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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 00:00


     Sur le promontoire rocheux de Hradcany dominant Prague et la Vltava,

263.-Hradcany--05-08-2009-.jpg

après que le soldat de la Garde présidentielle s'en retourne accompagné des deux collègues qu'il vient de relever, un calme relatif  s'installe à nouveau :
nous pouvons à présent, vous et moi, amis lecteurs, songer à leur emboîter le pas et ainsi pénétrer à leur suite dans l'enceinte du château proprement dit.

269.-Releve-de-la-garde--05-08-2009-.jpg


     L'imposante grille au monogramme de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche franchie, parfaitement ignorés que nous sommes par les deux gardiens géants tout occupés à terrasser un ennemi, composition baroque due au sculpteur tchèque Ignac Platzer,   

271.-Grilles-et-statues-du-chateau--05-08-2009-.jpg

celui-là même qui a réalisé les statues ornant la façade du palais archiépiscopal tout proche que nous avons découvert samedi dernier en effectuant notre rapide tour de Hradcanské namesti,  la place ici derrière nous,
entrons enfin dans la première des trois cours successives.

     Une petite précision s'impose d'emblée avant de poursuivre plus avant : vous le remarquerez au centre de la prise de vue aérienne ci-dessous :

Chateau-Prague.jpg

aucune homogénéité architecturale pour caractériser l'ensemble. Et ce que, par commodité, il est convenu de nommer "château de Prague", matérialisation d'un pouvoir temporel et religieux qui régna en Bohême pendant quasiment un millénaire, constitue en fait une succession, au cours des siècles, de nombreuses demeures, voire d'appartements, d'églises, de palais aussi dont le dernier avatar réside dans les transformations qui ont été entreprises à la constitution de la Première République tchécoslovaque, en 1918, pour aménager des appartements attribués aux différents présidents en activité. 

     De gauche à droite, sur 570 mètres de longueur : la grande aile semblant serpenter au-dessus de
Mala Strana construite pour l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche pourrait un temps faire mentir mon assertion première concernant le défaut d'harmonie si elle n'était immédiatement  suivie par le palais Louis, la salle Vladislas, une chapelle, le palais Rozmberk, le palais Lobkowicz (en vert pâle) qui, tous, n'ont en commun que le rouge de leurs toitures respectives. Enfin, apportant son point d'orgue à l'imposante façade, la tristement célèbre tour Daliborka, donjon carcéral quadrangulaire ainsi nommé "en l'honneur" de son tout premier prisonnier, Dalibor de Kozojedy, dont l'histoire, quelque peu théâtralisée, fut notamment chantée dans un opéra éponyme qu'écrivit le compositeur tchécoslovaque Bedrich Smetana.

     De la première cour, appelée aussi "Cour d'honneur", dans laquelle nous nous trouvions il y a quelques instants, par la porte Mathias, nous débouchons dans la deuxième, dans l'aile sud de laquelle a été aménagée la résidence présidentielle.

Deuxieme-cour-interieure.jpg

     C'est également dans cette aile du château, au deuxième étage très précisément, qu'après les Trois Glorieuses et son abdication, le roi de France Charles X  (1757-1836) - celui-là même qui manda Jean-François Champollion au Louvre aux fins de mettre sur pied le premier Département des Antiquités égyptiennes, - le "Musée Charles-X", selon la terminologie de l'époque -, vint passer une partie de son exil, à partir de 1832, invité par l'empereur François Ier d'Autriche, par ailleurs neveu de la reine Marie-Antoinette : là, le roi déchu reçut notamment
, avant de poursuivre sa route de banni jusqu'à Görz, (en l'Empire autrichien de l'époque, actuellement Gorizia, en Slovénie), l'homme politique et grande plume du Romantisme français, le vicomte François-René de Châteaubriand (1768-1848).

     Vous me permettrez d'ajouter ici, dans un but simplement didactique, que c'est dans cette ville à la frontière italo-slovène, qu'atteint du choléra, Charles X mourut en 1836 et surtout, fait peu connu - sauf de la branche toujours active des royalistes français -, que c'est là, à des lieues et des lieues de Paris donc que, dans la crypte d'un couvent franciscain, ils reposent, lui, son fils (reconnu sous le patronyme de Louis XIX par les mêmes royalistes) et l'épouse de ce dernier, Marie-Thérèse de France, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette précisément ; sans  oublier quelques autres affins.  

     Mais revenons plus prosaïquement au château de Prague : sacrifiant volontairement à notre modernité, l'ancienne petite chapelle Sainte-Croix du XVIIIème siècle - à gauche sur le cliché ci-dessus - se trouve aujourd'hui reconvertie en Office du Tourisme dans lequel, commerce oblige, il est loisible d'acheter quelques bibelots souvenirs, ainsi que les billets d'entrée autorisant la visite du château ...  


     Privilégiés, escortés par une Garde motorisée, nous arrivons à présent tout naturellement dans la troisième et dernière cour où il semblerait que nous sommes, vous et moi, officiellement attendus ...

286.-Parade--05-08-2009-.jpg

     Et c'est devant la façade de ce bâtiment hébergeant divers bureaux administratifs de la présidence de la République et du château que nous resterons sans voix, contemplant LE joyau : la cathédrale Saint-Guy-Saint-Venceslas-et-Saint-Adalbert (nom complet la plupart du temps abrégé en Saint-Guy, ou parfois Saint-Vitus, en latin), caractérisée, sur sa tour sud, par un toit baroque en cuivre et en forme de bulbe imaginé à la fin du XVIIIème siècle par Nicolo Pacassi.


Cathedrale-Saint-Guy.jpg

     Elle fut elevée, à partir de 1344, sous l'impulsion première de Jean de Luxembourg dont le fils, l'empereur Charles IV tant vénéré des Pragois et dont, souvenez-vous, nous avons ensemble souvent tutoyé l'ombre un peu partout dans la ville ces derniers mois, joua là aussi un rôle déterminant : je vous avais ainsi expliqué que ce souverain avait grandi à la cour de son parrain, le roi de France Charles IV dont il avait d'ailleurs choisi d'emprunter le prénom.
     C'est donc de ce pays qu'il  fit venir Mathieu d'Arras, en réalité avignonnais d'origine, pour effectuer et diriger les travaux.

     L'édification de ce qui est devenu par la suite un chevet avec arcs-boutants à deux niveaux et double volée, ainsi que la couronne de cinq chapelles polygonales rayonnantes, étant à peine entamée,

273.-Saint-Guy---Chevet---05-08-2009-.jpg

l'architecte français décède prématurément. C'est alors que l'empereur invite un Allemand, Peter Parler, que j'ai déjà eu l'occasion de citer à propos du pont Charles notamment,  dans le but évident de poursuivre la grandiose construction.      

      D'interruptions dues à différents conflits internes que connut Prague, en passant par l'incendie de 1541 et une restauration obligée, ce vaisseau au départ gothique ne fut définitivement achevé qu'en ... 1929 ; soit près de six cents ans après le début du chantier !

275.-Saint-Guy---Portail-ouest--05-08-2009-.jpg

     Une remarquable dentelle de pierre orne la face occidentale datant de 1861, - d'où son appellation "néo-gothique" - qui, dès l'abord, subjugue quand nous arrivons à l'entrée de la cour : le tympan du portail  exalte dans la pierre la crucifixion ainsi que, au registre inférieur, la mise au tombeau du Christ. Quelles que soient là nos convictions, nous ne pouvons qu'être admiratifs devant la délicatesse du travail artistique accompli ...


274.-Saint-Guy---Face-ouest--05-08-2009-.jpg

      Quant aux tours d'une parfaite gémellité protégeant un gâble qui chapeaute une rosace lovée dans un arc brisé, elles s'élèvent avec inouïe élégance à près d'une centaine de mètres de hauteur.

     En contournant immédiatement cette première façade, nous sommes à nouveau grandement impressionnés par le côté sud de l'édifice, de tout autre conception, mais de facture également remarquable.

279.-Saint-Guy---Fin-face-sud--05-08-2009-.jpg

     Deux détails retiendront inévitablement notre attention, hormis les sempiternels échafaudages - clin d'oeil à Nat ...- : la Porte d'Or, bien sûr, à l'extrême droite, oeuvre du même Peter Parler, qui constitue l'entrée officielle et surtout cérémonielle de la cathédrale, caractérisée par ses nervures dédoublées formant trois triangles curvilignes ; entrée que couronne une mosaïque vénitienne évoquant le Jugement Dernier, récemment et bellement restaurée.


280.-Jugement-dernier--05-08-2009-.jpg

     Mais c'est en levant un peu plus haut les yeux que nous resterons cois d'admiration par rapport à la fenêtre médiane de la tour elle-même : elle se trouve en effet parée d'une splendide grille dorée d'époque Renaissance à la finesse de réalisation qui dépasse presque l'entendement.

Saint-Guy---Fenetre-renaissance-1.jpg

     Le gros plan que j'ai essayé d'en réaliser ci-dessus ne parvient pas, à mon sens, à suffisamment en rendre compte : c'est d'une grue, à hauteur de la merveille, que je soupçonne d'être finalement peu remarquée par les touristes, qu'il eût fallu que je puisse prendre ma photo ... 

    
     C'est avec cette petite touche de regret que je mets ici et maintenant un point final non seulement à la présente intervention, mais aussi, amis lecteurs, à la rubrique de mes amours estivales de 2009.    

     Il est indéniable que la raison d'être de cette quinzaine d'articles que j'ai eu le bonheur de consacrer à Prague chaque samedi depuis octobre dernier résida priopritairement dans l'envie de partager avec vous les émotions esthétiques qui furent nôtres, à mon épouse et à moi, tout au long de ce bien trop court séjour dans la capitale tchèque : je ne sais si j'y suis souvent parvenu mais ce qu'à présent au fond de moi j'espère très sincèrement, c'est de vous avoir, au détour d'une description, au détour d'une photo peut-être, donné envie d'aller personnellement constater de visu qu'en rien je n'ai exagéré ... Et que, surtout,  par ces modestes "reportages", je suis bien loin d'avoir eu l'opportunité de vous faire découvrir le tiers du quart de la moitié des trésors que cette ville d'art, véritable musée à ciel ouvert, cèle encore ...


     Ces prochains samedis, transition bien agréable, je vous proposerai, amis lecteurs, de ne pas tout à fait  quitter la Tchéquie : j'aimerais en effet, par quelques interventions seulement, vous sensibiliser à l'apport non négligeable dont l'égyptologie bénéficia grâce à certaines des sommités tchécoslovaques du XXème siècle ; ce sera ainsi pour moi, Thésée des temps modernes, l'occasion, après avoir avec vous déambulé dans le labyrinthe des rues des différents quartietrs pragois, de renouer avec le fil conducteur, avec le primat de ce blog éminemment égyptophile qui, c'est mon but, se doit de poursuivre en demeurant "EgyptoMusée" ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 00:00


      Interpellante, franchement ouverte sur la polémique, mon intervention d'aujourd'hui, qu'il faudra aussi comprendre comme une conclusion (provisoire ?) à la très longue digression consacrée aux "Annales" et consécutivement à Thoutmosis III que je me suis autorisée de mardi en mardi depuis le 24 novembre 2009, si elle doit être considérée comme une mise au point, une réflexion sur la philosophie de la nature et de la pratique du pouvoir pharaonique, trouve essentiellement son origine dans une expression que j'ai employée dans mon article de ce 19 janvier 2010 : souvenez-vous, j'évoquais tout à la fin, exactement  dans l'antépénultième phrase, le décès du souverain en ces termes : ... la mission qui était sienne terminée, Thoutmosis III pouvait songer à rejoindre le bel horizon ...

