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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Bien que Professeur, à l'instar de Robert Langdon, je ne le fus pas de symbologie. N'ayant pas, toujours comme lui, l'opportunité d'enquêter à Paris, ma "Sophie Neveu" à moi fut, comme je l'ai indiqué mardi dernier, une  fidèle lectrice, par ailleurs conceptrice d'un excellent blog qu'avec l'humour qui la caractérise elle a intitulé Louvreboîte.

 

     Rappelez-vous amis lecteurs, il s'agissait, après avoir reçu de Montoumès une preuve irréfutable, de retrouver, non pas l'assassin du Conservateur Jacques Saunière, mais plus simplement l'emplacement du cercueil d'un certain Pami, Prophète d'Amon de la XXIIème dynastie (soit entre 850 et 825 avant notre ère) que je recherchais depuis une précédente intervention que j'avais faite ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.

 

     L'immense gentillesse de ma "collaboratrice", sa disponibilité à me rendre service dès que je la sollicite, sa perspicacité, mais aussi ses relations au sein même du Musée, firent le reste.  

 

     Après quelques jours, le 19 octobre, elle me contacta.

 

     Parce que, personnellement, je n'avais ni dans mes tablettes ni en mémoire depuis ma dernière visite de quoi concrètement visualiser les affirmations qu'elle avançait, conscient toutefois d'abuser, je lui demandai quelques précisions supplémentaires, ainsi que l'une ou l'autre photo. Et, fébrilement, j'attendis un nouveau courrier, persuadé que j'étais maintenant de l'issue positive de ses investigations et tout en me reprochant de n'avoir pas suffisamment été attentif  à cette salle 15 qu'elle m'affirmait être la "résidence" de notre homme. 

 


Salle 15 - Entrée


 

     Deux jours plus tard, au cours de l'après-midi du jeudi 21, célérité extrême, je reçus le mail qui combla mon attente bien au-delà de toute espérance.

 

     Pami se trouve bien exposé - sans cartel toutefois - dans une vitrine proche de "LA momie", en salle 15 du Département des Antiquités égyptiennes, au rez-de-chaussée de l'aile Sully. C'est, à tout le moins, ce qu'entre autres lui expliqua la personne chargée d'études documentaires qui la reçut avec grande amabilité quand elle alla frapper à la porte de son bureau. 

 

     Et cette vitrine, comme vous le constatez à l'arrière-plan sur le cliché ci-dessus, était bel et bien vide à ma dernière visite, en juin 2009 ! Ma mémoire ne me faisait donc pas défaut : Pami dormait manifestement encore à cette époque-là quelque part au niveau des réserves, en fait, dans les profondeurs des sous-sols.

 

     Mais pour quelles raisons, aujourd'hui, est-il venu anonymement s'installer ici contre ce panneau latéral blanc de la vitrine à droite de celle de la momie, de l'autre côté du pilastre cannelé ?

 

Pami - Salle 15

 

     Soudain, il me souvint d'une affichette apposée sur la porte du fond de la salle que j'avais lue alors un peu trop rapidement : il y était question d'inondation et de préservation de pièces. D'abord, je ne compris pas ce que cela signifiait, ici, précisément. Puis, me renseignant, je fus affranchi.

 

     Longeant la Seine, le Louvre serait évidemment en première ligne parmi les grands monuments sévèrement atteints en cas de débordement, tel celui de 1910, resté mémorable pour beaucoup et qualifié depuis de centennal par les spécialistes. De sorte que depuis huit ans, des moyens désignés sous  l'acronyme PPRI (Plan de Prévention Risques Inondations) ont été mis en oeuvre pour pallier toute velléité des eaux de s'engouffrer à nouveau, aux alentours de 2010 donc, au sein même du Musée.  

 

     Dans un rapport publié sur le Net et intitulé Le Musée du Louvre, gestion globale des risques, Jean-Raoul Enfru, Délégué Sécurité-Sûreté et Contrôle de Gestion, explique que si actuellement une crue atteignait le niveau de 1910, date de référence, certains espaces du musée seraient inondés, dont 8000 m² de réserves et 4700 m² de salles d'exposition. Ce serait également le cas pour l'Auditorium, des espaces d'accueil et des équipements techniques, ajoute-t-il. 

 

     Quant aux oeuvres particulièrement vulnérables, fragiles, entreposées dans les réserves qui, détail à ne pas perdre de vue, se situent sous le niveau du fleuve, nécessité s'impose de leur prévoir un abri en zone non inondable, donc plus élevée.

 

     J'avais bien remarqué, sans vraiment y prendre garde, qu'ici ou là,  de nouvelles vitrines comblaient les espaces vides de différentes salles, voire que certaines avaient été complétées. Mais celle-ci, dans laquelle, apparemment accompagné d'autres si je scrute bien le cliché de ma correspondante, le cercueil de Pami a simplement été déposé, était à l'époque désespérément vide. 


 

    En l'absence de fiche spécifique mentionnant et le numéro d'inventaire et le propriétaire de l'équipement funéraire, comment d'ailleurs aurais-je pu deviner qu'il s'agissait bien du matériel funéraire de ce membre du clergé thébain que nous traquons depuis plusieurs semaines ?

 

     Simplement en déchiffrant parmi les textes hiéroglyphiques inscrits sur le cercueil en bois les quelques signes qui déclinent son identité.

 

     Approchons-nous, voulez-vous ?

 


Pami - Couvercle - Détail poitrine


 

     Observez bien cette portion du couvercle anthropomorphe, à hauteur de la poitrine : vous retrouvez aisément, sur votre gauche, soit à la fin des deux lignes d'inscriptions horizontales, soit terminant la formule d'offrande disposée en colonnes verticales, trois signes identiquement répétés, se lisant de droite vers la gauche : 

 

Pami - Salle 15 - Hiéroglyphes PAMI

 

* pa, le canard pilet en plein vol, ( = signe G 40 dans la liste de Gardiner) ;

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, (W 19) ; et, à sa gauche,  i, le roseau fleuri (M 17).

 

Suit le déterminatif de l'homme assis m'autorisant à penser qu'il s'agit bien d'un anthroponyme qui, donc, se lit Pami.

 

(Les deux derniers signes horizontaux précisent ici que le défunt fut déclaré Juste de voix, justifié devant le Tribunal d'Osiris lors de la séance de psychostasie - Pesée de l'âme - que vous connaissez bien maintenant puisque, reprise du papyrus de Nesmin, elle chapeaute chacun de mes articles.)

 

   

     Voilà pour Pami ; il ne nous reste plus maintenant qu'à rechercher Pamy : je veux dire simplement que puisque nous avons retrouvé le cercueil E 3863 de Pami, Prophète d'Amon, il nous faut encore déterminer l'emplacement de la stèle C 275 d'un certain Patcheqeb datant, toujours à la même dynastie, de l'an VI du roi Pamy.

 

     Il semblerait que nous ayons malheureusement nettement moins de chance avec ce monument-là, non pas que mon astucieuse enquêtrice nous laissât sur notre faim mais, tout simplement, parce qu'en mauvais état de conservation, lui a précisé son interlocutrice au bureau de documentation après avoir consulté son fichier interne, il n'est tant qu'à présent pas exposé et donc repose quelque part sous nos pieds, dans l'un des entrepôts destinés aux réserves des trésors.

 

 

     Que retenir de cette enquête en deux épisodes ?


     Tout d'abord que j'eus beaucoup de chance d'être épaulé par un premier lecteur, passionné lui aussi, qui mit la main ici sur le Net sur une photographie du cercueil que je recherchais. Ensuite que grâce à son cliché, au sein même de l'établissement, une lectrice assidue me servit d'intermédiaire pour mener les investigations que j'espérais.

 

     Tous, Louvreboîte et Montoumes, auxquels je me dois évidemment d'associer la personne chargée d'études au bureau de documentation du Département des Antiquités égyptiennes, veuillez trouver ici, outre l'expression de mes remerciements les plus appuyés, celle de ma satisfaction d'entériner l'esprit de solidarité animant, grâce notamment au support informatique, des gens qui, la plupart du temps, mais pas toujours, ne se connaissent que virtuellement.     

 

 

     Enfin, regret tout à fait personnel, je retiens aussi de toute cette aventure que les quelque 50000 pièces égyptiennes entreposées dans les réserves du Louvre ne sont malheureusement pas répertoriées dans la base de données de son site internet et donc, pour des amateurs dont je suis, que nulle trace d'elles, rapidement repérable, ne soit à disposition.

 

     Pourtant, dans l'Egypte antique, ne suffisait-il pas de lire ou de prononcer le nom de quelqu'un pour lui assurer une vie éternelle ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 00:00

 
     Nous nous étions momentanément quittés, souvenez-vous amis lecteurs, avant les vacances de Toussaint, après avoir, à plusieurs reprises, eu l'opportunité d'ensemble visiter le tombeau d'Iufaa, ce fonctionnaire aulique de la XXVIème dynastie, inhumé dans le cimetière saïte aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir que fouillent, depuis quelques décennies, les membres de l'Institut tchèque d'égyptologie.

 

     Dans la chambre sépulcrale, à quelque 22 mètres sous le sable du désert,  Ladislav Bares, l'inventeur de cette tombe, nous avait permis, le 2 octobre, d'admirer à ses côtés l'imposant sarcophage rectangulaire de calcaire blanc, le samedi 9 suivant, celui, anthropomorphe, en basalte sombre qu'il contenait et enfin, le 16, le troisième cercueil gigogne, en bois cette fois, dans lequel reposait le corps momifié d'Iufaa.

