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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 23:00

 

      Samedi dernier, souvenez-vous, amis lecteurs, nous avions fait connaissance avec un des grands poètes français du XIXème siècle, Gérard de Nerval, qui nous avait amenés à Alexandrie, dans un premier temps, au Caire ensuite.

 

     Aujourd'hui, à ses côtés, nous découvrirons la ville dès potron-jacquet ...  

 

 

     Que notre vie est quelque chose d'étrange ! Chaque matin, dans ce demi-sommeil où la raison triomphe peu à peu des folles images du rêve, je sens qu'il est naturel, logique et conforme à mon origine parisienne de m'éveiller aux clartés d'un ciel gris, au bruit des roues broyant les pavés, dans quelque chambre d'un aspect triste, garnie de meubles anguleux, où l'imagination se heurte aux vitres comme un insecte emprisonné, et c'est avec un étonnement toujours plus vif que je me retrouve à mille lieues de ma patrie, et que j'ouvre mes sens peu à peu aux vagues impressions d'un monde qui est la parfaite antithèse du nôtre.

 

     La voix du Turc qui chante au minaret voisin, la clochette et le trot lourd du chameau qui passe, et quelquefois son hurlement bizarre, les bruissements et les sifflements indistincts qui font vivre l'air, le bois et la muraille, l'aube hâtive dessinant au plafond les mille découpures des fenêtres, une brise matinale chargée de senteurs pénétrantes, qui soulève le rideau de ma porte et me fait apercevoir au-dessus des murs de la cour les têtes flottantes des palmiers ; tout cela me surprend, me ravit ... ou m'attriste, selon les jours ; car je ne veux pas dire qu'un éternel été fasse une vie toujours joyeuse. Le soleil noir de la mélancolie, qui verse des rayons obscurs sur le front de l'ange rêveur d'Albert Dürer, se lève aussi parfois aux plaines lumineuses du Nil, comme sur les bords du Rhin, dans un froid paysage d'Allemagne. J'avouerai même qu'à défaut de brouillard, la poussière est un triste voile aux clartés d'un jour d'Orient.

 

     Je monte quelquefois sur la terrasse de la maison que j'habite dans le quartier cophte, pour voir les premiers rayons qui embrasent au loin la plaine d'Héliopolis et les versants du Mokatam, où s'étend la Ville des Morts, entre le Caire et Matarée.

 

Le Caire - La ville des morts

 

     C'est d'ordinaire un beau spectacle, quand l'aube colore peu à peu les coupoles et les arceaux grêles des tombeaux consacrés aux trois dynasties de califes, de soudans et de sultans qui, depuis l'an 1000, ont gouverné l'Egypte.

 

     L'un des obélisques de l'ancien temple du soleil est resté seul debout dans cette plaine, comme une sentinelle oubliée ; il se dresse au milieu d'un bouquet touffu de palmiers et de sycomores, et reçoit toujours le premier regard du dieu que l'on adorait jadis à ses pieds.

 

     L'aurore, en Egypte, n'a pas ces belles teintes vermeilles qu'on admire dans les Cyclades ou sur les côtes de Candie ; le soleil éclate tout à coup au bord du ciel, précédé seulement d'une vague lueur blanche ; quelquefois il semble avoir peine à soulever les longs plis d'un linceul grisâtre, et nous apparaît pâle et privé de rayons, comme l'Osiris souterrain ; son empreinte décolorée attriste encore le ciel aride, qui ressemble alors, à s'y méprendre, au ciel couvert de notre Europe, mais qui, loin d'amener la pluie, absorbe toute humidité. Cette poudre épaisse qui charge l'horizon ne se découpe jamais en frais nuages comme nos brouillards : à peine le soleil, au plus haut point de sa force, parvient-il à percer l'atmosphère cendreuse sous la forme d'un disque rouge, qu'on croirait sorti des forges libyques du dieu Ptah.

 

     On comprend alors cette mélancolie profonde de la vieille Egypte, cette préoccupation fréquente de la souffrance et des tombeaux que les monuments nous transmettent. C'est Typhon qui triomphe pour un temps des divinités bienfaisantes ; il irrite les yeux, dessèche les poumons, et jette des nuées d'insectes sur les champs et sur les vergers.

