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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 00:02

 

     Au cours du printemps et de l'été 2013, souvenez-vous, amis visiteurs, je rédigeai à votre intention plusieurs articles relatant la très belle exposition qui se tenait au Musée royal de Mariemont, en Belgique, intitulée "Du Nil à Alexandrie. Histoire d'eaux".

 

    Au sein de cette série, l'un d'eux s'attarda sur un concept festif auquel les Égyptiens de l'Antiquité attachaient énormément d'importance. Je lui avais donné le titre de : "Hommages à Hâpy : le retour de la Lointaine le Jour de l'An".

 

    Comme je vous l'ai indiqué lundi dernier - jugeant le moment on ne peut plus propice -, c'est la réédition de larges extraits de cette intervention qu'il m'agréerait aujourd'hui de vous proposer de (re)lire.

 

 

 

     Le Retour de La Lointaine ... soit celui du flot bienfaiteur, héraut d'une nouvelle prospérité ... car vous avez évidemment compris que par ces termes, la rentrée de La Lointaine en terre égyptienne constituait la métaphore de la venue tant souhaitée de l'inondation qui, chaque année, à la saison Akhet, de la mi-juillet à la mi-novembre, permettait aux terres asséchées par Rê de se gorger tout à la fois d'eau et de ce limon fertilisant constitué des déchets et des débris rocheux que le Nil arrachait et charriait au long de son cours, de manière qu'elles puissent être préparées pour la culture quand le fleuve réintégrerait son lit, au début de la saison Peret, de la mi-novembre à la première quinzaine de mars.

 

     De sorte qu'à partir de la mi-mars, à la saison Chemou, débutait le temps des récoltes, auquel succédait à nouveau la sécheresse, avant les tant attendus débordements, coïncidant avec le lever héliaque de l'étoile Sirius, - la Sothis des Grecs -, aux environs du 19 juillet.

 

    Pour que retour il y eût, pour qu'abondantes les crues fussent, pour que le passage d'un cycle cosmique à l'autre dans les meilleures conditions possibles s'effectuât, fallait-il encore s'assurer les faveurs de Sekhmet, l'irascible déesse léonine, en conjurant la volonté destructrice de l'"Oeil de Rê" qu'elle personnifiait si elle n'avait pas été apaisée et que manifestaient ses flèches et ses émissaires, symboles des différents fléaux annuels.

 

     Conjuration, nous l'avons vu précédemment, opérée entre autres grâce aux statues que lui avait vouées le pharaon Amenhotep III et aux litanies qui s'égrenaient de chaque côté du siège sur lequel la Puissante trônait.

     Grâce également aux prières prophylactiques gravées à certains endroits des temples d'Edfou, d'Esna ou de Kom Ombo que se devaient de psalmodier les prêtres-lecteurs y officiant.

     Grâce aussi au sacrifice de plusieurs oryx, ces si belles antilopes accusées d'avoir tant irrité l'ombrageuse lionne pour avoir attenté à l'Oeil divin et ainsi s'opposer à l'apparition de l'étoile Sothis, partant, à la venue de la crue. 

     Grâce enfin à certains gestes populaires : je pense par exemple à ces petites figurines du Hâpy ventripotent que vous connaissez, façonnées en différentes pierres ou métaux que l'on jetait dans le Nil en période d'étiage, censées, vous vous en doutez, appeler et assurer d'imposants débordements futurs. 

 

     Inquiets, les Égyptiens surveillaient alors dans les nilomètres le niveau du fleuve qui commençait à grossir grâce aux pluies qu'il avait connues en amont de son parcours. Et quand les premiers signes de crue se manifestaient dans la Vallée, - nous étions le premier jour du premier mois de l'Inondation, approximativement le 19 juillet : La Lointaine était donc revenue -, les festivités du Nouvel An pouvaient commencer.

 

     Elles présentaient toutefois un aspect quelque peu ambigu dans la mesure où l'allégresse devant l'arrivée du flot nourricier le disputait à la crainte qu'il ne fût suffisamment dense et riche d'alluvions : réjouissances et beuveries populaires lors des grandes fêtes d'Hathor, déesse de l'Ivresse, ainsi que rituels apaisant Sekhmet ou implorant Hâpy, nous l'avons vu, se succédaient en fait jusqu'à ce que l'augmentation maximale atteigne idéalement un niveau d'eau de 16 coudées. 

 

      A l'occasion de ce Nouvel An tant espéré, il était coutume, dans toutes les strates de la société, d'offrir de menus présents, et notamment des petites gourdes relativement aplaties, en forme de lentille.

 

     Ce sont cinq d'entre elles que nous propose la vitrine devant laquelle nous sommes à présent arrêtés, à l'exposition Du Nil à Alexandrie. Histoires d'eaux, au Musée royal de Mariemont.    

 

      MARIEMONT---Vitrine----Gourdes-du-Nouvel-An----24-04-2013-.jpg

 

 

           Vous remarquerez au premier coup d'oeil que, parfois, les faces lenticulaires peuvent être décorées de motifs floraux ou géométriques, alors que d'autres - comme celle du fond à droite (Louvre N 961) - présentent une sorte de collier-ousekh, semblable à celui qui ornait l'égide que nous avons déjà admirée. 

 

     Beaucoup aussi portaient des inscriptions hiéroglyphiques gravées sur le plat de leurs bords circulaires : soit elles évoquaient un souverain - celle de l'arrière-plan, à gauche (Leyde AT 97) nomme par exemple Khnemibrê, fils de Rê, Amasis - ou le souhait qu'oralement devaient s'adresser ceux qui s'échangeaient semblables cadeaux.

 

     Ce voeu, Que s'ouvre (pour vous) une belle année, les plus fidèles d'entre vous le connaissent : je vous l'avais en effet présenté en début d'année, en 2009 et 2010.

 

      C'est l'adaptation de cette formule de Nouvel An que vous pouvez lire sur la tranche de la gourde (N 960) ci-après qui, à la différence de sa consoeur N 961 que nous venons de voir, est restée au Louvre : Qu'Amon ouvre une bonne année à son maître.

 

 

Gourde-de-Nouvel-An--Louvre-N-960----Cote-Amon-et-Mout.jpg

 

(Louvre N 960 - Salle 7, vitrine 11 -

Cliché © C. Décamps)

 

 

      Du côté opposé, c'est sous la protection d'autres divinités - Ptah et Sekhmet, entre autres - que le texte se place.

 

 

     Sur un autre récipient, le premier à gauche à l'avant-plan, vous découvrirez, au centre de ses bandeaux latéraux, une suite de hiéroglyphes plus foncés que les autres motifs gravés, de manière à vraisemblablement attirer sur eux une attention bienvenue puisqu'ils expriment le "classique" souhait de Nouvel An avec, d'un côté : Puissent Ptah et Sekhmet ouvrir une bonne année pour son propriétaire ; et de l'autre : Puissent Nebet-Hetepet et Bastet - (autres manifestations de La Lointaine) - ouvrir une bonne année pour son propriétaire.  

 

     Mais que donc contenaient ces gourdes si couramment offertes au passage d'une année à l'autre ?

 

     Si je m'en réfère à Arnaud Quertimont, Docteur en égyptologie et éditeur scientifique du guide de l'exposition : l'eau de la crue, affirme-t-il sans hésiter. (Notice 12, p. 26)

 

     Apparemment plus circonspect, Luc Delvaux, Conservateur des Antiquités d'Égypte dynastique et gréco-romaine aux Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles écrit qu'elles étaient probablement - c'est moi qui souligne - destinées à recueillir de l'eau au premier jour de l'inondation annuelle du Nil. (Notice 13, p. 26)

 

     Quant à Madame Geneviève Pierrat-Bonnefois, Conservateur en chef au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, responsable de la documentation, elle avance, avec autant d'assurance qu'en avait Arnaud Quertinmont : C'est l'association si étroite du Nouvel An avec l'Inondation du Nil qui a amené les contemporains à imaginer que ces gourdes étaient employées à contenir l'eau bénéfique du Nil à ce moment-clé. Nous n'en avons aucune preuve(Notices 14 et 15, p. 28)

 

     Pour ma part, preuve ou non, j'aurais tendance à entériner les propos d'Arnaud, non par amitié personnelle, mais parce que je trouve beau et éminemment symbolique le geste d'offrir à ses amis quelques gouttes de la nouvelle eau pour l'année nouvelle.

