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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 00:00

 

Momie-de-Ramses-II.jpg

 

 

     Donnant suite au commentaire que m'adressa un fidèle lecteur la semaine dernière et à la réponse que j'y apportai, j'ai pensé opportun d'interrompre aujourd'hui notre cheminement dans les Maximes (dites) de Ptahhotep qui devait plus spécifiquement nous amener à découvrir la première d'entre elles, pour vous proposer un petit excursus que je voudrais consacrer à la notion de vieillesse chez les Egyptiens de l'Antiquité.


 

     Jadis, l'on savait que l'on contenait sa mort comme le fruit son noyau, écrivait en 1910 le poète pragois Rainer Maria Rilke (1875-1926) dans son unique roman, les Cahiers de Malte Laurids Brigge.

 

     Toute l'histoire de la littérature du monde, de la philosophie à la poésie, toute l'histoire de la médecine, toute celle de la peinture et finalement tous les arts en général se sont à un moment ou à un autre, d'une manière ou d'une autre intéressés à la mort, partant, à la vieillesse.

 

     En présentation de son remarquable essai éponyme (La vieillesse, Paris Gallimard, 1970), Simone de Beauvoir - qui, dans ses Mémoires ne s'est pas privée de narrer avec force détails, parfois sordides, la sienne et celle de son compagnon Jean-Paul Sartre -, se pose une première question philosophique : Les vieillards sont-ils des hommes ?

 

     A laquelle, d'emblée, elle répond : À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Elle admet qu'ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes droits que les autres membres de la collectivité puisqu'elle leur refuse le minimum que ceux-ci jugent nécessaire ; elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir. Pour apaiser sa conscience, ses idéologues ont forgé des mythes, d'ailleurs contradictoires, qui incitent l'adulte à voir dans le vieillard non pas son semblable mais un autre. Il est le Sage vénérable qui domine de très haut ce monde terrestre. Il est un vieux fou qui radote et extravague. Qu'on le situe au-dessus ou en dessous de notre espèce, en tout cas on l'en exile (...)

 

     Me permettez-vous une petite confidence : ce monumental ouvrage de quelque 600 pages dont très récemment je viens de relire l'essentiel, quarante ans après sa parution, à la différence de votre serviteur, n'a absolument pas pris une seule ride ... Tout au plus, alors qu'est étudiée la vieillesse dans les sociétés antiques, fait-il complètement l'impasse sur la civilisation égyptienne : la philosophe évoque la Mésopotamie, la Bible, les Grecs, les Romains, poursuit avec le Moyen Âge et les siècles qui nous ont immédiatement précédés, mais de la sénescence sur les rives du Nil, point !

 

     Convoquant tout à la fois Léonard de Vinci, dont les sanguines, les dessins à la plume et à l'encre sur pointe de métal de visages et de corps de vieillards constituent un des joyaux de la  Biblioteca Reale de Turin ; mais également quelques savants qui se sont penchés sur le sujet : au IIème siècle de notre ère, le médecin grec Galien dont les prescriptions d'hygiène furent adoptées en Europe jusqu'au XIXème siècle, ou Avicenne, scientifique perse du XIème siècle qui s'intéressa plus particulièrement aux troubles mentaux et aux maladies chroniques des vieillards, ou encore le bruxellois André Vésale qui, au XVIème siècle, permit à la science anatomique d'avancer d'un pas de géant grâce aux dissections dont il était le maître incontesté, Simone de Beauvoir rappelle que dans les civilisations antiques, en ce compris l'Egypte, la médecine se confondit avec la magie et qu'il faudra attendre Hippocrate, médecin grec ayant vécu à la fin du Vème siècle et au début du IVème avant notre ère pour prendre conscience que la maladie et le vieillissement constituent le produit d'une rupture de l'équilibre des quatre humeurs entre elles que sont, selon Pythagore, le sang, le phlegme, la bile jaune et l'atrabile.

 

     Si, pour Hippocrate, la vieillesse, qu'il fut le premier à poétiquement comparer à l'hiver, commençait à 56 ans, le doxographe grec Diogène Laërce note au paragraphe 58 du Livre VIII de son célèbre ouvrage Vies et doctrines des philosophes illustres (Le Livre de Poche, Paris, Librairie générale française, 1999) que le sophiste Gorgias de Léontini - celui-là même qui fit l'objet d'un des célèbres dialogues de Platon -, aurait vécu 109 ans ! (Vraisemblablement de 485 à 376 avant notre ère.)

 

     Si, comme je l'ai précisé dans la réponse que j'ai faite au commentaire de J.-P. Silvestre que j'évoquais d'emblée ce matin, s'agissant du même rhéteur au paragraphe V, lignes 13-15 de son De Senectute, Cicéron l'ampute de deux ans - Gorgias de Léontium, son maître, accomplit sa cent septième année, et jamais il ne renonça à l'étude ni au travail -, là ne me semble pas être vraiment l'essentiel : 107 ou 109 ans, qu'importe en réalité, ne voilà-t-il pas simplement la preuve que l'on pouvait atteindre un âge très avancé dans l'Antiquité ?

 

     Avec un petit effort, je puis même "pousser" jusqu'à 110 ans pour arriver en terre pharaonique.

 

      Je ne sais si le Sage vénérable auquel tout à l'heure faisait allusion Madame de Beauvoir était ce vizir Ptahhotep que prit pour modèle et caution littéraire, quatre siècles après sa mort, le lettré égyptien qui composa les Maximes. Toujours est-il que, pour une raison qui n'a pas encore été élucidée, les Egyptiens avaient quant à eux fixé à 110 ans le terme idéal d'une vie heureuse.

 

     Il semblerait que ce choix soit tout à fait arbitraire puisque ce nombre n'apparaît jamais dans la littérature qu'uniquement assorti du mot "années".

 

      Si tous les habitants des rives du Nil, vous vous en doutez, furent loin de connaître une telle longévité, beaucoup en revanche, amoureux de la vie, espérèrent qu'en fonction des circonstances ayant émaillé la leur, ils pouvaient y prétendre.


      Ainsi nous est-il donné de lire sur une statue d'Amenhotep fils de Hapou, architecte personnel d'Amenhotep III, père d'Akhenaton : J'ai atteint 80 ans, comblé des faveurs du roi ; j'accomplirai 110 ans !

(Il serait mort approximativement peu après ses nonante ans.)

 

     Approximativement car, ne sachant ni lire ni écrire ni compter, bien malin celui qui aurait pu, à l'époque déterminer précisément son âge, partant, laisser à ce sujet des traces écrites pour la postérité. Et seul celui approximatif de certaines personnalités peut actuellement être estimé par les égyptologues après un calcul assez compliqué dans la mesure où l'on comptabilisait les années en fonction du règne d'un souverain en exercice : an 1 de tel pharaon, an 2 et ainsi de suite jusqu'au décès du roi ; et le comput recommençait avec l'intronisation du monarque suivant : an 1 du nouveau pharaon, an 2, etc. Beau casse-tête pour ceux qui vécurent sous le gouvernement de plusieurs d'entre eux ! 

 

     Ceci posé, les avancées technologiques de notre époque en matière d'imagerie médicale ont maintes fois permis de constater, notamment dans la nécropole de l'Est à Deir el-Medineh, que des hommes et des femmes du village des ouvriers avaient été inhumés là aux alentours de 75 ans. Et d'ailleurs, même si les codes inhérents à l'art funéraire imposent de représenter les défunts avec un corps jeune d'aspect, à plusieurs reprises le détail de la teinte des cheveux - qu'ils soient blancs, gris ou poivre et sel -, parle en faveur d'un échelonnement des âges voulu par les artistes.  

 

     En fait, le nombre 110, cliché bornant la possibilité maximale de longévité humaine, représentait dans les modes de pensée la récompense accordée par les dieux et/ou le pharaon à tout être qui avait mené une vie juste. Il ne faut donc absolument pas le prendre au pied de la lettre mathématique !


      Il constituait aussi un "compliment" que les zélateurs adressaient volontiers à un supérieur : Que l'Amenti (c'est-à-dire le Bel Occident, la demeure des morts, là où reposent les Justes) te soit accordé sans que tu aies ressenti la vieillesse, sans que tu aies été malade. Puisses-tu accomplir 110 ans sur terre, tes membres restant vigoureux, ainsi qu'il doit être fait à un béni comme toi, quand son dieu le récompense, peut-on lire sur le Papyrus Anastasi III. Ou, plus "égoïstement," un souhait pour soi-même, comme sur la statue du second prophète d'Amon Hornakht et de son épouse, monument référencé A 128 dans les réserves du Musée du Louvre où à deux endroits est gravée la formule pour que le dieu lui assigne l'Amenti après une vie de 110 ans. Comme à tout homme juste, précise la seconde injonction.    

 

     Ce stéréotype chiffré de la littérature sapientiale sous-entendait donc que l'on espérait devenir un vieillard privilégié par son souverain, un vieillard qui avait connu une existence juste et heureuse, un sage qui faisait autorité et à qui l'on demanderait conseils et préceptes pour soi-même jouir de semblable vie terrestre ...

