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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 23:06

    Les Égyptiens élevaient un grand nombre de volailles, mais il n'est pas toujours facile de reconnaître les différentes espèces auxquelles elles appartenaient. Et, cependant, il n'est pas rare à l'Ancien Empire, que la représentation d'un oiseau soit accompagnée de son nom, mais il n'est pas rare, non plus, que des oiseaux qui portent des noms différents soient, extérieurement, si semblables que nous n'arrivions pas à les distinguer. Il arrive même qu'on hésite à appeler tel ou tel oiseau un canard ou une oie.

 

 

 

Jacques  VANDIER

Manuel d'archéologie égyptienne

Tome V : Bas-reliefs et peintures - Scènes de la vie quotidienne 

 

Paris, Picard, 1969, pp. 400-1

 

 

 

 

     Mardi dernier, c'est avec à l'esprit cette mise au point du grand égyptologue français Jacques Vandier que, souvenez-vous amis visiteurs, je vous présentai quelques petits modèles déposés sur le sol de la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui, si je me réfère au cartel qui les accompagne, sont des oies, alors que les mêmes, exposés l'hiver dernier au Louvre-Lens, furent présentés en tant que canards.

 

    Cette polémique, ancienne je l'ai signalé, n'eut à vrai dire nullement le retentissement de celle, toujours à propos d'oies, qui secoue, - parfois de manière déplorablement hargneuse, voire grossière -, le Landerneau égyptologique depuis le mois d'avril dernier : il s'agit, - beaucoup d'entre vous l'auront compris dans la mesure où les médias s'en sont largement fait l'écho -, des arguments prônés par l'éminent égyptologue italien le Professeur Francesco Tiradritti en vue de mettre en doute l'authenticité d'une des plus belles peintures animalières qui nous soient parvenues de l'Égypte antique : les très célèbres "Oies de Meïdoum", aujourd'hui au Musée du Caire.

 

     Loin de moi, simple amateur, de prendre position dans ces échanges de haut niveau ... ou de bas, pour certains des participants !

     Nonobstant, il m'agréerait ce matin de complètement m'effacer aux fins de simplement vous donner à lire un document exceptionnel : l'interview exclusive du Professeur Tiradritti qu'a réalisée Madame Marie Grillot, pour son très intéressant blog "Egyptofile", recueil des "Unes" du non moins intéressant site qu'elle et Marc Chartier proposent sur Facebook : "Egypte-actualités" ; interview qu'elle a eu l'extrême amabilité de me premettre de publier ici, sur mon propre blog, pour vous, amis visiteurs.

     

     Merci à vous Marie pour cette extrême gentillesse et la confiance qu'ainsi vous m'accordez.      

 

 

 

 
Les célèbres "Oies de Meïdoum" ont été découvertes en 1872 au nord de la pyramide de Snefrou par une équipe envoyée par Auguste Mariette. La magnifique peinture de 27 cm de haut et 172 cm de large se trouvait dans la petite chapelle que Nefermaat avait dédiée à son épouse Atet dans son mastaba. Selon le récit d'Albert Daninos, qui était chargé de la fouille, c'est Luigi Vassalli, conservateur au musée de Boulaq, qui la détacha du mur et la transporta au Caire où elle est actuellement exposée au Musée Egyptien de Midan el-Tahrir dont elle constitue l'une des pièces les plus connues.
Ces dernières semaines, le monde de l'égyptologie a été secoué par la thèse de l'éminent Professeur Francesco Tiradritti, directeur de la Mission Archéologique Italienne à Louxor, professeur d’égyptologie à l’Université Kore de Enna en Italie, qui émet des doutes sur l'authenticité de la peinture.

“Égypte actualités” : Professeur, tout d'abord, nous sommes extrêmement touchés que vous acceptiez cette interview pour “Égypte actualités” et nous vous en remercions sincèrement. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené à douter de l'authenticité des "Oies de Meïdoum"?
 
 
Francesco Tiradritti : J’ai commencé à douter lorsque je me suis demandé de quel genre étaient les oies. J’ai ainsi trouvé que quatre sur six appartiennent à des espèces typiques de la toundra et de la taïga, qui, lorsqu'elles migrent, n’arrivent plus au sud de la France et de l’Espagne du nord d’un côté et de la Turquie et de la Grèce de l’autre. J’ai trouvé cela un peu étrange et j’ai commencé à regarder la peinture avec des yeux différents. Toutes les anomalies que j’avais déjà relevées en décrivant la peinture dans le passé et que j’avais imputées au fait que je me trouvais devant un chef-d’œuvre, ont pris une autre signification. J'ai alors commencé à avoir de forts doutes sur l’authenticité de ces "Oies", doutes qui se sont trouvés accrus tout au long d'une recherche qui m’a pris à peu près un an. À la fin, j’avais sous les yeux trop de choses (couleur, proportions, traces de peinture au-dessous du fond, etc, …) qui ne correspondaient pas à ce que l'on connaît de l’art égyptien et j’ai décidé de publier mon opinion sur il Giornale dell’arte. 
 
 
Restitution de la paroi du mur nord du corridor de la chapelle d’Atet.
Cette restitution a été réalisée à partir des relevés anciens effectués par Mariette et Petrie et des fragments de peintures originaux (conservés à Boston, à Londres, à Manchester et au Caire) à l’occasion de l’exposition “Des dieux, des tombeaux, un savant - En Égypte sur les pas de Mariette Pacha”, Boulogne-sur-Mer, 2004
 
ÉA : Vous vous questionnez sur les espèces d'oies représentées qui, auraient pu, à l'Ancien Empire, ne pas exister en Égypte ? S'agit-t-il de l'oie du Nil, des bernaches à cou roux, ou d'une autre espèce ?

FT : Je ne suis pas ornithologue et je n’ai même pas la passion d’aller observer les oiseaux. Sur ce point, je fais confiance à l’opinion des experts qui ont des problèmes d’identification. Ce qui est sûr, c'est que le couple d’oies tournées à droite sont, comme vous dites, des bernaches à cou roux. Le deux oies tournées à gauche ont été identifiées avec une espèce qui se trouve aussi bien en Égypte. Les deux aux extrémités sont généralement identifiées comme des oies des moissons qui sont typiques de la toundra et de la taïga, mais il y a des experts qui ne sont pas d’accord avec cette opinion et il y a plusieurs avis émis sur ce sujet. On a même dit que si, aujourd’hui, ces oies ne se trouvent pas en Égypte, elles pouvaient y avoir été à l'époque pharaonique. Il faudrait alors expliquer pourquoi les bernaches à cou roux ne sont pas attestées ailleurs dans toutes les reproductions d’oies que l’on connaît de l’ancienne Égypte. Parmi les critiques que j’ai reçues, il y en avait une où l'on disait que les bernaches à cou roux sont rarement repérées en Égypte. L’auteur mentionnait 1874 comme date du premier repérage témoigné. Peut-être qu’il n’a pas fait attention que cette date est très proche de 1872 lorsque les "Oies de Meïdoum" ont été découvertes. Si ce que cette personne affirme était vrai, il ne démontrerait pas que les oies à cou roux étaient en Égypte à la IVe dynastie, mais qu’elles y étaient à la fin du XIXe siècle. Je n’ajoute rien à cela parce qu’il me semble évident de ce que cela implique. 
 
 
ÉA : La scène représentée est parfaitement symétrique : six oies, séparées très exactement en deux groupes, trois d'entre elles tournées vers la gauche, et les trois autres vers la droite : est-ce que cette composition vous interroge également ?

