Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Nous sommes donc dans le minibus qui se rend au terrain de décollage. Curieusement, c'est assez silencieux. Est-ce le sommeil qui rend la langue lourde, ou bien peut-être un fond d'appréhension devant l'inconnue du vol en ballon. Toujours est-il que c'est dans le silence que nous débarquons dans la pénombre du champ.
La "tour de contrôle" algeco est éclairée où se tient le chef d'"aéroport", sans doute l'œil rivé à son anémomètre afin de donner le signal du début des opérations.
En attendant que soit décidée la possibilité du vol, nous voyons arriver d'autres minibus chargés de gens silencieux, eux aussi, qui se dirigent vers d'autres aires de décollage.
Notre ballon, déjà arrimé à la nacelle, git lamentablement sur le sol comme un préservatif vide. Il repose, douillettement protégé des cailloux par un assemblage de bâches.
Notre responsable de groupe canalise nos envies de bouger en nous regroupant soigneusement et commence à nous indiquer que notre vol sera pris en vidéo par un caméraman et que nous pourrons acheter le DVD à l'arrivée.
Top départ, le feu vert est donné par le chef d'aéroport !
Alors tout va assez vite : deux gros ventilateurs sont branchés, l'ouverture du ballon est tenue béante, et l'air s'engouffre.
Notre commandant de bord se munit d'une baudruche jaune gonflée d'hydrogène et la libère dans le ciel afin de juger par lui-même de l'intensité et de la direction du vent.
Nous regardons disparaître ce ballon jaune dans le ciel sombre.
Les ventilateurs vrombissent, le ballon prend forme, d'abord une saucisse, puis une poire, et les brûleurs entrent en scène avec leur bruit caractéristique de chalumeau de couvreur.
La lueur des flammes est bien belle à voir dans l'aube naissante.
Un peu inquiétante, aussi, par sa proximité avec le bord du ballon qui semble si fragile, en toile à parachute synthétique et si inflammable.
Mais les hommes qui s'affairent autour du ballon et de sa nacelle ne semblent pas s'en inquiéter.
Ah oui, pour ceux qui auraient pour seule image de la montgolfière celle de Jean-François Pilâtre de Rozier et de son assistant dans leur minuscule nacelle, il faut bien comprendre que là, notre nacelle, en osier, à l'ancienne, est divisée en compartiments et permet un vol de 24 passagers, peut-être plus s'ils sont moins dodus que moi ... La nacelle est reliée à un petit camion par une forte sangle destinée à empêcher l'engin de s'envoler inopinément.
Mais pendant que je vous raconte, le ballon est devenu tout rond, bien ventru, et déjà on se prépare à embarquer.
Prudents, les passagers s'étaient munis dans leur sac d'une petite laine pour le cas où, d'une petite bouteille d'eau, d'un sandwich ... que sais-je ...
"Allez, tout le monde à bord !"
Le groupe se précipite, et là, surprise, le gusse de la compagnie ramasse tous les sacs sans laisser à quiconque le temps de réaliser ...
"On vous les rendra à l'arrivée ne vous faites pas de souci !
Mais ... Allez, vite !!!"
Tant pis pour la petite laine !!! Heureusement que j'avais mon appareil photo autour du cou, mais mon deuxième objectif restera au sol ...
On enjambe le bord de la nacelle en se servant des trous pratiqués dedans pour grimper, et nous nous retrouvons rapidement à bord.
Les brûleurs crachent dans leur lumière infernale.
"Le commandant Mohamed Anwar vous souhaite la bienvenue et vous prie de bien vouloir écouter les consignes d'atterrissage."
"En fait, c'est simple, il suffit de s'accroupir pour rabaisser le ... centre de gravité, tout en se cramponnant fermement à la bordure de la nacelle.
Il y a plusieurs types d'atterrissage, le très brutal, le moins brutal, et "l'égyptian smooth landing", celui que j'essaierai de vous faire.
Mais dans tous les cas,
If I tell you landing position, you immediately do it ! OK ?"
Et chacun de répondre OK.
Le ballon est maintenant turgescent, et on le sent prêt à s'élever. L'escouade d'assistants qui nous retiennent commence à peiner à retenir la montgolfière, et la sangle qui nous empêche de partir est tendue à se rompre.
La main du commandant est sur le mousqueton qui seul nous retient au sol.
"Takeof" dit-il dans sa radio. Les doigts serrent le mousqueton, et c'est l'envol, dans la lumière brûlante et le bruit furieux des brûleurs.
Puis plus rien, le silence absolu ...
C'est parti ...
Pour qui n'a jamais vécu cette expérience, c'est délicieux de se sentir happé vers le ciel la tête au vent, dans un silence pareil. Rien de comparable avec les autres moyens de transport aérien.
Le soleil pointe à l'horizon, répandant une lumière chaude qui projette des ombres sur le sol.
En dessous de nous, on voit rétrécir les autres ballons pas encore partis qui rougeoient alternativement au rythme des coups de brûleurs. C'est magnifique !
Quant au spectacle qui s'offre à nos yeux égyptologiques, un rêve ...
Deir el Bahari est encore plus beau dans les rayons rasants qui l'effleurent.
Le Ramesséum ...
Toujours aussi surprenante, aussi, cette limite verdure-désert, sans aucune transition, qui passe brutalement de l'herbe la plus verte au sol rocailleux le plus sec.
Les colosses de Memnon ...
L'appareil photo ne sait plus où donner de l'objectif. Au loin, les autres ballons sont partis, eux aussi, et curieusement ne suivent pas obligatoirement la même route que nous !
En plus, on bénéficie d'un regard sur les maisons, leurs invraisemblables cours où ânes, bœufs, moutons et autres volailles prennent leur petit déjeuner.
Une petite famille nous fait un petit sourire. Les pauvres qui voient tous les matins les mêmes ballons chargés d'autres énergumènes qui leur font coucou de la main. Ils doivent adorer les jours de tempête où les ballons ne volent pas !!!
Louxor, à contre jour, n'a pas encore fini d'éteindre ses lumières ...
Le Nil brille de mille étincelles ... C'est beau, non ?
Alors je vais vous laisser rêver un peu de tout ça, et aller préparer le dîner...
Pas de révolution, hein, sinon vous n'aurez pas la suite, samedi 20 août prochain !
François
Ici même, dans la partie "Commentaires", n'oubliez pas de lire les réponses que François a eu (et continuera d'avoir) la gentillesse d'adresser à tous et ce, jusqu'à mon retour définitif sur ce blog ...
Merci à vous de poursuivre la lecture de son récit ; merci à lui d'accepter de jouer le jeu et de pallier mes absences estivales ...
Richard