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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 13:00

     Certes, il fallut attendre le premier tiers du XIXème siècle, avec la géniale découverte, par Jean-François Champollion, du système hiéroglyphique pour commencer à comprendre la littérature égyptienne.

 

     Certes, les données grammaticales, les recherches sémantiques, les paradigmes de conjugaison continuent depuis lors d’évoluer, nous permettant, grâce à une précision toujours plus grande dans la traduction des textes, d’entrer plus avant dans le mode de penser d’une civilisation pluri-millénaire.

 

    Certes, de brillants étudiants devenus d’illustres savants se sont abondamment penchés sur cette littérature, en ont exploré les moindres facettes, ont confronté avec d’autres, leurs pairs tout aussi pointilleux, le sens à donner à tel déterminatif dans telle succession de hiéroglyphes à telle période de l’histoire sémiologique égyptienne.

 

      Et nonobstant ce précieux bond en avant réalisé en moins de deux cents ans, permettant à la langue, d’ésotérique qu’elle était depuis l’imposition du christianisme au IVème siècle de notre ère, d’être enfin, grâce à tous ces traducteurs patentés, devenue exotérique, force m’est de reconnaître que la majorité du public, même cultivé, et en cela soutenu et conforté par des manuels scolaires et des ouvrages historiques malheureusement non encore réactualisés à la lumière des connaissances récemment acquises, croit toujours que tout a commencé en Grèce; que la civilisation grecque est notre mère à tous; que les ouvrages des philosophes grecs constituent les premiers textes de la littérature sapientiale que notre monde ait connus et que c’est Hérodote qui fournit à l’humanité tout entière les premiers récits historiques jamais rédigés.

 

   Le grand Pierre Hadot, dans son remarquable ouvrage Qu’est-ce que la philosophie ? (Folio Essais n° 280), sur les 450 pages qu’il contient ne consacre aucune ligne aux sagesses égyptiennes. Et quand bien même il titre son troisième chapitre La philosophie avant la philosophie, c’est toujours et encore de la Grèce, fût-elle archaïque, qu’il nous entretient.

 

    Le "Que sais-je ? " de Jean-Paul Dumont intitulé La philosophie antique, - vous admettrez avec moi, ami lecteur, qu’il s’agit quand même là d’une incontournable collection de poche qui a accompagné les études de générations et de générations de "petites têtes blondes" -, ce mince volume donc, publié aux Presses Universitaires de France sous le n° 250 donne à lire, en première phrase de l’introduction : "Pour nous, méditerranéens de culture, la philosophie antique se confond avec la philosophie grecque." Tout est dit : la Méditerranée n’a qu’un seul côté !

 

    François Châtelet, l’immense François Châtelet, quand il publie son incontournable Histoire de la philosophie en huit volumes (repris en poche, collection "Pluriel"), s’il s’entoure d’une petite quarantaine de collaborateurs, tous philosophes de renom, ignore complètement le monde scientifique égyptologique.

  

     Et il partira de ce même principe - que tout commence avec la Grèce - quand il s’aventurera à nous expliquer la naissance de l’Histoire : pas un mot, par exemple, sur les pourtant célèbres Annales de Thoutmosis III, la plus vieille et la plus longue inscription historique du monde dont le Louvre, depuis 1826, possède salle 12, des fragments des lignes 29 à 35.

    

     Deleuze, le philosophe Gilles Deleuze, dans le Qu’est-ce que la philosophie ? qu’il publie avec Félix Guattari aux éditions de Minuit en 1975 concède, dans son introduction, que les autres civilisations avaient des sages, pour tout aussitôt ajouter que les Grecs les ont remplacés par des philosophes. Et quand, dans le chapitre intitulé Géophilosophie, il me paraissait évident qu’il allait faire le tour complet de la Méditerranée, il ne discourt en fait que sur les seules contrées grecques.

    

     Assurément, après Heidegger qui a péremptoirement décrété que la philosophie parle grec, plus aucun philosophe n’ose s’aventurer sur le terrain de l’égyptologie.

  
     Toutefois, à ces miennes récriminations, vous aurez beau jeu de rétorquer, ami lecteur, que dans le premier des trois volumes de l’histoire de la philosophie que publia Brice Parain voici 40 ans chez Gallimard dans la prestigieuse collection "La Pléiade", et reprise il y a une dizaine d’années en 6 volumes dans la collection de poche "Folio", 23 pages (sur quelque 4000 !) proposent un texte de Jean Yoyotte, égyptologue français de renommée internationale, qui remet un tant soit peu les montres à l’heure.

    

     Mais il est néanmoins paradoxal de constater qu’à l’énoncé des différentes sections de cet ensemble, en quatrième de couverture, ce qui concerne l’Egypte, la Mésopotamie, les Hébreux, l’Inde et la Chine est regroupé sous le vocable "Orient" et qu’en revanche, ce qui a trait à la philosophie grecque figure sous la dénomination "Antiquité". L’Egypte et la Mésopotamie ne seraient-elles donc pas des civilisations antiques ???

     Il est vrai que mon instituteur d’école primaire, il y a plus de 50 ans, nous assénait sans rire que l’Homme, avec un grand H, était né avec Jésus-Christ ! Avant cela, je suppose qu’il sous-entendait que ce n’étaient que singes et guenons ....

 
     Il est grand temps à présent que j’arrête là mes considérations polémiques et que j’en arrive au propos réel de ce billet : j’ai en effet décidé de proposer sur ce blog, en plus des articles du mardi essentiellement consacrés au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, tout ou partie d’oeuvres littéraires, témoins d’une des deux plus anciennes civilisations du monde et du tout premier mouvement de la prise de conscience, par des êtres humains, du cosmos, de la vie, de l’amour, de la mort. Témoins qui, quelques milliers d’années plus tard, ont toujours pour nous valeur universelle : un simple aphorisme, un extrait d’une sagesse, un hymne à une divinité, un poème, un extrait de conte, un texte funéraire ...  

     Libre à vous, ami lecteur, de méditer et de décider ou non de le commenter.

     Mais, ce que j’espère surtout, c’est que cette nouvelle catégorie vous fasse découvrir des trésors complets ou de simples perles fines de ce qui, maintenant que Champollion a ouvert la voix au déchiffrement de cette écriture des rives du Nil, ne devrait plus rester tu.


    J'inaugure donc officiellement cette nouvelle catégorie par cet aphorisme extrait de ce que les égyptologues appellent l' Enseignement pour Mérikarê :

 

 

Deviens un expert du langage et tu triompheras
Car la langue est le glaive du roi.
Les mots valent plus que tous les combats.

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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