 

 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Paris, Julliard Littérature, 1964,  pp. 178-80)  


Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Le "Voyage en Orient", c'est-à-dire au siècle qui nous occupe, à savoir le dix-neuvième, en Grèce, en Turquie, en Syrie et en Egypte, s'il constituait encore une aventure singulière pour les grands écrivains du Romantisme - Lamartine, Chateaubriand, Flaubert, Théophile Gautier et Gérard de Nerval -, prenait indiscutablement une tournure qui n'allait que se développer au fil des années.

 

     Certes, depuis la fin de la Renaissance, ces contrées riveraines de la Méditerranée orientale, soumises à une certaine puissance ottomane  - les "Pays du Levant", disait-on initialement, influencé que l'on était encore par la langue commerciale et diplomatique de l'époque -, attiraient manifestement  de plus en plus de touristes. Et non des moindres !

 

     Je dois à l'honnêteté d'ajouter que pour certains, la relative rapidité des trajets en train que permit la célébrissime Compagnie des Wagons-lits ne fut pas étrangère à cette mode nouvelle. Mais ceci est une autre, très grande histoire ...


 

     Je l'ai nommé ci-avant, Gérard Labrunie - plus connu sous le pseudonyme de Gérard de Nerval  : c'est de lui donc qu'il s'agissait dans mon billet introductif de la semaine dernière -, fut de ceux qui entreprirent ce périple oriental. 


     Permettez-moi une précision, non pas aux fins de ressasser toujours les mêmes antiennes que l'on retrouve d'anthologies en biographies, mais pour simplement situer cet épisode dans la vie du poète : de nos études secondaires, nous tenons encore en mémoire qu'il connut sa première crise de démence au printemps 1841, qu'il passa huit mois de sa jeune vie - il avait alors à peine 33 ans -, en maison de santé et qu'il décida de ce long déplacement vers les terres lointaines - c'est là où je voulais en venir -, en guise de thérapeutique :

 

     Je n'ai pas été malade un seul jour depuis mon départ ; ce voyage me servira toujours à démontrer aux gens que je n'ai été victime, il y a deux ans, que d'un accident bien isolé ..., écrira-t-il dans une lettre à son père.

 

     Pour faire court, j'ajouterai que c'est le 26 janvier 1855 - il était né le 22 mai 1808 -, qu'il fut découvert pendu à un grillage, dans une rue de Paris :

 

     Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé

     Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :

     Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé

     Porte le soleil noir de la Mélancolie

 

avait-il écrit un an plus tôt dans le superbe poème - El Desdichado - qui ouvre le recueil des Chimères ...

 

 

 

     Le 2 novembre 1867, Théophile Gautier rappela :

 

Rue de la Vieille Lanterne

 

     "Aux premières lueurs d'une aube grise et froide, un corps avait été retrouvé, rue de la Vieille-Lanterne, pendu aux barreaux d'un soupirail, devant la grille d'un égout, sur les marches d'un escalier où sautillait lugubrement un corbeau familier qui semblait croasser, comme le corbeau d'Edgar Poe : Never, oh ! never more ! Ce corps, c'était celui de Gérard de Nerval, notre ami d'enfance et de collège ...

     Ce bon Gérard, comme chacun le nommait, qui n'a causé d'autre chagrin à ses amis que celui de sa mort."


 

     De ses différents séjours à l'étranger, Nerval rédigera un remarquable Voyage en Orient, publié dans sa version définitive en juin 1851, après être né sous forme d'articles de presse ou de petits recueils qui constitueront parties de certains des chapitres de l'ouvrage terminé.

 

     J'aime à dépendre un peu du hasard : l'exactitude numérotée des stations de chemins de fer, la précision des bateaux à vapeur arrivant à heure et à jour fixes, ne réjouissent guère un poète, ni un peintre, ni même un simple archéologue, ou collectionneur comme je le suis, aimait-il à préciser.