FT : La composition symétrique est connue en ancienne Égypte, mais pas dans la façon dont elle se trouve réalisée dans les "Oies de Meïdoum". S’il s’agissait d’une peinture égyptienne, les six oies devraient être toutes de la même dimension. Celles qui se trouvent aux extrémités sont seulement un peu plus petites que les deux couples qui les suivent. Cette disproportion est très commune dans un art qui connaît la perspective. Je l’avais prise comme une preuve de l’existence de quelque chose de très proche de cela dans l’ancienne Égypte et je l’avais expliqué, toujours, avec le fait que je me trouvais confronté à un chef-d’œuvre et, pour cela, unique dans son genre. Maintenant je vois cette composition comme un autre élément qui parle contre l’authenticité de la peinture.

ÉA : Vous êtes conscient que vos dires secouent le monde de l'égyptologie et que des voix s'élèvent... Pensez-vous, plus tard, pouvoir vous baser sur des analyses, de pigments par exemple, pour étayer votre thèse ? 

FT : Je suis parfaitement conscient du fait que déclarer la possible "fausseté" des "Oies de Meïdoum" peut m’attirer des critiques et, depuis la publication de mon article sur il Giornale dell’arte et sa reprise par la presse mondiale, il y a eu pas mal de gens qui se sont sentis en devoir d’exprimer leurs jugements sur le sujet, en arrivant parfois à m’insulter. Je dois avouer que tous les arguments qui ont été émis, soit étaient fondés sur une pauvre connaissance de l’argument et contenaient pas mal d’erreurs, soit sur une prétention qui trop souvent est devenue la règle dans notre domaine de recherche. 
Mon intention était de soulever un débat et de mettre en question une discipline comme l’égyptologie qui a besoin d’une autoréflexion pour devenir une véritable science.
L’affaire des "Oies" m’a fait comprendre que trop souvent on juge et on regarde sans vraiment ni voir ni analyser. Je suis le premier à m’être trompé pendant des années. J’ai publié au moins cinq fois sur les "Oies" comme si elles étaient un chef-d’œuvre de l’art égyptien. Après avoir regardé la question depuis différentes perspectives scientifiques, je suis arrivé à la conclusion que je me suis trompé. J'ai voulu partager ce résultat avec les collègues et je l'ai transformé en une invitation à vérifier ce que l’on a devant les yeux, et à le voir avec un regard différent. C’est aussi une invitation à la nouvelle génération des égyptologues égyptiens à examiner ce que leurs ancêtres ont fait sans se laisser conditionner par ce qui est déjà dit. Je crois que c’est à leur tour d’écrire l’histoire et l’histoire de l’art de leur pays. 
Je considère l’égyptologie comme étant une science avec des règles et des formules, comme toutes les autres. Je les ai appliquées et je suis sûr que toutes les analyses ne pourront que reconfirmer ce que je pense. Autrement je n’aurais pas écrit mon article. Renvoyer chaque décision finale à des analyses, qui peuvent aussi très bien être falsifiées (on a pas mal d’exemples dans le passé), signifie dénier le statut de science à l’égyptologie et je suis tout à fait contre cela. 

ÉA : Si l'égyptologue Luigi Vassalli avait vraiment réalisé un "faux" - ce qui ne serait absolument pas déontologique - qu'elle aurait pu être sa motivation ? 

FT : Je ne crois pas que, dans l’esprit de Vassalli, peindre les "Oies de Meïdum" ait pu représenter quelque chose de déontologiquement incorrect. Il faudrait étudier un peu mieux la façon de concevoir les antiquités et les musées au XIXe siècle. Je crois que Vassalli a voulu remplir un vide dans le musée de Boulaq (il n’y avait pas de peintures) dans une intention tout à fait didactique. C’est le même esprit qui a poussé Arthur Evans à refaire des parties entières du Palais de Cnossos, par exemple. Pendant des dizaines d’années, personne n'a rien trouvé à redire sur ses "restaurations" qui ont même servi à bâtir un mythe de grandeur autour de la civilisation Minoenne qu'à bien voir, il vaudrait mieux réviser. Il faudrait faire la même chose avec la culture égyptienne. Si l'on arrivait à établir que les "Oies" ne sont pas un produit de l’Ancien Empire (je ne veux pas utiliser le mot de "faux"), mais d’un peintre du XIXe siècle (Luigi Vassalli), on perdrait sûrement un chef-d’œuvre, mais on obtiendrait une vision un peu plus vraie de l’art égyptien dont la magnificence, d’ailleurs, ne se fonde absolument pas seulement sur cette peinture. 

propos recueillis par Marie Grillot pour “Égypte actualités”
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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 23:00

 

KHAY---Tombe-de-Kay-emballee--MarieLuxor-.jpg

 

 

     Vous souvenez-vous de la découverte de la pyramide de Khay qu'avait faite la mission conjointe de l'ULB (Université libre de Bruxelles) et de l'ULg (Université de Liège), dirigée par Laurent Bavay et Dimitri Laboury ?

 

     J'insiste bien : il s'agit d'une pyramide précédant l'hypogée proprement dit - tradition d'une certaine époque - et non d'une tombe comme il est erronément titré par M. Tonic, dans un article pour une revue grand public croisé sur le Net.

 

     Vraisemblablement en contrebas sous une maison villageoise dont vous apercevez un mur ci-dessus à l'extrême gauche de la photographie et que voici, vue de face,

 

 

KHAY - Maison au-dessus tombe de Khay (Cliché Raymond)

 

 

dominant le Ramesseum,


 

KHAY - Maison sur tombe et vue du Ramesseum (Cliché Raymon

 

 

le tombeau de Khay reste en effet encore à mettre au jour, comme je vous l'avais indiqué dans le compte-rendu que je vous avais proposé le 23 février dernier.

 

 

     J'ai la grande chance de virtuellement connaître Marie, une compatriote résidant à Louxor, qui s'est tout récemment rendue avec des amis dans la Vallée des Nobles pour y voir le monument et qui, comme elle me l'avait promis, y a réalisé quelques clichés.


     D'une amabilité qu'il n'est plus à démontrer, charmante à tous points de vue, Marie m'a sans hésiter permis de les publier ici pour que vous puissiez vous aussi en bénéficier.


 

     Rappelez-vous : nous sommes dans la montagne thébaine, à l'arrière du village de Gournah.


 

KHAY---Montagne-thebaine--MarieLuxor-.jpg

 

 

Plus précisément près de la tombe TT C3 d'un certain Amenhotep, bras droit du chancelier Sennefer, à la XVIIIème dynastie.

 

 

KHAY - Tombe d'Amenhotep (C 3) - MarieLuxor

 

  

     Dans ce périmètre de fouilles octroyé par l'Égypte à la mission belge, les deux archéologues et leur équipe découvrent les vestiges d'une pyramide effondrée que des preuves irréfutables permettent d'attribuer à Khay, un des vizirs de Ramsès II.

 


 

KHAY - 01. Vue pyramide

 
     Le 1er mars 2013, le travail terminé, le silence reprend ses droits, le chantier se clôt et la pyramide de Khay, telle une oeuvre de Christo, se retrouve précieusement emballée pour passer l'été "bien au chaud", en attendant le retour des égyptologues, à l'automne prochain ...

 

 

KHAY - Pyramide de Kaye emballée (Gros plan MarieLuxor)

 

     Gageons que nous patienterons avec elle pour connaître la suite de son histoire ...

 


 

    (Immense merci à Marie et à Raymond de nous avoir offert ces intéressants documents ; ainsi qu'au Professeur D. Laboury pour l'avant-dernier cliché que je vous avais déjà précédemment donné à découvrir.)