 

     De sorte qu'on le rencontre volontiers dans l'un ou l'autre texte égyptien : ainsi, dans un des contes inscrits sur le Papyrus Westcar est-il fait allusion, à la cour du roi Chéops, à un magicien du nom de Djédi qui, âgé de 110 ans, toujours bon pied bon oeil et surtout bon estomac, mange cinq cents pains et, comme viande, une moitié de boeuf, et boit cent cruches de bière encore aujourd'hui ; sans oublier bien évidemment, dans les dernières lignes de l'épilogue des Maximes (dites) de Ptahhotep : Ce n'est pas peu de chose ce que j'ai fait comme temps sur terre : j'ai passé cent dix années de vie que m'a données le roi.


 

     Quant aux autres, les nombreux autres, épuisés par le travail du sol ou au service d'Etat, ils n'avaient évidemment pas l'occasion de passer un aussi long temps sur terre. Mais comme eux aussi aimaient  profondément la vie, il ne leur resta qu'une seule solution : faire en sorte, grâce à certaines pratiques rituelles, que ce qui les attendait dans l'Au-delà fût à la mesure de leur espérance ici-bas.


 

 

 

(Lefebvre : 1944, 106-19 ; ID. : 1988, 81; Meskell : 2002, 111)

 

 

 

ADDENDA

 

 

    Les campagnes de fouilles menées tout au long du XXème siècle par diverses missions internationales dans de nombreuses nécropoles à travers l'Egypte ont mis au jour des sépultures de toutes sortes dont les occupants ont été minutieusement examinés de manière à affiner les études paléodémographiques toujours en butte à des blocages dus à un certain nombre d'impedimenta inhérents tout à la fois à la conservation des corps inhumés, aux pratiques culturelles des anciens Egyptiens eux-mêmes, sans oublier - et ce n'est pas le moindre des obstacles - la relative imprécision des méthodes à la disposition des scientifiques aux fins de déterminer l'âge exact du décès d'une personne adulte.

(Le problème est évidemment tout autre quand il s'agit d'enfants dans la mesure où la croissance des os du squelette retrouvé varie jusqu'à un certain âge, constituant dès lors un marqueur anatomique de première importance.)


    Pour établir l'âge au décès d'un corps momifié -  ou d'un corps retrouvé simplement mis au jour dans une tombe en excellent état de conservation comme celles découvertes dans certains secteurs prédynastiques (IVème millénaire avant notre ère) -, les égyptologues ont emprunté à d'autres savants versés dans la science démographique des schémas d'analyse qu'il n'est pas inintéressant ici d'évoquer : même si cet addenda paraît quelque peu technique, il  me permettra d'apporter quelques précisions à la réponse que, ci-dessous, j'ai rapidement fournie à la question posée par Nat.

    Pour les périnataux, c'est-à-dire la tranche constituée par les foetus d'au moins six mois jusqu'au nouveau-nés n'excédant pas une durée de vie de 28 jours, soit un mois lunaire, mais aussi pour les enfants, je viens d'y faire rapidement allusion ci-avant, c'est la mesure des ossements qui est prise en compte. A laquelle, pour ces derniers, il faut aussi ajouter les stades de calcification et d'apparition des dents.

    Au niveau des adolescents et des jeunes adultes - sachant que les dernières composantes squelettiques à se souder ne le font qu'entre 25 et 30 ans -, c'est le degré de maturation osseuse qui autorise le calcul.

    Par la suite, cela se complique : il est en effet  malaisé de déterminer l'âge exact d'un adulte au moment de son décès parce que sa croissance s'arrête définitivement  aux environs de ses 30 ans et que le processus de vieillissement qui l'altère n'est pas nécessairement en relation avec son âge. N'avons-nous pas tous rencontré non seulement des gens qui "ne faisaient pas leur âge" et d'autres qui, tout au contraire, paraissaient bien plus vieux ?

   
    Voici donc, en plus de celles déjà signifiées,  les raisons pour lesquelles, à Nat, je me suis permis samedi d'indiquer d'emblée dans ma réponse à sa question sur l'existence d'éventuelles statistiques concernant l'Egypte, qu'elles étaient impossibles à réaliser avec la précision que notre siècle serait en droit d'attendre ...

 

 

 

(Coqueugniot/Crubezy/Herouin/Midant-Reynes : 1998 ,127-9)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 07:45

Musee-du-Caire.jpg

 

 

    Paru dans l'édition du journal Le Monde de ce matin, publié sur le Net, un article de l'égyptologue français Jean-Pierre Corteggiani.

 

 

Qui sont donc les pillards du Musée du Caire ?


     Que s'est-il réellement passé au Musée du Caire dans la nuit du 28 au 29 janvier, et qui sont les vandales qui se sont introduits dans l'immense bâtiment jouxtant la place Tahrir ? Ce n'est certes pas en lisant les déclarations et les mises au point successives publiées par Zahi Hawass, le trop médiatique patron des antiquités égyptiennes, qu'on pourra le savoir !


      En effet, bien qu'il ait troqué son costume d'Indiana Jones pour le complet sombre d'un ministre, allant même jusqu'à abandonner son "célèbre chapeau" - l'expression est de lui - pour arborer devant les caméras le visage grave imposé par cette nouvelle fonction dont il a tant rêvé, ses déclarations ne sont que contradictions et invraisemblances.


      Il est surprenant que quelqu'un soit aveuglé au point d'être incapable de réaliser qu'une image peut révéler beaucoup de choses. Et que, même si on a voulu leur tournage, il vaudrait mieux ne pas laisser diffuser des vidéos montrant ce qu'on préférerait cacher, à savoir, entre autres, qu'une exceptionnelle statue de Toutankhamon, représentant le pharaon en harponneur, a été massacrée par des brutes ignares. Bien qu'on ait évité d'en parler pendant deux semaines, cela sautait hélas aux yeux de quiconque regardant les séquences tournées dans le musée et visibles, entre autres, sur Al-Jazira ou YouTube.

 

     La lecture chronologique des rapports sur "l'état des antiquités égyptiennes" donnés sur le site Drhawass.com laisse rêveur, tant elle est révélatrice de la plus grande confusion. Le nouveau ministre a beau affirmer qu'il "ne faut pas écouter les rumeurs" puisqu'il est la "seule source de vérité", on a vite le sentiment que celle-ci est faite de "vérités" successives, pour ne pas dire de contrevérités ; contentons-nous de souligner les plus flagrantes.

 

     Qui peut croire qu'une foule d'un "millier de personnes", présentée comme assez naïve pour dévaliser la boutique de souvenirs en croyant piller le musée, se réduise tout à coup à une dizaine de pillards entrés comme Batman dans le bâtiment principal en passant par les verrières du toit dont on nous dit un jour qu'elles se trouvent à 4 mètres du sol et le lendemain à 9 mètres ? Pourquoi les caméras ne nous montrent-elles pas davantage les cordes censées avoir été utilisées que les verrières cassées ? Comment ont-ils fait pour couper l'électricité et neutraliser ainsi les "caméras de la salle de surveillance" ?

 

     N'est-on pas tenté de croire Wafaa El-Saddik, récemment encore directrice générale du musée, quand elle a déclaré - ce qui a déclenché la fureur de son ancien patron - à un journal allemand que les auteurs du pillage étaient "nos propres gens, les gardiens du musée et les policiers", ou du moins certains d'entre eux ?

 

     De nombreux indices, en particulier le fait que sur les vues prises après le pillage on distingue ensemble des objets que le hasard seul n'a pu faire tomber côte à côte, poussent à penser qu'on a affaire à une "mise en scène" destinée à discréditer les manifestants anti-Moubarak de la place Tahrir. Mais aussi, peut-être, à masquer un vol très ciblé car on est frappé, en prenant connaissance de la liste des pièces volées, qu'on s'est enfin décidé à publier le 12 février, après avoir martelé à plusieurs reprises que "rien n'avait été volé", par l'extrême qualité des pièces disparues, impossibles à négocier sur le marché de l'art.

 

     Peut-on écrire que ceux qu'on qualifie de "criminels" n'ont pas "reconnu la valeur de ce qui était dans les vitrines" parce que le musée était plongé dans l'obscurité, alors que, semblant faire preuve d'un goût très sûr, ils ont complètement vidé celle qui contenait les magnifiques statuettes funéraires de Youya, le père de la reine Tiyi ?

 

     On pourrait presque se demander si ce sont réellement les mêmes individus qui ont partiellement détruit trois des statues en bois doré de Toutankhamon, tant certaines destructions semblent faites au hasard. Avait-on vraiment besoin du rapport d'une commission pour s'apercevoir de la disparition de telles merveilles ? Faut-il craindre qu'un inventaire en cours mette en évidence d'autres vols et d'autres dégâts qui viendraient s'ajouter au bilan actuel qui, selon Tarek El-Awadi, l'actuel directeur général du musée, n'est que de 13 vitrines brisées et de 70 objets cassés qui "pourront être restaurés" ?

