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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 23:00

 

     En ce qui concerne le bon et le mauvais, ils ne manifestent non plus rien de positif dans les choses, du moins considérées en elles-mêmes, et ne sont que des modes de penser, c'est-à-dire des notions que nous formons parce que nous comparons les choses entre elles.

En effet, une seule et même chose peut être, dans le même temps, bonne et mauvaise, et aussi indifférente. Par exemple, la musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour qui éprouve de la peine ; mais pour le sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise.

 


 

SPINOZA

Éthique, IV, Préface

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 489 de mon édition de 1954

 

 


 

      "Ayant fin juin épuisé le premier des deux grands axes thématiques du programme iconographique de la tombe de Metchetchi, celui consacré aux rites indispensables pour que son culte funéraire soit assuré, je pus envisager les "vacances" en vous laissant en compagnie de Sinouhé ...", vous précisais-je mardi dernier, amis visiteurs, à la fin de ma table des matières reprenant le passé de nos rendez-vous devant la collection de fragments peints exposée en cette vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre

 

     Est-il besoin d'ajouter que si, thématiquement parlant, la première partie de notre étude de ces morceaux de mouna provenant de son mastaba est arrivée à son terme en juin dernier, nous pouvons à présent partir à la découverte de la seconde ? Que j'avais par ailleurs rapidement définie, le 19 novembre 2011, en soulignant qu'il s'agissait des loisirs qui furent siens de son vivant et dont il souhaitait encore bénéficier dans son éternité.

 

     "Loisirs", uniquement ? ...

 

  

     Vous vous souvenez assurément que nous avons au printemps dernier concentré notre attention plusieurs semaines consécutives au fragment E 25515 de 45 centimètres de hauteur et 81 de longueur, accroché ici devant nous.

 

 

30. Fragment E 25515 (2009)

 

 

     Si aujourd'hui je m'y attarde à nouveau, vous vous doutez évidemment que ce n'est plus pour évoquer les scènes de la naissance du veau et de la traite de la vache qui se déploient au registre inférieur, ni celle de l'ablation de la patte antérieure et son apport pour le repas funéraire de Metchetchi à droite du registre supérieur.  

 

     Pour l'heure, je vous ai fixé ce rendez-vous afin d'aborder un thème qui, derechef, nous invitera vers d'intéressants nouveaux horizons : il s'agit de la scène peinte au-dessus, à gauche.

 

     Malgré l'état du fragment pour le moins discutable, auquel vient malheureusement s'ajouter la piètre qualité de mon cliché ci-après, ce qui, convenez-en, n'autorise pas vraiment une belle lecture, il ne doit se présenter aucune difficulté pour que vous distinguiez trois jeunes femmes assises, jouant de la harpe.

 


Joueuses-de-harpe.-Fragment-E-25515-(2009)-.JPG    


     Il est interdit de frapper du tambour et de jouer de la harpe ou du hautbois ..., peut-on lire dans le "Décret divin" de l'Abaton gravé à Philae, au niveau du mur intérieur nord du portique du temple qu'y fit ériger l'empereur romain Hadrien ; texte dont, pour une tout autre finalité, je vous avais déjà engagé à découvrir quelques extraits le 5 juin dernier, souvenez-vous, quand nous avions évoqué le lait consacré aux libations destinées aux dieux ; à Philae en l'occurrence : à Osiris.

 

     Nonobstant que, comme je viens de le préciser, elle fasse à certains moments l'objet d'une proscription dans le culte divin sur l'île de Biggeh, ainsi que dans d'autres sanctuaires où avait été conservée l'une quelconque relique censée avoir appartenu à Osiris, - ce dieu qui abomine tout bruit, peut-on lire dans un des Textes des Sarcophages ou encore, tout aussi révélatrice, cette épithète qui lui est parfois associée : Seigneur du silence, - la harpe fut, tout comme le sistre d'ailleurs, l'instrument de musique qui connut, et cela dès l'Ancien Empire, une faveur insigne auprès des Égyptiens. 