 

     Ce n'est que lors de notre dernier rendez-vous, le 23 octobre, qu'il nous donna quelques indications supplémentaires sur cette momie avant de prendre congé de nous et ce, dans tous les sens de l'expression puisque nous en avions terminé de cette découverte.

 

     Ou presque ...


     Car s'il nous fut possible d'ainsi accompagner les membres de l'équipe de fouilleurs dans un espace aussi restreint (4, 90 x 3, 30 mètres) quasiment entièrement comblé par la présence de l'énorme premier sarcophage de pierre blanche, c'est parce qu'un long et important travail, au demeurant d'un très grand intérêt quant à ses résultats, avait été préalablement réalisé aux fins de dégager tout ce qui encombrait les seuls cinquante centimètres de couloir qui séparaient les quatre parois de la première bière de celles du caveau proprement dit.

 

     On sait, depuis notamment la découverte de l'hypogée du jeune Toutankhamon par Howard Carter au début des années 20 du siècle dernier, combien l'étude du mobilier funéraire participe des interprétations éminemment pointues en égyptologie.

 

     En effet, axe de recherche privilégié - quand, comme ici,  la sépulture est retrouvée intacte ou pratiquement -, l'analyse du viatique dont aimaient s'entourer ceux qui en avaient les moyens en vue de continuer à être favorisés dans leur vie de l'Au-delà, permet d'affiner nos connaissances ressortissant tout à la fois au domaine des pratiques funéraires (quels sont les objets présents et en quelle quantité ?), à celui des techniques de fabrication (quels furent les matériaux employés ?) et aussi, peut-être aux yeux de certains le plus important pour l'histoire des relations humaines, à celui de la position sociale du défunt, tant il est vrai que toutes les pièces déposées là et destinées à l'accompagner pour l'éternité sont fondamentalement révélatrices de son statut au sein de la société de son temps.

 

     C'est donc de ce trousseau funéraire particulièrement riche préalablement exhumé du caveau par les membres de l'équipe tchèque et actuellement exposé au Musée du Caire que j'aimerais, à partir de ce samedi, vous entretenir quelque peu.

 

     L'étroit espace qui entourait le massif sarcophage de calcaire - 50 centimètres de part et d'autres, je l'ai souligné ci-avant -, était, quand les membres de l'équipe voulurent pénétrer dans la relativement petite chambre funéraire, partiellement rempli d'une épaisse couche de sable sur laquelle gisaient des morceaux pilés de briques de boue séchée, ainsi que quelques blocs de calcaire sur lesquels très probablement reposa le couvercle en attendant que soit définitivement refermée la cuve funéraire à la fin de la cérémonie d'inhumation.

 

     Furent aussi retrouvés là un coffre de faïence, des vases en céramique sur la panse desquels était précisé à l'encre noire le nom des huiles sacrées qu'ils avaient contenues ; des amulettes, aussi ; ce que l'humidité ambiante avait  permis de conserver d'un rouleau de papyrus, autant dire quelques lambeaux irrémédiablement indéchiffrables  - (nous sommes, à plus de 20 mètres sous le sol,  au niveau de la nappe phréatique)  ; des poteries originaires de villes telles que Samos, Chios, Lesbos, en Grèce insulaire orientale et de Clazomènes, cité grecque également mais d'Asie mineure ; un vase d'albâtre, un autre en calcaire rose, d'une petite cinquantaine de centimètres de hauteur, présentant une adresse à Anubis ainsi qu'une image de ce dieu ; et ...

 

     Et, une des pièces les plus intéressantes mises au jour, un coffre en forme de naos - naoforme, comme aiment à le définir les égyptologues -, surmonté d'une élégante statue de chien (chacal ?) représentant Anubis couché, semblant indubitablement se faire le gardien du contenu de ce meuble sur lequel, ce matin,  il me siérait d'attirer votre attention.

 

 

Iufaa - Coffre aux canopes (Couverture ouvrage Bares - Abus

 

 

     Vous noterez tout de suite l'état de dégradation de ce monument de bois qui en réalité faisait partie d'une paire dont originellement l'un avait été entreposé le long du côté nord du sarcophage et l'autre, à l'opposé, du côté sud :  tout comme sur le troisième cercueil gigogne, figurations et textes peints en ocre à même une couche de vernis noir ont maintenant partiellement disparu à cause de l'important degré d'humidité que j'évoquais à l'instant.  


     A l'intérieur de chacun des coffres, deux vases d'environ 30 cm de haut.

 

Iufaa - Canopes (Photo Kenneth Garrett)

 

     Les plus fidèles d'entre vous auront remarqué que ce n'est pas la première fois qu'à propos du mobilier funéraire d'Iufaa, au demeurant "simple" haut fonctionnaire de cour, je faisais allusion à celui de Toutankhamon, pharaon de la XVIIIème dynastie : déjà la présence de cercueils emboîtés pour préserver sa momie, trois, comme dans l'hypogée du jeune souverain, m'avait interpellé, même si, je dois à la vérité de  reconnaître que la comparaison ne s'impose absolument pas quant au matériau utilisé et à la facture de réalisation .

 

     Aujourd'hui, ce coffre destiné aux viscères m'invite derechef à évoquer un mobilier funéraire hors du commun. Certes, celui-ci, en bois, n'a aucune prétention à rivaliser avec l'élégance de celui du roi adolescent, ni pour ce qui concerne la matière, de la calcite veinée, ni du point de vue de l'esthétisme de l'ensemble avec, notamment,  les quatre divinités protectrices sculptées en relief embrassant chacune de leurs bras étendus un angle spécifique du monument : Isis au sud-ouest, Nephthys au nord-ouest, Neith au sud-est et Selkis au nord-est.

 

     Mais il appert qu'à bien des niveaux, un parallélisme existe entre les deux inhumations.

 

     Ceci posé, j'aimerais en quelques mots retracer l'évolution de ces réceptacles avant de bientôt vous expliquer de manière détaillée  la signification de la présence de semblables jarres dans les tombeaux égyptiens.

 

     Il faut savoir que, dès le début de la civilisation et de ses pratiques de momification, à Saqqarah, certains viscères des défunts furent enveloppés à part, dans des étoffes, avant d'être posés à même une niche pratiquée à l'angle sud-est du mur sud de la chambre funéraire.

 

     Pour ne pas alourdir mes propos, permettez-moi de n'évoquer que prochainement les raisons de ces gestes thanatopraxiques.

 

     Après cette première étape à l'aube de l'Ancien Empire, des solutions multiples virent le jour à partir de la IIIème dynastie pour la conservation des entrailles : furent par exemple envisagés l'utilisation d'un second sarcophage placé à proximité de celui contenant la momie ; le creusement d'un deuxième caveau ; voire aussi celui d'un deuxième tombeau uniquement prévu pour les abriter ...

 

     A la même époque, les paquets de viscères embaumés furent enfermés dans des coffres en bois ou en pierre placés dans l'alcôve creusée à cet effet ou, notamment à la IVème dynastie, au fond d'un puits sommé d'une dalle.

 

     A la Vème dynastie, l'emploi de coffres se multiplie : ils sont alors souvent déposés près du sarcophage, du côté sud. Mais cela ne signifie nullement que la niche initiale disparaît complètement : les égyptologues en retrouvèrent encore dans des sépultures du Moyen Empire.

 

     C'est précisément à cette époque que, protection supplémentaire, se développe l'usage de prévoir quatre vases pour contenir les paquets d'entrailles momifiées. Dès lors, à partir du moment où, comme nous le verrons bientôt, des bouchons particuliers refermeront ces vases, le format des coffres qui, initialement, n'étaient fabriqués que pour abriter des paquets de viscères, s'agrandit considérablement.

 

     On les retrouvera désormais dans le mobilier funéraire égyptien jusqu'à l'époque gréco-romaine ; raison pour laquelle, aujourd'hui, nous avons pu nous pencher sur celui d'Iufaa, dignitaire de la XXVIème dynastie, et des vases qu'il contenait.

 

     Pour ce qui les concerne, je vous propose un nouveau rendez-vous, le samedi 20 novembre.

 

      Si tant est que la poursuite de ce sujet vous intéresse ...

 

 

 

 

(Bardinet : 1995, 79 ; Bares : non daté, passim ; Posener/ Sauneron/Yoyotte : 1959, 41-2 ; Reeves : 1995, 119-22 ; Rogouline : 1965, 237-54)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 00:00

    

      Le 5 octobre dernier, souvenez-vous, je terminai pratiquement notre rencontre par ces mots :

 

... dans ce même Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, peut-être aurez-vous plus de chance que moi, amis lecteurs, de débusquer, au fil de vos déambulations, le cercueil E 3863 ayant appartenu à un certain Pami, Prophète d'Amon de Karnak, petit-fils d'un vizir s'appelant également Pami et provenant de la sépulture communément appelée des "prêtres de Montou", mise au jour par Auguste Mariette dans le temple de Deir el Bahari, en 1858 ; et, dans le lot des stèles retrouvées par ce même Mariette dans le Sérapéum de Memphis, la C 275 faisant allusion à un roi Pamy ; tous ces personnages ayant vécu à la XXIIème dynastie.

 

     Plus de chance que moi, car, bien que cités par feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, les deux monuments ne figurent ni dans les notes qu'au cours de ces vingt dernières années j'ai prises de salle en salle ni dans la base de données du site internet du Louvre, en principe bien plus fiable que moi !