 

     On aimerait savoir à quoi s'en tenir. En effet, comment peut-on affirmer un jour qu'une statuette d'Akhenaton n'a subi que des dommages mineurs quand la vitrine qui l'abritait a été fracassée, pour avouer un peu plus tard qu'elle compte au nombre des dix-huit pièces volées et annoncer enfin qu'elle aurait été retrouvée à côté d'une benne à ordures sur la place Tahrir ?

 

     Si les voleurs ont été arrêtés dans le musée, quand et comment les pièces disparues ont-elles quitté le bâtiment - n'oublions pas les manifestants et les tanks qu'il y avait dehors cette nuit-là -, et pourquoi certaines ont-elles été abandonnées dans le jardin, comme l'a prétendument été le Scarabée de coeur de Youya, pourtant facile à glisser dans une poche ? Curieux comportement que d'abandonner ce dont on vient de s'emparer !

 

     On attend les mises au point à venir avec impatience, en espérant qu'elles cesseront d'être émaillées d'affirmations erronées (le musée abriterait 4 500 pièces, dit-on, alors qu'il en expose... 140 000 !) et qu'elles apporteront de bonnes nouvelles. A moins qu'il ne suffise de convoquer une conférence de presse au Musée du Caire, et de se faire photographier, la mine réjouie, à côté du masque d'or de Toutankhamon (le 16 février), pour faire croire "au peuple du monde", puisque Zahi Hawass entend s'exprimer désormais urbi et orbi, qu'il ne s'y est rien passé de grave puisque cette pièce mythique est intacte ?

 

     Enfin, pour s'en tenir à ces quelques remarques sur la prose ministérielle qui brille par la pratique quotidienne de la méthode Coué - tout est "sécurisé", partout ! -, quel cas fait-on de la fierté qu'on prétend "rendre" à ses compatriotes avec des arguments nationalistes d'un autre âge ?

 

     Quand on ose répondre à un journaliste égyptien, pour un quotidien égyptien (Akhbâr al-Adab du 13 février), qu'il "n'y a pas de pièces volées" au musée et que "la collection de Toutankhamon est complète et intacte", alors qu'on reconnaît ailleurs des vols et d'irrémédiables déprédations, et que l'on se sent obligé d'essayer d'expliquer les raisons pour lesquelles on a d'abord déclaré que rien ne manquait (blog du 16 février), n'est-ce pas tout simplement du mépris ?

 

     "Le Sphinx est triste", paraît-il. On le serait à moins ! Quel dommage que la malédiction des pharaons ne soit qu'une fable à laquelle on ne puisse ajouter foi ! Certains auraient eu du souci à se faire !

 

 

 

Jean-Pierre Corteggiani, égyptologue  

Article paru dans l'édition du 24.02.11

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 00:00

 

     A la différence des statuettes que nous avons pu admirer ici, mardi dernier, dans la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qui nous présentaient les singes dans des attitudes fort proches de celles des humains, comme la N 4100 ci-après,

 

 

N 4100

 

 

ce seront les scènes peintes ou gravées déjà bien présentes dans les mastabas de l'Ancien Empire, en forte régression dans les tombes du Moyen Empire et extrêmement abondantes dans celles du brillant Nouvel Empire qui constitueront aujourd'hui notre fil d'Ariane pour considérer cercopithèques et cynocéphales familiers dans leurs rapports avec les hommes au milieu desquels ils ont constamment évolué, et ce, dès les débuts de l'Histoire égyptienne.

 

     En effet, quand ces figurations pariétales nous permettent de quelque peu appréhender la vie sociale et familiale des notables des premières dynasties hors de tout contexte cultuel, nous remarquons que ces  animaux étaient déja non seulement apprivoisés, mais aussi éduqués pour effectuer un certain nombre de tâches bien précises, tant utiles que divertissantes.

 

     Constatant qu'ils n'apparaissent jamais avec cette épaisse pilosité qui dans la nature caractérise les mâles - alors que les femelles arborent un poil nettement plus court -,  nous pouvons sans craindre l'erreur affirmer que seules ces dernières furent domestiquées, l'atavique indomptabilité de leurs partenaires masculins empêchant leur dressage.

 

     Il est patent que la notion de "gardiens de singes" naquit déjà en ces temps anciens : l'on peut en effet remarquer leur présence dans les tableaux auxquels je faisais ci-avant allusion, promenant en laisse des animaux ne se privant nullement de manifester, de manière parfois très humoristique, une connivence, un degré de familiarité avec eux. Quand ce n'est pas une franche malice : avec ces domestiques attachés au service d'un dignitaire égyptien - souvent des nains qui, selon les textes, provenaient des mêmes régions étrangères que les bêtes qui leur étaient confiées, Nubie et Soudan notamment, d'où peut-être cette facilité de contacts mutuels -, ils semblaient  folâtrer avec délice. Des artistes non dénués d'humour se sont complu à en peindre certains qui grimpent sur les épaules de leur petit conducteur, voire même sur leur tête ;  d'autres qui agrippent leur propre laisse ; d'autres encore qui s'installent sans façon sur le dos d'un élégant lévrier "cravaté" que l'homme promène en même temps.

 

     De sorte que si l'on tient pour vérité première tout ce que proposent les parois des chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire, - je pense notamment à ceux de Mererouka et de Ptahhotep -, canidés et simiens vivaient en parfaite entente dans les riches demeures égyptiennes : on les voit souvent assister ensemble, avec le maître et parfois son épouse, ici, aux travaux réalisés par différents artisans ; là, au recensement des troupeaux ; plus loin, à la récolte des céréales quand ce n'est pas, autre scène récurrente, à l'inspection des domaines où, encadrés de nains gardiens, ils accompagnent le propriétaire assis sur un palanquin en bois  - peut-être de moringa, comme celui du souverain pour certaines cérémonies rituelles-, soutenu par une douzaine de domestiques ...   


 

Nains, babouin et lévriers - Mastaba de Mererouka

 

 

(Merci à Thierry Benderitter pour cet emprunt émanant de la visite qu'il propose sur OsirisNet du mastaba de Mererouka ; la scène ci-dessus provenant de la page 6 de son dossier.) 

 

 

     Dans d'autres tombeaux, c'est virevoltant gaiement sur le toit de la chaise à porteurs qu''ils nous sont montrés ...

 

     J'avais, souvenez-vous amis lecteurs, à propos des chiens mais aussi des chats, précédemment indiqué qu'on les retrouvait souvent représentés dans les sépultures sous le siège du maître, pour les premiers, de son épouse, pour les seconds.

 

     La présence à cet endroit de singes accompagnés ou non de leur gardien nain, sagement assis, jouant malicieusement ou se délectant de fruits, fait également partie des sujets fréquents dans les scènes funéraires de l'Ancien Empire. Ainsi, dans le mastaba de ce Ptahhotep à qui, faussement,  l'on attribue la paternité d'un des premiers textes philosophiques égyptiens, est-il cette fois tenu en laisse en même temps que trois superbes lévriers aux oreilles pointues.

 

 

Singe et canidés - Mastaba de Ptahhotep

 

(Derechef, grâce à l'amabilité de T. Benderitter, ce bas-relief, à la page 3 de son dossier consacré à la tombe commune d'Akhethetep et de son fils Ptahhotep.)   

 

 

     Il appert également, toujours en me référant aux mêmes  chambres funéraires de l'Ancien Empire à Saqqarah mais aussi à certaines du Moyen Empire, que les singes participaient également à d'autres moments de la vie d'une demeure d'Egyptiens aisés - j'insiste sur cette notion sociale dans la mesure où, certes animal de distraction, il flattait aussi la vanité des nantis puisqu'il était considéré comme un signe extérieur de richesse - : c'est ainsi que l'on en découvre certains tenant précieusement le récipient d'huile qui permettra à la jeune servante qu'ils secondent d'oindre le corps de sa maîtresse ; d'autres jouant du haut-bois, de la flûte ou de la harpe, voire imitant le geste d'un chanteur qui porte une main à l'oreille ... Il semblerait toutefois que ces dernières attitudes ne seraient représentatives d'aucune réalité mais, simplement, des parodies de scènes de banquet si fréquentes dans les tombes.


    A ce propos, dans la chapelle funéraire de Kaaper en Abousir - qu'ensemble nous avions visitée l'année dernière -, nous assistons à une scène particulière et peu commune : sur le mur nord, à la gauche d'une représentation du propriétaire enlacé par son épouse, des registres plus petits, d'une quarantaine de centimètres de hauteur, donnent à voir, dans l'un, un nain se tenant devant un joueur de clarinette et dans l'autre en dessous, un singe debout lui aussi mais devant un harpiste assis, exécutant tous deux exactement le même geste : la main droite est tendue vers l'artiste, le pouce touchant l'index, tandis que la gauche se positionne près de la bouche.

 

     D'après le grand musicologue et égyptologue allemand Hans Hickmann, il s'agirait d'une gestuelle chironomique indiquant "par certains gestes conventionnels ce qu'il sied de jouer aux instrumentistes". Toutefois, la main près de la bouche semble inexpliquée dans ce contexte puisque, comme je l'indiquais à l'instant, c'est souvent près de l'oreille qu'elle vient se coller ...


