Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:00

 

     « Le coup de vent qui circulera sur la moisson ressemblera toujours à un coup de vent sur la mer. Mais le coup de vent sur la moisson, s’il nous paraît plus ample encore, c’est qu’il recense, en le déroulant, un patrimoine. Il est caresse à une épouse, main pacifique dans une chevelure.

 

       Ce blé, demain, aura changé. Le blé est autre chose qu’un aliment charnel. Nourrir l’homme ce n’est point engraisser un bétail. Le pain joue tant de rôles !

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, un instrument de la communauté des hommes, à cause du pain à rompre ensemble.

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, l’image de la grandeur du travail, à cause du pain à gagner à la sueur du front.

     Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, le véhicule essentiel de la pitié, à cause du pain que l’on distribue aux heures de misère. La saveur du pain partagé n’a point d’égale.

 

     Or voici que tout le pouvoir de cet aliment spirituel qui naîtra de ce champ de blé, est en péril. […] le pain, demain peut-être, n’alimentera plus la même lumière des regards.

     Il en est du pain comme de l’huile des lampes à huile. Elle se change en lumière.»

 

 

 

 

Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Pilote de guerre

XXIV

 

Paris, Gallimard, La Pléiade,

 pp. 362-3 de mon édition de 1959 

 

 

 

 

     Souvenez-vous, amis visiteurs : quand, de conserve, nous avions découvert les ingrédients du menu de Tepemânkh gravés sur le grand bas-relief en calcaire qui aujourd'hui encore se trouve exposé, ici à notre droite, au centre de la grande vitrine 5 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, nous avions relevé pas moins d'une dizaine de pains, soit distingués par une appellation propre - out, hetcha, neher, depeti, pezen, chenes, kenefou, hebenemout, zif -, soit plus génériquement nommés pains cuits dans la terre et pains de boulangerie.

 

     Et je ne prends pas encore la peine de répertorier les galettes et les différents gâteaux !

 

     Même si nous restons conscients que cette énumération ressortissait à un contexte funéraire - c'est-à-dire donne à lire ce que le propriétaire aisé d'un tombeau souhaitait obtenir pour lui assurer une éternité post-mortem la plus agréable possible - ; même si nous devons tenir compte du fait que semblable éventaire ne constituait en rien la consommation régulière de la grande majorité des modestes familles égyptiennes, il n'en demeure pas moins que la variété mise ainsi en évidence à une époque aussi lointaine nous laisse quelque peu pantois.

 

     Certes, la recette de diverses galettes est connue grâce notamment à l'un ou l'autre document médical : je pense par exemple au Papyrus Ebers qui en préconise aux dattes et au miel en vue d'éliminer les sécrétions provoquant la toux ; ou grâce aux indications lues dans l'une ou l'autre tombe : une paroi de l'hypogée de Rekhmirê (XVIIIème dynastie), dans la montagne thébaine, n'explique-t-elle pas les secrets de fabrication de gâteaux aux rhizomes de souchets frits à la poêle dans de l'huile d'olive ? ; ou encore grâce aux écrits d'auteurs antiques tels que Apicius,  Pline l'Ancien, Hérodote ou le philosophe et botaniste grec Théophraste, qui tous, ne l'oublions pas, n'ont connu que les derniers us culinaires de l'histoire égyptienne.

Cela posé, force est de constater qu'absolument aucun livre de cuisine tel que nous le concevons de nos jours ne nous est parvenu.

     De sorte que beaucoup de points d'interrogation subsistent quant à une connaissance affinée des ingrédients spécifiques entrant dans  la composition des différents pains actuellement recensés.


     Certes, les bas-reliefs de mastabas comme par exemple celui de Ti constituent une précieuse source de documentation, - j'aurai l'occasion d'y revenir à plusieurs reprises -, mais à ce niveau, la difficulté réside dans la traduction, qui n'est pas toujours évidente, à apporter aux termes techniques qui font florès dans les textes accompagnant les scènes.  

