Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Septième Partie :
PROPOS INTRODUCTIFS À
L'APOTHÉOSE D'ANTINOÜS
Après avoir lu ensemble, les 6, 13 et 20 septembre, trois larges extraits du remarquable roman Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar ayant l'Égypte pour toile de fond, nous avons tenté vous et moi, amis visiteurs, de cerner plus avant la personnalité de l'empereur romain qui éleva un jeune esclave bithynien du nom d'Antinoüs, au rang insigne de favori.
J'aime à rappeler que mon choix d'ouvrir et de mener à son terme un "dossier-enquête" sur différentes facettes de l'histoire commune de ces deux hommes, ne constitue en rien le fruit d'un hasard saugrenu, voire malsain ou marqué au coin d'un quelconque prosélytisme, - comme il me l'a été souligné en privé -, mais ressortit à ma volonté de vous permettre de mieux comprendre qui ils furent, et ce, en prenant prétexte de la présence d'un très beau buste prêté par le Musée du Louvre au Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge pour l'exposition à laquelle je vous avais, au printemps dernier, convié de m'accompagner : Dieux, génies et démons en Égypte ancienne ; importante manifestation qui a fermé ses portes avant-hier, dimanche 20 novembre.
Parce que je soupçonne notre enquête plus longue qu'initialement prévu, je voudrais, au terme des deux grandes premières questions traitées, résumer aujourd'hui à grands traits, non seulement pour ceux de mes visiteurs à qui un chapitre aurait échappé mais aussi pour ces quelques nouveaux lecteurs qui se sont manifestés sur mes pages Facebook, ce dont il a été question jusqu'ici.
Sachez déjà d'emblée que je l'ai scindée en deux grandes sections : à la première, j'ai donné pour titre Les devenirs d'Antinoüs : De la fiction romanesque à la réalité archéologique.
Quatre parties la composaient : les trois extraits de l'oeuvre littéraire que je viens de citer, - fiction romanesque, donc -, auxquels le 27 septembre, je tins à ajouter une ultime partie constituant une première réalité archéologique : donner à voir le buste du Louvre et ses détails typiquement égyptisants.
Quant à la seconde section, le coeur même du "dossier-enquête", je l'intitulai : Les devenirs d'Antinoüs : De la réalité archéologique à une certaine vérité historique.
Jusqu'à présent, six parties s'y sont succédé : une première, le 4 octobre, vous proposa la chronologie des déplacements d'un document exceptionnellement intéressant, livre de pierre "racontant" l'histoire d'Antinoüs et d'Hadrien, l'obélisque Barberini, érigé sur le mont Pincio, à Rome.
Une deuxième, le 11 octobre, attira plus spécifiquement votre attention sur la finalité des tableaux supérieurs et des textes hiéroglyphiques qui couvrent les quatre faces de ce monument ; cette "introduction" en deux temps permettant d'enfin tenter de répondre à une première question : où se trouve la tombe qu'Hadrien fit ériger pour Antinoüs ?
La troisième partie, le 18 octobre, énuméra et analysa les différentes hypothèses des historiens et archéologues qui cherchèrent, et cherchent toujours -, l'emplacement de ce tombeau.
Quant à la quatrième partie, le 25 octobre, elle me permit de suggérer la dernière opinion en date, suivant en cela une très pénétrante étude menée il n'y a guère par feu l'égyptologue français Jean-Claude Grenier.
Les cinquième et sixième parties, les 8 et 15 novembre, eurent pour centre d'intérêt la deuxième question que nous nous sommes posée : dans quelles circonstances Antinoüs a-t-il trouvé la mort ?
Voilà donc amis visiteurs, sempiternel procédé pédagogique, je vous le concède, une synthèse du chemin que nous avons parcouru de conserve, avant d'entamer ce matin un troisième thème de réflexion : l'apothéose d'Antinoüs, comprenez : sa divinisation, imposée par Hadrien lui-même.
En effet, si au début de son règne, en matière religieuse, l'empereur promut tout naturellement les cultes romains traditionnels ; si, suite à son premier voyage en Orient, en philhellène avéré, il afficha ferveur certaine pour différents dieux grecs, ainsi que pour les mystères d'Éleusis, ce ne sera qu'après son séjour en terres égyptiennes, en 130 de notre ère donc que, peut-être plus qu'il n'eût convenu car au détriment des anciens cultes, il privilégia exclusivement les croyances et les rites égyptiens.
Son engouement fut tel que, éminemment meurtri par la disparition de son favori, vous l'avez compris, il souhaitera, entre autres décisions, l'élever au rang d'un dieu et d'instamment encourager son culte dans tout l'empire ... pour ne pas dire : imposer !
Certes, le procédé n'était pas neuf : si j'en crois le Professeur Grenier, une étude sur le sujet recense quelque trois cents personnes, - philosophes, poètes, athlètes, guerriers notamment mais aussi courtisanes et autres gitons -, qui dans le monde gréco-romain antique furent ainsi divinisés par un puissant, voire par une cité.
Cicéron, fou de chagrin après la mort de sa fille, ne se mit-il pas un temps en tête lui aussi de la faire héroïser ?
Avant cela, en Égypte même, Imhotep, l'architecte de la toute première pyramide, celle dite "à degrés" du roi Djoser, ne jouit-il pas également du statut de déité à partir du premier millénaire avant notre ère ? Je pourrais aussi épingler, parmi ces divinisés égyptiens, peu ou prou connus, Amenhotep, fils de Hapou, vizir d'Amenhotep III, Isi d'Edfou, Heqaïb, d'Éléphantine ou encore Kagemni, de Memphis ...
Sans oublier ceux des animaux qui bénéficièrent tout autant de semblables honneurs, comme certains taureaux Apis, certains chats, etc.
Pour l'heure, je présume qu'il ne vous aura point échappé, si vous avez attentivement observé le buste du Louvre (Ma 433), que le socle qui le supporte, indiquant "Osiris ex Antinoo", donne clairement à comprendre que le jeune homme fut assimilé à Osiris ou, pour être plus précis, devint un Osiris.
J'y reviendrai ...
Résumons-nous avant de prendre congé : Hadrien, empereur de Rome, d'origine andalouse, et fort imprégné d'hellénisme, fit diviniser un jeune esclave provenant de Bithynie, en Asie mineure, l'identifiant à un dieu égyptien et le pourvoyant d'un culte empreint de rites égyptiens, tout en espérant une reconnaissance universelle notoire et probablement éternelle dans la mémoire collective.
Quelles furent les motivations de semblable démarche dans le chef du puissant monarque ?
Et pourquoi diantre plus spécifiquement conférer une portée osirienne à cette apothéose ?
C'est ce que je m'emploierai à vous expliquer, amis visiteurs, à partir du mardi 29 novembre prochain ...
BIBLIOGRAPHIE
BEAUJEU Jean, La religion romaine à l'apogée de l'Empire : I. La politique religieuse des Antonins, Paris, Belles Lettres, Collection Guillaume Budé, 1955, pp. 96-102.
GRENIER Jean-Claude, L'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, pp. 14-5 et 47-55 ; ID. 64 et note 23.
GRENIER Jean-Claude, Quelques pages du livre des empereurs. L'affaire Antinoüs, dans QUENTIN Florence, Le Livre des Égyptes, Paris, Éditions Robert Laffont, Collection "Bouquins", 2014, pp. 275-80.