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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 23:00

 

     Si d'aventure, amis lecteurs, vous vous référiez au Manuel d'archéologie, l'énorme somme publiée jadis par l'égyptologue français Jacques Vandier, vous constateriez que les tableaux choisis pour réaliser le programme iconographique des mastabas memphites d'Ancien Empire concernant la vie des animaux se répartissent en quelques grands thèmes : saillie de la vache, naissance du veau, son allaitement puis son sevrage, traite de la vache, alimentation des animaux, traversée des marais par les troupeaux et, bien évidemment, les scènes de boucherie sur lesquelles je me suis déjà beaucoup épanché.

 

     Autorisez-moi une petite parenthèse pour simplement préciser que les combats de taureaux apparemment désireux de conquérir la même femelle ne furent jamais évoqués dans les tombes de Basse-Egypte, tous les exemples connus ayant été mis au jour soit en Moyenne, soit en Haute-Egypte.  

     I

     Après mon introduction de samedi, vous aurez compris que nous nous retrouvons aujourd'hui - et pour longtemps encore - devant le fragment E 25515 exposé dans cette vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour, dans un premier temps, ne nous préoccuper que d'un des deux seuls sujets, parmi la liste ci-dessus, peints jadis au registre inférieur par l'artiste en charge de la tombe de Metchetchi.

 

 

30. Fragment E 25515 (2009)

 

 

     Les plus fidèles d'entre vous, ceux qui m'accompagnent depuis la création d'EgyptoMusée en mars 2008, se souviendront assurément que nous avions vu semblable figuration dans la chapelle funéraire du mastaba d'Akhethetep remontée dans la salle 4, ci-avant,

 

  Akhethetep--V-lage-.jpg

 

 

précédée qu'elle était tout logiquement par celle de la saillie par le taureau.


 

Akhethetep--Saillie-.jpg

 

      (Je me suis autorisé à réaliser les deux clichés ci-dessus à partir de la photographie proposée dans l'ouvrage publié en 1993 par Madame Ch. Ziegler dédié au mastaba d'Akhethetep.)

 

 

     Chez Metchetchi, c'est donc la vache de gauche, en plein travail, elle, ce 1er mai, qui retiendra notre attention.


  

Velage---Fragment-E-25515--2009-.JPG

 


     Comme si l'image n'était pas suffisamment éloquente, - souffrant visiblement de mettre bas, arc-boutée sur ses pattes antérieures, la bête beugle, cou tendu, tête levée et langue tirée ; et le geste du bouvier qui, par les pattes, agrippe le veau passant déjà la tête et la partie antérieure du corps ne laisse subsister aucun doute sur ce à quoi nous assistons -, le scribe des contours a cru bon, par-dessus la scène, de retranscrire cette injonction orale : Délivre-là bien, berger !

 

     Dans beaucoup de cas, pour faciliter la parturition, le bouvier a été figuré en position accroupie, une jambe levée et l'autre repliée sous lui. A l'instar d'autres artistes, celui qui oeuvra chez Metchetchi, se démarqua pour montrer l'homme dans une autre attitude : il ploie une jambe vers l'avant, maintient l'autre un peu en arrière de manière à légèrement se pencher vers la bête à délivrer : attirant vers lui de la main gauche les pattes antérieures du nouveau-né, il positionne la droite aux fins de tout à la fois protéger la vulve de la mère et la tête de son petit.

 

     Il faut d'ailleurs reconnaître que c'est surtout au niveau de la façon d'être du ou des personnages accompagnant la naissance que les peintres de l'époque se sont autorisé quelques variantes, préférant tous exprimer de la même manière la douleur ressentie par la parturiente en travail.  

   

 

     Certes, ces scènes d'accouchement, autant que de fécondation ou d'allaitement d'ailleurs que l'on retrouve ainsi dans un petit nombre de mastabas sont en relation directe avec l'offrande alimentaire dans la mesure où ces animaux permettront aux défunts de magiquement se nourrir tout au long de leur seconde vie. Mais, ne le perdez pas de vue, amis lecteurs, elles participent également de cette symbolique de renouveau, de régénération, de renaissance à laquelle tout défunt souhaite être associé que, très souvent ici, j'ai amplement évoquée.