  

     Tous ces obstacles quant aux documents épigraphiques et papyrologiques à disposition des philologues ne doivent évidemment pas occulter l'apport, crucial, des vestiges archéologiques : ainsi, grâce à l'étude des pains desséchés retrouvés in situ par les archéologues, a-t-on pu identifier les deux céréales de base que sont le blé amidonnier (Triticum dicoccum - bedet, en égyptien) et l'orge (Hordeum vulgare it, en égyptien), présentes dans leur confection. Et de déterminer, indication importante, que les dites céréales sont également convoquées pour toutes les opérations de préparation de la bière : voilà qui explique lumineusement, vous en conviendrez, amis visiteurs, la raison pour laquelle, sur les parois des chapelles funéraires, ainsi que de ce côté de la vitrine 6 à laquelle nous accordons notre attention depuis le 12 novembre, scènes et matériel de brasserie et de boulangerie sont si étroitement associés. 

 

     D'ailleurs, pour corroborer ces analyses, il suffit de jeter un oeil sur les papyri faisant état des contenus des greniers de la IIIème à la XIIème dynastie, ainsi que ceux qui recensent les monceaux de grains stockés pour un défunt : en tête de liste, vous retrouverez immanquablement ces deux graminées.

 

    Mais, serez-vous en droit de me demander : que sont donc et à quoi peuvent bien ressembler ces pains desséchés auxquels vous faites allusion ?

 

     Approchez-vous, et observez : sur la seconde étagère de verre, à la droite de l'oushebti de Thoutmès que j'évoquai voici deux semaines et sur lequel j'ai promis de revenir, trois d'entre eux sont alignés devant vous qui firent partie, avec d'autres denrées périssables évidemment, des offrandes alimentaires déposées dans la tombe d'un quelconque défunt de la nécropole thébaine et que le climat, que vous savez d'une sécheresse extrême, a exceptionnellement conservées.

 

 

Vitrine-6--Cote-Nord---L.-p.-.JPG

 

 

     De gauche à droite à partir du milieu de ce support vitré, vous avez un premier pain, (E 14555),  triangulaire ; puis un rond aux bords légèrement relevés (E 14554et enfin un dernier (E 14673), quelque peu creusé en son centre.


      E-14555---E-14554-et-E-14673--L.-p.-.JPG

 

     (J'ouvre ici avec reconnaissance une parenthèse pour grandement remercier un de mes lecteurs, concepteur du blog Louvre-passion qui, sur requête de ma part, a eu l'extrême gentillesse de se rendre en salle 5 et d'y effectuer un certain nombre de clichés concernant la vitrine 6 qui me faisaient défaut, dont les deux ci-dessus.

 Merci à toi, L.-p. Sincèrement.)   

 

 

     Le premier de ces pains vieux de 3500 ans - (Louvre : © C. Décamps) -,

 

E 14555 - Pain triangulaire

 

présente des côtés variant entre 14 et 15 centimètres, et une épaisseur maximale de 3,3 centimètres.

 

 

     Le deuxième, rond et légèrement ondulé, - (Louvre : © C. Décamps) -,

 

E 14554 - Petit pain rond

 

mesure 10,6 centimètres de diamètre et est en moyenne épais d'un seul centimètre.

 

 

     Quant au troisième, caractérisé par une cavité, - (Louvre : © R.M.N./F. Raux) -,


 E-14673---Pain.jpg

 

il affiche un diamètre de 17,5 centimètres et une épaisseur d'environ 3 centimètres.

 

     Tous trois proviennent des fouilles menées par l'égyptologue français Bernard Bruyère dans le cimetière de l'Est, à Deir el-Médineh, sur la colline de Gournet Mouraï (XVIIIème dynastie, milieu du XVème siècle avant notre ère).

      Ils furent offerts au Louvre par le gouvernement égyptien en 1935, dans le cadre d'un partage de fouilles.  


           Malheureusement, devant ces trois exemplaires si distincts, façonnés à la main ou à partir d'un moule et en l'absence de documentation, nul n'est en mesure aujourd'hui de déterminer à laquelle des dénominations que j'ai citées tout à l'heure chacun d'eux correspond ...

     Pas plus d'ailleurs à propos de ceux, cinq en tout, que vous avez certainement remarqués en dessous, disposés sur le plateau brun-rouge, à même le sol de la vitrine : sans cartel, sans autre indication que leur seule présence proche des trois précédents, je ne puis vous en dire plus ... 

 

 

     Avant de vous quitter, amis visiteurs, autorisez-moi quelques petites remarques au passage qui vous permettront de comprendre sinon combien ce coin de vitrine manque quelque peu à sa destination didactique,  à tout le moins combien il ne facilite guère le travail de ceux qui veulent en rendre compte.