 

     Mais peut-être dans quelque réserve, sous nos pieds ?

     Et seuls, alors, conservateurs, égyptologues patentés et quelques privilégiés ont l'heur de les approcher ...

 

 

     Parmi les commentaires que je reçus dans les jours qui suivirent, celui de Montoumès, créateur sur le Net d'un incontournable Dictionnaire encyclopédique à l'Egypte consacré qui, me prenant  amicalement au mot, effectua sa petite enquête ...

 

 

     Je ne sais trop si, hors les murs du petit village-rue ardennais dans lequel jusqu'à tard dans mon adolescence je passai de superbes juillets et aoûts parce qu'y vivaient tous mes grands-parents et le reste de la fraterie Lejeune - mon père était pratiquement le seul de la famille à avoir quitté les Ardennes pour préférer la ville -, l'expression est connue.

 

     Dans la ferme où l'odeur des cochons le disputait à celle des gâteaux et des tartes que nous concoctait notre grand-mère avec les fruits que nous avions ramassés dans le verger étaient nés 7 garçons et 2 filles ; et dans le village, bien des années plus tard, tous les enfants de mes oncles et tantes. De sorte que quand juin finissait à Liège, je n'avais de cesse d'inviter mes parents à prendre le train - nous n'avions pas de voiture à cette époque ! - qui nous  conduirait vers la campagne, vers le bonheur.

 

      Là, entre autres activités, quand avec certains de mes nombreux cousins nous jouiions à retrouver un objet que l'un ou l'autre avait dissimulé à notre intention, après de parfois longs moments de recherche, fleuraient bon, dans notre babil enfantin, quelques tonitruants "ça brûle ! " dès que l'un de nous approchait de la fameuse cachette.

 

     Ce furent précisément ces mots tant de fois entendus et prononcés voici plus d'un demi-siècle qui me revinrent en mémoire quand je lus les précisions que mon correspondant m'adressait : ça brûlait-il ? Montoumes avait-il eu plus de chance que moi ? Avait-il trouvé Pami ?     

 

        Oui ! Le cliché qu'il m'envoya le prouvait.


 

Cercueil de Pami


 

     Enfin, presque ...

 

     Sur un site - mais bizarrement pas celui du Louvre, - il avait déniché cette photo du cercueil de Pami, Prophète d'Amon à la XXIIème dynastie. Beau début ; excellente première étape.

Malheureusement, le document n'était assorti d'aucune indication de localisation dans le Musée.

 

     Et rien encore pour ce qui concernait la stèle qu'également je recherchais ...

 

     Ne me départissant pas de ma pugnacité mais n'ayant point pour l'instant l'opportunité de me rendre dans la capitale française, je mandai une précieuse lectrice, elle-même conceptrice de cet excellent blog qu'elle a intitulé avec beaucoup d'humour Louvreboîte, de bien vouloir collaborer à cette double quête.

 

     Sur son acceptation, je n'avais aucun doute, pour autant qu'elle fût à Paris, bien évidemment. Mais la photo que je lui envoyai serait-elle suffisante pour lui permettre de  mener à bien ses investigations ?

 

 

     C'est ce que nous apprendrons, mardi prochain, pour pouvoir  éventuellement mettre ici un point final, semblable à ceux que Georges Simenon et Agatha Christie apposaient au terme des enquêtes romanesques que je dévorais quand j'avais pris la décision de ne pas nécessairement aller cueillir myrtilles et airelles ou participer aux jeux de mes cousins, dans ce petit village de nos Ardennes belges, sous le soleil de mes juillets et août d'adolescent ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 23:00

 

     Mais qu'est-ce que l'Agnès de L'Ecole des femmes vient faire dans cette galère ?

 

     Rien d'autre, amis lecteurs, que me souffler, grâce à sa réplique du tout début de la scène 5 de l'acte 2, le titre de mon intervention de ce matin, la dernière avant le congé de Toussaint.

 

   Vous m'accorderez, quand vous en aurez dans quelques instants découvert le sujet, qu'il est particulièrement d'actualité en cette veille de Toussaint !

 

     Ce n'est évidemment pas la raison pour laquelle je l'ai choisi : en revanche, c'est parce qu'il est grave, qu'il va certainement provoquer quelques réactions peu amènes à l'égard des pratiques égyptiennes antiques, voire peut-être du dégoût dans les rangs de celles ou ceux qui militent aux côtés de madame Brigitte Bardot, qu'il m'a plu de convoquer d'emblée la jeune, charmante et bien innocente héroïne de Molière.

 

     En quelque sorte, un peu de soleil, non pas dans l'eau froide, mais dans le natron ...

 

     Ce mois-ci, souvenez-vous, à plusieurs reprises, et notamment dans deux articles consacrés à la déesse Bastet, le 12 et le 19, j'avais approché, sans trop y accorder de détails, la momification dont les chats, à l'extrême fin de l'histoire pharaonique, avaient sur grande échelle fait l'objet.

 

     C'est ce thème délicat que je voudrais aujourd'hui aborder avec vous, aux fins de poursuivre leur évocation commencée le 21 septembre dernier, sans toutefois encore y apposer un point final.

 

     Permettez-moi, en guise de prémices, une petite précision chronologique, certes déjà  indiquée auparavant, mais qu'il est bon à mon sens d'à nouveau rappeler - vingt fois sur le métier ... - :  si la vénération des chats fut un fait avéré depuis la plus haute antiquité sur les rives du Nil, leur embaumement en grand nombre et à destination magico-religieuse n'intervint que très tard dans l'histoire du pays ; et encore, mit-il du temps à se répandre ...

 

     Dès la XXIIème dynastie, c'est-à-dire vers le milieu du 8ème siècle avant notre ère, Bubastis, cette ville de Basse Egypte, à l'est du Delta, dont le temple était voué à la déesse Bastet, tout à la fois  lionne et chatte, devint le principal centre de momification par milliers de petits félidés. L'engouement - la mode ? - prit ensuite une première extension à l'époque saïte, soit à la XXVIème dynastie, deux siècles plus tard. Mais en réalité, ce ne sera qu'à partir de la XXXème et ultime dynastie autochtone, à laquelle succéderont la seconde domination perse, puis l'époque gréco-romaine, que proliféreront les nécropoles de chats dans tout le pays.

 

     Trois sites, parce qu'ils sont les plus importants quant au nombre de momies mises au jour par les archéologues et aussi, vraisemblablement, par les pilleurs de tombes, retiendront notre attention : Bubastis, donc, et le Bubasteion de Saqqarah, déjà précédemment cités, ainsi que le Speos Artemidos de Beni Hassan où, en 1988, en furent retrouvées pas moins de 300 000 ! 

 

     Dans tous ces cimetières, les animaux embaumés le furent de différentes manières : soit ils étaient simplement enveloppés de bandelettes,

 

Chat momifié N 2889 - Salle 19 - Vitrine 8

 

 

comme celle-ci (N 2889) que vous pourrez découvrir tout à l'heure, après notre rendez-vous, dans la vitrine 8 de la salle 19, la dernière de ce parcours thématique du rez-de-chaussée du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ; soit ils étaient placés dans un petit sarcophage en bronze ou en bois auquel avait été donnée la silhouette de l'animal


Sarcophage de chat - E 2531

 

 

comme celui-ci (E 2531), en bronze, dans la même vitrine, salle 19.

 

     Que ce soit ici à Paris, ou au British Museum de Londres, les études qui ont été menées sur les différentes momies de chats en leur possession, notamment au niveau de la dentition, révélèrent incontestablement que les prêtres sacrificateurs choisissaient de très jeunes animaux, voire même des nouveau-nés qu'ils étranglaient ou dont ils tordaient le cou, qu'ils noyaient, aussi parfois, ou dont ils fracassaient le crâne ou fracturaient certains os ou le nez, ou ... ou ...

 

     Des prêtres ? Pour quelles raisons ?, me demandera certainement l'un ou l'autre d'entre vous.

 

     Il faut en réalité savoir qu'aux derniers siècles précédant notre ère, dans les dépendances des temples honorant la déesse Bastet des différents sites évoqués ci-avant, existait un véritable commerce  lucratif entretenu par le personnel sacerdotal, qui consistait à élever des chats par milliers, puis à les sacrifier et enfin à les embaumer dans le but de les vendre aux fidèles qui, se présentant là en très grand nombre, ne désiraient rien tant qu'acquérir semblable ex-voto en vue de le consacrer à la divinité lors de leur pèlerinage, qui pour lui demander une faveur, qui pour la remercier à la suite d'un souhait exaucé ...

 

     Vous aurez aisément compris que ces pratiques nécessitaient non seulement un élevage outrancier de ces petits félidés - élevage que l'on pourrait  même, sans trop d'anachronisme, qualifier d'industriel -, mais aussi leur sacrifice dans des délais très brefs : quatre mois après leur naissance, c'est-à-dire quand estimation était faite qu'ils avaient atteint la taille adéquate pour présenter une momie de belle  facture ou, pour ceux non gardés en vue d'une éventuelle reproduction, entre 9 mois et un an.

 

     Mais, soit qu'il y eût des périodes pendant lesquelles ce fructueux commerce ne fut  que parcimonieusement approvisionné, soit  que les prêtres désirassent rentabiliser au maximum la croyance populaire, l'on a constaté qu'il existe en nos musées des "momies de chats" ne contenant, certaines une tête, d'autres une patte seule ; quand ce n'est pas, comme à Beni-Hassan, la colonne vertébrale et les deux pattes arrière d'une ... grenouille !! ; ou, comme à Saqqarah, découverts par l'égyptologue français Alain Zivie en quantité non négligeable dans la tombe de Maïa, nourrice de Toutankhamon, des emballages zoomorphes remplis de matériaux divers non organiques !! 

