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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 23:00

 

      Grand âge, vois nos prises : vaines sont-elles, et nos mains libres. La course est faite et n'est point faite ; la chose est dite et n'est point dite. Et nous rentrons chargés de nuit, sachant de naissance et de mort plus que n'enseigne le songe d'homme. 


      Après l'orgueil, voici l'honneur, et cette clarté de l'âme florissante ...

 

 

 

 

SAINT-JOHN PERSE

Chronique, V

 

dans Oeuvres complètes,

Paris, Gallimard, La Pléiade,

p. 397 de mon édition de 1972

 

 

 

     Nous avons, mardi dernier, laissé Sinouhé, souvenez-vous amis lecteurs, envahi par une considérable émotion lors de son arrivée au palais, dès le début de son entrevue avec Sésostris Ier.

 

 

 

     Alors, on fit en sorte que soient introduits les enfants royaux.

Sa Majesté dit à la reine : "Vois, Sinouhé est revenu en tant qu'Asiatique créé par les Bédouins !"

Elle poussa un très grand cri ; les enfants royaux s'exclamèrent à l'unisson, disant alors devant sa Majesté : "Ce n'est pas lui, en vérité, souverain mon maître ! "

Mais sa Majesté répondit : "C'est bien lui. Vraiment ! "

 

     Or, ils avaient apporté leurs colliers-ménat, leurs sistres-sekhem et leurs sistres-séséchet avec eux (1).

 

Sistre-E-681--Salle-10--Vitrine-1---03-07-2012-.jpg

 

 

     Ils les présentèrent alors à sa Majesté : "Que tes mains soient vers la Beauté, ô roi durable ; que ton corps soit la parure de la Dame du ciel ; que la Déesse d'Or donne la vie à ta narine et que la Dame des Étoiles s'unisse à toi. Puisse la Couronne de Haute-Égypte descendre vers le nord et la Couronne de Basse-Égypte remonter vers le sud, unies et combinées selon la parole de Ta Majesté ! Que l'uraeus soit placée à ton front. Puisses-tu éloigner les sujets du malheur et Rê, Maître du double Pays, sera satisfait de toi. Salut à toi, ainsi qu'à la souveraine universelle.

 

     Détends ton arc, dépose ta flèche et donne le souffle à celui qui étouffait ; donne-nous notre beau présent en la personne de ce Bédouin, fils de Méhyt (2), étranger, né en Égypte : il a fui par peur de toi, il a quitté le pays par terreur de toi. Ne blémira pas le visage de celui qui a vu ton visage ; l'oeil qui t'a regardé ne craindra pas."

 

     Sa Majesté dit alors : "Il ne craindra pas, il n'aura plus de raison d'avoir peur : il sera un noble d'entre les nobles ; il sera placé parmi les courtisans.

   Quant à vous, allez vers la chambre du matin (3)  pour prendre soin de lui."

 

     Je sortis de l'intérieur de la salle d'audience alors que les enfants royaux me donnaient la main, nous allâmes ensuite vers la double grande porte. Je fus installé dans une maison de fils de roi dans laquelle se trouvaient des objets précieux. Il existait là une salle fraîche ainsi que des images de l'horizon (4).

Il y avait aussi des choses précieuses appartenant au Trésor. Des vêtements de lin royal, de la myrrhe et de l'huile d'oliban pour le souverain et les nobles qu'il aime se trouvaient dans chaque chambre.

 

     Tous les serviteurs s'affairaient à leur tâche : on fit que passent les années sur mon corps ; je fus épilé et mes cheveux furent peignés. Voici que la vermine fut rendue au désert et mes vêtements aux Coureurs de sable (= les Bédouins) .

Je fus vêtu de lin fin, oint d'huile fine, couchant sur un lit. Je laissai le sable à ceux qui y vivent et l'huile d'arbre à celui qui s'en oint.

 

     On me donna la maison d'un propriétaire de jardin telle qu'il convient à un courtisan : de nombreux ouvriers l'aménagèrent, tous ses arbres étant à nouveau plantés. 

 

     On m'apportait de la nourriture du Palais trois à quatre fois par jour, en plus de ce que donnaient les enfants royaux, sans un moment d'interruption. Une pyramide en pierre fut construite pour moi au sein des pyramides (5). Le chef des tailleurs de pierre prit possession du terrain ; le chef des dessinateurs y dessina ; le chef des graveurs y grava : les chefs des constructions de la nécropole s'en occupèrent.