     Vous comprendrez tout de suite qu'ici j'épingle les cartels, l'un faisant défaut - je l'ai à l'instant souligné ; je n'y reviens plus -, l'autre étant erroné.

 

      Observez en effet, au front du support vitré, celui qui référencie les trois pains vieux de 3500 ans : il propose deux fois le même numéro d'inventaire E 14673, au détriment du E 14554 qu'il ne mentionne pas.

     Le concernant, je m'étais dit qu'à mes seuls mauvais yeux incombait une prise de notes erronée. Et pestai.

     Vous constaterez que le gros plan de cette partie de l'étagère que m'adressa Louvre-passion voici quelques jours me détrompa sans conteste.    


     Dans le catalogue de l'exposition Les Portes du Ciel (2009), p. 350, n°310, le numéro d'inventaire du gros pain rond avec creusement central (E 14673) est bien correct mais, là, c'est la photo du petit pain légèrement gondolé (E 14554) qui lui est attribuée par erreur.


     Après moult recherches dans d'autres ouvrages de ma bibliothèque, j'ai enfin pu trouver hier après-midi, dans le catalogue de l'exposition Les artistes de Pharaon (2002), sous la plume de Pierre Tallet, l'ensemble des trois pièces réunies avec chacune leur référence idoine. 


     C'est à ce document que j'ai choisi de faire confiance pour asseoir mes propos de ce matin.  

 

 

 

(Bardinet : 1995, 298 ; Moers : 2004, 45 ; Tallet : 2002, 108-9 ; ID. 2003, 39-51 ; Wild : 1966, 99)

Partager cet article

Repost 0
Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
commenter cet article

commentaires

Cendrine 08/01/2014 15:23

Au fait, très intéressant votre échange avec Christiana au sujet des auteurs anarchistes et je suis bien d'accord: "on ne jette pas le pain..." On peut faire tellement de bonnes choses avec du pain
rassis.
Cendrine

Richard LEJEUNE 09/01/2014 08:49



     Merci, Cendrine.


     Mais ce n'était pas vraiment  un échange : ce fut une bien intéressante leçon sur l'anarchisme que Christiana me fit là !



Cendrine 08/01/2014 15:20

Bonjour Richard,
C'est un menu de roi, de choix, de gourmand... avec mon regard d'aujourd'hui et ce frisson de gourmandise qui m'étreint en savourant les mots que vous écrivez... Car les mots, les sonorités, les
rythmes sont autant de bouchées susceptibles de faire naître le plaisir.
Le mot « variété » nous dit tant de choses... J'ai bien pris note du fait que les familles ne consommaient pas tous ces pains au quotidien mais il n'empêche que la variété était au coeur
des choses et je ne peux m'empêcher de songer à ce que des industriels sectaires font avec la nourriture, « calibrant » et appauvrissant des aliments pour « nous » faire manger
ce qu'ils souhaitent et tuer la variété. Enfin, pas à « nous » car je ne mange pas ces aliments et je suis loin d'être la seule à réagir ainsi. Heureusement qu'il y a encore des volontés
de ne pas céder à des formes préétablies d'aliments et qu'il existe des artisans amoureux de la diversité, proposant des pains succulents, des fruits qui ont des boursouflures et des moirures et
qui ne sont pas « botoxés ».
Sur bien des plans, cette variété inscrite dans le menu est une sacrée réjouissance!

J'aime le pain et très humblement, j'aime en préparer, mon mari aussi. Nous aimons le contact de la pâte, imaginer des saveurs qui se mélangent et concrétiser nos idées gourmandes... Après, c'est
une symphonie de petits pains qui ne ressemblent pas à ceux des maîtres boulangers mais qui sont très bons quand même.

Je me suis envolée sur les dorures du pain, veuillez m'en excuser...sourire.

Ces petits pains qui ressemblent à des éponges ou des pierres, j'aimais les contempler lorsque j'allais au Louvre tous les jours. Il fut un temps où c'était ainsi. Ils faisaient partie d'un
ensemble d'objets qui constituaient un parcours intime et qui n'étaient pas tous coulés dans l'or ou les pierreries.

Merci pour ce festin, belle journée, avec mes amicales pensées.

Cendrine

Richard LEJEUNE 09/01/2014 08:42



     C'est, par rapport à ce que vous avez lu dans mon article, votre judicieuse réflexion sur notre monde contemporain qui a retenu ce matin mon
attention, Cendrine. 


     Et de cela, vous n'avez certes pas à vous excuser ... Comme pour ceux de mes lecteurs qui me font
l'amitié de déposer un commentaire, j'apprécie toujours le vôtre dans la mesure où il est frappé au coin du bon sens inhérent à votre quotidien.


 


     Merci à vous.


 


     Ils faisaient partie d'un ensemble
d'objets qui constituaient un parcours intime et qui n'étaient pas tous coulés dans l'or ou les pierreries, concluez-vous.


     Grand merci aussi pour cette phrase qui me touche beaucoup parce qu'elle s'inscrit dans le droit fil de ce que je tente d'initier avec mon
modeste blog. On ne peut plus bellement stigmatiser tous ces visiteurs de départements d'Antiquités égyptiennes de n'importe quel musée du monde qui, en fait, regardent sans voir et n'ont de
cesse que se précipiter vers les grandeurs pharaoniques, se privant par là-même de la beauté du peuple d'alors. 



Louvre-passion 17/12/2013 20:52

Merci pour les remerciements.....

Richard LEJEUNE 18/12/2013 10:47



     C'est tout à fait naturel ...



FAN 15/12/2013 18:14

Merci à vous Richard et à Christiana pour cet échange de mails, je me suis instruite en plus du post de Richard!!Parfois, il est bon de ne pas écrire de suite, un commentaire après avoir lu le post
de la semaine!! Oui, le pain est précieux, jamais on ne le jetait, on faisait du "pain perdu" avec un oeuf battu, cuit à la poêle et dégusté avec du sucre ou sans, les poules aussi avait droit au
pain! Bref, ce trésor, ce blé si précieux, il faudrait que les institutrices de maternelle le fassent comprendre aux petits!! Si, si, le pain est toujours d'actualité mais il n'est plus considéré
comme un trésor!!Hélas, il n'y a pas que le pain!! BISOUS FAN

Richard LEJEUNE 16/12/2013 07:29



    Je ne sais s'il faut attendre que tous les commentaires soient arrivés avant de lire l'article hebdomadaire mais ce que je pense effectivement, Fan,
c'est qu'il est bon de revenir de temps en temps pendant la semaine aux fins de prendre connaissance de l'évolution d'éventuels débats car, de plus en plus souvent, - et cela me réjouit -, mes
lectrices et lecteurs apportent des points de vue des plus intéressants qui entraînent de passionnants développements.  


 


     Ce fut le cas, vous avez raison de le souligner, cette semaine avec Christiana ; ce le fut aussi, précédemment, avec la figurine du brasseur et
sa position au travail dont discutèrent notamment des spécialistes en kinésithérapie ...


 


    Ces interventions, peu ou prou, accroissent d'autant nos connaissances ; et cela ne peut qu'être profitable à tous ...   



christiana 14/12/2013 15:52

D'autant que l'écrivain Henri Calet (oncle de mon ami) a déjà raconté cela dans ses romans.

Pour la petite histoire mon ami a épousé Lola en seconde noce (l'une des 2 petites filles espagnoles) et a adopté sa fille.

Bon, j'arrête car je suis en train de polluer ton blog avec des histoires qui sont hors sujet, je te prie de m'en excuser...

Richard LEJEUNE 15/12/2013 08:18



     Polluer mon blog ??


 


     Tu y vas fort, Christiana ! Sache que tout ce qui touche peu ou prou à l'Histoire est toujours le bienvenu ... 



christiana 14/12/2013 10:22

Oui, c'est vrai que je conserve chez moi des choses étonnantes (objets et anecdotes) provenant du bagne mais malheureusement, mon ami qui vient de décéder était très réticent à parler du passé de
son père; celui-ci préférait oublier cette période douloureuse de sa vie car après ces erreurs de jeunesse, il a vraiment été un homme formidable qui a donné beaucoup pour le syndicat du livre, il
a également adopté 2 petites filles espagnoles qui fuyaient la guerre civile, c'était un homme bien et cela l'ennuyait que les journalistes reviennent sans cesse sur son passé. Je me dois donc de
respecter ce désir et de ne pas étaler cela dans un livre.

Richard LEJEUNE 14/12/2013 10:41



     Ah oui, le détail de l'adoption de deux orphelines espagnoles par Jean de Boë, je l'ai lu ce matin sur le Net, dans une courte biographie le
concernant ... 


 


     Il est certain que tu as raison de respecter les volontés d'un défunt ...



christiana 14/12/2013 01:05

Je dois dire que c'est un ami qui m'a fait découvrir ces auteurs anarchistes (comme aussi Henri Calet). Cet ami qui vient de décéder était le parrain de mon fils et fils d'un anarchiste, Jean De
Boé, qui a été arrêté pour recel avec la bande à Bonnot. Il l'a payé très cher puisqu'il a fait 10 ans de bagne à l'île du Diable avant de s'évader de Guyane et de rejoindre Bruxelles où il sera
président du syndicat du livre...

Richard LEJEUNE 14/12/2013 08:17



     Passionnant !


     C'est tout un pan de l'histoire de l'anarchisme, de l'histoire tout court, - malheureusement pas toujours de la plus belle eau -, que ton
commentaire évoque, Christiana.


 


     Avec de Boé et Raymond la Science, c'est aussi la Belgique du début du XXème siècle qui se mêle à la bande à Bonnot ...


 


     Cela pourrait faire matière d'un nouveau roman, non ?


 



christiana 13/12/2013 18:14

Il n'était guère au programme des cours d'histoire littéraire car anarchiste, peut-être trop subversif...?

Richard LEJEUNE 13/12/2013 18:36



     Qu'il ne fût pas aux programmes, je suis entièrement d'accord avec toi.


 


     Mais en tant qu'anarchiste, je ne serai pas aussi catégorique : j'ai quand même été initié à Max Stirner, à Proudhon, à Bakounine, à Malatesta
entre autres, par une prof de philo à l'esprit grandement libertaire : il est vrai que c'était après mai 1968.


 


     J'avais 20 ans en 1968 ...


 


     Je ne vois donc que deux raisons à ma méconnaissance de Poulaille, "imposée" par mes profs d'alors : les idées qu'il prônait qui ne leur
semblaient pas suffisamment intéressantes et/ou l'écriture pour les exprimer ...


 


     Mais j'avoue que cela me reste en travers de la gorge.    



christiana 13/12/2013 14:17

Oui, les années de guerre mais aussi (dans le cas de mon père) la grande crise sociale qui les a précédées et où il a connu la faim.

Henry Poulaille est un écrivain anarchiste français du début XXème siècle, créateur du courant de la littérature prolétarienne, auteur de nombreux romans dont "le pain quotidien". Ce roman, dont
l'action se déroule dans les années 1903 à 1906, montre, d'une manière directe et singulièrement vivante, ce qu'était la vie quotidienne de l'ouvrier parisien, des siens, de son entourage, au début
du siècle. Ce livre qui n'était pas autobiographique, mais fait de souvenirs d'enfance choisis avec attention et transposés, connut un grand succès.

Richard LEJEUNE 13/12/2013 17:38



     Intrigué, j'ai évidemment quelque peu fouillé le Net après avoir lu ton commentaire Christiana. Merci
toutefois d'avoir pris la peine de le poursuivre pour m'apporter aujourd'hui ce complément, cette leçon de littérature qui comble une lacune que je parviens pas à m'expliquer :
je n'ai jamais entendu parler de cet auteur à aucun des cours d'histoire littéraire qui ont émaillé mes études, qu'elles soient secondaires ou
supérieures !!


 


     Je n'ai non plus jamais croisé aucun de ses livres. Et pourtant adolescent, je fus un rat de bibliothèque ... avant d'approvisionner, le salaire
d'Enseignant venu, mes propres étagères.


 


     Je ne comprends pas ...


 




christiana 12/12/2013 16:49

C'est vraiment émouvant de voir ces pains si bien conservés... On a peine à imaginer qu'ils ont traversé 3500 ans! Ils ressemblent à de la terre cuite...
Je partage entièrement le point de vue de Saint-Ex sur le pain. Hélas, de nos jours, on mange de moins en moins de pain et on perd sa signification symbolique. Peut-être bientôt aura-t-il disparu?
Pour moi il a toujours été important et aujourd'hui encore j'aime quand mon compagnon pétrit la pâte et j'aime l'odeur du pain qui sort tout chaud du four.
Je viens de retrouver dans ma bibliothèque un roman de Henry Poulaille "Le pain quotidien" que j'avais lu quand j'étais jeune et je n'avais jamais oublié la dernière phrase du livre:
-On ne jette pas le pain...

