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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 07:37

 

     Nous voici arrivés amis lecteurs, au terme de notre séjour égyptien en compagnie de Gérard de Nerval. Il va monter dans la cange qui bientôt l'emportera aux confins du Delta oriental,  sur l'antique branche, si peu frayée, par où le Nil descend du Caire à Damiette, de manière à rallier la Syrie aux fins d'y poursuivre son Voyage en Orient ...

 

     Ecoutons-le d'abord nous préciser que sa cange contenait deux chambres, élégamment peintes et dorées à l'intérieur, avec des fenêtres grillées donnant sur le fleuve, et encadrant agréablement le double paysage des rives ; des corbeilles de fleurs, des arabesques compliquées décorent les panneaux ; deux coffres de bois bordent chaque chambre, et permettent, le jour, de s'asseoir les jambes croisées, la nuit, de s'étendre sur des nattes ou sur des coussins. Ordinairement la première chambre sert de divan, la seconde de harem. Le tout se ferme et se cadenasse hermétiquement, sauf le privilège des rats du Nil, dont il faut, quoi qu'on fasse, accepter la société. Les moustiques et autres insectes sont des compagnons moins agréables encore ; mais on évite la nuit leurs baisers perfides au moyen de vastes chemises dont on noue l'ouverture après y être entré comme dans un sac, et qui entourent la tête d'un double voile de gaze sous lequel on respire parfaitement. (...)

 

 

Cange sur le Nil (Collection Linant de Bellefonds - Victoria & Albert Museum - Londres)


 

     En point d'orgue à la relation des quelques mois que le poète a  vécus au Caire, du 7 février au 7 mai 1843, que je vous ai donnée à lire cet été depuis le 24 juillet, sans, vous vous en doutez, aucune volonté d'exhaustivité de ma part, ce sont ses dernières impressions que je vous propose aujourd'hui de découvrir. 

 

     J'ajouterai simplement que l'ouvrage, passionnant, que j'ai relu à votre intention, référencé en note infra-paginale, est disponible en librairie, dans des éditions de poche plus récentes, voire commentées :  il vous est donc loisible, si l'envie maintenant vous en prend, de l'acquérir et d'y poursuivre la lecture qu'ici je n'ai fait qu'entamer.


 

 

     Je quitte avec regret cette vieille cité du Caire, où j'ai retrouvé les dernières traces du génie arabe, et qui n'a pas menti aux idées que je m'en étais formées d'après les récits et les traditions de l'Orient. Je l'avais vue tant de fois dans les rêves de la jeunesse, qu'il me semblait y avoir séjourné dans je ne sais quel temps ; je reconstruisais mon Caire d'autrefois au milieu des quartiers déserts ou des mosquées croulantes ! Il me semblait que j'imprimais les pieds dans la trace de mes pas anciens ; j'allais, je me disais : En détournant ce mur, en passant cette porte, je verrai telle chose ... et la chose était là, ruinée, mais réelle.

 

     N'y pensons plus. Ce Caire-là gît sous la cendre et la poussière ; l'esprit et les progrès modernes en ont triomphé comme la mort. Encore quelques mois, et des rues européennes auront coupé à angles droits la vieille ville poudreuse et muette qui croule en paix sur les pauvres fellahs. Ce qui reluit, ce qui brille, ce qui s'accroît, c'est le quartier des Francs, la ville des Italiens, des Provençaux et des Maltais, l'entrepôt futur de l'Inde anglaise. L'Orient d'autrefois achève d'user ses vieux costumes, ses vieux palais, ses vieilles moeurs, mais il est dans son dernier jour ; il peut dire comme un de ses sultants : "Le sort a décoché sa flèche : c'est fait de moi, je suis passé !"

 

     Ce que le désert protège encore, en l'enfouissant peu à peu dans ses sables, c'est, hors les murs du Caire, la ville des tombeaux, la vallée des califes, qui semble, comme Herculanum, avoir abrité des générations disparues, et dont les palais, les arcades et les colonnes, les marbres précieux, les intérieurs peints et dorés, les enceintes, les dômes et les minarets, multipliés avec folie, n'ont jamais servi qu'à recouvrir des cercueils.

 

     Ce culte de la mort est un trait éternel du caractère de l'Egypte ; il sert du moins à protéger et à transmettre au monde l'éblouissante histoire de son passé.

 

 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 300-1 et 309)

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 23:00

 

     Avec cet ultime billet d'août, je laisserai pour l'avant-dernière fois la parole à Gérard de Nerval.


 

Gérard de Nerval

 

     Vous souvenez-vous, amis lecteurs, au printemps dernier, quand après vous avoir présenté le filet hexagonal qui permit aux Egyptiens de l'Antiquité de capturer les oiseaux aquatiques voletant au-dessus des marais nilotiques, j'avais fait une petite incursion dans notre monde contemporain pour insister sur le fait qu'au lac Menzaleh, cette technique restait encore d'actualité ?


     Bien que citant à l'époque quelques exemples contemporains de ce type de capture, j'avais gardé pour la bonne bouche, si je puis m'exprimer ainsi, quelques pages du Voyage en Orient, de Nerval, qui faisaient allusion à cet endroit, non point que le poète en partance pour la Syrie, y eût vu et relaté le travail des pêcheurs, mais simplement pour la description qu'il en a donnée : c'est cet extrait qu'à la suite de ceux que je vous aurai proposés chaque samedi de ces "vacances" que m'a offertes mon blog depuis le 24 juillet, je voudrais aujourd'hui vous donner à lire.


 

 

     Nous avons dépassé à droite le village d'Esbeh, bâti de briques crues, et où l'on distingue les restes d'une antique mosquée et aussi quelques débris d'arches et de tours appartenant à l'ancienne Damiette, détruite par les Arabes à l'époque de saint Louis, comme trop exposée aux surprises. La mer baignait jadis les murs de cette ville, et en est maintenant éloignée d'une lieue. C'est l'espace que gagne à peu près la terre d'Egypte tous les six cents ans. (...)

 

     Ces spectres de villes dépouillées pour un temps de leur linceul poudreux effrayent l'imagination des Arabes, qui attribuent leur construction aux génies. Les savants de l'Europe retrouvent en suivant ces traces, une série de cités bâties au bord de la mer sous telle ou telle dynastie de rois pasteurs, ou de conquérants thébains. C'est par le calcul de cette retraite des eaux de la mer aussi bien que par celui  des diverses couches du Nil empreintes dans le limon, et dont on peut compter les marques en formant des excavations qu'on est parvenu à faire remonter à quarante mille ans l'antiquité du sol de l'Egypte. Ceci s'arrange mal peut-être avec la Genèse ; cependant ces longs siècles consacrés à l'action mutuelle de la terre et des eaux ont pu constituer ce que le livre saint appelle "matière sans forme", l'organisation des êtres étant le seul principe véritable de la création.