   
  - Mais, me rétorqueront d'abord certains d'entre vous, fidèles "exégètes" de mes propos hebdomadaires, n'aviez-vous pas déjà trompeté, la semaine dernière, que vous apposiez, précisément après ce sixième chapitre, le point définitivement final qui vous permettrait d'à nouveau nous emmener au Louvre, dans la salle 5 de ce Département des Antiquités égyptiennes que nous avions quittée voici deux mois ?

     - Cela figurait effectivement dans mes intentions. Toutefois, vos interrogations dans quelques commentaires
privés qui me furent adressés m'ont donné à croire, amis lecteurs, que vous attendiez de moi un éclaircissement, une mise au point par rapport à ce "mission qui était sienne".    

     En effet, ayant tout logiquement rendu compte dans mes articles successifs du nombre de victimes après la confrontation des forces en présence au pied de la forteresse de Mégiddo, de celui des prisonniers emmenés, des biens ennemis dont l'armée s'était emparés et, surtout, de cette pratique qui voulait que l'on coupât la main droite , - voire le sexe -, des cadavres aux fins d'en établir une comptabilité qui n'avait de sens qu'au bénéfice d'une propagande bien orchestrée, était-il possible à vos yeux que froidement je sous-entende que le rôle d'un gouvernant consiste à s'adonner à de semblables exactions ?

     Avant de développer mes propos, non
pour excuser qui ou quoi que ce soit, non pas plus pour exonérer Pharaon de telle ou telle décision qui, à l'aune du devoir-être cher aux philosophes, à l'aune de notre système de référent, de notre regard contemporain, nous semblerait à juste titre indéfendable, je voudrais, d'emblée, mettre l'accent sur une évidence : je crois très sincèrement que c'est un flagrant anachronisme que d'espérer analyser une action du passé, fût-il récent ou comme ici très ancien, avec nos critères et notre sensibilité d'hommes modernes.

      Pour le philosophe marrane Baruch Spinoza (1632-1677), les passions négatives telles que, par exemple, la haine, l'envie, la colère font partie de la réalité de l'homme : elles sont. Rien ne sert  dès lors de les déplorer ; il faut plutôt essayer de les comprendre ...

     Comprendre, non pas juger,
voilà le maître mot de sa philosophie, qu'il développe notamment dans son Traité politique (Garnier Flammarion n° 108, I, § 4, pp. 12 sqq). 

      Ceci posé, sans bien évidemment vous demander d'adhérer - ne voyez aucun prosélytisme dans mes propos ci-après et encore moins l'envie d'entonner le péan en faveur des faits et gestes royaux -, je vous invite à entrer de plain-pied dans une mentalité, dans un état d'esprit, dans une conception politico-religieuse inhérente à la civilisation pharaonique que seuls les textes d'époque m'autorisent à tenter de vous faire prendre en considération ...

     Il nous faut, en première étape, souligner que, de nature divine, Pharaon avait, dès les temps primitifs, été investi par Rê de certaines missions, et notamment celle d'assurer la bonne qualité de la vie en terre égyptienne : en fait, de maintenir la pérennité de Maât, ce principe d'ordre, de vérité et de justice. Mais aussi, et ce devait être consubstantiel, d'étendre cet ordre au-delà même des frontières du pays de manière à conserver l'équilibre cosmique voulu par le démiurge - le dieu Atoum, en l'occurrence - dans le monde qu'il a extirpé du non-être, du chaos primordial susceptible de renaître encore et toujours.

     Le monde ? Comprenons, d'après une formulation concernant
Hatchepsout, tante et belle-mère de Thoutmosis III, ce que cela signifiait exactement : Amon lui a donné ce qu'encercle le disque solaire et ce qu'enlacent Geb et Nout (Geb et Nout étant respectivement personnification divine de  la Terre et du Ciel) ; ou, dans un esprit semblable, sur une stèle d'Aménophis II, fils et successeur de ce même Thoutmosis et retrouvée dans le temple d'Amada, en Basse-Nubie, à quelque deux cents kilomètres de Philae : le monde correspond à tout  ce que le soleil entoure, tous les pays, toutes les contrées dont il a connaissance, dont il peut se saisir sur le champ en victoire et puissance.

      Vous m'accorderez, amis lecteurs, qu'ainsi précisée, une telle conception géographique faisait la part belle au devoir impératif qui incombait à tout souverain d'élargir les frontières du pays, comme l'expriment à l'envi les textes officiels de l'époque ; donc, d'étendre son pouvoir sur ces pays étrangers limitrophes dans la mesure où il se sentait responsable de l'Humanité tout entière; et tout aussi belle au soutien que le peuple ne pouvait qu'accorder à ce "héros" qui, grâce, entre autres, à ses expéditions militaires engagées pour en quelque sorte assurer la défense du pays, contribuait grandement au bien-être général : gérer et accroître le patrimoine qu'il a reçu des dieux, voilà aussi son devoir !

     Âhmosis, le pharaon fondateur de la brillantissime XVIIIème dynastie, celui que l'Histoire retient  pour avoir réussi à chasser les Hyksos du nord-est du Delta, prémices à la réunification de l'Égypte, ne se proclamait-il pas, dans une évocation manifestement très proche des titres auliques perses, - et, par parenthèses, reprise sans scrupule aucun au précédent XXème siècle encore par l'empereur d'Ethiopie - :  Rois des rois (de tous les pays) ?   

     En résumé, Pharaon s'arrogea ainsi le droit, au nom d'une prétendue volonté divine, de militairement s'inviter en terres asiatiques pour les uns, en terres nubiennes pour d'autres, voire, pour certains, dans les deux au cours d'un même règne, dans la seule optique de détruire les puissances dangereuses qui voudraient attenter à l'harmonie jadis instaurée par le démiurge.

      Il est incontestable que la monarchie pharaonique eut, de manière atavique, prétention à domination universelle ; attitude apparemment virale puisqu'elle fit malheureusement florès tout au long de l'Histoire jusqu'à notre époque immédiatement contemporaine ... 

     Je me dois aussi d'ajouter, pour que cet aspect de l'idéologie antique soit bien appréhendé dans toutes ses composantes, que la maîtrise de l'univers connu des Égyptiens, par ailleurs concomitante à la souveraineté exercée sur le pays lui-même, ressortissait à la conception duelle qui caractérisa la réalité géographique et politique de cette civilisation : Pharaon n'était-il pas appelé Maître des Deux-Terres, c'est-à-dire de la Haute et de la Basse-Égypte ? ; ou Maître des Deux-Rives ? S'opposant à cette première entité géographique : les pays étrangers que la terminologie globalisait, autre facette de ce dualisme, sous l'appellation de Pays du Nord, quand il s'agissait de définir les terres du Proche-Orient, les terres asiatiques et Pays du Sud quand il était question, par exemple, de la Nubie. 


    
Maintenir la pérennité de Maât, ai-je ci-avant énoncé. Qu'est-ce à dire exactement ?
     Que, toujours selon le même principe de dualité, s'il y a la maât, l'ordre, d'un côté, il y a inévitablement isefet, le désordre, de l'autre et qu'à l'instar du démiurge, le roi se devait d'organiser l'univers de manière que ne réapparaisse pas l'hydre des origines, toujours susceptible de s'immiscer, soit à chaque changement de règne, soit en cas de vacance du pouvoir.

     Ceci étant, je voudrais ouvrir une petite parenthèse pour simplement préciser que Pharaon ne s'identifia jamais à ce dieu créateur : il n'était que le dépositaire, l'épigone, l'héritier de son pouvoir démiurgique ; mais aussi un  officiant, un ritualiste qui, par ses actions guerrières ou autres, mettrait définitivement en capilotade les forces extérieures néfastes : maât contre isefet !, l'un n'allant pas sans l'autre ...

     C'est donc de cette optique que se prévalaient les incursions royales en terres étrangères et les guerres qui y furent menées : elles étaient en quelque sorte présentées comme une véritable catharsis destinée à contrer les puissances maléfiques dont ces pays constituaient assurément le creuset : les souverains égyptiens ne pouvaient admettre que ce voisinage qui faisait incontestablement partie à leurs yeux des forces hostiles du sempiternel chaos puisse mettre en péril l'ordre du monde personnifié par Maât et dont ils avaient, eux, personnellement reçu mission d'être le garant.

     Dans cette perspective, il n'est pas incorrect de ma part d'avancer - à l'encontre de l'avis parfois admis -, que Pharaon fut bien plus certainement un roi-prêtre, au sens où il ne prétendait agir que selon la volonté divine, qu'un roi-dieu.

     Certes, d'aucuns argueront du fait que des textes laudatifs le qualifient, par exemple, de "dieu-bon".  En fait, ce n'est pas à  l'être de chair que s'adressent ces termes obséquieux, mais plutôt à la fonction qu'il personnifie, à tout le moins au caractère sacré de celle-ci.

     Et c'est précisément cette sacralité du pouvoir qui, par analogie, faisait que le souverain était considéré comme de naissance divine. C'est un peu d'ailleurs la raison d'être des deux cartouches qui,  clôturant les cinq titres du protocole royal, encadrent ce que, par facilité, les égyptologues appellent nom et prénom : en fait, l'un exprime la personne physique et l'autre, l'image divinisée ...

     Dans cette même optique de propagande idéologique, concevez qu'il était hors de question qu'un roi pût être vaincu en terre étrangère. Et moins encore, ressortissant au domaine de l'art cette fois, que ses représentations fussent des "portraits" fidèles qui eussent pu le montrer falot ; pis : atteint par les stigmates de la vieillesse qui détruit tout ...


    
Permettez-moi, amis lecteurs, d'à présent terminer en insistant sur le fait que tous ces préceptes de l'idéologie pharaonique que j'ai aujourd'hui évoqués dans le but de vous faire mieux comprendre, sans évidemment les approuver, les raisons pour lesquelles tout souverain égyptien, médiateur entre les dieux et les hommes, se sentit à plusieurs reprises investi de la mission de pénétrer, voire de guerroyer en terres étrangères, assuraient le bon fonctionnement de l'ordre cosmique.

     Maîtres à la fois du pays et de tout ce qu'il contenait - êtres vivants, mais aussi l'eau et les richesses du sol et du sous-sol -, ils ne furent, semblerait-il, aucunement considérés comme des dictateurs ou des tyrans, à la mesure de ce qui prévaudra plus tard dans le monde gréco-romain : ils personnifièrent au contraire la manifestation éminemment rassurante de la volonté d'oeuvrer pour le bien de tous en accord avec les dieux.

     Cette doctrine que les textes de la propagande officielle étalent  avec complaisance et qui, en quelque sorte, permet d'avaliser les pleins pouvoirs que s'arroge Pharaon, Pascal Vernus, dans son excellent Dictionnaire amoureux de l'Egypte pharaonique, filant admirablement la métaphore, la définit comme la "langue de bois", le "politiquement correct", ouvrant grand la porte à toute espèce de justification des actions royales.

     Je ne puis m'empêcher, en guise de conclusion, d'ici vous donner à lire ce passage (p. 536) :

     "Le réel est toujours dissident. Veut-on l'assujettir qu'il se rebelle. Il s'échappe comme le sable du tamis. Aussi est-ce le tamis que décrit la langue de bois en prétendant décrire son contenu".      
             
 

(Bonhême/Forgeau : 1988 ; Husson/Valbelle : 1992 ; Vernus : 2009, 535-47 et 746)
   

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 00:00


      Que ce soit avec des centaines et des centaines d'autres touristes, par le pont Charles qui mène directement à Mala Strana, le "Petit côté", sur la rive ouest de la Moldau ou, samedi dernier, par le pont Cech, plus au nord sur la rivière, puis, seuls, par les jardins royaux à l'arrière des anciennes fortifications,  nous voici donc arrivés, vous et moi amis lecteurs, sur la place principale devant le château royal de Prague.

