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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 00:00

 

      Partir à la découverte des hommes du passé, c'est d'abord vouloir s'abstraire, autant qu'il est humainement possible, de ce que notre propre civilisation a imprimé en nous.

 

Dimitri MEEKS

  Approche de la civilisation égyptienne


dans Egypte et Provence -

Civilisation, survivances et "Cabinetz de curiositez"

Avignon, Fondation du Museum Calvet, 1985

p. 15

 

 

Porteurs-offrandes--E-25508----H.-Lewandowski.jpg

 

 

     C'est après avoir examiné ce défilé masculin sur le fragment E 25508 exposé dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous nous sommes quittés mardi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, avec apparemment dans la bouche de l'un d'entre vous le goût amer d'un réel malaise esthétique. 

 

     Très heureux que vous vous soyez à nouveau joint à nous, Monsieur, vous qui avez soulevé ce problème voici quatre jours : cela me permettra de vous soumettre à tous mon opinion en la matière de façon qu'ensuite nous puissions éventuellement débattre.


 

     Abondamment représentés à l'intérieur des chapelles funéraires des mastabas d'Ancien Empire ou, plus précisément, sur leur paroi nord ; évoluant vers les stèles fausses-portes gravées et peintes sur le mur ouest, celui censé séparer la sépulture de la nécropole elle-même, les porteurs d'offrandes égyptiens - les serviteurs du ka, comme les nomment les textes hiéroglyphiques accompagnant leur représentation dans différents tombeaux -,  participèrent incontestablement du rite cardinal maintes fois réitéré du repas du défunt auquel bien d'autres scènes font d'ailleurs également allusion ; - j'aurai l'occasion d'y revenir une autre fois ...

 

     En ne vous référant qu'à la position du bras droit des hommes du registre supérieur, impeccablement dessiné pour tous à l'horizontale, ainsi qu'à ce qu'ils tiennent chacun de la même manière, un ensemble de trois canards, il vous a donc paru que la scène exsudait un relent de monotonie.

    

     Mon intervention de ce samedi n'a d'autre raison que celle de prouver que votre ressenti me semble n'être qu'un a priori non-fondé, de vous assurer qu'il n'est que le fruit d'un trop rapide regard porté sur ce type de tableau.  Mais aussi, peut-être, si vous me le permettez, qu'il ressortit à une méconnaissance de certaines codifications en vigueur.

 

     Vous devez en effet savoir que dans la langue égyptienne, partant, dans les représentations figurées, la marque de l'abondance s'exprime par la présence de trois éléments répétés : pour ce qui nous concerne, nous parlerions de "pluriel". Ici, c'est un trio de volatiles que nous voyons entre les mains des porteurs : l'un tenu par le cou, l'autre par les ailes et un troisième non maintenu - (ce qui se révèle déjà bien bizarre à nos esprits cartésiens !)

 

     En fait, vous ne devez nullement considérer cette représentation telle que vos yeux la perçoivent, à savoir que trois bêtes furent capturées et bien maîtrisées : ce nombre est purement fictif ! Il ne renseigne sur aucune réalité. En revanche, si votre esprit envisage simplement cet ensemble comme une preuve tangible de la quantité importante des offrandes faites à Metchetchi, la notion d'uniformité s'estompe et la répétition voulue d'une même figuration prend alors tout son sens !  

 

     Transposée dans un texte en français, je gage que vous la considéreriez, en vous extasiant, comme une remarquable figure de style !

 

     Aux fins de vous assurer que nulle monotonie il y eut, j'ajouterai que, dans d'autres tombeaux, il peut arriver que le serviteur ne porte aucune offrande en sa main droite de manière à mieux agripper des deux mains semblable volatile quelque peu insoumis, volontiers rebelle, franchement récalcitrant.


     Il est en effet illusoire de croire - comme ce fut parfois aussi le cas dans le chef de certains critiques d'art - que, bien que récurrente de mastaba à mastaba, la procession se décline exactement dans la même formulation iconographique chez tous ceux qui désirèrent sa présence dans leur tombe.

 

     Dès lors, vous devez être conscient, Monsieur, que des gestes bien différents d'un porteur d'offrandes à l'autre sont à remarquer qui briseront complètement votre sentiment de régularité, de symétrie, de "déjà vu" qui, selon vous, frise la redondance.

 

      Et donc, suivez-moi voulez-vous, dans une autre sépulture que celle de Metchetchi. Rendons-nous chez Kagemni , ministre de la Justice et vizir de Téti, premier souverain de la VIème dynastie, que d'ailleurs vous avez peut-être déjà eu l'heur de rencontrer lors d'un séjour dans la nécropole memphite.

 

     Dans un premier temps, nous allons y détailler les victuailles offertes au défunt : que de produits différents, représentant évidemment l'éclectisme d'une nourriture qu'il voulait riche et variée pour son éternité post mortem, peuvent être là étalés !

 

 

 

Porteurs-d-offrandes---Kagemni--OsirisNet-.jpg

 

 

      Pains et bière, bien sûr, les deux éléments essentiels, ceux que l'on rencontre dès les premiers termes gravés ou peints de la célèbre formule d'offrande ; nombreux plateaux débordant de vivres mais aussi différents types de volailles : canards, oies, grues ; et d'animaux, en laisse : vaches, taureaux ; ou sur les épaules : veaux, moutons ; domestiqués ou sauvages du désert : antilopes, gazelles, oryx, ibex ...


     Sans oublier d'évoquer, dans un second temps, celles des offrandes qui ne relèvent pas du domaine alimentaire : je pense, par exemple, au mobilier funéraire, coffres, pièces de tissus ou vases, comme ci-après. 

 

 

Porteurs-d-offrandes-chez-Kagemni--OsirisNet-.jpg

 

 

     Bref, si en vue de vous convaincre définitivement, Monsieur, je devais tutoyer l'exhaustivité, il me faudrait bien plus d'un rendez-vous comme celui de ce matin pour énumérer tout ce que les artistes se sont plu à convoquer dans ces processions de porteurs d'offrandes.

 

     En 1964, l'égyptologue français Jacques Vandier, dans le quatrième tome de son imposant et inégalé - bien que parfois devenu quelque peu obsolète au regard des progrès des fouilles effectuées - Manuel d'archéologie égyptienne, ne relève pas moins de 123 attitudes différentes !

 

     En voici quelques-unes dessinées d'après une scène de la tombe de Ty.


 

Porteurs-d-offrandes---Ty.gif

 

     Nous côtoierons certaines d'entre elles, - pas toutes évidemment -, parmi les fragments du mastaba de Metchetchi qu'ensemble nous découvrirons encore au fil de nos prochains entretiens. 

 

     Pour l'heure, vous ai-je convaincu, Monsieur ? Je ne sais. Mais si d'aventure tel n'était pas le cas ou, plus simplement, s'il vous agréait de continuer à parcourir avec nous ce chemin, je vous convie à nous retrouver ici même, mardi 7 février pour rencontrer de nouveaux porteurs d'offrandes ...

 

     Car vous pensez bien que je suis loin d'avoir épuisé ce très intéressant sujet ...  

     

 

 

(Vandier : 1964, 113-26) 

 

 

 

      (A Thierry Benderitter, d'OsirisNet, je réitère mes remerciements les plus appuyés pour les trois précédents clichés importés de son dossier consacré au mastaba de Kagemni.) 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 00:00

 

Rue des Saints-Pères jusqu'à la Seine,

le pont du Carrousel serait un détour.

Rendez-vous Cour Carrée avec mon amour

dans deux minutes : il faudrait que j'y cours

le long du quai Malaquais jusqu'au pont des Arts.

En deux minutes, c'est impossible : je serai en retard.

Juliette est une diva, Juliette n'attendra pas ...

 

Il manque un pont à Paris :

le pont oblique qui relie la Cour Carrée à la rue des Saints-Pères.

Pourquoi diable aurait-on inventé la Seine,

si ce n'est pour qu'elle coule sous des ponts ?

Il manque un pont à Paris :

le pont Juliette qui relie la Cour Carrée à la rue des Saints-Pères ...

 

 

Amélie NOTHOMB

 

Le Pont Juliette

 

Extrait de Ça se traverse et c'est très beau

 tout récent album CD de Juliette GRÉCO

 

 

 

 

 

 

     Nous nous sommes quittés, vous et moi amis lecteurs, samedi dernier,  près de la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes devant laquelle, depuis le 15 novembre déjà, nous devisons à propos des fragments peints arrachés jadis à l'une des chambres du mastaba de Metchetchi, sur le plateau de Guizeh, dans le périmètre de la pyramide d'Ounas, dernier monarque de la Vème dynastie

 

     Mais avant de vous inviter à une nouvelle fois vous engager sur un de ces ponts qui semblent suturer les rives de Seine aux fins de nous permettre de franchir les portes de l'ancien palais des rois de France, le Passeur de mémoire que je suis s'est autorisé à entamer ce qui constituera notre rendez-vous de ce matin par un extrait d'une vibrante déclaration lue par le comédien français Guillaume Gallienne et composée par l'écrivain belge Amélie Nothomb à l'intention de Juliette Gréco qui, pour sa part, sur son superbe et très atypique dernier opus paru chez Deutsche Grammophon, célèbre précisément quelques-uns des ponts de Paris. Et notamment ceux qui mènent droit ici, au Louvre, tels le pont des Arts et celui du Carrousel que j'ai choisi pour caractériser mon blog, comme vous le rappelle la reproduction du tableau de Van Gogh dans la colonne de droite, ci-contre.

