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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 00:00

 

     C'est sur toutes ces épaisseurs recouvrant le mur initial que le "scribe des contours", comme poétiquement l'appelaient les Égyptiens eux-mêmes, pouvait alors entamer son travail d'artiste, vous précisai-je, amis lecteurs, mardi matin, au terme de notre premier rendez-vous spécifiquement consacré à la technique sous-tendant les peintures du mastaba de Metchetchi que nous avons ici devant nous, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre. 

 

     Ou plutôt d'artistes, au pluriel, m'eût-il fallu noter. C'est en tout cas la thèse que défend l'égyptologue française Christiane Ziegler, Directeur honoraire de ce département au musée, dans l'ouvrage Stèles, peintures et reliefs égyptiens de l'Ancien Empire, référencé ci-dessous. Thèse qu'entre autres points, j'aimerais aujourd'hui développer pour vous.

 

     Grâce à la richesse et à la relativement bonne conservation des couleurs - ce qui, par parenthèses, donnerait à penser que l'endroit d'où proviennent ces morceaux arrachés ne fut nullement la chapelle funéraire qui, régulièrement, abritait les différents rites du culte mais plutôt une pièce annexe, cachée dans laquelle la famille ne dut jamais pénétrer ; grâce aussi à la présence de tracés préparatoires - mises au carreau, disent les historiens de l'art -, comme encore nettement visibles notamment sur la partie gauche du fragment (E 25512), au niveau de l'homme et des deux oryx entourant la gracieuse gazelle brune, animaux du désert qu'il amène en guise d'offrande au défunt ;


 

-Paris--101.jpg

 

 

grâce enfin à certaines rectifications - repentirs, toujours dans le langage des spécialistes -, comme sur cet autre éclat (E 25517) avec, notamment, des corrections manifestes apportées aux signes hiéroglyphiques, à la tête du personnage, ainsi qu'à la partie inférieure de l'encensoir qu'il présente,

 

 

-Paris--097.jpg

 

il appert, que l'ensemble de ce programme iconographique fut le fruit de plusieurs mains.

 

     Ceci corroborant l'allégation évoquée d'emblée de la présence, si pas d'une équipe d'artistes, à tout le moins de deux personnes dont l'une rectifia les ébauches de l'autre.

 

     Permettez à l'enseignant d'ouvrir ici une très petite parenthèse pour simplement attirer votre attention sur un autre point, à savoir : l'inversion des conventions par rapport à notre modernité. En effet, contrairement aux habitudes contemporaines qui veulent que ce soit en rouge que nous annotions les travaux d'étudiants, dans l'Egypte ancienne, le choix des couleurs fut exactement l'inverse : vous aurez remarqué en effet que l'esquisse initiale réalisée en rouge par un premier scribe a été, par le maître d'oeuvre qui l'estima nécessaire, corrigée en noir.

 

     Rebondissant sur l'un ou l'autre commentaire d'amis lecteurs cette semaine, - merci Christiana, merci Alain -, j'aimerais, à propos d'une idée souvent admise qui, certes, traduit une facilité d'expression mais qui, d'un point de vue purement technique, relève d'une méconnaissance des pratiques picturales, attirer votre atention sur un terme de nos jours couramment employé pour définir indiféremment n'importe quel type de peinture murale : il s'agit de "fresque" qui actuellement, force m'est de le reconnaître, est généralement utilisé - même chez les historiens -, sans considération aucune quant au procédé mis en oeuvre.  

 

     Pourtant, d'un point de vue étymologique, le mot,  provenant de la langue italienne "a fresco", signifie "dans le frais". De sorte que peindre à fresque consiste à apposer les couleurs avant que l'enduit ait eu le temps de sécher, et cela de manière à leur permettre de faire corps avec lui.