     Quittant Paris le 23 décembre 1842, il s'embarque à Marseille le 1er janvier 1843, en direction d'Alexandrie, où il arrive le 16 janvier.

 

     L'Egypte est un vaste tombeau ; c'est l'impression qu'elle m'a faite en abordant sur cette plage d'Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules, offre aux yeux des tombeaux épars sur une terre de cendres.


     Des ombres drapées de linceuls bleuâtres circulent parmi ces débris. Je suis allé voir la colonne de Pompée et les bains de Cléopâtre. La promenade du Mahmoudieh et ses palmiers toujours verts rappellent seuls la nature vivante ...

 

     Je ne te parle pas d'une grande place tout européenne formée par les palais des consuls et par les maisons des banquiers, ni des églises byzantines ruinées, ni des constructions modernes du pacha d'Egypte, accompagnées de jardins qui semblent des serres. J'aurais mieux aimé les souvenirs de l'antiquité grecque ; mais tout cela est détruit, rasé, méconnaissable.

 

     Je m'embarque ce soir sur le canal d'Alexandrie (...) ; ensuite, je prendrai une cange à voile pour remonter jusqu'au Caire : c'est un voyage de cinquante lieues que l'on fait en six jours.



      Le 7 février, il est au Caire, la ville du Levant où les femmes sont encore le plus hermétiquement voilées.

 

     L'Egypte, grave et pieuse, est toujours le pays des énigmes et des mystères ; la beauté s'y entoure, comme autrefois, de voiles et de bandelettes, et cette morne attitude décourage aisément l'Européen frivole. Il abandonne le Caire après huit jours, et se hâte d'aller vers les cataractes du Nil chercher d'autres déceptions que lui réserve la science, et dont il ne conviendra jamais.

 

     La patience était la plus grande vertu des initiés antiques. Pourquoi passer si vite ? Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs ...


 

     Parce qu'il voulait poursuivre son périple vers la Syrie, Gérard de Nerval quittera l'Egypte le 7 mai suivant.

 

     Si vous le désirez, amis lecteurs, je vous invite à l'accompagner dans ses découvertes cairotes dès samedi prochain ...

 


 

 

(Gérard de Nerval, Voyage en Orient, Tome 1, Paris, Julliard Littérature, 1964, pp. 7-16, 28-9 et 124-8)

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en textes
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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Commencée en février dernier, notre découverte de la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, s'achève aujourd'hui, amis lecteurs, avec l'évocation de deux petits objets présentant une décoration en rapport - comme tout ce que nous avons pu ensemble admirer ici -, avec le thème de la pêche ou de la chasse.  

 

 

     Vous me permettrez d'envisager en premier lieu le godet funéraire (E 25298) en stéatite glaçurée, d'une hauteur - et oui, le cliché se révèle extrêmement trompeur -, d'à peine 2, 5 cm, pour 7 cm de long et 4, 5 cm de large.


  

E 25 298.jpg

 

 

      Acquis jadis pour le musée par l'égyptologue française Madame Christiane Desroches Noblecourt, ce minuscule bassin rectangulaire datant de la XVIIIème dynastie et  malheureusement ébréché en certains endroits, propose, sur les deux grands côtés, quelques thèmes qu'il nous a été donné déjà d'appréhender lors de nos précédentes visites : vous vous souvenez assurément de la capture des oiseaux aquatiques à l'aide d'un filet hexagonal que vous retrouvez ci-dessus gravée en creux, sur la droite ; ou de ce frêle petit veau qui a traversé, de manière ou d'une autre, mais très souvent  pour être mené à l'abattoir, bien des scènes que nous avons  rencontrées : ici,  à gauche, ce n'est plus sur les épaules d'un tout jeune moscophore qu'il est transporté, mais en barque.

 

 

     Sur l'autre face,  

 

E-25-298---Animaux-sauvages.jpg

 

il s'agit d'animaux sauvages, de ces animaux que les Egyptiens croisaient habituellement aux marges des déserts qui encadraient la Vallée du Nil et qu'ils capturaient pour soit les consommer, soit les domestiquer : oryx, antilopes, singes, taureaux, autruches ...