 

     Après avoir interprété des écrivains tels que Raymond Queneau, Pierre Mac Orlan, Jules Laforgue, Françoise Sagan, Boris Vian, Jacques Prévert, Robert Desnos et ... Jean-Paul Sartre, mais également Léo Ferré, Serge Gainsbourg et Jacques Brel, trois "petits", futurs grands qu'elle a jadis fait connaître, Juliette Gréco, pour son nouvel album, se tourne vers d'improbables paroliers pour chanter les mélodies avec lesquelles, Gérard Jouannest, son époux, par ailleurs en son temps compositeur et accompagnateur piano de Brel, pare les mots d'Abd al-Malik, de Marie Nimier, de Philippe Sollers et d'Amélie Nothomb, nous offrant ainsi dans tout l'éclat adamantin de ses 85 ans, un réel bijou - leçon d'histoire comme de poésie - que je vous invite vraiment à découvrir toutes affaires cessantes.


 

     Lors de nos derniers rendez-vous, ce furent les "porteuses d'offrandes" qui retinrent entièrement notre attention, conscients que nous fûmes que ces attrayantes personnes ne devaient nullement être considérées comme de véritables jeunes femmes - et encore moins des fermières ! - amenant de la nourriture, mais en tant qu'allégories anthropomorphes des domaines agricoles appartenant à Metchetchi ; domaines dont une partie de l'exploitation visait à produire les vivres qui, grâce à la magie de l'image à laquelle croyaient les habitants de l'ancienne Kemet, seraient régulièrement fournis au défunt, en guise d'offrandes lui assurant subsistance éternelle.

 

     C'est la raison pour laquelle, je pris soin de toujours assortir le syntagme "porteuses d'offrandes" de guillemets. Vous aurez évidemment remarqué qu'aujourd'hui, dans le titre de cette intervention, pour ce qui concerne leurs collègues masculins, ces signes typographiques ont disparu. Ce qui signifie qu'il n'y a plus ici de symbole à déchiffrer et donc qu'il ne s'agit plus d'une procession des domaines ruraux personnalisés que Metchetchi gérait de son vivant mais de personnes réelles, serviteurs du défunt, détenant des fonctions définies.


 

Fragments-E-25508-et-E-25509--Louvre-.jpg

 

 

     Et d'ailleurs, ne remarquez-vous pas l'absence d'un élément précis sur les éclats E 25508 et E 25509 ici devant nous - par rapport à ce que je vous ai expliqué lors de notre précédente rencontre ?

 

Oh ! Pas tous en même temps, je vous prie. On va finir par ne plus s'entendre, ici !

Notez-moi plutôt votre réponse en commentaire, sur un bout de papier.

Non, nul besoin de tracer une marge pour mes annotations : ceci ne constitue pas une interrogation, mais un petit brouillon informel ... Simplement pour m'assurer que tout le monde reste bien attentif ...

Oui,  vous y compris, Madame et Monsieur, là-bas, qui préférez admirer la coupole de l'Académie Française, au-delà du pont des Arts, au travers de la grande fenêtre grillagée qui nous impose tant d'inconfortables reflets ...

 

    

01.-Fragments---Ensemble-des-premiers--a-gauche--SAS-.jpg

 

     (Merci à SAS, pour cette photo difficile ; ainsi que pour celle qui suit.)

 

     Un peu comme les pièces d'un puzzle, les concepteurs de la vitrine disposèrent ces grands fragments à la droite de celui de Metchetchi assis (E 25507), encensé par son fils Ptahhotep, que vous reconnaitrez sans peine, j'espère, puisque nous lui avons consacré deux importantes interventions les 6 et 10 décembre derniers.

 

     Bien qu'évidemment plausible, la reconstitution se révèle parfaitement arbitraire : ce n'est pas cette théorie de porteurs d'offrandes que, dans la réalité du tombeau, le défunt regarda mais bien, comme je vous l'avais indiqué à l'époque grâce à la colonne de hiéroglyphes tracés devant lui, les travaux des champs et tous les beaux divertissements.

 

     En revanche, l'assemblage des autres morceaux, correct pour sa part, nous fournit quelques détails intéressants.


 

25.-Fragments-E-25508---E-25509---E-25515---E-25-532-et-E-2.jpg

 

 

     Ces scènes hautement colorées - l'ocre rouge pour restituer la chair des hommes, rappelez-vous -, se développaient sur quatre registres devant le défunt qui devait se trouver à gauche.

 

     Toutefois, il me semble que la notification picturale ici la plus importante réside dans l'épais bandeau rouge bordé de noir que vous ne pouvez manquer de distinguer en dessous des derniers éclats : limitant géométriquement la fin du registre, elle prouve que l'ensemble avait obligatoirement été réalisé au bas d'un mur de la pièce du mastaba dans laquelle les pillards, un jour, s'introduisirent. Et probablement, si je m'en réfère aux études consacrées aux tombes de l'Ancien Empire ou, plus pragmatiquement, si je vous convie à me suivre à nouveau dans la salle précédente afin de pénétrer à l'intérieur de la chapelle funéraire d'Akhethetep, sur la paroi nord.

 

     Mais que nous disent-ils, ces serviteurs de Metchetchi qui là devant nous défilent ?


 

Fragments-E-25508-et-E-25509--Louvre-.jpg

 

 

     Au registre supérieur s'étendant sur les fragments E 25508 (44 cm de haut pour 66 de long) et E 25509 (44 x 34 cm) qui le suit, cinq hommes, dont le dernier, à l'extrême droite, a presque entièrement disparu du support sur lequel l'artiste l'avait peint, s'avancent dans le but, comme nous l'apprend le texte néanmoins fort abîmé les chapeautant, d'apporter les morceaux de choix. Entendez : canards et autres palmipèdes encagés qu'ils tendent fièrement à Metchetchi avant de les déposer sur une table basse, vraisemblablement placée devant lui, perdu suite à la brisure mutilant la gauche du tableau.

 

     Même s'ils ont partiellement subi les dégradations des hommes et du temps, les quelques hiéroglyphes encore présents identifient parfaitement certains des protagonistes de la scène : parmi eux, nous rencontrons Ptahhotep et Ihy, deux des fils du défunt.

 

     Dans la seule partie gauche du registre inférieur du premier fragment car, sur la droite et par la suite, sur le second morceau, l'ensemble se subdivise en portions distinctes et font donc état de nouvelles scènes qu'un jour j'aurai tout loisir de vous présenter, deux derniers personnages ferment la marche des porteurs de canards : les textes encore lisibles nous indiquent que le dernier est le prêtre funéraire Metchou, précédé par son propre chef hiérarchique, l'inspecteur des prêtres funéraires Iouenptah. Entre eux deux, sur le sol, une cage de laquelle dépassent trois têtes d'autres volatiles.

 

     Accroupi sur le côté, un dernier homme semble comptabiliser tout ce qui est apporté au propriétaire de la tombe, les hiéroglyphes devant lui spécifiant qu'il s'agit encore de Ptahhotep, son fils qu'il aime, selon la formule que vous avez maintenant appris à connaître.  

 

    Tous, portant perruque courte et vêtus du simple pagne caractéristique de cette époque, évoluent vers Metchetchi, bien sûr, mais aussi en direction de la paroi ouest, partant, des deux probables stèles fausses-portes ; probables puisque, souvenez-vous, j'ai précisé samedi que c'est approximativement à la fin de la IVème dynastie que se répandit l'habitude de peindre parfois deux fausses-portes côte à côte sur le mur du fond, celui qui sépare la pièce de la nécropole proprement dite. Sans oublier que nous avions déjà pris conscience de cette double porte dans la chapelle du mastaba d'Akhethetep, salle 4.

 

    Une ultime remarque avant de nous séparer : la disposition de ces différentes scènes thématiques les unes par rapport aux autres, ainsi que le fait d'y retrouver à plusieurs reprises le même personnage prouvent que les artistes qui les composèrent ne prirent nullement en compte la fameuse règle des trois unités dont seront friands la dramaturgie grecque, d'abord, puis, plus près de nous, le théâtre dit classique avec les unités de lieu, de temps et d'action.  


 

Oui ?

Excusez-moi, mais je n'ai pas bien entendu tous les termes de votre question ...

Si je suis dérangé par la monotonie de ce tableau de porteurs d'offrandes ?

Non, absolument pas ...

Pourquoi le serais-je ? A quoi faites-vous réellement allusion ? 

La pose identique de ceux du registre supérieur ? Les trois canards qu'ils tiennent tous ?

Et vous m'affirmez qu'à maintes reprises déjà vous avez vu exactement la même scène dans d'autres mastabas que vous avez visités sur le plateau memphite  ? 

En êtes-vous absolument certain ?


 

     Parce qu'aujourd'hui les arguments que je voudrais vous soumettre pour que vous vous départiez de cet a priori négatif me semblent particulièrement longs, vous accepterez, j'espère, que je vous invite à nous rejoindre, ici, devant cette même vitrine 4 ², le 4 février prochain ?

Nous aurons alors plus de temps à notre disposition pour évoquer votre question ...

 

     A samedi ?


 

 

(Ziegler : 1990, 128 ; ID. : 1993, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 00:00

 

     Symbole à la fois de prestige social, de richesse, de la faveur accordée par le souverain, d'accès aux codes et aux produits de la haute culture réservée aux dignitaires, le mastaba décoré est un produit de l'Etat, tant dans la forme que dans le contenu, destiné à montrer la vision idéale et les valeurs des élites à propos du cosmos et de la société - où elles occupaient une position centrale

 

 

 

Juan Carlos MORENO GARCIA

La gestion sociale de la mémoire dans l'Egypte du IIIème millénaire :

les tombes des particuliers, entre emploi privé et idéologie publique

 

dans M. Fitzenreiter et M. Herb (Ed.)