     Singes véritablement musiciens ou mimant, scènes réelles ou parodiques,  il n'en demeure pas moins que, en revanche, celles où on les voit esquisser une chorégraphie apparemment dans le seul but de divertir les maîtres de maison sont attestées par les auteurs anciens : ainsi Plutarque, que nous avons déjà ici rencontré, évoque-t-il la reine Cléopâtre VII goûtant au spectacle des siens en train de danser.

  

     Cela posé, les égyptologues ne parviennent pas encore à s'accorder sur le fait que ces petites bêtes furent ou non spécifiquement dressées pour monter à l'assaut de figues, dattes et autres fruits des arbres du verger, même si, dans la première vitrine de cette salle, nous avions jadis remarqué, parmi d'autres, un ostracon peint

 




avec un jeune homme nu, dresseur nubien reconnaissable à son crâne rasé, apparemment occupé à apprendre à un babouin qu'il tient en laisse la manière de grimper vers le sommet d'un palmier-dôm (Hyphaene Thebaica) : car il faut bien reconnaître que les artistes nous les montrèrent bien plus volontiers se repaissant goulûment de leur provende plutôt qu'à remplir une corbeille destinée à rejoindre les cuisines du domaine.

 


 

     Aussi bizarre que cela puisse paraître, alors qu'ils semblent tellement chez eux dans les propriétés des notables, les singes ne sont jamais représentés dans un contexte pharaonique - à tout le moins dans l'état actuel de la documentation existante -, à une exception près : la tombe d'un dignitaire de la XVIIIème dynastie, un certain Anen, chancelier de Basse-Egypte, prêtre d'Héliopolis et par ailleurs le propre frère de l'épouse d'Amenhotep III. Cet hypogée de Cheik abd el-Gournah, à l'ouest de Thèbes  (TT 120), malheureusement très endommagé, recèle en effet la seule composition dans laquelle figure un singe à l'intérieur d'un palais : s'élançant d'on ne sait où, il se jette de manière très acrobatique sous le siège de la reine Tiy pour y rejoindre son chat préféré qui enlace une oie ...


 

Singe - Siège Tiy (TT120)- (MMA 38.8.8)

 

(Cliché que j'ai réalisé à partir du document référencé 38.8.8. sur le site du Metropolitan Museum of Art de New York (MMA), qui est en fait la reproduction de cette scène, peinte en 1931 par Nina de Garis Davies dans la tombe même d'Anen.)

 

 

     Les symboles génésiques alliés à ceux de la fertilité que constitue la présence de chats sous le siège d'une dame en Egypte antique ne sont, dans le chef de maints égyptologues, plus à démontrer : j'y ai suffisamment sur ce blog déjà fait allusion.

 

     Toutefois, si j'entérine les théories de l'égyptologue d'origine tchèque Jaromir Malek, l'on peut parfaitement attribuer aux singes - par ailleurs bien connus des Egyptiens anciens pour leurs prouesses sexuelles - exactement la même symbolique quand d'aventure l'artiste en représente évoluant sous le siège d'un homme ou d'une dame. En outre, et dans un ordre d'idée semblable, rappelez-vous ce que j'ai avancé concernant l'étui à kohol que nous avons découvert dans la vitrine 3 la semaine dernière et qui, à mon sens, peut parfaitement s'appliquer aux scènes que j'évoquais ci-avant concernant le petit animal aidant la servante occupée à la toilette d'une maîtresse de maison. Et, in fine, rapprocher toutes ces considérations de ce que, dans cet  ancien article de 2008 consacré à l'érotisme présent dans la poésié égyptienne du Nouvel Empire, j'avais indiqué concernant le port de la perruque ...

 


     A l'instar des chiens et des chats donc, c'est ce qu'aujourd'hui il m'agréait de vous démontrer, amis lecteurs :  cynocéphales et cercopithèques figurèrent en très bonne place en tant que compagnons favoris des membres de la classe égyptienne dominante. 

 

 

 

 

(Barta : 2001, 155-8 ; Hickmann : 1956, 8 ; Malek : 2006, 59-61Vandier : 1964, 147-77 ; EAD. 1965,177-88 ; EAD. 1966, 143-201)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 00:00

 

     Certes, les Maximes dites de Ptahhotep peuvent se découvrir ex abrupto ; certes elles peuvent se lire en tant qu'apophtegmes participant à un pan de la littérature égyptienne, sapientiale en l'occurrence, et vierges de tout contexte historique.

 

     Ce nonobstant, j'ai cru bon, souvenez-vous, amis lecteurs, dans les semaines précédentes, de - peut-être trop didactiquement à vos yeux - vous en préparer la lecture : ainsi, le 22 janvier, en évoquant son pseudo-rédacteur ;  le 29 du même mois, les sources qui sont actuellement à notre disposition pour lire tout ou partie du texte ; le 5 février, l'explorateur français qui, rapportant d'Egypte le rouleau de papyrus sur lequel  figure la seule version complète en notre possession, eut l'excellente idée de le confier à la Bibliothèque Royale de l'époque, devenue BnF et, enfin samedi dernier, de plus spécifiquement décrire ce long document de quelque sept mètres de long en y adjoignant un cliché des deux premières pages - après les avoir remises à l'endroit, grâce à  l'acuité du regard d'un de mes lecteurs et, plus que très probablement, à sa parfaite maîtrise de la cursive hiératique dans laquelle elles sont rédigées. 

 

     Puis-je en Professeur retraité, toujours soucieux de principes méthodologiques pourtant devenus obsolètes dans le chef de certains jeunes collègues, vous conseiller de souvent vous référer à la lecture de l'un ou l'autre de ces quatres articles introductifs aux fins d'y retrouver, quand besoin s'en fera sentir, l'un quelconque détail de l'histoire de ce corpus de premier ordre pour comprendre en un temps et en un lieu donnés les préceptes qui régirent un mode de vie d'une des civilisations les plus prestigieuses de l'Antiquité ?

 

     L'Enseignement de Ptahhotep, je vous l'ai précisé, se subdivise en trois sections de différentes importances : le corps même des 37 Maximes que suit un long épilogue, l'ensemble étant précédé d'un préambule qu'accompagne le titre de l'oeuvre.



     C'est assurément dans cette position accroupie mais pas nécessairement sous le regard bienveillant de Thot représenté sous forme de babouin (E 11154) dans la vitrine 10 de la salle 24 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, qu'un jour, au XXème siècle avant notre ère, le rédacteur s'installa pour commencer d'écrire le prologue que je vous propose maintenant de découvrir sans plus attendre ...

 

  Scribe Nebmeroutef - Salle 24, vitrine 10 (Photo C. Décamps)

 

 

 

 

Enseignement du directeur de la ville et vizir Ptahhotep

Sous la majesté du roi de Haute et Basse-Egypte, Isési,

Qu'il vive toujours et à jamais.

Le directeur de la ville et vizir Ptahhotep, il dit :

 

"Souverain mon maître,

Le viel âge est survenu, la vieillesse est arrivée,

L'impotence est venue, la faiblesse est en train de se montrer à neuf.

Celui qui passe la nuit livré à elle se retrouve dans l'enfance chaque jour.

Les yeux sont faibles, les oreilles sont sourdes.

La force est en train de disparaître pour celui dont les facultés s'engourdissent.

La bouche est silencieuse ; elle ne peut parler.

L'esprit se trouve arrêté ; il ne peut se rappeler hier.

L'os s'est mis à être douloureux à cause de l'âge.

Ce qui était bon est devenu mauvais.

Toute saveur s'en est allée.

Ce que fait la vieillesse aux hommes :

Du mal en toute chose.

Le nez est obstrué ; il ne peut respirer

Du fait que se lever ou s'asseoir est difficile.

Que soit ordonné à cet humbe serviteur de former un bâton de vieillesse (*).

Ainsi lui rapporterai-je la parole de ceux qui étaient capables d'écouter,

Les conseils de ceux qui étaient avant,

Qui jadis obéissaient aux dieux.

Ainsi l'on fera pour toi pareillement,

On écartera les souffrances de la population

Et les deux rives travailleront pour toi."

 

Alors la majesté de ce dieu dit :

"Enseigne-le donc sur ce qui a été dit auparavant !

Et il sera un modèle pour les enfants des hauts dirigeants.

Et l'obéissance le pénétrera, toute exactitude de pensée lui ayant été exprimée.

Personne n'est né sage !

 

 

 

 

 

(*)  L'expression "faire un bâton de vieillesse" signifiait, en Egypte antique, que passe d'un père à son fils la fonction dont le vieil âge advenu entravait la poursuite. Dans la fiction présente, Ptahhotep demande donc au pharaon Djedkarê Isési, pénultième souverain de la Vème dynastie, de pouvoir transmettre à son fils et son expérience et les préceptes moraux qui furent siens sa vie durant en vue de lui permettre d'embrasser lui aussi la carrière de vizir. 