 

 

     Petite mise au point qui n'a strictement rien à voir avec ce qui précède : je spécifie à tous ceux qui, très fréquemment, introduisent "Richard Lejeune" dans Google que seules les références à EgyptoMusée me concernent : je ne suis inscrit et n'ai donc aucun profil sur un quelconque réseau social et les photos que l'on peut voir ne me représentent nullement. En outre, je ne suis fort heureusement pas celui dont on annonce, sur le site "in memoriam.be", le décès le 11 mars dernier dans une commune où j'ai jadis résidé !

 

 


ADDENDA

 

Jeudi 2 mai 2013

 

   Permettez-moi, amis visiteurs, de partager avec vous une intéressante précision que m'a, hier soir 1er mai, adressée Dimitri Laboury  :

 

     "En quelques mots, oui, la maison sur l'entrée de la tombe de Khay est toujours habitée (sinon nous serions déjà allés y voir de plus près, bien sûr). Sa démolition a été retardée par le propriétaire, qui est un ancien membre du SCAE, mais le programme de démolition a été arrêté depuis la révolution.

Donc, c'est l'inconnue. On verra ce qui pourra être négocié avec lui et avec le SCAE."

 

 

     J'ajouterai simplement que le CSAE, - SCAE, en anglais -, est le Conseil suprême des Antiquités de l'Égypte.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 08:39

 

KHAY - 01. Vue pyramide

 

 

    Grâce à l'immense gentillesse du Professeur Laboury de l'Université de Liège (ULg.) - qui a eu l'amitié de m'adresser les quelques clichés qui émailleront la présente intervention, - grand merci à toi, Dimitri ! -, à droite sur la photo ci-dessous, en compagnie du Professeur Laurent Bavay de l'Université libre de Bruxelles (ULB),

 

 

KHAY - 07. Laurent Bavay et Dimitri Laboury sur le site

 

 

je vous propose ce matin, amis lecteurs, de virtuellement visiter le site archéologique de la colline de Cheik Abd el-Gournah qu'ils fouillent depuis un certain nombre d'années.


 

KHAY - 05. Gourna (vue ballon 2010) Secteur ULB-ULg


 

     Avec la finalité de comprendre l'organisation des tombes privées d'une série de hauts dignitaires du Nouvel Empire, les unes par rapport aux autres, - pour quelles raisons choisir tel endroit précis de la nécropole ? ou telle conception architecturale interne ? -, la mission de l'ULB mène depuis 1999 des recherches en ce lieu de la rive ouest de Louxor, riche d'un millier de sépultures dont plus de 400 sont superbement décorées.

 

     Rappelez-vous cette interview de Laurent Bavay datant de juin 2010 que je vous fis écouter hier et qui explique la découverte préalable - la "redécouverte" en fait - d'une tombe (TT C3 sur le plan ci-après),


 

KHAY - 06 - Plan secteur ULB-ULg

 

 

ayant appartenu à un certain Amenhotep, substitut (entendez : premier assistant) du chancelier Sennefer (comprenez : une sorte de Ministre des finances dans la mesure où il s'occupe de contrôler le Trésor royal), dont l'hypogée fut étudié par une mission de l'Université de Cambridge entre 1992 et 2002 (TT 99 sur le même plan), à proximité d'ailleurs de la tombe d'un autre Sennefer (TT 96), quant à lui "Prince de la ville de Thèbes", et plus connue sous le nom de "Tombe aux Vignes".


     En effet, après quelques années de fouilles dirigées par feu le Professeur Roland Tefnin dans le secteur qui avait été dévolu à l'ULB par le Conseil Suprême des Antiquités de la République arabe d'Égypte, c'est à partir de 2006 que Laurent Bavay étend ses recherches dans les environs immédiats et découvre - bonheur intense d'archéologue ! - une grande cour comme celles qui, fréquentes dans la nécropole privée du Nouvel Empire, ici, mais aussi à Deir el-Medineh, précèdent les monumentales chapelles pyramidales des hauts fonctionnaires palatiaux de l'époque ramesside.

 

     Il faut savoir, amis lecteurs, qu'est fort réducteur le fait de s'imaginer que les seules pyramides existant en Égypte datent de l'Ancien Empire - l'on pense en effet à celles de Chéops, Chéphren et Mykérinos, tout en oubliant souvent qu'elles furent une septantaine à être édifiées pour les différents souverains qui se sont succédé à cette époque - et parfois plusieurs d'entre elles, pour un seul et même souverain !

 

     Mais elles ne furent pas les seules ! En effet, au Nouvel Empire, les tombes - appelées hypogées -, se groupèrent essentiellement dans une montagne à l'ouest du Nil, à l'ouest de Thèbes, devenue capitale. Et là, dans ce qu'il est parfois convenu de nommer la "Vallée des Nobles", les grands dignitaires du royaume reçurent de leur souverain le privilège de creuser leur "maison d'éternité" qui, à partir de Ramsès II, comportait une cour dans laquelle était élevée une pyramide, certes nettement moins haute que celles des rois de l'Ancien Empire, mais néanmoins imposante.

 

     Enfin, et dans la seule volonté d'être le plus complet possible, permettez-moi de vous rappeler aussi celles de Méroé, ancienne capitale nubienne, au Soudan actuel, que j'avais rapidement évoquées dans une intervention dédiée au Nantais Frédéric Cailliaud et à ses voyages en Égypte et en Nubie.

 

     Après cette petite et nécessaire mise au point, revenons, voulez-vous, à Laurent Bavay. En 2006 donc, il entame des fouilles dans une cour qui devait, trois années plus tard, l'amener à une tombe qui se révéla être celle d'Amenhotep, déjà découverte par l'archéologue suédois Karl Piehl (1853-1904) à la fin du 19ème siècle, et perdue depuis.

 

     Si les textes mais aussi les peintures murales présents à l'intérieur permirent de déterminer les nom et fonction du propriétaire, ils indiquèrent que le chancelier Sennefer, sous les ordres duquel travaillait Amenhotep, était également son beau-père, dans la mesure où l'assistant avait épousé Renena, la propre fille de son patron.


 

KHAY - 08. Renena, épouse d'Amenhotep, substitut du chance

 

 

     En 2010, l'Université de Liège s'associa aux recherches de l'ULB dans le secteur et, sous les directions conjointes de Laurent Bavay et de Dimitri Laboury - ce dernier déjà présent sur le terrain depuis de très nombreuses années puisqu'il avait été un des étudiants du Professeur Tefnin et l'avait notamment accompagné en tant qu'épigraphiste -, la prospection de la grande cour de la sépulture d'Amenhotep se poursuivit jusqu'à ce que, tout dernièrement, les deux archéologues belges découvrent les vestiges


 

KHAY - 02. Vue pyramide

 

 

d'une pyramide de 12 mètres de côté qui fut surmontée - vraisemblablement à une quinzaine de mètres de hauteur -, d'un pyramidion en grano-diorite (déjà exhumé au cours de la précédente campagne, en février 2012)  

 

 

KHAY - 04. Pyramidion pyramide de Khay

 

 

dont une face au moins était gravée d'un relief en creux peint représentant le défunt (petit éclat de droite ci-dessus) rendant hommage au dieu Rê-Horakhty, assis, et que surmonte un disque solaire (fragments de gauche).