Dekorierte Grabanlagen im Alten Reich -

Methodik und Interpretation

  Londres, IBAES 6, 2006,

p. 223

 

 

 

      En quittant, ce mardi, la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans la vitrine 4 ² de laquelle nous avions admiré un ensemble de deux des quarante-trois fragments arrachés au tombeau de Metchetchi - (E 25527 et E 25528) -, je vous avais promis, souvenez-vous amis lecteurs, de vous expliquer les raisons pour lesquelles des particuliers, dignitaires auliques, à l'Ancien Empire essentiellement, firent figurer des théories de "porteuses d'offrandes" dans le programme iconographique de leur mastaba.

Mastabas qui tous, pour ce qui concerne la région memphite à tout le moins, - je vous le rappelle car ceci va en partie expliquer cela -, étaient alignés dans un certain périmètre proche de la pyramide du roi.

 

     Lors de nos deux dernières rencontres, je vous avais exposé les notions que j'estimais importantes pour que vous ayez du défilé des élégantes chez Metchetchi une compréhension globale en insistant sur le fait qu'elles ne représentaient nullement des paysannes lui apportant des vivres mais qu'elles métaphorisaient les exploitations rurales qui avaient été siennes.

 

     Il est pour moi temps à présent de lever le voile sur ce que représentaient réellement ces propriétés, leur nature, les différentes catégories existantes, ainsi que les raisons de leur présence allégorique dans les tombes privées.

 

     Dans celle d'un certain Mehou, à Saqqarah, l'on peut lire quelques hiéroglyphes disposés devant le défunt vers lequel se dirigent ces belles jeunes femmes et qui précisent son attitude :

 

     Regarder (...)  la procession de ses "hout" et de ses "niout" de la Basse et de la Haute-Egypte.

 

     Afin de comprendre ce que recouvrent ces deux termes du genre féminin que, par simple souci de facilité de prononciation, j'ai orthographié à la française, je vous invite à m'accompagner à la cour des premiers rois d'Egypte, et plus spécifiquement à celle de Snéfrou, père du célèbre Chéops.

 

     A l'Ancien Empire, dès la IVème dynastie, les "hout" étaient des centres administratifs contrôlant des exploitations agricoles qu'il avait créés ex nihilo pour sa propre fondation funéraire, - il en aurait possédé 114 ! -, disséminés dans plusieurs nomes à travers tout le pays, Haute et Basse-Egypte confondues, qui pouvaient comprendre un ou plusieurs champs cultivables de 2 à 110 aroures - l'aroure correspondant à une surface de quelque 2750 m² - et qui étaient administrés par un haut fonctionnaire portant le titre d'Intendant du domaine.

 

     C'est en effet dans son temple funéraire à Dahchour qu'apparurent pour la première fois dans l'histoire de l'art égyptien des femmes portant des tables d'offrandes de pain et de bière.

 

     Sur le document exceptionnel ci-après, repris de l'ouvrage du Professeur Fakhry, référencé en note infrapaginale,  

 

 

Defile-de-Snefrou.jpg

chacune des figures féminines est précédée d'une colonne de hiéroglyphes indiquant le nom attribué au domaine avec, inscrit dans un cartouche, celui de Snéfrou lui-même, en tant que roi fondateur.


     Petit détail intéressant à épingler : cette première représentation de domaines-femmes nous les montre figées, les pieds joints dans une pose assez hiératique alors que, par la suite, - comparez avec celles chez Ty ci-dessous -, elles seront gravées et peintes, le pied droit en avant, dans l'attitude de la marche puisqu'en effet, nous l'avons vu, elles se dirigeaient idéalement vers le défunt, vers la table d'offrandes déposée au pied des stèles fausses-portes.

    

     A l'origine, le terme "hout" désignait strictement un édifice important ayant l'aspect d'une tour, évidemment muni d'une porte : c'est ce que concrétise le hiéroglyphe O 6 de la liste de Gardiner : O6 que vous aurez vraisemblablement remarqué en guise de couvre-chef des jeunes filles ci-dessus.

  

     Dans la mesure où elle dépendait du pouvoir royal, la "hout" gérait les exploitations agricoles. Parfois, elle s'étendit jusqu'à donner naissance à de véritables communautés villageoises, voire même urbaines que l'on appela "niout" : il s'agissait d'une entité locale, soit nouvellement constituée, soit village existant dont Snéfrou avait, vraisemblablement le premier, tenu à attribuer les revenus à son domaine funéraire personnel.

 

     Le hiéroglyphe correspondant, O 49, également dans la nomenclature établie par Gardiner, se notait  O49. Longtemps, les philologues l'ont interprété comme le déterminatif des seuls termes "village" ou "ville". Mais de la pénétrante étude basée à la fois sur l'épigraphie et la lexicographie publiée en 1999 par l'égyptologue espagnol Juan Carlos Moreno Garcia - ouvrage qui sert de fondement à mes propos de ce matin -, il appert qu'il faille l'élargir au sens de n'importe quel endroit où des gens habitaient, où ils vivaient de manière organisée.

 

     Vous apercevez également ce hiéroglyphe sur le cliché précédent, sous le rectangle couronnant chaque tête : il nous faut donc considérer ces deux idéogrammes comme un couple sémantique désignant un des aspects caractéristiques du paysage rural égyptien  du IIIème millénaire.  

 

 

     Vous l'aurez compris, amis lecteurs, si "hout", fondation royale et "niout", localité soumise au contrôle étatique eurent complémentairement comme fonction initiale de pourvoir aux besoins alimentaires du souverain ici-bas mais aussi et surtout lors de son éternité post mortem, ces deux institutions évoluèrent au fil du temps. 

 

     Ainsi, les "niout", à la différence des "hout" furent-elles parfois destinées à fournir des rentes attribuées aux membres de la famille régnante, à leurs courtisans, puis à ceux des fonctionnaires que le pouvoir désirait récompenser : ces libéralités pouvaient être des offrandes funéraires ou représenter de quoi rémunérer les prêtres engagés pour entretenir le culte d'un mort.  

 

     Enfin, selon l'usage qui voulut que ce que fit le monarque fût imité par les notables dans la mesure où une tombe se devait d'exprimer notamment la richesse de son propriétaire, nos "porteuses d'offrandes" furent convoquées dans leurs mastabas par les défunts des classes aisées pour personnifier, mutatis mutandis, les petits domaines fonciers qui leur appartenaient - entre un ou deux hectares, généralement -, et dont au moins une partie leur assurait, par l'apport des productions agricoles et d'élevage débordant des paniers et couffins, une alimentation post mortem des plus favorables.

 

     Consubstantiellement, une deuxième raison, éminemment idéologique celle-là, est à prendre en considération en vue de comprendre la présence de ces avenantes personnes sur les murs des tombeaux : les choix thématiques que tous ces notables intimaient aux artistes avaient également pour finalité de transposer, à un échelon plus réduit bien sûr, certains schèmes du programme figuratif des temples funéraires royaux. Avec, sous-jacente, la volonté d'eux aussi, à l'image du souverain dont tout acte se devait d'assurer le parfait maintien de la Maât - entendez des principes de respect, de justice et d'ordre -, participer à la bonne marche de la société égyptienne.

 

     Et force est de reconnaître que ces processions d'élégantes jeunes femmes constituèrent indubitablement, de la part de tous ces privilégiés, un des emprunts iconologiques les plus récurrents parmi les scènes peintes ou gravées dans les temples de ceux dont ils avaient été les zélés serviteurs.

 

     Ainsi, par exemple ci-après, Ty, personnage de haut rang contemporain de Metchetchi qui fut au service de plusieurs monarques de la Vème dynastie et que j'avais déjà évoqué lors de notre précédent rendez-vous. 


 

Chapelle-de-Ty---Defile-des-domaines--Photo-OsirisNet-.jpg

 

(Grand merci à Thierry Benderitter pour ce cliché exporté de son dossier dédié au mastaba de Ty, sur son site OsirisNet.)

 

 

     Vous devez donc comprendre, amis lecteurs, que quand Ty s'offrait la représentation d'un nombre élevé de "porteuses d'offrandes" dans son mastaba, il ne matérialisait nullement une quantité réelle de domaines, il ne faisait nullement étalage de son vrai patrimoine personnel. Bien plus subtilement, il contribuait à montrer un paysage rural typique dans un nome idéalisé, admirablement bien géré par ses soins comme l'était tout aussi admirablement l'Egypte entière par son souverain.

 

     Ty - et tous ces notables qui bénéficièrent du privilège insigne d'être enterrés près de la pyramide royale -, participaient dès lors du bon respect de la Maât censée également assurer l'équilibre du cosmos tout entier, partant, de l'élimination d'Isefet, le chaos.    


  

     Si, depuis le début de la Vème dynastie, les particuliers avaient obtenu l'autorisation d'établir eux-mêmes leurs propres fondations funéraires, à partir de Djedkarê (Isési), pénultième souverain de la dynastie, l'abondance de celles appartenant au palais sur lesquelles prélever ce qui était nécessaire au culte fut telle que Metchetchi profita incontestablement, à l'instar de quelques grands de son temps - je pense à Akhethetep, à Ptahhotep, à Mererouka, entre autres -, des largesses inhérentes à la générosité d'Ounas ; cet Ounas qui, pour la petite histoire des statistiques, posséda 10 "hout" et 123 "niout" ; cet Ounas pour lequel Metchetchi officia et auquel, en le nommant son maître, il fait allusion sur ce qui subsiste de texte sur le linteau de la porte d'entrée de son mastaba, exposé en la première vitrine 4, ici, juste à notre gauche. 

