Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
"J'ai visité, l'est, la Libye et toute sa côte qui voit le désert tomber dans la mer et l'Égypte qu'aucun mot ne saurait décrire. Je n'ai offert à la Grande Égypte que mes "compétences" en anthropologie physique ..., j'ai en effet organisé, à Grenoble, dans le cadre d'un très important congrès d'égyptologie, un colloque (dit table ronde) sur l'anatomie de ces gens de génie, les mettant tristement à nu pour ne parler que de leurs dépouilles, ce qui est, je dois dire, bien réducteur, au cœur d'un pareil festival d'art, de sciences, de lettres et de culture. J'ai publié, en collaboration avec un collègue tchèque, Eugen Strouhal, les travaux de ce colloque."
Yves COPPENS
Origines de l'homme, origines d'un homme - Mémoires
Paris, Odile Jacob, 2018
p. 233
Grâce à l'exergue de ce mardi de rentrée après la semaine de congé consentie par la Belgique à son enseignement non-universitaire, vous comprendrez aisément, amis visiteurs, que j'introduise mon propos du jour en épinglant, parmi d'autres, simplement intéressantes, une lecture jouissivement passionnante qui constitua, pour moi, le plus volumineux sachet débordant de confetti ... archéologiques et paléontologiques de ces jours de vacances dits "de Carnaval".
Si d'aventure, ainsi que je vous le conseille vivement, vous vous plongiez dans les mémoires de ce grand savant né en 1934, vous constateriez qu'il s'attarde notamment sur l'Afrique et, de toute évidence, sur l'Éthiopie, si proche de la Nubie et de l'Égypte antiques, sans trop pointer vers ces deux dernières, sauf dans le petit extrait ci-dessus où il définit les Égyptiens de "gens de génie" ...
Dans cette expression si simple et si vraie, vous décèlerez une des raisons pour lesquelles il m'a plu de vous confier ma récente lecture et d'en extraire ce menu paragraphe au sein des quelque 450 pages que compte l'ouvrage. Une autre considération a également motivé mon choix : permettre à ceux d'entre vous que cela intéresserait d'accéder à l'intégralité des interventions du colloque égyptologique de septembre 1979 mentionné par Yves Coppens, grâce cette proposition de lien sur lequel il vous suffira de cliquer pour découvrir, dans un premier temps, ne fût-ce que les titres des contributions des divers participants internationaux et, dans un second, le texte lui-même de chacune d'entre elles.
Enfin, une dernière raison justifie à mon sens ma présente, - et peut-être un peu longue ? -, introduction presque en guise d'hommage : ce qu'explique le paléoanthropologue français dans le deuxième des trois "livres", en réalité des trois grandes parties de ses "Mémoires", section qu'il aurait pu, précise-t-il, intituler "L'Afrique", ce qu'il y explique donc, me permet de subsumer l'homme égyptien en particulier sous l'espèce des homininés en général, originaires de cette corne de l'Afrique, - de la "hanche de l'Afrique", préfère-t-il écrire -, de ce berceau de l'humanité sur lequel, sa vie durant, il n'a cessé de se pencher pour mettre au jour les raisons de l'émergence de l'Homme, étroitement liées qu'elles sont à la nécessité, pour son ancêtre préhumain de s'adapter aux conditions créées par une crise climatique, (un assèchement). (op. cit., p. 201)
En cette troisième salle du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre parisien où je vous ai ce matin donné rendez-vous, amis visiteurs, la subsomption sur laquelle j'ai à l'instant attiré votre attention, me semble être judicieusement corroborée par la présence de grands panneaux didactiques habillant l'embrasure de chacune des trois fenêtres donnant sur la Cour Carrée, sur notre gauche donc, à nous qui sommes arrivés de la salle précédente pour y admirer d'entrée le socle de Nectanebo II.