 

     Nous avions atteint le bord oriental de la langue de terre où est bâtie Damiette ; le sable où nous marchions luisait par place, et il me semblait voir des flaques d'eau congelées dont nos pieds écrasaient la surface vitreuse ; c'étaient des couches de sel marin. Un rideau de joncs élancés, de ceux peut-être qui fournissaient autrefois le papyrus, nous cachait encore les bords du lac ; nous arrivâmes enfin à un port établi pour les barques des pêcheurs, et de là je crus voir la mer elle-même dans un jour de calme. Seulement des îles lointaines, teintes de rose par le soleil levant, couronnées ça et là de dômes et de minarets, indiquaient un lieu plus paisible, et des barques à voiles latines circulaient par centaines sur la surface unie des eaux.

 

     C'était le lac Menzaleh, l'ancien Maréotis, où Tanis ruinée occupe encore l'île principale, et dont Péluse bornait l'extrémité voisine de la Syrie, Péluse, l'ancienne porte de l'Egypte, où passèrent tour à tour Cambyse, Alexandre et Pompée, ce dernier, comme on sait, pour y trouver la mort.

 

     Je regrettais de ne pouvoir parcourir le riant archipel semé dans les eaux du lac et assister à quelqu'une de ces pêches magnifiques qui fournissent des poissons à l'Egypte entière. Des oiseaux d'espèces variées planent sur cette mer intérieure, nagent près des bords ou se réfugient dans le feuillage des sycomores, des cassiers et des tamarins ; les ruisseaux et les canaux d'irrigation qui traversent partout les rizières offrent des variétés de végétation marécageuses, où les roseaux, les joncs, le nénuphar et sans doute aussi le lotus des anciens émaillent l'eau verdâtre et bruissent du vol d'une quantité d'insectes que poursuivent les oiseaux.

 

     Ainsi s'accomplit cet éternel mouvement de la nature primitive où luttent des esprits féconds et meurtriers.

 

 

 (Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 335-7)

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 23:00

 

     De Najac et de Padirac, des bastides de Villeneuve de Rouergue et de Domme, des ruines médiévales  aveyronnaises et des grottes préhistoriques périgourdines, d'Albi et de Sarlat, des topiaires des jardins d'Eyrignac ou de ceux de Terrasson, des méandres du Lot, de la Vézère ou de la Dordogne, je serai à nouveau l'inconditionnel admirateur aoûtien, amis lecteurs, alors que vous lirez ces billets au voyage égyptien de Gérard de Nerval consacrés et, à votre intention, programmés dès la mi-juillet de manière à ne point vous laisser "orphelins" d'égyptologie lors des vacances que mon blog consent à m'offrir cet été.    

 

 

     Nous avons, souvenez-vous, laissé samedi dernier le poète sous un soleil ardent, en compagnie d'un officier prussien s'apprêtant à rejoindre l'expédition de Karl Richard Lepsius, tranquillement terminer cette collation qu'il était à l'époque apparemment de tradition de prendre sur la plate-forme de la pyramide de Chéops.

 

     Avec cette antépénultième intervention, je vous propose de le retrouver prêt à visiter l'intérieur même du tombeau royal ...  

 

 

     Il s'agissait de quitter la plate-forme et de pénétrer dans la pyramide, dont l'entrée se trouve à un tiers environ de sa hauteur. On nous fit descendre cent trente marches par un procédé inverse à celui qui nous les avait fait gravir. Deux des quatre Arabes nous suspendaient par les épaules du haut de chaque assise, et nous livraient aux bras étendus de leurs compagnons. Il y a quelque chose d'assez dangereux dans cette descente, et plus d'un voyageur s'y est rompu le crâne ou les membres. Cependant, nous arrivâmes sans accident à l'entrée de la pyramide.

 

 

Entrée Pyramide Chéops

 

     C'est une sorte de grotte aux parois de marbre, à la voûte triangulaire, surmontée d'une large pierre qui constate, au moyen d'une inscription française, l'ancienne arrivée de nos soldats dans ce monument : c'est la carte de visite de l'armée d'Egypte, sculptée sur un bloc de marbre de seize pieds de largeur. Pendant que je lisais avec respect, l'officier prussien me fit observer une autre légende marquée plus bas en hiéroglyphes, et, chose étrange, tout fraîchement gravée.

 

     Il savait le sens de ces hiéroglyphes modernes inscrits d'après le système de la grammaire de Champollion. "Cela signifie, me dit-il, que l'expédition scientifique envoyée par le roi de Prusse et dirigée par Lepsius, a visité les pyramides de Gizeh, et espère résoudre avec le même bonheur les autres difficultés de sa mission."

 

     Nous avions franchi l'entrée de la grotte : une vingtaine d'Arabes barbus, aux ceintures hérissées de pistolets et de poignards, se dressèrent du sol où ils venaient de faire leur sieste. Un de nos conducteurs, qui semblait diriger les autres, nous dit :

 

     "Voyez comme ils sont terribles ... Regardez leurs pistolets et leurs fusils !


- Est-ce qu'ils veulent nous voler ?


- Au contraire ! Ils sont ici pour vous défendre dans le cas où vous seriez attaqués par les hordes du désert.


- On disait qu'il n'en existait plus depuis l'administration de Mohamed-Ali !


- Oh ! il y a encore bien des méchantes gens, là-bas, derrière les montagnes ... Cependant, au moyen d'une colonnate, vous obtiendrez des braves que vous voyez là d'être défendus contre toute attaque extérieure."

 

     L'officier prussien fit l'inspection des armes, et ne parut pas édifié touchant leur puissance destructive. Il ne s'agissait au fond, pour moi, que de 5 fr. 50 cent., ou d'un thaler et demi pour le Prussien. Nous acceptâmes le marché, en partageant les frais et en faisant observer que nous n'étions pas dupes de la supposition.

 

     "Il arrive souvent, dit le guide, que des tribus ennemies font invasion sur ce point, surtout quand elles y soupçonnent la présence de riches étrangers."


 

     Il est certain que la chose n'est pas impossible et que ce serait une triste situation que de se voir pris et enfermé dans l'intérieur de la grande pyramide. La colonnate (piastre d'Espagne) donnée aux gardiens nous assurait du moins qu'en conscience ils ne pourraient nous faire cette trop facile plaisanterie.

 

     Mais quelle apparence que ces braves gens y eussent songé même un instant ? L'activité de leurs préparatifs, huit torches allumées en un clin d'oeil, l'attention charmante de nous faire précéder de nouveau par les petites filles hydrophores dont j'ai parlé, tout cela, sans doute, était bien rassurant.