 


      Parce qu'elle représentait d'une certaine manière le lien qui unissait directement tous ces dignitaires, tous ces courtisans, tous ces hauts fonctionnaires avec un homme qui leur avait prodigué tant de libéralités, la scène de la procession des "porteuses d'offrandes" personnifiant les domaines funéraires, pourtant éminemment récurrente, n'eut à l'époque aucune audience en dehors des différentes nécropoles royales de la région memphite.

 

    De sorte qu'après la VIème dynastie, après l'extinction de l'Ancien Empire ou, pour l'exprimer autrement, après la chute du pouvoir royal centralisé, elle disparut complètement du programme iconographique des tombes égyptiennes. Tout comme, d'ailleurs, l'institution elle-même,sous cette forme précise !  

 

     Certes, et jusqu'à la Basse Epoque, des représentations de femmes évoluant avec paniers et couffins d'offrandes en équilibre sur leur tête se maintinrent ça et là mais elles ne détinrent plus la force symbolique d'antan ; il ne s'agissait plus de notifier la liste de vraies propriétés foncières permises ou octroyées par le pouvoir en place. J'en veux pour preuve l'anonymat dans lequel ces belles s'avançaient : plus jamais elles ne furent précédées des hiéroglyphes fournissant le nom d'un quelconque domaine qu'elles auraient dès lors personnifié, comme cela avait été le cas à l'Ancien Empire !

 

     Et la scène, même si elle réapparut un temps, n'eut plus aucune véritable raison d'être : elle ne fut plus qu'un simple élément décoratif dans un ensemble, un résidu archaïsant d'une symbolique devenue obsolète, voire même dont le sens réel avait complètement disparu de la mémoire collective. 

 

 


(Fakhry : 1954, planche IX-B ; Jacquet-Gordon : 1962, passim ; Moreno Garcia : 1999 ², 17-150 et 279-84 ; ID. : 2006, 215-42 ; Vandier : 1964, 126-35)

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 00:00

 

      C'est la beauté équilibrée du décor qui plaît tant à l'oeil ; quand, de surcroît, on peut lire et comprendre ce que décrivent les parois, le cerveau cumule plaisir esthétique et intellectuel, rationnel et émotif.

 

 

Sylvie CAUVILLE

 

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien

Louvain, Ed. Peeters, 2011

p. 4

 

 

 

     Poursuivant de conserve notre découverte des fragments peints du mastaba de Metchetchi exposés ici, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, entamée à la mi-novembre 2011 et après avoir, samedi dernier, évoqué une première fois les "porteuses d'offrandes" qui manifestement évoluaient sur au moins deux registres superposés du mur nord de la chambre de laquelle elles ont jadis été arrachées par de cupides "visiteurs", j'escompte aujourd'hui, pour vous amis lecteurs, quelque peu décoder ce topos de l'art funéraire égyptien qu'en visite à Saqqarah notamment vous ne manquerez pas de rencontrer dans maints mastabas de l'Ancien Empire.

 

     Comme je l'ai laissé sous-entendre à notre précédente rencontre, ces élégantes personnes qu'à l'instar des peintres, les sculpteurs ont également magnifiées - rappelez-vous celles que nous avions admirées dans la salle 4 précédente, en novembre 2008 -, ne doivent pas être prises au pied de la lettre ! Et quand bien même elles nous donneraient à penser qu'elles sont des femmes apportant des denrées alimentaires, il ne s'agit nullement de paysannes ou, comme l'indique pourtant encore le site du Louvre, de fermières !!!


 

Porteuses d'offrandes - Fragments E 25527 et E 25528 (2011

 

 

     Evoluant avec toute l'élégance des formes que peuvent suggérer leurs robes de lin fin, moulantes et transparentes à souhait, les seins en apparence échappés de dessous les bretelles, parées de colliers, de bracelets et même de périscélides, elles n'arborent assurément pas la tenue vestimentaire idoine pour l'activité qu'elles sont censées représenter, à savoir : les travaux de l'élevage ou de l'agriculture !

Pas plus d'ailleurs, souvenez-vous, que celles et ceux qui s'adonnaient à la chasse ou à la pêche dans les marais nilotiques !

 

     Pardonnez-moi si je me répète - chassez le naturel, l'Enseignant revient illico ! -, l'image égyptienne, Roland Tefnin et, à sa suite, Dimitri Laboury, le démontrent en suffisance, fut essentiellement fonctionnelle, utilitaire et, partant, ne refléta aucune réalité quotidienne, ni pour Metchetchi ni pour aucun autre notable de l'époque. Archétypale, répétée à l'envi de tombeaux en tombeaux, elle n'existait que dans l'espoir de tout mettre en oeuvre pour assurer la survie des défunts de l'élite sociale dans cet Au-delà tant magnifié. Tant espéré, aussi.

 

     De sorte que, quand sur les murs de leur chapelle ou de leur caveau sépulcral, ces derniers inspectaient les travaux des champs ou l'arrivée de jeunes "porteuses d'offrandes", c'est avec l'intention d'exprimer leur désir de pouvoir toujours bénéficier de vivres aux fins d'alimenter leur ka de manière pérenne.


 

     Il ne vous aura sans doute pas échappé que, sur le présent éclat, par rapport à leur tête, la dimension des paniers et couffins qu'elles y maintiennent en équilibre semble franchement disproportionnée.

 

 

(Paris) 103

 

 

     Preuve manifeste d'incompétence dans le chef des artistes égyptiens ?

 

     Que nenni ! Il vous faut en fait considérer que ces dames ne sont pas de vraies personnes mais uniquement des métaphores, des allégories !


      En revanche, les vanneries, elles, aux yeux du propriétaire de la tombe, étaient bien "réelles" puisque grâce à la valeur performative de l'image, leur contenu devait le nourrir dans l'Au-delà. De sorte qu'avec l'intention de manifester cette différence notoire, l'artiste dessina les récipients d'osier non pas à l'aune de la taille des jeunes femmes qui les portaient mais en rapport avec le propriétaire des lieux qui, je vous le rappelle, se devait d'être d'une taille considérablement supérieure à celle des autres intevenants figurés sur les parois de la tombe.

 

     En outre, et je vous l'ai fait remarquer samedi, il n'était point rare que, tout comme la première des élégantes du défilé encore visible ici, l'une ou l'autre tînt de sa main libre une fleur de lotus ; fleur, souvenez-vous, qui connotait la régénération des défunts.

 

       En un mot comme en cent, vous vous trouvez ici à nouveau, amis lecteurs, dans un contexte symbolique qu'il est relativement aisé de décoder : plutôt que de simples fermières, nos attrayantes personnes constituaient en réalité l'anthropomorphisation des différentes propriétés agricoles attachées à la fondation funéraire de Metchetchi.

 

     Si j'entérine l'analyse de Madame Christiane Ziegler, directrice honoraire de ce département ici au Louvre, les noms attribués à chacun de ces domaines étaient, dans la langue de l'Ancien Empire, considérés  comme  de genre essentiellement féminin : ceci expliquant cela, l'on comprend mieux dès lors la raison de leur personnification en tant que femmes !

 

     Bien qu'à l'origine, dans certains mastabas, quelques exploitations agricoles furent symbolisées par un homme vêtu d'un simple pagne, depuis le début de la Vème dynastie, partant, à l'époque de Metchetchi, elles n'apparurent plus que sous l'aspect de "domaines-femmes". 

 

     Au lieu de ne posséder que des morceaux épars, si nous avions ici pu bénéficier de la scène complète, nous eussions peut-être rencontré, précédant certaines de ces sveltes beautés, un nom propre à chaque exploitation agricole, comme ce fut le cas dans la chapelle funéraire d'Akhethetep, salle 4 avec, par exemple, des toponymes tels que : Les galettes d'Akhethetep ou encore L'orge grillée d'Akhethetep, etc.   

 

      Peut-être également, eussions-nous lu cette précision légendant en quelque sorte la scène que l'on trouve parfois, notamment dans la tombe d'un certain Seshemnefer, dit Heba, exhumée par l'égyptologue français Auguste Mariette à l'ouest de la pyramide à degrés de Djeser :

 

     Apporter toute bonne offrande funéraire de la part des villes et des domaines de l'établissement funéraire.    

 


      Restreint au point de départ, le nombre de domaines fonciers d'un particulier ainsi personnifiés varia d'un mastaba à l'autre. Et force est de constater qu'au fil du temps, il s'accrut jusqu'à atteindre, à la fin de l'Ancien Empire, aux Vème et VIème dynasties, dans certaines sépultures de Saqqarah et de Guizeh, une petite quarantaine, 36 étant la quantité la plus souvent indiquée.

 

     Selon l'égyptologue belge Baudouin van de Walle, Professeur émérite à l'Université de Liège où, après Jean Capart et avant Michel Malaise, lui fut dévolue la chaire d'égyptologie, 36 correspondrait en fait au nombre total des provinces égyptiennes considéré comme étant mythologiquement idéal, nonobstant que, selon certaines sources, à l'époque, on en dénombrait déjà géographiquement 42 !

 

     Cela posé, de très hauts personnages se prévalurent dans leur tombe - vérité ou pure fanfaronnade ? - d'en posséder beaucoup plus mais apparemment toujours un multiple de 36 ; un exemple topique étant celui de Ty - (ou Ti, selon certains égyptologues) - qui en disposa de 108 !

 

     Trois listes de chacune 36 "porteuses d'offrandes" font en effet partie du répertoire iconologique de son mastaba.

 

 

Mastaba-de-Ty---Defile-des-domaines.jpg

 

(Grand merci à Thiery Benderitter, d'OsirisNet, de me permettre de puiser à l'envi dans ses clichés, tel que celui ci-dessus, pour illuster certains articles de mon blog.)