 

 

 

 

(Jean : 1998, 16-26 ; Montet : 1925, 97 ; Vandier : 1969, 64-7 ; Ziegler : 1990, 129-30 ; Ead. 1993 : 80-1)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Christiana 02/05/2012 09:03

Je me suis dit qu'il n'y avait peut-être qu'un seul hiéroglyphe pour désigner tout gardien de troupeau, quel que fût l'animal...

Richard LEJEUNE 02/05/2012 09:23



     C'est effectivement ce hiéroglyphe qui désigne le berger : A 47 dans la liste de Gardiner. Pour les verbes signifiant "garder", "protéger", il sert d'ailleurs de déterminatif
caractéristique. 


 


     Mais pourquoi l'avoir choisi dans ce type d'injonction à un homme qui aide la vache à accoucher est une question intéressante ...


Peut-être parce que ces gardiens étaient-ils parfois amenés - quand ils étaient éloignés de l'étable proprement dite - à délivrer la vache de manière impromptue
??


 



Christiana 01/05/2012 23:40

La saillie de la vache constitue un acte que l'on n'a plus guère l'occasion de voir aujourd'hui...Hélas, lorsque le malheureux taureau excité croit enfin conclure avec la belle, on lui substitue
une éprouvette!

Etes-vous sûr que le scribe ait retranscrit cette injonction orale: Délivre-là bien, "berger"? Ne serait-ce pas plutôt "vacher"?

Richard LEJEUNE 02/05/2012 08:39



Ah ? ... J'ignorais que les taureaux actuels n'étaient plus que des reproducteurs "à distance" ... Quelle tristesse que ce coitus interruptus !


 


     Rien ne vous échappe, Christiana, et j'aime cela dans la mesure où votre réflexion me permet une précision sémantique qui n'eût pas été
vraiment de mise dans mon intervention, car alourdissant sensiblement le propos ; tandis qu'ainsi, en "apparté", elle me ravit puisque je puis développer le sujet sur un autre plan, quelque peu
plus "pointu".


 


     Certes, d'un point de vue strictement réaliste, vous avez entièrement raison : ce n'est évidemment pas un berger que l'on s'attend là pour
accomplir semblable travail.


Mais il se fait que le hiéroglyphe, très caractéristique, qui termine l'injonction, - personnage assis genoux relevés, engoncé dans un manteau près du corps censé le
protéger du froid de la nuit et tenant son bâton à la main -, constitue l'idéogramme du berger : c'est, à tout le moins, ainsi qu'il est traduit par les égyptologues quand ils se penchent sur les
scènes champêtres.


 


     Cela posé, vous savez comme moi que toute traduction d'une langue étrangère - a fortiori quand elle est ancienne et abandonnée -
pose des problèmes lexicographiques, débouchant, selon ceux qui la rendent en français, sur de notables différences.


 


     Et ici, en l'occurrence, avec plus de justesse, puisqu'il ne s'agit pas d'un homme assis gardant paisiblement son troupeau, mais bien d'un
personnage procéfant à la délivrance d'une bête, il eût été plus exact de traduire par "vacher", voire "fermier" ...


 


     Mais le simple "Passeur de mémoire" que j'ai tenté d'être ma vie durant s'est pour l'heure contenté de respecter la traduction
unanimement reconnue par ceux qu'il a consultés, plus patentés que lui.


 


     Au-delà de cela, il serait intéressant de se poser la question de savoir pour quelle raison les scribes qui ont proposé la scène du vêlage
dans différents mastabas ont eux choisi cet idéogramme particulier, connotant une situation précise complètement autre ...



FAN 01/05/2012 16:36

En effet Richard, il y a matière à ce que le défunt ne souffre d'aucune carence alimentaire!!! Bonne journée du 1er Mai avec un joli brin de muguet fleurant bon le soleil!!BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 02/05/2012 07:43



Merci Fan.


Et tout plein de muguets à vous aussi ...



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