 

     Il s'agissait d'abord de courber la tête et le dos, et de poser les pieds adroitement sur deux rainures de marbre qui règnent des deux côtés de cette descente. Entre les deux rainures, il y a une sorte d'abîme aussi large que l'écartement des jambes, et où il s'agit de ne point tomber. On avance donc pas à pas, jetant les pieds de son mieux à droite et à gauche, soutenu un peu, il est vrai, par les mains des porteurs de torches, et l'on descend ainsi toujours courbé en deux pendant environ cent cinquante pas.

 

     A partir de là, le danger de tomber dans l'énorme fissure qu'on se voyait entre les pieds cesse tout à coup et se trouve remplacé par l'inconvénient de passer à plat ventre sous une voûte obstruée en partie par les sables et les cendres. Les Arabes ne nettoient ce passage que moyennant une autre colonnate, accordée d'ordinaire par les gens riches et corpulents.

 

     Quand on a rampé quelque temps sous cette voûte basse, en s'aidant des mains et des genoux, on se relève, à l'entrée d'une nouvelle galerie, qui n'est guère plus haute que la précédente. Au bout de deux cents pas que l'on fait encore en montant, on trouve une sorte de carrefour dont le centre est un vaste puits profond et sombre, autour duquel il faut tourner pour gagner l'escalier qui conduit à la chambre du Roi.

 

     En arrivant là, les Arabes tirent des coups de pistolet et allument des feux de branchages pour effrayer, à ce qu'ils disent, les chauve-souris et les serpents. La salle où l'on est, voûtée en dos d'âne, a dix-sept pieds de longueur et seize de largeur.

 

     En revenant de notre exploration, assez peu satisfaisante, nous dûmes nous reposer à l'entrée de la grotte de marbre, - et nous nous demandions ce que pouvait signifier cette galerie bizarre que nous venions de remonter, avec ces deux rails de marbre séparés par un abîme, aboutissant plus loin à un carrefour au milieu duquel se trouve le puits mystérieux, dont nous n'avions pu voir le fond.

 

 

 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 289-92)

 

    

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 23:00

 

     Nous étions, vous et moi, rappelez-vous amis lecteurs, arrivés en compagnie de Gérard de Nerval, samedi dernier, sur la plate-forme de la Grande Pyramide.

 


Au sommet de la pyramide ..

 

 

     Je vous propose ce matin de l'y retrouver ...

 

 

     J'ai peur de devoir admettre que Napoléon lui-même n'a vu les pyramides que de la plaine. Il n'aurait pas, certes, compromis sa dignité jusqu'à se laisser enlever dans les bras de quatre Arabes, comme un simple ballot qui passe de mains en mains, et il se sera borné à répondre d'en bas, par un salut, aux quarante siècles qui, d'après son calcul, le contemplaient à la tête de notre glorieuse armée.

 

  Bonaparte Pyramides


 

     Après avoir parcouru des yeux tout le panorama environnant, et lu attentivement ces inscriptions modernes qui donneront des tortures aux savants de l'avenir, je me préparais à redescendre, lorsqu'un monsieur blond, d'une belle taille, haut en couleur et parfaitement ganté, franchit, comme je l'avais fait peu de temps avant lui, la dernière marche du quadruple escalier, et m'adressa un salut fort compassé, que je méritais en qualité de premier occupant. Je le pris pour un gentleman anglais. Quant à lui, il me reconnut pour Français tout de suite.

 

     Je me repentis aussitôt de l'avoir jugé légèrement. Un Anglais ne m'aurait pas salué, attendu qu'il ne se trouvait sur la plate-forme de la pyramide de Chéops personne qui pût nous présenter l'un à l'autre :

 

     "Monsieur, me dit l'inconnu avec un accent légèrement germanique, je suis heureux de trouver ici quelqu'un de civilisé. Je suis simplement un officier aux gardes de S.M. le roi de Prusse. J'ai obtenu un congé pour aller rejoindre l'expédition de M. Lepsius, et comme elle a passé ici depuis quelques semaines, je suis obligé de me mettre au courant ... en visitant ce qu'elle a dû voir." (...)

 

     "Mais, ajouta-t-il voyant que je me préparais à redescendre, vous savez que l'usage est de faire ici une collation. Ces braves gens qui nous entourent s'attendent à partager nos modestes provisions ... et, si vous avez appétit, je vous offrirai votre part d'un pâté dont un de mes Arabes s'est chargé."

 

     En voyage, on fait vite connaissance, et, en Egypte surtout, au sommet de la grande pyramide, tout Européen devient, pour un autre, un Franck, c'est-à-dire un compatriote ; la carte géographique de notre petite Europe perd, de si loin, ses nuances tranchées ... je fais toujours une exception pour les Anglais, qui séjournent dans une île à part.

 

     La conversation du Prussien me plut beaucoup pendant le repas. Il avait sur lui des lettres donnant  les nouvelles les plus fraîches de l'expédition de M. Lepsius qui, dans ce moment-là, explorait les environs du lac Moeris et les cités souterraines de l'ancien labyrinthe. Les savants berlinois avaient découvert des villes entières cachées sous les sables et bâties de briques ; des Pompéi et des Herculanum souterraines qui n'avaient jamais vu la lumière, et qui remontaient peut-être à l'époque des Troglodytes. Je ne pus m'empêcher de reconnaître que c'était pour les érudits prussiens une noble ambition que d'avoir voulu marcher sur les traces de notre Institut d'Egypte, dont ils ne pourront, du reste, que compléter les admirables travaux.

 

     Le repas sur la pyramide de Chéops est, en effet, forcé pour les touristes, comme celui qui se fait d'ordinaire sur le chapiteau de la colonne de Pompée à Alexandrie. J'étais heureux de rencontrer un compagnon instruit et aimable qui me l'eût rappelé. Les petites Bédouines avaient conservé assez d'eau, dans leurs cruches de terre poreuse, pour nous permettre de nous rafraîchir, et ensuite de faire des grogs au moyen d'un flacon d'eau-de-vie qu'un des Arabes portait à la suite du Prussien.

 

     Cependant, le soleil était devenu trop ardent pour que nous pussions rester longtemps sur la plate-forme. L'air pur et vivifiant que l'on respire à cette hauteur, nous avait permis quelque temps de ne point trop nous en apercevoir.

 

 

A suivre ...

 

 

 (Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 287-9)

 

 

     

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 23:00

 

     C'est, souvenez-vous, à un lever de soleil tout empreint de poésie romantique que Gérard de Nerval, résidant pour quelques mois au Caire en 1843, nous avait, vous et moi amis lecteurs, conviés la semaine  dernière.

 

     Aujourd'hui, il nous propose de l'accompagner dans la "grande ascension" ...

 

 

     Quand on a traversé Gizeh, sans trop s'occuper de son école de cavalerie et de ses fours à poulets, sans analyser ses décombres, dont les gros murs sont construits par un art particulier avec des vases de terre superposés et pris dans la maçonnerie, bâtisse plus légère et plus aérée que solide, on a encore devant soi deux lieues de plaines cultivées à parcourir avant d'atteindre les plateaux stériles où sont posées les grandes pyramides, sur la lisière du désert de Libye.

 

Pyramides

     Plus on approche, plus ces colosses diminuent. C'est un effet de perspective qui tient sans doute à ce que leur largeur égale leur élévation. Pourtant, lorsqu'on arrive au pied, dans l'ombre même de ces montagnes faites de main d'homme, on admire et l'on s'épouvante. Ce qu'il faut gravir pour atteindre au faîte de la première pyramide, c'est un escalier dont chaque marche a environ un mètre de haut.

 

     Une tribu d'Arabes s'est chargée de protéger les voyageurs et de les guider dans leur ascension sur la principale pyramide. Dès que ces gens aperçoivent un curieux qui s'achemine vers leur domaine, ils accourent à sa rencontre au grand galop de leurs chevaux, faisant une fantasia toute pacifique et tirant en l'air des coups de pistolet pour indiquer qu'ils sont à son service, tout prêts à le défendre contre les attaques de certains Bédouins pillards qui pourraient par hasard se présenter.

 

     Aujourd'hui cette supposition fait sourire les voyageurs, rassurés d'avance à cet égard ; mais au siècle dernier, ils se trouvaient réellement mis à contribution par une bande de faux brigands qui, après les avoir effrayés et dépouillés, rendaient les armes à la tribu protectrice, laquelle touchait ensuite une forte récompense pour les périls et les blessures d'un simulacre de combat.

 

   On m'a donné quatre hommes pour me guider et me soutenir pendant mon ascension. Je ne comprenais pas trop d'abord comment il était possible de gravir des marches dont la première seule m'arrivait à la hauteur de la poitrine. Mais, en un clin d'oeil, deux des Arabes s'étaient élancés sur cette assise gigantesque, et m'avaient saisi chacun un bras. Les deux autres me poussaient sous les épaules, et tous les quatre, à chaque mouvement de cette manoeuvre, chantaient à l'unisson le verset arabe terminé par ce refrain antique : Eleyson !

 

     Je comptai ainsi deux cent sept marches, et il ne fallut guère plus d'un quart d'heure pour atteindre la plate-forme. Si l'on s'arrête un instant pour reprendre haleine, on voit venir devant soi des petites filles, à peine couvertes d'une chemise de toile bleue, qui, de la marche supérieure à celle que vous gravissez, tendent, à la hauteur de votre bouche, des gargoulettes de terre de Thèbes, dont l'eau glacée vous rafraîchit pour un instant.

 

     Rien n'est plus fantasque que ces jeunes Bédouines grimpant comme des singes avec leurs petits pieds nus, qui connaissent toutes les anfractuosités des énormes pierres superposées. Arrivé à la plate-forme, on leur donne un bakchis, on les embrasse, puis l'on se sent soulevé par les bras des quatre Arabes qui vous portent en triomphe aux quatre points de l'horizon.

 

     La surface de cette pyramide est de cent mètres carrés environ. Des blocs irréguliers indiquent qu'elle ne s'est formée que par la destruction d'une pointe, semblable sans doute à celle de la seconde pyramide, qui s'est conservée intacte et que l'on admire à peu de distance avec son revêtement de granit. Les trois pyramides, de Chéops, de Chéphren et de Mycérinus, étaient également parées de cette enveloppe rougeâtre, qu'on voyait encore au temps d'Hérodote. Elles ont été dégarnies peu à peu, lorsqu'on a eu besoin au Caire de construire les palais des califes et des soudans.

 

Au sommet de la pyramide ..

 

     La vue est fort belle, comme on peut le penser, du haut de cette plate-forme. Le Nil s'étend à l'orient depuis la pointe du Delta jusqu'au-delà de Saccarah, où l'on distingue onze pyramides plus petites que celles de Gizeh. A l'occident, la chaîne des montagnes libyques se développe en marquant les ondulations  d'un horizon poudreux. La forêt de palmiers, qui occupe la place de l'ancienne Memphis, s'étend du côté du midi comme une ombre verdâtre. Le Caire, adossé à la chaîne aride du Mokatam, élève ses dômes et ses minarets à l'entrée du désert de Syrie. Tout cela est trop connu pour prêter longtemps à la description. Mais, en faisant trêve à l'admiration et en parcourant des yeux les pierres de la plate-forme, on y trouve de quoi compenser les excès de l'enthousiasme. Tous les Anglais qui ont risqué cette ascension ont naturellement inscrit leurs noms sur les pierres. Des spéculateurs ont eu l'idée de donner leur adresse au public, et un marchand de cirage de Piccadilly a même fait graver avec soin sur un bloc entier les mérites de sa découverte garantie par l'  "improved patent " de London.

 

     Il est inutile de dire qu'on rencontre là (...) d'autres excentricités transplantées par nos artistes voyageurs comme un contraste à la monotonie des grands souvenirs. 

 

 

(A suivre ...)

 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Paris, Julliard Littérature, 1964,  pp. 283-6)

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 23:00

 

      Samedi dernier, souvenez-vous, amis lecteurs, nous avions fait connaissance avec un des grands poètes français du XIXème siècle, Gérard de Nerval, qui nous avait amenés à Alexandrie, dans un premier temps, au Caire ensuite.

 

     Aujourd'hui, à ses côtés, nous découvrirons la ville dès potron-jacquet ...  

 

 

     Que notre vie est quelque chose d'étrange ! Chaque matin, dans ce demi-sommeil où la raison triomphe peu à peu des folles images du rêve, je sens qu'il est naturel, logique et conforme à mon origine parisienne de m'éveiller aux clartés d'un ciel gris, au bruit des roues broyant les pavés, dans quelque chambre d'un aspect triste, garnie de meubles anguleux, où l'imagination se heurte aux vitres comme un insecte emprisonné, et c'est avec un étonnement toujours plus vif que je me retrouve à mille lieues de ma patrie, et que j'ouvre mes sens peu à peu aux vagues impressions d'un monde qui est la parfaite antithèse du nôtre.

 

     La voix du Turc qui chante au minaret voisin, la clochette et le trot lourd du chameau qui passe, et quelquefois son hurlement bizarre, les bruissements et les sifflements indistincts qui font vivre l'air, le bois et la muraille, l'aube hâtive dessinant au plafond les mille découpures des fenêtres, une brise matinale chargée de senteurs pénétrantes, qui soulève le rideau de ma porte et me fait apercevoir au-dessus des murs de la cour les têtes flottantes des palmiers ; tout cela me surprend, me ravit ... ou m'attriste, selon les jours ; car je ne veux pas dire qu'un éternel été fasse une vie toujours joyeuse. Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le front de l'ange rêveur d'Albert Dürer, se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil, comme sur les bords du Rhin, dans un froid paysage d'Allemagne. J'avouerai même qu'à défaut de brouillard, la poussière est un triste voile aux clartés d'un jour d'Orient.

 

     Je monte quelquefois sur la terrasse de la maison que j'habite dans le quartier cophte, pour voir les premiers rayons qui embrasent au loin la plaine d'Héliopolis et les versants du Mokatam, où s'étend la Ville des Morts, entre le Caire et Matarée.

 

Le Caire - La ville des morts

 

     C'est d'ordinaire un beau spectacle, quand l'aube colore peu à peu les coupoles et les arceaux grêles des tombeaux consacrés aux trois dynasties de califes, de soudans et de sultans qui, depuis l'an 1000, ont gouverné l'Egypte.

 

     L'un des obélisques de l'ancien temple du soleil est resté seul debout dans cette plaine, comme une sentinelle oubliée ; il se dresse au milieu d'un bouquet touffu de palmiers et de sycomores, et reçoit toujours le premier regard du dieu que l'on adorait jadis à ses pieds.

 

     L'aurore, en Egypte, n'a pas ces belles teintes vermeilles qu'on admire dans les Cyclades ou sur les côtes de Candie ; le soleil éclate tout à coup au bord du ciel, précédé seulement d'une vague lueur blanche ; quelquefois il semble avoir peine à soulever les longs plis d'un linceul grisâtre, et nous apparaît pâle et privé de rayons, comme l'Osiris souterrain ; son empreinte décolorée attriste encore le ciel aride, qui ressemble alors, à s'y méprendre, au ciel couvert de notre Europe, mais qui, loin d'amener la pluie, absorbe toute humidité. Cette poudre épaisse qui charge l'horizon ne se découpe jamais en frais nuages comme nos brouillards : à peine le soleil, au plus haut point de sa force, parvient-il à percer l'atmosphère cendreuse sous la forme d'un disque rouge, qu'on croirait sorti des forges libyques du dieu Ptah.

 

     On comprend alors cette mélancolie profonde de la vieille Egypte, cette préoccupation fréquente de la souffrance et des tombeaux que les monuments nous transmettent. C'est Typhon qui triomphe pour un temps des divinités bienfaisantes ; il irrite les yeux, dessèche les poumons, et jette des nuées d'insectes sur les champs et sur les vergers.

 

 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Paris, Julliard Littérature, 1964,  pp. 178-80)  


Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Le "Voyage en Orient", c'est-à-dire au siècle qui nous occupe, à savoir le dix-neuvième, en Grèce, en Turquie, en Syrie et en Egypte, s'il constituait encore une aventure singulière pour les grands écrivains du Romantisme - Lamartine, Chateaubriand, Flaubert, Théophile Gautier et Gérard de Nerval -, prenait indiscutablement une tournure qui n'allait que se développer au fil des années.

 

     Certes, depuis la fin de la Renaissance, ces contrées riveraines de la Méditerranée orientale, soumises à une certaine puissance ottomane  - les "Pays du Levant", disait-on initialement, influencé que l'on était encore par la langue commerciale et diplomatique de l'époque -, attiraient manifestement  de plus en plus de touristes. Et non des moindres !

 

     Je dois à l'honnêteté d'ajouter que pour certains, la relative rapidité des trajets en train que permit la célébrissime Compagnie des Wagons-lits ne fut pas étrangère à cette mode nouvelle. Mais ceci est une autre, très grande histoire ...


 

     Je l'ai nommé ci-avant, Gérard Labrunie - plus connu sous le pseudonyme de Gérard de Nerval  : c'est de lui donc qu'il s'agissait dans mon billet introductif de la semaine dernière -, fut de ceux qui entreprirent ce périple oriental. 


     Permettez-moi une précision, non pas aux fins de ressasser toujours les mêmes antiennes que l'on retrouve d'anthologies en biographies, mais pour simplement situer cet épisode dans la vie du poète : de nos études secondaires, nous tenons encore en mémoire qu'il connut sa première crise de démence au printemps 1841, qu'il passa huit mois de sa jeune vie - il avait alors à peine 33 ans -, en maison de santé et qu'il décida de ce long déplacement vers les terres lointaines - c'est là où je voulais en venir -, en guise de thérapeutique :

 

     Je n'ai pas été malade un seul jour depuis mon départ ; ce voyage me servira toujours à démontrer aux gens que je n'ai été victime, il y a deux ans, que d'un accident bien isolé ..., écrira-t-il dans une lettre à son père.

 

     Pour faire court, j'ajouterai que c'est le 26 janvier 1855 - il était né le 22 mai 1808 -, qu'il fut découvert pendu à un grillage, dans une rue de Paris :

 

     Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé

     Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :

     Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé

     Porte le soleil noir de la Mélancolie

 

avait-il écrit un an plus tôt dans le superbe poème - El Desdichado - qui ouvre le recueil des Chimères ...

 

 

 

     Le 2 novembre 1867, Théophile Gautier rappela :

 

Rue de la Vieille Lanterne

 

     "Aux premières lueurs d'une aube grise et froide, un corps avait été retrouvé, rue de la Vieille-Lanterne, pendu aux barreaux d'un soupirail, devant la grille d'un égout, sur les marches d'un escalier où sautillait lugubrement un corbeau familier qui semblait croasser, comme le corbeau d'Edgar Poe : Never, oh ! never more ! Ce corps, c'était celui de Gérard de Nerval, notre ami d'enfance et de collège ...

     Ce bon Gérard, comme chacun le nommait, qui n'a causé d'autre chagrin à ses amis que celui de sa mort."


 

     De ses différents séjours à l'étranger, Nerval rédigera un remarquable Voyage en Orient, publié dans sa version définitive en juin 1851, après être né sous forme d'articles de presse ou de petits recueils qui constitueront parties de certains des chapitres de l'ouvrage terminé.

 

     J'aime à dépendre un peu du hasard : l'exactitude numérotée des stations de chemins de fer, la précision des bateaux à vapeur arrivant à heure et à jour fixes, ne réjouissent guère un poète, ni un peintre, ni même un simple archéologue, ou collectionneur comme je le suis, aimait-il à préciser.


     Quittant Paris le 23 décembre 1842, il s'embarque à Marseille le 1er janvier 1843, en direction d'Alexandrie, où il arrive le 16 janvier.

 

     L'Egypte est un vaste tombeau ; c'est l'impression qu'elle m'a faite en abordant sur cette plage d'Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules, offre aux yeux des tombeaux épars sur une terre de cendres.


     Des ombres drapées de linceuls bleuâtres circulent parmi ces débris. Je suis allé voir la colonne de Pompée et les bains de Cléopâtre. La promenade du Mahmoudieh et ses palmiers toujours verts rappellent seuls la nature vivante ...

 

     Je ne te parle pas d'une grande place tout européenne formée par les palais des consuls et par les maisons des banquiers, ni des églises byzantines ruinées, ni des constructions modernes du pacha d'Egypte, accompagnées de jardins qui semblent des serres. J'aurais mieux aimé les souvenirs de l'antiquité grecque ; mais tout cela est détruit, rasé, méconnaissable.

 

     Je m'embarque ce soir sur le canal d'Alexandrie (...) ; ensuite, je prendrai une cange à voile pour remonter jusqu'au Caire : c'est un voyage de cinquante lieues que l'on fait en six jours.



      Le 7 février, il est au Caire, la ville du Levant où les femmes sont encore le plus hermétiquement voilées.

 

     L'Egypte, grave et pieuse, est toujours le pays des énigmes et des mystères ; la beauté s'y entoure, comme autrefois, de voiles et de bandelettes, et cette morne attitude décourage aisément l'Européen frivole. Il abandonne le Caire après huit jours, et se hâte d'aller vers les cataractes du Nil chercher d'autres déceptions que lui réserve la science, et dont il ne conviendra jamais.

 

     La patience était la plus grande vertu des initiés antiques. Pourquoi passer si vite ? Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs ...


 

     Parce qu'il voulait poursuivre son périple vers la Syrie, Gérard de Nerval quittera l'Egypte le 7 mai suivant.

 

     Si vous le désirez, amis lecteurs, je vous invite à l'accompagner dans ses découvertes cairotes dès samedi prochain ...

 


 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 7-16, 28-9 et 124-8)

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Commencée en février dernier, notre découverte de la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, s'achève aujourd'hui, amis lecteurs, avec l'évocation de deux petits objets présentant une décoration en rapport - comme tout ce que nous avons pu ensemble admirer ici -, avec le thème de la pêche ou de la chasse.  

 

 

     Vous me permettrez d'envisager en premier lieu le godet funéraire (E 25298) en stéatite glaçurée, d'une hauteur - et oui, le cliché se révèle extrêmement trompeur -, d'à peine 2, 5 cm, pour 7 cm de long et 4, 5 cm de large.


  

E 25 298.jpg

 

 

      Acquis jadis pour le musée par l'égyptologue française Madame Christiane Desroches Noblecourt, ce minuscule bassin rectangulaire datant de la XVIIIème dynastie et  malheureusement ébréché en certains endroits, propose, sur les deux grands côtés, quelques thèmes qu'il nous a été donné déjà d'appréhender lors de nos précédentes visites : vous vous souvenez assurément de la capture des oiseaux aquatiques à l'aide d'un filet hexagonal que vous retrouvez ci-dessus gravée en creux, sur la droite ; ou de ce frêle petit veau qui a traversé, de manière ou d'une autre, mais très souvent  pour être mené à l'abattoir, bien des scènes que nous avons  rencontrées : ici,  à gauche, ce n'est plus sur les épaules d'un tout jeune moscophore qu'il est transporté, mais en barque.

 

 

     Sur l'autre face,  

 

E-25-298---Animaux-sauvages.jpg

 

il s'agit d'animaux sauvages, de ces animaux que les Egyptiens croisaient habituellement aux marges des déserts qui encadraient la Vallée du Nil et qu'ils capturaient pour soit les consommer, soit les domestiquer : oryx, antilopes, singes, taureaux, autruches ...

 

     La décoration des deux petits côtés doit, quant à elle, se lire dans un sens quelque peu plus "religieux" :  

 

E-25-298---7-deesses-Hathor.jpg

 

ainsi cette théorie de sept déesses Hathor, reconnaissables à leur couronne caractéristique : deux cornes de vache enserrant le disque solaire rappelant qu'elles sont filles de Rê.

 

     Déesse du ciel, Hathor était dotée de bien multiples fonctions dans le panthéon égyptien : patronne de l'amour, du désir érotique aussi s'entend, mais également de l'ivresse, de la musique, de la danse ; sans oublier qu'elle avait en charge de protéger les femmes, leur maternité, leurs nouveau-nés.

 

     Ressortissant aussi au domaine plus spécifiquement funéraire, elle était considérée comme la souveraine de la nécropole thébaine aux fins de favoriser la renaissance des défunts.

 

     Déesse des déesses, nourrice céleste - n'est-elle pas très souvent représentée sous la forme d'une vache ? -, c'est essentiellement dans le temple de Dendérah que son culte fut le plus éloquent. Epouse d'Horus le faucon qui, lui, possédait un sanctuaire un peu plus au sud, à Edfou, elle fait évidemment l'objet de maintes et maintes représentations dans l'art égyptien.

 

     Au nombre de sept, comme sur le petit bassin exposé devant nous, elle présente une forme humaine ; mais, elle peut aussi, je viens de le souligner, apparaître sous les traits d'une vache : ainsi, dans la vignette qui accompagne le chapitre 148 du Livre pour sortir au jour (plus souvent improprement appelé Livre des Morts) dans lequel nous pouvons lire ses sept noms :

 

Formule pour approvisionner le bienheureux dans l'empire des morts.

Paroles dites par N. " Salut à toi, celui qui brille en son disque, (âme) vivante qui monte de l'horizon !

N. te connaît et connaît ton nom, et connaît le nom des sept vaches et de leur taureau.

Vous qui donnez pain, bière, ce qui est profitable aux âmes, qui fournissez les portions journalières, donnez du pain et de la bière, fournissez les provisions pour moi, N. ; qu'il vous accompagne, qu'il vienne à l'existence sous vos croupes !


     Vache Château-des-kas, maîtresse de l'Univers ;

     Vache Igeret, celle-qui-se-tient-en-avant-de-sa-place ;

     Vache La Khemmite, celle-qui-emmaillote-le-dieu ;

     Vache Grand-est-son-amour, la rousse ;

     Vache Possesseur-de-vie, la colorée ;

     Vache Celle-dont-le-nom-fait-autorité-dans-sa-catégorie ;

     Vache Nuée-du-ciel, celle-qui-porte-le-dieu ;


     Taureau, le mâle-des-vaches ;


donnez pain, bière, offrandes alimentaires, approvisionnez le bienheureux N., bienheureux parfait qui est dans l'empire des morts.