 

     A ce sujet, Tifet, artiste de talent et, de surcroît, fidèle lectrice, évoqua même, dans un précédent commentaire, la présence de cailloux et de terre glaise à l'intérieur de ces momies factices ...

 

     Et le Professeur Zivie de conclure : "... le clergé tirant de ce commerce des bénéfices certains, on ne peut écarter l'hypothèse de pratiques frauduleuses."

 

  

     Ce ne sera qu'à l'époque romaine, quand le nouveau dogme chrétien s'imposera peu à peu, que la pratique de ces offrandes animales à la déesse Bastet, jugées barbares, s'étiolera progressivement avant de définitivement cesser.

 

 

 

 

(Charron/Ginsburg : 1989, 20-4 ; Zivie : 2003)  

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 23:00

 

      Dans une bien compréhensible prise de position respectueuse des conceptions funéraires de l'Egypte ancienne, l'égyptologue tchèque Ladislav Bares nous demanda, samedi dernier, souvenez-vous, de nous retirer avant qu'il ne procède au délicat enlèvement de ce qu'il restait encore d'intact de la parure qui recouvrait la momie d'Iufaa.

    

     Certes, il assortit sa décision d'une invitation à le rejoindre aujourd'hui, tout au fond du caveau funéraire, à 22 mètres sous le sable du cimetière sud-ouest de la nécropole d'Abousir pour mieux apprécier encore les différents sarcophages ; raison pour laquelle je vous retrouve avec plaisir à mes côtés ce matin.

 

     Quand tout fut terminé,

 

Iufaa - Sarco (Photo Martin Frouz - National geo)

 

quand la première cuve de calcaire blanc, avec toutes les précautions d'usage, fut vidée des deux cercueils gigognes qu'elle avait contenus, apparurent enfin complètement les différentes colonnes de hiéroglyphes colorés que les scribes d'il y a deux millénaires et demi, sur commande du  jeune défunt lui-même, voire, s'il n'en avait pas eu le temps, de ses proches, avaient dessinés sur tout le pourtour de la cavité anthropoïde dans l'espoir de le protéger au maximum pour l'Au-delà.

 

     Cette production littéraire magico-religieuse entourant son corps momifié consistait en textes relativement courts, extraits notamment des Formules des Pyramides et autres invocations, mais aussi en petites scènes peintes à l'image des vignettes que l'on peut admirer en tête des chapitres du Livre pour sortir au jour (appelé aussi, mais erronément, Livre des Morts) : plusieurs de ces chapitres - les 26 à 30 B qui tous  demandent que, dans l'empire des morts, soit rendu son coeur au défunt, ainsi que le 72  qui formule la permission qui lui est accordée de pouvoir librement sortir, puis rentrer dans sa tombe à la fin du jour - se retrouvaient d'ailleurs reproduits à divers emplacements sur les cercueils.

 

     Tout ce corpus, qu'il soit sur ou dans le sarcophage en calcaire blanc, sur le couvercle ou le pourtour extérieur du deuxième, en basalte foncé, ou sur la planche recouvrant celui en bois, constituera une incontestable documentation de première main - retrouvée intacte de surcroît ! - permettant aux égyptologues d'appréhender de manière encore plus détaillée les pratiques funéraires inhérentes à cette époque saïto-perse que sont les XXVIème et XXVIIème dynasties.

 

     Il est en effet dans les intentions du Professeur Bares de publier un nouveau volume dans la collection Abusir qui, après celui  qu'il fit paraître en 2008 et  seulement consacré à la description de la situation archéologique et des trouvailles mises au jour dans le tombeau,

 


Iufaa - Couverture Abusir XVII (L. Bares)

 

 

devrait nous dévoiler textes et scènes, peints ou gravés, de la chambre sépulcrale et des différentes enveloppes protectrices d'Iufaa.

 

     L'intéressant de la visite d'aujourd'hui réside évidemment aussi dans le fait que la tombe ayant été complètement dégagée, nous sont beaucoup plus aisément accessibles les motifs "décorant" les  murs intérieurs, ainsi que les différents cercueils gigognes.

 

     Ainsi, cette scène classique de la théorie des porteurs d'offrandes où au-dessus de la case attribuée à chacun d'eux a été gravé le nom du produit qu'ils proposent ;  

 

Iufaa - Porteurs offrandes sur sarco (Photo Martin Frouz)

 

 

ou, tout aussi, récurrente, celle du défunt assis devant la table de son repas funéraire comme déjà nous l'avions vue dans le mastaba d'Akhethetep, salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre et, plus récemment, ici en Abousir, dans celui d'Inty ;

 

Iufaa - Scène banquet sur sarco

 

 

ou, nettement plus problématique, plus interpellante dans la mesure où on ne lui connaît aucun parallèle dans un quelconque monument égyptien, celle de ces vaches prétendument "dansantes", aux pattes qui font étrangement penser à l'uraeus, le cobra femelle que l'on trouve fréquemment au front des pharaons et qui, assimilé à l'oeil de Rê, était censé protéger le souverain des ennemis du pays. 

 

Iufaa - Vaches dansantes


 

 

     Après nous être abondamment attardés pour admirer tous ces détails ressortissant au domaine des représentations funéraires, l'égyptologue nous propose de maintenant remonter à la surface pour ensemble converser autour d'une bonne et fraîche bière tchèque ...

 

     La momie d'Iufaa, dans un état de fragilité, voire de décomposition, assez préoccupant, ne fut pas "débandelettée", nous apprend-il, et donc partit telle quelle dans un laboratoire de Giza pour y être analysée aux rayons-X par les membres de l'équipe de l'anthropologue Eugen Strouhal.

 

     Et les radiographies, vous vous en doutez certainement, révélèrent bien des détails intéressants.

 

     Ainsi, les prêtres embaumeurs - (taricheutes, selon le terme employé par les égyptologues) - qui, au VIème siècle avant notre ère, avaient pratiqué la momification, insérèrent-ils entre les épaisseurs des tissus qui ceignaient le cadavre, comme d'ailleurs le voulait la tradition notamment pour les souverains, un certain nombre de ces amulettes prophylactiques en pierres semi-précieuses telles qu'on en trouve au Musée du Louvre, par exemple : entre autres, ici, six yeux oudjat, trois scarabées, deux noeuds d'Isis ...

 

     Les clichés permirent également de constater que doigts et orteils de la momie avaient été gainés d'une feuille d'or pur - la chair des dieux ! -, comme ceux que l'égyptologue français Pierre Montet avait exhumés de certains tombeaux de Tanis, en 1939.

 

      Enfin, sur le sexe avait été posée une mince plaque en cuivre doré.

 

     Après une analyse un peu plus poussée, le Professeur Strouhal put déterminer que notre homme était décédé relativement jeune, entre 25 et 35 ans, probablement vers 30 ans et qu'il avait déjà perdu la plupart de ses dents.


 

     Il serait prévu - Zahi Hawass, le tout puissant patron du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes l'avait promis en 2005, déjà, - qu'Iufaa réintègre sa tombe de manière qu'il soit à nouveau sous la protection des dieux.

 

     Quant à savoir s'il y reposerait en paix, c'est là une tout autre histoire dans la mesure où la sépulture, maintenant complètement sécurisée, devrait être ouverte au public.

 

     Un contact que j'ai récemment eu avec un égyptologue belge qui travaille sous la direction de Miroslav Verner à Prague (I.T.E.) m'a appris, le 29 septembre dernier, que, pour le moment, le site d'Abousir n'était pas ouvert pour les touristes. Le SCA (Supreme Council of Antiquities) a déjà depuis 2005 des plans pour l'ouvrir, mais jusqu'à présent, il ne l'a pas fait.

 

     Et mon correspondant de conclure : "Je crois que cela va durer encore longtemps avant que les touristes puissent visiter les pyramides et les tombes d'Abousir".


     Dans ce cas, peut-on penser que Z. Hawass voudrait ainsi respecter les traditions religieuses égyptiennes antiques pour lesquelles l'inviolabilité d'une tombe était gage d'éternité pour son propriétaire ?

 


     Deux remarques, avant de nous quitter ce matin.

 

     La première pour vous faire prendre conscience, amis lecteurs, que vous fûtes éminemment privilégiés d'ainsi m'accompagner depuis plusieurs mois dans tous ces caveaux nouvellement explorés par les égyptologues tchèques.

 

     La seconde, c'est que, toujours en rapport avec les conceptions égyptiennes que j'évoquais à l'instant, prononcer le nom de tous ces défunts comme nous l'avons maintes et maintes fois fait vous et moi, que ce soient ceux de Rêneferef, d'Oudjahorresnet, de Kaaper, de Fetekti, de Qar, d'Inty et, depuis quelques semaines, celui d'Iufaa, leur assure une vie éternelle, là-bas, dans les magnifiques Champs d'Ialou ...


     Cela compense, à mon sens, l'énorme dérangement que les égyptologues leur ont imposé en pénétrant et en fouillant dans leurs tombeaux. Et ce n'est peut-être déjà pas si mal !

 

    

 

(Bares : 2005 ; Barguet : 1967, 71-6 et 110-1 ; Onderka & alii : 2008, 108 ; Verner : 2002, 192-205)

 

 

     Conscient que les congés scolaires de la Toussaint qui débutent  fin de la semaine prochaine peuvent, comme ce sera mon cas, emmener certains d'entre vous, sur l'une ou l'autre route des vacances, je vous donne rendez-vous, amis lecteurs, le samedi 13 novembre aux fins de poursuivre notre prospection de la tombe d'Iufaa  : car aussi bizarre que cela puisse peut-être vous paraître, il nous reste encore quelques découvertes d'importance à y faire ...

 

     Mais avant cela, n'oubliez pas, mardi 26, notre dernière visite de ce mois d'octobre au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ...

 



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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 23:00

 

   La propension qui est mienne à ouvrir volontiers des parenthèses en abyme qui n'en finissent pas de se refermer n'a d'égale que mon irrépressible envie d'essayer d'être le plus complet possible. Nonobstant le fait  que je sois intimement persuadé que l'exhaustivité n'est guère défendable dans une science qui, comme l'égyptologie, ne cesse d'annoncer de nouvelles découvertes, j'essaie, dans la mesure de la documentation dont je dispose, d'embrasser le plus largement qu'il me soit permis les composantes les plus récentes des sujets qu'ici je traite.

 

     C'est la raison pour laquelle, j'aimerais aujourd'hui poursuivre l'intervention entamée mardi dernier, à propos de la déesse Bastet  dont vous pourrez admirer, tout à l'heure quand nous nous quitterons, dans la première vitrine de la salle 19, la dernière du rez-de-chaussée de ce Département, une fort élégante théorie ; et, envisager d'y apposer un point final. 

 

 

Chats (Photo - J. Artigue)

 

 

     (Je profite de l'opportunité qui m'est ici donnée pour grandement remercier Madame Jocelyne Artigue, une de mes lectrices grenobloises, d'avoir eu la bonté de m'envoyer ce cliché et d'avoir sans hésitation aucune accepté que je l'inclue dans le présent article.) 

 

 

     Après avoir à deux reprises ce jour-là, rencontré le terme Bubasteion, une fois à Alexandrie avec la découverte qui fut faite, en ce début d'année 2010, de plusieurs cachettes remplies de centaines de statues de chattes dans les ruines, selon madame Dominique Valbelle, du plus grand temple ptolémaïque connu jusqu'à présent dans cette mégapole de l'Antiquité ; et une deuxième fois à Saqqarah, au sud-est de la pyramide de Téti, où de nombreuses tombes rupestres du Nouvel Empire ont été réutilisées à la Basse Epoque en tant que catacombes réservées à des chats, je vous en avais brièvement expliqué l'origine grecque : la ville de Bubastis, la Per Bast des Egyptiens, la "Maison de la déesse Bastet", chef-lieu du 18ème nome de Basse-Egypte.

 

     Vous l'aurez compris, amis lecteurs, il s'agit  bien de cette nécropole à laquelle faisait allusion Hérodote au chapitre 67 du Livre II de L'Enquête que je vous avais ici donné à lire.

 

     C'est à Bubastis donc, Tell Basta en arabe, l'actuelle Zagazig sur la branche pélusiaque du Nil, dans le Delta oriental, à quelque quatre-vingts kilomètres au nord-est du Caire, qu'entre 1886 et 1889 furent retrouvées, par l'égyptologue suisse Henri Edouard Naville, des tombes dans lesquelles, par milliers, avaient été inhumées des statuettes de chats, essentiellement en bronze mais aussi de très nombreuses momies de ces petits félidés qui, manifestement, servirent d'ex-voto dédiés à la paisible déesse Bastet.

 

     (Puis-je me permettre de conseiller à ceux qui, parmi vous, désireraient en savoir plus concernant Bubastis de consulter cette page du Net, extrêmement complète, qui lui est consacrée ?)


 

     Vous n'êtes évidemment pas sans ignorer que certains animaux furent vénérés dès les premiers temps de l'histoire égyptienne et, bien plus tard, momifiés en grand nombre en tant que supports d'une divinité ou, à tout le moins, en tant qu'intermédiaires entre cette dernière et l'homme . Le chat, pour sa part, devint vite l'incarnation -  l'hypostase vivante, rencontrerez-vous parfois dans les ouvrages spécialisés -,  de cette déesse représentée dès lors soit simplement sous la forme animale, comme les statuettes ci-dessus exposées salle 19, soit - et c'est peut-être plus fréquent - en tant que femme debout, mais alors avec une tête de chat.

 

     Bien qu'aménagés à partir de la vingt-deuxième des trente dynasties, vers le VIIIème siècle avant notre ère donc, les différents cimetières de chats répartis sur le sol égyptien constituent, mis à part les tombeaux des taureaux Apis, au Sérapéum de Saqqarah, et Mnévis, à Héliopolis qui les ont précédés de peu, les plus anciens exemples d'ensevelissement d'animaux en grande quantité actuellement connus.


     Exceptons toutefois la découverte que fit l'égyptologue anglais W. M. Flinders Petrie (1853-1942) dans le cimetière du Moyen Empire à Abydos, en Haute-Egypte, d'une petite tombe surmontée d'une superstructure en forme de pyramide dans la chapelle de laquelle il exhuma 17 squelettes de chats qu'accompagnait une rangée de petits pots qui, selon lui, avaient dû jadis contenir du lait ...

 

     Exceptons également, mais elles n'avaient rien de collectif celles-là, quelques rares tombes du Nouvel Empire dans lesquelles un maître tenait à rendre hommage à son félidé favori : ainsi , par exemple, existe-t-il au Musée du Caire, sous le numéro d'inventaire  JE 30172, un sarcophage provenant d'un hypogée qui n'a jamais été localisé, celui du fils aîné d'Amenhotep III, le prince Thoutmosis, frère du pharaon Amenhotep IV/Akhenaton. 

 

     Découvert en 1892, à Mît Rahineh (Memphis), au sud d'un temple de Ramsès II, ce cercueil en calcaire de 64 centimètres de haut présente une décoration explicite grâce aux textes et à l'iconographie gravés en creux : il s'agit de celui de Ta-Mi(ou)t, littéralement "la chatte", l'animal préféré du jeune souverain, que l'on voit, sur le cliché ci-dessous, assise devant une table d'offrandes, tout comme le serait n'importe quel défunt humain. Derrière elle, la même bête, momifiée cette fois.

 

 

Sarcophage de la chatte du prince Thoutmosis

 

     Sur le couvercle, courent deux inscriptions dédicatoires, à peu de choses près semblables, que le Professeur Dimitri Laboury, de l'Université de Liège, traduit dans son dernier opus, la première par : "Fait sous l'autorité du fils du roi, le chef des prêtres en Haute et Basse-Egypte, le grand des directeurs des artisans, le prêtre sem, Thoutmosis", et la seconde : "fait sous l'autorité du fils aîné du roi, son bien-aimé, le grand des directeurs des artisans, le prêtre sem, Thoutmosis".

    

 

    La plus ancienne évocation de Bastet, Dame de Bubastis, avec les traits d'une chatte se trouve en réalité sur une bague (E 3717) qu'un jour, nous découvrirons ensemble en ce Département, dans la vitrine 7 de la salle 9 ci-après, consacrée à la parure : elle appartint  à un certain Hormès, scribe de la correspondance d'Osorkon II, souverain de la XXIIème dynastie. Au revers du bijou, cette précision : Osorkon-fils-de-Bastet.

 

     Toutefois, il ne faut pas oublier que bien avant cette conception, dès les premières dynasties, je l'ai précédemment souligné, Bastet, qui personnifiait l'oeil du dieu solaire Rê dont elle pouvait exprimer la puissante violence, avait déjà été affublée de traits et de caractéristiques léonins : en ces temps anciens, on l'appelait notamment Sekhmet.

 

     Deux visages, contradictoires, mais en parfaite adéquation avec la notion de dualité caractéristique de la mentalité égyptienne : celui de la lionne redoutable et celui, plus apaisé, de la chatte maternelle.

 

     En tant qu'associée à ce petit animal, Bastet fut généralement considérée comme symbole de fertilité, de maternité : c'est évidemment ce qu'exprime la figurine de bronze, N 3930, aux mamelles bien en évidence, que nous avons pu admirer la semaine dernière.

 

     C'est aussi ce que démontre cette autre, E 11295, en bronze également, de 10, 2 centimètres de long et seulement 5 de hauteur, exposée à gauche de la précédente, ici dans la vitrine 3 devant nous.   


 

E 11295

 

    

     Cette chatte, couchée sur son côté gauche à même un socle hémisphérique posé sur un autre de marbre jaune, pattes étendues, quasiment dans la même position altière que sa voisine, tête dressée et oreilles particulièrement droites, attitude vigilante s'il en est, semble éminemment fière d'allaiter ses deux petits.

 

     Et il en est de même pour celles des deux extrémités de la rangée :

 

* la première (E 3), à gauche, en bronze, de 12 cm de long et de 5, 50 cm de haut figure l'animal s'amusant également avec son chaton


E 3

 

 

et la dernière (E 5586), tout à droite, sur un support de marbre jaune, qui fit partie de la collection Rousset bey : l'ensemble de bronze mesurant 11, 2 cm de haut et 6, 8 de large présente une chatte perchée sur une colonne, accompagnée de ses trois rejetons. 

 

E 5586


 

     Vous remarquerez ici, par parenthèses, nette allusion à ces chapitaux sommitaux que l'on retrouve fréquemment dans l'architecture égyptienne, que la colonne représente une fleur de lotus qui, comme j'ai déjà eu  maintes fois l'opportunité de le souligner, est un symbole de régénérescence pour tout défunt.

