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Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...

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LITTÉRATURE ÉGYPTIENNE (30) - ENSEIGNEMENT DE PTAHHOTEP : PROLOGUE ...

 

     Certes, les Maximes dites de Ptahhotep peuvent se découvrir ex abrupto ; certes elles peuvent se lire en tant qu'apophtegmes participant à un pan de la littérature égyptienne, sapientiale en l'occurrence, et vierges de tout contexte historique.

 

     Ce nonobstant, j'ai cru bon, souvenez-vous, amis lecteurs, dans les semaines précédentes, de - peut-être trop didactiquement à vos yeux - vous en préparer la lecture : ainsi, le 22 janvier, en évoquant son pseudo-rédacteur ;  le 29 du même mois, les sources qui sont actuellement à notre disposition pour lire tout ou partie du texte ; le 5 février, l'explorateur français qui, rapportant d'Egypte le rouleau de papyrus sur lequel  figure la seule version complète en notre possession, eut l'excellente idée de le confier à la Bibliothèque Royale de l'époque, devenue BnF et, enfin samedi dernier, de plus spécifiquement décrire ce long document de quelque sept mètres de long en y adjoignant un cliché des deux premières pages - après les avoir remises à l'endroit, grâce à  l'acuité du regard d'un de mes lecteurs et, plus que très probablement, à sa parfaite maîtrise de la cursive hiératique dans laquelle elles sont rédigées. 

 

     Puis-je en Professeur retraité, toujours soucieux de principes méthodologiques pourtant devenus obsolètes dans le chef de certains jeunes collègues, vous conseiller de souvent vous référer à la lecture de l'un ou l'autre de ces quatres articles introductifs aux fins d'y retrouver, quand besoin s'en fera sentir, l'un quelconque détail de l'histoire de ce corpus de premier ordre pour comprendre en un temps et en un lieu donnés les préceptes qui régirent un mode de vie d'une des civilisations les plus prestigieuses de l'Antiquité ?

 

     L'Enseignement de Ptahhotep, je vous l'ai précisé, se subdivise en trois sections de différentes importances : le corps même des 37 Maximes que suit un long épilogue, l'ensemble étant précédé d'un préambule qu'accompagne le titre de l'oeuvre.



     C'est assurément dans cette position accroupie mais pas nécessairement sous le regard bienveillant de Thot représenté sous forme de babouin (E 11154) dans la vitrine 10 de la salle 24 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qu'un jour, au XXème siècle avant notre ère, le rédacteur s'installa pour commencer d'écrire le prologue que je vous propose maintenant de découvrir sans plus attendre ...

 

  Scribe Nebmeroutef - Salle 24, vitrine 10 (Photo C. Décamps)

 

 

 

 

Enseignement du directeur de la ville et vizir Ptahhotep

Sous la majesté du roi de Haute et Basse-Egypte, Isési,

Qu'il vive toujours et à jamais.

Le directeur de la ville et vizir Ptahhotep, il dit :

 

"Souverain mon maître,

Le viel âge est survenu, la vieillesse est arrivée,

L'impotence est venue, la faiblesse est en train de se montrer à neuf.

Celui qui passe la nuit livré à elle se retrouve dans l'enfance chaque jour.

Les yeux sont faibles, les oreilles sont sourdes.

La force est en train de disparaître pour celui dont les facultés s'engourdissent.

La bouche est silencieuse ; elle ne peut parler.

L'esprit se trouve arrêté ; il ne peut se rappeler hier.

L'os s'est mis à être douloureux à cause de l'âge.

Ce qui était bon est devenu mauvais.

Toute saveur s'en est allée.

Ce que fait la vieillesse aux hommes :

Du mal en toute chose.

Le nez est obstrué ; il ne peut respirer

Du fait que se lever ou s'asseoir est difficile.

Que soit ordonné à cet humbe serviteur de former un bâton de vieillesse (*).

Ainsi lui rapporterai-je la parole de ceux qui étaient capables d'écouter,

Les conseils de ceux qui étaient avant,

Qui jadis obéissaient aux dieux.

Ainsi l'on fera pour toi pareillement,

On écartera les souffrances de la population

Et les deux rives travailleront pour toi."

 

Alors la majesté de ce dieu dit :

"Enseigne-le donc sur ce qui a été dit auparavant !

Et il sera un modèle pour les enfants des hauts dirigeants.

Et l'obéissance le pénétrera, toute exactitude de pensée lui ayant été exprimée.

Personne n'est né sage !

 

 

 

 

 

(*)  L'expression "faire un bâton de vieillesse" signifiait, en Egypte antique, que passe d'un père à son fils la fonction dont le vieil âge advenu entravait la poursuite. Dans la fiction présente, Ptahhotep demande donc au pharaon Djedkarê Isési, pénultième souverain de la Vème dynastie, de pouvoir transmettre à son fils et son expérience et les préceptes moraux qui furent siens sa vie durant en vue de lui permettre d'embrasser lui aussi la carrière de vizir. 