 

     La décoration des deux petits côtés doit, quant à elle, se lire dans un sens quelque peu plus "religieux" :  

 

E-25-298---7-deesses-Hathor.jpg

 

ainsi cette théorie de sept déesses Hathor, reconnaissables à leur couronne caractéristique : deux cornes de vache enserrant le disque solaire rappelant qu'elles sont filles de Rê.

 

     Déesse du ciel, Hathor était dotée de bien multiples fonctions dans le panthéon égyptien : patronne de l'amour, du désir érotique aussi s'entend, mais également de l'ivresse, de la musique, de la danse ; sans oublier qu'elle avait en charge de protéger les femmes, leur maternité, leurs nouveau-nés.

 

     Ressortissant aussi au domaine plus spécifiquement funéraire, elle était considérée comme la souveraine de la nécropole thébaine aux fins de favoriser la renaissance des défunts.

 

     Déesse des déesses, nourrice céleste - n'est-elle pas très souvent représentée sous la forme d'une vache ? -, c'est essentiellement dans le temple de Dendérah que son culte fut le plus éloquent. Epouse d'Horus le faucon qui, lui, possédait un sanctuaire un peu plus au sud, à Edfou, elle fait évidemment l'objet de maintes et maintes représentations dans l'art égyptien.

 

     Au nombre de sept, comme sur le petit bassin exposé devant nous, elle présente une forme humaine ; mais, elle peut aussi, je viens de le souligner, apparaître sous les traits d'une vache : ainsi, dans la vignette qui accompagne le chapitre 148 du Livre pour sortir au jour (plus souvent improprement appelé Livre des Morts) dans lequel nous pouvons lire ses sept noms :

 

Formule pour approvisionner le bienheureux dans l'empire des morts.

Paroles dites par N. " Salut à toi, celui qui brille en son disque, (âme) vivante qui monte de l'horizon !

N. te connaît et connaît ton nom, et connaît le nom des sept vaches et de leur taureau.

Vous qui donnez pain, bière, ce qui est profitable aux âmes, qui fournissez les portions journalières, donnez du pain et de la bière, fournissez les provisions pour moi, N. ; qu'il vous accompagne, qu'il vienne à l'existence sous vos croupes !


     Vache Château-des-kas, maîtresse de l'Univers ;

     Vache Igeret, celle-qui-se-tient-en-avant-de-sa-place ;

     Vache La Khemmite, celle-qui-emmaillote-le-dieu ;

     Vache Grand-est-son-amour, la rousse ;

     Vache Possesseur-de-vie, la colorée ;

     Vache Celle-dont-le-nom-fait-autorité-dans-sa-catégorie ;

     Vache Nuée-du-ciel, celle-qui-porte-le-dieu ;


     Taureau, le mâle-des-vaches ;


donnez pain, bière, offrandes alimentaires, approvisionnez le bienheureux N., bienheureux parfait qui est dans l'empire des morts.

 

     Je crois qu'il n'est nul besoin, amis lecteurs, après ce court extrait, d'expliquer davantage la raison pour laquelle, sur cette pièce en stéatite destinée à accompagner le défunt dans sa demeure d'éternité figurent les sept déesses Hathor ... 

 

 

     Sur l'autre petit côté,

 

E-25-298---Genies-du-nil.jpg

 

 

vous apercevez une représentation dédoublée de Hapy, incarnation divine de la crue du Nil en tant que fleuve nourricier, - génie de fécondité à laquelle j'avais, en août 2008, déjà consacré un article -,  avec entre eux deux, le poisson tilapia qui, je pense, vous est lui aussi devenu familier quand ici, mais aussi , je vous ai expliqué la symbolique qu'il véhiculait aux yeux des Egyptiens dans la croyance en une régénérescence post mortem depuis qu'ils s'étaient aperçus qu'immédiatement après la ponte, cette espèce abritait ses petits dans la gueule pour ne les régurgiter qu'une fois éclos.

 

     A nouveau, devant ce très petit objet à destination funéraire, vous aurez compris combien les motifs gravés ou incisés ne sont en rien "gratuits" : l'image égyptienne, je ne cesse de le répéter, est essentiellement utilitaire avant d'être simplement décorative.

