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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 23:00

     Un artiste contemporain, du Nord, rendant hommage à d'autres artistes du Nord, ses aïeux : voilà ce que le Musée du Louvre propose ce printemps, et jusqu'au 7 juillet, en accueillant le très discuté Jan FABRE, belge, né à Anvers en 1958. Apportant au travers d'une rétrospective de son oeuvre sa vision toute personnelle des peintres de l'Ecole du Nord (flamande, néerlandaise et allemande), c'est précisément dans les salles des Van Eyck, Bosch, Metsijs, Van der Weyden, Rembrandt, Rubens et Vermeer ... qu'il expose une quarantaine de pièces.  

     Fabre dit avoir conçu son parcours comme une "dramaturgie mentale", s'inspirant des thèmes abordés par ces peintres qu'il vénère,  et en les étirant vers de nouvelles interprétations.                                  

 

    

 

 

 


                 
















     Accompagné de notre souveraine, la Reine Paola, de la Ministre française de la Culture, Christine Albanel et de son homologue belge, Bert Anciaux, de Victor Loyrette, Président-Directeur du Musée du Louvre, ainsi que de nombreuses autres personnalités, Jan Fabre a commenté ses oeuvres ce mercredi 9 avril en fin de journée lors de l'inauguration officielle de ce parcours tout à fait atypique.
(Une autre relation de l'événement
ici)

     Très controversé - honni par les uns, porté au pinacle par les autres -, ce touche-à-tout absolument inclassable - n'est-il pas tout à la fois plasticien, dessinateur, sculpteur, mais aussi chorégraphe, metteur en scène de théâtre ?, a récemment défrayé la chronique, précisément dans cette dernière facette de son travail, en présentant au Festival d'Avignon 2005 un opus intitulé Histoire des larmes, spectacle mêlant expressions corporelle et théâtrale, et tout empreint de crudité, de sexe, de scatologie, de sang, de violence ...

     Et c'est cet artiste protéiforme, taraudé par la notion de métamorphose ainsi que par les effets que produit le temps qui passe sur les êtres vivants, sur leur corps essentiellement, qui aujourd'hui et pour trois mois, est l'invité du Musée du Louvre dans le cadre d'une exposition qui lui est entièrement consacrée, et intitulée Jan Fabre, l'Ange de la métamorphose.     

     Mais, seriez-vous en droit de vous dire, ami lecteur, "qu'est-il donc allé faire dans cette galère" ? Pourquoi le concepteur de ce blog s'aventure-t-il aujourd'hui sur les terres de Louvre-passion qui, lui précisément, excelle à nous présenter, entre autres, les différentes expositions hébergées au Louvre ?

     Parce que Fabre est un compatriote ? Oui, peut-être, cela tiendrait la route. Mais, peu probable quand même, ce "chauvinisme"...
     Parce que Fabre, peu ou prou, aurait l'une ou l'autre accointance avec l'Egypte ? Peu probable également.
     Quoique ...

     Prétendant être un descendant direct de l'entomologiste français Jean-Henri Fabre, notre Belge axe son oeuvre plastique sur le monde des insectes, avec une toute particulière prédilection pour ... le scarabée égyptien (nous y voilà !), ce coléoptère coprophage nommé kheper 



et qui avait donné naissance au verbe éponyme signifiant quelque chose comme : venir à l'existence en prenant une forme donnée, advenir, se transformer ...



     C'est ce terme que l'on retrouve dans un des noms de certains pharaons, tel celui de Toutankhamon. 

     Dans le cartouche de gauche, vous reconnaissez le scarabée, au centre, qui se lit kheper, surmontant les trois traits qui forment la marque du pluriel se lisant ou, l'ensemble donnant donc kheperou. La corbeille au bas, qui signifie Maître se lit neb. Et tout au-dessus du cartouche, le soleil, .

     En commençant du bas vers le haut, nous lisons donc : 
Neb-Kheperou-Rê (= Maître des devenirs de Rê, Maître des transformations de Rê ...). 
                                                                                                                                                         
     (Sur les scarabées proprement dits, sur leur signification, sur leur emploi dans l'histoire dynastique égyptienne, j'aurai évidemment l'occasion d'y revenir plus en détails dès que nous en rencontrerons un exemplaire dans l'une ou l'autre vitrine du Département des Antiquités égyptiennes).  

     Jan Fabre donc, décide de mettre à exécution ses recherches dans le domaine entomologique jusqu'à ce qu'un jour il soit approché par la reine Paola de Belgique, une de ses plus ferventes admiratrices, afin de décorer le plafond de la Salle des Glaces du Palais Royal de Bruxelles.