 

 

     Ces belles égyptiennes, vous ne devez donc plus les imaginer en chair et en os : en tant que personnalisation féminine des propriétés rurales propres à Metchetchi, elles constituaient des symboles d'opulence que tout défunt aisé voulait clairement notifier sur les parois de sa maison d'éternité avec l'espoir, tout au long de sa seconde vie, de pouvoir, par la magie de l'image, continuer à profiter des produits qu'elles fournissaient déjà ici-bas  !

 

     Mais, vous interrogerez-vous certainement, comment puis-je être aussi péremptoire quant à la signification réelle de ces dames ? Et quelle peut bien être l'origine de leur présence dans le programme iconographique voulu par Metchetchi, ainsi que dans tant d'autres mastabas d'Ancien Empire ?

 

     Ce sont, n'en doutez point, amis lecteurs, de nouvelles questions qu'il m'agréerait d'aborder avec vous, lors de notre prochaine rencontre en salle 5, ici, dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, ce samedi 28 janvier.

 

 

 

 

(Capart : 1907, 48 ; Delvaux/Warmembol : 1998, 57-69 ; Jacquet-Gordon : 1991, 71-8 ; Moreno Garcia : 2006, 215-42 ; Tefnin : 1979, 218-44 ; Van de Walle : 1957, 288-96 ; Ziegler : 1993, 88-90)

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 00:00

 

     Vous l'aurez compris au terme de notre entretien de ce mardi, amis lecteurs, après nous être penchés les 6 et 10 décembre derniers sur l'identité du propriétaire du mastaba dont subsistent, dans la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, quarante-trois morceaux de paroi  initialement peints sur mouna, c'est à ceux d'entre eux faisant référence aux offrandes que nous allons à partir d'aujourd'hui consacrer toute notre attention quelques semaines durant.

 

     Ma galanterie foncière n'ayant nul désir d'être prise en défaut, vous m'autoriserez ce matin à commencer par la gent féminine avec ce très intéressant fragment de "porteuses d'offrandes".

 

  Porteuses d'offrandes (2009)

 

 

     Malgré les difficilement surmontables reflets dont je vous prie d'excuser le désagrément, si vous observez attentivement la pièce ici devant nous, vous aurez sans conteste remarqué que nous nous trouvons en réalité en présence de deux morceaux fort endommagés que, soucieux du bon respect de l'oeuvre originale, les égyptologues français Jacques Vandier et Jean-Louis de Cenival, en 1965-66, eurent à traiter de manière à judicieusement les assembler ; la cassure ayant initialement traversé en diagonale le corps des deux jeunes femmes au centre de la composition. 

 

      E 25527, en dessous, à gauche, mesure 26 centimètres de hauteur et 27 de large, tandis que E 25528, au-dessus, à droite, 28 de haut et 33 de large. Dans le grand meuble vitré, leur emplacement arbitraire se situe dans la première moitié.


 

Porteuses d'offrandes (SAS)

 

 

     Il ne vous aura évidemment pas échappé que ces "porteuses d'offrandes" s'avancent ici vers la gauche. Or, dans le volume 1 de Une rue de tombeaux à Saqqarah, passionnant ouvrage pionnier datant de 1907 qu'Internet vous permet de lire et télécharger gratuitement, l'égyptologue belge Jean Capart explique que les personnes participant à semblable défilé se dirigeaient toujours en direction de la stèle fausse-porte, au pied de laquelle se trouvait la table d'offrandes où étaient déposées les denrées dont le défunt aurait besoin pour continuer à se sustenter dans l'Au-delà ; "porte" que seul il serait censé franchir chaque jour.

 

     En constatant qu'un peu plus loin dans la vitrine, - j'aurai l'occasion de m'y attarder prochainement -, d'autres éclats proposent des processions analogues mais dont les participants progressent cette fois vers la droite, je puis sans hésitation aucune, dans un premier temps, affirmer qu'ils ne furent pas arrachés à un seul mur de la pièce dans laquelle ils avaient été peints et, dans un second, déterminer sur lequel d'entre eux, par rapport à la stèle fausse-porte, ils évoluaient originellement. Ce qui, aux niveaux de la recherche archéologique et de la bonne compréhension de ce qui anima les artistes de l'époque, constitue une indication de première importance.

 

     Ainsi, pour ce qui concerne les élégantes personnes auxquelles nous consacrons notre attention ce matin, je note qu'elles se situaient sur la paroi de droite en entrant, c'est-à-dire sur le mur nord.

 

     Sans toutefois reprendre ici par le menu le déroulement d'un exposé didactique à propos de l'iconographie des mastabas d'Ancien Empire, j'aimerais néanmoins très succinctement en rappeler les composantes de façon à vous permettre d'entrevoir par la suite l'emplacement qui fut au départ celui de certains de ces fragments en général et, pour l'heure, de nos "porteuses d'offrandes" en particulier.

 

     Nonobstant qu'une paroi peinte (ou gravée) ne sous-entendait ni cohésion d'un espace réel ni détermination d'une unité temporelle dans la mesure où, intrinsèquement, elle donnait à voir une simple juxtaposition de données épigraphiques et iconographiques, le respect de ce que représentaient les points cardinaux fit partie des conventions appliquées par les scribes des contours égyptiens en semblable situation. 

 

     De sorte que, traditionnellement, - toute pratique s'offrant, n'en doutez pas, l'une ou l'autre exception -, l'entrée d'un mastaba, partant, de sa chapelle funéraire, premier et unique lieu accessible à la famille et aux prêtres ritualistes après un éventuel couloir d'accès, était orientée à l'est. Ce qui, en Egypte, signifiait face à la vallée du Nil, ce fleuve qui, entre autres fonctionnalités, acheminait les cortèges funèbres.

 

     Raison pour laquelle, sur la paroi est, à l'intérieur de la chapelle, vous découvrirez tout naturellement d'éventuelles scènes de navigation, d'activités dans les marais et, bien évidemment, de travaux des champs qui, sans le Nil nourricier, sans ses crues, sans les alluvions charriées amendant les sols, n'eussent pu avoir lieu.

 

     Du côté opposé, à l'ouest, celui séparant la sépulture du désert occidental, en fait, de la nécropole proprement dite, vous trouverez la (ou les) stèle(s) que je mentionnai voici quelques instants.

 

     Que voilà une formulation assez bizarre, seriez-vous en droit de me reprocher.

    A laquelle remarque je répondrai simplement en précisant que mes propos connotent le fait qu'à partir de la fin de la IVème dynastie, l'habitude se prit de représenter deux fausses-portes sur le mur ouest. Et donc qu'ici, chez Metchetchi, il est possible que ce fut le cas ! Possible, mais non point certain puisque, comme déjà j'eus l'occasion de vous le signifier, nul ne sait où avait été aménagé son tombeau ; partant, nul n'est à même d'en décrire le moindre recoin !

 

     Quant aux cloisons nord et sud, conventionnellement dévolues aux offrandes alimentaires, l'une permettant plus spécifiquement de visualiser les préparatifs et le repas du mort, ainsi que ses invités au banquet funéraire, l'autre proposant plus souvent la liste des mets, - ce que les égyptologues appellent volontiers le "menu" -, elles proposaient aussi les processions de "porteuses" ou de porteurs d'offrandes.

 

     Là seront patentes les divergences quant à l'orientation de ces personnages en marche : parce que se dirigeant vers l'ouest, vers la table d'offrandes au pied de la stèle la fausse-porte, leurs visages seront tournés vers la droite pour ceux du mur de gauche et, bien évidemment, vers la gauche - comme notre présent exemple -, pour ceux du mur de droite.

 

     Notez également que c'est la jambe la plus éloignée par rapport à nous qui est posée en avant : donc, ici, celle de droite ; étant bien entendu que ce serait la gauche si ces dames avaient été peintes sur la paroi opposée.

 

     Vous souvenez-vous que nous avions déjà rencontré cette disposition à l'intérieur de la chapelle du mastaba d'Akhethetep visitée de conserve en octobre 2008, dans la précédente salle 4 ?


 

     A la seule aune d'une interprétation narrative de la scène, que puis-je ajouter concernant ces personnes bien  trop mutilées à mon goût ?

 

     Que la première, "décapitée", avait une fleur de lotus en sa main gauche ; que les trois autres, guère plus favorisées par les déprédations humaines, la deuxième mise à part, maintenaient de la main droite sur leur tête coiffée d'une perruque tri-partite un panier vraisemblablement en osier, bellement réalisé, dont les teintes lumineuses et les motifs du décor, remarquablement conservés, me charment encore. Malheureusement, leur contenu a disparu dans la brisure. 


     Il se peut que la première portait également un quelconque couffin ; et que les deux dernières tenaient un cabas dans la main gauche, comme celle qui les précède.

   

      Remarquez, par parenthèse, que sous la mince ligne de sol qui barre horizontalement l'éclat inférieur (E 25527), subsistent des détails d'autres pièces de vannerie : ce qui, sans trop risquer de me fourvoyer, m'invite à conclure que sur au moins un autre registre se poursuivait ainsi  l'évocation de ce défilé féminin.

 

     Mais vous n'ignorez plus maintenant, amis lecteurs, si d'aventure vous me suivez régulièrement, que me contenter d'une explication aussi platement descriptive me paraît devenu totalement insuffisant. Les études menées il n'y a guère par feu l'égyptologue belge Roland Tefnin m'ont appris qu'il fallait souvent débusquer plusieurs sens à une peinture égyptienne.

 

     En outre, vous aurez aussi assurément relevé qu'à chaque fois que j'ai aujourd'hui employé le syntagme "porteuses d'offrandes", je l'ai assorti de guillemets. Vous me connaissez suffisamment, je le présume du moins, pour savoir que le choix de cette typographie ne résulte nullement du hasard ou d'un caprice personnel.