C'est aussi ce que me disait mon père quand j'étais enfant, il disait aussi en partant pour le travail:
-Je vais gagner ma croûte.

Richard LEJEUNE 13/12/2013 07:57



     Merci, Christiana, pour ce beau témoignage empreint de détails et de souvenirs familiaux.


 


     Beaucoup d'expressions, il est vrai, font dans notre langue référence si pas directement au mot pain, à tout le moins à sa croûte, à ses tartines
ou à la pâte.


 


     La dernière phrase que tu cites de ce Poulaille - auteur dont, bizarrement, je n'ai jamais entendu parler - me rappelle un propos éducatif assez
semblable que tenait ma mère. Evoquant la nourriture en général, elle disait à notre fille quand elle était petite : "On ne jette rien chez
Bonne-Ma".


     La Seconde Guerre mondiale avait indéniablement laissé des traces ...  


 



Bonheur du Jour 11/12/2013 19:12

Et bien me voilà scotchée d'avoir vu du pain si ancien... Quel miracle de pouvoir le voir... Merci pour ce bon moment.
Bonne soirée.

Richard LEJEUNE 12/12/2013 08:15



     Cette vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre spécifiquement consacrée à la nourriture vous révèlera
bien d'autres surprises encore quand nous aurons terminé d'en établir l'inventaire.


 


     Mais il n'y aura pas un seul raton laveur ...



Carole 11/12/2013 00:32

Merci d'avoir partagé avec nous ces pains si émouvants, qui ressemblent à des pierres ponces, tant ils se sont allégés de matière, pour se charger de lumière.

Richard LEJEUNE 11/12/2013 07:53



     Cette vitrine - j'escompte bien le démontrer au cours des mois à venir - recèle des trésors évoquant le quotidien des Égyptiens qui méritent bien
plus qu'un regard furtif en passant ...


 


     Depuis que je lis certains commentaires reçus, je caresse immodestement l'espoir qu'un jour, EgyptoMusée disparu, ses lecteurs visiteront le
Département des Antiquités égyptiennes du Louvre ou d'ailleurs avec une tout autre approche des petites pièces exposées. 



J-P.Silvestre 10/12/2013 19:18

Si j'ai bien compris, Richard, quand un Egyptien disait à sa femme : "Chérie, je vais à la boulangerie " En réalité, il allait s'enfiler quelques pintes de bière au bistrot !

Richard LEJEUNE 10/12/2013 22:39



     Vous avez tout compris, Jean-Pierre ... enfin, dans un esprit éminemment contemporain des modes de penser et d'agir français : le zinc avant
toute chose !!


 


     Ceci posé, alors que sur ce sujet je ne m'y attendais pas, vous m'avez ce soir franchement fait rire. 


      J'en avais grand besoin ...


     Merci !



PASSION SCULPTURE 10/12/2013 13:56

Toujours aussi passionnant - merci pour toutes ces explications. bien amicalement

Richard LEJEUNE 10/12/2013 19:06



     Merci Maryvonne.



Etienne Remy 10/12/2013 13:37

Mince pour les fautes de frappe sur mon téléphone, oui je suis au boulot.
Etienne.

Richard LEJEUNE 10/12/2013 19:05



     Il paraît en effet qu'il est très difficile d'écrire correctement avec ce genre d'engin ...


Mais ne te frappe pas pour si peu : l'essentiel n'est point là !



Etienne Remy 10/12/2013 13:35

Bonjour Richard,

J'adore la citation de St Exupéry qui compare une main dans les cheveux et le vent dans les blés.
A l'image de son superbe petit prince que j'ai découvert enfant dans le récit de Gérard Philippe et l'ai ré découvertes récemment dans une pièce de théâtre à la télévision.
Ça m'a fait pleurer d'émotion tant la justesse de ses mots sont si universels si actuels.
Quand au pain lui aussi si universel à chaques civilisations.
Le pain fruit du travail des hommes,
j'ai déjà entendu du ça quelque part...

Amitiés,
Etienne.

Richard LEJEUNE 10/12/2013 19:03



     Etienne !  Je te croyais parti en voyage.