Il fut pris soin de tout le mobilier (funéraire)  placé dans le caveau.

 

     On me donna des serviteurs du Ka (6) . Un domaine funéraire fut constitué pour moi, avec des champs cultivés et un jardin à sa place normale, comme l'on fait pour un Ami de premier rang.

 

     Ma statue fut recouverte d'or et son pagne était en électrum : c'est sa Majesté qui avait permis qu'elle fût réalisée. Il n'y a point d'homme de condition inférieure pour lequel on ait fait semblable chose.

 

     Je fus l'objet des faveurs royales jusqu'à ce que vint le jour de la mort.

 

 

     C'est ainsi qu'il est venu, de son commencement jusqu'à sa fin, comme ce qui a été trouvé sur le document écrit (7).

 

 

Colophon-Sinouhe.jpg

 


  

 

Notes

 


(1)    ... colliers-ménat et sistres : série d' "objets-bruiteurs", symboles de la déesse Hathor, dont l'agitation faisait partie intégrante d'un rituel censé l'apaiser.



(2)   ... fils de Méhyt : fils du vent du nord (car Sinouhé rentrant du Rétchénou, revient du nord.)

 

     Nous voici arrivés, amis lecteurs, à un moment crucial, un moment ontologique déterminant de l'oeuvre : Sinouhé le Bédouin est mort ; vive Sinouhé l'Égyptien !

    

     Vous devez comprendre par là que tout, absolument tout, se doit d'être mis en oeuvre pour qu'il "renaisse" Égyptien afin qu'il puisse, le temps venu, mourir Égyptien.

 

     Permettez-moi dès lors de quelque peu vous guider dans la compréhension de ce cérémonial, en m'appuyant pour l'occasion sur un article publié par l'égyptologue belge Philippe DERCHAIN (RdE 1970, 79-83) : La réception de Sinouhé à la Cour de Sésostris Ier.

 

     C'est évidemment au roi, dieu sur le trône de Kemet, que revient la responsabilité de réintégrer notre héros au sein même de la société égyptienne : et le paragraphe de s'ouvrir par l'arrivée des enfants royaux portant le collier-menat muni d'un contrepoids dans le dos, symbole hathorique par excellence, et agitant des sistres, instruments de musique lénifiants, destinés à apaiser ceux qui les entendent.

 

     Il s'agit ici en l'occurrence de calmer le ressentiment, - Détends ton arc, dépose ta flèche - évidemment feint, du souverain à l'encontre de Sinouhé. 

 

     La scène - au sens propre comme au sens figuré : nous sommes en pleine "représentation théâtrale" -,  reproduit en fait un mythe à connotation sexuelle avérée dans lequel la reine joue le rôle d'Hathor qui, aux côtés d'un roi détendu, bien disposé (grâce au son des sistres), suscite l'acte créateur, Sésostris Ier jouant celui d'Atoum, le démiurge.


     Symboliquement, ils vont donc ainsi pouvoir "recréer" Sinouhé, lui "donner naissance" en tant qu'Égyptien.

 

     Et ce n'est certes pas un hasard si tout le texte qui suit, psalmodié ou simplement récité par les enfants royaux, fait à plusieurs reprises allusion à une union.

 

     Plus encore : il est très clairement exprimé qu'il faut que le roi donne le souffle à celui qui étouffait, entendez : qu'il permette à un Sinouhé mal dans son être en terres asiatiques de reprendre vie, d'à nouveau respirer la joie d'être "redevenu" Égyptien.

 

     Le souverain au pouvoir vivifiant, le souverain qui insuffle la vie : ne voilà-t-il pas une de ces images récurrentes de la symbolique royale égyptienne ?

 

     De sorte que n'est pas non plus anodine l'image de serviteurs préposés à habiller Sinouhé de neuf, après avoir pris soin d'effectuer sa toilette corporelle : une nouvelle peau, de nouveaux vêtements, deux précisions pour exprimer métaphoriquement la volonté de le rendre à nouveau Égyptien.

 

 

(3)    ... la chambre du matin :  il s'agit vraisemblablement, à l'instar de la pièce des appartements royaux dans laquelle le souverain effectuait ses ablutions matinales, d'un endroit où Sinouhé sera pris en charge pour sa "transformation".

 

 

(4)   ... des images de l'horizon : des représentations de dieux peintes à même les murs.

 
(5)   ... au sein des pyramides : au milieu de l'enceinte où devaient être inhumés Sésostris Ier et tous ses hauts fonctionnaires.