 

     Ici en particulier et pour ce qui concerne la peinture pariétale égyptienne en général, les artistes ont travaillé sur un substrat - trois couches superposées, rappelez-vous - et ont lié entre eux les pigments avec un fixatif, vraisemblablement de la gomme arabique. Cette technique, qui diffère donc de celle de la fresque proprement dite, est nommée peinture à la détrempe.

 

     Le grand désavantage de ce procédé, que les Egyptiens ne pouvaient évidemment pas soupçonner, eux qui s'étaient organisés pour que ces lieux de culte restassent celés, mais que les égyptologues déplorent aujourd'hui à l'envi, réside dans sa dégradation survenue depuis le XIXème siècle : en effet, avant cette époque, la conservation des peintures funéraires que rencontrèrent et dont rendirent compte les premiers d'entre eux - je pense notamment à Champollion et à Lepsius -, fut tout à fait exceptionnelle dans la mesure où, dès l'Antiquité, soit les chapelles souterraines non violées bénéficièrent de la sécheresse ambiante, soit des coulées de sable dans celles précocement pillées vinrent faire office d'écrans protecteurs et, selon la propre remarque de feu Roland Tefnin, amenèrent les délicats matériaux dont se composent les parois peintes et leurs enduits préparatoires à une inertie chimique quasi totale.

 

     En revanche, poursuit le Professeur Tefnin, l'intérêt scientifique des égyptologues, la cupidité sans limite des revendeurs excitée par celle des collectionneurs européens et, plus récemment, l'afflux du tourisme de masse ont déclenché différents processus d'agression qui semblent devoir entraîner de façon irréversible la mort de ces fragiles trésors.   

 

 

     Le laboratoire de recherche des musées de France auquel je faisais allusion à notre dernière rencontre a également eu pour mission d'analyser l'origine des couleurs ici utilisées, déterminant de la sorte la présence de plusieurs pigments différents : un test microchimique révéla en effet l'apport d'une terre ferrugineuse jaune non identifiée, d'ocre rouge, de traces de chlorure de sodium et d'arsenic, d'une matière noire et du célèbre "bleu égyptien" que toutefois le temps a quelque peu usé. 

 

     A ce propos, de quoi donc était constituée la palette du scribe des contours ?

 

     Pour autant que réponses à cette question vous intéressent, voilà ce qu'il m'agréerait de vous expliquer le 29 novembre prochain, lors de notre ultime entretien consacré à l'aspect technique de la collection de fragments peints que nous découvrons ici devant nous, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Puis-je, mardi, compter sur votre présence à mes côtés ?

 

 

 

  

(Tefnin : 1994, 8 ; Ziegler : 1990, 123-4 et 315-6)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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commentaires

christiana 29/11/2011 11:53

Je pense qu'il peut faire une dérogation pour notre grand Saint qui a tendance a être rangé aux oubliettes par un "père Noël coca-cola".

Richard LEJEUNE 29/11/2011 16:58



Je vous laisse le soin d'éventuellement le convaincre ...



christiana 29/11/2011 10:24

Bon, d'accord, alors il aura un Saint-Nicolas en chocolat!

Richard LEJEUNE 29/11/2011 10:50



Oula ...


 


Prenez garde : ceci strictement entre nous,  je pense qu'il surveille son poids  !!!



christiana 29/11/2011 09:50

Ah! je vais donc aller gronder Jean-Claude!
Ne vous en faites pas, je suis très patiente. La terre m'a obligée à avoir cette qualité qui n'était peut-être pas innée mais que j'ai dû acquérir.

Richard LEJEUNE 29/11/2011 10:16



     Le gronder, certes non !


 


     Car grâce à lui et à sa mise en doute de mes propos, j'ai pu développer ma pensée et apporter, à tout le moins je l'espère, un complément
d'informations à mes lecteurs pour ce qui concerne les étapes successives de la réalisation d'une peinture murale à la détrempe chez les Egyptiens de l'Antiquité.