 

     De sorte que, vous l'aurez compris, nécessité s'impose de décoder ensemble ce tableau récurrent des tombes égyptiennes de l'Ancien Empire.


     C'est ce à quoi j'envisage de vous convier lors de notre rencontre prochaine, mardi 24 janvier, si d'aventure, le sens propre de cette théorie d'accortes jeunes femmes parfois quelque peu dévêtues vous intrigue ...       


 

 

(Capart : 1907, 37)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 00:00

 

      L'univers évoqué par le décor des chapelles funéraires est un univers "sui generis", et non un clone iconographique de l'univers réel.

 


 

Pascal VERNUS

 

Dictionnaire amoureux de l'Egypte pharaonique

Paris, Plon, 2009

p. 959

 

 

 

    En décembre, souvenez-vous amis lecteurs, prenant prétexte du fragment (E 25507) exposé dans la première moitié gauche de cette vitrine 4 ² qui, sur quelque 7 mètres de long, se déploie sur le mur nord de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre,

 

 

Vitrine-4-----Vue-de-gauche--SAS-.jpg

 

 

nous avons échangé vous et moi, quelques réflexions qui toutes avaient les relations entre père et fils comme point nodal. Ainsi, nos deux rendez-vous des 13 et 17 concernaient-ils respectivement celles avec un père vivant, puis avec un père défunt et celui du 20 tentait-il de vous éclairer sur l'origine mythique de cet amour filial.

 

     La semaine dernière, les vacances d'hiver achevées, nos rencontres des 10 et 14 janvier n'eurent d'autre motivation que celle de démontrer la thèse, paradoxale à première vue, que tout ce qui avait peu ou prou rapport avec la mort - (aménagement d'une tombe, pratique de la momification, iconographie et épigraphie couvrant les parois de la chapelle ou de toute autre chambre, culte régulièrement rendu au défunt par les membres de sa famille, présence d'un mobilier funéraire idoine, etc. -, dans la mesure où cela assurait la pérennité véritable, devait se comprendre comme un puissant hymne à la Vie, la première sur les rives du Nil autant que la seconde dans l'Au-delà, l'une servant de référent à l'autre.

 

     

     Il est à présent temps de pénétrer plus avant dans l'étude du programme iconographique proprement dit souhaité par Metchetchi pour son mastaba proche de la pyramide d'Ounas, dernier souverain de la Vème dynastie, qu'il servit sa vie durant.

 

     En guise de prémices, j'aimerais ce matin m'attarder quelques instants sur les thèmes récurrents que les historiens de l'art égyptien ont définis dans le cadre de la programmation des scènes funéraires, toutes époques confondues. Il appert en effet qu'au long des millénaires qu'a duré la civilisation pharaonique, quatre domaines thématiques aient été largement développés :

 

1. Les précisions biographiques concernant le défunt : son nom, sa fonction et ses différents titres au sein de l'Etat ; des événements particuliers de sa vie terrestre ; ses préférences quant aux loisirs ...

 

2. Les données économiques : le défilé, en guise d'offrandes alimentaires, des denrées produites dans les différents domaines qui lui appartenaient ou qu'il gérait pour le roi.

 

3. Les pratiques funéraires : les étapes de la momification, l'enterrement et les rites qui l'accompagnent ... 


4. La vie dans l'Au-delà : le jugement rendu par la balance d'Osiris ; les pièges à déjouer pendant les différentes heures du jour et de la nuit ; l'adoration des dieux et les oblations qui leur étaient adressées.

 

     

     Que ce soit par l'intermédiaire des bas-reliefs gravés ou par celui des peintures murales, de tous ces champs thématiques, les deux premiers furent essentiellement privilégiés dans les tombeaux de l'Ancien Empire.

 

     Et pour ce qui concerne plus spécifiquement Metchetchi, en fonction des pièces exposées ici devant nous qui, seules, auront force d'évidence, nous ne trouverons, au fil des semaines à venir, nulle référence, comme souvent dans les hypogées thébains du Nouvel Empire, aux funérailles, aux pleureuses du cortège vers la sépulture, au rituel de l'ouverture de la bouche, etc. Et pas plus aux représentations de la célèbre séance de psychostasie (pesée du coeur) dans la grande salle du Tribunal osirien ou à l'évocation du trajet nocturne de la barque de Rê ou à un quelconque hommage aux dieux.

 

     Ce fut donc bien dans le cadre restreint des deux premiers des quatre thèmes cités il y a un instant que furent déterminés les sujets qui se sont succédé de registres en registres sur les parois murales d'une chambre de sa tombe.


     Point n'est besoin de revenir sur la personnalité du défunt puisque grâce à l'étude de l'un ou l'autre fragment, nous avons déjà, lors de nos entretiens des 6 et 10 décembre, et décliné son identité et découvert ses fonctions à la Cour.

  

     Je l'ai déjà précédemment mentionné, l'étude minutieuse des éclats peints de cette vitrine 4 ² démontre que deux axes principaux ont été déterminés par Metchetchi lui-même - ou par sa famille - pour guider les artistes qui se sont occupés du programme figuratif de son mastaba, à savoir : quelques-uns des gestes rituels absolument indispensables à tout défunt pour que son culte funéraire fût assuré et la réception des différentes et nombreuses offrandes qui lui permettront  non seulement d'agrémenter sa seconde vie mais, surtout, d'y subsister ; apports essentiellement alimentaires donc, pas uniquement toutefois, provenant essentiellement de ses domaines dont on lui voit inspecter la bonne tenue qu'y maintient son personnel, agriculteurs tout autant qu'artisans.

    

     A samedi donc, amis lecteurs, le 21 janvier pour véritablement commencer à détailler les fragments peints ici devant nous de manière à confirmer et développer mes quelques remarques introductives de ce matin.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 00:00

 

     Sans doute la mort est-elle l'épuisement de tout désir ; y compris celui de mourir. Ce n'est qu'à partir de la vie, du savoir de la vie, que l'on peut avoir le désir de mourir.

 

Jorge  SEMPRUN

L'écriture ou la vie


Paris, Gallimard, 1994

p. 62 de ma réédition de 2011

 

 


         

     Si d'aventure il vous arrivait de feuilleter un Livre pour sortir au jour, comme le définissaient les Egyptiens eux-mêmes - un Livre des Morts, communément et erronément appelé de nos jours -, vous rencontreriez certains titres qui, assurément, interpelleraient votre esprit rationnel.

 

     Ainsi, en tête du chapitre 44, liriez vous :

 

      Formule pour ne pas mourir une seconde fois dans le domaine des morts.


et mêmement, du 46 :


     Formule pour ne pas périr, pour demeurer vivant dans le domaine des morts.

 

 

     Qu'estimeriez-vous devoir comprendre par semblables propos ?

 

     C'est ce qu'aujourd'hui, amis lecteurs, poursuivant notre conversation de ce mardi, lors de notre premier rendez-vous de 2012 dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, il me siérait de vous expliquer.

 

 

     D'emblée, il faut prendre conscience qu'en réalité pas moins de trois mondes coexistaient au pays de l'antique Terre noire : le monde des vivants, bien sûr, puis les très luxuriants et très espérés "Champs d'Ialou",

 

 

Champs-d-Ialou---TT-1--de-Sennedjem--Photo---OsirisNet-.jpg

 

 

également nommés Champs des Offrandes, sorte de monde élyséen au sens des Grecs ou de paradis, selon les chrétiens : là y jouissaient d'une vie éternelle, ceux des Egyptiens qui, grâce à leur déclaration d'innocence, avaient échappé à la vindicte du monstre dévoreur guettant au pied de la balance divine qui pesait les âmes des défunts, dans la grande salle du Tribunal d'Osiris.

 

     De sorte que dans leur conception eschatologique, ce que l'on pourrait appeler la première mort, la mort physique ici-bas, n'était qu'un passage en vue d'accéder à la belle harmonie dans l'Au-delà, en vue de bénéficier de la magnificence de la "Campagne des Félicités".

 

      Grâce ci-avant à la célèbre représentation de la paroi est du caveau de sa tombe à Deir el-Medineh (TT 1), vous pouvez vous rendre compte de la vision qu'en eut par exemple, pour son épouse et pour lui-même, le maçon privilégié de la communauté des ouvriers de la "Place de Vérité"- entendez la nécropole royale thébaine - , que fut Sennedjem, sous le règne de Séthy Ier, à la XIXème dynastie. 

 

     Cette scène,ou toute autre semblable, accompagnait souvent sous forme de vignette le chapitre 110 du recueil de formules funéraires que je citai à l'instant et dans lequel, nommément, ces lieux célestes étaient évoqués :


     (...) Ici commencent les formules de la Campagne des Félicités et les formules de la sortie au jour ; entrer et sortir, dans l'empire des morts ; s'établir dans le Champ des Souchets, (...) y être glorieux, y labourer, y moissonner, y manger, y boire, y faire l'amour, faire tout ce que l'on a l'habitude de faire sur terre (...)


 

     Parallèlement à ces deux mondes, les Egyptiens en concevaient un troisième : celui de la deuxième mort, bien plus crainte, bien plus redoutée dans la mesure où elle n'autorisait pas la seconde vie tant souhaitée. Ce trépas "définitif" était haï, exécré parce qu'il représentait la destruction du ba de ceux qui n'avaient pas respecté l'ordre et la justice, de ceux qui n'avaient pas vécu selon les préceptes de Maât. 

 

     Il faut prendre conscience que l'annihilation du ba, principe immatériel faisant partie de l'identité d'un individu, était consubstantielle à celles de son ombre et de sa puissance magique, - autres composants d'un ensemble qu'un jour je décrirai -, et débouchait sur l'impossibilité de devenir un "akh", un mort transfiguré, glorifié, - glorieux, comme l'indique la traduction de Paul Barguet ci-dessus. C'est-à-dire l'impossibilité d'être admis parmi les dieux, de jouir de la vie éternelle.

 

     C'est ce que précise une autre composition funéraire, le Livre des Cavernes. On peut en effet y lire cette intervention de Rê, parlant de ceux qui n'ont pas été reconnus par le Tribunal divin (IX, 4) :

 

     Je siège dans le Bel Occident pour présider contre eux le tribunal, de manière à détruire leur ba, à exterminer leur ombre, à détruire leur corps, à leur ôter toute gloire.

 

     Risquant dès lors d'être avalés par la "Dévoreuse", monstre hybride qui n'attendait que cette éventualité, les Egyptiens, vous le comprendrez aisément, se devaient de tout tenter pour maîtriser cette deuxième mort, de tout tenter pour la dominer, pour y échapper. 

 

     Et c'est dans cet esprit qu'il nous faut envisager l'obligation de s'entourer dans la tombe, aux fins de perpétuer le souvenir des biens terrestres, d'un viatique pour l'Au-delà, que ce soit de nourriture ou d'objets pénétrés de pouvoirs apotropaïques. Dans cet esprit encore, l'impérieuse nécessité d'avoir entièrement placé sa vie terrestre sous l'égide de Maât. Dans cet esprit enfin, la stricte observance des différents rites, dont l'indispensable pratique de la momification proprement dite, non pas pour cacher la destruction du corps, évidence physique s'il en est !, mais pour avoir prise sur elle.

 

     De sorte qu'il convient de reconnaître que c'est sur la croyance en un certain nombre de gestes magiques que reposait le concept de seconde vie d'un individu : par la magie, le taricheute rassemblait sous l'aspect de momie les éléments constituant un être - humain autant qu'animal (1) - que son décès aurait pu séparer, dissoudre, anéantir ; par la magie, ce défunt ayant recouvré sa pleine intégrité physique, pouvait alors être considéré comme un nouvel Osiris et, dès lors, bénéficier d'une bienheureuse résurrection post mortem ; par la magie, à la fois de l'image et du Verbe, il avait l'assurance de subsister dans l'éternité même si, d'aventure, ses descendants omettaient d'assumer leurs devoirs cultuels.


 

     Au terme des deux premiers rendez-vous qu'il me plaisait de vous fixer, amis lecteurs, en tout début de cette nouvelle année avant de véritablement poursuivre notre découverte des fragments peints du mastaba de Metchetchi, j'espère avoir démontré que les Egyptiens de l'Antiquité jamais ne cherchèrent à occulter la mort : non seulement, ils la conçurent comme une réalité irrécusable mais, en outre, ils en firent la condition apodictique, sine qua non diraient les latinistes, de la Vie, première ou seconde, ici ou là-bas ...

 

     Et d'ajouter, offrant ainsi plus ample audience à une thèse du Professeur D. Laboury, de l'Université de Liège, qu'ils eurent de la mort et de l'existence souhaitée dans l'Au-delà une approche relativement optimiste : si les "maisons d'éternité" que les privilégiés se firent ériger, si l'embaumement dont ils furent l'objet, si les offrandes, essentiellement alimentaires, dont magiquement ils disposaient leur permirent de croire à une totale protection pour leur futur, à une pérennité sans tache, à une seconde vie bienheureuse, n'est-ce pas parce que celle qu'ils connurent sur terre leur avait pleinement satisfait ?

 

     Quel plus bel hommage, quel plus bel hymne à la Vie - dans ses deux acceptions temporelles : celle d'avant la mort physique et celle d'après - les habitants des rives du Nil ne nous offrent-ils pas là, eux qui intégrèrent la mort parmi les événements de l'existence de manière à accréditer leur croyance en une régénération, une renaissance, un éternel retour  ?

 

     Qui, après mes propos de mardi et de ce matin, peut encore considérer un seul instant ces femmes et ces hommes qui tant aimaient la vie au point d'en souhaiter deux, comme des êtres hantés par le spectre de la mort ?   


     Va, afin que tu reviennes ! Dors, afin que tu t'éveilles ! Meurs, afin que tu vives !,

rencontre-t-on déjà dans diverses formules des Textes des Pyramides.

 

     Voilà qui résume parfaitement ce que l'égyptologue italien Sergio Donadoni nommait l'optimisme cosmique des Egyptiens ...  

 

 

 

____________

 

(1) Distinction, vous l'aurez compris amis lecteurs, que j'établis par respect du vocabulaire courant car nul n'ignore que, scientifiquement parlant, les êtres humains que nous sommes font partie du monde animal. De sorte que, si j'avais voulu être puriste, j'eusse dû écrire : "par la magie le taricheute rassemblera sous l'aspect de momie les éléments constituant tout être que son décès aurait pu séparer, dissoudre, anéantir". 

 

 

 

(Barguet : 1967, 86-7 et 143-5 ; Cannuyer : 2005, 263-4 ; Donadoni : 1992, 308 ; Guilhou : 1998, 25-37 ; Laboury : 1999, 53-9 ; Leclant : 1982, II, 34)

 

 

 

     (Je sais gré à Thierry Benderitter d'avoir accepté, dès le début de nos relations épistolaires, que je puise de son remarquable site OsirisNet l'un ou l'autre document iconographique - dont celui ci-dessus -, aux fins d'illustrer mes interventions ; et cela sans même le déranger pour lui en demander à chaque reprise l'autorisation.

Merci Thierry pour la confiance dont tu m'honores.)

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 00:00

 

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend point nos rois.

 

 

 

François de MALHERBE


Stances,

Consolation à Monsieur Du Périer,

Gentilhomme d'Aix en Provence, sur la mort de sa fille

 

dans  Kanters R. et Nadeau M., Anthologie de la poésie française,

Le XVIIème siècle, Tome 1,

Lausanne, Ed. Rencontre,

p. 83 de mon édition de 1967.

 

 

 

 

     Si, d'emblée, j'ai choisi ce court extrait, pour lequel, petit cadeau supplémentaire, je vous propose le lien  vers la lecture qu'en donna jadis un immense acteur, c'est non seulement pour le plaisir de vous remettre en mémoire un des plus célèbres poèmes de la langue française que beaucoup d'entre vous ont probablement étudié lors de leurs études secondaires ; c'est aussi pour me faire plaisir dans la mesure où, personnellement, il compta énormément dans mon parcours au Conservatoire puisque notamment grâce à lui, j'emportai l'adhésion du jury et décrochai le Premier Prix d'Art dramatique et de déclamation française à partir duquel, naïf jeune homme de province, "je m'voyais déjà", nouveau Gérard Philipe, le récitant sur la scène du Grand-Théâtre de ma ville, "sous les ovations et les projecteurs ..." ; c'est enfin, beaucoup plus simplement, parce que deux termes convoqués par Malherbe dans les quelques vers ci-avant rencontrent parfaitement nos préoccupations actuelles.   

 

     En effet, du Louvre et, en priorité, de son Département des Antiquités égyptiennes dans la salle 5 duquel nous nous retrouvons ce matin vous et moi, amis lecteurs, ainsi que de la mort mais avec un éclairage tout à fait particulier comme l'indique clairement le titre que j'ai donné à la présente intervention, il sera à nouveau question pour notre premier rendez-vous de 2012 en ces murs prestigieux. 

 

     Certes, nous n'avons pas bénéficié du privilège - comme c'était le cas pour certains grands du royaume au XVIIème siècle encore - d'avoir l'honneur du Louvre, entendez par là de pouvoir pénétrer en carrosse dans la cour intérieure du palais de Henri IV et de Marie de Médicis. Mais vous conviendrez avec moi qu'il n'est nul besoin de ce peu discret moyen de locomotion pour nous y acheminer et être transportés d'admiration devant la vitrine 4 ² où sont exposés les fragments peints du mastaba de Metchetchi.

 

 

 

     O roi, ce n'est pas mort que tu t'en es allé, c'est vivant que tu t'en es allé ...

peut-on lire dès l'apparition des premiers textes funéraires royaux, à la fin de la Vème dynastie, à l'Ancien Empire donc, dans la pyramide d'Ounas, puis celles de ses successeurs immédiats, à la dynastie suivante ; Ounas dont, je le rappelle au passage, Metchetchi était un fonctionnaire plus qu'apprécié.  

 

 

 

Pyramide-d-Ounas---Chambre-du-sarcophage--Photo-Kohn-Bodswo.jpg

 

     Cet incipit (§134) qui, sur la paroi sud de la chambre funéraire, d'une pyramide à l'autre, entame toujours les textes tournés vers le roi défunt qui, d'ouest en est, était censé les lire en quittant son sarcophage et en se dirigeant vers la sortie ; cette formule que feu l'égyptologue français Jean Leclant estimait décisive et qu'il proposait d'ailleurs de nommer "le grand départ" ; cette assertion qui pourrait, à nos esprits cartésiens, sembler éminemment paradoxale, je voudrais aujourd'hui, en guise de conclusion à nos réflexions concernant les liens entre père et fils engagées lors de nos entretiens des 10 et 13 décembre,  la commenter, la développer aux fins de tordre le cou à certaines idées reçues répétées ad nauseam, et cela, en affirmant devant vous, haut et fort : 

 

     Non, les Egyptiens n'étaient pas morbides ! Ni macabres ! Ni par la mort obnubilés leur vie entière ; ni par elle tourmentés, obsédés, hantés !