 

 
(6)   ... serviteurs du Ka  : des porteurs d'offrandes alimentaires, comme nous l'avions vu, souvenez-vous, chez Metchetchi.

 


(7)   C'est ainsi qu'il est venu ... : cette dernière phrase, que les égyptologues nomment traditionnellement colophon, constitue en fait une formule convenue marquant distinctement l'achèvement d'un manuscrit (= il ), officialisant en quelque sorte son contenu.

 

     Et c'est avec elle que se referme pour vous, amis lecteurs, le Roman de Sinouhé.

 

     Merci de l'avoir feuilleté en ma compagnie : ce fut pour moi une magnifique expérience estivale !

 

 

*  *  *

 


 

     Une fois encore, je tiens à insister sur ce que cette mienne traduction doit à l'enseignement, aux conseils avisés et aux corrections pointues du Professeur M. Malaise qui, voici près d'un quart de siècle, à l'Université de Liège, guida mes premiers pas dans l'apprentissage de la langue et de l'écriture égyptiennes.

 

     Publiquement, il m'est réel plaisir aussi d'ajouter que, pour tout ce que vous m'avez apporté à cette époque-là, tout ce que j'ai pu en conserver par la suite pour le profit de mes Étudiants de l'École Polytechnique de Verviers et tout le bonheur qu'à présent retraité j'en retire encore grâce à ce modeste blog :  


Merci grandement, Monsieur le Professeur.


 

     Très respectueusement,

     Richard LEJEUNE

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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commentaires

FAN 07/10/2012 10:28

Cher Richard, je suis désolée de mon impair!!En effet, il faut saisir la nuance par rapport aux dieux! j'ai lu trop vite, excusez-moi, il se trouve qu'en ce moment, je ne suis pas trop assidue à
votre blog, je fais acte de contrition!! Merci de m'avoir gentiment fait revenir sur les rails du savoir!!la pédagogie du professeur dure et perdure!!Bon Dimanche à vous BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 07/10/2012 11:05



     Ne soyez surtout pas désolée, Fan ; et en outre, il n'y a là vraiment aucun impair !! Un léger moment d'inattention dans votre lecture, tout
au plus ...


Et cela ne nécessite assurément pas de faire "acte de contrition" !


 


     Bon dimanche à vous également. Et à tout bientôt.


 


     Amicalement,


     Richard



Michel Malaise 07/10/2012 10:01

Cher Richard,

J'ai bien reçu votre courriel et je vous remercie beaucoup pour la reconnaissance que vous me témoignez à la fin de "Sinouhé". C'est tellement rare !

Je vous félicite aussi pour l'initiative de votre intéressant blog qui ne peut qu'attirer encore des gens vers l'égyptologie.

Je vous souhaite de persévérer et d'y trouver beaucoup de plaisir.

Bien à vous.

Michel Malaise

Richard LEJEUNE 07/10/2012 10:13



     Monsieur le Professeur,


    


     Permettez-moi de considérer que vous n'avez nullement à me remercier : la sincérité de mes propos terminant le présent article n'avait
d'autre raison d'être que vous faire savoir - enfin - ce que jamais de vive voix je n'avais à l'époque osé vous dire.





   Et que rare soit cette reconnaissance de la part de vos anciens Étudiants m'attriste véritablement.





     Merci pour vos encouragements.





     Très respectueusement,


     Richard.



JA 06/10/2012 20:23

oui je sais ne pas comparer les époques mais c'est vrai que j'ai un ce réflexe très souvent, j'espère que cela ne vous dérange pas
A bientôt
JA

Richard LEJEUNE 07/10/2012 10:51



     Ne vous excusez pas Jocelyne : c'est un réflexe humain tout à fait courant et vous n'êtes probablement pas la seule, ici ou ailleurs, à
l'avoir.


 


     Et quand d'aventure, besoin se présente, mon rôle consiste à repositionner le sujet de manière qu'il n'y ait pas trop d'anachronisme. Tout
simplement.


 



Alain 06/10/2012 14:22

Merci de nous avoir permis de connaître l’un des premiers romans de l’histoire de l’humanité, si ce n’est le premier, dont la qualité littéraire m’a étonné. Il faut dire que ta traduction était
épatante.
Les nombreux commentaires que tu as reçus montre que tu possèdes ce talent qui permet d’élever la discussion à un niveau qui atteint souvent l’excellence.

Richard LEJEUNE 07/10/2012 10:34



     Merci Alain pour ce commentaire qui me touche beaucoup.