 

     Plus beau et plus symbolique que de présenter un contenant sans contenu ... Non ?

 

 

(Derchain : 1962, 47-9 ; ID. 1991, 85-91Desroches Noblecourt : 2000, 171-90 ;Germond : 1979, 23-9 ; Goyon ² : 1970, 267-81 ; Quertinmont : 2013, 26 et 30 ; Yoyotte : 1980 ², 44)

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 08:15

 

    "Les souffles de l'aquillon ne m'apportaient que les soupirs de la volupté ; le murmure de la pluie m'invitait au sommeil sur le sein d'une femme. Les paroles que j'adressais à cette femme auraient rendu des sens à la vieillesse, et réchauffé le marbre des tombeaux. Ignorant tout, sachant tout, à la fois vierge et amante, Eve innocente, Eve tombée, l'enchanteresse par qui me venait ma folie était un mélange de mystères et de passions : je la plaçais sur un autel et je l'adorais.

     

     (...) Un seul de ses regards m'eût fait voler au bout de la terre ; quel désert ne m'eût suffi avec elle ! À ses côtés, l'antre des lions se fût changé en palais, et des millions de siècles eussent été trop courts pour épuiser les feux dont je me sentais embrasé."

 

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Mémoires d'Outre-Tombe

 

Tome I, Livre troisième, chapitre 13,

Lausanne, Éditions Rencontre, 1968,

p. 144.

 

 

 

                                                                            
 

     J'avais près de seize ans quand je la rencontrai pour la première fois. 

Vous avouerais-je que la plupart des garçons de ma classe furent autant que moi fascinés par sa beauté ? Et je ne fus probablement pas le seul à en tomber éperdument amoureux. Mais elle resta de pierre ...


     Je la revis à maintes et maintes reprises. Seul à seule. En tête à tête. Je ne pouvais dire mot ; elle pas plus. J'étais toujours aussi subjugué ! Embrasé, à l'instar de Chateaubriand pour sa belle inconnue ...

 

     Un jour, après une visite que je lui fis, je me rendis compte que des "portraits" d'elle étaient mis en vente : en fait, c'était l'empreinte de ses traits d'une finesse à faire pâlir d'envie n'importe quelle actrice engagée pour promouvoir l'un quelconque parfum, fût-il le Chanel 5 de la sculpturale Marilyn, qui avait été immortalisée dans le plâtre.


     Sans hésiter une seule seconde, j'en acquis un exemplaire.

 

   Et, "ma reine" au bras, je revins chez mes parents, heureux et fier de l'enfermer dans ma chambre de grand adolescent ...

 

     Depuis, l'on ne se quitta plus. Et aujourd'hui, toujours aussi majestueuse, elle trône entre salon et bureau,

DIVINE IDOLE, DURABLE IDYLLE ...

 

partageant ainsi la vie de ma petite famille, emportant sans cesse et notre admiration et celle des amis qui passent à la maison.

 

     Grâce à nous qui la contemplons, elle est la Beauté personnifiée, la Beauté chaque jour renouvelée ...

 

    Mais, vous interrogez-vous certainement, qui donc est la femme de cette durable idylle qui tant me trouble encore, un demi-siècle après l'avoir croisée pour la première fois ?

 

 

 

    C'est aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles, en son Département des Antiquités égyptiennes que je découvris un jour un éblouissant fragment de bas-relief en calcaire (E 2157) la représentant : le cartel indiquait qu'il s'agissait de la reine Tiyi, épouse d'Amenhotep III.

 

     Mesurant 42 centimètres de haut et 39 de large, le monument avait été arraché au début du XXème siècle par de peu scrupuleux "fouilleurs" de la nécropole thébaine à la tombe (TT 47) d'un haut fonctionnaire, supérieur du harem royal, nommé Ouserhat. 

    
     Si cette oeuvre du XIVème siècle avant l'ère commune, chaque jour, continue à retenir l'attention de tous ceux qui la voient, fait partie des collections belges, c'est à l'extraordinaire talent de découvreur de Jean Capart 
(1877-1947) que nous sommes redevables.

 



  

 

   
     Au début du XXème siècle, cet égyptologue belge est Conservateur de ce qui s'appelle encore à l'époque les Musées Royaux du Cinquantenaire. Quelques notables acquisitions, malgré pourtant le peu de crédits que lui allouaient le Gouvernement, la Caisse auxiliaire des Musées et la Société des Amis des Musées Royaux de l'État, illuminèrent les premières années de son mandat.

 

     Arguant qu'indubitablement il n'avait aucune chance de se mesurer aux grandes institutions muséales européennes et américaines sur le plan des achats, il préféra développer une politique tournée vers les pièces qui semblaient peu attractives mais dont sa sagacité et surtout son immense connaissance de l'art égyptien avaient tout de suite décelé l'inestimable intérêt.

 

    Et ce fut précisément le cas de celle-ci qu'il acquit pour une somme anormalement dérisoire, en 1905 à Paris, lors de la vente publique de la collection d'antiquités d'un certain P. Philip parce que, non seulement d'après le catalogue, elle était censée représenter une dame de l'époque grecque mais aussi, vous l'admettrez aisément en la découvrant, 

 




     

 

parce qu'elle donnait à voir une femme abominablement mutilée par des graffiti sur la joue gauche, tandis que d'autres, tout aussi bizarres, avaient été apposés essentiellement sur la partie haute du corps. 

     E
n la matière, l'intuition du jeune Capart , - il avait 28 ans ! -, constitua un véritable coup de maître : après s'être longuement assuré que les gribouillages ne correspondaient à aucune écriture sérieuse, il décida, dans un premier temps, d'un minutieux nettoyage au terme duquel il comprit qu'il était en présence d'un admirable portrait de reine de la XVIIIème dynastie.

 

     Dans un second temps, deux ans plus tard, après une analyse plus que pointue, et grâce à sa prodigieuse mémoire - il avait en effet le souvenir d'avoir vu semblable représentation dans une revue d'égyptologie -, le Professeur Capart l'identifia sans conteste à la reine Tiyi dont le portrait intact avait été publié par Howard Carter, le futur inventeur de la tombe de Toutânkhamon, dans le quatrième volume des Annales du Service des Antiquités égyptiennes (A.S.A.E.), en 1903. 

 

     L'égyptologue anglais  y rendait compte des parois d'un hypogée (TT 47) malheureusement déjà complètement pillé qu'il avait mis au jour à El-Khokha, dans la Vallée des Nobles, vis-à-vis de Louxor.


     Et manifestement, entre le moment où Carter vit et publia la découverte de ce tombeau dévasté et celui où Capart eut le fragment de calcaire entre les mains, de bien piètres fouilleurs avaient soustrait Tiyi de la "maison d'éternité" de son contempteur, Ouserhat, et l'avaient "maquillée" d'abominable manière. 

     Car, à l'origine, Tiyi avait été représentée sous son profil gauche, portant une coiffure d'apparat sur cette traditionnelle perruque tripartite à retombées de chaque côté du visage, ainsi que sur la nuque.

 

 

 

 

 

     Une sorte de bandeau-diadème lui ceint la tête, orné qu'il est sur le front du double uraeus symbolisant, par la couronne qu'arbore chacun des deuwx serpents dressés, tout à la fois la Haute et la Basse-Egypte, et à l'arrière, du faucon aux ailes éployées en guise de protection, tenant entre ses serres l'anneau-chen, signe circulaire, sorte de boucle n'ayant ni commencement ni fin, figurant le concept d'éternité et matérialisant la force et la durée universelle. Le tout coiffé d'une couronne d'où s'élevaient à l'origine deux plumes d'autruche.

     Avant de nous quitter, j'aimerais entraîner votre regard vers le subtil jeu de courbes initié par le sculpteur partant du sommet de la tête et aboutissant à l'inflexion donnée à la tige de la fleur de lotus, en passant par l'arc du sourcil gauche, sans oublier celui des épaules.