 


     Sans compter le plaisir viscéral qui est à chaque fois mien de poursuivre mes investigations livresques aux fins d'être le plus complet et
le plus compréhensible qu'il me soit possible. A mes yeux, cette opportunité qu'il m'offrit n'a pas de prix ! Et n'invite sûrement pas à ce qu'on le morigène.



christiana 28/11/2011 23:34

Je suppose que l'esquisse initiale était réalisée en rouge parce que c'était une sinopie ou sanguine, une roche, variété d'hématite rouge composée d'oxydes de fer.
Ce pigment était à l'Antiquité, le seul rouge connu.
L'être humain s'en est servi tel quel depuis la préhistoire, sous forme de blocs ou de poudre (roche broyée dès le paléolithique).

Je suppose que le maître faisait ensuite les corrections à la pierre noire. L'appellation est approximative, mais aujourd'hui on identifie la pierre noire à l'ampélite, un mélange naturel de
carbone et d'argile.

Ce sont les anciens Grecs qui lui donnèrent un nom évoquant le sang.

Richard LEJEUNE 29/11/2011 08:37



     Je suis véritablement confus, Christiana : dans une précédente réponse à un de vos commentaires, je vous demandais de patienter jusqu'à ce
que, dans les prochains mois, je publie sur la musique un article qui aborderait vos interrogations.


 


     Et ce matin encore - peut-être allez-vous croire que je ne pense qu'à me "débiner" -, je vous propose d'attendre ce tout prochain samedi
pour rencontrer votre présent questionnement.


 


     Pour le coup, je vais jouer au cafard de la cour de récréation : c'est la faute à Jean-Claude, na ! Car normalement, aujourd'hui devait
paraître cet article consacré aux pigments égyptiens qu'il m'a "contraint" de postposer et qui eût répondu à votre message d'hier soir.


 


     A samedi donc, j'espère ... pour constater ce que je pense être quelques divergences par rapport aux suppositions que vous y avancez.



Jc Vincent 28/11/2011 11:30

A l'heure où je t'écris, je me doute que l'article supplémentaire que je t'incite à concocter est déjà sous presse ou que tu comptes encore profiter de cette belle journée pour le peaufiner !
(désolé pour le surcroît de travail, mais je me doute heureusement que c'est loin de représenter une corvée pour toi).
Je me réjouis de trouver le temps demain pour te lire (tu connais mes heureuses occupations d'Opa du mardi qui, exceptionnellement, débuteront déjà en cette fin d'après-midi !): je viens de relire
très attentivement ta réponse à mon précédent commentaire, ou encore celui, très intéressant, de François, et j'attends impatiemment les autres précisions que tu ne manqueras pas d'apporter pour me
convaincre. Tout concorde effectivement pour être forcé d'admettre que l'artiste avait besoin de collaborateurs : je peine tout simplement à considérer ces multiples arguments comme étant des
"preuves" de cette probable réalité ! (mon esprit cartésien a besoin de preuves qui n'existent sans doute pas)

Richard LEJEUNE 28/11/2011 13:39



     Sous presse ? A l'heure où tu m'adressais ce commentaire, non, pas encore !


Maintenant, deux heures après, oui,  je viens d'y apposer le point final.


Et relirai le tout une dernière fois, tout à l'heure, quand je reviendrai d'une petite promenade sous ce merveilleux soleil automnal ...


 


     Bien évidemment, Jean-Claude, que cet article qu'involontairement tu as initié, bientôt suivi par Jean-Pierre et même Fan, ne constitue en
rien une corvée !


Sois assuré que j'ai pris, hier après-midi déjà, un immense plaisir à fouiller dans ma mémoire et mes notes de cours d'Histoire de l'Art égyptien à l'U.Lg. pour bien
m'assurer que ce que j'ai écrit samedi y trouvait traces patentes ; et tout autant de plaisir à compulser de nouvelles références de ma bibliothèque, n'ayant malheureusement pas (encore) à ma
disposition l'imposant et probablement incontournable ouvrage de Francesco Tiradritti que détient François.