Dans mon article inaugural du 9 janvier dernier, je soulignais, souvenez-vous, qu'à cette salle avait été attribuée l'appellation générique " Le Nil " , mettant ainsi l'accent sur le fait que les artefacts y exposés plébiscitaient trois thématiques primordiales pour signifier l'Égypte ancienne dont ce fleuve constitue une indéniable colonne vertébrale ou, pour employer un terme emprunté au vocabulaire du Professeur Coppens, un incontestable rachis : le pouvoir politique, illustré dans la première vitrine à propos de laquelle vous devez maintenant être "incollables" ; le cadre physique et naturel, que nous découvrirons dans les semaines et mois à venir grâce au grand meuble vitré central et à l'admirable bas-relief sur le mur de droite, avant de terminer, probablement à la fin de l'année 2018, par l'évocation de la troisième et dernière d'entre elles, l'aspect religieux.
Concevez dès lors qu'il n'est pas anodin, pour mieux éclairer votre parcours, que les Conservateurs en charge de cette salle aient jugé pédagogiquement indispensable d'introduire ces trois différents axes de réflexion en vous permettant de mieux visualiser ce pays antique à partir d'une cartographie que je vous propose d'à présent découvrir grâce à de nouvelles et récentes prises de vue qu'ont aimablement accepté de réaliser pour moi une lectrice des premiers temps de mon blog, rencontrée au Louvre où elle travaille et que, selon son souhait, je nommerai par les trois premières lettres de son nom : SAS, ainsi qu'un lecteur plus récent qui suit mes publications sur une de ses pages Facebook où il m'a désormais invité à les publier : Claude Field.
Tous deux, soyez chaleureusement remerciés.
La première grande carte dégrossit l'environnement géopolitique du pays
en faisant état des différents peuples, éventuels ennemis, vivant en Égypte et dans les régions limitrophes, des Perses à l'est aux Libyens à l'ouest, des Kouchites au sud aux Hittites au nord.
En bas à droite, dans la "Hanche de l'Afrique", l'Éthiopie, si chère à Yves Coppens.
À l'extrême gauche se succèdent verticalement six "visions" de l'Égypte choisies à différents moments de son évolution politique :
* à la VIème dynastie, soit aux environs de 2350 à 2200 avant notre ère ;
* au Moyen Empire, sous Sésostris III, soit aux environs de 1862-1843 avant notre ère ;
* à la fin de la deuxième période intermédiaire, vers 1650-1540 avant notre ère ;
* au Nouvel Empire, au moment de l'expansion de Thoutmosis III, vers 1479-1425 avant notre ère ;
* sous l'empire perse de Darius Ier, vers 524-405 avant notre ère
* et enfin à l'époque ptolémaïque, sous Ptolémée III et IV, vers 246-205 avant notre ère.
La deuxième carte met quant à elle à l'honneur la géographie physique du pays
en indiquant par rapport aux sites les plus importants les matériaux susceptibles d'intervenir dans la production artistique, comme par exemple, ci-après, cet éclairage porté sur une région de Haute-Égypte, entre Elkab et Assouan ; ce qui vous permettra, quand vous lirez le cartel de l'un ou l'autre objet d'une des vitrines qui nous entourent, de localiser avec une précision certaine l'endroit d'où provint le matériau dans lequel l'artiste a façonné son oeuvre ...
Le troisième et dernier panneau cartographique atteste plus spécifiquement des centres religieux du pays
en adoptant le noir pour indiquer le nom des principaux sites cultuels, le rouge, pour la figuration des dieux et le jaune, celle des déesses.
En outre, comme dans le nouveau gros plan ci-après de la région de Haute-Égypte entre Akhmim et Philae, vous visualiserez également la représentation symbolique typique de chacune de ces divinités du très riche panthéon égyptien.
Aux antipodes d'un livre-guide jugé souvent encombrant, voire pénible à manipuler quand ce n'est pas fastidieux à "décrypter", plus immédiatement visuels, ces grands panneaux cartographiés qu'amignonne le halo naturel s'immisçant par les hautes fenêtres de la Cour carrée devraient vous permettre, amis visiteurs, pour autant bien évidemment que vous souhaitiez y déambuler en ma compagnie, de géographiquement situer les "trésors" que nous avons commencé à découvrir en cette salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris.