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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 23:02

 

 

 Charme profond, magique, dont nous grise

Dans le présent le passé restauré !

 

 

Charles Baudelaire

Un fantôme

 

Les Fleurs du Mal, 41, II,

Le Parfum

 

  Oeuvres complètes, Paris, Seuil

p. 64 de mon édition de 1968

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis visiteurs, nous nous sommes quittés la semaine dernière, sans évidemment avoir l'intention d'abandonner la nécropole d'Abousir qui tant encore doit nous apprendre. 

 

     Je  ne sais plus si, depuis que nous y déambulons, j'ai déjà saisi l'opportunité d'évoquer pour vous Carl Richard Lepsius (1810-1884) ? 

 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     Vous n'ignorez probablement pas que c'est grâce à ce savant prussien, - "fondateur de la science égyptologique allemande", ainsi que l'indique Dimitri Laboury dans son ouvrage dédié à Akhénaton (voir référence infrapaginale), que nous devons la division de l'histoire égyptienne en trois grandes périodes auxquelles il a donné les noms de Ancien Empire, Moyen Empire et Nouvel Empire.

 

    Mais ce que vous savez peut-être un peu moins, c'est que, mandé par Frédéric Guillaume IV de Prusse, il dirigea, à l'instar de Champollion pour la France, une expédition de quelque trois années en terres d'Égypte et de Nubie qui lui permettra, entre autres découvertes majeures, après avoir notamment exploré quelques jours le site d'Amarna, de considérablement affiner le regard que l'égyptologie naissante du XIXème siècle portait sur la personnalité d'Amenhotep IV-Akhénaton.

 

    Mais si j'évoque Lepsius ce matin, c'est bien évidemment pour une tout autre raison : commençant pratiquement son périple par la Basse-Égypte et la nécropole memphite, il en vint très rapidement à s'intéresser au site d'Abousir.

 

     Grâce à une phénoménale provende de documents, dessins et prises de notes, minutieusement colligés par les membres de sa mission, il publiera, entre 1849 et 1859, sa célébrissime série de douze immenses volumes comportant près d'un millier de planches, librement téléchargeables sur le Net : les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien.

   

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

     La tombe qui, aujourd'hui et les deux prochaines semaines, retiendra notre attention, celle de Fetekti, - emplacement n° 16  sur le plan ci-après -, fut, comme celle de Kaaper, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchécoslovaques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai déjà mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 4. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

     

    Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte : située quelque peu plus au nord que l'ensemble des autres sépultures, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut donc, comme je viens de vous l'indiquer, mise au jour en 1843 par les membres de l'équipe de Lepsius, à tout le moins, son entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après les premières fouilles du milieu du XIXème siècle, l'emplacement même de cette "Maison d'éternité"  fut complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991, les archéologues tchécoslovaques en redécouvrent donc le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et chapelle funéraire, - ici en fait, un étroit corridor -, destinée au culte que famille et amis du défunt lui rendaient périodiquement ; pièce dans laquelle les fouilleurs mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient dès lors accroître l'ancien corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Ils relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes symbolisant, je l'ai déjà maintes fois souligné, le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

 

     (Si vous ne l'avez déjà fait voici deux semaines, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à ce type de monument.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut avéré par celle des deux chambres mortuaires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle fausse-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Mety dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité, son nom n'étant attesté nulle part ailleurs, ni la relation existant entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - auxquelles, souvenez-vous, lors de cet ancien rendez-vous, j'avais déjà fait allusion -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, pour tenter d'être complet, il me faut ajouter que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et sa famille.  

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumait à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

 

     Ce qui permet d'augurer que cette sépulture fut comme tant d'autres la proie de pillards mais aussi, malheureusement, celle des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs tchécoslovaques se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et heureusement reproduites, les égyptologues n'eurent d'autre choix que se reporter à cette unique source de documentation alors connue, ses Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien car le savant allemand avait relevé l'ensemble du programme figuratif de cette cour, ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne", notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest du pilier central de la cour hypostyle, une très intéressante représentation d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est notamment vers elle que j'escompte vous emmener mardi 3 mai prochain, amis visiteurs, si d'aventure persiste en vous l'envie de découvrir plus avant la tombe de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2001, 55-141; ID. : 2005 ³ ; Laboury : 2010, 21)

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

L'ÉGYPTOLOGIE TCHÈQUE : III. LES FOUILLES D' ABOUSIR DURANT LA DERNIÈRE DÉCENNIE DU XXème SIÈCLE - 3. LA TOMBE DE FETEKTI : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

 

 

 

     C'est au bord du puits funéraire du mastaba de Kaaper dans lequel, malheureusement, nous n'avons pas pu descendre pour des raisons de sécurité évidentes que, vous et moi amis lecteurs, nous nous sommes quittés  samedi dernier, sans toutefois oublier de nous donner rendez-vous ce matin en vue de poursuivre nos allées et venues archéologico-touristiques dans cette partie du cimetière de l'Ancien Empire situé à l'extrémité de la nécropole d'Abousir.