 

 

 

 

(Lacombe-Unal : 1999, 283-6 ; Vernus : 2001, 72-4 )

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 08:15

 

     Chers amis lecteurs,

 

     S'insérant à nouveau ce matin entre mes articles "officiels" des mardis et des samedis, cette troisième intervention pour vous rappeler que des sites - vers lesquels déjà j'eus l'opportunité de vous guider - se font  régulièrement l'écho des derniers rebondissements à propos des pièces volées (ou endommagées) au Musée du Caire. 

 

 

Yuya-Shabti.JPG

 

     (Sur le site de Z. Hawass, une des onze statuettes de serviteurs funéraires dérobées au Musée du Caire.)


 

      En ayant toujours en mémoire que quelque 365 personnes ont laissé leur vie dans cette révolution et que plus de 5500 autres ont été blessées, je vous invite à compulser à nouveau :


 

* Un article en français du journal Al-Ahram

 

* Une mise au point, en anglais, sur le site du nouveau ministre d'Etat aux Antiquités, Zahi Hawass.

 

 

Mais aussi ceci, concernant précisément cette personnalité très controversée ...

 


 

Bonne lecture

 

Richard

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 00:00

 

      La vénération par les Egyptiens de dieux sous l'aspect d'animaux ne me semble plus à démontrer : nous avons en effet croisé tout au long de ce blog Horus, Anubis, Sobek, Bastet et quantité d'autres divinités à tête ou à corps zoomorphe.

 

     Nous avons également rencontré, le 27 octobre 2009, dans la première vitrine ici, derrière nous, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, près de la fenêtre grillagée donnant sur le quai François Mitterrand longeant la Seine, quelques ostraca qui m'ont permis d'évoquer le dieu Thot, Scribe suprême, détenteur du savoir, partant, de l'écriture, représenté sous l'aspect d'un babouin.

 

     Nonobstant que les toutes premières figurations de singes apparurent en Egypte dès la fin du Néolithique sous forme de petites statuettes, vraisemblablement des ex-voto destinés dès lors à une manifestation cultuelle, ce n'est nullement cette connotation divine attribuée à certains simiens qu'aujourd'hui je voudrais épingler, mais plutôt leur côté familier : il est en effet dans mes intentions, à tout le moins dans ce premier article, après les chats et les chiens, d'envisager les pièces ici exposées devant nous sous le seul angle des attitudes adoptées qui les rapprochent considérablement des humains. 


 

 

AF 10848 - Profil

 

     Le singe est toujours une gazelle dans les yeux de sa mère

 

Proverbe tunisien contemporain

    

 

 

     Parfaitement avérés sur les rives du Nil dès la fin de la Préhistoire,  je viens de le souligner, ils provenaient soit de Nubie, du Soudan ou d'Abyssinie. 

 

     Cette origine extra-égyptienne induit, par parenthèse, d'évidentes relations, commerciales mais également militaires, entre les autochtones et ces pays voisins où l'on sait qu'ils vivaient à l'état de nature dans les forêts et, vraisemblablement, aux abords de points d'eau, au milieu d'une faune exotique - je pense notamment aux girafes - qui, après les conquêtes des souverains du Nouvel Empire, avec eux foulera le sol égyptien au titre de tribut offert à Pharaon par les princes de Kouch ou de Pount en guise de respectueuse soumission.   

 

     Les détails des représentations peintes ou gravées mises au jour dans certains monuments funéraires sont si précis qu'il nous est possible de distinctement déterminer l'existence de deux catégories différentes : les cynocéphales, babouins lourds d'aspect, au   nez allongé, à l'épais camail, aux pattes fines et à la queue courte et touffue  et les cercopithèques, de plus petite taille, à la silhouette légère et à longue queue traînante.

 

     Ce n'est pas tant sur cette différenciation entre les espèces que ce matin je voudrais attirer votre attention mais plutôt, comme je l'ai annoncé ci-avant, loin de toute arrière-pensée cultuelle, sur les poses, les attitudes, les gestes que les artistes avaient déjà croqués et, probablement aussi, dont ils avaient reconnu l'analogie avec les leurs ...  

 

      C'est ce que déjà indique la première statuette en faïence siliceuse, ici à l'extrême gauche de la vitrine (bizarrement sans numéro de référence), d'un singe accroupi, d'une dizaine de centimètres de hauteur, tenant devant lui une palme ;

 

 

Statuette de singe - Sans numéro

 

pièce qu'il faut évidemment rapprocher de la troisième de la série (N 4104), en faïence siliceuse également, nettement plus petite puisqu'elle ne mesure que 5, 65 cm de hauteur.

 

 

 

N 4104

 

 

      Le symbole du palmier, partant, de la palme, occupe une place de choix dans les conceptions religieuses égyptiennes - à la mesure, assurément, de son importance dans le parc végétal et l'économie du pays. En effet, il participe à la renaissance, à la vie éternelle des défunts : n'est-ce pas sur les nervures de ses feuilles que Thot babouin, Maître du temps, comptabilise les années ?

 

     Plus prosaïquement, l'association singe et palmier, s'exprime sur de nombreux ostraca figurés mis au jour à Deir el-Médineh où l'on voit l'agile mammifère grimper dans les branches de palmiers-doum ou dattiers pour aller s'y  régaler de leurs fruits ; j'y reviendrai prochainement. 


      Depuis la XIXème dynastie, et plus spécifiquement à l'époque ptolémaïque, la vignette du chapitre 147 du Livre pour sortir au jour (plus communément appelé Livre des Morts), propose un génie cynocéphale accueillant le trépassé une palme à la main.


     Quand on sait que l'arbre est aussi en rapport étroit avec la naissance de la lumière et à son cheminement : les colonnes palmiformes que vous retrouvez dans certains temples égyptiens en sont notamment une preuve lithique, on comprend aisément que ces statuettes de babouins tenant une feuille de palmier - comme d'ailleurs la dernière sur laquelle je m'attarderai à la fin de cette intervention, avec le singe appuyé contre la colonette au chapiteau en forme de palmes -, sont porteuses d'une connotation funéraire non négligeable, d'où leur présence dans le  mobilier des tombes : l'animal est non seulement censé permettre au mort de passer sans encombre de sa vie ici-bas à celle de l'Au-delà mais, également, lui assurer son retour à la lumière.

   

 

     Entre ces deux petits objets dans la vitrine devant nous, N 4100, en stéatite, haut d'une quinzaine de centimètres, datant du Nouvel Empire :

 

 

N 4100

 

 

cette touchante guenon maternant, tout en tenant de la main droite une fleur de lotus - symbole de régénération - sur l'épaule de son petit qui, personnellement, m'émeut tout autant que, dans la même vitrine, les chattes et les chiennes allaitant leur progéniture que nous avons précédemment rencontrées et bien évidemment, sur la même rangée, la cinquième pièce, cette mère embrassant son rejeton (AF 10848) en stéatite glaçurée, de 6 cm de haut dont je me suis fait un plaisir de déjà vous en proposer une vue de profil ce matin, au tout début de notre visite. 

 

 

AF 10848 - Face

 

 

     Au risque de me répéter, vous m'autoriserez j'espère, amis lecteurs, à continuer de m'extasier sur le talent de ces artistes anonymes égyptiens qui grâce à quelques petits centimètres cubes de matière parviennent à  encore autant nous attendrir ...


 

     Entre ces deux animaux venus du fond des âges pour manifester devant nous toute la beauté de l'amour maternel - thème récurrent dans l'art égyptien, nous l'avons vu -, une amulette, dont l'anneau est bien visible dans le dos, en faïence siliceuse de 1,5 cm de haut (AF 6953).

 

AF 6953 - Profil

 

 

     L'animal assis se sustente ... 

 

     Comme le font également les deux derniers singes exposés : 

 

 

E 317 A, adoptant lui aussi la même position, de 16, 8 cm de haut, réalisé en ivoire (ou en corne ?)

 

 

E 317 A 

 

 

 

 

et E 317 F, en ivoire, d'une hauteur de 8,9 cm, probablement un récipient à onguents.

 

 

E 317 F

 

 

     Et à propos précisément d'objets de toilette, cette pièce que j'ai gardée pour mettre un point final à  notre rendez-vous de ce matin : un petit étui à kohol en bois (E 7985), de 8,5 cm de hauteur, datant de la XVIIIème dynastie. 

 

 

E 7985

 

     Le cynocéphale est assis sur un socle rectangulaire de 4, 5 x 3, 5 cm, joue droite appuyée contre une colonnette au chapiteau palmiforme qu'il agrippe des deux mains.

 

 

     L'égyptologue tchèque Jaromir Malek soutient avec beaucoup d'à-propos que ce type de représentation est marquée au coin d'une évidente connotation érotique que la forme phallique du pilier et, surtout, l'animal qui le maintient ainsi érigé ne peuvent que corroborer. Et que dans le trousseau  d'une chambre de dame, il constituait un élément symbolisant l'espérance d'une maternité désirée ... 