Hradcany---Place-du-ch-teau--05-08-2009--171-copie-1.jpg

     Avant de pénétrer, samedi prochain, dans les différentes cours successives du château proprement dit, je vous propose aujourd'hui d'accorder notre attention à Hradcanské namesti, la place bordée des palais érigés par la noblesse catholique, après le dramatique incendie de 1541 et d'en plébisciter subjectivement trois d'entre eux.

     Sur le premier, le palais Schwarzenberg, édifice à pignons de style Rrenaissance et décoré de sgraffites en "pointe de diamants",

Palais Schwarzenberg
vous m'autoriserez ami lecteur à ne plus m'étendre puisque déjà, dans mon dernier article de 2009, je l'avais évoqué.

    
Décoré lui aussi, le palais Martinic


et ses élégants sgraffites d'époque Renaissance s'inspirant de scènes de l'Ancien Testament


doit son nom à un des défenestrés de Prague, Jaroslav Martinic : ce dernier en effet, refusant la fermeture de deux temples du culte, se rendit avec une délégation de protestants de Bohême au palais royal où ils furent reçus par le souverain. L'entrevue apparemment houleuse prend un tour inattendu quand les affidés du roi en jettent deux d'entre eux par la fenêtre, dans les douves ; dont le gouverneur Martinic en question. Cet événement, par parenthèses, marquera le début de la Guerre de Trente ans (1618) .   


     Précédé de la "Colonne de la Peste", colonne mariale (surmontée d'une statue de la Vierge) créée en 1726 par Ferdinand Brokoff en mémoire des victimes de la peste de 1713-15,

303.-Colonne-de-la-peste--05-08-2009-.jpg 

le palais archiépiscopal, d'abord, siège donc des archevêques de Prague qui, bien que déjà remanié dans le style baroque en vigueur au XVIIème siècle, se vit ajouter une façade "rococo" vers 1765.



      Il paraîtrait qu'il aurait été construit à un niveau supérieur aux bâtiments de la première cour du château dans le seul but d'indiquer la suprématie du pouvoir religieux sur le politique ...


      Ce n'est pas un hasard si Mozart (1756-1791), adulé dès l'âge de six ans par l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche et  approché par Joseph II, son fils, empereur du Saint-Empire romain germanique - auquel les Tchèques doivent d'être sortis du Moyen âge : rappelez-vous, ami lecteur, je vous en avais déjà touché un mot quand de conserve nous avions, vous et moi, visité Josephov, le quartier juif qui lui doit son nom -, pour écrire un opéra, choisit  la prestigieuse capitale de la Bohême, après l'échec à Vienne de la "Flûte enchantée" portée ensuite au pinacle par les Pragois, réputés connaisseurs et exigeants, pour composer, d'après un livret de Lorenzo da Ponte, son nouvel opéra : Don Juan. Chez ses amis Dusek qui l'hébergent, il y rencontrera d'ailleurs Casanova en personne, qui lui aussi séjourne volontiers dans la ville.

     Ce n'est pas un hasard si Prague, dont la réputation musicale atteint dans l'Europe du XVIIIème siècle son véritable acmé, lui propose, en 1787, de créer l'opéra au théâtre Nostitz, dans la Vieille Ville, du nom de ce comte mécène, grand burgrave de Bohême et, surtout, franc-maçon comme Mozart et Dusek, qui le fit construire ; théâtre qui, depuis l'extrême fin du XVIIIème siècle est connu sous l'appellation de Théâtre des Etats et se veut actuellement le temple même de l'oeuvre mozartienne.

146.-Theatre-des-Etats--04-08-2009-.jpg  
 
      Et ce n'est enfin pas plus un hasard si, le réalisateur naturalisé américain, Milos Forman, d'origine tchécoslovaque, choisit lui aussi Prague pour tourner les extérieurs de son Amadeus, en 1984.

 146-b.-Affiche-Amadeus.jpg

      Mais, serez-vous en droit de vous étonner, ami lecteur, mis à part le lien évident de tout ceci avec Prague, pourquoi évoquer, ici et maintenant, Mozart, d'abord, Forman ensuite ?

     Parce que, dans un premier temps, j'avais envie de mettre simplement l'accent sur le lien puissant, bien plus qu'avec la capitale autrichienne d'ailleurs, qui unit le compositeur avec celle de Bohême : il n'est que de se rappeler qu'à Vienne, Mozart fut enterré presque abandonné de tous et sans cérémonie aucune, alors qu'à Prague, en guise d'ultime hommage, un important office fut célébré devant une foule imposante ...

      Mais aussi, dans un second temps, fil ténu, anecdotique vous en conviendrez, mais fil néanmoins - sans mauvais jeu de mots ! -, dans la mesure où, arrivé au pouvoir, l'actuel président  tchèque Vaclav Havel décida de commander au créateur des costumes du film de Forman la confection de celui des soldats de la Garde du château royal, devenu, il faut aussi le préciser, palais présidentiel.

266-bis.-Garde-presidentielle--05-08-2009-.jpg
 
     Vous n'avez plus maintenant qu'à me suivre, amis lecteurs à l'intérieur de ce château qui, sur son éperon rocheux, domine Prague. Pas vraiment tout de suite, en fait, obligés que nous allons être d'attendre quelques instants que se termine la relève de la Garde présidentielle, moment toujours apprécié et immortalisé par de très nombreux touristes.

     Sacrifions donc à la tradition ...

267.-Hradcany---Rel-ve-de-la-garde--05-08-2009-.jpg

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 00:00

     Mardi dernier, j'avais terminé mon intervention par un petit "jeu" de comptabilité égyptienne en vous demandant de me fournir le nombre d'animaux ramenés en guise de butin par Thoutmosis III en Egypte après la campagne de Mégiddo, en 1458 avant notre ère.


      Et bien que ceux parmi mes lecteurs qui se sont astreints à ce "devoir à domicile" ont parfaitement répondu aux trois quesions posées, je vous propose ci-après d'en visualiser les résultats.

* Colonne 14 :

Champollion---Colonne-14.jpg   




       Elle concerne les boeufs : de droite à gauche, le hiéroglyphe représentant 1000 ; 9 fois celui qui notifie les centaines ; deux fois celui des dizaines et 9 fois également celui des unités.

Soit : 1 000 + 900 + 20 + 4 = un total de 1929.















* Colonnes 15 et 16 :



Champollion - Colonnes 15 et 16     La 15 faisait allusion aux chèvres.

     Deux fois le hiéroglyphe signifiant 1000.

     Deux mille chèvres, donc, seront capturées à Mégiddo.



     Et la 16 aux moutons.

     Deux fois le hiéroglyphe signifiant  10 000 ; et 5 fois celui des centaines.

     Total : 20 500 moutons viendront paître sur les rives du Nil.








     Bravo, et merci à Jean-Claude qui, d'emblée a fourni les bonnes réponses ; à Alain qui a "vérifié" tous les calculs ... et à vous tous, amis lecteurs, qui, peu ou prou, avez  participé.  

     Suite à ce petit exercice, très scolaire je vous l'accorde, mais qui n'avait de prétention que celle d'apporter une note quelque peu ludique pour accompagner, ces premiers mardis de janvier, des articles qui ne le furent guère, et parce qu'il me tarde vraiment, sous peu, de revenir avec vous dans l'ambiance feutrée et chaude des salles du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous propose aujourd'hui de mettre un point final à notre long excursus consacré aux "Annales" de Thoutmosis III.

        Après la reddition de Mégiddo, Pharaon
, dans sa grande bonté, permit aux chefs vaincus de rentrer  libres chez eux : Puis Ma Majesté les laissa s'en aller vers leurs villes, et ils partirent tous à dos d'ânes parce que je m'étais emparé de leurs chevaux, précise-t-il sur la stèle du Gebel Barkal, escomptant probablement par cette mesure psychologiquement infamante minorer leur prestige régalien aux yeux de leur peuple.

     Ce détail me permet d'ajouter que si Thoutmosis III, comme nous l'avons vu,  manda qu'abondamment  fût gravée sa première campagne asiatique sur les murs du sanctuaire d'Amon-Rê, à Karnak, il ne se priva pas non plus d'y faire allusion sur deux stèles particulières : l'une, actuellement au Musée du caire (JE 67 377) qui fut retrouvée à Armant (Hermonthis, pour les Grecs), en Haute-Egypte et l'autre, monument de granit datant de l'an 47 du règne, plus intéressante car plus prolixe, exposée au Museum of Fine Arts de Boston sous le numéro d'inventaire 23.733, provenant de la cour extérieure du temple d'Amon (B. 500) au Gebel Barkal, en aval donc de la quatrième cataracte du Nil, au Soudan actuel.

     Cette incursion proche-orientale terminée, seize autres s'ensuivirent dans le dessein avéré, pour certaines d'entre elles, notamment les 2ème, 3ème et 4ème, de fermement asseoir la puissance pharaonique en entretenant chez tous ces roitelets étrangers un sentiment habilement dosé de crainte salutaire et de respect apeuré ; ou, pour d'autres, de la 5ème à la 8ème, par exemple, de permettre à l'Egypte de conserver la frontière de l'Euphrate qu'avait atteint Thoutmosis Ier, le propre grand-père de Thoutmosis III, à plus d'un millier de kilomètres de ses terres, et derrière laquelle se trouvait le Mitanni, l'atavique ennemi.

     Quant aux autres expéditions militaires en terres asiatiques, certaines pour mâter l'une quelconque velléité de rébellion, d'autres considérées par l'égyptologue Pierre Grandet comme des "tournées d'inspection", elles n'eurent droit dans les "Annales" qu'à de très courtes narrations, l'essentiel du texte leur étant dévolu consistant à s'appesantir avec force détails sur les importants butins obtenus, ainsi que sur les tributs que tous ces gouvernants soumis apportaient annuellement à Pharaon ; dons qu'en grande partie il rétrocédait à Amon-Rê, dieu tutélaire de Thèbes, et qui se matérialisaient  par un nombre relativement considérable d'agrandissements et de transformations opérés au sein même de son temple de Karnak, sous la tutelle attentive du vizir Rêkhmirê à qui incomba l'honneur de superviser tous les chantiers commandités.

     Rien ne fut assez beau, vous l'aurez certainement constaté, amis lecteurs, lors d'un séjour à Thèbes, rien ne fut assez grandiose aux yeux de Thoutmosis III pour glorifier dans la pierre le dieu Amon d'avoir pendant près de vingt ans rendu son bras victorieux, invincible : obélisques, chapelles, piliers héraldiques à la décoration sommitale manifestant la suprématie du souverain tout à la fois sur la Haute et la Basse-Egypte, pylônes dont les scènes gravées précisent au peuple des croyants pour lesquels ces portes  signiifient  le point ultime au-delà duquel seuls Pharaon et prêtres ritualistes ont droit d'entrée, les fonctions cultuelles et conquérantes réunies dans les mains royales ; mais aussi aménagement d'un lac sacré destiné à la navigation divine, d'une nouvelle enceinte contre laquelle viendront inévitablement mourir les manifestations du chaos extérieur, d'un immense complexe liturgique, l'Akhmenou ; mais encore d'imposants colosses à l'effigie royale : tout concourait à rendre au dieu le plus bel hommage pétrifié qui soit.

     Par cette oeuvre architecturale d'envergure, Thoutmosis III donna non seulement au sanctuaire thébain ses dimensions définitives, mais aussi, et surtout, concrétisa son caractère éminemment dynastique : il consolidait de la sorte le pouvoir royal et permettait également aux prêtres d'Amon d'accroître leur  toute-puissance.

     Puis Amenhotep IV/Akhenaton vint qui, au propre comme au figuré, bouleversa quelque peu ce bel édifice. Mais ceci est une autre histoire ...

     Pour ce qui le concerne, son pays en paix, la mission qui était sienne terminée, Thoutmosis III pouvait sereinement songer à rejoindre le "bel horizon", songer à s'élever vers le ciel afin d'être uni au disque solaire, la chair divine réunie à son créateur.

     C'est en ses termes, formule certes classique et consacrée, que Amenemheb, un de ses lieutenants, vétéran de la campagne au Mitanni, consigna dans sa propre tombe de la Vallée des Nobles, à Cheikh abd el-Gournah (TT 85), le décès de son souverain, après que, précise-t-il, le roi avait achevé son temps de vie, de nombreuses et belles années, en vaillance et en puissance, comme juste de voix, depuis l'an 1 jusqu'en l'an 54, le dernier jour du troisième mois de la saison "akhet".

     Thoutmosis III avait régné 53 ans, 6 mois et 28 jours ; il devait avoir une soixantaine d'années au moment de céder définitivement le trône à son fils, Aménophis II.
Et cela aussi est une autre histoire ...          
 


(Alboui & alii : 1989, 66-9 ; Grandet : 2008, 16, note 5 ; id. : 94 ; Laboury : 1999, 52-4 ; Porter/Moss VII : 217 ; Sethe : Urk. IV, 896, 1-3 et 1236, 3-5)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 00:00

     - Vers Hradcany ?, vous étonnerez-vous, amis lecteurs, après avoir pris connaissance du titre de cet article. Mais en ayant  traversé Mala Strana, ajouterez-vous, et gravi Nerudova ulice samedi dernier tout en admirant les maisons baroques et les enseignes si typiques de cette rue, 


nous devrions tout naturellement arriver sur la place du château, non ?
Et vous nous aviez promis ...

     - Certes, certes, vous avez entièrement raison : je l'avais ainsi annoncé, oui. Mais, tout bien réfléchi, c'eût été trop simple ; et tellement convenu. Cette remarquable "voie royale" qu'arpentent les milliers de touristes qui découvrent Prague à longueur d'années ne constitue fort heureusement pas l'unique possibilité d'arriver au château : aussi ai-je pensé qu'il vous serait peut-être plus agréable d'éviter la foule - nous aurons toujours bien l'occasion de la retrouver devant et à l'intérieur de l'enceinte castrale, soyez-en assurés -, et d'accéder à l'éperon rocheux, que chapeaute la prestigieuse résidence royale, par l'arrière, par les jardins aménagés au début des années trente du XVIème siècle sur les instances de Ferdinand Ier de Habsbourg, empereur du Saint-Empire romain germanique.

     Aussi, plutôt qu'emprunter le très encombré pont Charles, je vous emmène aujourd'hui un peu plus au nord, par ce pont Cech qu'ornent des allégories de la "Victoire" brandissant flambeaux,


superbe ouvrage métallique typé "Art nouveau" que nous avions déjà découvert le 5 décembre dernier et qui nous permettra d'atteindre tout à notre aise le pied de la colline de Letna et son métronome.

 

     D'aucuns, parmi vous, se souviendront certainement que j'avais alors expliqué qu'oeuvre de David Cerny, l'imposant engin fut érigé sur ce piédestal après la Révolution de velours de 1991 qui, comme son nom l'indique poétiquement, vit Tchéquie et Slovaquie définitivement se séparer dans une harmonie peu commune. Se voulant la prégnante métaphore de la faculté qu'eut la ville de survivre au balancement des différents pouvoirs politiques qui s'y étaient succédé tout au long des siècles et peut-être plus particulièrement au XXème, le métronome prit
aux yeux des Pragois avantageusement la place d'une statue géante de Staline, ce "petit père des peuples" comme le définissaient jadis les thuriféraires du communime, que Khrouchtchev, après avoir en 1962 vigoureusement dénoncé les crimes de ce sanglant prédécesseur, fit dynamiter.  

     Ensuite, par une bien agréable promenade à travers parcs et frondaisons surplombant la Vltava et contournant Mala Strana dominée par l'église Saint-Nicolas, 


vue superbe, vous en conviendrez, dont je ne voulais en aucune manière vous priver, nous aurons l'occasion d'admirer quelques bijoux architecturaux, tel ce toit qui, de loin, m'intrigue déjà :


c'est celui du pavillon Hanavsky, conçu pour l'exposition de 1891 dans un pseudo style néo-baroque assez fantaisiste et qui, de nos jours, abrite un restaurant relativement réputé ...
 


     Mais aussi, à la limite des jardins royaux, le palais d'été,
actuellement en réfection, de la reine Anne Jagellon, épouse précisément de ce même Ferdinand Ier que j'évoquais à l'instant.



     Edifié au milieu du XVIème siècle, dans le plus pur style Renaissance italienne, tant apprécié en Bohême, par l'architecte et sculpteur Paolo della Stella, il se caractérise essentiellement par sa toiture carénée en cuivre : elle figure en effet une coque de bateau renversée.

     Ou encore ce bâtiment du "Jeu de paume", actuellement salle d'exposition et de concerts,


dont la particularité, aisément remarquable, réside dans la façade entièrement recouverte de sgraffites très différents, vous en conviendrez, de ceux que nous avons rencontrés au palais Schwarzenberg en décembre dernier.

     Cette superbe et reposante promenade - nous ne croiseron
s, vous verrez, que quelques personnes qui, venant du château, déambulent comme nous dans ces jardins d'agrément, nous serons en réalité les seuls à l'effectuer en venant de l'esplanade du métronome, sur la colline de Letna -, nous permettra de découvrir la cathédrale Saint-Guy sous un angle quelque peu bucolique tout à fait inhabituel : fugace impression que les flèches du bâtiment ne sont que la prolongation, dans la pierre, de celles des conifères environnants ...


 
     A l'intérieur de son enceinte fortifiée, Saint-Guy


semble encore protégée par la vieille tour Mihulka, haute de 44 mètres, jadis tour poudrière et abritant, par la suite, l'atelier d'un fondeur qui réalisa la plus grosse cloche de Prague, destinée à la cathédrale elle-même ; puis devint le laboratoire des alchimistes de l'empereur Rodolphe II qui tant rêva de pierre philosophale, avant d'être, de nos jours, aménagée en musée consacré à la Garde du château.
   

      "Satisfait ou remboursé", assène fréquemment la publicité.

     Me créditerez-vous, amis lecteurs, d'un satisfecit pour vous avoir amenés paisiblement par le chemin des écoliers, à travers ce parc,


vers la foule grouillante - eh oui, sous couvert d'Histoire, il nous faut bien rejoindre la "civilisation" ... -, qui, devant l'entrée du château, immortalise la fin de la cérémonie de relève de la Garde ?


 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 00:00
     Il existe, depuis mon adolescence, une émission ludique devenue quotidienne, une des meilleures, une des plus anciennes assurément puisque toujours proposée par la télévision française et heureusement relayée par TV 5, créée au milieu des années soixante par Armand Jammot et aujourd'hui encore appelée "Des chiffres et des lettres".

     C'est ce titre plutôt que le jeu qu'il recouvre qui m'est revenu à l'esprit au moment de rédiger ce deuxième volet consacré aux événements de Mégiddo.

     Souvenez-vous, amis lecteurs, la semaine dernière, dans mon article de rentrée, après vous en avoir donné les prémices les trois mardis successifs qui clôturèrent l'année 2009, - les 1er, 8 et 15 décembre -, j'ai abondamment relaté sous un jour spécifique les événements qui se déroulèrent au pied de la place forte de Mégiddo, actuellement Tell el-Mutteselim, à quelque quatre cents kilomètres des frontières égyptiennes : là, sans trop de peine et après toutefois un siège de sept mois, le jeune roi Thoutmosis III, inaugurant la première de ses dix-sept campagnes successives au Proche-Orient, contraignit les troupes coalisées sous la direction du prince de Qadesh à reconnaître la toute-puissance de l'Egypte sur ces régions asiatiques.


     Des événements, je vous donnai en quelque sorte les lettres en  faisant uniquement référence à une partie d'un texte connu
dans le landerneau égyptologique sous l'appellation de "Mur des Annales" gravé, entre autres endroits, sur les parois du sanctuaire de la barque d'Amon, dans le temple de Karnak ; et promis, avant de prendre congé, d'aujourd'hui vous en proposer un semblant de bilan : les chiffres, donc.    

      En effet, si la relation de cette incursion thoutmoside en Syro-Palestine, oeuvre apologétique s'il en est, constitue pratiquement la seule de toutes les percées que mena le souverain en terres étrangères qui, de manière chronologique et détaillée, fit l'objet d'un minutieux compte rendu, elle présente comme la majorité des autres campagnes d'ailleurs, l'inestimable avantage de fournir, tout aussi minutieusement, une liste du butin dont s'empara l'armée égyptienne quand, devant la charge de ses archers, les coalisés n'eurent d'autres recours que celui de s'enfuir, escomptant se réfugier à l'intérieur des fortifications de Mégiddo, après avoir tout abandonné dans la plaine.
Butin, ne le perdons jamais de vue, retrocédé au dieu Amon aux fins de le remercier d'avoir non seulement armé le bras royal mais, surtout, de l'avoir rendu victorieux.

     Ceci étant, je vous rassure tout de suite, amis lecteurs, je vous en épargnerai ce qui pourrait être considéré comme une fastidieuse nomenclature et n'épinglerai que quelques points me permettant d'aborder avec vous deux ou trois notions nouvelles.

     En évoquant ici à plusieurs reprises l'attachante personnalité de Jean-François Champollion (1790-1832), notamment par le truchement de certains articles publiés en septembre 2008 ressortissant à la rubrique "L'Egypte en France", j'ai eu l'opportunité d'indiquer que, lors de son voyage en Egypte,
très peu de temps avant son décès, dans le but premier de vérifier in situ la bonne application de la méthode de déchiffrement des hiéroglyphes qu'il avait mise au point quasiment sa vie durant, il  prit d'abondantes notes et dessina tout ce qui lui sembla digne d'intérêt pour la science égyptologique qu'il contribuait à faire naître.  

     Il visita forcément Thèbes, de part et d'autre du Nil et, sur la rive droite, l'incontournable temple d'Amon-Rê : "Là m'apparut toute la magnificence pharaonique, tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand.
     Tout ce que j'avais vu à Thèbes, tout ce que j'avais admiré avec enthousiasme sur la rive gauche, me parut misérable en comparaison des conceptions gigantesques dont j'étais entouré
(...)
     Il suffira d'ajouter, pour en finir, que nous ne sommes en Europe que des Lilliputiens et qu'aucun peuple ancien ni moderne n'a conçu l'art de l'architecture sur une échelle aussi sublime, aussi large, aussi grandiose, que le firent les vieux Egyptiens ...", écrit-il à son frère Jacques-Joseph dans une lettre du 24 novembre 1828.


    
Quelques années après la disparition du savant découvreur des arcanes de l'écriture égyptienne, de l' "inventeur" comme dit le Droit, c'est précisément ce frère et mentor qui publia les deux volumes des "Monuments de l'Egypte et de la Nubie. Notices descriptives conformes aux manuscrits autographes rédigés sur les lieux", dans le second desquels j'ai pris, pour illustrer mes propos à venir, un cliché de la page 156 :


Megiddo---Champollion---p.-156.jpg  

      il s'agit en fait de la transcription que fit Champollion devant le "Mur des Annales" et, plus précisément, du début de la liste de ce qu'emporta l'armée de Thoutmosis III en guise de butin en provenance de Mégiddo.