Mais tu constateras demain que les références aux articles et études de mon ami Dimitri Laboury ont elles aussi un tant soit peu apporté de l'eau à mon moulin
...


 


     Quant aux preuves, certaines existent effectivement ... notamment gravées sur des monuments lithiques telles des stèles. Et si d'aventure tu
ne fais pas plus confiance aux textes hiéroglyphiques et aux ostraca figurés qu'aux arguments logiques que j'avancerai demain, je reconnaîtrai humblement mon impuissance à te convaincre, ainsi
que peut-être d'autres lecteurs ...


 


     Mais, il ne sera pas dit que je n'aurai pas essayé.


 


     A demain donc ... ou, cette nuit, dès minuit, selon mon habitude de publication.


 



François 27/11/2011 13:09

Pardon pour avoir laissé échapper ce "perçois" qui me heurte l’œil, mais la fenêtre de saisie est tellement petite que la relecture est bien difficile !!!

Commentaire à supprimer si tu peux corriger ma coquille ! ;)

Richard LEJEUNE 28/11/2011 07:31



     Ne te tracasse pas, François : il nous arrive à tous de laisser ainsi échapper l'une ou l'autre petite bévue.


 


     Personnellement, je ne puis intervenir dans ton commentaire ; mais si vraiment cela te perturbe, renvoie-le moi corrigé et ainsi je
supprimerai ceux d'hier ...



François 27/11/2011 12:54

Pour ce qui concerne les repentirs non masqués, une réflexion tirée del'ouvrage que je citais dans un commentaire fait au précédent article me parait intéressante, je vous la livre :

"Pour mieux comprendre - nous dit Giorgio Capriotti à propos des erreurs non re-corrigées - Il faudrait peut-être renoncer aux critères esthétiques de notre sensibilité moderne et assumer une
mentalité ou la fonction l'emporte sur l'expression, reconnaissant tout d'abord à la tombe peinte son rôle principal, selon lequel les textes et les images participent, tout comme le mobilier
funéraire à la mise en scène d'un rite.
Dans notre approche de consommateurs d'images, il y a un paradoxe à concevoir une peinture que l'on exécute, tout en aspirant à la perfection du protocole liturgique, pour être exhibée une seule
fois, à l'occasion de l'inhumation et être ensuite scellée pour toujours. Éphémère et pérenne à la fois.
.../...
C'est le concept même d' "achevé" et d' "inachevé" qui doit alors se traduire comme la dualité entre "usage" et "non-usage", dans un contexte où la dimension abstraite du rite, avec son protocole
de textes et d'images, doit se matérialiser par une transcription technique et, dans cette intervention humaine, se corrompre."

Pour ce qui est de l'organisation du travail, il dit :

"Dans le cadre d'une organisation du travail fortement structurée en équipes où la répartition des rôles est rigoureusement ordonnée, les phases de réalisation de l’œuvre sont intuitivement conçues
comme une action collective visant à la réalisation rapide d'un projet.
Il s'agit d'ailleurs d'une méthode qui vide de son sens la définition même de l'art telle que la perçois la sensibilité moderne, c'est-à-dire en tant qu'expression d'individualités créatrices, mais
l'inscrit dans le langage figuratif commun à cette civilisation iconographique qu'est la culture égyptienne; même si ce langage n'obtient pas toujours de résultats homogènes au sein de la choralité
qui l'exprime, ou des résultats qui ne sont pas tout à fait fidèles au projet."

Pardon pour ces trop longs extraits, Richard, mais qui - je pense - viennent bien en appui de ce que tu nous as proposé et apportent une petite lumière aux interrogations que nous pourrions lire
dans les propos de tes lecteurs.

Bref, je passe un bon dimanche grâce à toi !!!

