Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Plus utile un livre qu'une stèle gravée,
Qu'une enceinte consolidée.
Si on avait fait ces édifices et ces pyramides,
C'était afin de prononcer leurs noms.
Et assurément, c'est utile pour la nécropole,
Le nom dans la bouche des gens.
Un homme est disparu,
Son corps n'est plus que poussière,
(Et) tous ses proches, des "partis-en-terre".
Ce sont les écrits qui font qu'il est mentionné
Dans la bouche de celui qui profère un nom.
Papyrus Chester Beatty IV
(Extrait)
dans Pascal VERNUS
Sagesses de l'Égypte pharaonique
Paris, Éditions de l'Imprimerie nationale, 2001,
pp. 272-3
* * *
"En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même."
Marcel PROUST
Le Temps retrouvé
Paris, Gallimard, Bibliothèque de Pléiade,
Volume III, 1954,
p. 911.
De l'importance de l'écrit, partant, de celle de la lecture avec ces extraits, l'un d'une antique "Sagesse" égyptienne inscrite en hiératique sur un papyrus conservé au British Museum, à Londres (P. BM 10684), l'autre d'une réflexion appuyée car deux fois énoncée dans l'ultime volume de "À la recherche du temps perdu", de Marcel Proust évidemment, auxquels il me seyait ce matin, amis visiteurs, de faire référence avant que de conserve nous nous penchions sur les artefacts exposés dans la vitrine 2 de cette salle 3, - (ou 336, selon la nouvelle nomenclature ?) -, du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à Paris, et après avoir introduit depuis quelques semaines ceux à la thématique de la navigation consacrés grâce, souvenez-vous, à nombre de considérations liminales qu'offraient le Conte du Naufragé, le Roman de Sinouhé, le Conte de l'Oasien, le Conte du Prince prédestiné, le Voyage d'Ounamon, et enfin le Livre pour sortir au jour.
(Permettez-moi de rappeler, notamment à l'intention de mes nouveaux lecteurs de Facebook, que dans le corps de mes articles, les termes ainsi surlignés en rouge expriment des liens cliquables vous permettant de retrouver une précédente intervention.)
Le Nil, j'eus l'opportunité de vous l'indiquer le 27 février dernier, creusant une vallée entre les collines des déserts libyque, à l'ouest, et arabique, à l'est, et progressant depuis sa source au niveau du lac Victoria sur des milliers de kilomètres, véritable épine dorsale du pays, constitua l’artère quasiment unique, partant, primordiale, de circulation et de communication entre les hommes, que ce soit en Égypte même ou vers les terres étrangères, au-delà des mers.
En sorte que tous les déplacements humains importants, qu'ils fussent du quotidien ou de l'ultime voyage, tous les transports commerciaux aussi, s'effectuant inévitablement par voie d'eau, frêles esquifs, barques ou bateaux comptèrent assurément parmi les premières "inventions" mises en chantier, au sens propre autant que figuré.
Cette prévalence donnée à la navigation, vous ne pouvez plus l'ignorer maintenant, fut telle qu'au IVème millénaire avant notre ère déjà, pas moins qu'une quinzaine de types différents d'embarcations sur les centaines de gravures rupestres mises au jour tant en Nubie que dans le désert oriental, furent recensés par les égyptologues.
L'étude de ces représentations pariétales permit de distinguer deux grands groupes : dans un premier temps, dès l'époque pré-dynastique, des barques confectionnées en tiges de papyrus, essentiellement destinées, à tout le moins au niveau des marais du Delta, à de prosaïques activités cynégétiques et halieutiques ; ainsi, dans la tombe de la dame Hetepet, à Guiza, mise au jour en 1909, puis perdue de vue pendant quelque 108 ans et fort opportunément ré-exhumée en fin d'année 2017 par une équipe d'archéologues indigènes, cette peinture murale dévoilée à la presse en février dernier - (Merci Thierry ! ) ;
Barque de papyrus - Peinture pariétale de la tombe de la dame Hetepet - (© https://osirisnet.net/news/n_02_18.htm?fr)
puis, dans un second temps, des bateaux tout à fait ordinaires primitivement conçus en bois locaux, tel l'acacia, avançant à la rame et ensuite dotés de voiles ...
L'Égypte se révélant extrêmement pauvre en bois longs si attendus dans la construction navale, force fut, dès le tout début de l’Ancien Empire, de nouer des relations commerciales avec des voisins syro-libanais pour importer du cèdre : vous comprendrez aisément que ces premiers bateaux d’importance furent l’apanage du souverain, le seul à disposer des moyens à même de financer ce genre de réalisation : souvenez-vous d'Ounamon, mandé pour s'en aller quérir des houppiers de cèdre aux fins de réfectionner la barque royale.
À partir de la fin de l'Ancien Empire et au Moyen Empire, nobles et très hauts fonctionnaires bien en cour s'arrogèrent certains privilèges préalablement dévolus à la seule famille régnante pour, comme je vous l'ai récemment expliqué, ce qui concerne les rituels funéraires, - avec notamment les "Textes des Sarcophages" -, mais aussi le moyen de transport permettant de franchir le Nil et d'accéder à la nécropole de l'Ouest ; sans oublier leur navigation métaphorique vers l'Au-delà et les "Champs d'Ialou".
Bon nombre d’entre eux d’ailleurs, accroissant judicieusement bien malgré eux nos connaissance de cette thématique, firent figurer des scènes de navigation dans les chapelles de leur mastaba, que ce soit pour représenter la construction d'esquifs de papyrus ou des joutes de mariniers revenant d’une journée de travail d'arrachage de ces cypéracées dans les régions palustres.
Fallût-il que le Nil occupât une place cardinale dans le quotidien de chaque Égyptien, - ce que, je présume, nul parmi vous, amis visiteurs ne contestera -, pour qu'une vitrine entière, la deuxième des cinq de cette salle, y soit entièrement dévolue,
avec, entre autres, la présentation dans sa partie supérieure, de plusieurs modèles de barques ou bateaux.
Et notamment, le plus ancien d'entre eux puisqu'il date du temps des premiers rois du pays, à l'époque thinite donc, pièce très rare offrant la particularité d'avoir été réalisée en terre cuite : il s'agit d'une embarcation papyriforme, jadis peinte, à la proue effilée et plus haute que la poupe et contenant en sa partie centrale l'ébauche, - ou le vestige ? -, de ce qui vraisemblablement fut un siège pour son propriétaire.
"Très rare", ai-je souligné, mais pas unique puisque le 1er décembre 2007, dans l'une des salles de vente de l'Hôtel Drouot-Richelieu, à Paris, fut acquise par un particulier pour 15 000 € une pièce tout à fait semblable que mettait alors en vente l'homme d'affaires français Pierre Bergé.
Mardi 29 mai prochain, pour vous, avec vous, j'envisage de poursuivre le tour d'horizon à peine entamé des modèles d'embarcations exposés dans la vitrine 2 de cette salle 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre parisien ...