 

     Je crois qu'il n'est nul besoin, amis lecteurs, après ce court extrait, d'expliquer davantage la raison pour laquelle, sur cette pièce en stéatite destinée à accompagner le défunt dans sa demeure d'éternité figurent les sept déesses Hathor ... 

 

 

     Sur l'autre petit côté,

 

E-25-298---Genies-du-nil.jpg

 

 

vous apercevez une représentation dédoublée de Hapy, incarnation divine de la crue du Nil en tant que fleuve nourricier, - génie de fécondité à laquelle j'avais, en août 2008, déjà consacré un article -,  avec entre eux deux, le poisson tilapia qui, je pense, vous est lui aussi devenu familier quand ici, mais aussi , je vous ai expliqué la symbolique qu'il véhiculait aux yeux des Egyptiens dans la croyance en une régénérescence post mortem depuis qu'ils s'étaient aperçus qu'immédiatement après la ponte, cette espèce abritait ses petits dans la gueule pour ne les régurgiter qu'une fois éclos.

 

     A nouveau, devant ce très petit objet à destination funéraire, vous aurez compris combien les motifs gravés ou incisés ne sont en rien "gratuits" : l'image égyptienne, je ne cesse de le répéter, est essentiellement utilitaire avant d'être simplement décorative.

 

 

     Il est temps à présent, et dans tous les sens de l'expression, de prendre congé de vous, non sans avoir bien évidemment évoqué, avec la coupe (E 14372), l'ultime pièce de cette vitrine 2.

 

  

 

E 14 372.jpg

 

 

     D'un diamètre de 11, 2 cm pour à peine une hauteur de 3, 4 cm, cette petite coupe en faïence siliceuse datant de la fin de la XVIIIème dynastie ou, peut-être, du tout début de la XIXème, nous présente une scène de pêche au filet dans les marais nilotiques : vous reconnaissez en effet les oiseaux aquatiques qui, souvent, volaient en ce biotope, ainsi que, dans la partie inférieure, les zébrures figurant l'eau du Nil.


 

     Je me ferme ainsi pour un temps, - en réalité jusqu'à la rentrée scolaire -, les portes du Louvre et de son Département des Antiquités égyptiennes. Quant à vous, amis lecteurs, si d'aventure vous étiez éventuellement de passage à Paris, je vous invite à y déambuler et à, pourquoi pas, prochainement venir me raconter ce que vous y avez découvert ...

 

     Ce pourrait être sympathique, non ?

 

     Bonnes vacances à tous ... et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 7 septembre pour, ensemble commencer à nous intéresser à la vitrine 3 de cette salle 5.

 

  

 

 

(Barguet : 1967, 206-7 ; Maruéjol : 2009, 36)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 23:00

    

      Nous nous sommes momentanément séparés vous et moi, souvenez-vous amis lecteurs, samedi dernier, après avoir successivement visité, dans la nécropole d'Abousir, les tombes de Oudjahorresnet, Kaaper, Fetekti, Qar et Inty, tout en promettant de nous retrouver à la rentrée de septembre pour poursuivre nos investigations. 

 

     Parce que tout à fait conscient de la canicule qui sévit en Belgique cet été, parce que me devant de vous ménager de manière que ne soit point trop enflammée votre matière grise, parce que comptant  m'échapper un certain temps sous d'autres cieux aux fins de régénérer la mienne, j'ai pris la décision de ne plus m'adresser à vous jusqu'à fin août - ce qui, vous l'aurez compris, correspond à la retraite estivale que mon blog a décidé de m'offrir-, qu'une seule fois par semaine.

 

     Chimères que tout cela, murmureront certains.


     Point ! Car comme l'année dernière, quand j'eus le plaisir de relire, puis de vous donner à connaître des textes de l'éminent égyptologue belge Jean Capart du 4 juillet au 29 août, j'ai choisi le samedi de manière à ainsi illuminer votre fin de semaine en entretenant la petite flamme de ce soldat de l'égyptologie (presque) inconnu qu'est, n'ayons pas peur de la dithyrambe, votre blog préféré : j'ai nommé le ci-devant EgyptoMusée


 

EgyptoMusée

 

     C'est maintenant que, normalement, devraient s'entonner les Trompettes de la Renommée ...

     Les entendez-vous ?


      Ou peut-être seule la voix chaude du grand Georges arrive-t-elle jusqu'à vous :

 

      Je vivais à l'écart de la place publique,

     Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique...


     Refusant d'acquitter la rançon de la gloire,
     Sur mon brin de laurier, je dormais comme un loir.

 

       Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
     Qu'à l'homme de la rue, j'avais des comptes à rendre.
     Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
     Je devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.

 


     Me concernant, de quels secrets pourrait-il bien s'agir ?


     Pardi, et si c'était mon amour de la littérature française ...

    Mais est-ce vraiment un secret ?

 

     Comment concilier égyptologie et littérature ?

     Tout simplement, comme je m'y suis déjà amusé, notamment dans une série d'articles concernant Pierre Loti et l'Egypte publiés ici les 7, 14, 21, 28 mars, ainsi que le 4 avril 2009, en vous proposant des extraits de l'oeuvre d'un auteur. 

    

     A propos de cet écrivain, - au demeurant un grand poète -,  que j'ai choisi pour illustrer cette nouvelle série de l'été, que vous dire de plus ... que ce que j'ai ci-avant déjà suggéré à l'un ou l'autre détour de phrase  ?


     J'ajouterai simplement que, comme quelques importantes figures de son siècle, il passa par Bruxelles, par la Belgique, terre de nombreux refuges qui ne furent d'ailleurs pas à l'époque que politiques  ...

 

     Les paris sont ouverts ...

     Jouerez-vous le jeu ?

     Avant de vous quitter, j'attends le résultat de votre réflexion, de votre perspicacité à lire entre certaines  lignes : de quel grand littérateur français s'agira-t-il ces prochains samedis ?

 

 

     Et pour le découvrir, rendez-vous est pris le 24 juillet pour un premier contact, et un vingt-et-unième billet à ajouter à la rubrique "L'Egypte en textes".  

 

     Mais avant cela, je rappelle à ceux d'entre vous qui, depuis plus de deux années maintenant, cheminent en ma compagnie dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qu'une ultime rencontre devant la vitrine 2 de la salle 5 est prévue ce mardi 20 : ne m'y laissez pas seul ... 

Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Vous sachant fidèles, je ne doute pas que vous m'avez emboîté le pas, amis lecteurs, depuis le 22 juin maintenant, pour admirer les quelques objets de toilette exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

 

     Nous poursuivrons aujourd'hui leur découverte en évoquant les deux cuillères  thériomorphes arrimées sur le mur du fond, en dessous de l'arc que nous avions vu récemment : elles ont été groupées avec la petite boîte à onguents que je vous avais présentée la semaine dernière.

