Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
A une centaine de kilomètres de Liège, vers le sud de la Belgique, en direction donc de la frontière française, se visite, en province de Luxembourg, une petite ville typique de nos Ardennes, connue, entre autres, pour sa magnifique église abbatiale datant du premier quart du XVIème siècle, de style ogival tertiaire, lieu de pèlerinage réputé.

En 1927, à l’occasion du douzième centenaire de la mort de son saint patron, elle fut élevée au rang de "basilica minor". 
Saint Hubert - car c’est bien de lui qu’il s’agit ici -, patron des chasseurs, et donc tout naturellement invoqué pour le succès des chasses à courre, ainsi que pour la protection des chevaux et des chiens a, non seulement donné son nom à cette petite ville wallonne, mais est aussi le prétexte d’un grand rassemblement annuel de cavaliers avec leur monture, et de sonneurs de cors.
Né en 1766 dans la bourgade de Saint-Hubert, Henri-Joseph était le puîné de deux soeurs et de deux frères dont un, Pierre-Joseph, fut par la suite surnommé le "Raphael des fleurs" : dans cette famille, en effet, de père en fils, la peinture semble avoir été un véritable don atavique : les deux frères, Pierre-Joseph et Antoine-Ferdinand, deviendront d'ailleurs à Paris respectivement illustrateur botaniste et peintre décorateur.
Et c’est ainsi, le succès aidant - après les années de pauvreté à Saint-Hubert - qu’ils invitèrent leur jeune frère Henri-Joseph - il avait à peine 19 ans -, à venir les rejoindre dans la capitale française.
Initié par son frère au dessin d’histoire naturelle, Henri-Joseph, modestement commence par réaliser des aquarelles de champignons de la région parisienne. Mais bien vite, les deux frères, accédant à une certaine notoriété qui n’était pas que d’estime, vont illustrer, à l’aquarelle et au lavis, colorier à la main et enluminer des gravures d’albums botaniques; et ce, pour différents commanditaires dont le plus illustre fut le naturaliste français Jean-Baptiste de Monet, plus connu en tant que chevalier de Lamarck, pour, notamment, son Encyclopédie botanique dans laquelle les deux Belges signèrent plus de 70 planches.
Puis, tout bascula de manière extrêmement positive dans la vie du jeune homme quand, avec l’accord de ses frères et des professeurs du Museum national d’Histoire naturelle, il s'engagea à faire partie d’une commission de scientifiques et d’artistes : celle-là même que s’adjoindra Bonaparte pour se rendre en Egypte.
Henri-Joseph Redouté avait alors 32 ans.
Accompagné d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, il quitte donc Paris le 4 floréal de l’an VI (23 avril 1798) en direction de Toulon où le rejoignent d’autres artistes, d’autres savants. Et tout ce petit monde embarque sur La Diane, le 19 mai suivant, à destination de l’Egypte où l'arrivée est effective le 6 juillet. C’est le début d’une grande, exaltante et néanmoins dangereuse aventure.
Nommé membre de la section des arts de l’Institut des Sciences et des Arts d’Egypte (plus couramment appelé : l’"Institut"), tout nouvellement créé par Bonaparte lui-même, Henri-Joseph rejoint le jeune général au Caire dès le mois de septembre. Et l’année suivante, avec une des deux commissions scientifiques chargées d’explorer la Haute-Egypte, il se rend à Thèbes, Louxor, Esna, Edfou, Assouan, ainsi que sur l’île de Philae.
Après quelques péripéties, il rentre définitivement à Paris le 8 janvier 1802 avec, dans ses cartons, et c’est là le plus important pour l’Histoire, maints dessins et aquarelles d’animaux, de plantes, de bas-reliefs, de statues, d’ensembles architecturaux, d’objets divers, de paysages aussi; le tout exécuté lors de son périple sur la terre des pharaons.
Un certain nombre de ses travaux, il faut le savoir, n’ont pas été publiés, mais sont néanmoins consultables à la Bibliothèque centrale du Museum national d’Histoire naturelle de Paris où 42 planches originales d’Egypte forment ce que l’on appelle la collection des vélins. D’autres ont été disséminés dans des collections particulières; ou irrémédiablement égarés.
Mais, fort heureusement, la majorité d’entre eux se retrouvent dans la Description de l’Egypte : plus de 70 planches ont été gravées, partiellement ou totalement, à partir de dessins de Redouté, tant dans la section consacrée aux Antiquités que dans celle traitant de l’Etat moderne. Enfin, 24 planches de la partie Histoire naturelle sont également signées de sa main.
A la chute de Napoléon Ier, en 1815, après la bataille de Waterloo (dans les environs de Bruxelles), il semblerait que Henri-Joseph perde quelque peu de son prestige sur le sol français. Il faut toutefois admettre qu’une maladie des yeux l’isola de plus en plus de toute vie sociale.
De sorte qu’il finit sa vie, à Paris où il meurt en 1852, à près de 86 ans, dans l’indifférence générale, une quasi complète cécité et un dénuement inversement proportionnel à la richesse qu'il nous a transmise.
Car, monochromes


ou coloriées,



toutes ses planches apparaissent, avec le recul, non seulement comme des oeuvres d’art à part entière, mais surtout comme des documents exceptionnels dédiés à une époque : n’est-ce pas grâce à ce monumental ouvrage que l’on peut bénéficier avec une indéniable rigueur scientifique, et bien avant l’invention de la photographie, d’un état des lieux précis de tous les monuments visités avec, notamment, la preuve que bon nombre d’entre eux étaient encore partiellement ensablés ? N’est-ce pas grâce à cette recension "de dernière minute", donc cardinale, que l’on peut encore avoir connaissance, iconographiquement parlant, de monuments irrémédiablement disparus parce que détruits dans les ateliers des chaufourniers du XIXème siècle ?
Dès lors, et au-delà des siècles, merci à Henri-Joseph Redouté et à tous ces artistes et savants français, connus et moins connus qui, parfois au péril de leur vie, ont collationné et ramené de semblables trésors iconographiques, de façon à nous permettre d’approfondir de manière pointue ce qui allait, grâce à eux, devenir une science à part entière (et non plus une "manie" confinant parfois à de fumeuses théories ésotériques) : l’Egyptologie, avec un E véritablement majuscule.
(Dierkens/Duvosquel : 1993, pp. 11-5)
P.S. Vous aurez très certainement remarqué, ami lecteur, que cet article inaugure une nouvelle catégorie dans mon blog, que j'ai intitulée L'Egypte en Belgique. A mes yeux, elle n'aura d'autre objectif que de faire allusion soit à des compatriotes qui ont laissé un nom dans le domaine égyptologique, soit à des musées ou des monuments sur lesquels il me paraît intéressant de projeter un certain éclairage.