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 28/11/2011 07:21



     Je ne possède malheureusement pas l'ouvrage de Francesco Tiradritti sur les peintures murales égyptiennes ; et à l'U.Lg., il a disparu ou, à
tout le moins, n'est plus rangé à sa place ... Donc, personne ne sait où il se trouve !!


 


     Peut-être qu'un jour, chez Gibert à l'entrée du Boul'Mich, à Paris, où les anciens "Citadelles et Mazenod" sont souvent proposés à des prix
véritablement intéressants ... car, au départ, 180 €, c'est déjà une somme !


 


     De sorte que les extraits que tu nous as offerts sont les bienvenus, François. Merci à toi d'avoir pris sur ton temps pour ici les
retranscrire.


 


     Bienvenus, d'autant plus, et tu l'as parfaitement compris, qu'ils corroborent ce que j'ai avancé samedi et en réponse, hier matin, au
commentaire de Jean-Claude.


C'est également ce qui ressortira de l'article non initialement prévu que je publierai demain.


 


(J'espère que ta dernière phrase n'aura pas trop déplu à ton épouse.  )



Alain 27/11/2011 09:49

Si tu ne l’avais mentionné, je n’aurais probablement pas fait attention à ces repentirs sur le fragment de peinture que tu nous montres.
Je regarde l’encensoir de prêt. Les corrections en noir ne concernent pas que la partie inférieure mais la totalité de celui-ci. Le bras tenant le bas de l’encensoir a également été effacé en
partie et rectifié dans la même couleur. Dans ce cas, ce serait le premier artiste (en rouge) qui aurait fait la correction ?

Richard LEJEUNE 27/11/2011 10:22



     Certes, tu as raison Alain, les corrections au niveau de l'encensoir ne concernent pas que sa partie inférieure, mais je n'ai attiré
l'attention sur celle-ci que parce que cela me semblait être l'endroit le plus visible. Et pour le reste du fragment, à mes lecteurs, de compléter les deux ou trois exemples que j'ai fournis par
un regard scrutateur plus approfondi ... et de se rendre ainsi compte que, sur cette partie des scènes peintes du mastaba de Metchetchi, il y eut vraisemblablement beaucoup à
corriger, 


 


     Et le maître d'oeuvre qui, en noir, effectua ces corrections, rétrécit - si je prends toujours comme exemple la partie inférieure de l'objet
- de quelques millimètres, comme il a d'ailleurs également amenuisé la perruque du personnage : cela se voit peut-être encore plus puisque l'esquisse initiale, en rouge, déborde fortement de ce
qui fut corrigé par la suite.


 


     Remarque, comme je l'ai noté dans ma réponse au commentaire de Jean-Claude, que les dessins rouges initiaux n'ont pas été effacés. Ce qui
m'invite à déduire que le premier dessinateur ne s'est plus représenté car, alors, je ne comprends pas la raison pour laquelle il n'aurait pas mis un point d'honneur à éliminer la preuve de sa
maladresse ...


Jean-Claude est artiste, tu es artiste : vous me conforterez, je pense, sur ce point-là : quand, moi qui ne suis capable que de rédiger, j'estime qu'une de mes
phrases est mal agencée, je la corrige jusqu'à ma satisfaction et n'envisage pas une seule seconde de laisser apparaître mon premier essai malheureux. Logique, non ?    



Louvre-passion 26/11/2011 21:02

"On en apprend tous les jours" dit on. Eh bien aujourd'hui tu m'a appris qu'en Egypte le maître corrigeait en noir l'esquisse en rouge de l'apprenti. Je me couche donc avec un savoir en plus.

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:47



     Merci V. de me conforter dans l'idée qu'un jour où l'on n'apprend pas quelque chose de nouveau est un jour malheureusement perdu pour notre
avancée sur le chemin de la Connaissance ...



J-P.Silvestre 26/11/2011 17:58

Nous serons présents ! En espérant que, d'ici là, les peintures ne se seront pas dégradées... Mais la question de J-C Vincent me paraît particulièrement opportune. Je suis impatient de votre
réponse !