 

Abousir sud - Plan

 

 

     La tombe qui, aujourd'hui, retiendra notre attention, - emplacement n° 2 sur le plan ci-dessus -, fut, comme la précédente, l'objet des soins de l'équipe des égyptologues tchèques sous la direction du Professeur Verner dès 1991. C'est à Miroslav Barta qu'à nouveau nous devons, notamment dans la publication consacrée au cimetière sud que j'ai précédemment mentionnée, les résultats complets de cette nouvelle fouille. 

 

      Nouvelle fouille, certes, mais absolument pas nouvelle découverte !

 

     Située quelque peu plus au nord de l'ensemble des autres tombes, sur la pente d'un vallon descendant vers le Nil, celle de Fetekti (ou Fetekta, selon certains égyptologues étrangers), vraisemblablement prêtre à Abousir à la fin de la Vème dynastie, fut en effet mise au jour, au milieu du XIXème siècle déjà, par l'égyptologue allemand Karl RichardLepsius (1810-1884), lors d'une expédition pour le compte de Frédéric IV de Prusse ; à tout le moins, l'entrée et sa cour intérieure à colonnes.

    

     Après ce début de fouilles menées par l'équipe de Lepsius, l'emplacement même de la tombe fut  complètement oublié pendant un siècle et demi jusqu'à ce que, en 1991 donc, les archéologues tchèques en redécouvrent le chemin et s'y intéressent à nouveau.

 

     Cette nouvelle investigation permit de constater que le mastaba réalisé en briques de boue avait été agencé exactement de la même manière que d'autres dans les environs immédiats, à savoir : l'espace intérieur à ciel ouvert que j'évoquais à l'instant, jadis magnifiquement décoré, et la traditionnelle chapelle - ici en fait, un étroit corridor - destinée au culte funéraire que la famille et les amis du défunt lui rendaient périodiquement, dans laquelle ils mirent au jour des peintures pariétales inédites qui venaient donc accroître le corpus déjà connu grâce à Lepsius.

 

     Les Tchèques relevèrent également l'existence, sur le mur ouest de la chapelle, de deux fausses-portes permettant le passage entre le monde des morts et celui des vivants .

(Si vous ne l'avez déjà fait la semaine dernière, je vous invite à peut-être relire l'article de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne" du 21 octobre 2008 que j'avais précisément consacré à la stèle fausse-porte.)

 

    En outre, à l'ouest de la chapelle, ils exhumèrent l'entrée de deux puits au bas desquels, à environ 10 mètres de profondeur, ils aboutirent dans deux chambres sépulcrales : incontestablement, le mastaba de Fetekti constituait un tombeau commun. Et ce que donc laissait supposer la présence des deux fausses-portes fut confirmé par celle des deux chambres funéraires.

 

     L'étude des panneaux permit de déterminer que la stèle-porte située au sud était prévue pour le culte de Fetekti, officiellement propriétaire des lieux, tandis que celle au nord appartenait à un mystérieux Meti dont il n'a pas encore été possible de définir la personnalité ni la relation qui existait entre les deux hommes.

 

     En revanche, non seulement des inscriptions dans sa tombe, mais aussi notamment des archives le concernant retrouvées dans le temple de Neferirkarê-Kakaï, - (qu'ici j'avais déjà mentionnées) -, nous fournissent quelques détails sur la  carrière professionnelle de Fetekti : prêtre, serviteur du dieu, il appert qu'il aurait eu pour tâche de prendre soin d'une partie de l'inventaire de ce temple funéraire à la mort du souverain ; ce qui, dans la hiérarchie des fonctionnaires palatiaux, représente un rang relativement élevé.

