Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Je pagaie dans cette barque, dans les canaux de Hotep ; (...) je pagaie dans ses canaux pour gagner ses villes, je fais remonter le fleuve au dieu qui s'y trouve ...
Chapitre 110
(Extrait)
dans Paul BARGUET
Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens
Paris, Éditions du Cerf, 1979,
p. 144.
À Paris, au Musée du Louvre que tout bientôt nous réintégrerons, amis visiteurs, sont exposés dans une des vitrines de la salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes deux papyri d'époque tardive d'un certain Djedhor : il s'agit plus exactement de feuillets proposant la vignette du chapitre 110 de ce qui est encore communément appelé, par pure facilité de langage, le Livre des Morts, alors qu'il serait bien plus correct, j'eus déjà moult fois l'opportunité d'ici le souligner en me référant à la traduction littérale de l'intitulé des scribes égyptiens eux-mêmes, de le nommer Livre pour sortir au jour, étant entendu que vous devez comprendre par là qu'il s'agit d'incantations offrant au défunt l'opportunité d'assurer son passage vers sa seconde vie, de chaque jour lui renouveler la permission de quitter sa sépulture, puis d'y rentrer à sa guise.
Ce Chapitre 110 évoque la "Campagne des Félicités", les "Champs d'Ialou" ... qu'a rejoints, hier soir, lundi 7 mai, Maurane, l'immense Maurane ; champs, désormais, qu'elle couvrira de sa voix exceptionnelle ...
Par ce simple titre donc, Livre pour sortir au jour, ce recueil exprime le souhait de tout défunt, à savoir : se départir des ténèbres, sortir à la lumière, suivre le soleil dans son parcours diurne et l'accompagner dans son voyage nocturne, chtonien en fait. Ce parcours du décédé étant semé d'embûches, sa progression étant susceptible d'être entravée, le Livre pour sortir au jour lui fournit un nombre considérable de conseils et de préconisations bienvenus, à réciter par un prêtre lors des funérailles, ensuite par le défunt lui-même, qui lui garantiront d'éviter les difficultés du voyage vers l'Au-delà, de ne point mourir à nouveau, assurer sa survie constituant alors l'essentiel de ses désirs !
Parfois rédigé en fragments sur des bandelettes de lin, de manière à envelopper la momie elle-même ; un peu plus souvent sur les parois intérieures de certaines tombes ou sur leur matériel funéraire, voire sur le sarcophage lui-même, ce "livre" des anciens Égyptiens fut essentiellement inscrit sur papyri, en des milliers d’exemplaires qui font actuellement la fierté de bon nombre de musées dans le monde.
Le Louvre en posséderait plus d’une centaine, malheureusement pas tous exposés.
Il est avéré que, le plus souvent roulés et scellés, portant in fine le nom et les différents titres du défunt qu’ils accompagnaient dans la tombe, ces documents funéraires à caractère religieux et magique constituent l'ouvrage illustré le plus ancien de l’Humanité.
Selon les époques et les conditions sociales du défunt, ces rouleaux, - certains pouvaient avoisiner les vingt-cinq mètres ! -, étaient soit posés sur le sarcophage, soit enfermés dans une statuette d’Osiris ou dans une boîte servant de base à une effigie de Sokaris, ce faucon momifié qui règne sur la nécropole et qui, au début du premier millénaire avant notre ère (Troisième Période intermédiaire) fut associé à Ptah et à Osiris, sous la dénomination de Ptah-Sokar-Osiris, réunissant de la sorte, et sous ce seul nom, les fonctions des trois divinités, à savoir : la création, la métamorphose et la renaissance.
Parfois, plus simplement, ils furent glissés à même le corps du défunt, entre les bandelettes de sa momie.
Vous ne devez pas ignorer que, pour la plus grande majorité d'entre eux, ces manuscrits funéraires étaient réalisés en série dans des ateliers idoines. De sorte que suivant son rang social et ses moyens "financiers", l'Égyptien s'offrait celui qui lui seyait le mieux, car de l'un à l'autre, le nombre, le choix et l'ordre des chapitres pouvaient être différents. Il ne lui restait plus qu'à combler certaines parties laissées volontairement dépourvues d'inscriptions en y faisant ajouter, le moment venu, son nom, ses titres et fonctions.