 

 

      Il paraît en vérité extrêmement difficile de trancher aux fins de déterminer si des pièces de Basse Epoque telles que celles-ci constituent de simples figurines décoratives ou, plus pragmatiquement, si elles faisaient office d'ex-voto déposés par une jeune maman désireuse par exemple de remercier la déesse Bastet de lui avoir permis une grossesse heureuse ou de lui avoir donné un bel et fort enfant ...

 

     Mais quoi qu'il en fût de leur utilité aux derniers siècles de l'Egypte pharaonique,  et pendant l'époque gréco-romaine, il n'en demeure pas moins qu'aux yeux des artistes qui les créèrent, ces statuettes représentaient indiscutablement un symbole de féminité, un symbole de maternité que mamelles pour les unes et jeux familiaux pour les autres ne peuvent que corroborer : c'est, me semble-t-il, cet aspect essentiellement positif de Bastet qu'il faut garder en mémoire de notre rendez-vous de ce mardi ...

 

 

 

(Laboury : 2010, 59-60 ; Malek :  2006, 51 et 110 ; Quaegebeur : 1989, 28-31 ; Valbelle : 2010, 294 et 392 ; Yoyotte : 1987, 176 ; ID. 1988, 155-77 ; Zivie : 2003)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 23:00

 

     A nouveau, le moment nous sembla particulier, lourd, pesant, sombre même ; à nouveau, accord tacite, nous retenions tous notre souffle ; à nouveau, à 22 mètres de profondeur sous les sables du désert, dans le cimetière saïto-perse situé aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir que, depuis bien des années maintenant, fouillaient inlassablement les membres de l'Institut tchèque d'égyptologie que dirigeait Miroslav Verner, nous étions, vous et moi, les hôtes plus que privilégiés de Ladislav Barès et de son équipe.

 

     Samedi dernier, souvenez-vous, dans un vacarme que l'exiguïté des lieux avait rendu plus retentissant encore, chaînes et poulies avaient soulevé le lourd couvercle de basalte sombre qui chapeautait le deuxième sarcophage que contenait l'immense bière de calcaire blanc de la chambre sépulcrale d'Iufaa.

 

     Et, tout de suite, dans les yeux de l'égyptologue maître des travaux, se lut, si pas l'abattement, à tout le moins une perceptible déconvenue ... Aucun d'entre nous n'osa se faufiler pour s'approcher de la cuve, aucun n'osa poser de question, sauf d'un oeil scrutateur, respectant ainsi le silence qui avait suivi l'ahan général motivé par l'effort de permettre au couvercle de lentement glisser sur les poutres transversales.

 

     Et pourtant ...

 

     Une nouvelle surprise était bien au rendez-vous. Dans la cavité de pierre reposait, non pas immédiatement le corps du défunt comme tous  nous l'attendions, mais ce qui avait dû être une troisième enveloppe protectrice : un cercueil anthropoïde, le second, en bois de sycomore cette fois, de 1, 84 mètre de long et 48 centimètres de large, recouvert de motifs de stuc peint en ocre jaune.

 

     Ou plutôt, pour être plus précis encore, ce que l'humidité ambiante qui s'était malicieusement infiltrée jusque là depuis deux mille cinq cents ans avait permis d'en conserver : avec la précaution dont ils étaient pourtant coutumiers, les hommes de Ladislav Bares tentèrent de soulever quelque peu le couvercle manifestement fendu sur toute sa longueur. Il ne lui fallut que quelques menues secondes pour qu'il se démantèle quasi complètement, s'effritant et ne laissant que des morceaux épars entre les doigts des ouvriers, décontenancés, dépités.

 

     Fort heureusement avait été prise la sage précaution de préalablement retranscrire, puis de photographier les trois colonnes de hiéroglyphes peints en noir au centre de la longue et fragile planche en bois : là, en effet, se lisaient notamment le nom d'Iufaa et son titre d'Administrateur du Palais, ainsi que la mention d'Ankhtisi (ou Ankhtes), sa mère.

 

     Les fragments pourris dégagés, quelle ne fut pas la surprise de constater que ce troisième - et je peux maintenant ajouter : ultime écrin -,  à l'instar de ceux du même nombre mis au jour jadis dans l'hypogée de Toutankhamon, contenait enfin la momie tant espérée, d'apparence assez hiératique à cause du natron dans lequel l'ensemble avait été plongé originellement en vue d'une dessiccation optimale.

 

     Le visage mis à part, dissimulé sous un masque mortuaire en stuc doré, le corps était entièrement recouvert d'un linceul.

 

 

Iufaa - Momie dans sarcophage - (Catalogue Expo. Prague)

 

       Oh, évidemment, par n'importe quel linceul !

 

     Sur les bandelettes qui emmaillotaient Iuffa avait été déposée une superbe résille d'innombrables perles tubulaires de faïence bleue disposées en losanges  ; résille en bien piteux état aussi, je vous l'accorde, mais néanmoins encore suffisamment éloquente quant à la magnificence avec laquelle ce haut fonctionnaire palatial et prêtre lecteur, avait tenu à se faire inhumer. Certes, la splendeur n'atteignait en rien celle des trois sarcophages gigognes recouverts d'or du jeune fils d'Akhenaton : d'or, ici, il n'y avait point ! Point encore, à tout le moins ...

 

     Mais il demeure que l'ensemble de ces enveloppes funéraires successives, qu'elles soient de pierre ou de bois, constituait, pour un fonctionnaire royal, une bien belle preuve de statut social privilégié.

 

     De l'entrelacs des perles bleues allongées se détachèrent ça et là quelques figurations : les quatre fils d'Horus que, traditionnellement, l'on rencontre en guise de bouchon sur les vases canopes destinés à conserver les viscères d'un défunt et, au-dessus, sur la poitrine, Nout, la déesse du Ciel, ailes éployées.  

 

  

    Iufaa - Garniture de momie (Photo - M. Barta)

 

     Mais ce qui retint une nouvelle fois l'attention émerveillée de tous, ce fut un imposant collier Ousekh, - que j'ai pris la liberté de reproduire ci-dessus au départ d'un cliché de Miroslav Barta que publie M. Verner dans son remarquable ouvrage consacré à Abousir (voir référence infra-paginale) -, pectoral  de toute beauté, constitué de plusieurs rangs de fines perles de faïence multicolores et, lui aussi, malheureusement détérioré par le temps. 

 

 

      Ce sera après notre départ souhaité du caveau, dans quelques instants, qu'interviendra la délicate opération consistant à retirer du dessus de la momie d'Iufaa résille et collier qui la recouvrent encore ; les membres de l'équipe de l'Institut tchèque d'égyptologie désirant, mus par un ultime respect du défunt dans la plus pure conception antique, rester seuls en présence de la momie.

 

     Alors, et alors seulement, pourrons-nous contempler l'intérieur - vide - de l'imposant sarcophage de calcaire blanc qui avait pendant plus de deux millénaires et demi réussi à abriter les cercueils gigognes d'Iufaa.

 

     Il nous est proposé de nous retrouver ici même, samedi prochain  23 octobre, pour une dernière visite privée de la sépulture ...

 

     Qu'en pensez-vous ? Personnellement, je me suis empressé de déjà notifier mon accord, partant, ma présence.

 

     Et vous ?     

 

 

 

(Bares : 2005 ; Verner : 2002, 192-205)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 23:00

 

     Il me semble l'heure venue à présent, après vous avoir proposé, le 21 septembre, une première introduction sur le sujet en retraçant les origines possibles de ces petits félins, puis, le mardi suivant,  vous avoir donné à lire des textes d'auteurs anciens à propos de l'amour que leur vouaient les Egyptiens, et enfin, la semaine dernière, vous avoir entraînés dans quelques arcanes patronymiques, d'entamer véritablement l'évocation des figurines de chat que nous présente la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

Vitrine 3 - Devant

 

  (Un merci tout particulier à la conceptrice du blog Louvreboîte pour l'amabilité et la célérité avec lesquelles, à nouveau, elle a réalisé "sur commande"quelques gros plans de ce bloc vitré.)


 

      Il ne relève évidemment pas du hasard que, parmi ceux qu'elle mit à ma disposition, j'aie d'emblée choisi ce cliché car je voudrais dès aujourd'hui, amis lecteurs, prendre prétexte des quatre pièces de l'avant-plan, et plus spécifiquement, dans un premier temps, de la pénultième, en partant de la gauche, inscrite dans l'inventaire sous le numéro N 3930,

 

N 3930

 

simplement parce que sur son socle court une invocation à Bastet pour, dans la suite logique de ma précédente intervention consacrée à l'onomastique, quelque peu évoquer cette déesse.

 

     De sauvage, puis domestique qu'il fut au point de départ, le chat devint vite aussi, en Egypte antique, un animal sacré, révéré : c'est sur cet aspect particulier qu'il m'agréerait ce matin d'attirer votre attention. 

 

 

 

     ... des fouilles de sauvetage à Alexandrie, zone archéologique,  également sous la responsabilité de Mohamed, (...) ont révélé l'existence, jouxtant le site de Kom el-Dikka, du plus grand temple ptolémaïque connu jusqu'à présent dans cette mégapole de l'Antiquité : un "Bubasteion", sanctuaire de la déesse Bastet, dans lequel plusieurs cachettes remplies de centaines de statues de chattes allaitant viennent d'être mises au jour.