     Remarquez également cet infime détail donnant à cette oeuvre admirable un cachet que seuls les grands artistes, malgré les conventions arbitraires imposées, peuvent s'offrir : la petite mèche de vrais cheveux de la reine entièrement, ou presque, recouverts de la lourde perruque ; mèche à peine visible entre l'oreille et le sourcil gauches.

     J'évoquais à l'instant les codifications bien établies de l'art égyptien qui, notamment, associe dans un but aspectif bien plus que descriptif, l'oeil de face dans un visage de profil, ou les épaules également de face et le sein, - ah, ce sein ! -, lui aussi de profil : convenez avec moi que ces "invraisemblances" physiques, que cette image conceptuelle fruit d'un langage plastique particulier - , n'entachent en rien la finesse, la fraîcheur de la jeunesse et la beauté de ce visage et de ce corps.

 


     Une beauté à couper le souffle !

 

... qui ne peut que nous inviter à chaleureusement applaudir la ferme décision de Jean Capart d'acquérir ce monument meurtri qui, aujourd'hui "démaquillé", permet de conserver pour tous à Bruxelles une oeuvre d'une indéniable qualité esthétique et à l'un quelconque admirateur inconditionnel d'en acquérir une copie en plâtre pour illuminer au quotidien chaque instant de son univers.

 

 

DIVINE IDOLE, DURABLE IDYLLE ...

 

 

     Fraîchement rentré dans la blogosphère en provenance de cieux apolliniens où tout fut calme et volupté, c'est sur une oeuvre exceptionnelle qu'il me seyait aujourd'hui, amis visiteurs, d'ouvrir le rideau de cette nouvelle année civile sur mon blog, ainsi que sur mes pages Facebook : quoi de plus roboratif, en effet, que la Beauté, avec un B immensément majuscule, - qu'elle réside dans les lignes de ce "portrait" royal provenant du XIVème siècle avant notre ère ou dans les mots du vicomte de Chateaubriand choisis en prémices -, pour chaleureusement vous remercier, toutes et tous, d'avoir eu la gentillesse de m'adresser qui un message privé, qui une réponse amène à mon intervention du 19 décembre dernier.

 

     À l'entame de 2016, puissent les voeux que je formule ici à votre intention rencontrer vos projets les plus ténus comme les plus pharaoniques, tout en vous rendant les 362 prochains jours aussi coruscants qu'il sera possible.

 

     Et chez les Égyptiens de l'Antiquité, seriez-vous en droit de me demander, comment la nouvelle année se manifestait-elle ?

    C'est ce que je me propose de vous expliquer en rééditant dans les prochains jours des extraits d'un vieil article dans lequel, déjà, l'événement était évoqué et remis en contexte. 

 

     

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:19

 

      Revenir des pyramides, c'est comme si vous reveniez de Montléry.

 

 

     Vous conviendrez avec moi, amis visiteurs, que l'on ne peut plus explicitement exprimer un désenchantement.

 

    Je quittai Jérusalem, j'arrivai à Jaffa, et je m'embarquai pour Alexandrie. D'Alexandrie, j'allai au Caire, et je laissai Julien chez monsieur Drovetti, qui eut la bonté de me noliser un bâtiment autrichien pour Tunis.  

  

      Vous conviendrez également qu'aussi rapidement présenter le "programme" d'un séjour en Égypte n'augure pas vraiment de pages et de pages de considérations enflammées.

 

     Je m'étais imaginé, après avoir constaté que ce n'est que dans la sixième des sept parties que contient son ouvrage Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, en allant par la Grèce et revenant par l'Égypte, la Barbarie et l'Espagne, et en seulement une petite trentaine de pages que François-René de Chateaubriand "expédie" la relation de son séjour en terre égyptienne ; je m'étais naïvement imaginé donc que de brillantes descriptions viendraient émailler ses Mémoires d'Outre-Tombe dans lesquelles je prends tant de plaisir à voyager depuis cet automne. 

 

     Que nenni ! Malheureusement pour les amateurs de comptes-rendus que nous sommes vous et moi de tous ces grands écrivains qui, à partir de cette époque, entreprirent ce qu'il est convenu d'appeler dans la littérature idoine, le "Voyage en Orient".

 

     Nonobstant, ce matin, je me propose de vous offrir, extraites du deuxième chapitre du dix-huitième livre de ses Mémoires d'Outre-Tombe, quelques précisions additives à son Itinéraire de Paris à Jérusalem, qu'absent de la blogosphère pendant ces vacances d'hiver j'ai préalablement programmées la semaine dernière à votre seule intention.

 

 

    Chateaubriand et Julien, son domestique, ont embarqué à Alexandrie aux fins de rallier Tunis :

 

    Un orage du sud-est s'éleva à notre grande joie, et en cinq jours nous arrivâmes dans les eaux de l'île de Malte. Nous la découvrîmes la veille de Noël ; mais le jour de Noël même, le vent, se rangeant à l'ouest-nord-ouest, nous chassa au midi de Lampedouse. Nous restâmes dix-huit jours sur la côte orientale du royaume de Tunis, entre la vie et la mort.

Je n'oublierai de ma vie la journée du 28. [décembre 1806] 

 

     Nous jetâmes l'ancre devant les îles de  Kerkeni. Nous restâmes huit jours à l'ancre dans la petite Syrte, où je vis commencer l'année 1807.

     Sous combien d'astres et dans combien de fortunes diverses j'avais déjà vu se renouveler pour moi les années, qui passent si vite ou qui sont si longues ! Qu'ils étaient loin de moi ces temps de mon enfance où je recevais avec un coeur palpitant de joie la bénédiction et les présents paternels ! Comme ce premier jour de l'année était attendu ! Et maintenant, sur un vaisseau étranger, au milieu de la mer, à la vue d'une terre barbare, ce premier jour s'envolait pour moi, sans témoins, sans plaisirs, sans les embrassements de la famille, sans ces tendres souhaits de bonheur qu'une mère forme pour son fils avec tant de sincérité ! Ce jour, né du sein des tempêtes, ne laissait tomber sur mon front que des soucis, des regrets et des cheveux blancs.   

 

 

François-René de CHATEAUBRIAND

Mémoires d'Outre-Tombe

Livres XV à XXIV

 

Lausanne, Éditions Rencontre, 1968

pp. 202-3

 

 

EXCELLENTE FIN D'ANNÉE

 

    Vous aurez évidemment compris que ces propos, superbes, de Chateaubriand m'invitent, avec malheureusement moins d'éloquence, à d'ores et déjà vous adresser à toutes et à tous mes voeux les plus enthousiastes pour que cette période traditionnellement de fêtes vous soit la plus excellente possible, et à vous donner rendez-vous le mardi 5 janvier prochain.

 

    Très bonnes vacances à tous ... 

 

Richard 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rich'Art
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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 00:01

 

     (...) Ces mêmes principes s'appliquent à l'art : expression d'idées et de sentiments, il doit s'accorder avec le milieu ambiant. Un art n'est mauvais que s'il est mécanique, s'il abandonne la recherche de toute expression et se réduit à la simple copie d'un style ou de motifs étrangers aux conditions du moment et du milieu. Il ne faut donc mépriser que les époques qui se bornent à imiter ce que d'autres ont produit.

 

 

     Il y a peu, sur son excellente page Facebook, Marc Chartier remettait à l'honneur un extrait de l'ouvrage "Arts et métiers de l'Égypte ancienne", de l'égyptologue W.F. Flinders Petrie, "père-fondateur" de l'égyptologie britannique, dans la traduction qu'en avait publiée son homologue Jean Capart, alors Professeur à l'Université de Liège, "père-fondateur" de l'égyptologie belge, auquel j'eus le plaisir, ici sur ÉgyptoMusée, souvenez-vous amis visiteurs, de très souvent faire référence.

     C'est dans le premier chapitre de ce livre que j'ai relevé aux pages 9 et 10 de mon édition de 1925 parue chez Vromant & Co, à Bruxelles, cette notion d'importance que j'ai choisie ce matin en guise d'exergue.

     Vous allez très vite en comprendre la raison.

 

     Aux fins d'apposer un point final à la série de lettres adressées d'Égypte par Jean-François Champollion le Jeune à son frère ou à d'autres personnes de son entourage, ou d'extraits du journal qu'il tint durant le séjour qu'il y fit entre 1828 et 1830, dont je viens ces dernières semaines de vous proposer la lecture, je voudrais aujourd'hui, pour mon ultime intervention égyptologique avant de prendre congé de vous pendant les vacances d'hiver qui, en Belgique, commencent ce samedi 19 décembre, vous soumettre le début d'un rapport circonstancié de ses activités au "Museo Egizio" de Turin qu'en août 1824 il destina au Duc de Blacas, son protecteur.

     Ce document me semble primordial pour clôturer l'ensemble des articles au déchiffreur figeacois consacrés dans la mesure où il constitue un remarquable plaidoyer en faveur de l'art égyptien, certes, mais aussi un implacable réquisitoire contre tous ceux qui, à l'époque, prônaient l'hégémonie totale de l'art grec sur celui de l'antique Kemet.
 

     Puissiez-vous, à la lumière de ces propos, mieux appréhender certaines des descriptions que vous avez rencontrées pour rendre compte des reliefs de temples ptolémaïques qu'il visita en Haute-Égypte, tels que Denderah ou Philae ...



     Monsieur le Duc,

     La protection éclairée dont le Roi a honoré les études égyptiennes et mes constants efforts à les rendre fructueuses pour l'histoire, a imposé de nouveaux devoirs à mon zèle, et l'a soutenu aussi dans la perquisition persévérante des notions positives que l'examen des monuments peut encore permettre de recueillir, afin de recomposer, s'il est possible, le tableau des hommes, des opinions et des événements contemporains de la primitive civilisation.

     Vous avez partagé, Monsieur le Duc, et ces vues élevées et l'intérêt tout particulier qui s'attache à de telles recherches. Familiarisé avec les plus belles productions des arts de la Grèce et de Rome, vous avez accueilli, avec un égal empressement, celles du peuple illustre qui les devança dans toutes les épreuves de l'organisation sociale, qui les dota de sa propre expérience dans toutes les institutions civiles, religieuses et politiques, et qui, s'organisant comme pour lui seul, laissa néanmoins de grands exemples à tous les autres.


     (...) Je vous devais, Monsieur le Duc, le premier hommage de l'exposé des recherches dont ce musée m'a fourni la précieuse occasion ; veuillez me permettre de vous l'offrir dans une suite de Lettres dont le sujet doit embrasser les divers genres de monuments.  

    
 (...) L'histoire de l'art en Egypte était inséparable de celle de ses rois ; les mêmes monuments témoignent à la fois pour l'une et pour l'autre. (...) C'est seulement dans le Musée Royal de Turin, au milieu de cette masse de débris si variés d'une vieille civilisation, que l'histoire de l'art égyptien m'a semblé rester encore entièrement à faire. Ici tout montre que l'on s'est trop hâté d'en juger les procédés, d'en déterminer les moyens, et surtout d'en assigner les limites.

     La théorie créée par Winckelmann (1) , et professée de nos jours d'après l'unique autorité du maître, n'a été fondée que sur la vue d'une très petite série de monuments réunis par le hasard, sans choix comme sans distinction, dans les musées de l'Italie, dont on s'est empressé de peser les mérites avant d'en connaître  ni le sujet, ni l'époque, ni la destination primitive. 

     (...) L'ensemble des statues provenant de la collection Drovetti prouve surtout, contre l'opinion générale, que les artistes égyptiens ne furent point tenus d'imiter servilement un petit nombre de types primitifs en donnant aux personnages qu'ils devaient représenter, soit dieux, soit simples mortels, cette figure de convention, et toujours la même, dont il a plu à un examen superficiel de supposer l'existence obligée.

     (...) Mais si, dégagés de toute prévention trop exclusive en faveur de l'art grec, nous mettons à l'épreuve les préceptes de Winckelmann par un examen impartial des têtes de ces mêmes statues si semblables d'ailleurs par leur posenous resterons frappés de l'extrême variété des physionomies (...) soit dans la coupe de l'ensemble, soit dans les formes de détail. On chercherait vainement à retrouver parmi elles ce prétendu type obligé, sur lequel les sculpteurs égyptiens devaient, dit-on, et conformément aux lois, modeler tous leurs ouvrages.

     Toutefois, la plupart de ces têtes présentent entre elles, quant à la disposition générale des traits, une certaine analogie, cette sorte d'air de famille que l'on verra également empreint dans les ouvrages de tout autre peuple comparés entre eux. Ce n'est pas là non plus l'effet de l'adoption définitive d'un type convenu : cette ressemblance dans l'ensemble des têtes provient de ce qu'en Egypte comme ailleurs, les artistes s'efforçant d'imiter les formes qu'ils avaient perpétuellement sous les yeux, les têtes de leurs statues durent porter les traits caractéristiques de la race égyptienne ; (...) d'où il résulte que l'on a dû porter des arrêts contraires à la raison comme à l'équité, toutes les fois que l'on a voulu juger l'art égyptien en prenant pour terme d'appréciation ou de parallèle l'art des Grecs, c'est-à-dire celui d'un peuple totalement étranger à l'Egypte. Si l'on s'étonne enfin de ne point remarquer dans les statues égyptiennes, ces formes gracieuses ou sublimes que le ciseau des Grecs sut imprimer au marbre le plus précieux comme à la matière la plus commune, c'est qu'on oublie sans cesse que les Egyptiens cherchèrent à copier la nature telle que leur pays la leur montrait, tandis que les Grecs tendirent et parvinrent à l'embellir et à la modifier d'après un style idéal que leur génie sut inventer. (...) Ainsi les têtes humaines de la collection Drovetti sont en général d'une très bonne exécution, et plusieurs d'entre elles d'un style grandiose, plein d'expression et de vérité. L'on n'observe dans aucune ce visage mal contourné, cette face presque chinoise que Winckelmann regardait comme le caractère des statues véritablement égyptiennes. Il reste donc à expliquer comment il put arriver, et le fait est incontestable, que ces belles têtes, dont le travail est si fin et si soigné, se trouvent pour l'ordinaire placées sur des corps d'une exécution en général très faible et très négligée.

     Cette singularité si frappante d'abord pour le curieux qui, pour la première fois, parcourt le musée de Turin, ne me paraît qu'une conséquence naturelle du principe fondamental qui présidait à la marche de l'art égyptien. Cet art, comme je l'ai avancé ailleurs  (2), semble ne s'être jamais donné pour but spécial la reproduction durable des belles formes de la nature ; il se consacra à la notation des idées plutôt qu'à la représentation des choses.

     La sculpture et la peinture ne furent jamais en Egypte que de véritables branches de l'écriture. L'imitation ne devait être poussée qu'à un certain point seulement ; une statue ne fut en réalité qu'un simple signe, un véritable caractère d'écriture ; or, lorsque l'artiste avait rendu avec soin et vérité la partie essentielle et déterminative du signe, c'est-à-dire la tête de la statue, soit en exprimant avec fidélité les traits du personnage humain dont il s'agissait de rappeler l'idée, soit en imitant de manière forte et vraie la tête d'un animal qui spécifiait telle ou telle divinité, son but était dès lors atteint.

     (...) Il sortira, je l'espère du moins, de cette masse imposante de statues, de stèles, de bas-reliefs, de tableaux peints, une théorie de l'art égyptien fondée enfin sur des faits bien observés, et l'on appréciera, peut-être, avec un peu plus d'équité qu'on ne l'a fait jusqu'ici, les efforts persévérants d'un peuple qui, jetant les premiers fondements de la civilisation humaine, entra le premier dans la carrière des arts, et construisit de superbes temples à ses dieux, érigea de majestueux colosses à ses rois, dans le temps même que le sol de la Grèce et celui de l'Italie (...) étaient couverts de forêts vierges encore, et n'étaient parcourus, de loin en loin, que par quelques hordes de sauvages.

     (...) Désormais les antiquités égyptiennes ne seront plus recueillies seulement comme de simples objets de curiosité. (...) Ces restes de l'existence d'un grand peuple prendront enfin le rang qui leur est dû, et formeront ainsi le premier anneau de la chaîne des monuments historiques.              
    

 



(1) Johann Winckelmann (1717-1768), archéologue allemand qui professa l'indiscutable suprématie de l'art grec sur celui de n'importe laquelle des civilisations antiques. A ses yeux, le but de l'art était la beauté, l'expression de l'idéal et non pas du réel.
A l'époque de Champollion, les théories de Winckelmann avaient encore force de loi.


(2) Dans le Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens, Chapitre IX, § 11, p. 364, qu'il venait de publier la même année 1824.

 

 

 

***

J.-F. Champollion  (© Siren-com, pour Wikipedia)

J.-F. Champollion (© Siren-com, pour Wikipedia)

 

     Vous connaissez évidemment, amis visiteurs, à l'entrée du port de New York, la célèbre statue de "La Liberté éclairant le monderéalisée par le Français Auguste Bartholdi (1834-1904). Mais saviez-vous que parmi d'autres oeuvres de cet artiste, figure une représenattion du Déchiffreur en personne ?

 

     Il ne me déplaît pas aujourd'hui, après avoir l'automne durant évoqué cet immense savant, de terminer mes propos dans la cour du Collège de France, à Paris, là où par un décret du roi Louis-Philippe Ier, fut créée pour lui, le 12 mars 1831, une chaire d'archéologie ; là où, deux mois plus tard, le 10 mai, il prononça sa leçon inaugurale ; là où sa santé fort défaillante au retour d'Égypte l'empêcha de professer les cours qu'il souhaitait, puisqu'il mourut, je vous le rappelle, le 4 mars 1832 ; là où, depuis 1875, médite son effigie reproduite dans le marbre : de l'image d'une jeune femme "éclairant le monde" de sa torche à celle de Champollion l'éclairant de ses connaissances, c'est la liberté de vivre et de penser que Bartholdi a érigées en oeuvres d'art pour l'éternité ...  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 12:00
DE STARGATE ™  AUX  COMICS : LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK

 

     Du 21 mai au 20 novembre 2016, le Musée royal de Mariemont (Morlanwelz, Belgique) présentera une exposition intitulée

 

De StargateTM aux comics. Les dieux égyptiens dans la culture geek.

 

     Pas de panique si vous n'êtes pas un Geek, l’événement s’adresse aussi à vous. Toutes les références seront expliquées et contextualisées ; c'est ça aussi le rôle d’un musée.  

 

 

De l'Égypte au Grand Écran ! Un mariage détonnant

 

     Bien que de nombreuses expositions se soient penchées sur les raisons de la fascination qu’exerce l’Égypte antique sur les hommes d’aujourd’hui, rares sont celles qui touchent à l'univers Geek. Et pourtant, dieux égyptiens et science-fiction ont été régulièrement associés ces quarante dernières années. La franchise la plus connue et la plus explorée est celle de Stargate

 

 

Stargate, La Porte des Étoiles

 

     Lorsqu’en 1928, un archéologue exhume sur le plateau de Guizèh un gigantesque anneau composé d’un métal inconnu, il n’imagine pas qu’il vient de retrouver La Porte des Étoiles : un appareil permettant de voyager à travers la galaxie. Dans les différents mondes habités qu’ils découvrent, les explorateurs de la Terre rencontrent une race alien hostile se faisant passer pour des dieux : les Goa’ulds.

     Au cours de leurs aventures, ils vont affronter les grandes figures du panthéon égyptien représentées par Râ, Apophis, Hathor, Heru’ur (Horus), Seth … mais des divinités d’autres civilisations du monde antique.

 

     Les scénaristes, conseillés par des spécialistes en histoire de l’art et en archéologie, et le travail remarquable des costumiers ont rêvé la survivance d’un monde ancien en l’adaptant à notre époque.   

 

 

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      Dans l'exposition, nous pourrons admirer quelques-uns des somptueux costumes portés par les dieux – les Goa’ulds – et leurs guerriers – les Jaffas.

 

     Des objets et des artworks originaux issus du film Stargate seront aussi dévoilés exceptionnellement.

     Cet ensemble de près d’une cinquantaine de pièces remarquables sera mis en dialogue avec les mythes et les dieux égyptiens de façon à discerner la réalité des adaptations apportées par la fiction.   

 

 

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De la Momie à Immortel en passant par Dr. Who

  

     D’autres réalisations cinématographiques se sont également penchées sur les dieux égyptiens. Ainsi, Immortel ad Vitam, Le retour de la Momie  ou encore le très attendu X-Men : Apocalypse ne sont que quelques exemples.

     Ces différents films seront évoqués par le biais de bandes dessinées ou  encore d’affiches.  

 

 

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     L’univers de Dr. Who n’échappe pas aux dieux égyptiens : les Osirians, les Anubians et même Styx le Sontaran … sont autant de races rencontrées par le ‘Seigneur du Temps’ à l’origine des mythes et de la civilisation égyptienne …

     Différents comics vous plongeront dans cet univers fabuleux. Ne vous méprenez pas, le Tardis est plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur…

 

 

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DC ComicsMarvelVertigo...

 

 

     L’Égypte et la bande-dessinée c’est une grande histoire d’amour ! Papyrus, Alix, Tintin ... sont autant de références devenues classiques, mais on rencontre également de nombreux dieux égyptiens dans les comics ! Thor, Batman, Mighty Isis, Wonder Woman, les Avengers, Apocalypse, Shazam, Les 4 Fantastiques … autant de personnages des franchises DC ComicsMarvel ou encore Vertigo

     Certains numéros de ces bandes-dessinées et comics vous emmèneront à la rencontre de Sekhmet, Khonsou, Osiris… 

 

 

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Jeux de plateau, jeux vidéo (rétrogaming) et jeux de rôle (RPG)

 

     Que serait l'univers Geek sans les jeux vidéo et les jeux de rôle ? Les dieux égyptiens y occupent une place de choix.

     Citons par exemple les grands classiques comme Age of Mythology, Pathfinder, Deus ... 

     Bienveillants ? Maléfiques ? Quels rôles y jouent-ils? Plusieurs exemples de ces jeux seront présentés.

 

 

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Le monde des dieux égyptiens s’offre à vous !

Ôserez-vous franchir la porte et venir à leur rencontre ?

 

 

 

 

     Le projet d'exposition est porté par Arnaud Quertinmont geek assumé, nostalgique de la Nes, de Stéphanie de Monaco et de Xéna la Guerrière ainsi que par Bertrand Federinov, inconditionnel de Marty McFly, de Willy le Borgne et bien entendu de Stargate. 

     Ils sont également conservateurs au Musée royal de Mariemont (Egypte et Réserve précieuse).

 

 

 

     Grand merci à toi, Arnaud, de m'avoir permis de relayer ici, sur mon blog, ainsi que sur mes deux pages Facebook, ces quelques informations à propos de l'exposition à venir au printemps 2016 au Musée royal de Mariemont (Morlanwez - Belgique).

 

                     

 

                

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rich'Art
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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 00:02

 

 

     Parmi les plaisirs accordés à un retraité, outre celui, essentiel parce que roboratif, de s'occuper certains jours de ses petits-enfants, existe celui, dès les volets ouverts sur un paysage bucolique, de choisir, dans la même soif d'esthétisme, l'auteur qui, après douche et petit-déjeuner, comblera votre journée.

 

 

CHAMPOLLION EN ÉGYPTE : LETTRE À MONSIEUR  DACIER

 

     Plus personne, ici, n'ignore mon besoin de continuer à apprendre de mes lectures, mon besoin aussi, consubstantiel, de me prélasser dans une belle langue : Proust, vous le savez, amis visiteurs, ainsi que Chateaubriand figurent parmi ces sauveurs de mes vieux jours.

 

     Aujourd'hui, dans la droite ligne de mes rééditions des semaines précédentes, j'ai un court instant délaissé ces deux immenses littérateurs pour me tourner - revenir, préciserais-je - vers Jean-François Champollion qui, je vous l'ai souvent répété, semble animé dans certaines de ses descriptions de ce souffle romantique particulièrement cher à Chateaubriand,    

 

     Pour la troisième fois consécutive, j'ai choisi de vous proposer l'une des missives datées du 1er janvier 1829, alors que le Figeacois séjourne à Ouady-Halfa, à l'extrême sud de la Nubie.

     Si les deux précédentes, relatant sa vision de Philae et d'Abou Simbel, constituaient des remises en lumière d'anciennes contributions au sein d'ÉgyptoMusée, vous aurez compris que le présent document, cadeau qu'il me sied de vous procurer, se révèle pour sa part tout à fait inédit sur ce blog.

 

     Les plus fidèles d'entre vous se souviendront certainement d'une Lettre à Monsieur Dacier, document capital dont j'avais donné à lire un extrait le 28 septembre dernier en introduction à un article intitulé Figeac, Grenoble, Paris : se battre pour des idées : il y exposait, rappelez-vous, les principes des hiéroglyphes égyptiens devant les membres de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres dont, précisément, Bon-Joseph Dacier était le Secrétaire perpétuel.

     C'est donc à cette même personne que Champollion adresse le courrier ci-après : 

 

 

 

 

 

 

Ouady-Halfa, le 1er janvier 1829

 

     Monsieur,

 

     Quoique séparé de vous par les déserts et par toute l'étendue de la Méditerranée, je sens le besoin de me joindre, au moins par la pensée, et de tout coeur, à ceux qui vous offrent leurs voeux au renouvellement de l'année. Partant du fond de la Nubie, les miens n'en sont ni moins ardents, ni moins sincères ; je vous prie de les agréer comme un témoignage du souvenir reconnaissant que je garderai toujours de vos bontés et de cette affection toute paternelle dont vous voulez bien nous honorer, mon frère et moi.

 

     Je suis fier maintenant que, ayant suivi le cours du Nil depuis son embouchure jusques à la seconde cataracte, j'ai le droit de vous annoncer qu'il n'y a rien à modifier dans notre Lettre sur l'alphabet des hiéroglyphes. Notre alphabet est bon : il s'applique avec un égal succès, d'abord aux monuments égyptiens du temps des Romains et des Lagides, et ensuite, ce qui devient d'un bien plus grand intérêt, aux inscriptions de tous les temples, palais et tombeaux des époques pharaoniques. Tout légitime donc les encouragements que vous avez bien voulu donner à mes travaux hiéroglyphiques, dans un temps où l'on n'était nullement disposé à leur prêter faveur.

 

     Me voici au point extrême de ma navigation vers le midi. La seconde cataracte m'arrête, d'abord par l'impossibilité de la faire franchir par mon escadre composée de sept voiles et, en second lieu, parce que la famine m'attend au-delà, et qu'elle terminerait promptement une pointe imprudente tentée sur l'Éthiopie. Ce n'est pas à moi de recommencer Cambyse : je suis, d'ailleurs, un peu plus attaché à mes compagnons de voyage qu'il ne l'était probablement aux siens. Je tourne donc dès aujourd'hui ma proue du côté de l'Égypte pour redescendre le Nil, en étudiant successivement à fond les monuments de ses deux rives : je prendrai tous les détails dignes de quelque intérêt, et, d'après l'idée générale que je m'en suis formée en montant, la moisson sera des plus riches et des plus abondantes.

 

     Vers le milieu de février, je serai à Thèbes, car je dois au moins donner quinze jours au magnifique temple d'Ibsamboul l'une des merveilles de la Nubie, créée par la puissance colossale de Rhamsès-Sésostris (sic), et un mois me suffira ensuite pour les monuments existants entre la première et la deuxième cataracte. Philae a été à peu près épuisée pendant les dix jours que nous y avons passés en remontant le Nil, et les templs d'Ombos, d'Edfou et d'Esné, si vantés par la Commission d'Égypte au détriment de ceux de Thèbes, que ces messieurs n'ont pas sentis, m'arrêteront peu de temps, parce que je les ai déjà classés, et que je trouve, sur des monuments plus anciens et d'un meilleur style, les détails mythologiques et religieux que je ne veux puiser qu'à des sources pures. Je me bornerai à recueillir quelques inscriptions historiques et certains détails de costume qui sentent la décadence. Malgré cela, il est utile de les avoir.

 

     Mes portefeuilles sont déjà bien riches : je me fais d'avance un plaisir de vous mettre successivement sous les yeux toute la vieille Égypte, religion, histoire, arts et métiers, moeurs et usages. 

 

 

CHAMPOLLION EN ÉGYPTE : LETTRE À MONSIEUR  DACIER

 

     Une grande partie de mes dessins sont coloriés, et je ne crains pas d'annoncer qu'ils ne ressemblent en rien à ceux de notre ami Jomard, parce qu'ils reproduisent le véritable style des originaux avec une scrupuleuse fidélité.

(...)

    Je vous prie, monsieur, d'agréer la nouvelle assurance de mon très respectueux attachement,

 

J.-F. Champollion Le Jeune

 

 

P.S. Rosellini et Duchesne me chargent de vous présenter leurs très respectueux hommages.

 

 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettre à son frère

 

dans Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987,

pp. 181-3

 

 

 

 

 

 

Remarque.

 

 

     Je ne détiens évidemment pas l'ouvrage original de Champollion.

 

     Si toutefois je me suis autorisé à "signer" le cliché au bas de sa page introductive ci-dessus, c'est parce que je l'ai effectué à partir de ce que je possède, à savoir la reprographie en plusieurs volumes de l'édition originale qu'en ont réalisée les Éditions de Belles-Lettres, à Genève, en 1973.

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 00:02

    Je vous propose ce matin, amis visiteurs, la suite de la lettre que je vous avais donnée à lire la semaine dernière dans laquelle Jean-François Champollion, s'adressant à son frère le 1er janvier 1829 depuis Ouady-Halfa, s'exprimait à propos de Philae.

 

 



Ouady-Halfa, 2ème cataracte, 1er janvier 1829

     (...) Enfin, le 26 [décembre 1828], à neuf heures du matin, je débarquai à Ibsamboul [Abou Simbel], où nous avons séjourné aussi le 27. Là, je pouvais jouir des plus beaux monuments de la Nubie, mais non sans quelque difficulté. 

 

 

Abou Simbel - Vue des deux temples ramessides (Wikipedia © Schaengel)

Abou Simbel - Vue des deux temples ramessides (Wikipedia © Schaengel)

 

     Il y a deux temples entièrement creusés dans le roc, et couverts de sculptures. La plus petite de ces excavations est un temple d'Hathor, dédié par la reine Nofrétari, femme de Rhamsès le Grand, décoré extérieurement d'une façade contre laquelle s'élèvent six colosses de trente-cinq pieds chacun environ, taillés aussi dans le roc, représentant le pharaon et sa femme, ayant à leurs pieds, l'un ses fils, l'autre ses filles, avec leurs noms et titres. 

 

 

Abou Simbel - Temple d'Hathor - (Wikipedia © Remih)

Abou Simbel - Temple d'Hathor - (Wikipedia © Remih)

 

     Ces colosses sont d'une excellente sculpture, et j'en veux mortellement à Gau (*) d'avoir donné à leur stature si svelte et d'un galbe si élégant la tournure de lourds magots et d'épaisses cuisinières, dans la vue qu'il a publiée du second temple d'Ibsamboul.

     Ce temple est couvert de beaux reliefs, et j'en ai fait dessiner les plus intéressants.



     Le grand temple d'Ibsamboul vaut à lui seul le voyage de Nubie : c'est une merveille qui serait une fort belle chose même à Thèbes. 

 

 

Abou Simbel - Temple de Ramsès II (Wikipedia © Remih)

Abou Simbel - Temple de Ramsès II (Wikipedia © Remih)

 

     Le travail que cette excavation a coûté effraie l'imagination. La façade est décorée de quatre colosses assis, n'ayant pas moins de soixante et un pieds de hauteur. Tous quatre, d'un superbe travail, représentent Rhamsès le Grand ; leurs faces sont portraits, et ressemblent parfaitement aux figures de ce roi qui sont à Memphis, à Thèbes et partout ailleurs. C'est un ouvrage digne de toute admiration. 

     Telle est l'entrée ; l'intérieur en est tout à fait digne, mais c'est une rude entreprise que de le visiter. A notre arrivée, les sables et les Nubiens qui ont soin de les pousser, avaient fermé l'entrée.  Nous la fîmes déblayer afin d'assurer le mieux possible le petit passage qu'on avait pratiqué, et nous prîmes toutes les précautions possibles contre la coulée de ce sable infernal qui, en Egypte comme en Nubie, menace de tout engloutir. 

     Je me déshabillai presque complètement, ne gardant que ma chemise arabe et un caleçon de toile, et me présentai à plat ventre à la petite ouverture d'une porte qui, déblayée, aurait au moins vingt-cinq pieds de hauteur. Je crus me présenter à la bouche d'un four, et, me glissant entièrement dans le temple, je me trouvai dans une atmosphère chauffée à cinquante-deux degrés : nous parcourûmes cette étonnante excavation, Rosellini, Ricci, moi et un de nos Arabes, tenant chacun une bougie à la main. 

     La première salle est soutenue par huit piliers contre lesquels sont adossés autant de colosses de trente pieds chacun, représentant encore Rhamsès le Grand. Sur les parois de cette vaste salle règne une file de grands bas-reliefs historiques, relatifs aux conquêtes du Pharaon en Afrique ; un bas-relief surtout, représentant son char de triomphe, accompagné de groupes de prisonniers nubiens, nègres, etc., de grandeur naturelle, offre une composition de grande beauté et du plus grand effet.

     Les autres salles, et on en compte seize, abondent en beaux bas-reliefs religieux, offrant des particularités fort curieuses. Le tout est terminé par un sanctuaire, au fond duquel sont assises quatre belles statues, bien plus fortes que nature et d'un très bon travail. Ce groupe, représentant Amon-Ra, Rê, Ptah et Rhamsès le Grand assis au milieu d'eux, n'a été bien dessiné par personne. Le dessin de Gau est ridicule à côté de l'original.

     Après deux heures et demie d'admiration, et ayant vu tous les bas-reliefs, le besoin de respirer un peu d'air pur se fit sentir, et il fallut regagner l'entrée de la fournaise en prenant des précautions pour en sortir. J'endossai deux gilets de flanelle, un bernous de laine, et mon grand manteau, dont on m'enveloppa aussitôt que je fus revenu à la lumière ; et là, assis auprès d'un des colosses extérieurs dont l'immense mollet arrêtait le souffle du vent du nord, je me reposai une demi-heure pour laisser passer la grande transpiration.

 

    Je regagnai ensuite ma barque, où je suai encore pendant une heure ou deux. Cette visite expérimentale m'a prouvé qu'on peut rester deux heures et demie à trois heures dans l'intérieur du temple sans éprouver aucune gêne de respiration, mais seulement de l'affaiblissement dans les jambes et aux jointures ; j'en conclus donc qu'à notre retour nous pourrons dessiner les bas-reliefs historiques, en travaillant par escouades de quatre (pour ne pas dépenser trop d'air), et pendant deux heures le matin et deux heures le soir. Ce sera une rude campagne : mais le résultat en est si intéressant, les bas-reliefs sont si beaux, que je ferai tout pour les avoir, ainsi que les légendes complètes.

 

    Je compare la chaleur d'Ibsamboul à celle d'un bain turc, et cette visite peut amplement nous en tenir lieu.

 

    Nous avons quitté Ibsamboul le 28 au matin.

 

 


 

 

Jean-François CHAMPOLLION

Lettre à son frère

 

dans Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987,

pp. 175-8


 

 

 

 

    
(*) François-Chrétien GAU (1790-1853) était une architecte allemand, naturalisé français qui sillonna l'Egypte et la Nubie en 1819 et leur consacra une série de dessins que l'on peut considérer comme la suite logique de la grande "Description de l'Egypte" rapportée par les savants et artistes qui avaient accompagné là le général Bonaparte, 20 ans plus tôt.

     Vous aurez compris que Champollion n'appréciait pas vraiment ceux de ses dessins qui représentaient les reliefs d'Abou Simbel.  

     Pour la "petite histoire", permettez-moi d'ajouter qu'à Paris, en tant qu'architecte, on doit à F.-C. Gau la basilique Sainte-Clotilde mais aussi, rue de la Roquette, la prison pour hommes, maintenant disparue et appelée "La Grande Roquette", construite en 1836 dans le dessein d'héberger les condamnés à mort ou au bagne.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 17:06

 

 

     Lors de la conférence de presse, tenue à Louxor ce 28 novembre en fin de matinée, dans la maison de Howard Carter, le ministre des Antiquités, le Dr Mamdouh El-Damaty a annoncé que les scans radar ont révélé l’existence d’un grand vide, avec un long couloir, derrière ce que nous savons maintenant être un faux mur (une "ruse", un stratagème, destinés à déjouer d'éventuels pilleurs de tombes) dans la chambre funéraire de Toutankhamon. Il est utile de rappeler que la tombe a été pillée plusieurs fois dans l'antiquité.


     Le Ministre a ensuite déclaré : "Nous avons parlé précédemment d’une chance de 60 pour cent qu’il y ait quelque chose derrière les murs. Mais maintenant, à la lecture des premières analyses, nous sommes en mesure d'affirmer une probabilité à 90 pour cent.”

 
 
Photo de Égypte-actualités.
 

     En novembre 1922, après une dizaine d'années de fouilles et de recherches dans la Vallée des Rois, Howard Carter et Lord Carnarvon découvrent enfin la première marche de la tombe de Toutankhamon qu'ils cherchaient désespérément.


     Au sein de cette KV62, d'une superficie à peine supérieure à 100 m², c'est une équipe composée des meilleurs experts qui travaillera au déblaiement et à la sauvegarde des objets. Certains y consacreront près de dix années, et le monde entier, fasciné par ce jeune pharaon sorti de l'oubli, s'émerveillera des inestimables trésors qui l'entouraient pour son au-delà.

     Depuis plus de 90 ans, le nombre de visiteurs ayant pénétré dans la tombe du pharaon afin de s'imprégner d'une petite parcelle de son éternité, n'a cessé d'augmenter, mettant en péril sa survie. L'humidité engendrée par ces visites a fortement détérioré les peintures et généré des moisissures, causant des atteintes conséquentes, qui ont conduit le Service des Antiquités, dans un premier temps à limiter le nombre de visites quotidiennes, puis à en fermer l'accès au public en 2011.

     Ce contexte qui semblait devenir inévitable avait été appréhendé, dès 2002, et les bases de construction d'une réplique de la KV62 avaient été étudiées.
 

     C'est l'entreprise Factum Arte, fondée par le peintre britannique Adam Lowe, basée à Madrid, qui a été choisie pour construire cette réplique, financée pour partie par les ministère du Tourisme et des Antiquités égyptiens, ainsi que par des fonds de l'Union Européenne.

Des techniques innovantes, des plus pointues, la 3D notamment, ont été mises en œuvre, utilisées et pilotées par des as de ces technologies nouvelles. En 2009, pendant de longs mois, l'équipe de Factum Arte a investi la tombe afin d'en mémoriser chaque centimètre avec la plus haute précision. "Le premier travail a consisté à relever minutieusement le relief des parois et du sarcophage avec un scanner spécialement conçu pour l’occasion. Sa résolution atteint cent millions de points par m². Puis la deuxième étape a consisté à photographier les peintures avec une très haute résolution et en respectant fidèlement les couleurs." 
 

     Munis de ces données, les techniciens de Factum Arte sont repartis dans leurs locaux de Madrid où ils ont commencé à fabriquer le fac-similé sous la forme de centaines de panneaux en polyuréthane à haute densité. Puis ceux-ci ont été assemblés sur place pour constituer les quatre parois de la chambre mortuaire. L'inauguration du "double" de la tombe a eu lieu en avril 2014.

     Et c'est là que débute une autre partie de cette belle histoire…

 

     Nicholas Reeves, égyptologue anglais grand spécialiste de Toutankhamon, étudie avec attention les photos réalisées par Factum Arte dans la chambre funéraire. Cette pièce est la seule de la tombe qui soit ornée de peintures "rudimentaires, classiques, d'une simplicité austère", exécutées sur un enduit de plâtre peint en jaune, qui reflètent le nom rituel qui lui était donné dans l'antiquité : "la Salle de l'Or". Il remarque alors des reliefs qui pourraient être des ouvertures rebouchées donnant sur deux pièces inexplorées jusqu’à ce jour. En poussant plus loin sa réflexion, il estime que l’une (mur nord) serait le lieu de sépulture de la reine Néfertiti, alors que l’autre (mur ouest) serait un espace de stockage.