 

 

 

 

(Lacombe-Unal : 1999, 283-6 ; Vernus : 2001, 72-4 )

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P
magnifique
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S
Bonjour Richard,<br /> <br /> Cherchant des détails sur l'expression "bâton de vieillesse", je suis tombée sur ton article.<br /> <br /> Je te cite un article, que tu connais sûrement, rédigé par Gustave Lefebvre, "L'âge de 110 ans et la vieillesse chez les Égyptiens" dans les "Comptes-rendus des séances de l'Académie des<br /> Inscriptions et Belles-Lettres" (1994), lisible et téléchargeable (pdf) sur Persee : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1944_num_88_1_77730<br /> <br /> On peut lire page 115 :<br /> "... près prendre un "bâton de vieillesse", c'est à dire un assistant,...".<br /> <br /> Merci à toi pour ce site très riche.<br /> Cordialement,<br /> Sépédette
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R
<br /> <br />      Bien évidemment, Estelle, oui, je connais : j'ai d'ailleurs cité cette référence de Lefèbvre - mais cela t'aura probablement  échappé -<br /> dans cet autre article que tu pourras lire ici.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Amitiés.<br /> <br /> <br />      Richard<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Mais quel âge pouvaient donc atteindre les Egyptiens ? Vous écrivez qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre l'âge de 110 ans revendiqué par le vizir et, dans les croyances (erronées ?)<br /> d'aujourd'hui, ils dépassaient rarement la quarantaine. Il faut dire qu'à cette époque, on avait la fâcheuse manie de vous aider à passer de vie à trépas avant le terme normal de l'existence...<br /> mais les symptômes de la vieillesse décrits par Ptahhotep (j'ai recopié avec soin) n'atteignent nos contemporains qu'à partir de septante ans. En était-il de même ou le corps s'usait-il plus vite ?<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Bien malin, cher Jean-Pierre, celui qui pourrait répondre à votre première question : ne sachant ni lire ni écrire ni compter, la grosse<br /> majorité de la population égyptienne n'était pas à même de déterminer son âge et encore moins de laisser à ce sujet des traces écrites pour la postérité. Et seul l'âge approximatif de certaines<br /> personnalités peut actuellement être estimé par les égyptologues en fonction de la documentation à leur disposition.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Dans son "De Senectute" (De la vieillesse), Cicéron cite le sophiste Gorgias de Leontium, en Sicile, (celui-là même qui<br /> fit l'objet d'un des célèbres dialogues de Platon) qui aurait atteint 107 ans ! <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Les Egyptiens quant à eux ne se satisfirent pas de ce nombre et, pour une raison qui n'a pas encore été élucidée, avaient fixé à 110 ans le<br /> terme idéal d'une vie juste. Il semblerait que ce choix soit tout à fait arbitraire puisque 110 ne se présente dans la littérature qu'assorti du mot "années" ; et nulle part ailleurs ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Si tous les habitants des rives du Nil, vous vous en doutez, furent loin d'atteindre un tel seuil de vieillesse, beaucoup en revanche,<br /> amoureux de la vie, espérèrent qu'en fonction des circonstances antérieures de la leur, ils pouvaient prétendre y arriver.<br /> <br /> <br /> Ainsi peut-on lire sur une statue d'Amenhotep fils de Hapou, scribe et architecte personnel d'Amenhotep III, père d'Akhenaton : "J'ai atteint 80 ans, comblé des<br /> faveurs du roi, j'accomplirai 110 ans !"<br /> <br /> <br /> Il serait mort peu après ses nonante ans.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      En fait, ce cliché de 110 ans représentait dans les codes et les modes de pensée la récompense accordée par les dieux et le souverain (?!) à<br /> tout homme qui avait mené une vie juste.<br /> <br /> <br /> Il constituait aussi un "compliment" que les zélateurs adressaient volontiers à leur roi : lui souhaiter d'accéder à 110 ans encore parfaitement possesseur de sa<br /> vigueur d'antan.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      110 ans, ce stéréotype de la littérature sapientiale égyptienne, signifiait en fait que l'on espérait devenir un vieillard privilégié par<br /> Pharaon, un vieillard qui avait bénéficié d'une vie juste et heureuse, un sage qui faisait autorité et à qui l'on demanderait conseils et préceptes pour soi-même jouir de semblable vie terrestre<br /> ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Et les autres, les nombreux autres, épuisés par le travail de la terre ou au service du souverain, n'avaient évidemment pas la chance de<br /> vivre si longtemps ...<br /> <br /> <br /> Mais comme eux aussi aimaient la vie, ils n'avaient plus qu'une seule solution :  faire en sorte, grâce à certaines pratiques rituelles, que celle qui les<br /> attendait dans l'au-delà fût à la mesure de leur espérance ...<br /> <br /> <br /> <br />
U