 


     Mais tu négliges deux points extrêmement importants : si, comme tu me l'écris avec autant d'amabilité, ma traduction est
"épatante", elle le doit, d'une part, aux conseils prodigués et aux corrections apportées en son temps par le Professeur Malaise et, d'autre part, à la langue, au vocabulaire et aux
tournures de phrases du roman lui-même qui sont d'une grande beauté.



FAN 06/10/2012 13:54

Cher Richard, le roman de SINOUHE que vous avez si bien traduit possède une fin de conte de fées!! De plus, la reine lui redonne naissance en s'accouplant avec lui et les enfants royaux lui font
fête et l'entoure de tous les soins agréables afin qu'il redevienne Egyptien!!Superbe retraite pour cet aventurier dont la mort sera digne d'un haut courtisan!! Je n'ose dire quelle époque
formidable!!Mais je n'oublie pas que c'est un roman!! Merci Richard pour cette épopée égyptienne qui nous a rendu plus riche d'érudition!!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 07/10/2012 09:57



     Merci Fan pour votre appréciation.


 


     Permettez-moi une petite rectification par rapport à votre commentaire, nécessaire pour la compréhension du récit - et du mythe ici évoqué :
ce n'est pas avec Sinouhé que, métaphoriquement, la reine, figuration d'Hathor, doit s'unir mais avec son époux, Sésostris Ier, personnifiant Atoum, le démiurge, le dieu créateur, qui seul aura
donc le pouvoir de donner naissance à ce "nouvel Égyptien" que sera désormais Sinouhé.


 


     Ce mythe de la création permise par Hathor, je l'avais par ailleurs quelque peu évoqué le 25 octobre 2011.



christiana 05/10/2012 09:57

En tout cas, ce fut une expérience très agréable et instructive.

Richard LEJEUNE 05/10/2012 10:12



     J'en suis ravi ...



christiana 04/10/2012 23:22

Moi aussi, je me demandais ce qu'était l'électrum... Si je comprends bien ce serait plus ou moins ce qu'on appelle aujourd'hui vermeil?
Ainsi donc, voici Sinouhé redevenu égyptien. Quel accueil! Rien n'est trop beau pour lui!
Quelle belle aventure vous nous avez permis de découvrir, je suis vraiment très heureuse d'avoir eu accès à ce roman et surtout d'en avoir eu toutes les clés pour sa compréhension. Grâce à vous,
merci beaucoup!

Richard LEJEUNE 05/10/2012 08:57



     Plutôt moins que plus, Christiana : l'électrum des Anciens était aux trois quarts constitué d'or tandis que le vermeil, c'est d'abord de
l'argent que l'on recouvre d'une pellicule d'or.


La quantité des deux métaux précieux se révèle donc très différente pour chacun d'eux.


 


     Autorisez-moi à rappeler ici et maintenant que vous fûtes en son temps l'inspiratrice de ce projet estival qui, manifestement, a rencontré auprès
de mes lecteurs un succès plus que d'estime auquel, je l'avoue, j'étais loin de m'attendre.


 


     C'est donc vous la première qu'il faudrait remercier !


Le reste ne fut jamais que transposer sur mon blog l'exercice de traduction effectué voici près d'un quart de siècle sous le regard attentif et correcteur du
Professeur Malaise et d'y adjoindre les notes prises au vol lors de ses cours, en les transformant simplement en phrases. 



etienne 04/10/2012 22:44

Bonjour,
j'ai enfin du temps pour te redire combien redécouvrir ce trésor littéraire de l'égypte antique avec tes explications Richard était un régal culturel pour mes petites cellules grises excitées aux
sons et aux mots parlant de notre passion commune pour l'égypte ancienne!
Milles merci Richard!

Etienne.

Richard LEJEUNE 05/10/2012 08:42



     Merci à toi, Etienne.


 


     Inutile, je pense, si tu as survolé les nombreux messages qui m'ont été adressés ces derniers jours, d'ajouter que le plaisir de partager
cette aventure avec mes lecteurs n'eut d'égal que celui d'exhumer cette traduction des classeurs de l'époque de mes premiers balbutiements en égyptologie, voici un quart de siècle, à l'Université
de Liège.


 



JA 04/10/2012 21:26

je vois très bien pour l'obélisque, merci pour cette précision

paradoxale car à la fois belle par les coutumes ,mais triste


puisque c'est une fin de vie, du moins telle qu'on la connait.....la vie sur terre

Richard LEJEUNE 05/10/2012 08:14



     Triste pour nous qu'une fin de vie, bien sûr Jocelyne.