 

     Au sein des briques crues de la pyramide écroulée, les fouilleurs belges mirent au jour plusieurs dizaines de briques cuites de même format (32 x 18 x 8 centimètres) telles que celle-ci 

KHAY - 03. Brique au nom du vizir Khay

 

qui avaient la bienvenue particularité d'offrir une empreinte de sceau apposée avant la cuisson dont les hiéroglyphes révélèrent le nom et les titres du propriétaire :

 

     L'Osiris, - comprenez le défunt -, le noble, le prince, celui du rideau (titre viziral), le dignitaire, le chef de la Ville - comprenez : de la ville de pyramide, ce qui correspond à un autre titre viziral, datant déjà de l'Ancien Empire), le Vizir de Haute et de Basse-Égypte, Khay.

 

     Connu par ailleurs, Khay exerça ses fonctions une quinzaine d'années durant sous le règne de Ramsès II.

 

     Sa tombe véritable, en contrebas, n'a pas encore été fouillée dans la mesure où elle se dissimule sous une maison villageoise ... toujours habitée. 

 

 

(Bavay/Laboury : 2012, 62-72)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 08:20

 

Pyramide-Khay.jpg

 

 

     La presse écrite mais aussi, ce matin, le journal parlé de la RTBF relaient la découverte d'un nouveau tombeau, à Gournah, sur la rive ouest de Thèbes, dans la cour d'une autre tombe plus ancienne, par deux archéologues belges, Laurent BAVAY, de l'Université libre de Bruxelles et Dimitri LABOURY, de l' Université de Liège : il s'agit de la pyramide de Khay, un des vizirs de Ramsès II.


 

Ci-après, le site de la RTBF : en cliquant sur "Article" vous obtenez la relation de la nouvelle découverte et, sur "Audios", puis sur le petit carré vert, l'interview du Professeur Bavay par Françoise Baré programmée ce matin.

 

 

     Quelques précisions supplémentaires, émanant du CReA Patrimoine, dirigé par L. Bavay, suivies d'un lien extrêmement intéressant vers une interview qu'il avait accordée lors de la "redécouverte" de la tombe dans la cour de laquelle a été mise au jour la pyramide de Khay.

 

 

Découverte de la pyramide d'un vizir de Ramsès II par une mission archéologique de l'ULB et de l'ULg

Mercredi le 20-02-2013

     Le Ministre égyptien des Antiquités, Dr. Mohammed Ibrahim, a annoncé ce mercredi 20 février la découverte d'une nouvelle pyramide datant de l'époque ramesside, au cours de recherches archéologiques menées sur la colline de Cheikh Abd el-Gourna (rive ouest de Louqsor) par une mission conjointe de l'Université libre de Bruxelles* et de l'Université de Liège.

 

     Des impressions sur les briques du monument indiquent que la pyramide appartient à un vizir de Haute et de Basse-Égypte nommé Khay, qui a exercé cette charge durant une quinzaine d'années sous le règne du pharaon Ramsès II (vers 1279-1213 avant J.-C.)


     La pyramide mesure 12 mètres de côté et sa hauteur d'origine atteignait 15 mètres. Le monument en briques crues était recouvert d'un enduit blanc éclatant et il était surmonté par un pyramidion en pierre décoré de l'image du propriétaire adorant le dieu Rê-Horakhty. La pyramide était construite dans la cour d'une tombe plus ancienne appartenant au substitut du chancelier, Amenhotep, découverte par la mission belge en 2009. Située sur une crête de la colline, surplombant le temple funéraire de Ramsès II (Ramesseum), la pyramide de Khay représentait assurément un élément remarquable du paysage thébain. Le monument a été largement détruit au VIIe-VIIIe siècle de notre ère, lorsque la tombe a été transformée en ermitage copte.


     Les pyramides en briques crues étaient construites au-dessus des tombes des hauts dignitaires de la période ramesside dans la nécropole thébaine. La tombe du vizir est située immédiatement en contrebas de la pyramide, sous une maison villageoise moderne, et reste encore à explorer.

 

     La découverte est d'une importance remarquable, car le vizir Khay est bien connu des égyptologues par de nombreux documents. Occupant la plus haute fonction civile du royaume, Khay a été impliqué dans la célébration des six premiers jubilés (appelés « fêtes-sed ») de Ramsès II. Il a aussi supervisé la communauté des artisans chargés de réaliser les tombes royales de la Vallée des Rois et de la Vallée des Reines. Deux statues du vizir, aujourd'hui au musée du Caire, proviennent de la Cachette de Karnak, découverte en 1903.

 

     Au cours des fouilles de la tombe d'Amenhotep (TT C3), la mission a également découvert de magnifiques fragments de peintures murales datant du règne de Thoutmosis III (vers 1479-1427 avant J.-C.).

 

     Les travaux de la mission sont soutenus par l'Université libre de Bruxelles, l'Université de Liège, le F.R.S.-FNRS et le Ministère de la Recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles

 

 

*Cette mission est dirigée pour l'ULB par le Prof. Laurent Bavay,  Directeur de la Mission archéologique dans la Nécropole thébaine (ULB-ULg).

 

 

 

Interview de Laurent Bavay, datant de juin 2010.

 


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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 00:00

 

     Comme je vous l'ai promis ce mardi, amis lecteurs, à l'occasion des festivités du Carnaval qui s'annoncent et vont, neuf jours durant, donner congé à nos écoles et, conséquemment, à EgyptoMusée, nous quitterons ce matin le Louvre pour nous rendre à Malmedy, à l'est de la province de Liège, dans une de ces nombreuses villes belges qui les célèbrent joyeusement.

 

     Sans prétendre jouer les statisticiens ni entonner le péan d'un naïf et bien inutile coquerico, je vous invite à rapidement consulter cette liste pour prendre conscience que, comparativement à la France pourtant déjà bien lotie, la petite Belgique offre un éventail impressionnant de cités qui, dès aujourd'hui et dans les semaines à venir, consacreront un temps plus que certain à ces incontournables réjouissances populaires.

 

     A Malmedy, où le 26 janvier déjà, les petits des écoles maternelles et primaires ont "ouvert le bal" après maints jours de préparation avec leurs institutrices motivées, l'événement porte le nom wallon de Cwarmê 

 

     A ceux d'entre vous que l'histoire intéresserait, il sera toujours loisible de cliquer sur ce mot aux fins d'être renseignés sur ce qu'il représente ; et d'en apprendre plus encore si vous décidez de naviguer sur les opportunités que propose le site ...

 

     Mais, seriez-vous en droit de me reprocher, pourquoi nous avoir détournés de notre trajet égyptologique habituel si ce n'est que pour évoquer un carnaval parmi tant d'autres, et pas forcément le plus représentatif, Binche, sur le territoire belge, semblant être le plus connu à l'étranger ?

 

     Parce mon petit-fils et ses parents, devenus Malmédiens d'adoption, y participeront ? Certainement pas. Parce que l'un ou l'autre char du cortège qui traversera la ville cet après-midi et demain, pourrait faire référence au passé pharaonique ? Pas plus ! D'ailleurs, de ce que sont cette année les thèmes, je n'ai nulle idée.

 

     Donc aucun lien avec l'Égypte dans ce rendez-vous ?, maugréerez-vous peut-être.

Là, ce serait mal interpréter mes intentions !


 

     Parmi tous les personnages typiques du folklore local - les Riboteux et les Percutés, les Longs-Nez, les Harlikins, la Grosse Police, les Haguètes, entre autres -, dans l'ambiance desquels certaines vidéos ne manqueront pas de vous inviter à entrer, il en existe deux qui portent un nom particulier : accompagnant le Trouvlè, l'homme qui, pour ces quatre jours, a officiellement reçu des mains du Bourgmestre un sceptre symbolisant son pouvoir (en fait une panûle en bois, comprenez une pelle de brasseur) : ce sont les Djoupsennes.