 

      A cela, il me faut ajouter, pour être complet, que certains titres laissent supposer qu'il avait également pour fonction de diriger les ateliers des tisserands royaux, c'est-à-dire ceux qui confectionnaient des vêtements de haute qualité pour le souverain et les siens. Si j'osais une comparaison quelque peu anachronique, j'indiquerais que Fetekti était en quelque sorte à son époque, le  Edouard Vermeulen, Fournisseur breveté de la Cour de Belgique ...

 

 

     Une analyse anthropologique des restes humains retrouvés dans la chambre principale a toutefois déterminé qu'il serait décédé entre 30 et 40 ans. Dispersé tout autour de ce que fut le corps du défunt : son viatique pour l'au-delà se résumant à quelques tessons de poterie, vraisemblablement des ustensiles de vaisselle.

Il semblerait donc que cette tombe fut comme tant d'autres la proie des pillards.

    

     Mais aussi, malheureusement, celle du temps ou, plus spécifiquement, des conditions climatiques  : très vite en effet, les fouilleurs se rendirent compte que là où se trouvait le tombeau, à cause des eaux accumulées lors des pluies torrentielles que subissait annuellement le plateau désertique, un ruissellement vers le bas de la Vallée du Nil avait considérablement entamé le monument et, en premier lieu, la décoration de la cour d'entrée et de ses piliers.

 

     Constatant l'irrémédiable disparition de certaines des peintures que Lepsius avait tant admirées, et reproduites, les égyptologues n'avaient plus d'autre choix que celui de se reporter aux documents du XIXème siècle.

 

     En effet, dans une magistrale étude en douze volumes sur l'ensemble des nécropoles de la région memphite, publiés entre 1849 et 1859, et de nos jours librement téléchargeablessur le Net,  les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien,

 

Lepsius---Volumes-des-Denkmaler-copie-1.jpg

 

 

le savant allemand, à propos de la sépulture de Fetekti, avait relevé l'ensemble des peintures de cette cour,  ressortissant au domaine de ce qu'il est habituellement convenu d'appeler "scènes de la vie quotidienne" : notamment l'assemblage et le transport du matériel dont se devait de disposer tout défunt ; la travail de la vigne et la manière dont le vin était produit ; un atelier de menuiserie ; la traditionnelle et si symbolique chasse au gibier sauvage dans le désert, etc. 

 

     Et parmi elles, j'épinglerai plus particulièrement, parce que relativement peu fréquente dans un contexte funéraire, anciennement sur plusieurs registres des faces sud et ouest d'un pilier de la cour ouverte, une très intéressante figuration d'un marché populaire de plein air où visiblement se côtoyaient artisans, paysans et pêcheurs : c'est elle que j'escompte vous présenter samedi prochain, amis lecteurs, si d'aventure persiste en vous  l'envie de visiter plus avant le tombeau de Fetekti en ma compagnie ...

 

 

 

(Barta : 2005 ³ )

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commentaires

Christiana 28/04/2016 14:34

Carl Richard Lepsius a la belle prestance, crinière et moustache du 19ème siècle. On disait qu'il porte beau :-)

J'ai bien révisé "Décodage de l'image égyptienne" et visité
les Denkmäler aus Aegypten und Aethiopien... par curiosité et pour la beauté des planches car évidemment, je n'y comprends rien.

Le marché populaire de plein air que tu nous promets mardi prochain me semble intéressant.
À mardi 3 mai!

Richard LEJEUNE 28/04/2016 16:28

Mais tu es l' "Étudiante" parfaite, Christiana !

C'est évidemment dans le but d'apporter un petit supplément, aux amateurs, éclairés ou non, historiens ou pas - :) -, que, souvent, je propose l'un ou l'autre lien soit de rappel vers de précédents articles de mon blog, soit d'accroissement de connaissances grâce à d'autres sources qui me paraissent judicieuses.
En fait chacun ce qu'il veut.

Je ne sais pas si Lepsius "porte beau", je ne me suis à vrai dire pas posé la question : je souhaitais simplement insérer son portrait dans mon intervention pour que tous mes visiteurs visualisent la personne qui se trouvait au centre de mon propos du jour.
Mais à bien y réfléchir après avoir lu ta remarque, il eût été peut-être préférable de plutôt commencer par l'image des volumes de son oeuvre.

À bientôt, mardi prochain, pour une visite "globale" de ce marché et, le 10 mai suivant, pour une bien plus en profondeur ...

Merci pour ta fidélité et, aussi bien sûr, pour l'intérêt que tu portes aux sujets que j'e je traite.

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