     Vous avez bien lu "du début de la liste" : en effet, comme précisé d'emblée, mon objectif aujourd'hui consistant
à mettre en exergue quelques données nouvelles plutôt que vous lasser par souci d'exaustivité, je ne compte pas passer au crible tout ce dont la soldatesque s'empara sans peine aucune.

     Vous m'autoriserez, dès lors, à ne pas m'attarder sur les 924 chars plaqués d'or ou non, enlevés à l'ennemi, sur les cuirasses en bronze de l'un ou l'autre prince "vaincu", ou en cuir portées par les simples "combattants", sur le mobilier, sur les statues en argent ou en ébène recouvert d'or, sur les cruches et autres vases divers ... Maints ouvrages s'épanchent à l'envi sur cette provende rapidement acquise, alignant comme dans un livre de comptes les quantités des différentes pièces triomphalement ramenées à Amon.

     J'ai préféré - toujours mon côté viscéralement didactique ! - arguer de cet inventaire pour, dans un premier temps, très simplement vous initier aux premiers rudiments de la mathématique égyptienne. Et, consubtantiellement, évoquer l'une ou l'autre coutume inhérente aux pratiques guerrières.  
      
     Commençons par tout logiquement analyser les deux premières colonnes de droite, - le texte original se lit de droite à gauche, rappelez-vous -, dans l'agrandissement d'une partie de la transcription réalisée à Karnak par Champollion que je vous soumets ci-dessous.

Prisonniers-et-chevaux---Champollion--p.-156.jpg

      La première d'entre elles nous propose un ensemble de cinq hiéroglyphes suivis du dessin d'un personnage agenouillé, les mains entravées derrière le dos : il constitue le déterminatif du terme égyptien seqer, que nous traduisons par "prisonnier, captif étranger". La croix ansée qui le précède signifie que l'homme est bien vivant, tandis que les trois petits traits verticaux, placés juste en dessous, vous ne l'ignorez plus maintenant depuis un certain temps déjà, figurent  ici la marque du pluriel.

     Ici, parce que vous retiendrez que ces barres verticales, prises séparément, pourraient tout aussi bien représenter la notion mathématique d'unité : un, deux, trois ... Mais comme, à l'opposé de nos pratiques actuelles, les Egyptiens écrivaient leurs nombres en commençant par les chiffres les plus grands, il serait totalement impossible que ce "trois" apparaisse avant d'autres.  


     Venons-en, précisément, à ces nombres qui en deux lignes clôturent la colonne : vous remarquerez qu'est répété trois fois le hiéroglyphe de la corde enroulée (V 1, dans la liste de Gardiner)  surmontant quatre fois celui du
petit arceau (V 20 de la même liste).

     La corde définissant la notion de centaine et l'arceau celle de la dizaine, il nous faut donc ici comprendre  3 x 100, suivi de 4 x 10 :  donc, 300 + 40 ; ce qui, au total, nous donne un nombre de 340 prisonniers vivants que Thoutmosis III ramena en Egypte.

     J'ajouterai que la formulation adoptée par l'écriture égyptienne diffère de la lecture que nous en faisons dans la mesure où il n'est pas écrit "340 prisonniers vivants", mais bien "prisonniers vivants 340". Le plus souvent, d'ailleurs, à la différence de notre présent exemple, le substantif précédant l'adjectif numéral cardinal garde la marque du singulier. Ce qui, traduit en français, s'écrirait "prisonnier vivant : 340".


     A la gauche de cet ensemble, la deuxième colonne fait état d'une situation quelque peu plus problématique. Qu'y voyons-nous en réalité ? Une main, suivie de deux hiéroglyphes qui nous permettent de lire le mot djéret, en égyptien. Puis, d'un nombre qu'avec facilité vous aurez très vite traduit : huit fois l'arceau que nous connaissons déjà, donc 8 x 10, et  les trois traits verticaux qui, ici,  doivent être considérés comme représentant chacun une unité : donc 80 + 3.
Quatre-vingt-trois mains.
Qu'est-ce à dire exactement ?

     Et oui ... vous l'aurez certainement compris : les Egyptiens pratiquèrent cet acte inutilement barbare de procéder à l'ablation de la main droite des ennemis tués permettant à un scribe comptable d'ainsi les dénombrer en vue d'établir ce que nous pourrions appeler aujourd'hui des statistiques !


Mains coupées - Qadech (Obsomer)

    
C'est précisément cette scène de macabre comptabilité que propose le  relief en creux ci-dessus,  document que j'ai emprunté à un remarquable dossier consacré à la bataille de Qadesh qui, au XIIIème siècle avant notre ère, vit s'opposer Ramsès II aux forces armées hittites, et que l'égyptologue belge, le Professeur Claude Obsomer propose sur le Net : sur un bloc du mur nord du temple du souverain en Abydos, nous distinguons l'amoncellement de mains ainsi tranchées que compte et note sur ses tablettes le fonctionnaire royal préposé à cet exercice particulier.

     (
Qu'il me soit permis d'ouvrir cette parenthèse afin de vivement remercier pour l'extrême cordialité avec laquelle il m'a autorisé à importer ici son cliché d'Abydos, le Professeur Claude Obsomer, de l'Université catholique de Louvain. Belgique.)

      Parfois aussi, plutôt qu'en tas, le lapicide représentait les mains tranchées en une sorte de bouquet ...

      Pis ! Comme si cette première mutilation ne suffisait pas !
     Nous lisons en effet, toujours chez Champollion, une autre lettre également destinée à son frère, rédigée depuis Medinet Habou où, 
le 30 juin 1829, il visite le temple de Ramsès III. Missive dans laquelle, décrivant les tableaux d'une bataille contre des ennemis également asiatiques, il traduit les hiéroglyphes qu'il découvre se rapportant à une scène précise :

    
"Conduite des prisonniers en présence de Sa Majesté : ceux-ci sont au nombre de mille ; mains coupées, trois mille ; phallus, trois mille ..."

     Indéniablement donc, à en  croire le texte,  les soldats égyptiens ne se contentaient pas des seules mains droites pour exciper de leur bonne foi de vainqueurs : ils sectionnaient également les parties génitales des adversaires tués !
       

     Ceci étant, et pour revenir à Mégiddo, les plus optimistes d'entre vous pourront toujours estimer que 83 victimes ne représentent pas vraiment un nombre démesurément important. Bien sûr, si je compare avec d'autres guerres de l'époque antique, cela peut paraître ridiculement dérisoire ; il n'en demeure pas moins vrai que pour les familles de ces 83 malheureux, ce fut assurément une catastrophe humaine ... 

     Poursuivons à présent notre lecture des renseignements fournis par Champollion en abordant la troisième colonne. Quelques éléments connus, parmi les hiéroglyphes, mais aussi un nouveau.

     Les plus assidus d'entre vous se souviendront peut-être de l'article que j'avais publié voici deux mois en guise d'introduction à l'étude des derniers ostraca figurés qu'il me restait à vous proposer  de la vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre : ceux concernant les chevaux. J'y avais en effet fait allusion à la graphie du terme "cheval", sesemet en égyptien, en reprenant un extrait de l'ouvrage de l'égyptologue allemand Kurt Sethe qui avait lui aussi colligé le texte des "Annales" de Thoutmosis III : ce jour-là, en fait, commençait la longue digression 
à propos des différentes campagnes militaires du souverain dont j'étais loin d'imaginer qu'elle nous occuperait toujours aujourd'hui ...

     Vous m'autoriserez, amis lecteurs, à ne point ici reprendre le processus d'explication sémantique développé dans ce billet du 10 novembre 2009 pour, immédiatement, porter mon regard sur ce qui apparaît sous le déterminatif du cheval dans la colonne centrale de l'agrandissement ci-dessus.

     Vous retrouvez les arceaux notifiant les dizaines, 4 en tout, et un seul trait vertical pour l'unité : de sorte que sans la moindre difficulté, vous lisez 41. Rien là que du connu !

     Toutefois, vous aurez noté qu'à l'avant-dernière ligne, à deux reprises, un nouveau signe hiéroglyphique a été esquissé, plutôt que correctement dessiné, par Champollion : il s'agit de la tige de la fleur de lotus (M 12 de la liste de Gardiner) qui correspond à l'adjectif numéral 1 000.

     Et donc, l'armée pharaonique s'en revint chez elle avec, nombre considérable, 2 041 chevaux pris à l'ennemi ; auxquels il faut ajouter, quatrième colonne, des poulains : 191 et, dans la dernière, tout à la gauche du cliché, 6 étalons, très prisés dans les haras des souverains égyptiens de l'époque. Vous remarquerez également que quels que soient les termes choisis pour différencier  tous ces équidés, c'est bien tout naturellement la représentation du cheval lui-même qui toujours sert de déterminatif.     
   
      Les troupes capturèrent aussi du bétail appartenant à la ville de Mégiddo. C'est, dans le premier cliché de la page 156 que je vous ai montré au tout début de notre présent entretien, ce que nous prouvent les colonnes 14, pour les bovins, 15, pour les chèvres et 16, pour les moutons.

     Je faisais aussi d'entrée allusion aujourd'hui au célèbre jeu de la télévision française.
Pratiquons-en une mouture particulière, voulez-vous ? Je vous ai en quelque sorte fourni les lettres, avec les catégories animales ci-dessus évoquées dans chacune des trois dernières colonnes ; à vous, maintenant de me proposer les chiffres afférents : sachant qu'au bas de la colonne 16, Champollion a (relativement mal) dessiné le pouce dressé (hiéroglyphe D 50 de la liste de Gardiner) qui matérialise la notion de dizaine de milliers, je vous convie donc à me donner le nombre exact de bovidés, de chèvres et de moutons qui, selon le texte des "Annales", firent ainsi connaissance avec les rives du Nil dès le retour triomphal de l'armée égyptienne sept mois après son départ le 25 du quatrième mois de la saison "peret" de l'an 22 de Thoutmosis III, soit fin mars 1458 avant notre ère.

     Retrouvons-nous mardi prochain, le 19 janvier, pour la solution de ce jeu, reconnaissez-le, d'une déconcertante facilité ... 
 

 
   

  (Champollion : 1974, 156 ; id. : 1987, 160-1 et 360 ; Grandet : 2008, 90-4 et 301-3 ; Grandet/Mathieu : 1990, 265-7 ; Sethe : 1984, 704 ; Valbelle : 1990, 138)




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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 00:00

     Vous souvenez-vous, amis lecteurs, qu'en décembre, le dernier samedi précédant immédiatement les vacances scolaires de fin d'année, je vous avais présenté Mala Strana, véritable perle architecturale à l'ouest de la Vltava, essentiellement sous son aspect historique en vous proposant un très rapide résumé de son évolution à travers le temps ?

     J'aimerais avec vous, aujourd'hui, pénétrer plus intimement dans ses rues, et plus spécifiquement l'une d'entre elles, la plus connue des touristes parce que la plus typée, celle qui offre l'opportunité de mieux appréhender tout ce qu'a de baroque ce "Petit Côté" par rapport à la Vieille Ville proprement dite, celle qui nous permettra, samedi prochain, d'accéder au sommet de l'éperon rocheux
de Hradcany  et de découvrir son château séculaire : la très étroite, très escarpée et très fréquentée Nerudova ulice, la rue Nerudova ou plutôt, si je veux l'écrire en français, la rue Neruda.



      A Vysehrad, à l'extrême sud de Prague, nous avons un jour visité le cimetière national. Vous vous rappelez, je présume, que je vous y avais fait découvrir les tombes de Dvorak et de Smetana. Plus simple encore que cette dernière, celle d'un certain Jan Neruda que j'avais délibérément occultée à l'époque, préférant la réserver pour la présente visite.



     Au passage, j'attire une nouvelle fois votre attention sur cette particularité qui consiste à indiquer, un peu comme une fraction, le jour et le mois, intercalés au milieu des dates de la naissance et du décès.

- Qui fut ce Neruda ?

- Un très grand écrivain. Un très grand conteur ...

- Effectivement, oui. Vous avez raison : j'en ai déjà entendu parler.
Et il s'agit d'un poète,  LE poète chilien par excellence !
Mais pour quelles raisons est-il enterré à Prague ?
Et pourquoi une rue - et non la moindre, ici, à
Mala Strana -, lui rend-elle un aussi vibrant hommage en portant son nom ?
Mais ... en y réfléchissant bien, il s'appelait Pablo, non ? Pablo Neruda ; et pas Jan !
J'ai la nette impression de m'embrouiller, là ...
A moins que ... comme Kafka, l'autre jour en ce même cimetière de Vysehrad ...
N'y aurait-il pas deux Neruda par hasard ? Deux écrivains qui auraient le même patronyme ?

- Tout à fait exact. Ou presque ...

     En réalité, l'un, le Chilien, s'appelait originellement Neftali Ricardo Reyes Basoalto ; ce que quasiment tout le monde a oublié. Et, apparemment, il fut tellement impressionné par l'oeuvre et notamment les Contes de Mala Strana de l'autre, le Tchèque, celui qui vécut dans la seconde moitié du XIXème siècle - et non, comme on le lit pratiquement partout sur le Net, du XXème !!! -, qu'il décida très tôt dans sa carrière d'écrivain de choisir ce nom de Neruda en guise de pseudonyme. Comme une immense et perpétuelle reconnaissance de son talent ...

     Quant à Jan Neruda,  ce grand auteur tchèque nettement moins connu en francophonie, il faut bien l'admettre, c'est parce qu'il est né et a passé une partie de son enfance dans cette maison n° 47, dite "Aux deux soleils"


et dont une plaque en commémore dorénavant le souvenir


que la rue, jadis "des Luthiers", s'appelle désormais rue Neruda.

     Indépendamment de cette référence précise à une célébrité, bien d'autres bâtisses bourgeoises s'égrènent tout au long de cette rue qui, grimpant jusqu'au château, prend naissance sur la place de Mala Strana que dominent le dôme et la tour


de l'église baroque Saint-Nicolas, réalisée à la demande des Jésuites, par différents maîtres d'oeuvres de la famille Lurago, des Italiens très prolixes et très prisés en Bohême.



    
Avec leur enseigne colorée, la plupart des maisons de la rue Neruda, les unes parfois beaucoup plus étroites que d'autres, revêtent incontestablement un cachet tout à fait particulier qui ne peut que retenir notre attention : que ce soit, parmi tant d'autres, celle du n° 6, dite "A l'aigle rouge" ou du n° 12, "Aux trois petits violons"



ou du n° 14, ou encore du n° 43, "Au homard vert" ...







     Comme j'ai déjà eu l'opportunité de le mentionner précédemment, d'autres demeures, en fait des anciens palais, abritent de nos jours des ambassades. Ainsi, nouvel exemple ci-dessous, le palais Thun-Hohenstein, datant de 1725 et devenu celle d'Italie.

 
     De l'esplanade du château quand, à l'avant plan, votre regard embrasse les toits rouges de Mala Strana,



où rues et places se croisent et s'entrecroisent à flanc de colline
, pouvez-vous imaginer un seul instant, amis lecteurs, que cette architecture qui paraît aujourd'hui si homogène, si paisible représente en réalité le dernier avatar - car pratiquement plus rien n'a été construit depuis la fin du XVIIIème siècle ! -, de bien de vicissitudes, de bien de drames humains ? 

     Que de sang versé, que de larmes répandues pendant ces conflits politico-religieux de jadis pour, aujourd'hui, grandement ravir les amateurs de monuments historiques, les touristes curieux du passé que nous sommes ...

     Qui, parmi tous ceux qui ont donné tout ou partie de leur vie pour que Prague devienne le joyau architectural unanimement apprécié, au point d'être inscrite, depuis 1992, au Patrimoine culturel et naturel mondial de l'Unesco, eût  alors escompté semblable engouement pour sa ville, semblable reconnaissance universelle ?

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 00:00

 

      Depuis le 24 novembre dernier, je vous ai obligés, amis lecteurs, à complètement bousculer le déroulement classique de nos déambulations dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre pour, un temps, quitter la salle 5, dont nous avions à peine entamé la découverte en nous penchant sur la première de ses vitrines, et nous rendre tout de go dans la salle 12, la grande Galerie Henri-IV, entièrement consacrée au temple égyptien.

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     En dirigeant immédiatement nos pas vers la gauche, dans la partie médiane, nous avions rapidement admiré une infime portion de ce que les égyptologues appellent le " Mur des Annales" de Thoutmosis III avec une petite quarantaine d'imposants fragments de grès d'une vingtaine de centimètres d'épaisseur provenant d'une des parois du temple d'Amon-Rê, à Karnak, relatant quelques-unes de ses incursions militaires au Proche-Orient.

      Rapidement parce que je n'avais quasiment fait aucun commentaire à leur sujet, préférant le 1er décembre, brosser un rapide historique des conditions dans lesquelles l'inscription fut rédigée, le mardi suivant, évoquer la personnalité du  souverain  lui-même et le 15 décembre, avant de prendre congé de vous, de tenter d'établir une sorte de grille de lecture permettant de mieux interpréter ce grand ensemble.

     Aujourd'hui, je vous propose d'entrer dans le vif du sujet et d'accorder toute notre attention à la première des 17 campagnes que le jeune roi - il avait  alors une petite trentaine d'années - mena dans cette Asie toute proche : celle de l'an 23.

     Probablement dû à un scribe royal du nom de Tjanouny,
ce texte gravé sur le contre-parement que Thoutmosis III avait ajouté afin de masquer la paroi des salles d'offrandes érigées au nord du sanctuaire de la barque d'Amon par la reine Hatchepsout, relate la défaite des coalisés de Mégiddo, place forte cananéenne située au nord-ouest de la Samarie, actuellement Tell el-Mutteselim, à quelque quatre cents kilomètres des frontières égyptiennes ; une sorte de verrou entre le sud du couloir syro-palestinien et la côte phénicienne.



Carte-Syrie-Palestine--Valbelle-.jpg

      Loin de moi l'idée d'en rédiger ici une classique hypotypose en empruntant une plume trempée dans l'encre stendhalienne pour, tel le jeune Fabrice del Dongo de la Chartreuse de Parme à la bataille de Waterloo, vous imposer des détails militaires et les descriptions plus que minutieuses aux fins d'espérer vous "donner à voir" l'événement d'une manière spectaculaire.


     Et ceci, d'abord pour une raison très simple : pour autant que je me tienne au sens littéral du terme, et n'en déplaise à la majorité des historiens, il n'y eut pas de bataille véritable à Mégiddo !

     Vous aurez beau triturer les textes, beau essayer de leur faire dire ce que jamais ils n'affirment : s'il y eut un grand nombre de vaincus, il n'y eut que fort peu de victimes (83) car pas de réel combat mutuel. C'est, vous l'aurez deviné, la raison pour laquelle, dans le titre chapeautant cet article, j'ai assorti le terme "bataille" de guillemets...

     Mais n'anticipons pas et reprenons le cours des événements dans l'ordre purement chronologique que nous offre l'inscription dont vous avez, sur le cliché ci-après qu'amicalement m'a permis d'exploiter le Dr. Dimitri Laboury, chargé de cours adjoint à l'Université de Liège, les toutes premières colonnes, en dessous de la scène du registre supérieur que j'ai déjà eu l'occasion  d'évoquer dans une précédente intervention.



     Comme plusieurs des expéditions futures de Thoutmosis III, sa première
en terre proche-orientale débuta réellement dans la dernière quinzaine de ce qui correspond à notre mois de mars : à cette date en effet,  - nous sommes, selon la formulation égyptienne, le 25 du quatrième mois de la saison "peret" de l'an 22 -, l'armée levée par Pharaon quitte le sol proprement égyptien au départ de Silè (Tcharou), poste frontière à l'est du Delta.

     
Attardons-nous un instant, si vous le permettez, pour quelque peu analyser les débuts du texte que je vous propose dans l'agrandissement ci-après.



     Première constatation : les deux dernières colonnes de droite présentent des signes hiéroglyphiques tournés vers la gauche, tandis que dans toutes les autres, ils sont dirigés vers la droite. Selon le principe de base que j'ai eu déjà l'occasion de décrire, pour déterminer le sens de lecture de l'écriture égyptienne, il suffit de porter son regard dans la direction des visages humains ou, à défaut, des têtes des animaux représentés. En outre, quand comme ici, ils servent en quelque sorte de phylactère nous donnant les paroles des personnages en présence, ils épousent toujours le même sens que ceux-ci.

     Si, parallèlement à cet agrandissement, vous examinez attentivement le cliché précédent, vous constaterez sans peine qu'en dessous d'Amon assis, à droite, les animaux des signes hiéroglyphiques regardent dans la même direction que le dieu thébain, alors que dans les autres colonnes de ce mur, c'est l'inverse : ils correspondent à la direction que prend Thoutmosis III lui-même.

     Ce qui m'amène à énoncer un autre principe : puisque l'on sait que les textes égyptiens qui concernent une personne sont dirigés dans le même sens qu'elle, il est facile de reconnaître, quand deux êtres se font face, où débutent les paroles attribuées à l'un et celles de l'autre.

     D'où une seconde constatation : sur l'agrandissement photographique ci-dessus, avec les deux colonnes du bout à droite commencent les propos d'Amon qui se lisent donc de gauche vers la droite  : colonnes 2, puis 1 (→); et, à la troisième colonne commencent celles de Thoutmosis III, qui se lisent inévitablement de droite vers la gauche : colonnes 3, 4, 5 et ainsi de suite... (←).

     Après avoir décliné son identité - vous retrouvez effectivement en milieu de quatrième colonne (toujours en partant de la droite de l'agrandissement photographique) le cartouche de Menkheperrê que j'avais évoqué le 8 décembre dernier -, en une courte exergue gravée de la cinquième à la moitié de la huitième colonne, le souverain nous donne la raison d'être des inscriptions, la raison d'être des Annales :

     "Sa Majesté ordonna que l'on fasse établir les victoires que son père [Amon] lui avait données sur une paroi de pierre dans le temple que Sa Majesté a fait à neuf pour [son père Amon]".

     Ensuite, à partir de la fin de la huitième colonne s'ébauche véritablement la relation de la campagne de Mégiddo avec, la date -
le 25 du quatrième mois de la saison "peret" de l'an 22 - et, neuvième colonne, la notification du passage de la frontière entre l'Egypte et le couloir syro-palestinien, à Silè, comme je viens de le préciser ci-avant.

     Neuf à dix jours plus tard, le
4 du premier mois de la saison "shemou" de l'an 23, après avoir parcouru quelque 200 kilomètres dans le désert du Nord-Sinaï, Thoutmosis III et ses troupes arrivent à hauteur de Gaza.

     C'est le
jour de la fête de l'apparition du roi, précise le texte, c'est à dire le jour anniversaire de son couronnement ; d'où, vous l'aurez remarqué, amis lecteurs, un changement de formulation notoire : nous passons en quelques jours du dernier mois de l'an 22 au premier de l'an 23 puisque, j'ai déjà eu aussi maintes fois l'occasion de l'indiquer, les Egyptiens de cette époque comptabilisaient les années (douze mois subdivisés en trois saisons de quatre mois chacune), à partir de l'intronisation royale.  
      