 

     Il faut évidemment souligner que, de tous les instruments à cordes figurés sur les reliefs ou les peintures actuellement mis au jour - je pense essentiellement au luth et à la lyre - ; de tous ceux que l'on peut admirer dans les musées et, notamment ici même un peu plus loin au rez-de-chaussée, en la salle 10, elle fut la seule à connaître une origine autochtone, tous les autres ayant été importés d'Asie à des époques plus récentes. De sorte que, pour l'Ancien Empire, elle constitue l'unique exemple de cordophone - comme aiment à l'appeler les spécialistes - présent dans un ensemble musical.

 

     Il me faut enfin préciser - et ceci corrobore aussi cela - que la musique en général revêtit une très grande importance dans les strates aisées de la société égyptienne d'alors.

  

 

     Mais qu'entend-on véritablement par musique à l'époque pharaonique ?

Dans quelles circonstances était-elle pratiquée ?

Pour qui ? Par qui ?

Avec quels types d'instruments ?

 

     Quant à ces trois musiciennes assez effacées - au propre comme au figuré -  qui fort discrètement nous ont accompagnés ce matin, qui étaient-elles réellement ?

 

     A toutes ces questions, et à d'autres probablement qui surgiraient tout au long de nos rencontres, je me propose d'apporter une réponse à mon retour au pays, dès le premier mardi après les vacances de Toussaint, le 6 novembre donc, ici, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Avant de vous quitter, pour que vos jours à venir soient ensoleillés de poésie à chaque coin de rues, permettez-moi de vous offrir "Cinq notes" : cette portée-là ne pourra que vous séduire. Et si l'envie vous en prend, ne vous en contentez pas : partez à la découverte d'autres aussi beaux coups de coeur avec Carole


 

     A bientôt.

     Excellent congé à tous.


     Richard

 


 

 

(Emerit : 2002, 189-210 ; EAD. 2005 : 3-16 ; Loret : 1913, 23-30)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

Louvre-passion 04/11/2012 16:51

A toutes ces questions tu nous apporteras des réponses. J'ai tout de même consulté un ouvrage de Georges Posener dans lequel il émet l'hypothèse selon laquelle la musique de l'église Copte serait
ce qui se rapprocherait le plus de celle des égyptiens antiques.

Richard LEJEUNE 05/11/2012 09:28



     Tout à fait, L.-P. : c'est d'ailleurs ce que l'on pourra entre autres lire dans mon article de demain ...



christiana 27/10/2012 11:35

Un sujet qui s'avère passionnant...Beaucoup de questions moi aussi (ex: Avaient-ils un genre de solfège? Comment écrivaient-ils la musique? les harpes avaient-elles une ressemblance musicale avec
celles d'aujourd'hui? Comment apprenaient-elles à jouer? Avaient-elles des professeurs de musique? Qui étaient les luthiers, Etc...) Vous connaissant, je suis sûre que j'aurai quelques éléments de
réponses. En attendant, merci pour ces cinq notes modestes et poétiques.

Richard LEJEUNE 04/11/2012 10:01



     Je pensais bien, Christiana, en répondant à votre commentaire du 16 octobre dernier qu'en vous proposant le 23 octobre, quelques notes
préliminaires à propos du sujet à venir qui, sans être trop présomptueux, devrait, à tout le moins je le gage, retenir votre attention peut-être même plus que celle de tout autre lecteur,
titiller votre curiosité.


 


     J'espère, par les interventions à venir, rencontrer pleinement votre attente.


     Et là aussi, je m'efforcerai de ne pas laisser subsister le moindre point d'interrogation.





     Ce très proche mardi, déjà, certaines de vos questions, comme quelques-unes d'ailleurs déposées pendant mon absence, trouveront réponses ...
 



FAN 26/10/2012 17:35

Cher Richard, bravo pour votre poste "index" précédent celui-ci afin que les nouveaux bloggeurs (ses) puissent se répérer facilement! Quant aux joueuses de harpes, oui, elles intriguent et nous en
sauront plus au prochain post!!Merci Richard pour vos éclairages si bien expliqués!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 04/11/2012 09:47



     Oui, Fan : c'est effectivement dans cet esprit que j'ai publié la longue liste d'articles consacrés au seul Metchetchi.