     Nicholas Reeves appuie son hypothèse - contestée, est-il besoin de le rappeler, par d’autres égyptologues - tout d’abord sur son interprétation des fresques du mur nord du tombeau (qui représenteraient le jeune roi Toutankhamon accomplissant un rituel funéraire pour sa mère, la reine Néfertiti), puis sur le fait que Toutankhamon est décédé prématurément, à l’âge de 19 ans, et que, faute de tombeau disponible, les prêtres auraient pris la décision de rouvrir la tombe de Néfertiti, dix années après sa mort, pour inhumer le jeune roi dans un hypogée non prévu pour lui.

     Pour vérifier cette hypothèse, le ministère des Antiquités a donné son feu vert à l’entrée en scène de techniques non invasives et non destructrices. Tout d’abord, la thermographie infrarouge, opération pilotée par Jean-Claude Barré, venu en Égypte dans le cadre de la mission “Scan Pyramids”. Cette technique, basée sur des images captées à un rythme régulier durant 24 heures, peut révéler des écarts de température induisant éventuellement la présence de cavités sous une surface donnée. Ce fut en effet le cas dans la tombe de Toutankhamon où de tels écarts de température ont été détectés à travers l’enduit peint du mur nord, sans en qu’il ait été possible de déterminer la configuration exacte d’un espace creux ni, a fortiori, son contenu.

     Après quelques tests dans une tombe dont on connaît déjà la configuration (la KV5) pour vérifier l’efficacité et la fiabilité du matériel utilisé, la deuxième série de prospections dans la tombe de Toutankhamon a été effectuée à l’aide de la technique du radar, ce dispositif étant placé à 5 cm du mur de manière à ne pas l’endommager.

     Lors de la conférence de presse, tenue à Louxor ce 28 novembre en fin de matinée, dans la maison de Howard Carter, le ministre des Antiquités, le Dr Mamdouh El-Damaty a annoncé que les scans radar ont révélé l’existence d’un grand vide, avec un long couloir, derrière ce que nous savons maintenant être un faux mur (une "ruse", un stratagème, destinés à déjouer d'éventuels pilleurs de tombes) dans la chambre funéraire de Toutankhamon. Il est utile de rappeler que la tombe a été pillée plusieurs fois dans l'antiquité.

     Les analyses menées par Hirokatsu Watanabe, un spécialiste japonais du radar, fournissent également des preuves d'une seconde porte cachée dans le mur ouest attenant.

     Le Ministre a ensuite déclaré : "Nous avons parlé précédemment d’une chance de 60 pour cent qu’il y ait quelque chose derrière les murs. Mais maintenant, à la lecture des premières analyses, nous sommes en mesure d'affirmer une probabilité à 90 pour cent.” 
Il précise que les données recueillies seront rapidement examinées de manière plus approfondie au Japon.

 

     Il a évoqué ensuite une possible prochaine étape qui consisterait à creuser un petit trou dans le mur (sur un espace non peint) de la salle voisine, dénommée "Salle du Trésor" , jouxtant le “vide” derrière le mur dans la chambre funéraire, pour introduire une caméra fureteuse.

     Il est en effet impensable de prendre le risque d'abîmer ces parois peintes, ou de les détériorer. Il est utile de rappeler que Howard Carter, lors de la seconde saison de fouille avait en effet détruit une partie de la scène du mur sud, dont il avait ensuite récupéré les fragments, mais ces pratiques ne sont plus de mise aujourd'hui.
 

     Les questions demeurent, et même se multiplient... Mais une réponse est certaine : Toutankhamon n'a pas fini d'être sur le devant de la scène !
 

MG-MC

 

    Immense merci à vous, Marie Grillot et à toi, Marc, de m'avoir permis d'intégralement reproduire ici le texte sur ce sujet que vous avez publié dans Égypte-actualités.

 

Pour compléter l’information :

http://egyptophile.blogspot.fr/2015/11/toutankhamon-lhistoire-continue.html

http://news.nationalgeographic.com/…/151126-nefertiti-tomb…/

http://news.nationalgeographic.com/…/151128-tut-tomb-scans…/

http://english.ahram.org.eg/…/Radar-test-underway-before-se…

https://youtu.be/ZNil-IgCIoc

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rich'Art
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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 00:02

De l'île de Philae, le 8 décembre 1828



     Nous voici, mon bien cher ami, depuis le 5 au soir, dans l'île sainte d'Osiris, à la frontière extrême de l'Égypte et au milieu des noirs Éthiopiens, comme eût dit un brave Romain de la garnison de Syène, faisant une partie de chasse aux environs des cataractes.

(...)

    A Syène, nous avons évacué nos maâsch, et fait transporter tout notre bagage dans l'île de Philae, à dos de chameau. Pour moi, le 5 au soir, j'enfourchai un âne et, soutenu par un hercule arabe, car j'avais une douleur de rhumatisme au pied gauche, je me suis rendu à Philae en traversant toutes les carrières de granit rose, hérissées d'inscriptions hiéroglyphiques des anciens Pharaons. Incapable de marcher, et après avoir traversé le Nil en barque pour aborder dans l'île sainte, quatre hommes, soutenus par six autres, car la pente est presque à pic, me prirent sur leurs épaules et me hissèrent jusques auprès du petit temple à jour, où l'on m'avait préparé une chambre dans de vieilles constructions romaines, assez semblable à une prison, mais fort saine et à couvert des mauvais vents.

 

     Le 6 au matin, soutenu par mes domestiques, Mohamed le Barabra et Soliman l'Arabe, j'allai visiter péniblement le grand temple. Au retour, je me couchai et je ne me suis pas encore relevé, vu que ma goutte de Paris a jugé à propos de se porter à la première cataracte et de me traquer au passage ; elle est fort benoîte du reste, et j'en serai quitte demain ou après.

(...)   

Philae  (Wikipedia - © Ivan Marcialis)

Philae (Wikipedia - © Ivan Marcialis)

Ouady-Halfa, 2ème cataracte, 1er janvier 1829

 

     Ma dernière lettre était de Philae. Je ne pouvais être longtemps malade dans l'île sainte d'Isis et d'Osiris : la goutte me quitta en peu de jours, et je pus commencer l'exploitation des monuments. Tout y est moderne, c'est-à-dire de l'époque grecque ou romaine, à l'exception d'un petit temple d'Hathor et d'un propylon engagé dans le premier pylône du temple d'Isis, lesquels ont été construits et dédiés par le pauvre Nectanébo I ; c'est aussi ce qu'il y a de mieux. La sculpture du grand temple, commencée par Philadelphe, continuée sous Evergète I et Epiphane, terminée par Evergète II et Philometor, est digne en tout de cette époque de décadence : les portions d'édifice construits et décorés sous les Romains sont du dernier mauvais goût, et, quand j'ai quitté cette île, j'étais bien las de cette sculpture barbare. Je m'y arrêterai cependant encore quelques jours en repassant, pour compléter la partie mythologique, et je me dédommagerai en courant les rochers de la première cataracte, couverts d'inscriptions historiques du temps des pharaons.


 

 

Jean-François  CHAMPOLLION

Lettre à son frère

 

 dans Lettres et journaux écrits pendant le voyage d'Égypte

Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987

pp. 165-73 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Rééditions
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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 13:53

 

     Hier soir, dimanche 22 novembre, vers 21 H., la Police fédérale qui menait une importante opération dans plusieurs rues du centre de Bruxelles, invita les médias, ainsi que les réseaux sociaux à ne plus relayer aucune information.

 

     Les internautes, introduisant leurs messages par "#BrusselsLockdown" , prirent alors le parti de brouiller les pistes des terroristes qui se serviraient de ces réseaux sociaux pour échapper aux mailles des filets en proposant des photos ou des vidéos de leurs chats.

 

 

(http://www.journaldemontreal.com/2015/11/22/bombardement-de-chats-sur-twitter-les-belges-brouillent-les-pistes-des-terroristes)

 

 

 

     Aujourd'hui, humour belge oblige, voici comment les policiers les remercient :

 

Pour les chats qui nous ont aidés hier soir : servez-vous ! 

HUMOUR  BELGE ...
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Publié par Richard LEJEUNE
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