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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:00

 

 

     Avec la volonté de définitivement clôturer l'évocation des reliefs exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre devant laquelle nous devisons, vous et moi amis lecteurs, depuis le 23 février déjà, j'aimerais aujourd'hui aborder les deux derniers d'entre eux.

 

     A droite de E 11 247 A que nous avons admiré mardi dernier, voici N 1567, un petit bas-relief de 9 cm de haut pour 15 de large dans sa partie supérieure, et 2 cm à peine de profondeur.

  

N 1 567

 

 

     D'où provient-il ?

     "Trois mulets - (mugil cephalus) - datant de l'Ancien Empire", indique simplement le cartel accompagnant cette pièce de calcaire, sans autre précision d'origine.

 

 

     Le mulet fut - et apparemment, d'après bon nombre d'ouvrages consacrés à la cuisine  du sud, reste - un des poissons les plus prisés pour sa chair, non seulement des Egyptiens, mais aussi des Phéniciens, et plus tard des Grecs et des Romains.

 

     Extrêmement répandu en Méditerranée, l'animal présentait déjà à l'Antiquité la particularité de remonter le Nil jusqu'à Assouan, de sorte que les pêcheurs pouvaient tout à la fois le trouver dans les eaux saumâtres et vaseuses des marais, notamment ceux du Delta, mais aussi dans celles plus douces des rivières.

 

     Pêché à la saison du frai, ce poisson gras reçut, au cours des âges et des civilisations plusieurs noms, dont les plus connus restent "muge", "capito" à cause de sa grosse tête ou "bouri", dénomination d'origine arabe.

 

     De nos jours, - et ici je m'adresse en premier à mes lectrices très certainement bien plus au fait que moi des spécialités culinaires que, personnellement, je me contente d'apprécier sans en connaître toujours l'origine -, la muge est très recherchée pour ses oeufs, que les gourmets nomment "caviar de la Méditerranée" : en effet, préparée à partir des poches d'ovaires, la "boutargue" (ou "poutargue", plus particulièrement dans les restaurants provençaux) constitue apparemment un mets extrêmement délicat que l'on rencontre en Egypte, bien évidemment, mais aussi en Tunisie et, sur l'autre rive, dans la gastronomie du sud de la France.

 

 

     Il semblerait toutefois, d'après certains historiens qui veulent prouver de la sorte que la recette était déjà connue des Anciens, que des représentations de mulets éventrés étalés sur le sol dont on extrayait les ovaires en vue donc de préparer la boutargue figurent dans quelques tombes, par exemple dans le célèbre mastaba de Ti, sur la partie gauche de la paroi nord, au registre 4.


 

Boutargue-chez-Ti.gif

 

 

     Parmi d'autres, l'égyptologue d'origine allemande Louis Keimer (1893-1957) a voulu voir dans des bas-reliefs semblables à celui dessiné ci-dessus (que l'on peut retrouver chez l'excellent OsirisNet), la réprésentation des ovaires dans les masses oblongues agencées le plus souvent deux par deux entre les poissons éventrés en vue d'être séchés. Deux hommes assis sont d'ailleurs en train d'inciser au niveau du dos ceux qui, au retour de la pêche, leur ont été amenés dans les paniers que l'on aperçoit au registre inférieur, en réalité disposés à leurs côtés.

 

     Pour celles et ceux qui désireraient en savoir plus, notamment en découvrant des recettes à base de ces oeufs de muge : ce site entièrement consacré à la boutargue.


 

    Mais comme il n'est point encore l'heure d'aller dîner, je vous propose, plus prosaïquement, amis lecteurs,  de revenir à notre vitrine 2 et à l'ultime relief sur lequel j'aimerais à présent attirer votre attention.  


 

E-17-459.jpg

 

    

     Arimé sur le mur du fond, ce dernier fragment de calcaire  (E 17459), de 25 cm de haut et 35 de long, datant de la XXVème dynastie, nous intéressera non pas en fonction du sujet représenté, mais bien de la façon dont il a été réalisé : c'est la raison pour laquelle, alors que tout logiquement c'est par lui que j'aurais dû aujourd'hui commencer mon intervention, je l'ai gardé - sans mauvais  jeu de mots par rapport à la boutargue -, pour la bonne bouche.

