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Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...

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LITTÉRATURE ÉGYPTIENNE (19) : CHANT D'AMOUR

     A nouveau sur la panse d'un vase retrouvé à Deir el-Medineh, ce poème - fort fragmentaire, d'où les lacunes ici sous forme de "..."  - caractérisé par une anaphore.

Si seulement j'étais la Nubienne
Qui est sa suivante,
Alors on irait lui chercher
... des mandragores ...
Il serait dans sa main pour qu'elle hume;
Ce qui veut dire qu'elle me présenterait
La carnation de tout son corps.


Si seulement j'étais le foulon du linge
De l'Aimée, ne serait-ce qu'un mois ! 
Je prospérerais en ...
... qui auraient été en contact avec son corps.
Et, de plus, c'est moi qui laverais
Les huiles qui sont sur son foulard.
Je frotterais mon corps avec ses vêtements d'apparat
...
J'en serais réjoui, et mon corps rajeuni ...


Si seulement j'étais le petit anneau
Qui est le compagnon de son doigt,
Je contemplerais son amour chaque jour !
...
Je m'emparerais de son coeur.


Si seulement j'étais le matin
Afin de contempler comment elle passe son temps !
...
Son miroir est joyeux
Car c'est vers lui qu'elle porte le regard.


Si seulement je disposais de l'Aimée quotidiennement (...)
Elle serait à moi quotidiennement,
Comme verdoient les couronnes
Et les fleurs de toutes sortes qui poussent dans les prés.
... tout entière.


Si seulement elle venait à moi pour me voir
...
Je célébrerais des fêtes pour le dieu
Afin qu'il l'empêche de s'éloigner,
Et qu'il me donne la dame quotidiennement,
Sans qu'elle se sépare de moi.



(Traduction d'après Pascal VERNUS : 1993, 90-1)  

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N
.......nourrie.........!!!
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N
L'amour n'est autre qu'un mal qui fait du bien en somme... et vu mon âge, l'expérience est nourri d'amertume, c'est vrai!!!
Répondre
N
Si seulement l'amour à notre époque était aussi simple qu'un calame glissant sur le papyrus pour déclarer une flamme dont l'encre n'est qu'une larme pour un amour à sens unique et incompris...
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R
<br /> <br /> Quelle élégance de phrasé !, dans ces mots tout empreints eux aussi de poésie, et d'amers regrets sous-jacents ...<br /> <br /> Ceci étant, ne croyez pas, NeferSylvie, que cela était nécessairement plus facile pour les jeunes Egyptiens de l'Antiquité : souvenez-vous de ce chant d'amour que j'ai publié le 6 juillet<br /> 2008. Il était lui aussi gros d'évidents regrets frappés au coin de l'amertume ...<br /> <br /> <br /> <br />
N
Que de poésie et de tendresse... Les sentiments amoureux sonnent toujours de la même manière... C'est beau
Répondre
R
<br /> <br /> Cela me paraît d'autant plus beau que les mots sont aussi simples que l'amour lui-même; et que des milliers d'années après, ils résonnent toujours de la même ferveur<br /> ...<br /> <br /> <br /> <br />
L
Je me permettrai de parler de Rûmi sur Envie d'ailleurs, prochainement ... c'est un ami qui m'a mise sur sa piste et m'a donné envie d'en savoir un peu plus ...<br /> <br /> Et en ce qui concerne le poème : une fois de plus, je suis frappée par le côté romantique de ces vers ...
Répondre
R
<br /> <br /> Plus je lis la poésie égyptienne, et plus je suis persuadé que rien n'est nouveau sous le soleil : ils étaient eux aussi de grands amoureux ...<br /> <br /> <br /> <br />
C
Merci pour ces explications passionnantes! Et si en plus vous évoquez M.Onfray...
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J
"Son miroir est joyeux<br /> Car c'est vers lui qu'elle porte le regard."<br /> <br /> On dirait du Djallal Oddin Rümi ! Extraordinaire sonorité orientale si sensuelle et élevée à la fois.<br /> On pense aussi à Guillevic:<br /> "Je dirais au tournesol qu'il s'est trompé, c'est vers toi qu'il aurait dû se tourner"<br /> ( De mémoire).
Répondre
R
<br /> <br /> Je ne connais pas ce premier poète auquel tu fais allusion, mais il est absolument certain que la sensualité orientale que l'on pourrait croire contemporaine trouve<br /> ses racines les plus profondes dans la poésie égyptienne, parfois même, d'ailleurs, sans en être vraiment consciente ... <br /> Il te suffira, en outre, de remonter simplement le temps de mon blog, pour trouver dans d'autres poèmes précédemment publiés cette même sensualité joyeuse, dionysiaque comme dirait<br /> Nietzsche. <br /> <br /> <br /> <br />
C
Je me demande bien à quoi pouvait lui servir l'étrange mandragore...
Répondre
R
<br /> <br />      Cette mandragore égyptienne n’a, vous vous en doutez, Cat, rien à voir avec l’Arbre de la connaissance dont Eve aurait goûté le fruit; ni<br /> avec la magicienne grecque Circé; ni avec toute la symbolique médiévale de la sorcellerie; ni avec ces fruits qui poussaient aux pieds des gibets et que l’on disait fécondés par le sperme des<br /> pendus; et encore moins avec ce qu’en a écrit Madame Rowling dans ses "Harry Potter" qui veut voir en sa racine l’effigie d’un bébé pleureur dont les cris seraient mauvais pour<br /> l’homme.<br /> <br /> <br /> <br />      En revanche, dans la pièce éponyme du grand Machiavel, qui met l’accent sur certaines vertus de la plante permettant au jeune héros d’assouvir son dessein de séduire son<br /> aimée, la mandragore se rapproche, plus que tout autre fruit, de la symbolique égyptienne.<br /> <br /> <br /> <br />      L’égyptologue belge Philippe Derchain - auquel j’ai déjà souvent eu l’opportunité de faire allusion dans mes billets consacrés à la littérature égyptienne -, a écrit un<br /> article remarquable (voir référence dans le premier volet, (A - F), de mon dossier "Bibliographie" du 18 mars 2008), évoquant la poésie érotique des Egyptiens dans lequel il envisage trois<br /> végétaux : le lotus, symbolisant la grande vigueur créatrice du soleil (Râ); le perséa, symbolisant le Nil qui féconde, année après année, grâce à ses crues, le sol de l'Egypte et la mandragore<br /> symbole de cette sensualité joyeuse si chère, de nos jours, au philosophe Michel Onfray.<br /> <br /> <br /> <br />      La mandragore, dans l’Egypte antique, était effectivement symbole d’amour. Les qualités aphrodisiaques reconnues à ses baies débouchaient bien évidemment sur une<br /> connotation érotique : dans la poésie, elles étaient très souvent comparées aux seins d’une femme.<br /> <br /> <br /> <br />      En outre, dans les bouquets que l’on voit gravés sur les murs des temples et qui sont présentés lors de la "Belle Fête de la Vallée", le lotus et la mandragore sont<br /> étroitement associés à l’idée de renaissance.<br /> <br /> <br /> <br />      Enfin, si vous relisez le début de ce poème, respirer l’odeur des baies de ce fruit équivaut de la part de l'Aimée, à offrir à l'Aimé la couleur de son corps<br /> tout entier (dernier vers de la première strophe); cette dernière expression, toujours selon Ph. Derchain, signifiant "se donner à l’amour".<br /> <br /> <br />      C'est, sans ambiguïtés aucune, ce que l’Aimé attend de la mandragore ...<br /> <br /> <br /> <br />