     C'est dans le trente-huitième et  ultime chapitre de ses mémoires publiées en avril dernier que l'égyptologue française Dominique Valbelle, évoquant le travail de Mohamed Abd el-Maksoud, un de ses anciens et brillants étudiants à l'Université Charles-de-Gaulle-Lille III, devenu Directeur des Antiquités pharaoniques de Basse-Egypte et du Sinaï, fait allusion à une récente et importante découverte relayée par la presse scientifique et le journal Le Monde, dans son édition du 19 janvier 2010 : il y est stipulé que quelque 600 statues d'époque grecque, de toutes tailles et de toutes factures, dont plusieurs à l'image de Bastet, la déesse de la joie et de la maternité, au visage de chat

 

 

Bastet - Alexandrie (Journal Le Monde)

ont ainsi été mises au jour par une mission de fouilles égyptienne dirigée par M. Abd el-Maksoud dans les ruines d'un temple datant du IIIème siècle avant notre ère, attribué à la reine Bérénice, épouse de Ptolémée III Evergète.

 

 

Temple Alexandrie

 

 

     Vous aurez très certainement remarqué, amis lecteurs, que dans son texte, madame Valbelle emploie un terme particulier pour désigner le sanctuaire nouvellement découvert à Alexandrie : Bubasteion.

Qu'entend-elle exactement par là ?

 

     En fait, dans le landerneau égyptologique, la connotation est flagrante : il s'agit d'une désignation tardive d'un promontoire formé par une falaise, à Saqqarah, au sud-est de la pyramide de Téti, dans laquelle, de nombreux tombeaux rupestres du Nouvel Empire ont été réutilisés à la Basse Epoque en tant que catacombes réservées à des chats.


 

Falaise du Bubasteion

 

       Réutiliser constitue bien le verbe approprié. Car il faut en effet prendre conscience, au risque de mener la vie dure à bien des idées reçues, que ce n'est qu'à l'extrême fin de l'histoire égyptienne proprement dite, à savoir dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, que la coutume s'imposa, essentiellement dans un esprit cultuel, de momifier, puis d'enterrer ces adorables félidés.

 

     Ainsi, exemple caractéristique de remploi : la tombe de Maïa, la nourrice du bébé Toutankhaton, pas encore Toutankhamon, dans laquelle une équipe de la Mission archéologique française du Bubasteion (MAFB) dirigée par l'égyptologue grenoblois Alain Zivie constata, en 2001, après les avoir complètement dégagées jusqu'au niveau du sol, que les trois chambres de l'appartement funéraire offraient de très nombreux  petits coffres et sarcophages en bois renfermant des chats momifiés. 

 

     N'attendez pas de moi, amis lecteurs, d'être peu ou prou renseignés sur la quantité de momies  félines que le Bubasteion a pu contenir : le dénombrement se révèle tout à fait impossible pour diverses raisons dont la première relève des nombreux dommages que le site a subis depuis l'époque gréco-romaine : naturels, avec tout à la fois les infiltrations d'eau et les incendies, mais aussi - et ce ne sont probablement pas les moindres - humains, avec les  pillages successifs dont il fut l'objet. Auxquels il n'est pas négligeable d'ajouter, pour le XIXème siècle, l'exportation de momies vers l'Europe, essentiellement la Grande-Bretagne où, finement broyées, elles servirent d'engrais pour amender les terres cultivables : Messieurs les Anglais, broyez les premiers !

 

     Ceci posé, me rétorquerez-vous, le terme Bubasteion dont fait usage madame Valbelle n'est toujours pas plus explicité !

 

     Patience, Patience, j'y viens ...

 

     Parce qu'en très grande quantité, les sépultures de chats de Saqqarah firent, à leurs inventeurs, immédiatement penser à celles, connues déjà, de la nécropole d'une cité située au nord-est du Caire actuel, dans le Delta oriental, au confluent de deux branches du Nil ; cité qui avait été à l'Antiquité chef-lieu d'un nome de Basse-Egypte, le dix-huitième et, historiquement plus important, la capitale du pays à la XXIIème dynastie, parce que fief de la famille des rois libyens Osorkon qui occupèrent un temps le trône d'Egypte. 

 

     Le nom que les Egyptiens lui donnèrent, Per Bast, devint Bubastis pour les Grecs ; Per Bast, j'oublierais presque de le souligner, signifiant "Maison de la déesse Bastet". 


     A partir de ce toponyme dérivé du nom d'une divinité-chat choisi pour désigner un cimetière où furent là aussi enterrés des milliers et des milliers de félins, en quelque sorte sacralisés par procuration, comme l'expliquait A. Zivie à des collègues pragois en 2000,  les Grecs créèrent  le terme Bubasteion.

 

     Voilà donc début de réponse à votre questionnement, amis lecteurs, mais il convient à présent de quelque peu préciser ces notions.

 

     Que diriez-vous, pour une seconde intervention, de nous retrouver ici, devant la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à la même heure, samedi prochain ?    

 

 

 

 

(Valbelle : 2010, 294 et 392 ; Zivie : 2000, 173-92 ; ID. 2003 )

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 23:00

 

     Un assourdissant silence s'était emparé du caveau funéraire.  

     Tous étaient frappés.

     On surprit même Zahi Hawass en personne se taisant ... Le chapeau rivé, les mains dans les poches de son jeans bleu foncé, il pensait. Probablement à ce que, dans quelques instants, tonitruant, il révélerait à la presse.

 

     Seuls bientôt rompraient notre silence le cliquetis des chaînes et le grincement des poulies qui, une fois encore, seraient sollicitées pour soulever un pesant couvercle.

 

     A la surface, là-haut, à quelque vingt-deux mètres au-dessus de nous, dans le cimetière saïte aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir, s'entendait l'excitation manifeste chez chacun des journalistes de la presse internationale invités à couvrir l'événement par le tout (trop ?) puissant patron du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes.

 

     Mais à notre niveau, le temps semblait s'être figé : nous venions d'assister, souvenez-vous, à la fin du dégagement de tout ce qui, dans l'impressionnant sarcophage de calcaire blanc, recouvrait une nouvelle merveille : un deuxième cercueil - gigogne - , anthropomorphe et en  basalte vert foncé, destiné à protéger la momie d'Iufaa. Car contrairement à ce que nous croyions de prime abord, ce n'était pas elle qui nous était apparue dès le déblaiement des gravats, mais bien une merveille de l'art funéraire de Basse Epoque.

 

 

Iufaa - Sarcophage (Photo Kenneth Garrett - National Geogra


     Invités que nous sommes une fois encore ce samedi à poursuivre notre découverte du tombeau retrouvé intact de ce haut fonctionnaire palatial du temps des derniers souverains de la XXVIème dynastie - nous sommes ici au milieu du VIème siècle avant notre ère -, nous ne savons ce qu'il faut admirer le plus : sont-ce les colonnes de magnifiques hiéroglyphes colorés qui courent de haut en bas sur les parois  internes de la cavité anthropoïde du premier sarcophage rectangulaire de calcaire blanc, textes dont on n'aperçoit pas la fin ? Ou, dans ce même décor, les figures de quelques divinités du panthéon égyptien : Rê-Horakhty, Sekhmet, Bastet, Ouadjet et le peu connu Tutu, le Tithoès des Grecs, représenté en tant que dieu sphinx et qui n'apparut précisément qu'en ces temps-là ?

 

     Ou encore, merveille des merveilles, le deuxième sarcophage d'Iufaa, de 2, 20  mètres de long et 90 centimètres de large ? Le visage encadré par une perruque tripartite et le menton orné de la barbe recourbée caractéristique des défunts devenus un nouvel Osiris, il paraît opposer au monde des morts et des lamentations un sourire d'une sérénité confondante, si certain qu'il semble être d'accéder au Bel horizon, si apaisé d'avoir été reconnu Juste de voix par le Tribunal osirien.

 

     Ou enfin, - et c'est peut-être ce qu'en premier nous sauta aux yeux -, l'abondance, mais aussi l'excellence des hiéroglyphes de l'imposant couvercle recouvrant la cuve dans laquelle nous verrons sous peu la momie :  en effet, autour de la représentation d'un grand scarabée magnifiquement gravé en creux - figuration du verbe Kheper, qui signifiait tout à la fois,  "être", "devenir", "venir à l'existence" et évoquait de la sorte le principe de l'éternel retour, celui de la régénération dans l'Au-delà qu'espérait tout défunt -, répondaient à celles du pourtour des dizaines et des dizaines de colonnes de signes finement incisés dans la pierre sombre ; formules manifestement à nouveau religieuses que l'on pourrait définir de prophylactiques dans la mesure où, là aussi, les prières étaient prévues pour lui assurer un confortable avenir dans l'Au-delà.

 

     Caractéristique d'une conception funéraire de l'époque saïto-perse, cette profusion hiéroglyphique - cette surcharge regretteront assurément certains - avait ici pour conséquence de ne laisser vierges d'inscriptions que le visage, les deux pans de la perruque et une partie du cou modelés sur le couvercle : tout ce qui avait pu être décemment utilisé pour recevoir les formules protectrices l'avait été.

 

     Remarquable découverte, précieuse manne évidemment pour ceux des égyptologues qui plus spécifiquement plébiscitent l'épigraphie. Du travail de traduction en perspective, certes, mais surtout, et c'est là inestimable, une base de réflexions, de conclusions quant aux conceptions funéraires de cette époque bien particulière, charnière même, de l'histoire du pays.