Mais vous ne pouvez pas juger cette oeuvre à l'aune de nos modes de penser contemporains : grâce aux libéralités royales dont il est crédité, Sinouhé sait que sa
seconde vie, éternelle celle-là, ne pourra qu'être agréable ...


 


     Et donc sa fin de vie terrestre n'est pour lui nullement triste.



JA 04/10/2012 19:36

C'est très beau, voire lyrique, paradoxale donc cette fin de vie....
Mise en scène théatrale mais la vie est un théatre....




qu'est ce queSVP l'electrum ( pagne) ,vous me direz regardez sur internet

Richard LEJEUNE 04/10/2012 20:08



     Pour que nous puissions en débattre vous et moi, il m'intéresserait vraiment de connaître la raison pour laquelle, Jocelyne, vous estimez
"paradoxale" la fin de vie de Sinouhé ???


 


     Vous inviter à chercher sur internet la définition d'un terme que j'emploie ? Vous n'y pensez pas ! L'électrum était un alliage obtenu à
l'Antiquité - égyptienne, mais grecque aussi, d'ailleurs ! - par fusion d'un minerai comportant, dans le meilleur des cas, 75 % d'or et 22 % d'argent ; auxquels s'ajoutent quelque 3 % de cuivre
...


 


Plusieurs monuments mais aussi des bijoux en étaient recouverts.


Un exemple concret ?


La pointe de l'obélisque de la Place de la Concorde, à Paris ... 



Cendrine 04/10/2012 14:37

Bonjour Richard,

J'ai profondément aimé vous accompagner au fil de ce récit. Comment aurait-il pu en être autrement? Vous nous avez offert une lecture privilégiée des aventures de Sinouhé, ouvert les portes des
splendeurs mystiques de l'ancienne Egypte, dévoilé la puissance et la magnificence des rituels qui illuminent la vie de "notre" héros.
Pas à pas, j'ai découvert les mouvements secrets de son âme, les rouages de son coeur et de son esprit et je vous remercie pour ce remarquable cadeau.

En lisant ce dernier chapitre, j'ai songé aussitôt à une pièce de théâtre. L'histoire s'achève avec le sentiment que Sinouhé a trouvé cet apaisement auquel nous aspirons tous, au delà des
temps...

Je vous dis encore "merci". Je serai ravie de vous retrouver pour explorer d'autres chemins.

Je vous souhaite une excellente journée, avec mon amitié très honorée.

Cendrine

Richard LEJEUNE 04/10/2012 19:05



     Merci Cendrine pour votre fidélité pendant ces trois mois dédiés à une oeuvre littéraire certes d'une grande beauté mais d'accès parfois
difficile car émanée d'autres temps et d'autres horizons de pensée.


 


     Comme beaucoup de lectrices et de lecteurs qui m'ont fait l'honneur de me suivre, vous avez bellement exprimé votre ressenti. De sorte que,
retour totalement inattendu, - don et contre-don mêlés -, vous m'avez invité à "re-découvrir" Sinouhé : pour ce cadeau inestimable, je ne vous remercierai jamais assez.


 


     A tout bientôt, j'espère, - vraisemblablement après le congé de Toussaint -, nous retrouver en salle 5 du Département des Antiquités
égyptiennes du Musée du Louvre, en compagnie de Metchetchi.





     Devant la vitrine 4 ². N'oubliez pas ...



Carole 02/10/2012 22:42

Etrange avant-dernière phrase de ce beau roman, qui en fait un récit "d'outre-tombe"... Ceci amenant nécessairement une réflexion sur le statut de la première personne dans le récit, manifestement
très différent pour un égyptien ancien de ce qu'il est pour nous qui venons après Jean-Jacques Rousseau.

Richard LEJEUNE 03/10/2012 08:26



     Pas si étrange que cela, Carole, quand on veut bien se souvenir qu'il s'agit d'un roman, d'une pure fiction, même s'il prend la forme d'une
auto-biographie, ce qu'il n'est nullement puisque, je le rappelle, Sinouhé n'a jamais existé ; et sa propre pyramide érigée dans le périmètre de celles de Sésostris Ier, de sa famille et de ses
courtisans dont il est ici fait allusion, la statue en or et électrum que le souverain aurait fait réaliser à son intention ne sont elles aussi que pures fictions.


Jamais aucun égyptologue ne les a mises au jour ...