 


     Toi qui réagis souvent en pleine nuit, quelques heures après parution de mes articles, j'étais vraiment étonné que tu n'aies pas donné d'avis sur
"mes" modèles de meunières et du brasseur, ces quinze derniers jours ...


 


     Tu as évidemment raison, à propos de Saint-Ex : il est, à mes yeux, un grand philosophe avec son "Petit Prince", qu'il est erroné de
prendre comme un conte pour les seuls enfants !!


Et en ce sens, il mérite amplement que l'on se plonge dans le reste de son oeuvre littéraire ... 



François 10/12/2013 09:11

Cet article sur le pain a évoqué en moi le souvenir de la visite du Musée de Turin et de la salle consacrée à la tombe de Kha et Merit, inoubliable...
Il y avait (entre-autres merveilles)dans cette tombe deux tables basses couvertes de pains de toutes formes.
En cherchant une éventuelle image de ces pains, je suis tombé sur un album de photos concernant cette salle dont tu ne m'en voudras pas, Richard, de mettre le lien pour le ravissement de tes
lecteurs :
http://www.flickr.com/photos/menesje/sets/72157600066084316/
les détournant ainsi un instant de ton blog, mais la visite en vaut la peine !
De toutes façons, je suis sûr que - comme-moi - ils reviendront vite sur Égypto-Musée afin de te suivre dès ton prochain article !!!

Amicalement !
François

Richard LEJEUNE 10/12/2013 10:10



     Comment pourrais-je t'en vouloir, François ?


     Il m'est toujours agréable de constater qu'un sujet évoqué sur mon blog, ou même un simple détail parfois, puisse entraîner l'un de mes lecteurs
vers d'autres horizons qu'il partage alors avec nous : cela contribue indéniablement à apporter soit un complément d'informations à ce que j'avance, soit à donner naissance à un échange de
commentaires.


Et dans les deux cas, ce ne peut qu'être profitable à tous !


 


     Corollairement, cela me donne aussi le regret d'avoir déjà atteint un certain âge car je me dis alors qu'à la vitesse à laquelle je nous promène
dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je ne risque guère non seulement de le visiter entièrement avec vous mais qu'en outre, je n'aurai plus le temps de vous emmener
vers d'autres aussi intéressantes collections, sauf de manière épisodique peut-être.


 


     Car d'après ce que j'ai déjà pu voir grâce à toi - et d'après ce que j'en connais un peu grâce à ma documentation personnelle -, je suis
convaincu que j'en aurais là aussi bien des choses à dire ...


     C'est de plusieurs vies qu'il nous serait nécessaire !


 


     Une photo de pains - dont un triangulaire et des ondulés, comme au Louvre - se trouve déjà à la page 3 du corpus que l'on découvre avec ton
lien.


Quant aux pages suivantes, j'y retourne tout de go.


 


     Encore merci à toi pour ce beau cadeau. 



Monnier 10/12/2013 07:58

Cher Richard,

J'avoue être passé à côté de ces pains antiques lors de mes visites.
Très intéressant.

Bravo !

Richard LEJEUNE 10/12/2013 09:44



     Merci Franck.


 


     Ainsi commençant par "J'avoue", je présume que ta phrase veut exprimer le fait - trait commun de beaucoup de visiteurs -, que tu es
passé à côté de ces pains desséchés sans vraiment y prendre attention ...


 


     Mais il est un fait que, si peu "éclairés", - j'épingle là le problème des cartels que j'ai ce matin évoqué -, ils n'invitent pas nécessairement
à ce que l'on s'y attarde.


     Sauf que, - et la photo de Louvre-passion le prouve -, ils peuvent retenir un instant celles et ceux qui ont pris la peine de se faire
accompagner par l'audioguide.


 


     Je serais curieux de connaître la teneur du commentaire proposé ...     



Présentation

  • : EgyptoMusée - Le blog de Richard LEJEUNE
  • EgyptoMusée  -  Le blog de Richard  LEJEUNE
  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
  • Contact

SI VOUS CHERCHEZ ...

Table des Matières (13-12-2012)

 

METCHETCHI

 

OU

 

Sinouhé - Hiéroglyphes

 

SINOUHE

Ou Encore ...

L' INDISPENSABLE



Les dessins au porte-mines

de Jean-Claude VINCENT

EgyptoMusée est membre de

Pages