<br /> Je trouve ce texte très beau. Il parle très bien de l'âge... quand il faut passer le flambeau...<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Et, surtout, comme le faisait judicieusement remarquer Fan en mettant l'accent sur la chronologie que j'avais indiquée dans mon intervention<br /> sans plus y insister, qu'il fut rédigé voici quarante siècles ! <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Ceci posé, semblable description de la vieillesse n'est pas unique dans la littérature égyptienne : on en retrouve notamment des échos dans<br /> le célèbre Conte de Sinouhé dont peut-être un jour je vous entretiendrai ...<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Tu commences fort, en professeur érudit ! Les trois premières lignes de ton article contiennent trois mots que je ne connais pas !<br /> Malgré son grand âge et les problèmes physiques qui l’agressaient, Ptahhotep s’exprimait encore très clairement.<br /> Personne n’est né sage ! Heureusement, à cette époque comme dans la nôtre, le savoir nous est transmis grâce à des sages comme toi !<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Partant des principes que tout enseignant se doit d'abord d'être un professeur de français et que, personnellement,  j'ai toujours mis<br /> un point d'honneur à inculquer le terme correct pour toute notion expliquée à mes Etudiants, je prends ta première phrase comme un compliment dans la mesure où je sais que tu conçois que quel que<br /> soit notre âge, on peut toujours apprendre quelque chose de neuf à tout moment. C'est d'ailleurs mon cas - et j'ai déjà eu l'occasion de te l'écrire - en lisant tes excellents billets consacrés<br /> sur ton blog à Van Gogh ou Monet et, tout bientôt, à Vermeer.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Le présent prologue dit de Ptahhotep constitue, comme je viens de le rappeler à Fan, une fiction littéraire pour introduire les préceptes de<br /> bonne conduite qui vont suivre. D'autant plus - et nous le verrons bien plus tard - que le rédacteur fait préciser à notre vizir, au terme de son Enseignement, qu'il a, grâce à sa<br /> sagesse, atteint l'âge canonique de 110 ans !  Ce qui, là aussi, constitue un topos bien connu de la pensée égyptienne antique que, bien évidemment, nous ne devons pas prendre au<br /> pied de la lettre !           <br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Au XXème siècle avant notre ère??? "Le bâton de vieillesse"?? je suis époustouflée que cette expression venant de si long temps soit toujours d'actualité!! Ce grand Vizir tient le même discours<br /> qu'un papy peut tenir à ce jour pour l'enseignement de la sagesse à ses descendants!! Merci Richard pour cet éclairage!!La statuette du scribe est magnifique!! BISOUS FAN<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br />      Oui, Fan, vous avez bien lu : cette expression a traversé 40 siècles pour arriver jusqu'à nous, et avec exactement le même sens de "soutien"<br /> ...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Quand on étudie la transcription hiéroglyphique de ce texte au départ rédigé en cursive hiératique, on constate que le déterminatif qui suit<br /> le terme "bâton" est bien le dessin d'un morceau de branchage (cliquez ici sur M<br /> 3 pour le découvrir dans la célèbre liste de Gardiner) et que celui qui se rapporte au terme "vieillesse" représente un homme courbé par les ans s'appuyant précisément sur un bâton (A 19 dans la même liste) : ce qui autorise sans discussion aucune la traduction de<br /> ces signes par "bâton de vieillesse".<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Puis-je me permettre de vous rappeler que dans la seconde partie du premier des quatre articles que<br /> j'ai rédigés pour introduire l'oeuvre -  articles que j'ai au début de mon intervention de ce samedi conseillés de relire -, j'ai bien insisté sur le fait que le vizir Ptahhotep auquel on<br /> attribue la paternité de cette oeuvre n'en est absolument pas l'auteur : il s'agit bien, comme je l'ai expliqué alors, d'une fiction littéraire puisque ce prestigieux personnage<br /> du XXIVème siècle avant notre ère considéré comme un sage servit de caution au mystérieux rédacteur des Maximes qui vécut, quant à lui, 4 siècles plus tard ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />      Il n'en demeure pas moins que vous avez raison d'épingler l'analogie entre ce discours et celui que pourrait tenir n'importe quel grand-père<br /> actuel dans le monde : cette sollicitude a aussi fort heureusement  traversé les siècles !  <br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> désolé pour les fautes!<br /> <br /> <br />
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E
<br /> merci richard pour cette entrée dans le vif du sujet!<br /> <br /> vous aussi en nous léguant votre érudition égyptologique avec vos si bons articles didactiques, vous nous transmetter votre test<br /> ament spirituel égyptologique en quelque sorte(si je puis me permettre et sans vouloir vous offenser, mais plutôt vous honnorer!);<br /> ainsi nous sommes tous vos fils spirituels égyptophiles a qui vous nous transmetter votre bâton de vieillesse, nous qui savons écouter de nos vivantes!<br /> <br /> égypto-cordialement!<br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Merci pour toutes vos amabilités, Etienne !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous l'écrire, ce blog constitue le dernier fil qui me relie à cette passion d'enseigner qui motiva toute ma vie professionnelle. Et<br /> si grâce à lui, je puis encore quelque peu transmettre mon modeste savoir d'amateur en égyptologie, cela me comble bien au-delà de ce que vous pouvez imaginer ...<br /> <br /> <br /> <br />