     Et de ses cogitations artistico-philosophiques, Fabre "accoucha" en 2002 de cette décoration pour le moins extravagante : 1,6 million d'élytres elliptiques, de carapaces de scarabées de près de 2, 7 cm revêtent le plafond de la salle et en ornent le grand lustre.

 

 

  


  




    




    

     Cette imposante réalisation, qui confine à l'exploît, représente le travail d'une trentaine d'assistants qui, trois mois durant, ont oeuvré à ce gigantesque collage. L'histoire raconte (ou la légende ?) que la reine elle-même serait montée sur les échafaudages et aurait participé avec beaucoup d'entrain à coller des carapaces de scarabées. 
                                                          


     L'ensemble, réverbérant et fragmentant la lumière naturelle, la lumière artificielle et celle des ors de la décoration murale, se reflétant dans les immenses miroirs d'époque - le Palais fut construit au XIXème siècle -, variant sans cesse car proposant des teintes qui s'étendent du vert au bleu, produit un effet littéralement stupéfiant.


     A sa manière, pour la famille royale de Belgique, Jan Fabre a revisité la peinture murale, genre séculaire s'il en est.   

    







     Je crois à la beauté, parce que la beauté a la couleur de la liberté.

                                                                                  
Jan  Fabre

 

 

 










"Je veux sortir ma tête du noeud coulant de l'Histoire"

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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commentaires

Alain 22/05/2008 12:27

Je suis allé au Louvre pour une « lecture » devant une œuvre. J’ai donc vu en partie l’expo Jean Fabre. Je te donne quelques impressions rapides.
Le début est « soft » : gouttes de sang, scarabées, statues en os, têtes de chouettes, armures à cheveux blanc. OK même si c’est difficile pour moi.
C’est surtout le final qui m’a surpris avec cet immense monument devant les Rubens de la Galerie Médicis : un lombric à tête humaine rampant sur des pierres tombales en envoyant des grognements d’agonie. Comme moi, les visiteurs montraient une tête oscillant entre la surprise et l’incompréhension.
La dernière scène a frappé le public (le mot est faible). On voyait sur un poste TV un événement montrant le peintre et une femme en armures rampant dans une cage en verre avec des cœurs de bœufs, des hurlements et des pleurs sur le thème du sacrifice. J’ai vu des gens pointer un doigt sur leur tempe en signe de folie.
Cela ne laisse pas indifférent… Je ne jugerai pas, les impressionnistes à leur époque étaient considérés avec moquerie. Alors, est-ce l’art des années à venir ? De toute façon, c’est loin de ce que j’aime : la beauté des formes, l’esthétisme et la poésie.

Richard LEJEUNE 22/05/2008 16:43



Waw ! A ce point ???
C'est encore apparemment plus délirant que tout ce que j'ai pu lire sur cette exposition.
Et la fin, d'après ce que tu m'écris, semble aussi correspondre aux recherches corporelles habituelles de Jan Fabre, en matière théâtrale, à tout le moins.

Quoiqu'il en soit, grand merci à toi d'être allé jeter un oeil alors que tu savais plus ou moins à quoi t'en tenir concernant cet "art" qui ne pouvait qu'être aux antipodes de ce que tu
aimes; et de nous en avoir rendu compte au travers de ce commentaire.

Cordialement

Richard 



Louvre-passion 15/04/2008 21:41

Cela dit, pour Jan Fabre j'ai fait une sorte de reportage photographique, dans ce cas je pense qu'il faut laisser parler les images pour que chacun(e) se fasse une idée.
A bientôt.

grillon 15/04/2008 14:24

Je pense honnêtement que tout artiste est plus ou moins fada, et c'est une bonne chose, c'est souvent sa folie qui le fait progresser. Je suis moi-même assez timbrée par moment ( ou constamment, lol ! ) , c'est pourquoi je me permets, dans ma folie, de penser la même chose des autres. Cela n'empêche pas, tu as tout à fait raison, Richard, d'essayer de comprendre avant de juger. Sans remonter jusqu'à Spinoza, ( tiens, hasard, j'ai pensé à ce philosophe aujourd'hui ! ) on peut simplement citer Stefan Zweig, qui a écrit dans sa nouvelle " 24 H de la vie d'une femme " : " je prends personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu'à les juger "
Le problème, c'est quand on ne comprend franchement pas, et qu'on est tenté de juger !