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:45



     Sur la dégradation des peintures, cher Jean-Pierre, sur leur préservation, sur la volonté d'en constituer un corpus photographqie de manière
qu'elles soient conservées à jamais dans la mémoire de l'Humanité, à la suite, notamment des travaux de feu l'égyptologue belge Roland Tefnin, je pourrais vous rédiger des pages et des pages ...
tant le processus de destruction semble irréversible !


 


     Quant à la réponse à vos interrogations à Jean-Claude et vous, vous serez, j'espère, convaincu, dans un premier temps par ce que je lui ai
écrit ci-avant et, dans un second, par le complément d'informations que je fournirai ce tout prochain mardi. 



FAN 26/11/2011 16:50

Oh que j'aime le terme "scribe des contours"!!! Comme Vincent, je ne pense pas qu'il y avait plusieurs exécutants mais si ces réalisations iconographiques faisaient parti d'un rite, pourquoi pas!!
! J'ai hâte de savoir d'où vient ce bleu égyptien!! Bon week end Richard!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:38



     Sur les exécutants, je vous propose, chère Fan, en prémices à notre prochain rendez-vous, de lire la réponse que je viens de formuler chez
mon ami Jean-Claude ; Vincent étant son nom de famille et pas, comme vous semblez l'avoir compris, son deuxième prénom ...


 


     Quant au bleu égyptien qui, initialement, devait faire partie de mon intervention suivante, puisque je vais intercaler mardi un
nouvel article, il vous faudra bien patienter jusqu'à samedi prochain pour le "découvrir" ...


Mais, promis, cet article-là est quant à lui déjà rédigé ; je n'ai plus qu'à changer la date de publication ...



Jc Vincent 26/11/2011 16:44

J’ai tenté, tout en observant très attentivement les clichés proposés, de te suivre dans ton raisonnement et ton argumentation à propos de cette allégation somme toute logique que je suis tout
disposé à concevoir.

Pourtant, en y réfléchissant depuis ce matin, je ne comprends pas bien les trois arguments invoqués : je ne vois pas en quoi la richesse et à la relativement bonne conservation des couleurs, la
présence de ces mises au carreau et de ces repentirs (deux jolis termes techniques que j’ignorais totalement, moi qui ne me « repens » quasiment jamais quand je dessine) permettent de penser que ce
programme iconographique fut le fruit de plusieurs mains.

L’artiste, le scribe des contours n’aurait-il donc pas pu tout aussi bien construire lui-même, élaborer et retoucher son propre dessin tout seul, après s’être rendu compte qu’il n’était pas
totalement à son goût ?

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:32



     Tu as entièrement raison, mon cher Jean-Claude, d'indirectement me faire remarquer que j'ai été, dans cet article d'hier, un peu (si pas
beaucoup) avare d'explications dans la mesure où me semblait évident ce que je voulais faire passer de la thèse de Madame Ziegler concernant les peintures chez Metchetchi et de l'ensemble des
égyptologues, d'ailleurs, pour expliquer le travail de peinture dans l'histoire de l'art égyptien.


    Merci de m'inviter par ton questionnement à préciser ma pensée, à développer mon propos. J'écris "mon", parce que Christiane Ziegler, pour sa
part, présente cette assertion à la suite d'autres savants, supposant que ces données sont définitivement acquises. Et donc, ne développe rien de ce que je vais tenter de démontrer, aujourd'hui
dans un premier temps, afin de ne pas donner l'impression de me dérober mais, surtout, ce prochain mardi en ajoutant, en intercalant un article plus complet que je rédigerai d'ici-là. Ce qui dès
lors portera à quatre le nombre d'interventions concernant les informations techniques que je voulais proposer à propos des fragments peints exposés dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du
Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