 

     Car, il faut le savoir, l'animal, un babouin en l'occurrence, s'il fut souvent comme je l'ai mentionné dans l'article d'octobre 2009 auquel d'emblée j'ai ce matin fait allusion, fut assimilé au dieu Thot, il le fut aussi à un certain Baba (ou Bébon) qui, depuis les Textes des Pyramides et jusqu'à l'aube du Nouvel Empire, passa aux yeux des Egyptiens - qui n'ignorèrent évidemment pas la lascivité et l'hyperactivité sexuelle du cynocéphale - pour le dieu de la force virile et, partant, de la fertilité:  "Bébon était le taureau des babouins", proclame un passage de ces textes (Pyr. 516 c). (Par "taureau", entendez ici "chef de ...")

 

     Dans le Papyrus Jumilhac (Louvre E 17110), récemment évoqué dans un tout autre contexte, Bébon nous est présenté (en 16, 9) avec "le dessus de son oeil profondément creusé vers l'intérieur", ce qui, vous en conviendrez avec moi amis lecteurs, correspond exactement au visage d'un singe dont l'arcade sourcilière paraît former, rappelle l'égyptologue belge Philippe Derchain, une visière au-dessus de l'oeil, délimitant de la sorte une profonde cavité.

 

     C'est donc ce Bébon cynocéphale que les Egyptiens de l'Antiquité sollicitèrent pour obtenir un renouveau de leur vigueur sexuelle : son phallus ne figurait-il pas - érection oblige ! - le mat de la barque que tout défunt empruntait pour naviguer dans l'Au-delà ?

 

     Enfin, pour corroborer mes propos, je citerai deux textes du Moyen Empire qui indubitablement ne laissent aucun doute sur sa fécondité (Urk. V, 156, 6) : "On doit apporter au mort le phallus de Bébon qui procrée les enfants". Et le texte de se poursuivre, à la question de savoir "Où faut-il le planter ?", par ces  mots dénués d'ambiguïté : "Sur les cuisses, là où les jambes s'ouvrent."

 

     Et faisant allusion à une formule magique, ce conseil émanant des Textes des Sarcophages, tout aussi clairement exprimé : Quant à tout homme qui la connaîtra, il pourra s'accoupler sur cette terre la nuit et le jour, et le coeur des femmes viendra à lui, chaque fois qu'il en éprouvera le désir."

 

     Qui, après cela, révoquera d'un revers de main et d'un sourire narquois l'assertion de J. Malek ci-dessus qui voit dans ce petit étui à kohol (E 7985) disposé devant nous dans cette vitrine 3 un véritable symbole érotique ???

 

 

 

( Derchain : 1952, 13-34 ; Guilhou : 1999, 387-8Malek : 2006, 59 ; Vandier d'abbadie : 1972, 60)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 10:15

 

     Chers amis lecteurs,

 

 

 

     Je vous invite à visiter le site officiel (en anglais) de Zahi Hawass, le grand patron des Antiquités égyptiennes, pour y lire les dernières mises à jour concernant  le Musée du Caire et y découvrir quelques clichés des pièces qui ont disparu, ainsi que de celles qui ont été brisées et des restaurations en cours ...

 


 

 

Statuette en bois deToutankhamon porté par une déesse

 

     Bonne lecture ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte contemporaine
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 00:00

 

     Samedi dernier, souvenez-vous amis lecteurs, après vous avoir quelque peu expliqué la raison pour laquelle la recension la plus complète que nous possédions de l'Enseignement de Pathhotep portait symboliquement le nom de Papyrus Prisse ; après vous avoir donné quelques indications sur cet égyptologue français en définitive peu connu du grand public que fut Emile Prisse d'Avennes ; après avoir également attiré votre attention sur, hasards du calendrier, une grande exposition à deux facettes qui lui est  indirectement dédiée et qui, pour les amateurs dont je suis, constituera certes un des événements majeurs du prochain printemps parisien, je voudrais lors de notre rendez-vous de ce matin, en ultime approche introductive avant de vous donner à lire des extraits de cet important ouvrage de philosophie égyptien dès la semaine prochaine, vous expliquer ce qu'est exactement ce fameux Papyrus Prisse.  

 

 

Papyrus Prisse (BnF - Paris)

 

 

     Au XXème siècle, certains égyptologues ont avancé que notre Avesnois l'aurait exhumé de la sépulture d'un des rois Antef de la XIème dynastie, voire même de l'intérieur du cercueil d'Antef V exposé dans la vitrine 2  de la salle 13 (Crypte d'Osiris) du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, sous le numéro d'inventaire E 3019 ; d'autres, qu'il l'aurait.acheté à Thèbes, à un habitant de Gournah en 1845. 

 

     Des recherches essentiellement menées par l'égyptologue français Michel Dewachter qui, avec la minutie qu'on lui connaît, a patiemment démêlé l'écheveau de cette affaire, il ressort qu'il est maintenant aisé de réfuter les assertions des premiers savants qui se sont penchés sur ce papyrus hiératique : il est impossible qu'Emile Prisse d'Avennes l'ait acquis en 1845 dans la mesure où, après 17 années passées sur les rives du Nil, comme nous l'avons vu la semaine dernière, il rentre à Paris en mai 1844 avec l'imposant rouleau déjà en sa possession.


     En fait, dans une lettre du 20 mars 1843 adressée d'Egypte à Jacques-Joseph Champollion-Figeac, le propre frère de Jean-François Champollion le Jeune décédé un an plus tôt, Prisse d'Avennes fait allusion, vraisemblablement pour la toute première fois  au document en question, stipulant l'avoir acheté au Kaire (sic). Or, en 1843, l'emplacement des tombes des rois Antef n'avait pas encore été déterminé avec exactitude : il ne peut donc l'avoir sorti de l'une d'elles !

 

      D'après certains papiers de correspondance, Michel Dewachter pense bien pouvoir affirmer, sans plus de précision, que l'achat du papyrus pourrait avoir été effectué au plus tôt en 1841, au plus tard en 1842.


 

      Dans une lettre du 25 février 1858 adressée à l'égyptologue français François Chabas (1817-1882), Prisse note que c'est un des fellahs qu'il avait rémunéré pour fouiller à Drah Aboul Neggah qui vint lui proposer à l'achat, arguant avec force difficultés et embarras qu'il appartenait à une veuve qui, dans le besoin, désirait s'en départir.

 

     L'Avesnois soupçonna, mais ne parvint jamais à le prouver, que l'indélicat l'avait soustrait au lot des objets trouvés lors des fouilles réalisées sous ses ordres, espérant ainsi en retirer un certain profit en le lui revendant. Ce document qui, selon les "règles" en vigueur à l'époque, aurait dû lui revenir de droit, Prisse fut certain de l'avoir de fait payé deux fois ! Après quelques tentatives de marchandage, il versa néanmoins 1000 piastres (250 anciens francs français, soit quelque 40 €.) pour l'acquérir.

 

 

     Quoi qu'il peut en être de toutes ces pérégrinations, c'est incontestablement dans les derniers mois de l'année de son retour en France que l'égyptologue en fit don à la Bibliothèque Royale. De sorte qu'avant le 31 décembre 1844, le papyrus fut, comme le souhaitait le généreux légateur, découpé en 12 sections de différentes longueurs correspondant aux divisions naturelles du texte que le conservateur adjoint au Musée Royal d'alors, un certain Dubois, colla sur un support de carton, - ce qui, par parenthèse, prouve qu'aucune inscription ne se trouvait en son verso ! 

 

      Actuellement, chacune de ces divisions est encadrée sous verre.

 

      La longueur totale de ce document parfaitement conservé atteint  7, 05 m ; sa largeur, quelque 15 cm.

 

      Les mensurations des feuillets brun clair varient fortement entre elles : cela peut aller de 12 ou 14 cm à 37, 38, 39, voire 41 cm, en passant par des pages moyennes fluctuant entre 20 et 30 cm. Au départ, elles avaient été collées bout  à bout par le fabricant antique en se chevauchant sur 1 cm environ et les raccords "écrasés" de telle façon qu'ils ne perturbent en rien le scribe qui y rédigea ses textes. 

 

     Textes, vous l'aurez remarqué, au pluriel. Le long document se divise en effet en trois parties bien distinctes : l'Enseignement de Ptahhotep bien sûr, qui termine le rouleau, précédé qu'il est à la fois par un espace à première vue non inscrit, d'un mètre soixante-trois de long, et par un premier texte, l'Enseignement pour Kagemni, le tout indiscutablement rédigé par une même main.

 

     A première vue, ai-je précisé car, à y regarder de très près, il subsiste quelques traces d'un  texte - qui aurait donc été le deuxième - visible entre les deux Sagesses. Pour quelle(s) raison(s) le scribe décida-t-il de l'effacer ? Et comment s'y prit-il pour ne point abîmer la surface du papyrus ?  Nul n'a toujours pu le déterminer ...

 

 

     L'Enseignement pour Kagemni, je l'ai mentionné à l'instant, entame le manuscrit mais seulement sur un espace de deux  feuilles : il s'agit en fait de la seule occurrence que nous ayons d'un ensemble de préceptes moraux qui, comme le titre qui lui fut attribué dans la littérature égyptologique l'indique clairement, est censé s'adresser à un vizir du nom de Kagemni ayant vécu à la fin de l'Ancien Empire, à  la VIème dynastie.