     Le lendemain, Thoutmosis III et ses hommes lèvent le camp en direction de la ville de Yéhem qu'ils atteignent le
16ème jour du mois de "shemou" et dans laquelle, selon les colonnes 18 à 56 du texte de Karnak, se tient une réunion d'état-major, sorte de conseil de guerre destiné à mettre au point la stratégie à adopter avant d'engager l'armée vers la place forte de Mégiddo.

     Trois possibilités s'offrent en fait  alors, trois "routes" bien distinctes ; et le souverain, contre l'avis  général mais néanmoins sous l'égide divine, décide d'emprunter la plus centrale d'entre elles, la plus directe surtout, la plus imprévisible aux yeux des membres de son Conseil et, indubitablement, la plus improbable à ceux des coalisés qui, de pied ferme, attendaient ailleurs l'armée égyptienne :  à l'extrémité du très étroit défilé d'Arouna.

   
     Aussi vrai que vit pour moi et m'aime Rê, que me loue mon père Amon et que mon souffle fleurit de vie et de puissance, Ma Majesté marchera par ce chemin d'Arouna.
(Colonnes 39 à 43)

     Les militaires n'ont alors d'autre alternative que celle d'acquiescer, d'entériner les propos royaux, même s'ils ne correspondent nullement à leur choix préalable :

      Ton père Amon, Seigneur des trônes du Double Pays, qui préside à Ipet-Sout (= Karnak) fera ta volonté ! Et nous, nous serons à la suite de Ta Majesté en tout lieu où marchera Ta Majesté, car le serviteur va à la suite de son maître.
(Colonnes 47 à 49)

     Avec les colonnes 56 à 85, nous prenons connaissance de l'avancée, dans l'exigu passage d'Arouna, de Pharaon à la tête d'une interminable théorie de chars et de soldats disposés en file indienne :  ce détail pose d'ailleurs problème à l'égyptologue belge Claude Vandersleyen qui juge matériellement impossible que des chars "attelés à deux chevaux de front" puissent ainsi s'engouffrer dans semblable goulot ...

     Quoiqu'il en soit, ils débouchent bien dans la plaine en face de la cité fortifiée de Mégiddo, perchée sur son promontoire et devant laquelle s'installent les troupes, déroutant ainsi complètement l'ennemi qui avait divisé les siennes pour les concentrer soit au nord, soit au sud : en fait, au sortir des deux autres routes possibles.

     C'est  précisément ce choix, cette tactique de pénétration en territoire ennemi à laquelle personne n'avait véritablement songé que,
avec la campagne de l'an 33 à laquelle je ferai  plus tard allusion, bien après "l'aède" égyptien qui rédigea ce texte de propagande, mettent  aujourd'hui à l'honneur les égyptologues dans leur plus grande majorité pour  parer Thoutmosis III de toutes les épithètes vantant ses hautes qualités de stratège.

     Permettez-moi, amis lecteurs, ici et maintenant, d'à nouveau  insister sur le fait qu'avec
cette longue inscription pariétale, nous sommes en présence d'un patent éloge à la gloire du jeune roi, d'un vrai dithyrambe très certainement sinon "dicté", à tout le moins supervisé, entériné par le monarque lui-même : ses qualités de réflexion deviennent  alors des vertus ayant force quasi divine ; et ses faits et gestes rapportés à l'envi prennent valeur d'exploits quasi surhumains.
    
     Oserais-je ajouter qu'à mes yeux, nous tutoyons ici la notion de Surhomme, d'
Übermensch si chère à la pensée nietzschéenne ?

     Ce point me paraît en effet capital à garder en mémoire pour bien comprendre un réquisit qu'avait déjà, en 1922, suggéré l'égyptologue italien Giuseppe Botti (1889-1968) et qu'avait repris en le mettant en valeur le savant belge Jean Capart cinq années plus tard, à savoir que les récits des événements de Mégiddo, - mais aussi ceux de Qadesh
qui opposèrent Ramsès II aux Hittites, connus notamment par des scènes présentes dans différents temples ramessides dont Abou Simbel est certainement le plus célèbre, ainsi que par le Poème de Pentaour dont on peut lire des passages à Karnak ou au Ramesseum -, ont été mis en oeuvre selon un schéma parfaitement identique qui pourrait même bien être originaire de l'époque des heurts avec les Hyksos dans le Delta du Nil, à la fin de le Deuxième Période intermédiaire.

      C'est donc en toute pertinence que le Professeur Nicolas Grimal s'autorise à mettre l'accent, lui qui depuis quelques années étudie minutieusement cette inscription des Annales au Collège de France, sur la très forte parenté, tant lexicale que stylistique, existant entre certains pans des campagnes de Mégiddo et de Qadesh .

     Irais-je toutefois, comme Giuseppe Botti le fit à l'époque, jusqu'à supputer un plagiat avant la lettre ? Je ne sais trop ; mais il appert que la ressemblance évidente caractérisant l'un ou l'autre thème évoqué, l'une ou l'autre situation décrite, ainsi que l'emploi de formulations identiques ne peuvent que laisser perplexe, voire même ouvrir la porte à la suspicion quant à la pleine véracité de l'événement historique lui-même. Car je dois à la vérité scientifique d'ajouter que, de ces événements de Mégiddo, il n'existe de source pour l'instant connue que celle des seuls textes apologétiques égyptiens. 


     A Mégiddo donc, si l'on en croit l'historiographe thoutmoside, l'effet de surprise sur l'ennemi fut de taille : les archers égyptiens bondirent en force, déroutant immanquablement les coalisés qui ne virent dans une retraite précipitée que l'unique solution de salut :

     An 23, premier mois de shémou, le 21, jour exact de la fête de la nouvelle lune. Apparition du roi à la prime aube. Lorqu'on eut informé l'armée entière de se déployer, Sa Majesté se mit en route sur le char d'électrum, parée de ses ornements de combat tel Horus au bras tendu, seigneur omnipotent comme Montou le Thébain, son père Amon donnant force à ses bras.

    L'aile sud de l'armée de Sa Majesté se trouvait à une colline au sud du ruisseau Qina, l'aile nord au nord-ouest de Mégiddo, et Sa Majesté au milieu, Amon protégeant son corps au combat, la force de Seth irriguant ses membres. Alors, devant son armée, Sa Majesté triompha d'eux. Et lorsqu'ils eurent constaté que Sa Majesté triomphait d'eux, ils se mirent à fuir vers Mégiddo à corps perdu, le visage terrifié, après avoir abandonné leurs attelages et leurs chars d'or et d'argent, tandis qu'on les tirait jusque dans cette ville en les hissant par leurs vêtements.


     La seule première charge de l'armée égyptienne, l'unique avancée de sa charrerie eut pour conséquence l'abandon immédiat de toute velléité de combat de la part des troupes ennemies. Il nous faut garder à l'esprit, pour évaluer cette situation de débandade, que nous sommes ici en présence d'une "armée" de coalisés : 330 chefs en effet, précise le texte, sont à la tête de leurs propres effectifs militaires. Et même si, théoriquement, ils sont tous sous le commandement du prince de Qadesh, ces soldats doivent d'évidence manquer d'ordre, d'unité, d'esprit de groupe.  

     Un événement intervient alors - que, par parenthèses,  je m'étonne de trouver ainsi mentionné dans cet immense panégyrique royal -, qui, selon les historiens, va contraindre Thoutmosis III à complètement changer de tactique : une véritable curée !

     En effet, plutôt que poursuivre les adversaires jusqu'au pied des murailles de Mégiddo et profiter, pour les anéantir définitivement, que les portes de la cité leur soient closes, les hommes de Pharaon, de soldats, deviennent prédateurs : 

     Ah ! si seulement alors l'armée de Sa Majesté ne s'était pas occupée à piller les biens de ces vaincus, elle aurait mis à sac Mégiddo, à l'heure où, justement, on hissait le misérable vaincu de Qadesh et le vil vaincu de cette ville (Mégiddo), en hâte pour les faire entrer dans leur cité !

          De sorte qu'au lieu de combattre, Thoutmosis III, craignant vraisemblablement les dimensions de l'ensemble des fortifications, préféra initier un siège en bonne et due forme : il fit creuser un fossé et ériger un mur de circonvallation tout autour de la ville ; enceinte à laquelle il fut donné le très éloquent nom
- toujours la puissance des mots ! -, de : "C'est Menkheperrê qui encercle les Asiatiques". 
     Enfin, à l'est, le souverain aménagea son propre quartier général.

      Envisagea-t-il, à ce moment-là, une action rapide ou s'éternisant ? Le texte semble peu disert.
     A l'intérieur de la citadelle cananéenne, les assiégés connurent-ils cette fièvre obsidionale que mentionnent souvent les historiens en semblable situation ? Nulle trace évidemment dans l'inscription des Annales.

     Quoiqu'il en soit, un siège de sept mois s'ensuivit jusqu'à ce que, comme indiqué au début des colonnes 88 à 103 :

     ... les princes de ce pays étaient venus (rampant) sur leur ventres pour se prosterner devant la puissance de Sa Majesté et demander le souffle de vie pour leur nez, tant son bras était grand, et tant était grande la puissance d'Amon sur chaque pays étranger. 

     Nonobstant l'évidente volonté de gonfler le trait dans le chef du lapicide commandité par Thoutmosis III pour rédiger ses Annales - propagande et auto-célébration obligent ! -, force est de reconnaître en cette circonstance précise sa supériorité et celle de ses hommes sur les forces en présence, dont la cohésion qui dut régner au sein de l'armée égyptienne ne fut certes pas la moindre des raisons.

     Plus de trois cent princes coalisés pour initialement défier et annihiler la suprématie égyptienne durent ainsi  capituler et s'incliner devant Pharaon à la seule fin de sauver leur vie !


     Cette section relatant la première des dix-sept campagnes asiatiques du souverain qui inaugure l'inscription des Annales, se termine, après l'évocation de la reddition de la cité, par une très longue énumération du butin pris à ce vil ennemi vaincu de Mégiddo.

     De cette comptabilité d'une extrême précision, je vous entretiendrai, ami lecteur,  mardi 12 janvier prochain, car à présent, afin de boucler la boucle, il me paraît opportun de conclure en ramenant à l'avant-scène la notion assénée au tout début de la présente intervention :
il n'y eut pas de bataille véritable à Mégiddo !
        
      Un de mes correspondants français, Michel Sancho, ancien ingénieur général de l'Armement qui consacre avec passion une partie de sa retraite à étudier les armes des différentes époques de l'histoire de l'Egypte antique, a publié en 2008 un article extrêmement pointu à propos du char égyptien dans lequel il emploie judicieusement l'expression de "non-bataille" pour qualifier les événements de Mégiddo que je viens de brièvement résumer pour vous.

     Et peut me chaut, en définitive, s'il commence toutefois sa phrase par : "Mégiddo est la première grande bataille dans laquelle les chars sont cités ..." Malgré ce que j'estime, sauf mauvaise interprétation de ma part, constituer une sorte de léger contresens, je lui sais gré, au travers de son "non-bataille", d'avoir ainsi  pertinemment mis l'accent sur ce qui me semble être une évidence : à cause du repli quasiment immédiat des troupes ennemies qu'ils constatèrent les  Egyptiens n'eurent à proprement parler pas à sa battre au pied de la forteresse cananéenne ; de sorte qu'à  mon humble avis, je le répète au risque de lasser, il n'y eut pas véritablement de combats mutuels à Mégiddo en 1458 avant notre ère ...
 