 

 

Le trouvlè et ses deux djoupsennes.jpg

 

     Dans la mythologie carnavalesque malmédienne, protégés des regards inquisiteurs de la foule par un masque au long nez rouge métaphorisant le degré d'alcool qui est souvent le leur et par un drap de lit immaculé qui les recouvre et entrave leurs bras, ces deux serviteurs - qui, ne vous méprenez pas sur les mots, n'ont rien de commun avec ceux qui apportent les offrandes à Metchetchi -, sont tout au contraire réputés s'introduire dans les cuisines des habitations de la ville de manière à s'emparer de quelques provisions de bouche.

 

     Cela posé, indépendamment de leurs larcins et du floklore afférent, ce sera plutôt l'étymologie de leur nom qui motivera aujourd'hui mon propos. 

 

     Dans un ouvrage magistral et passionnant - quelque peu ardu, toutefois -,  publié aux éditions "Pages du Monde" en 2007, intitulé L'Odyssée d'Aigyptos et qu'il sous-titre du paragramme Le sceptre et le spectre, l'égyptologue français Sydney H. Aufrère élabore une analyse sémantique extrêmement pointue du terme grec Aiguptos qui fut, comme vous le savez, à l'origine du nom "Égypte" ; et d'autres qui en dérivent, dont celui de "Copte".

 

      Révélatrice d'un certain inconscient collectif de notre Occident, l'appellation "Égyptien" fut très vite associée à "Bohémien", ces gens du voyage appelés également, suivant les régions, "Gitans", "Manouches", "Tsiganes" et autres "Gypsies" ... ; ce dernier étant par ailleurs phonétiquement très proche du terme "Égyptien".

 

     L'historien français Antoine-Augustin Bruzen de la Martinière (1662-1749), dans son  Grand dictionnaire géographique et critique, n'explique-t-il pas - Tome III, p. 227 -, le plus sérieusement du monde, que les Bohémiens eux-mêmes furent responsables de cette méprise ? 

 

     Comme il falloit dire ce qui les amenoit en Allemagne, ils convinrent entre eux de dire que leurs ancêtres habitèrent autrefois en Egypte

 

     Lut-on Prosper Mérimée (1803-1870) quand, dans un récit datant de 1845, intitulé Carmen, il écrivit au chapitre IV ? : 

 

     Les Bohémiens eux-mêmes n'ont conservé aucune tradition sur leur origine, et si la plupart d'entre eux parlent de l'Égypte comme de leur patrie primitive, c'est qu'ils ont adopté une fable très anciennement répandue sur leur compte.

 

     Malheureusement, le vagabondage lexicographique fut tel, toujours dans l'imaginaire populaire, qu'à tous, "Bohémiens" d'abord et donc "Égyptiens" par la suite, furent accolées les images accablantes d'habiles voleurs, de rusés chapardeurs, de prompts vide-goussets, quand ce n'était pas d'épouvantables ravisseurs d'enfants !

 

     Et c'est précisément dans une de ces acceptions éminemment négatives qu'à Malmedy il faut entendre la djoupsenne, déformation wallonne de "Égyptienne", - parfois aussi orthographiée djupsène -, que l'on dénonçait pour s'introduire subrepticement dans les maisons en vue de chaparder quelques victuailles.

 

 

 

     Désolé, amis lecteurs, si vous vous êtes sentis grugés. Désolé si vous avez cru qu'en quittant les bords de Seine ce matin, je vous emmenais festoyer dans mon pays, en bords de Warche. Désolé si vous êtes déçus de la direction peu festive qu'a prise notre rencontre ...

 

     Aujourd'hui pour moi, c'est dans le partage du savoir que résida la fête : il m'intéressa bien plus d'épingler pour vous l'origine de djoupsenne au sein même du folklore malmédien que, par exemple, vous convier mardi soir, au brûlage de la Haguette. Car, à vrai dire, pour y participer, vous n'aurez nul besoin de ma présence ...

 

 

     Je ne puis m'empêcher de clore la présente intervention sur la parodie d'une formule qui vous est maintenant bien connue :

 

     Puisse l'offrande que donne le Trouvlè, constituée de mille pains, mille (jarres de) bière, mille (sachets de) confettis et toutes bonnes choses dont jouissent les Malmédiens, pleinement égayer votre Ka ... rnaval, amis lecteurs ...

 

 

     Bon congé à tous.


     Et à bientôt vous retrouver au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, salle 5, devant la vitrine 4 ², le mardi 28 février : Metchetchi nous y attendra, tout étonné probablement d'apercevoir quelques petites pastilles rondes colorées parsemant nos cheveux encore ébouriffés par les porteurs du Long-ramon ; porteurs qu'assurément, il ne reconnaîtra pas parmi les siens ...

 

 

 

 

(Aufrère : 2007, 137-46)

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:00

 

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie

N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

 

 


 

Charles  BAUDELAIRE,

Le Cygne

Extrait de Les Fleurs du Mal, (LCCCIX)

 

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale",

p. 97 de mon édition de 1968.

 

 

 

 

      Avais-je perdu Paris ?, me suis-je interrogé ce mardi, souvenez-vous amis lecteurs, en déambulant dans les rues de la capitale qui, jadis, m'ouvrait si largement les bras.

 

 

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     Inquiet, je ne pus m'empêcher de consulter un savant, du Nord, qui me confirma que la  ville existait toujours bel et bien. Belle et bien.


 

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     De sorte qu'il me fut maintes et maintes fois reproché - et de manières souvent fort peu amènes - d'avoir osé proclamer la disparition de Paris.


 

     J'avais assurément perdu la tête, affirma l'un, sans le moindre sourire - (il n'était, de toute évidence, point rémois).

 

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     J'étais bon à colloquer, lança un autre.


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     Si certains me grimaçaient leur animadversion,

 

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voire même n'hésitaient pas à me cracher leur mépris au visage,

 

 

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d'autres, moins iréniques, voulurent attenter à mes jours en me lapidant,

 

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ou me piétinant ...


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     Il y en eut même qui me mirent en joue !

 

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     Plus réservés, beaucoup  me battirent simplement froid, rubiconds qu'ils étaient d'un dépit mal retenu ...

 

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      La vindicte à mon encontre, vous en conviendrez aisément, se révéla plus que palpable !

 

 

     Et pourtant, les preuves de ma bonne foi, de chaque côté de la Seine, étaient patentes : non seulement d'illustres bâtiments disparaissaient derrière des écrans improvisés

 

 

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dont l'excellence de la toreutique, pour certains d'entre eux, n'était plus à démontrer,

 


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mais d'autres désiraient manifestement s'offrir une nouvelle raison d'être : un Roland Garros par-ci,


 

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 un long champ de courses hippiques par-là,


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voire même un pont vers le troisième millénaire de la communication  ...

 

 

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     Turbide, je cherchai vers qui me tourner ...

     Naïf, je me dis que la police, elle, pourrait assurément me renseigner, voire même devenir mon cicérone ...

 

 

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Mais là aussi, je fus décontenancé : même ses services se voilaient la face sur grande échelle !

 

 

     Probablement rabelaisien, n'auriez-vous pas un tantinet forcé sur la dive bouteille ?, fut-il insinué.

 

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     Abstème, je ne bois que de l'eau ... - ou presque -, 


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j'en fus marri ; et vert de rage !

 

 

     Pour m'amener à résipiscence, on insista : Une bonne tasse de café ne vous serait-elle pas profitable ? 

 

 

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     Me furent également conseillées, une douche froide


 

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pour me remettre quelques idées en place ...