Louvre-passion 14/04/2008 21:38

Aaargh, que vois je ! J'ai été "grillé" par EgyptoMusée sur mon sujet de vendredi prochain....
Mais c'est tant mieux le sujet est ainsi traité selon un autre point de vue. Pour ma part j'ai senti un côté un peu décalé que j'ai apprécié bien que France Culture l'ai présenté de façon un peu compassée à mon goût.

Richard LEJEUNE 14/04/2008 22:19



Grillé ?
Sûrement pas : tous les points de vue seront ici les bienvenus. Et j'attends d'ailleurs avec une certaine impatience - tu l'as probablement lu dans l'une ou l'autre réponse aux commentaires
ci-dessus -, que l'un d'entre vous, Parisien ou en visite à Paris, parcouriez cette exposition et m'en donniez votre avis. Car - et j'apprécie que tu aies remarqué ce que tu appelles le côté
"décalé" de mon article - je ne supporte pas l'art que propose Jan Fabre : ni en tant que metteur en scène ni en tant que plasticien. Je n'adhère absolument pas, par exemple, aux
commentaires quasiment dithyrambiques d'une certaine presse belge devant ce plafond de la Galerie des Glaces du Palais Royal (que je trouve personnellement affreux ! - Encore plus dans la réalité
que sur les photos ici proposées.)

En revanche, et pour moi la distinction est d'importance : je suis très réceptif à son parcours, à son questionnement, à sa recherche esthétique (et pas comme on me l'a parfois reproché
dans mon entourage parce qu'il emploie à profusion un élément égyptien ... - J'espère, Louvre-passion et vous tous qui me lisez que vous m'accorderez au moins cette assertion). Non, je suis
réceptif au côté philosophique de sa démarche, psychanalytique aussi. 
Mais ceci étant, ce à quoi il aboutit ne me plaît pas. Point. 
(J'insiste, pour que l'on me comprenne bien : JE trouve personnellement cela laid. Je ne dis pas que C'EST laid.)

Mais, et dans ce cas précis, j'estime  - sans l'avoir vue, evidemment - que cette exposition, de par l'endroit où elle se déploie et, surtout, en fonction de cette confrontation
avec de prestigieux maîtres qu'elle veut mettre en évidence, se devait d'être présentée dans ces salles du Louvre.

Enfin, et pour terminer ma réponse à ton commentaire : les trois émissions que j'ai entendues sur France Culture étaient assez inégales, certes. Compassée pour l'une d'entre elles (avec M.-L.
Bernadac et V. Pomarède), j'en conviens. Mais j'épinglerai quand même "La Nouvelle Fabrique de l'Histoire" qui, avec l'historien Robert Muchembled a remarquablement mis en
lumière le contexte politico-économico-religieux de l'époque de ces grands maîtres, a remarquablement décrit notre société à nous, habitants des Provinces-Unies, et a ainsi mis en parallèle
les motivations de Fabre dans sa quête à "dialoguer" avec ceux qu'il vénère : un très grand moment et de vérité historique, et d'introspection humaine. 

Merci en tout cas, à toi aussi, et de ta visite et de ton commentaire.

Cordialement.
Richard   



grillon 13/04/2008 17:51

J'aimerais bien visiter cette exposition , ce doit être très surprenant, heurtant, curieux, j'aime bien quand les musées secouent un peu leur belle torpeur dans des salles certes somptueuses, mais qui n'évoluent guère. Cela ne m'étonne pas d'un Anversois, cette ville bouillonne tellement de créativité, elle me passionne toujours ! Mais choisir comme fétiche une bête coprophage, cela relève tout de même de la psychanalyse, il doit être assez zinzin, ce Jan Fabre ! Il aurait pu choisir l'églantine, lol !
Horreur, tu sais pas, Richard, j'avais lu dans la toute dernière ligne de ton article : " je voudrais sortir ma tête de noeud du coulant de l'Histoire " rôô !
Merci de nous faire part de cet évènement !

Richard LEJEUNE 14/04/2008 08:49



Pour ce qui concerne le fait de secouer la torpeur des musées, je suis entièrement d'accord avec toi, Grillon. Mais il me semble que c'est une des politiques des
actuels conservateurs du Louvre, depuis quelques années, non ? Et c'est tant mieux !

Maintenant, pour ce qui concerne plus spécifiquement le travail de Jan Fabre, il était absolument nécessaire de l'exposer dans les salles des peintres flamands et néerlandais de cette
époque puisqu'il en est, à sa manière, une réponse directe, pour les raisons notamment historiques que je viens de mentionner ci-dessus, dans ma réponse à Alain. Complètement inepte eût été
une semblable exposition à Beaubourg, par exemple, loin des références que Fabre voulait mettre en scène.

