autres détails sur lesquels je reviendrai abondamment quand, dans notre visite du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous arriverons, vous et moi, ami lecteur, à la fameuse salle 14, dite des sarcophages précisément où, tintinophiles avertis, nous apprécierons le clin d’oeil à Hergé qu’ont voulu les concepteurs de cette "mise en scène" reproduisant de manière tridimensionnelle une des images du célèbre Les Cigares du pharaon, je rappellerai simplement que pour l’Egyptien, le sarcophage matérialise la maison dans laquelle il vivra sa nouvelle vie après son trépas, entouré des objets mobiliers qui ont été siens ici-bas; et que cette "maison" est symboliquement à l’image du monde dans lequel il a évolué : le ciel (couvercle du cercueil), le sol (fond du cercueil) et les quatre horizons (les quatre planches latérales du cercueil).   

     C’est à l’intérieur que l’on trouve, inscrits presque entièrement à l’encre noire et presque uniquement en colonnes verticales les textes funéraires auxquels je faisais allusion ci-dessus.

     Près de 1 200 différents (les Allemands disent Spruch et les Anglais Spell; en français, on emploie souvent le terme Formule) ont été recensés.

     Je ne m’attarderai pas ici sur la forme proposant un vocabulaire extrêmement riche (par rapport aux anciens Textes des Pyramides), avec de très nombreuses nouveautés lexicographiques, ainsi qu’une grammaire de la langue totalement renouvelée, mais me concentrerai plus spécifiquement sur le fond. 

     Ces formules religieuses - dont certaines parfois donnent bien du fil à retordre aux traducteurs dans la mesure où une traduction simplement littérale nous les rend obscures, incompréhensibles, impénétrables - visent à exprimer le triomphe de la vie sur la mort en assimilant le défunt au dieu Rê lui-même qui présente la particularité, après s’être couché à l’ouest chaque soir, après avoir triomphé de tous les dangers de l’Au-delà chaque nuit, de revivre et d’apparaître à nouveau à l’est chaque matin. 

     La formule que j’ai choisie de vous présenter aujourd’hui, ami lecteur, après ce long mais à mes yeux nécessaire préambule vise à placer le défunt hors d’attaque de ce crocodile auquel j’ai abondamment fait allusion dans mon article de mardi dernier; l’une des plus adéquates façons d’échapper au danger qu’il représente consistant à se transformer, à revêtir l’aspect de la divinité Sobek elle-même :

 

Je suis un maître de vigueur, un fort qui s’est approprié le crocodile.
Je suis celui qui jette la crainte ... devant qui a peur l’Ennéade.
Je suis le maître du Nil ... la vie et la mort.
(...)
Je suis Sobek, le plus rebelle d’entre vous, dieux; vous ne vous êtes pas trouvés capables d’agir contre moi, Esprits-bienheureux et morts;
J’ai pris possession du ciel, j’ai pris possession de la terre.
Je suis un Maître de gloire ...
Je suis Sobek, maître de sédition, qui frappe ...
Je suis Sobek, maître des rives.
Je suis Sobek qui est au milieu de son sang.
Je suis celui qui féconde les pleureuses.
Je suis celui qui enlève par force.
Je suis le grand aquatique ...
Je suis un maître de vigueur ...


(Traduction Pierre Barguet : 1986, 459)

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 23:00

     A nouveau, et en relation directe avec mon article de ce mardi, je vous propose aujourd'hui un extrait d'une poésie amoureuse, cette fois inscrite sur la panse d'un vase retrouvé dans le village des ouvriers de Deir el-Medineh.


L’amour de ma belle est là-bas, en face.
[= sur l’autre rive]
Le fleuve est susceptible d’engloutir mon corps,
Car le Noun (1)
est puissant à la saison de l’inondation;
Un crocodile se tient sur la berge;
Mais descendu dans l’eau, je veux traverser les flots,
En montrant un grand courage dans le canal.
Khenty (2)
ne m’aura paru qu’une souris,
Et l’eau, qu’un sol pour mes pieds.
C’est son amour qui m’affermit.
Aussi me servira-t-il de charme-d’eau
(3)
Quand je verrai celle qu’aime mon coeur
Debout juste en face de moi.


(Traduction Pascal Vernus : 1993, 88-9)

 

(1) Selon la cosmologie égyptienne, le Noun était l’Océan primordial d’où le monde était sorti. Tout flot en émanant, le Nil et ses canaux étaient donc considérés comme un de ses avatars.

(2) Représentation des forces vitales et dangereuses se trouvant au sein des eaux, notamment personnifiée par le crocodile.

(3) Conjuration destinée à se protéger des crocodiles utilisée par les paysans qui accompagnaient leurs troupeaux dans les régions palustres.

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 06:52

     Aujourd'hui, je vous propose un court extrait de l'Enseignement de Hordjedef (fils de Chéops), à l’usage de son fils :


Cherche-toi une parcelle de terres arables,
Qui soit inondée, et délimitée par écrit
Pour cultiver
Pour pêcher, pour pratiquer la tenderie,
Par crainte que ne se produise une année d’indigence.
Ce que tu auras mangé est ce que tu produiras par tes bras.

(Traduction  Pascal  Vernus : 2001, 49)

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 12:26

     Après le petit aphorisme qui terminait l'article d'hier visant à expliciter les raisons qui avaient motivé ma décision de donner jour à cette nouvelle catégorie - intitulée Littérature égyptienne -, je vous propose aujourd'hui, ami lecteur, la première stance d'un chant d'amour que l'on trouve, notamment, sur le Papyrus Chester Beatty.

     Puisse cette petite merveille, datant de plus de 3 200 ans, illuminer votre dimanche ...

Unique est l’Aimée, sans pareille
La belle inégalée,
Regarde-la, elle est comme Sothis
Quand elle reparaît au début de l’année heureuse,
Brillant merveilleusement, la peau blanche, le teint clair,
Les yeux charmants, ensorceleurs,
Que ses lèvres sont douces dès qu’elles parlent !

On ne saurait trop en dire d’elle :
Le cou long, le sein resplendissant
Ses cheveux sont de vrai lapis-lazuli,
Ses bras surpassent l’or,
Ses doigts sont des boutons de lotus,
La croupe opulente, la taille fine,
Ses cuisses portent ce qu’elle a de meilleur.

Sa démarche est noble à travers la campagne,
Rien qu’en passant, elle dérobe mon coeur.
Elle fait tendre le cou de tous les hommes, qui se retournent pour l’admirer.
Quel bonheur pour qui la tient dans les bras !
Il est le premier des amants.
Contemple-la, tandis qu’elle sort,
Telle cette déesse, l’Unique.
(*)


(Traduction de Philippe Derchain : 1997, 79-80)


(*) L'Unique est, dans la poésie égyptienne, une des dénominations de Hathor, déesse de l'Amour.

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