Se détachant soit en hiéroglyphes cursifs noirs disposés en colonnes sur le fond jaune pâle du papyrus, soit en hiératique, soit encore, aux époques grecque et romaine, en écriture démotique, cet ensemble de formules contient quelques passages inscrits en rouge, des titres de chapitres, notamment mais surtout, pour la toute première fois, de très nombreuses vignettes, parfois bellement colorées, au Nouvel Empire, par exemple, parfois simplement dessinées en noir, comme au Louvre celle de Djedhor, à l'époque tardive ; tout dépendant, je viens de le souligner, de la place dans la société de celui qui l'acquérait.
Ce corpus funéraire provient en droite ligne de deux autres qui se sont succédé à l’Antiquité égyptienne qui, de ce fait, en connut trois grandes catégories qu'il m'agréerait de rapidement vous remettre en mémoire :
* Les Textes des Pyramides, à l’Ancien Empire, destinés aux seuls souverains, gravés, mais seulement à partir de la Vème dynastie, dans la pyramide du roi Ounas pour la première fois et de certains de ses successeurs par la suite ; toutes les autres pyramides précédemment érigées, je tiens à le marteler, étant totalement anépigraphes.
* Les Textes des Sarcophages, au Moyen Empire, à l’usage des nobles et des hauts dignitaires du royaume.
* Les "Livres des Morts" du Nouvel Empire jusqu'à la fin de la civilisation égyptienne antique, époque gréco-romaine comprise, à l’intention également des gens de conditions plus modestes ; ce qui, par parenthèse, nous informe sur l'évidente démocratisation des pratiques mortuaires.
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Dans ce recueil de formules funéraires d’inégales longueurs, Jean-François Champollion déjà, avait déterminé trois parties, que l’on peut ainsi résumer :
1. Chapitres (ou formules) 1 à 16 : "Sortir au jour" : prières. Marche vers la nécropole. Hymnes au soleil et à Osiris.
2. Chapitres 17 à 63 : "Sortir au jour" : régénération. Triomphe et épanouissement. Impuissance des ennemis. Pouvoir sur les éléments.
3. Chapitres 64 à 129 : "Sortir au jour" : transfiguration. Pouvoir de se manifester sous diverses formes, d’utiliser la barque solaire, d’appréhender certains mystères. Retour dans la tombe. Jugement devant le Tribunal d’Osiris.
A ces trois sections distinguées par le génial Figeacois que j'ai ici reprises quasiment in extenso de l'ouvrage de Paul Barguet, - (voir référence dans ma bibliographie infrapaginale -), maintenant que les études en la matière se sont affinées grâce à de nouvelles découvertes, il convient d’en ajouter deux :
4. Chapitres 130 à 162 : Textes de glorification du défunt à prononcer certains jours de fêtes, pour le culte funéraire. Offrandes. Préservation de la momie grâce aux amulettes.
5. Chapitres 163 à 192 : Formules qui ne sont, en définitive, que des développements secondaires.
Ce qui porte à près de deux cents, l'intégralité des chapitres de ces miscellanées.
Vous aurez évidemment remarqué, amis visiteurs, au troisième point de la liste descriptive que je viens d'énoncer, cette annotation : " Pouvoir d'utiliser la barque solaire", mais également le texte de mon incipit, et tout aussi évidemment compris que si ce matin j'aborde le Livre pour sortir au jour, c'est, dans la droite ligne de ma série d'articles destinés à introduire la découverte de la vitrine 2 de la salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, après les textes littéraires que vous avez lus ces dernières semaines, d'épingler à nouveau, cette fois dans un corpus magico-religieux, ce qui a trait à la thématique de la navigation ...
À mardi, 15 mai prochain, pour la développer plus encore aux fins de découvrir divers extraits des chapitres du Livre pour sortir au jour ?
BIBLIOGRAPHIE
BARGUET Paul, Le Livre des Morts des Anciens Égyptiens, Paris, Éditions du Cerf, 1979