 

     J'insiste bien : censé s'adresser. Car en réalité, comme je vous l'ai expliqué lors de mon intervention de samedi dernier à propos des Maximes faussement attribuées à Ptahhotep, le véritable auteur n'est ici pas plus nommé que là, et le vizir Kagemni qui en serait le destinataire n'en est qu'une caution fictive - selon l'égyptologue français Pascal Vernus - dans la mesure où le texte le fait vivre à l'époque de Snéfrou, soit à la IVème dynastie !

 

 

     Quant à celui qui suit la partie anépigraphe de ce support antique, l'Enseignement de Ptahhotep donc, il est de coutume de le considérer comme un écrit se subdivisant en trois portions distinctes :  un titre et un préambule, celui-ci précisant les raisons - que nous savons maintenant  inventées de toutes pièces - pour lesquelles l'oeuvre aurait été rédigée ; le corps même des 37 maximes et, enfin, un long épilogue littéraire qui met en lumière le bien-fondé d'être à l'écoute de l'Autre : ici, en l'occurrence, les bienfaits dont peut profiter un fils en étant attentif aux préceptes éthiques qu'énonce son père à l'heure de se retirer de la vie professionnelle ...

 

 

      Puis-je vous confier, amis lecteurs, qu'au terme de ces quatre articles introductifs qui vont tout naturellement, comme je vous l'ai promis, maintenant déboucher sur la découverte du texte lui-même - à tout le moins, certaines maximes de sa traduction française -, je n'ai qu'une envie, une impatience ? Celle, au printemps prochain, d'aller passer une petite semaine à Paris - comme je le fais volontiers depuis plus de 20 ans -, aux fins d'admirer de visu, à l'exposition de la BnF ce Papyrus Prisse et les Sagesses égyptiennes rédigées en cursive hiératique dont il est porteur ...   

 

 

     Mais avant Paris, retrouvons-nous, si cela vous agrée, samedi prochain 19 février pour entamer leur lecture ...

 

    

 

 

(Dewachter : 1985, 59-66 ; ID. 1988 : 209-10 ; Jéquier : 1911, 5-10 ; Vernus : 2001, 55-6)

 

 

 

 

ADDENDA

 

     Un lecteur attentif qui m'a fait remarquer, hier après-midi, la présentation inversée du cliché du Papyrus Prisse que j'avais emprunté à la BnF pour chapeauter le présent article - présentation que j'ai évidemment tout de suite corrigée - a aussi eu l'extrême amabilité de me fournir deux liens vers le site de l'Université de Heidelberg permettant de lire, voire télécharger gracieusement, des ouvrages d'Emile Prisse d'Avennes, ainsi que celui de Gustave Jéquier qui propose les planches de cet important papyrus.

 

     Pour tous les amateurs, voici ces deux liens :

 

Ouvrages de Prisse d'Avennes

 

Ouvrage de Jéquier


 

auxquels j'ajouterai celui de l'étude de l'égyptologue tchèque Z. Zaba sur L'Enseignement de Ptahhotep

 

 

Bonnes lectures à tous...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:00

 

     J'avais, souvenez-vous amis lecteurs, abordé au terme de notre rendez-vous du 25 janvier, le problème du massacre des chiens errant dans les rues du Caire, manifestement perpétré au nom de croyances religieuses contemporaines les considérant comme impurs.

 

     Mardi dernier, toujours au nom de la religion, antique cette fois, j'avais évoqué ici, devant la vitrine 3 consacrée aux animaux familiers que nous propose la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, la vénération dont ils furent l'objet en tant qu'hypostase, c'est-à-dire réceptacle d'une parcelle de divinités telles qu'Inpou (Anubis, pour les Grecs) et Oupouaout.

 

     Aujourd'hui, en vue d'apposer un point final à ces réflexions et avant de nous pencher sur les singes, autres  bêtes de compagnie des anciens habitants de la Vallée du Nil, je souhaiterais à nouveau attirer votre attention sur une pratique que, par ailleurs, nous avons déjà rencontrée concernant les chats et qui, pour les chiens, semble apparemment moins connue, alors que presque aussi répandue : il s'agit, vous l'aurez compris, de la momification réalisée sur grande échelle à Basse Epoque, c'est-à-dire à l'extrême fin de l'Histoire de la civilisation pharaonique proprement dite, en vue de fournir des ex-voto aux pèlerins qui invoquaient les dieux aux fins d'en obtenir l'un quelconque bénéfice.

 

     Comme la plupart des musées du monde présentant une collection de pièces égyptiennes, le Louvre propose, en salle 19, la dernière du parcours thématique avant de monter au premier étage pour découvrir  une Histoire déroulée suivant un ordre purement chronologique, une vitrine portant le numéro 8,       

 

 

Salle 19 - Vitrine 8 (A. Dequier)

 

 

dans laquelle ont été exposées différentes momies animales, dont celles de chiens.

 

     Permettez-moi de simplement ici rappeler que l'immense ferveur qui s'empara des populations des ultimes dynasties égyptiennes, puis de l'époque gréco-romaine, aboutit à concevoir, dans les enceintes de temples, des enclos d'envergure où les prêtres gardaient, élevaient, nourrissaient puis, en définitive, sacrifiaient un nombre considérable de jeunes animaux : chats, nous l'avons vu, mais aussi crocodiles, béliers, ibis, et bien d'autres encore ... ; et donc également des chiens. Et ce, pour assouvir les desiderata de dévots de plus en plus nombreux.

 

     Ceci posé, il appert que le personnel des temples affecté à l'entretien des canidés non seulement se révélait relativement peu imposant mais en outre, hiérarchiquement parlant, ressortissait à la strate la moins importante de la classe sacerdotale. Parfois même, ces éleveurs de chiens sacrés étaient de simples civils que le temple recrutait et rémunérait.

 

     L'honnêteté historique m'oblige aussi à préciser, au-delà de considérations qui, j'espère, n'auront rien de ségrégationnistes à vos yeux, que si, pour l'époque ptolémaïque, la documentation se révèle extrêmement prolixe à propos de ces élevages destinés aux sacrifices, elle reste en revanche bien muette concernant le Nouvel Empire. Ce qui signifie que, sans vouloir exonérer qui que ce soit de conceptions cultuelles ouvrant grand notre porte à bien des jugements négatifs, force m'est de constater que ces pratiques firent de toute évidence essentiellement florès aux derniers temps de la civilisation  des rives du Nil, c'est-à-dire à une époque où l'antique pensée religieuse déjà fortement amenuisée s'est diffractée sous la contamination de pratiques exogènes, métissage culturel inhérent aux différentes invasions des Perses, des Grecs, puis des Romains qui s'étaient succédé sur le sol égyptien ; et ceci, sans ajouter le délétère impact du christianisme, à tout le moins dans ses premiers moments d'existence ...


 

     A Assiout, je l'ai précédemment expliqué, en 1922, furent mises au jour dans le tombeau de Djefaihapi III non seulement une impressionnante quantité de stèles dédiées à Oupouaout mais, également, des momies de canidés.

 

     Celles-ci furent, vous l'imaginez sans peine, minutieusement analysées et nous apprirent, sans la moindre ombre d'ambiguïté - parce que les traces aux niveaux du larynx, des vertèbres et des premiers anneaux de la trachée accusaient d'elles-mêmes -, que toutes les victimes avaient été étranglées.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     A El-Deir, dans une nécropole d'époque gréco-romaine située à une trentaine de kilomètres au nord-est de l'oasis de Kharga, l'équipe "Alpha-Necropolis" exhuma, entre 1998 et 2005, quelque 500 momies de chiens là aussi sacrifiés en vue d'être vendus comme ex-voto dans un sanctuaire. Leurs radiographies démontrent qu'indiscutablement leur mort constitue le résultat qui d'une fracture du crâne, qui de la dislocation de la charnière crano-cervicale.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     Et même si ces sites paraissent moins nombreux que ceux dévolus aux petits félidés, ils constituèrent à Saqqarah, en Basse-Egypte ; au Spéos Artémidos d'Hatchepsout à Beni Hassan, en Moyenne-Egypte ; à Thèbes ouest, dans des tombes humaines abandonnées à Gournah notamment,  à Denderah, au sud-ouest du temple d'Hathor, à Abydos, à  Assiout, à Coptos, en Haute-Egypte, et  même dans le Delta, de véritables cimetières réservés aux canidés.

 

    

     Revenons un temps, voulez-vous, à Saqqarah. Nul n'ignore plus, après les  fouilles entreprises au Bubasteion par l'égyptologue français Alain Zivie, qu'une nécropole dédiée à la déesse Bastet fut là découverte. Peu, toutefois, savent qu'en 1897 déjà, Jacques de Morgan, un autre égyptologue français, releva des traces d'apparemment deux catacombes pour chiens.  

