Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
Dans le corpus particulier des textes funéraires égyptiens présentant des prières ou des chapitres magiques mis à la disposition des rois pour leur survie dans l’Au-delà, et connus sous le nom de "Textes des Pyramides" - (en fait, la majorité des pyramides célèbres sont anépigraphes et seules celles des dernières dynasties de l’Ancien Empire comportent ces inscriptions funéraires) - , apparaissent, au Moyen Empire, approximativement de la IXème à la XIIIème dynastie, soit entre environ 2100 et 1700 A. J.-C., des textes inscrits à même les cercueils de bois des hauts dignitaires du royaume : c’est ce que les égyptologues retiennent sous l’appellation de "Textes des Sarcophages" ou, en anglais, "Coffin Texts".
Sans entrer dans d’autres détails sur lesquels je reviendrai abondamment quand, dans notre visite du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous arriverons, vous et moi, ami lecteur, à la fameuse salle 14, dite des sarcophages précisément où, tintinophiles avertis, nous apprécierons le clin d’oeil à Hergé qu’ont voulu les concepteurs de cette "mise en scène" reproduisant de manière tridimensionnelle une des images du célèbre Les Cigares du pharaon, je rappellerai simplement que pour l’Egyptien, le sarcophage matérialise la maison dans laquelle il vivra sa nouvelle vie après son trépas, entouré des objets mobiliers qui ont été siens ici-bas; et que cette "maison" est symboliquement à l’image du monde dans lequel il a évolué : le ciel (couvercle du cercueil), le sol (fond du cercueil) et les quatre horizons (les quatre planches latérales du cercueil).
C’est à l’intérieur que l’on trouve, inscrits presque entièrement à l’encre noire et presque uniquement en colonnes verticales les textes funéraires auxquels je faisais allusion ci-dessus.
Près de 1 200 différents (les Allemands disent Spruch et les Anglais Spell; en français, on emploie souvent le terme Formule) ont été recensés.
Je ne m’attarderai pas ici sur la forme proposant un vocabulaire extrêmement riche (par rapport aux anciens Textes des Pyramides), avec de très nombreuses nouveautés lexicographiques, ainsi qu’une grammaire de la langue totalement renouvelée, mais me concentrerai plus spécifiquement sur le fond.
Ces formules religieuses - dont certaines parfois donnent bien du fil à retordre aux traducteurs dans la mesure où une traduction simplement littérale nous les rend obscures, incompréhensibles, impénétrables - visent à exprimer le triomphe de la vie sur la mort en assimilant le défunt au dieu Rê lui-même qui présente la particularité, après s’être couché à l’ouest chaque soir, après avoir triomphé de tous les dangers de l’Au-delà chaque nuit, de revivre et d’apparaître à nouveau à l’est chaque matin.
La formule que j’ai choisie de vous présenter aujourd’hui, ami lecteur, après ce long mais à mes yeux nécessaire préambule vise à placer le défunt hors d’attaque de ce crocodile auquel j’ai abondamment fait allusion dans mon article de mardi dernier; l’une des plus adéquates façons d’échapper au danger qu’il représente consistant à se transformer, à revêtir l’aspect de la divinité Sobek elle-même :
Je suis un maître de vigueur, un fort qui s’est approprié le crocodile.
Je suis celui qui jette la crainte ... devant qui a peur l’Ennéade.
Je suis le maître du Nil ... la vie et la mort. (...)
Je suis Sobek, le plus rebelle d’entre vous, dieux; vous ne vous êtes pas trouvés capables d’agir contre moi, Esprits-bienheureux et morts;
J’ai pris possession du ciel, j’ai pris possession de la terre.
Je suis un Maître de gloire ...
Je suis Sobek, maître de sédition, qui frappe ...
Je suis Sobek, maître des rives.
Je suis Sobek qui est au milieu de son sang.
Je suis celui qui féconde les pleureuses.
Je suis celui qui enlève par force.
Je suis le grand aquatique ...
Je suis un maître de vigueur ...