Ceci dit, SA vision, ses choix de matériau pour l'exprimer sont, eux, peut-être discutables : mais là, j'estime que c'est un tout autre débat d'idées.

Et pour reprendre simplement ce que le très grand Baruch Spinoza définissait, exilé dans cette région du Nord de l'Europe précisément, dans ce qu'il appelait le "deuxième genre de connaissances"
(dans l'Ethique) : "comprendre et non pas juger". Pour lui, les passions font partie de la réalité, elles sont. On ne va donc
pas les déplorer, mais essayer de les comprendre. A la lumière de la raison, certes, mais aussi des conditions historiques, religieuses et économiques d'une époque. Et donc, je n'irai pas, comme
toi, jusqu'à penser que cet artiste est "zinzin".
D'autant plus que, comme j'ai eu déjà l'occasion de l'écrire, le scarabée représente, dans la conception cosmique des Egyptiens de l'Antiquité, l'élément type de la métamorphose, du devenir : et
cela, Fabre le sait parfaitement et l'applique à sa recherche personnelle sur le corps et ses transformations.  

A toi aussi, merci de ta visite et de ton avis. Et si, d'aventure, tu passes par le Louvre, rends m'en compte.

Cordialement.
Richard 
     



Alain 12/04/2008 14:55

Si je tente de comprendre : Les solides et pulpeuses flamandes de Rubens dans la galerie Médicis, les superbes clairs-obscurs dorés de Rembrandt, la séduisante « Bohémienne » au sourire enjôleur de Frans Hals, les intérieurs bourgeois de Ter Borch, les cours ensoleillées où des enfants courent de De Hooch, la folie de Jérôme Bosch, la formidable « Vierge du chancelier Rolin » de Van Eyck, ou cette « Dentellière » aux doigts si fins de Vermeer, toutes ces toiles donc se seraient métamorphosées selon Jean Fabre en tête de chouette, ver de terre rampant au milieu de pierres tombales, gisant punaisé ou autres scarabées.
Je vais devoir reprendre des cours à la Sorbonne, s’ils en donnent, pour assimiler cet art d’un temps qui n’est pas le mien… Finalement, je crois qu’il est trop tard pour moi.

Richard LEJEUNE 14/04/2008 08:22



Certes non, Alain, il n'est jamais trop tard pour apprendre; et une vie n'y suffira pas, à mon sens ... 
Pour répondre à ton commentaire, j'ajouterai simplement, que ce ne sont pas les toiles de ses aïeux du Nord qui se sont "métamorphosées", comme tu l'écris, c'est la propre recherche
philosophico-artistique de Fabre - que l'on y adhère ou pas - qui en transcende l'esprit et nous en fournit une vision toute personnelle; et combien modeste, je t'assure.

Et sans entrer dans un débat sur l'esthétisme des pièces proposées (parce que là, il y aurait peut-être matière à longue discussion), je t'avouerais qu'il ne me déplaît nullement que semblable
confrontation avec des maîtres incontestés de ce que l'on appelle encore, malheureusement, les Ecoles du Nord, se passe au Louvre, précisément dans ces salles : car quand on connaît un peu
l'histoire politique, religieuse et économique de ces Provinces-Unies (comme on les appelait à l'époque), à savoir les Pays-Bas, la France du nord et la Belgique actuelles, on se rend compte
que ces artistes en expriment merveilleusement et les heurs et les malheurs; et qu'en parfait connaisseur de son histoire "nationale", Fabre en a remarquablement traduit l'esprit. Avec des
moyens et des matériaux éminemment contemporains, certes, mais incontestablement respectueux de la vérité historique.

Merci de ta visite et de ton avis. Il me plairait, maintenant, que quelqu'un, toi ou un de mes autres lecteurs, aille au Louvre pour effectuer ce parcours pour le moins atypique et m'en
rende compte ici, dans ces commentaires.

Cordialement
Richard      



colette 11/04/2008 20:56

je ne conprends pas ce genre de mélange dans un musée aussi important et aussi visité que le Louvre.....? Que vont penser les étrangers !!!!

Richard LEJEUNE 14/04/2008 08:00



Je pense très sincèrement qu'au delà d'une recherche esthétique, que l'on approuve ou pas, un des buts de cette exposition vise à provoquer des réactions,
quelles qu'elles soient, de la part du public, quel qu'il soit : car pourquoi des seuls "étrangers", Colette ? 



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