 


     Et les joueuses de harpe font elles aussi partie de ce que pourra encore nous apprendre ce fonctionnaire du roi Ounas.


 


     A tout bientôt, mardi 6 novembre, vous inviter à entrer de plain-pied dans ce nouveau dossier. 



Cendrine 26/10/2012 00:05

Bonsoir Richard,

Un nouveau régal, en votre compagnie, un voyage en terre sacrée qui exalte ces trois joueuses de harpe. Elles s'adonnent à des gestes rituels, de toute beauté, et sont comme des mères célestes,
prêtresses entre les mondes, utilisant leurs doigts pour communiquer avec les dieux.

Elles offraient aussi, aux heures profanes, la consolation de la musique, la joie de sentir les notes danser dans l'air.

Je vous souhaite d'excellentes vacances. Je serai ravie de vous retrouver au mois de Novembre.

Bien amicalement

Cendrine

Richard LEJEUNE 04/11/2012 09:33



     Bonjour Cendrine,


 


     Cet article que vous commentez avec votre grâce habituelle constitue, vous l'aurez compris, les prémices d'un nouveau dossier qui
rencontrera, je l'espère, les attentes des mélomanes ...



TIFET 24/10/2012 10:55

Je vous souhaite de bonnes vacances Richard et si à votre retour vous avez besoin de clichés de joueuses de harpe de meilleure qualité.......je peux tout à fait vous en faire parvenir sur votre
mail perso (je ne veux pas dire par là que mes photos sont meilleures que les vôtres mais elles ont été faites en Egypte et sont plus "lisibles" peut-être ! à bientôt !

Richard LEJEUNE 24/10/2012 11:38



     Bonjour et merci, Tifet : votre aimable proposition m'agrée pleinement.


 


     A dire vrai, je pensais bien chercher sur le Net à mon retour pour les futurs articles : mais il est évident que si vous avez quelques
clichés dans vos trésors concernant l'Ancien Empire, comme chez Metchetchi, mais aussi, bien évidemment, les autres époques qui me permettraient ainsi de montrer l'évolution de l'instrument, je
suis preneur.


Ainsi que de ceux avec des joueurs de harpe ...


 


     A votre meilleure convenance.


 


     Richard



Carole 24/10/2012 00:16

Richard, je suis confuse... Merci d'avoir "joué" ces cinq petites notes des rues au bas de votre bel article. Peut-être nous chantent-elles une antique mélodie ?

Richard LEJEUNE 24/10/2012 07:12



     Ne soyez point confuse, Carole : avant que mes harpistes se décident à entamer les leurs, j'ai estimé que vos notes  - comme tant de
leurs consoeurs nantaises sur votre blog - méritaient bien que, d'un simple clic, je les "offre" à mes lecteurs .


 


     Alain, déjà, en fut ravi qui vous a laissé un premier message ...



JA 23/10/2012 19:45

Est ce que le solfège existait ?
la harpe est surtout un instrument qui est utilisé par les femmes, depuis toujours: votre illustration le prouve.
Très bonnes vacances
JA

Richard LEJEUNE 24/10/2012 07:37



     Une question, dans la droite ligne de celle de Jean-Pierre ci-avant ; et une remarque, Jocelyne, qui retiendront dès mon retour le mardi 6
novembre, toute mon attention : pour l'une, je répondrai à votre attente, tandis que pour l'autre, je me permettrai de quelque peu vous détromper ...


 


     Merci pour vos souhaits et votre fidélité ...



J-P.Silvestre 23/10/2012 15:49

Rassurez-moi ! Un peuple aussi raffiné ne savait-il pas écrire la musique ?

Richard LEJEUNE 24/10/2012 07:15



     Voilà déjà une première excellente question, Jean-Pierre, à laquelle nos rendez-vous prévus après le congé de Toussaint répondront
...



Alain 23/10/2012 15:04

Qui étaient ces musiciennes mystérieusement effacées ? J’attendrai ton retour.
Merci de m’avoir fait découvrir Carole. Ce blog déborde de poésie. Je vais lui dire de ce pas.

Richard LEJEUNE 24/10/2012 07:14



     Il est toujours agréable d'inviter à découvrir de nouvelles perles ...



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