 

     En 2009, Paul Nicholson, directeur d'une mission sous l'égide de la Cardiff University-Egypt Exploration Society, reprenant les plans de J. de Morgan, retrouve l'emplacement de l'une d'entre elles sous le temple d'Anubis - d'où le nom d'Anubeion donné par les égyptologues - et en exhume des milliers de momies canines entreposées dans de nombreux petits tunnels adjacents à chaque côté d'un couloir central. La majorité d'entre elles avaient là aussi constitué des offrandes votives.

Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère !

 

     Quelques chiens qui, en fait, auraient été élevés dans l'enceinte du temple, furent à un âge avancé inhumés dans des alcôves spéciales aménagées dans les murs des petits tunnels.

 

     Certaines de ces momies provenant de Saqqarah eurent l'honneur d'un cercueil ; participant actuellement à la richesse du Musée du Caire, ils en constituent les exemplaires les plus remarquables. D'autres furent déposées dans des vases en terre cuite rouge ; d'autres enfin n'eurent droit qu'à d'élémentaires cartonnages en guise d'ultime protection.

 

     A Antaeopolis, entre Akhmim et Assiout, en Haute-Egypte, ont même été découverts de petits sarcophages en calcaire : la raison de toutes ces différences d'inhumation n'a toujours pas trouvé, à l'heure actuelle, son explication plausible.

 

 

     Avec ces deux interventions de mardi dernier et d'aujourd'hui, vous aurez compris, amis lecteurs, que je voulais mettre en exergue le paradoxe égyptien concernant ces nombreux canidés considérés comme sacrés : ils étaient tout à la fois vénérés parce qu'ils recelaient une part de la divinité qu'ils symbolisaient mais, aussi, mutilés, sacrifiés et offerts en icône  à cette même déité.

 

     Cela me semble démontrer qu'en tant qu'hypostases divines, les momies avaient manifestement plus de valeur aux yeux des fidèles qui l'achetaient pour l'offrir à leur "idole" que le simple animal vivant.  Finalement, le chien ne devenait sacré qu'après sa mort ! A ce moment-là seulement commençait-il à faire l'objet de rites dont le premier consistait à le momifier de manière qu'il puisse devenir un nouvel Osiris, tout comme les êtres humains.

 

     Il n'en reste pas moins qu'évalués à l'aune de nos idéaux contemporains, tous ces zélateurs baignaient dans une incontestable hypocrisie qui voulait qu'ils fissent semblant d'ignorer les sacrifices d'animaux à si grande échelle que leur foi exigeait !!!

 

     Au nom de la religion ! Au nom du mercantilisme qu'elle génère ! 

 

     Ce sera toutefois sous la bannière d'une autre religion que ces pratiques, apparues à la XXVIème dynastie, cesseront à la fin du IVème siècle de notre ère grâce à l'empereur romain Théodose qui, imposant définitivement le christianisme à tout son Empire, fera fermer les temples égyptiens évidemment dès lors considérés comme païens.


      O tempora, ô mores !

 

 

 

(Charron : 1990, 209-13 ; ID. 2001, 7-22 ; Dunand/Lichtenberg : 2005, 75-87 ; Durisch : 1993, 205-21 ; Nicholson : 2010)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 00:00

 

     Nous nous étions quittés vous et moi, souvenez-vous amis lecteurs, samedi dernier, avec pour objectif futur d'entre autres expliquer la dénomination Papyrus Prisse accordée par les égyptologues au plus important document contenant l'intégralité de l'Enseignement de Ptahhotep que je me propose de vous donner à lire, en partie à tout le moins, les prochains samedis.

 

 

      Achille Constant Théodore Emile Prisse d'Avennes (1807-1879) n'a que 20 ans quand, se joignant à une pléiade d'experts, ingénieurs comme lui, mais aussi techniciens, militaires et conseillers étrangers, essentiellement français, il  arrive à Alexandrie aux fins de participer, sous la férule du vice-roi d'Egypte Méhémet Ali, au redressement de l'économie et au développement général dans le sens d'une modernisation que ce dernier entend imprimer à son pays.

 

     Même si à quelques mois près, cinq années auparavant Jean-François Champollion le Jeune découvrait le sens des hiéroglyphes, rien, au départ, ne destinait le jeune ingénieur d'Avesnes-sur-Helpe à s'intéresser  véritablement à l'égyptologie : car ce ne sont que des propositions de travaux d'hydrographie - création d'un canal qui aurait dû relier Alexandrie au Caire, construction de ponts suspendus sur le Nil - que, dans un premier temps, il soumit au Pacha. Aucun de ses projets, en ce compris celui qu'il envisagea par la suite pour le transport, jusqu'à la Place de la Concorde, à Paris, de l'obélisque de Ramsès II que le souverain égyptien offrait à la France pour exprimer sa reconnaissance eu égard aux travaux philologiques de Champollion, n'eut l'heur d'aboutir.

 

     En outre, le khamsin tourne ! En 1836, Méhémet Ali entreprenant une restructuration de l'administration, se départ de nombre de Français qu'il avait pourtant précédemment accueillis bras ouverts. C'est l'opportunité que saisit l'Avesnois pour "changer de vie" : à presque trente ans, Emile Prisse devient Edris Effendi ; l'élégant jeune ingénieur du Nord va se muer en explorateur, en archéologue, en égyptologue et, vêtu  en Oriental, il décide de visiter la terre des pharaons.   

 

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

     Mais à la différence de la grande majorité de ces hommes du XIXème siècle pour lesquels le Voyage en Orient et, plus spécifiquement selon la formulation de l'époque, le Voyage d'Egypte, constituait une étape obligée d'un parcours de vie ; ou de ceux qui n'y verront qu'un moyen de s'enrichir en pillant puis revendant à l'étranger les richesses archéologiques des rives du Nil, Edris Effendi que les travaux de Champollion ont définitivement convaincu de rallier l'égyptologie naissante, sillonne le pays dans un esprit éminemment encyclopédique : certes, il s'intéresse aux vestiges antiques - comment d'ailleurs les ignorer ? -, mais en faisant également la part belle à l'ethnographie, à l'anthropologie, à la minéralogie aussi, sans oublier la civilisation arabe qu'il découvre et dont il admire les monuments.

 

     Ce seront alors notes manuscrites, relevés, plans, croquis, calques, estampages, aquarelles, photographies de l'Egypte antique et de la contemporaine, pris in situ qui, huit années durant, matérialiseront à profusion ses déambulations du Delta à la Nubie et alimenteront par la suite des publications qui marqueront du sceau du progrès la balbutiante science égyptologique. Sans oublier de mentionner - apport non négligeable à l'Histoire littéraire -, que ses notes et dessins inspireront notamment son ami Théophile Gautier pour la composition, en 1858, de son Roman de la momie.  

 

     Et ce seront également la "Chambre des Ancêtres", du temple de Karnak, sur les murs de laquelle l'on voit Thoutmosis III  rendant hommage à soixante et un des souverains qui l'ont précédé sur le trône d'Egypte (E 13481 bis) ; un bas-relief (E 13482 ter) d'Amenhotep IV faisant offrande à Aton ; une stèle dite "de Bakhtan" (C 284), ainsi qu'une cuillère à fard (E 8025 bis) qui quitteront les rives du Nil pour entrer dans les collections du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.  

 

 

     Enfin, dernier élément mais non le moindre de la "maigre" provende qu'il ramène d'Egypte, un rouleau de quelque 7 mètres de long désormais connu sous le nom de Papyrus Prisse dont, à son retour en France en 1844 après 17 ans d'absence, il fera don à la Bibliothèque Royale. Dans ce qui est aujourd'hui devenu la Bibliothèque nationale de France, sur le site désormais appelé Quadrilatère Richelieu (entrée principale : 58 rue de Richelieu), il figure dans les collections du Département des Manuscrits (division orientale), sous la référence Egyptien 183-194.

 

     C'est précisément en cet endroit prestigieux que, du 1er mars au 5 juin prochains, se tiendra Galerie Mansart, une exposition menée conjointement avec le Louvre : judicieusement intitulée EGYPTE DE PIERRE, EGYPTE  DE PAPIER, sur base des documents rapportés par l'archéologue avesnois, elle mettra à l'honneur, en parallèle, les richesses de l'art pharaonique et celles de l'art islamique.

 

     A Richelieu, EGYPTE DE PAPIER honorera la partie de son oeuvre léguée à la Bibliothèque Royale de l'époque et notamment des documents sortis pour la première fois du fonds iconographique, tandis qu'au Louvre, aux mêmes dates,  tout à côté de la salle 12 bis du Département des Antiquités égyptiennes où l'on peut désormais admirer la reconstitution de la Chambre des Ancêtres, EGYPTE DE PIERRE nous permettra de découvrir des archives inédites à propos du transport du monument. 

 

     Cette nouvelle exposition égyptologique parisienne, outre sa conception duelle, se caractérise donc par une judicieuse volonté d'enfin rendre à Emile Prisse d'Avennes une aura  bien méritée au sein du  monde savant du XIXème siècle ...

 

     Peut-être, amis lecteurs, nous y rencontrerons-nous un jour de ce printemps ... 

 


 

 

(Thibaudault : 2006, 15-22)  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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