    Reprenant les points de cette longue phrase qui, paradoxalement, n'apparaît maintenant que comme un raccourci de ma démonstration et que tu cites
d'emblée dans ton commentaire, je puis aujourd'hui, sans trop lever le voile sur ce que j'expliquerai dans deux jours, mentionner simplement ceci :


    Grâce à la relativement bonne conservation des couleurs, l'on s'est rendu compte, après analyses requises par le laboratoire auquel je fais
allusion dans l'article, que différents pigments furent employés, provenant de différentes régions du pays parfois géographiquement bien éloignées les unes des autres. Or l'on sait que les
artistes - dépendant d'ailleurs souvent de la Cour - devaient eux-mêmes se procurer les matières premières qu'ils utilisaient. De sorte que tous n'avaient pas l'opportunité de sillonner l'Egypte
et ses environs pour ramener l'ensemble des teintes de la palette idéale du scribe des contours et qu'ils peignaient donc avec ce qu'ils avaient.

    Grâce à la richesse de cette palette chez Metchetchi, l'on comprend qu'il fallut l'intervention de plusieurs artistes et pas seulement ceux
habitués à ne se servir que de noir et de rouge qui sont les deux teintes traditionnelles, notamment des écrits sur papyrus.


(Souvent, d'ailleurs, les palettes des musées ne comportent que deux cupules !)


 


     Grâce à la présence des lignes verticales et horizontales des mises au carreau, l'on admet que c'est un tout autre travail que celui de
délimiter ainsi les espaces sur la paroi avant qu'un autre artiste puisse esquisser les silhouettes en respectant un code des proportions du corps humain.


    Grâce à la présence de repentirs, l'on comprend enfin que l'un dessine, qu'un autre corrige d'éventuelles "distorsions" et que parce que les
traces sont toujours visibles, le premier n'est pas revenu pour au moins effacer ses erreurs.


    Il nous faut également bien admettre, devant tant d'étapes, - et je n'ai pas encore tout expliqué, réservant une description complète du travail
pour mardi -, qu'un seul homme ne pourrait jamais venir à bout de tâches aussi disparates et contraignantes, d'un travail aussi colossal : gardons en mémoire que je n'évoque pas ici qu'un seul
petit fragment mais bien une paroi entière, voire les quatre murs d'une chapelle ou d'un caveau funéraire, avec tous les registres, avec toutes les scènes ; donc un travail de longue haleine qui
requiert bon nombre de mains car le temps presse, le défunt doit bientôt être inhumé ...   


    Waw ! Voilà un dimanche qui commence sur les chapeaux de roues. Mais quel plaisir pour moi que ces dialogues qui s'instaurent !



     J'espère ne pas avoir paru démesurément long et, surtout, d'avoir été convaincant ... sachant qu'un développement plus circonstancié fera
l'objet de notre prochain rendez-vous.



etienne 26/11/2011 16:07

oh que oui cher Professeur!
Merci pour ces techniques révélées, ce billet me rappelle les cours d'un prof d'arts plastiques que j'aimais bien.
D'ailleurs votre salle de classe virtuelle offre un super avantage à nous vos élèves: c'est que nous pouvons tous vous écouter du premier rang!

Fidèlement,

Etienne.

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:20



     Merci Etienne : je retiens avec une certaine émotion votre formulation de classe virtuelle et votre contentement d'être ainsi
toujours présent au premier rang.



N@n 26/11/2011 15:31

"Puis-je, mardi, compter sur votre présence à mes côtés ?"

Certes oui, cher Richard !
Avec plaisir et beaucoup d'intérêt ;-)

Amitiés et bises,
N@n

Richard LEJEUNE 27/11/2011 09:18



     A mardi, donc chère N@n, pour, comme tu le comprendras en lisant la réponse que je vais donner au questionnement de mon ami Jean-Claude, un
article initialement non prévu que je compte intercaler dans ce qui ne devait être qu'une trilogie, et cela, aux fins de compléter mon intervention d'hier. 



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