 

     Mais à la différence de notre époque où, niant même la plupart du temps jusqu'à sa présence, nous voulons tout faire pour l'ignorer - alors que, sur un plan purement philosophique, notre finitude constitue véritablement sur cette terre la seule certitude dont nous puissions être assurés -, les habitants des rives du Nil antique ne s'en souciaient que pour mieux l'apprivoiser, pour mieux se préparer à cette seconde vie à laquelle ils croyaient, arguant du fait que leur présence ici-bas n'était que provisoire alors que l'autre, là-bas, dans ces champs d'Ialou tellement prometteurs, était éternelle.

 

     Certes, un peu comme nous qui, d'euphémismes en circonlocutions, nous ingénions à éviter un vocable trop lourd de sens à nos yeux, les Egyptiens, plutôt que "mourir", préférèrent utiliser des verbes comme "s'éloigner", "quitter", "s'en aller" ou, le plus souvent, "aborder" qu'il nous faut à la fois comprendre, au sens propre, d'accéder au bord de la rive ouest après avoir traversé le Nil et, au sens figuré, de trépasser, passer de l'autre côté.

 

     En outre, usant d'une métalepse, ils appelaient les défunts les "vivants", considérant ainsi la mort comme une non-existence et distinguant ceux qui vivaient sur terre de ceux qui évoluaient là-bas, dans le Bel Occident.

 

     Pratiquement, dans l'écriture hiéroglyphique, c'est par l'adjonction d'un déterminatif, d'un "classificateur sémantique", selon la terminologie employée par l'égyptologue belge, Professeur à l'Université de Liège, Jean Winand, qui ne se prononce pas mais qui permet de comprendre de quelle catégorie lexicologique le terme fait partie, que s'indiqua la distinction : ainsi, le "vivant" qui est sur terre était identifié grâce au signe de l'homme accroupi ( A3 = A 3 dans la liste de Gardiner), tandis que le "vivant" qui était décédé se distinguait soit par le signe d'une momie couchée ( A54  = A 54 de la même liste), soit par celui de l'homme assis sur un siège ( A50   = A 50), tenant éventuellement le flagellum (A51   = A 51), ces deux derniers personnages étant bien sûr momiformes.

 

      Les différentes esquives lexicographiques que nous pourrions d'ailleurs considérer comme une volonté d'occulter une réalité plus que désagréable, traduisaient en fait un concept ontologique essentiel : aux yeux des Egyptiens, l'être était foncièrement vivant mais évoluait dans deux espaces différents, l'ici-bas et l'au-delà.

Et entre les deux, la mort, qu'il faut comprendre comme une sorte de moment de transition.

 

     L'on rencontre, quand on feuillette le Livre pour sortir au jour  - (Livre des Morts, selon une appellation commune mais sémantiquement incorrecte) -, des titres de chapitres tels que : Formule pour ne pas mourir une seconde fois dans le domaine des morts ou Formule pour ne pas périr, pour demeurer vivant dans le domaine des morts.

 

     Mourir deux fois ? Vivre parmi les morts ? Comment devons-nous appréhender semblables formulations pour le moins sibyllines ?

       

     C'est ce que j'envisage de vous expliquer, amis lecteurs, de manière à clore notre discussion sur le sujet, lors de notre toute prochaine rencontre, le 14 janvier.

 

     A samedi ... 

 

 

 

 

(Barguet : 1967, 86-7 ; Guilhou : 1998, 25-37 ; Laboury : 1999, 53-9 ; Leclant : 1982, II, 34 ; Winand : 2005, 103)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 12:30

 

     Une nouvelle année, si elle est prétexte à décliner sur tous les modes possibles de nombreux voeux à ceux qui nous sont chers, l'est également à  l'offrande de quelques présents ...

 

     EgyptoMusée n'y faillit point qui, ce samedi, vous adressa les siens. Restait à vous proposer, amis lecteurs, LE cadeau, évidemment en lien direct avec ce blog, qu'à mon sens, vous devriez grandement apprécier.

 

     A ce stade préliminaire, j'entends déjà se réjouir certains d'entre vous qui espèrent que je pourrais leur adresser une entrée gratuite au Musée du Louvre ...


 

Louvre---30-mai-2011.jpg

 

 

     Cela eût pu, en effet !

Mais les difficultés pour obtenir de tous mes abonnés les adresses personnelles me parurent un bien long et compliqué défi.

 

     Aussi, préférant une certaine facilité, je vous le concède, au risque de vous décevoir, je choisis plutôt de vous permettre d'entrer virtuellement dans l'ancien Palais des Rois de France - car c'est quand même de cela qu'il s'agit ! - en plébiscitant, dans un premier temps à tout le moins, "notre" département préféré.

 

     Vous n'êtes probablement pas sans ignorer que le site internet du Musée du Louvre s'est tout récemment paré de nouveaux atours qui le rendent encore plus convivial, encore plus complet, encore plus attractif. Et parmi les nouveautés mises en place, une déambulation dans la section égyptienne.

 

     C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous offrir, en guise d'étrennes, grâce à ce lien, l'opportunité de découvrir à votre guise une ou plusieurs des trente salles recelant des trésors provenant des rives de l'antique Kemet.

 

     Par souci d'honnêteté, - et de probité intellectuelle -, je me dois de préciser que l'idée m'a été suggérée par la lecture conjuguée du commentaire de Montoumès, le 27 décembre dernier - à qui nous devons, j'aime à le rappeler, l'excellence du bandeau ci-dessus - et, ce matin, du nouveau site de mon collègue Marc Chartier qui propose, entre autres points concernant l'actualité de l'Egypte et de l'égyptologie, une première vue d'ensemble des expositions que monteront certains musées américains et français en cette année 2012.

 

     Dotés de ces différentes potentialités d'action qui, j'espère, vous intéresseront, vous pourrez, chers amis lecteurs, agréablement patienter une semaine encore avant que, de conserve, nous reprenions en salle 5 notre étude des fragments peints du mastaba de Metchetchi.

 

 

     Bonnes visites.

 

     Et à mardi 10 janvier prochain ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:00

 

     Parmi la quinzaine de textes des pyramides des rois et des reines des Vème et VIème dynasties faisant référence à une situation précise dans laquelle tout défunt pourrait se retrouver, il en est un qui mentionne un cours d'eau qu'il devrait franchir. Il aurait dès lors besoin de la barque d'un passeur pour le traverser.

 

     C'est l'intention qui fut mienne, amis lecteurs, en créant ce blog le 18 mars 2008 : vous inviter à monter à mes côtés dans la barque du "Passeur de mémoire" que, ma vie durant, j'ai modestement tenté d'être.

 

     Il ne vous aura pas échappé, sans doute, que l'avatar que je me suis choisi dans la colonne de droite


  vincentvangoghpontducarrouseliluwr.jpg

 

Le Pont du Carrousel et le Louvre, de Vincent Van Gogh, n'est pas étranger à la philosophie de ce blog : à défaut d'une barque pour nous rendre d'une rive à l'autre, c'est ici le pont - autre symbole de passage - qui nous amène au Musée.


 

     Avec "Ouvreur de chemins" - (Oupouaout, en égyptien) -, 

 

 

OUPOUAOUT (AF 287) (C. Décamps)

 

voilà deux expressions que, souvent ici, vous avez rencontrées, le dieu égyptien et le pont du Carrousel vers le Louvre valant donc métaphores.

 

     Le jeudi 24 novembre dernier, dans le Magazine littéraire de France 5, Elie Wiesel expliquait qu'il avait toujours aimé enseigner, qu'il avait toujours aimé "voir l'étincelle dans l'oeil des Etudiants".

Et le présentateur, François Busnel, de le définir comme un "Allumeur d'étincelles".

Ce à quoi Wiesel acquiesça.

 

     A l'aube de 2012, j'aimerais - en toute modestie - faire mienne cette lumineuse expression ; après avoir dispensé réellement quelques parcelles de Savoir près de trente-cinq années durant et, virtuellement, depuis près de quatre ans, j'aimerais qu'elle s'ajoute aux deux autres pour me définir à vos yeux.

 

     J'aimerais qu'à chaque fois que vous entrez dans une salle égyptienne de n'importe quel musée du monde, l'une des trois vous interpelle, éveille en vous un nom précis.

Que l'une des trois soit  tout simplement synonyme d'EgyptoMusée ...   

 

    A votre intention à tous, chers amis fidèles auxquels il m'est extrêmement agréable de réitérer mes remerciements les plus appuyés pour votre présence et votre participation sans laquelle ce blog n'aurait aucune raison d'être, je forme aujourd'hui le voeu que 2012 qui tout bientôt va vous demander d'entrouvir l'huis d'une nouvelle année, rencontre pleinement, tout au long de ses 366 jours à venir, l'ensemble de vos souhaits, des plus importants aux plus anodins.


 

     Evoquant les rencontres féminines de sa vie, Jean-Paul Sartre insistait sur la distinction qu'il établissait entre les amours nécessaires, Simone de Beauvoir, et les amours contingentes, les autres femmes qu'il a également aimées.

 

     Que vous l'estimiez nécessaire ou contingent, puissiez-vous, dans votre parcours personnel cette année encore, permettre à EgyptoMusée, d'être l'Ouvreur des chemins de votre questionnement, d'être un de vos Passeurs de mémoire, d'être un des Allumeurs d'étincelles de votre Savoir...


 

     De sorte que si, encore et toujours, l'aventure à mes côtés continue à vous séduire, je vous propose d'ores et déjà un tout premier rendez-vous, le mardi 10 janvier prochain, devant la vitrine 4 ² de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre où nous attendra Metchetchi. 

 

 

     Bon passage vers l'an neuf  ; bonne continuation de vacances et excellente année à tous.

 

 

     A tout bientôt.

 

     EgyptoMuséement,


     Richard    

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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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