 

et  une partie de bowling, pour me délasser : mais tant les quilles

 

 

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que les boules

 

 

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me parurent impossibles à manipuler ...

 

 

     Désemparé, incompris de tous, il ne me restait plus, après avoir cherché à me sustenter,

 

 

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qu'à rentrer à l'hôtel pour y passer une nuit salvatrice

 

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avant de décider le lendemain matin de forcer coûte que coûte les huis de ces temples de la culture pour lesquels, en définitive, j'avais entrepris le voyage et qui ne se privaient pas de proclamer toujours plus évidente la beauté de Paris ...

 

 

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     Parce qu'assurément, Paris le valait bien !

 

 

     Et parce qu'aussi un diamant est éternel ...

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:00

 

     La suite logique de nos déambulations au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre eût voulu que nous nous retrouvions ce matin en salle 5 - et plus spécifiquement devant la seconde vitrine à porter le numéro 4 - pour y admirer les fragments peints soustraits jadis aux parois de chambres du mastaba de Metchetchi dont nous avons, ces dernières semaines, étudié avec force détails le linteau de la porte d'entrée. 

 

     Cela posé, fidèles amis lecteurs, vous ne vous étonnerez pas, à tout le moins je le présume, que mon intention soit, dès aujourd'hui et jusqu'aux prochaines vacances d'été, de fondamentalement bouleverser cette ligne de conduite impulsée à votre blog favori pour vous convier à m'accompagner, ces quelques  prochains mardis et samedis de juin, à Paris, aux fins, notamment, de visiter la double exposition qu'à la fois le Louvre et la BnF ont en ce printemps 2011 consacrée à Emile Prisse d'Avennes ...

 

     Aujourd'hui, en guise de première approche, un pari : vous donner à voir "Mon Paris". 

 

 

 

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
    Une voix retentit sur le pont : " Ouvre œil ! "
    Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
    " Amour... Gloire... Bonheur ! " Enfer ! C'est un écueil !


 

Charles  BAUDELAIRE,

Le Voyage

Extrait de Les Fleurs du Mal, (CXXVI)

 

Paris, Seuil, Collection "L'Intégrale",

p. 123 de mon édition de 1968.

 


 

 

 

      Paris.

    Après quelque deux heures et dix minutes de trajet,

 

 

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me voici enfin revenu !

 

     Un amour démesuré, passionnel, nous lie depuis tant et tant d'années. Je l'aime ; elle m'aime ;

 

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parce que c'est elle ; parce que c'est moi ...

 

 

     Paris. 

     Bouillonnante, brillante, bigarrée, "Ma Ville", après deux longues années d'une intolérable absence, ne peut, c'est certain, que m'ouvrir grand les bras.

 

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     Un malaise, imperceptible, lancinant, indicible, m'étreint toutefois dès les premiers pas : "Ma Ville", que des touristes néanmoins arpentent, me semble désertée ;

 

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absente presque ; délaissée assurément ; ailleurs, en fait !  

 

 

     J'avais été quasiment seul, l'autre matin,


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sur le quai de la gare des Guillemins, dôme ferroviaire vitré que les crayons et l'imagination hardie de Santiago Calatrava avaient récemment offert aux Liégeois.

 

     Et cette solitude eût déjà dû éveiller mes soupçons, constituer un indice ...

 

     Celés derrière de hauts boucliers de bois modernement armoriés, infranchissables protections pour le commun des touristes,

 

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les monuments parisiens les plus fréquentés ne sont plus que l'expression d'un passé révolu, d'une activité jadis débordante qui, indubitablement, en ce mai printanier, s'étiole, se raréfie, s'éteint ...

 

     Je m'inquiétai de cette situation, posai des questions : certains me firent grise mine.

 

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Des non-êtres, hâves à souhait, ça et là, me scrutèrent,

 

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me narguèrent même, sous les néons indécents et clinquants d'enseignes racoleuses.

 

     Quel léviathan s'était ainsi emparé de Lutèce ?


 

     Sa propre cathédrale, par exemple, lumière gothique dominant son île, tente elle-même de se dissimuler.

 

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     Subrepticement pourtant, à la droite du parvis de l'imposant emblème catholique médiéval, Charles le Grand - Carolus Magnus pour les intimes -, 


 

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une ancienne connaissance - n'est-il pas né lui aussi en province de Liège, à quelques encablures de la gare renouvelée ? -, accompagné de deux ou trois leudes, du bout de sa lance m'en indique l'auguste direction.

 

 

     Nonobstant, un vrai sentiment de panique s'était ce jour-là incontestablement emparé de beaucoup : certains s'empressaient de retenir la Dame sur un morceau de tissu ;

 

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d'autres, de la cadenasser pour l'empêcher de disparaître à jamais ...

 


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     On m'invita, moi l'agnostique, à prier !

 

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     J'en vis qui perdirent connaissance,

 

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que des amis se jurèrent de réanimer ...

 

 

     Paris me sembla n'être plus que le reflet d'un éclatant avant.

 

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     Que se passait-il  ?  Avais-je perdu "Mon Paris" ?

 

 

     Cette ville qui n'eut de cesse de m'entraîner toujours plus haut vers la culture ;


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cette ville fenêtre-sur-le-monde

 


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où se sont entrecroisés tant d'idées, de concepts, de théories philosophiques, de systèmes politiques ;


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cette ville qui a brassé tant d'ethnies,


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de connaissances, partant, d'espoirs en un avenir multi-culturel des plus profitables, se peut-il qu'elle ait soudain décidé d'avancer masquée ?


 

     Avais-je perdu "Mon Paris" ?

 

     Il fallait que j'en aie le coeur net ; il fallait que je voie d'autres quartiers ...

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 23:00

 

     Dans le cadre de notre découverte hebdomadaire du fragment de linteau du mastaba de Metchetchi (E 25681), j'ai évoqué mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, la notion d'aspectivité mise en exergue par l'égyptologue allemande Emma Brunner-Traut.

 

     Ce concept s'oppose, je l'ai souligné, à celui de perspective. Et d'épingler, pour ce qui concerne plus spécifiquement  les quelques premières tentatives, l'art grec de la statuaire : c'est en effet à la période dite "classique" que ses sculpteurs ont commencé, approximativement au milieu du Vème siècle avant notre ère, à en prendre conscience, délaissant alors l'aspectif qui était leur aux époques précédentes, influencés qu'ils avaient été notamment par l'art égyptien -  "reconnaissance de paternité" qui, à beaucoup, pose toujours énormément de problèmes !

 

     Pour ce qui concerne la peinture, l'accomplissement épanoui de cette notion de perspective n'interviendra qu'à l'époque de la Renaissance, dans les Flandres et, surtout, en Italie.

 

     1342. Sienne. Les frères Lorenzetti, qu'il est maintenant convenu de considérer, après les assertions d'Erwin Panofsky dans son essai fondateur La Perspective comme forme symbolique, paru en 1927, comme les précurseurs d'une peinture comportant une perspective entièrement monofocale centralisée.

(Il s'agissait de pavements de sol.)

 

 

Lorenzetti-Pietro---Naissance-de-la-Vierge--1342-.jpg

Lorenzetti-Ambrogio---L-Annonciation--1344-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

     Puis, dans la foulée, le Quattrocento : 1414-1450. Brunelleschi, Donatello, Masaccio, en priorité ; Fra Angelico, Filippo Lippi et tant d'autres par la suite ...

 

     La Florence des Médicis, s'opposant à celle des Strozzi ...

 

     Certes des contingences chronologiques, historiques et politiques inhérentes au monde toscan ne pourraient être seules excipées aux fins de comprendre les raisons de la naissance de la perspective  en peinture en cette ville et à cette époque précise, plutôt qu'ailleurs et en un autre temps.