 


     Le narrateur - dont l'identité restera probablement à jamais totalement inconnue - n'avait qu'un but en rédigeant ce roman : louer l'Égypte
et son souverain !


En quelque sorte, une oeuvre de propagande.


 


     Cela me fait un peu penser - mutatis mutandis - aux célébrissimes Mémoires d'Outre-Tombe, de Chateaubriand : certes, là,
le "Je" était bien réel. Mais là aussi, le dessein résidait dans la construction d'un monument à un homme, Napoléon, qu'il avait quant à lui pourtant "combattu", mais dont il admirait néanmoins
le sens de la grandeur.


Et, consubtantiellement, monument érigé à sa propre personne.


 


     Il y a du Sinouhé, dans ce "poème épique", ne trouvez-vous pas ? 


 


     Et l'esprit n'en est pas si éloigné quand je lis, dans l'avant-propos daté du 14 avril 1846 (Lausanne, Rencontre, p. 44 de mon édition de
1968) :


 


"On m'a pressé de faire paraître de mon vivant quelques morceaux de ces Mémoires ; je préfère parler du fond de mon cercueil ; ma narration sera alors
accompagnée de ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu'elles sortent du sépulcre. Si j'ai assez souffert en ce monde pour être dans l'autre une ombre heureuse, un rayon échappé des
Champs-Élysées répandra sur mes derniers tableaux une lumière protectrice : la vie me sied mal ; la mort m'ira peut-être mieux."



TIFET 02/10/2012 10:16

Oui c'étaient leurs croyances Richard, et quelque part cela devait rendre plus supportable le passage de la vie à la mort, les "religions" apportent peut-être cet apaisement ou cet espoir que nous
ne connaissons pas quand nous n'adhérons pas à ces croyances.........

Richard LEJEUNE 02/10/2012 11:19



     Je pense qu'effectivement, Tifet, les religions peuvent apporter ce type de réconfort à ceux qui en ont besoin.


 


     Quant aux autres, c'est en eux qu'ils doivent puiser la force de transcender ce passage ...


Personnellement, j'aurais tendance à faire mien cette pensée d'Épicure :


 


"Le plus terrifiant des maux, la mort, n'a donc aucun rapport avec nous, puisque précisément, tant que nous sommes, la mort n'est pas là, et une fois que la mort
est là, alors nous ne sommes plus."



TIFET 02/10/2012 09:52

Alors, l'histoire finit bien !! Sinouhé est revenu parmi les siens et redevient Egyptien, de nouveau il se sent bien et ne doit plus appréhender la mort puisqu'il est dans son pays, on pourrait
presque l'envier !!! est-il vraiment serein au seuil de la mort ? sans doute car Pharaon lui "redonne naissance" en quelque sorte, mais qu'en est-il vraiment ?? c'est là toute la symbolique de
l'Egypte antique..........

Richard LEJEUNE 02/10/2012 10:04



      Un roman où l'histoire finit bien, à cette époque-là, oui, déjà !


 


     Ce qu'il en est vraiment ?, c'est, comme vous le soulignez judicieusement, Tifet, toute la symbolique de l'Égypte.


C'étaient leurs croyances - que je respecte - mais auxquelles, bien évidemment, je ne puis adhérer. Il n'en demeure pas moins qu'y croire permettait de s'accommoder
de la mort terrestre ... 



Simone Moulin 02/10/2012 09:50

La lecture de votre traduction du roman de Sinouhé a fait partie de mes rendez-vous d'été préférés.
Je m'intéresse beaucoup à l'Egypte ancienne mais ne lit pas les hiéroglyphes.
Outre l'histoire, elle-même, en soi très plaisante, j'ai particulièrement apprécié vos notes qui m’introduisaient dans une pensée éloignée de la mienne.
Merci pour tout cela.
Je vous en prie, recommencez.
Simone

Richard LEJEUNE 02/10/2012 10:30



     Merci à vous aussi, Madame Moulin, d'avoir pris le temps - comme d'autres lecteurs qui se sont ainsi révélés à ma connaissance - de me
donner votre avis sur l'expérience de cet été.


     Vous me voyez évidemment ravi que vous l'ayez appréciée et j'espère qu'avec autant de plaisir de lecture, vous nous accompagnerez, mes amis
visiteurs et moi, dès notre toute proche rentrée au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour y découvrir ce qu'ont encore à nous apprendre les fragments peints du mastaba de
Metchetchi ...


 


     A bientôt ?



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