 

     Son sujet, nous le connaissons maintenant pour l'avoir déjà rencontré : il s'agit d'un homme, - ou plutôt de deux, puisque sont visibles, sur la droite, là où la cassure nous empêche de découvrir son corps complet, le pied et une partie de la jambe d'un deuxième qui participe lui aussi au halage d'un filet.

 

     Peut-être s'agit-il d'un filet hexagonal servant à capturer des volatiles aquatiques ; peut-être la scène se passe-t-elle dans le Delta occidental, sur les rives du lac Menzaleh que nous avons fréquenté précédemment. Peut-être aussi, sur les bords du même lac, sont-ce de simples pêcheurs de Basse Epoque qui, comme encore actuellement,  s'apprêtent à ressortir de l'eau une abondante provende de mulets ...

 

     Nul ne le saura probablement jamais.  

 

     Mais, vous l'aurez compris, ce n'est pas vraiment ce qu'il représente qui m'importe ou, plutôt, ce que l'on ne voit pas : ce qui, à mes yeux, caractérise ici bien d'avantage ce fragment réside dans le fait que parmi tous ceux que nous avons rencontrés, il soit le seul  non gravé en relief mais,  - et vous l'aurez évidemment tout de suite remarqué -, en creux.

 

     Cette pièce me donnera en fait l'opportunité de reprendre pour vous une notion que, dans un vieil article de 2008, j'avais déjà traitée, et de l'étoffer quelque peu.

 

     A mardi, donc, pour une nouvelle page de notre série "Décodage de l'image" qui sera cette fois consacrée à la technique du relief dans le creux.

 

 

 

 

(Peters-Destéract : 2005, 267-71)   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Tifet 21/05/2010 14:08


Bonjour Richard, en peu absente ces temps derniers, j'essaie de passer voir mes blogs préférés, les techniques de sculpture, dans le "creux" ou en "champlevé", voilà bien un sujet qui m'intéresse
puisque je pratique les deux, selon les critères des anciens égyptiens, du moins j'essaie ! j'ai relu votre article de 2008 et j'attends donc celui de la semaine prochaine. bon we; Tifet


Richard LEJEUNE 21/05/2010 14:32



     Très heureux de vous lire à nouveau, Tifet.


     A plusieurs reprises, revenant visiter votre blog, je me retrouvai sur le même quai, devant le même train ; et je me suis dit qu'il
réprésentait probablement la métaphore d'un nouveau séjour qu'avec votre époux vous effectuiez en Haute-Egypte ... 





     Merci à vous pour cette petite annotation "mes blogs préférés" que je relève au passage.





     Heureux aussi que ce sujet vous intéresse plus particulièrement : il restera en effet le thème, mais différemment traité, de l'article qui
paraîtra mardi prochain.



FAN 19/05/2010 14:51


Je reviens vous dire que le message que je viens de lire sur les deux manières de sculpter m'a fortement intéressé!De plus, je suis émerveillée des peintures du temple de Philae!!Merci
Richard!!BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 20/05/2010 08:51



     J'en suis ravi, Fan.


     La direction que j'ai donnée à l'article de mardi prochain permettra d'envisager les techniques du relief sur un plan plus chronologique
...



FAN 19/05/2010 14:39


Miam miam, la boutargue, le mulet féminin est aussi fournie en oeufs que le hareng et j'adore les oeufs des poissons!! En 2010, je me demande si ce mulet est aussi abondant qu'à l'époque du
fragment découvert!! J'irai regardé l'article de 2008!! Oui, j'avais remarqué que le dessin était en "creux" Une autre manière de sculpter tout aussi intéressante!!A Mardi pour un autre décodage
d'image!!BISOUS FAN


Richard LEJEUNE 20/05/2010 08:33



     Honnêtement, chère Fan, je n'ai pas consulté les statistiques éventuellement publiées sur la quantité de mulets disponibles à notre
époque.


     Ce que je sais, en revanche, c'est que ses oeufs représentent toujours actuellement, et des deux côtés de la Méditerranée, un mets
extrêmement apprécié et servi dans de nombreux restaurants.


     Quant à l'article de mardi prochain, si son point de départ constitue évidemment l'essence même de celui de 2008 que vous avez relu, comme
je ne pouvais décemment pas le resservir tel quel, vous pensez bien que je l'ai remanié de manière à apporter des éléments nouveaux.


 


A mardi, donc ...


 


 



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