   

 

     Le trouble manifeste qui nous anime aujourd'hui, vous et moi, devant tant de savoir-faire, tant de finesse, tant de délicatesse d'exécution chez des artistes d'il y a quelque deux mille cinq cents ans, nous a fait oublier la plus élémentaire des politesses sociales en semblable circonstance : Ladislav Bares et son équipe souhaiteraient en effet que nous nous reculions, que nous ne nous attardions par outre mesure au bord des cercueils de manière à permettre à tous ceux qui, comme nous, participent de ce privilège d'être présents dans la chambre sépulcrale, d'avoir un instant aussi visuellement accès à la beauté antique.

 

     Une deuxième raison, plus immédiatement pratique en réalité, motive la bien compréhensible requête de nos amphitryons tchèques : quand tous nous nous serons avidement rassasiés de tant d'élégance, ils désireraient retirer le couvercle du deuxième sarcophage pour enfin accéder à la momie d'Iufaa.

 

     Comme pour le premier, des moyens techniquement plus sophistiqués que ceux qu'indubitablement avait dû employer le personnel égyptien  du VIème siècle avant notre ère en vue de procéder à l'opération exactement inverse furent convoqués.

 

 

Iufaa

 

      (Document trouvé ici sur le Net) 

 

     La manoeuvre, aussi délicate que celle qui consista à  précédemment retirer la première dalle, se révéla toutefois moins problématique : aucune résistance ne fut opposée aux ouvriers par la présence d'une quelconque matière "soudant" ensemble couvercle et cuve proprement dite.

 

     Toutefois, une nouvelle surprise fut au rendez-vous : Iufaa n'ayant manifestement pas lésiné sur sa protection post mortem, dans cette deuxième enveloppe de pierre reposait, non pas son corps momifié que tous  nous attendions, mais une troisième bière : un cercueil à nouveau anthropoïde, mais en bois cette fois, de 1, 84 mètre de long et 48 centimètres de large, ou plutôt, apparemment, ce que l'humidité ambiante depuis plus de deux millénaires avait permis d'en conserver ...

   

     Un instant, un instant seulement, gênés peut-être, mais heureux d'avoir la chance de fouiller un tombeau inviolé, les archéologues avaient oublié que l'homme n'est pas toujours le seul responsable de déprédations irrémédiables : la Nature, aussi, se rappelle volontiers à leur souvenir. Et dans cette nécropole d'Abousir, plutôt deux fois qu'une ! La déception, alors, n'eut d'égale que l'espérance de tout retrouver parfaitement intact qui avait accompagné les différentes étapes de leur fouille. 

 

      Perceptiblement, la déconvenue, naturelle en la circonstance, se lisait sur le visage de l'équipe : dans quel état les éléments de la dernière (?) protection mortuaire d'Iufaa nous apparaîtraient-ils ?  Et sa momie, par la suite ?

 

     Nous n'osions à nouveau approcher pour nous pencher au-dessus de la cuve, pour embrasser d'un regard ce qu'elle nous réservait.

 

     Et pourtant ...

 

 

 

 

(Bares : 2005 ;  Verner : 2002, 192-205)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 23:00

 

MIOU ...   MIOU   ...   MIOU ...

 


    Rassurez-vous, amis lecteurs, après ces quelques premières interventions en guise d'introduction à notre découverte de la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, les derniers mardis de septembre, ni le canard du bandeau ci-dessus qui vous salue à chacune de vos visites ni votre serviteur ne se sont transformés en chat pour vous accueillir avec quelques miaulements  ...

 


 

     Comme à tout ce qui constituait leur environnement, les Egyptiens ont  donné un nom générique pour désigner ces petits félins qui, au fil des siècles, après avoir été des prédateurs appréciés - notamment pour éliminer rats et souris qui goulûment s'invitaient dans les réserves et les greniers -, allaient devenir un de leurs compagnons privilégiés.

 

     Ce n'est qu'à la XIème dynastie qu'apparaissent timidement  dans l'art égyptien les premières représentations de chats dans un environnement humain, notamment sur un fragment de relief mural mis au jour dans un tombeau de Coptos, actuellement exposé au Petrie Museum de Londres où l'animal est tapi sous un siège, préfigurant ce qui, un demi-millénaire plus tard, plus précisément à partir du règne de Thoutmosis III (milieu du XVème siècle avant notre ère), deviendra un topos de l'art funéraire : un chat assis sous le fauteuil d'une dame, le chien étant quant à lui représenté sous celui de l'homme.

 

     Toutefois, dès la fin de l'Ancien Empire, le signe du chat existait déjà dans le corpus hiéroglyphique : en effet, il figure sur un autre bloc brisé qui, selon toute vraisemblance, proviendrait du temple funéraire de Pepy II, à Saqqarah, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, sous le numéro d'inventaire 15.3.1708. Répétée trois fois, la gravure de l'animal assis sur ses pattes postérieures, précédée du hiéroglyphe de la corbeille et suivie de celui du croisement de routes, se lit : Seigneur de la ville aux chats.  

 

      Quoi qu'il en soit, dès qu'il est évoqué, le petit félidé se présente sous un seul et unique vocable, manifestement en rapport phonétique avec son miaulement caractéristique : miou (miit, au féminin).

 


N 3910

 

 

      A l'instar du groupe de chats assis (N 3910) en bois d'acacia que nous pouvons déjà admirer dans cette vitrine ici devant nous, le terme égyptien désignant l'animal s'écrivait avec quatre signes hiéroglyphiques ; trois représentaient les sons, ci-dessous, de gauche à droite :

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, correspondant à W 19 dans la liste de Gardiner ;

 

* i, le roseau fleuri (M 17) ;

 

* ou, la pelote de corde (V 1) 

 


 

W19M17V1

 

auxquels on ajoutait le dessin du chat (E 13 de la même liste), en guise de déterminatif  :


E13


 

 

 

 

     L'ensemble se lisait donc, comme vous l'avez évidemment compris d'emblée : miou.    


 

Miou

 

 

     Cette charmante onomatopée traversa les siècles pour se familiariser à nos oreilles sous la forme d'un agréable miaou que, parfois, balbutient les bambins en bas âge, désignant ainsi leur compagnon de jeu ; sans oublier l'emprunt plaisant que s'autorisèrent des compositeurs comme  Gioacchino R ossini dans son célèbre duo des chats (interprétation à ne pas bouder, ici, sur un plateau de la télévision espagnole par Monserrat Caballé et Concha Velasco) et Maurice Ravel dans L'Enfant et les sortilèges, dont le livret, s'en souvient-on ?, fut composé par Colette en personne.

 

     Aussi bizarre que cela puisse paraître si l'on compare avec nos habitudes contemporaines mais surtout avec ce que les Egyptiens prirent coutume d'instaurer vis-à-vis des chiens pour lesquels quatre-vingt cinq noms différents ont été recensés, il n'existe qu'une seule occurrence qui nous donne à connaître le nom propre personnel d'un chat : inscrite au-dessus de la tête de l'animal représenté aux côtés d'un couple recevant une offrande de lotus, elle se trouve dans la nécropole d'El-Khokha, au sud-est du site de Deir el-Bahari, dans la tombe d'un certain Puyemrê, (TT 39), second Prophète d'Amon sous les règnes d'Hatchepsout et de Thoutmosis III réunis ; Nedjem, le nom sous lequel le matou est désormais passé à la postérité, signifiant "doux," "agréable"...


 

     Ceci posé, la désignation pa miou, c'est-à-dire "le chat" en langue égyptienne, deviendra, à l'instar des noms de famille actuels parmi lesquels on peut rencontrer des Lechien ou Lechat ou Lelièvre, etc., un fréquent anthroponyme à partir du 8ème siècle avant notre ère. De sorte que des "Pamiou" de divers rangs sociaux, d'ailleurs souvent abréviés en "Pami" , "Pamy" ou "Pimay" sont fréquents à Thèbes comme à Memphis dès la fin de la Troisième Période intermédiaire et  jusqu'au terme de l'époque gréco-romaine.


 

     Aussi, dans ce même Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, peut-être aurez-vous, amis lecteurs, plus de chance que moi de débusquer, au fil de vos déambulations, le cercueil E 3863 ayant appartenu à un certain Pami, prophète d'Amon de Karnak, petit-fils d'un vizir s'appelant également Pami et provenant de la sépulture communément appelée des "prêtres de Montou", mise au jour par Auguste Mariette dans le temple de Deir el Bahari, en 1858 ; et, dans le lot des stèles retrouvées par ce même Mariette dans le Sérapéum de Memphis, la C 275 faisant allusion à un roi Pamy ; tous ces personnages ayant vécu à la XXIIème dynastie.

 

     Plus de chance que moi, car, bien que cités par feu l'égyptologue français Jean Yoyotte, les deux monuments ne figurent ni dans les notes qu'au cours de ces vingt dernières années j'ai prises de salle en salle ni dans la base de données du site internet du Louvre, en principe bien plus fiable que moi !

 

     Mais peut-être dans quelque réserve, sous nos pieds ?

      Et seuls, alors, conservateurs, égyptologues patentés et quelques privilégiés ont l'heur de les approcher ...

 

     Dommage ...

     Mais quand on garde à l'esprit que seules quelque 5500 pièces égyptiennes sont exposées sur les 50000 dont dispose le Louvre ...

 

     Sait-on jamais, un jour, à Lens ?  Ou à Abou Dabi ?  

 

 

 

(Bouvier-Close : 2003, 16-18 et 33-34 ; Malek : 2006 ; Mekhitarian : 1989, 11-12 ; Yoyotte : 1988, 155-77)

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