 

     Mais ce serait essentiellement vers une réflexion intellectuelle, philosophique, mâtinée de métaphysique que, selon d'éminents historiens de l'art tels Panofsky que j'ai cité à l'instant et Daniel Arasse, notamment dans quelques-uns des 25 remarquables rendez-vous d'antenne diffusés pendant l'été 2003 sur France Culture et retranscrits sous le titre Histoires de peintures (2004), il faudrait que nous nous tournions pour comprendre cet aphorisme d'Hubert Damisch : La perspective, ça ne montre pas seulement, ça pense !

 

     Si pour le théoricien allemand de l'art la perspective est la forme symbolique d'un monde où  Dieu se serait absenté, et qui devient un monde cartésien, celui de la matière infinie, pour le Français, aux antipodes de ces propos, elle est représentative d'une vision du monde qu'elle construit, un monde en tant qu'il est commensurable à l'homme.

 

     Vous aurez compris que, bien que s'opposant viscéralement, ces deux "définitions" ressortissent à une même réflexion philosophique.

 

     Rappelant qu'avant de porter le nom de "perspective", ce concept se disait "commensuratio" en italien, Daniel Arasse poursuit en le définissant comme la construction de proportions harmonieuses à l'intérieur de la représentation en fonction de la distance, tout cela étant mesuré par rapport à la personne qui regarde, le spectateur. Et de conclure que Le monde devient donc commensurable à l'homme. Ce dernier peut ainsi construire une représentation vraie de son point de vue. L'oeil de l'homme spectateur se révèle prépondérant ; à tout le moins en plein accord avec les idées humanistes qui se développent alors. 

 

     N'oublions pas qu'à cette époque, l'on quitte, selon la belle formule du philosophe français d'origine russe Alexandre Koyré,  le "monde clos" pour entrer dans "l'univers infini" : naisssent par exemple des conceptions novatrices quant  à la mesure du temps et celle de l'espace !

    

     C'est donc au sein même de tout ce brassage métaphysique que nous nous devons de replacer l'invention de la perspective qui se déploiera dans le monde de l'art européen pour de nombreux siècles ...

 

     Mais en réalité, d'où vient et que recouvre ce terme ?

 

     Pour construire une perspective, précise D. Arasse, il faut un point de fuite, qui donne une ligne de l'horizon vers laquelle convergent toutes les lignes de fuite.

 

     Il n'est pas superfétatoire de se souvenir, avec Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française (1992), p. 1489, que ce terme provient du latin médiéval perspectiva, forme féminine de perspectivus qui signifiait "relatif à l'optique", notamment en rapport avec les théories de la réfraction des rayons lumineux et qui, tous deux, avaient été forgés à partir du verbe perspicere, "regarder à travers", "regarder attentivement", "discerner clairement" ...

 

     A la Renaissance, c'est évidemment le vocable italien prospettiva qui, employé pour différencier la science de la vision de celle de la représentation graphique de l'espace, donnera le français "perspective" définissant la manière de représenter la profondeur spatiale.

 

     

     Cela posé, à l'instar des penseurs qui n'en finissent pas d'asséner doctement que la philosophie trouve son origine en Grèce, tous les théoriciens de l'art, depuis Platon, le grand gagnant, comme le définit Michel Onfray dans son tout récent Manifeste hédoniste (Paris, Editions Autrement, 2011, p. 9), nous tiendront un discours similaire pour nous persuader que la perspective est elle aussi bel et bien née dans l'esprit des artistes grecs ... Et donc, que les Egyptiens l'ignorèrent totalement ...

 

     Tous les historiens de l'art, vraiment ??? En ce compris les égyptologues ??? 

 

     Et si nous nous retrouvions ici même mardi prochain, le 17 mai, pour en discuter sérieusement ?         

 

 

 

 

(Arasse : 2008, 45-74)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 00:00

 

     Cette pause égyptologique que mon blog nous offre opportunément à vous et moi à l'occasion de la semaine du congé de Carnaval belge ne pouvait, vous vous en doutez, constituer à mes yeux un abandon complet. Aussi, avant de vous quitter en vue de ces quelques jours festifs, avais-je programmé pour ce jeudi 10 mars un petit rendez-vous exceptionnel aux fins de vous emmener à Liège, et plus précisément en sa cathédrale 

 


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dans laquelle, contrastant indubitablement avec la relative sévérité des lignes environnantes, trône une  flamboyante chaire de vérité de quelque dix-sept mètres de haut, conçue dans le parfait esprit néo-gothique du milieu du XIXème siècle, faisant s'élever et tournoyer arcades, arcs-boutants, contreforts et pinacles tous plus ouvragés les uns que les autres.  

 

 

     Rassurez-vous, amis lecteurs, je n'ai pas tout à coup cessé d'amender le champ de mes conceptions agnostiques pour me convertir à quoi ou à qui que ce soit, sinon peut-être, au seul chant du Beau à l'état pur, comme déjà en septembre 2009, avec cette Marie due à l'excellence du ciseau de Michel-Ange, si peu connue du grand public et qui émeut toujours autant de sa présence les touristes visitant l'église Notre-Dame de Bruges.

 

     Après celle de Marie, c'est en fait de la beauté du diable qu'aujourd'hui, au sein de cette rubrique intitulée "RichArt",  j'aimerais vous entretenir.

 

 

 

J'ai trouvé la définition du Beau, — de mon Beau.

Cest quelque chose d'ardent et de triste  (...) 

Je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s'associer avec la Beauté, mais je dis que la Joie [en] est un des ornements les plus vulgaires ; — tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l'illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait- il un miroir ensorcelé?) un type de Beauté où il n'y ait pas du Malheur. — Appuyé sur, — dautres diraient : obsédé par — ces idées, on conçoit qu'il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan ...

 

 

Charles  BAUDELAIRE

Journaux intimes, Fusées, X.


 

 

     Ce remarquable ouvrage d'ébénisterie tout en chêne qu'est la chaire de vérité de la cathédrale saint Paul de Liège, symbolisant, selon le cartel qui l'accompagne, le triomphe de la Religion en thèmes et figures émanant des deux testaments, propose la vision, depuis la nef centrale comme le révèle mon cliché ci-dessus, d'imposantes statues de marbre blanc de différents saints  : deux patrons de la ville et deux apôtres, dont Paul, qui donna son nom à la collégiale elle-même, devenue officiellement cathédrale en 1803, après la destruction, par les révolutionnaires liégeois dès 1794, de celle qui occupait l'actuelle place Saint Lambert.

 

     Mais ce n'est point vers ces personnages-là que nous dirigerons nos pas ce matin, mais plutôt vers celui, qui, tout à l'opposé, apparaît quand d'aventure on prend la peine de contourner le monument  jusqu'au double escalier et d'ainsi aller le débusquer sur son rocher, baigné de la franche lumière du soleil d'une journée de mars pénétrant par une des deux fenêtres ogivales qui lui font face. 

 

     Quand, voici bien des années, encore jeune étudiant, sur les instances de notre professeur d'Histoire de l'Art qui s'était bien gardé de nous en préciser l'emplacement exact et nous avait simplement cité le nom de son créateur,

 

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il me fallut le découvrir, je pense que vous aurez compris que, planté au milieu du vaisseau central, je ne le vis pas d'un premier regard circulaire. Je me dirigeai jusqu'au choeur, cherchai vainement dans ses chapelles latérales avant d'avoir la présence d'esprit de circuler dans le collatéral de droite, derrière la chaire de vérité entièrement sculptée par ce même grand artiste.