     C'est en réalité cette assertion qu'indépendamment de quelques faits marquants de la première campagne que mena Thoutmosis III au Proche-Orient dès la disparition de sa tante et néanmoins belle-mère la reine Hatchepsout, j'avais à coeur, amis lecteurs, en tablant essentiellement sur le compte rendu pariétal que nous pouvons en lire dans le temple d'Amon-Rê, à Karnak, de vous démontrer aujourd'hui.

     Ai-je été probant à vos yeux ? Je ne sais ; même si, d'évidence, je l'espère.
Ceci posé, le débat, premier de l'année 2010, est donc ouvert ...   






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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 00:01
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2010



     Nonobstant le fait que, pour comptabiliser les années, les Egyptiens de l'Antiquité n'eussent jamais pu atteindre semblable date dans la mesure où ils recommençaient le comput en l'an 1, à chaque fois qu'un pharaon était intronisé, au Nouvel Empire à tout le moins ;
le fait aussi que le 1er janvier, s'il avait ainsi été dénommé, n'eût correspondu à aucun événement particulier puisque le calendrier en usage étant essentiellement basé sur le cycle des saisons, trois en tout, c'était le début de la crue du Nil, conjointement à l'apparition de l'étoile Sothis dans le ciel, aux environs de notre 19 juillet actuel qui, pour eux, marquait le commencement d'une nouvelle année ;
malgré ces deux restrictions donc, je tenais aujourd'hui, amis lecteurs - et ici, vous remarquerez que, pour la première fois depuis la création de ce blog le 18 mars 2008, il m'a plu d'ajouter la marque du pluriel de manière à tous vous associer dans la fidélité de vos visites réitérées qui lui assurent son petit succès croissant -, à vous présenter mes voeux les plus cordiaux pour 2010.


     La formulation que les Egyptiens utilisaient ainsi à la mi-juillet pour se souhaiter une bonne nouvelle année, par rapport évidemment à la perspective d'une crue du fleuve nourricier qui ne les décevrait pas quant à la quantité de nourriture qu'en fin de parcours elle leur permettrait d'obtenir, correspondait plus ou moins à :


"Que s'ouvre pour vous une belle année ...



     Vous m'autoriserez, je présume, la reprise à mon compte de cette expression aux fins de formuler le souhait que l'an neuf - qui sera en fait l'an dix  de ce XXIème siècle  -, concrétise non seulement les plus quotidiennes, les plus anodines, et (surtout ?) les plus folles de vos envies mais aussi, égoïstement, qu'il me permette de poursuivre nos déambulations hebdomadaires de salle en salle dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ; voire même de vous convier, au gré d'escapades estivales ou autres, à la découverte de l'un quelconque nouveau coin de notre si riche patrimoine ...


     Aussi, comme annoncé quand j'ai pris congé de vous le 19 décembre dernier, je vous propose d'ores et déjà les deux premiers rendez-vous de 2010 : au pied du Mur des Annales, ce prochain mardi, le 5, devant lequel j'évoquerai la campagne de Thoutmosis III à Mégiddo ; et au-delà du pont Charles, à Prague, le samedi 9 janvier où de conserve nous continuerons notre pérégrination dans Mala Strana pour nous diriger vers Hradcany, jusqu'aux grilles du château royal.

     A tout bientôt, donc ; et heureux réveillon à chacun d'entre vous ...  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 00:00

     Après avoir, la semaine dernière, traversé le Pont Charles, nous voici donc arrivés, vous et moi, ami lecteur, dans ce quartier ouest de Prague, Mala Strana, le "Petit côté", sur la rive gauche de la Vltava, en contrebas de la résidence royale et de la cathédrale Saint-Guy perchées sur la colline de Hradcany que je vous proposerai de découvrir dans le courant du mois de janvier.
 
205.-Pont-Charles--06-08-2009-.jpg

     Dès le XIIème siècle, déjà, des marchands inévitablement attirés par la cour décident de s'installer à la périphérie du château ; de nombreux colons allemands les suivent peu après. Le pont Judith autorisant un passage moins précaire que l'ancien pont de bois qu'il vient judicieusement remplacer permettra un trafic  commercial reliant ainsi de manière plus aisée la vieille ville de Staré Mesto à Mala Strana proprement dit.

     Malheureusement, ce quartier en pleine expansion sera  régulièrement l'objet d'incessants coups du sort : dans le premier tiers du XVème siècle, il est ravagé par les combats qui opposent les hussites, partisans du réformateur Jan Hus aux troupes royales : il est loin l'âge d'or du règne de Charles IV, l'empereur du Saint Empire romain germanique !

     Les habitants se ressaisissent néanmoins et rénovent leur quartier. Malheureusement, en 1541, un incendie le détruit à nouveau. Reconstruction oblige : les anciens édifices gothiques font alors place à des bâtiments de style "Renaissance".

     Le plus exceptionnel d'entre eux, un des chefs-d'oeuvre de l'architecture tchèque de cette époque, édifié entre 1555 et 1576 dans le plus pur style florentin, le mieux conservé aussi, devenu depuis peu Musée national de l'Art baroque de Bohême, est sans conteste le Palais Schwarzenberg, sur les hauteurs de Mala Strana, proche du château royal.


     Vous remarquerez, ami lecteur, qu'il présente la particularité d'avoir ses murs de façade



 
mais aussi ceux de la cour intérieure


décorés de sgraffites noirs et blancs de type nord-italien et vénitien datant, quant à eux, de 1567,


semblant répéter ad nauseam des bossages en pointes de diamants.

     En réalité, il s'agit d'un remarquable effet d'optique, d'un immense trompe-l'oeil fruit d'une décoration obtenue par application
d'un enduit de couleur claire sur un fond de stuc sombre que l'on gratte ensuite (sgraffia = gratter, en italien) afin d'obtenir le dessin recherché.
     Bluffé, j'ai évidemment passé la main sur l'un d'entre eux pour constater - déçu ? - que le mur était bien parfaitement plat.


     Si la technique du sgraffite - ou sgraffito (des sgraffiti, au pluriel) - fut un procédé artistique fort en vogue à la "Renaissance", il faut savoir qu'il fut remis au goût du jour au début du siècle dernier par les maîtres de l' "Art nouveau". De sorte que les exemples que j'ai pu dénicher dans mes pérégrinations pragoises - je prendrai d'ailleurs peut-être un jour le temps de vous en présenter quelques-uns -, n'ont nullement occulté ceux qui m'ont toujours émerveillé sur les façades de beaux et nombreux édifices bruxellois ; voire même liégeois, comme je viens de le découvrir tout récemment sur le bien intéressant blog d'une compatriote.
    
     Merci à Véronique pour la célérité avec laquelle elle m'a transmis l'autorisation d'importer l'exemple récemment rénové ci-dessous, vaguement égyptisant de surcroît !, qu'elle a "immortalisé" quai van Beneden, à Liège. 

 

     Après cette petite digression en terres belges, revenons, voulez-vous, à Mala Strana.

     En 1620, nouveau coup dur :  la bataille de la "Montagne blanche" ravage elle aussi le quartier. Nécessité donc, au sortir du conflit, de réaménager à la mode du temps, c'est-à-dire baroque.

     Cette fois, enfin, c'est la bonne : le "Petit côté" reprend vie, retrouve un essor perdu qui entraîne la construction de nombreux palais par quelques grandes familles nobles qui viennent s'installer à proximité ou en contrebas du château.



     Certains d'entre eux, comme ci-dessus déjà, ont de nos jours été dévolus aux services d'ambassades  étrangères : ainsi, le palais Buquoy, du nom d'une famille wallonne qui acheta le bâtiment en 1748 (Charles Bonaventure de Longueval, comte de Buquoy, fut le commandant en chef des troupes impériales durant la bataille de la "Montagne blanche")
et dont les descendants le revendirent à la France qui en fit son ambassade à partir de 1919.



     Mais le plus prestigieux, peut-être, fut celui qu'Albrecht de Wallenstein,
noble tchèque, commandant en chef des armées de Ferdinand II de Habsbourg durant la Guerre de Trente Ans,

  
se fit construire dans un style évidemment baroque entre 1623 et 1630 : encadrant de superbes jardins,  l'ensemble mesure 340 mètres de long et 172 de large.

     Derrière cette façade, la Tchéquie a décidé en 1992 d'abriter son Sénat.



     C'est par la visite des jardins intérieurs que je vous propose de terminer aujourd'hui, ami lecteur, notre première déambulation dans Mala Strana


      Vous noterez, sur le cliché ci-dessus, à l'arrière-plan de cette partie du palais Wallenstein, l'extrême fin des bâtiments du domaine royal, sur la colline de Hradcany, avec la tristement célèbre tour Daliborka, ou plutôt le donjon carcéral, qui doit son nom à son tout premier prisonnier, Dalibor de Kozojedy, dont la légende fut notamment chantée dans un opéra éponyme qu'écrivit Smetana.

     Promenons-nous à présent dans les jardins pour, notamment, admirer un resplendissant décor d'art topiaire que mettent encore plus en valeur les sculptures en bronze d'un style tout à fait maniériste, puisque nous nous trouvons alors à la charnière entre la Renaissance et le Baroque, d'Adrian de Vries (1556-1626), sculpteur originaire des Pays-Bas et ayant à l'époque ses entrées à la cour (pragoise) de l'empereur Rodolphe II de Habsbourg.
 
244.-Sala-Terrana--05-08-2009-.jpg

      Pour rendre à César ce qui appartient à César ou, plutôt, à Wallenstein ce qui lui est dû, je me dois d'attirer votre attention sur le fait que toutes ces sculptures sont en réalité des copies d'une remarquable fidélité ; et la cause n'en est nullement ici les conditions climatiques qui obligèrent la municipalité à mettre à l'abri, vous vous en souvenez, les statues baroques du pont Charles que nous avons traversé samedi dernier !

     Il faut en effet savoir que la ville se vit spoliée du Laocoon, du Bacchus, du Neptune et de maints autres Apollons par la soldatesque suédoise qui, en se retirant à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648), emporta sans scrupule aucun toutes les oeuvres de de Vries. Elles agrémentent depuis le parc du château Drottningholm, à Stockholm.

     A Prague, aujourd'hui, nous devrons donc nous satisfaire des ersatz :


 




     Ce jardin, ces sculptures semblent en réalité constituer une sorte d'indispensable haie d'honneur à ceux qui, dans la perspective de l'allée centrale, se dirigent tout naturellement vers la construction ouverte par trois monumentales arcades : la Sala Terrana, sorte d'espace de transition entre l'intérieur du palais,  actuellement le Sénat, et l'extérieur, les jardins.

246.Jardins-Wallenstein---Sala-Terrana--05-08-2009-.jpg
  



     Sala Terrana, espace ouvert sur les jardins où guirlandes de fleurs et de fruits, anges porteurs et autres arabesques en stuc encadrent de manière grandiloquente des scènes mythologiques peintes à fresque sur les murs



mais aussi à même l'impressionnante voûte, le tout célébrant à l'envi la gloire et les vertus guerrières du comte de Wallenstein ...



      C'est là, dans ce décor aux antipodes de mes propres goûts esthétiques, que je prends congé de vous,  ami lecteur, non sans préalablement vous donner rendez-vous en janvier prochain et, surtout, sans vous avoir souhaité d'excellentes fêtes de fin d'année agrémentant ce congé scolaire bienvenu.

     Pour ceux qui, parmi vous, désirent me retrouver au Louvre, je fixe d'ores et déjà notre prochaine rencontre au mardi  5 janvier 2010 ; et au samedi 9 si vous entendez ici poursuivre la visite de Mala Strana ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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