Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Parfaitement conscient, amis visiteurs, que le rendez-vous que je vous propose aujourd'hui ne passionnera probablement pas la majorité d'entre vous, j'ai néanmoins jugé qu'il pourrait intéresser l'un ou l'autre, ne fût-ce que pour donner l'impression, dans un salon, s'il en subsiste encore de semblables à celui de Madame Verdurin, quai de Conti, de briller des mêmes feux que ceux de la cour Napoléon ci-dessus, quand d'aventure la conversation, un tantinet pointue, porterait sur le Louvre, juste en face, le Pont des Arts franchi ; ou, pour les plus jeunes d'entre vous, quand vous souhaiteriez déconcerter une petite amie qui s'imaginerait que Neymar et le Paris Saint-Germain constituent le sujet de votre future thèse de doctorat ...
Mon propos, vous l'aurez compris d'emblée en prenant connaissance et du titre et du document ci-dessus, concernera les numéros d'inventaires indiqués sur les cartels accompagnant presque toujours les objets exposés au Département des Antiquités égyptiennes.
Nul besoin, je présume, de lourdement insister sur le fait que la lettre E à l'entame d'un très grand nombre d'entre eux maintenant ne peut que renvoyer au nom "Égypte" ; ce qui est également le cas dans nos Musées royaux d'Art et d'Histoire, au Cinquantenaire, à Bruxelles, tout en précisant qu'il ne s'agit nullement d'une constante universelle.
Au Louvre, plusieurs types de numérotation furent mis sur pied au fil du temps qui, ainsi que vous l'a prouvé mon cliché, se trouvent encore actuellement en vigueur ... jusqu'à ce que, peut-être, un jour futur, un recollement décidera d'officiellement appliquer une nomenclature généralisée à l'ensemble des objets d'origine égyptienne avec ce E en guise de lettre cardinale. Ceci posé, cela constituerait vraisemblablement un fastidieux travail que seul allégerait l'appoint de cette informatique qui nous réserve très probablement d'insoupçonnées et infinies possibilités dans les décennies futures.
Mais avant de nous projeter au sein de cet avenir aussi hypothétique que prometteur, accordons, voulez-vous, un regard sur l'évolution chronologique de ces inventaires, car il y en eut plusieurs, le pluriel n'étant évidemment ici pas fortuit !
Le tout premier d'entre eux fut élaboré et appliqué de l'accession au pouvoir de l'Empereur Napoléon III, en décembre 1852, et jusqu'en février 1857 : il comprit 5 451 numéros précédés d'un N, pour "Napoléon", évidemment, et non pour "Numéro" comme quelques fois je l'ai entendu péremptoirement asséner par l'un ou l'autre visiteur autour de moi.
Nonobstant, et participant du même recensement, vous ne manquerez pas d'aussi rencontrer les lettres I ou Inv. (pour "Inventaire", bien sûr) : le balbutiement, - ou les raisons d'administrativement déjà compliquer le travail des futurs chercheurs -, était né !
Car, en outre, et vraisemblablement pour apporter une précision supplémentaire, à la même époque, il fut décidé de classer les artefacts égyptiens par catégories, auxquelles une lettre distincte fut attribuée, ainsi : la lettre A désigna les statues ; B, les bas-reliefs ; C, les stèles et D les sarcophages, tables d'offrandes et autres objets divers.
Mais au fil des années, devant la forte augmentation des pièces présentes au Musée, ce système fut aboli.
De sorte qu'à partir de mars 1857, comme je l'ai ci-avant mentionné, l'inventaire avec un E en guise de lettre de référence fut mis sur pied : actuellement toujours d'application, il répertorie les objets de E 1 à E x milliers, suivant leur ordre d'arrivée dans les collections du Louvre. Ainsi, le papyrus E 32 847 constitue-t-il le numéro le plus élevé que j'aie repéré au cours de mes lectures ... mais peut-être n'ai-je pas eu connaissance des toutes dernières entrées.
Ceci posé, en fonction de grands et beaux apports nouveaux, alors même que se développait l'inventaire E, d'autres tentatives de classement particulier firent leur apparition. Ainsi quand l'égyptologue français Auguste Mariette, après ses fouilles dans le Sérapéum de Memphis, en rapporta de précieux monuments au Louvre, apparurent des étiquettes collées à même les pièces exposées portant les lettres A.M. (pour "Auguste Mariette", évidemment), I.M. (pour "Inventaire Mariette") ou S (pour "Sérapéum").
Toutefois, après quelques années de manipulations d'objets à l'intérieur des vitrines ou des réserves en sous-sol, la détérioration de ces étiquettes devint patente ; quand ce ne fut pas leur totale disparition, notamment quand il s'est agi, en août 1939, quelques jours avant qu'éclate la Deuxième Guerre mondiale, de sauver et transporter maints "trésors" dans différents châteaux de France, à Chambord dans un premier temps, d'où ils furent répartis et dirigés par la suite vers d'autres lieux sûrs des environs : ainsi, de nombreuses caisses d'antiquités égyptiennes accompagnées de huit gardiens arrivèrent-elles le 6 septembre à Courtalain, en Eure-et-Loir, à une heure et demie de Paris, pour être entreposées dans le grand salon du château.
Aux objets parfois dépourvus d'étiquettes fut donnée par la suite une cote fictive, AF, ce qui signifiait, sans plus de précision, qu'ils appartenaient à l'Ancien Fonds du Musée.
Enfin, dépossédés de leur identité initiale, certains furent-ils simplement signalés par un SN, ce qui, vous l'aurez deviné, signifie tout bêtement : sans numéro !!
Concevez, amis visiteurs, que ces deux dernières appellations, "non contrôlées", AF et SN étaient vouées à n'être que provisoires, donc à disparaître au fur et à mesure que le véritable numéro d'inventaire serait retrouvé dans les registres archivés. Mais fallait-il encore qu'on le cherchât ! De sorte que, comme souvent, constatation s'impose d'admettre que le provisoire aurait tendance à devenir définitif ...
Pour clore notre présent rendez-vous peut-être un peu didactique, voire rébarbatif aux yeux de certains, je ferai appel aux connaissances des plus avisés parmi mes visiteurs : en effet, dans la mesure où il m'est arrivé de rencontrer l'une ou l'autre référence commençant par Al peinte sur certaines pièces des galeries d'étude du circuit chronologique, au premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'aimerais en connaître la signification et l'origine.
BIBLIOGRAPHIE
KRIÉGER Paule, Note concernant les numéros d'inventaire des objets conservés au département des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, RdE 12, Paris, Klincksieck, 1960, pp. 92-7.
LEVENT Frédéric, Quand le château de Courtalain hébergeait des œuvres du Louvre en 1939-1945, article et cliché publiés dans L'Écho républicain du 4 mars 2016, consultable ici.
NICHOLAS Lynn H, Le pillage de l'Europe. Les œuvres d'art volées par les nazis, Paris, Seuil, 1995, p. 110.