 

 

Objets de toilette (M. Sancho)

 

(Grand merci à Michel Sancho pour m'avoir fait parvenir un cliché d'une portion de la vitrine 2 me permettant d'en agrandir ce détail présentant les cuillères.)

 

      Lors d'un précédent passage en salle 3, en mai 2008, j'avais eu l'opportunité d'attirer votre attention sur celles déposées dans la vitrine 2 qui, toutes, présentaient les courbes plus qu'agréables d'une nageuse, et d'insister sur le fait que si les égyptologues leur donnent des noms divers - cuillers à parfum, cuillers à fard, cuillers à onguent -, en les inscrivant donc par la même occasion dans la catégorie des ustensiles de toilette, il n'en demeure pas moins que certaines d'entre elles ont manifestement été utilisées au cours de cérémonies cultuelles, religieuses pour, par exemple, contenir des produits odoriférants destinés à être brûlés, tels l'encens et la myrrhe  ... 

 

     Qu'elles n'aient jamais servi dans le quotidien, comme le pensent certains savants qui les classent alors parmi les objets empreints de symbolisme que tout défunt désirait emporter avec lui dans sa tombe afin que soit  pleinement assurée sa régénération dans l'Au-delà ; qu'elles aient été employées à des usages domestiques ou sacrés ; qu'elles aient accompagné les gestes des prêtres des temples procédant chaque jour à la toilette de la statue d'un dieu ou ceux d'une belle et riche Egyptienne dans ses appartements privés, il n'en demeure pas moins vrai, - et j'espère que mon intervention de ce matin vous y rendra sensible -, que ces petits objets considérés par d'aucuns comme participant de ce qu'ils nomment volontiers les "arts mineurs", sont d'un raffinement et d'une élégance irréfragables.

 

     Ainsi la première d'entre elles (N 1665) qu'exceptionnellement, je vous propose d'admirer recto (comme au centre de la photographie ci-dessus)

 

 

N 1 665.jpg

 

  et verso.

 

N-1-665---revers.jpg

 

 

     Provenant de la collection des quelque 4000 pièces rassemblées par Henry Salt, (1780-1827), consul général britannique au Caire, et achetée par la France sur les instances de Jean-François Champollion tout fraîchement nommé par Charles X Conservateur de la section des monuments égyptiens de son musée royal, cette délicate petite pièce date, sinon de l'époque ptolémaïque, très probablement de la dynastie saïte dans la Basse Epoque qui la précède.

 

     Elle entra au Louvre en 1826, en même temps que des monuments plus imposants comme les blogs enlevés, à Karnak, au Mur des Annales de Thoutmosis III, que nous avons vus en salle 12, et bien d'autres grandioses merveilles de ce musée qu'il serait évidemment maintenant hors de propos d'évoquer. 

 

     D'une longueur d'à peine 11, 5 cm et d'une largeur de 4, 5 cm, elle a été réalisée en faïence siliceuse et figure un bouquetin couché, les pattes entravées sous le ventre.

 

     Nonobstant le respect que le monde scientifique doit à l'éminent égyptologue belge Jean Capart, force est de constater que la théorie qui fut sienne en 1943, à savoir que les cuillères représentant une bête ainsi ligotée remplaçaient symboliquement les animaux sacrifiés, égorgés ou mutilés, destinés à la table d'offrandes du mort, est à présent devenue obsolète aux yeux des savants.

 

     Je pense qu'il faut simplement y voir la représentation d'un animal capturé :  en effet, bouquetins, oryx, gazelles et autres  herbivores des confins désertiques de l'Egypte constituèrent dès les temps les plus anciens une réserve de choix qu'il devint intéressant d'engraisser aux fins de bénéficier d'un apport alimentaire non négligeable quand, d'aventure, une chasse ne rapportait pas le butin escompté.

Premier pas vers une sorte de domestication avant la lettre ...   

 

     Notez ici le détail de la tête complètement retournée vers l'arrière - attitude que l'on retrouve d'ailleurs plus souvent dans des figurations de canards : ce pourrait constituer ce que l'égyptologue suisse Philippe Germond appelle un "marqueur imagé de la renaissance" d'un défunt. En effet, l'onguent prophylactique que la coupelle creusée dans le corps de l'animal aurait alors contenu permettait d'envisager une éternité post mortem des plus précieuses pour le trépassé qui avait choisi cette pièce pour l'accompagner à jamais.



     La seconde cuillère (E 3678), comme la précédente, date de la XVIIIème dynastie. 

 

 

E 3 678.jpg

 

 

     Mesurant 12, 9 cm de long et 5, 5 de large, elle figure un oryx couché, peut-être lui aussi entravé : en fait,  ses pattes ont disparu dans la cassure et seul le haut de sa cuisse est resté intact. Il présente des cornes très légèrement courbées dans le prolongement du museau, touchant le dos de leur extrémité, poursuivant de la sorte et terminant, avec la queue, la courbe élégante de l'ensemble voulue par l'artiste.

 

     Cette pièce fut réalisée en grauwacke, c'est-à-dire dans une pierre que souvent l'on confondit avec le schiste, voire même le basalte : elle fut fort prisée des Egyptiens, notamment pour sa couleur relativement foncée, et ses reflets dus à la présence de cristaux fins et brillants.

 

     C'est essentiellement dans le désert oriental, entre la Vallée du Nil et la mer Rouge, au Wadi Hammamat très exactement, qu'ils allaient chercher cette roche à laquelle ils donnèrent le nom de "Pierre de Bekhen" : dès les époques pré-dynastiques déjà, ils la travaillèrent pour confectionner de petits objets, récipients et palettes à fards essentiellement, que l'on retrouve aujourd'hui en abondance dans les différentes collections des musées du monde entier.

 

     Avec d'autres, dont la célèbre statue guérisseuse de Padimahès, (E 10777), également en grauwacke, exposée dans la vitrine 4 de la salle 18, elle entra au Louvre en 1898, donation effectuée suite au décès du collectionneur et comte polonais Michel Tyszkiewicz (1828-1897).

 

 

     Tout naturellement, nous arrivons vous et moi, amis lecteurs, au terme de notre "exploration" de cette vitrine, engagée le 23 février dernier. De sorte qu'avant de vous donner congé pour quelques semaines et de personnellement me diriger vers d'autres cieux estivaux, je vous invite à me retrouver pour un ultime rendez-vous en cette salle mardi prochain, le 20 juillet, à la veille de la fête nationale belge ...

 

 

 

 

(Capart : 1943, 277 ; Germond : 2008, 223 ; Klemm : 1990, 26 ; Vandier : 1972, 30)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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