 

     Né dans la région d'Anvers, Guillaume Geefs (1805-1883) eut la chance d'être remarqué par Léopold Ier, duc de Saxe-Cobourg-Gotha devenu roi de la toute jeune Belgique qui en fit son statuaire attitré. Si nombre de ses oeuvres se retrouvent dans notre pays - je pense, par exemple, au monument élevé à la gloire des Révolutionnaires de 1830 qui furent à l'origine de notre indépendance, sur la petite place des Martyrs, à Bruxelles ; à diverses statues du souverain lui-même dont celle couronnant la Colonne du Congrès, à Bruxelles également ; sans oublier, on le sait peut-être un peu moins, le tombeau de la célèbre cantatrice d'origine espagnole Maria Malibran, au cimetière de Laeken -, deux d'entre elles sont bien connues des Liégeois puisque l'une, en bronze, datant de 1842,  située devant l'Opéra royal de Wallonie place de la République française honore notre grand compositeur André Modeste Grétry dont elle contient le coeur et l'autre, de 1848, que je vous propose de découvrir dans un court instant. 


 

     Il faut savoir qu'au point de départ, c'est à son propre frère, Joseph Geefs (1808-1885), lui aussi artiste de grand renom, que fut passé commande d'une statue personnifiant Lucifer, le Génie du Mal.


     Cette oeuvre mettant en scène un adonis dans la plus pure tradition de l'époque romantique attirée par la beauté de l'ange déchu choqua dès son installation dans la cathédrale en 1843, un peu comme au XVIème siècle, un saint Sébastien nu, oeuvre aujourd'hui perdue du peintre Fra Bartolomeo qui, raconte Vasari à la page 97 du volume 4 de ses Vies des plus illustres peintres, sculpteurs et architectes italiens, obligea les frères à le retirer de l'église après avoir reçu la confession de certaines pénitentes avouant que le talent de l'artiste qui avait donné vie à la beauté lascive du modèle les portait au péché.

 

 

     A Liège, la juvénilité du corps de cet éphèbe, trop beau, trop nu aussi peut-être dans cet écrin ailé, surtout de dos, contemplant, songeur, un serpent à ses pieds, déplut au Conseil de fabrique. De sorte que la statue fut elle aussi soustraite aux regards concupiscents des paroissiennes et fut quelque cinq années plus tard remplacée par  une autre, demandée cette fois à Guillaume.

 

     Actuellement, le marbre de Joseph se trouve exposé dans la salle des sculptures des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles alors que celui de son frère a bel et bien été conservé dans la cathédrale de Liège.

 

     L'étonnant, dans toutes ces péripéties, c'est que l'oeuvre de Guillaume Geefs, acceptée sans problème et désormais placée au pied de l'escalier à double volée de la chaire de vérité

 

 

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figure un jeune homme à mes yeux d'une beauté encore plus séduisante que celui qui avait été précédemment refusé.


     Il a gardé les ailes de chauve-souris qui l'encadrent admirablement mettant  notamment en valeur un torse au rendu plus vrai que nature.

 

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     Il est resté un éphèbe, mais un éphèbe particulièrement musclé dont la nudité est simplement un peu plus couverte de draperie...

 

     Les ondulations d'une chevelure que le vent a quelque peu ébouriffée accroissent d'autant le superbe visage tourmenté, crispé, à l'instar de ceux des héros romantiques imprégnés de douleur et de tristesse qui, me semble-t-il, n'aurait en rien dû plaire aux esprits étriqués du temps : car, avec un peu d'imagination, l'on pourrait par exemple trouver une certaine ressemblance avec les boucles que présentent les portraits statufiés d'Antinoüs, le jeune amant de l'empereur romain Hadrien, voire même ceux d'un saint Sébastien, donnant ainsi à l'oeuvre une vague connotation homo-érotique que le clergé ne pouvait que réprouver et combattre ... 


 

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     Et pourtant ...

 

     A la différence de celui de son frère, le Génie du Mal de Guillaume correspondit plus à la symbolique satanique que désiraient les commanditaires grâce, notamment, aux deux petites excroissances cornues émergeant discrètement des cheveux  mi-longs ; grâce aussi au geste de protection que ce beau Lucifer s'autorise en plaçant la main droite au-dessus de sa tête en vue d'échapper à un probable châtiment divin ; grâce également à la présence d'une chaîne qui, de la taille à la cheville droite, l'arrime définitivement au rocher sur lequel il est installé ;

 

 

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grâce enfin à des détails comme les ongles crochus de ses orteils, le fruit défendu et le sceptre brisé à ses pieds ...

 

 

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     Si ce sont vraisemblablement ces ajouts particuliers qui ont mieux convenu aux membres de la congrégation religieuse d'alors et lui ont fait préférer cette statue-ci plutôt que l'autre, il n'en demeure pas moins que je reconnais à ce nouvel ange déchu  - pas vraiment diabolique, d'ailleurs - réalisé par Guillaume Geefs, bien plus de grâce, de virilité musculairement suggérée, bien plus de volupté, de sensualité mâle  affirmée que l'adolescent un peu fluet, presque efféminé, qu'avait sculpté dans le marbre son frère Joseph.

 

 

     Mais au-delà de la beauté fulgurante de ces deux oeuvres, indéniable, mon avis quant à la comparaison entre elles n'est et ne doit rester que le reflet d'une sensibilité éminemment personnelle ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 09:29

 

 

Grand Corps Malade - 3ème temps

 

      Certes, ce n'est pas dans mes habitudes ...

 

     Simplement parce que j'avais envie de partager cela aussi avec vous.

      Simplement pour ME et VOUS faire plaisir, ce texte, de Grand Corps Malade, enveloppé par une musique de Charles Aznavour.

 

Lisez.

Ou écoutez.

 

(http://www.youtube.com/watch?v=ZsHoPB6wvmA)

 

Et vous me comprendrez ...

 

 

J'étais assis sur un banc, cinq minutes avec moi,
Perdu dans mes pensées qui me parlaient sans voix,
Dans un parc un peu désert, sous un ciel sans couleur
Un moment, un peu d'air, dans une bulle sans humeur.
Un vieil homme approcha, fermant ainsi cette parenthèse.
Il s'assit à côté de moi et me regarda, l'air à l'aise
Avec un regard confiant, il me dit cette phrase sans astuce :
"Quel dommage que les gens ne se parlent pas plus !

Jeune homme croyez-moi, j'ai un peu d'expérience.
Je ne vous connais pas, je m'assois près de vous ;
Si les gens se parlaient, les choses auraient un sens.
Je vous parle et pourtant, je suis tout sauf un fou :
C'est juste que je sais - privilège de l'âge -
Que l'humain est moins sot, s'il est un peu curieux ;
Que l'humain est plus fort quand il croit au partage ;
Qu'il devient plus beau quand il ouvre les yeux".

Refrain :


L'homme est un solitaire qui a besoin des autres
Et plus il est ouvert et plus il devient grand.
Découvrez ma culture, j'apprendrai la vôtre.
Je pense, donc je suis et tu es, donc j'apprends


Nous avons pris le temps de voir nos différences ;
De mélanges et rencontres, il faut franchir le seuil.
Parlons aux inconnus, sortons de l'ignorance,
Faisons de notre monde un terrain sans orgueil.
Comme on croise nos voix, croisons nos habitudes,
Nous quitterons ce parc plus riches qu'en entrant.
Cessons de voir petit, prenons de l'altitude,
Partageons nos idées, nos valeurs, notre temps.

(Refrain)

Je pense, donc je suis et tu es, donc j'apprends ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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