 

 

     Il est temps à présent, et dans tous les sens de l'expression, de prendre congé de vous, non sans avoir bien évidemment évoqué, avec la coupe (E 14372), l'ultime pièce de cette vitrine 2.

 

  

 

E 14 372.jpg

 

 

     D'un diamètre de 11, 2 cm pour à peine une hauteur de 3, 4 cm, cette petite coupe en faïence siliceuse datant de la fin de la XVIIIème dynastie ou, peut-être, du tout début de la XIXème, nous présente une scène de pêche au filet dans les marais nilotiques : vous reconnaissez en effet les oiseaux aquatiques qui, souvent, volaient en ce biotope, ainsi que, dans la partie inférieure, les zébrures figurant l'eau du Nil.


 

     Je me ferme ainsi pour un temps, - en réalité jusqu'à la rentrée scolaire -, les portes du Louvre et de son Département des Antiquités égyptiennes. Quant à vous, amis lecteurs, si d'aventure vous étiez éventuellement de passage à Paris, je vous invite à y déambuler et à, pourquoi pas, prochainement venir me raconter ce que vous y avez découvert ...

 

     Ce pourrait être sympathique, non ?

 

     Bonnes vacances à tous ... et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 7 septembre pour, ensemble commencer à nous intéresser à la vitrine 3 de cette salle 5.

 

  

 

 

(Barguet : 1967, 206-7 ; Maruéjol : 2009, 36)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 23:00

    

      Nous nous sommes momentanément séparés vous et moi, souvenez-vous amis lecteurs, samedi dernier, après avoir successivement visité, dans la nécropole d'Abousir, les tombes de Oudjahorresnet, Kaaper, Fetekti, Qar et Inty, tout en promettant de nous retrouver à la rentrée de septembre pour poursuivre nos investigations. 

 

     Parce que tout à fait conscient de la canicule qui sévit en Belgique cet été, parce que me devant de vous ménager de manière que ne soit point trop enflammée votre matière grise, parce que comptant  m'échapper un certain temps sous d'autres cieux aux fins de régénérer la mienne, j'ai pris la décision de ne plus m'adresser à vous jusqu'à fin août - ce qui, vous l'aurez compris, correspond à la retraite estivale que mon blog a décidé de m'offrir-, qu'une seule fois par semaine.

 

     Chimères que tout cela, murmureront certains.


     Point ! Car comme l'année dernière, quand j'eus le plaisir de relire, puis de vous donner à connaître des textes de l'éminent égyptologue belge Jean Capart du 4 juillet au 29 août, j'ai choisi le samedi de manière à ainsi illuminer votre fin de semaine en entretenant la petite flamme de ce soldat de l'égyptologie (presque) inconnu qu'est, n'ayons pas peur de la dithyrambe, votre blog préféré : j'ai nommé le ci-devant EgyptoMusée


 

EgyptoMusée

 

     C'est maintenant que, normalement, devraient s'entonner les Trompettes de la Renommée ...

     Les entendez-vous ?


      Ou peut-être seule la voix chaude du grand Georges arrive-t-elle jusqu'à vous :

 

      Je vivais à l'écart de la place publique,

     Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique...


     Refusant d'acquitter la rançon de la gloire,
     Sur mon brin de laurier, je dormais comme un loir.

 

       Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
     Qu'à l'homme de la rue, j'avais des comptes à rendre.
     Et que, sous peine de choir dans un oubli complet,
     Je devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.

 


     Me concernant, de quels secrets pourrait-il bien s'agir ?


     Pardi, et si c'était mon amour de la littérature française ...

    Mais est-ce vraiment un secret ?

 

     Comment concilier égyptologie et littérature ?

     Tout simplement, comme je m'y suis déjà amusé, notamment dans une série d'articles concernant Pierre Loti et l'Egypte publiés ici les 7, 14, 21, 28 mars, ainsi que le 4 avril 2009, en vous proposant des extraits de l'oeuvre d'un auteur. 

    

     A propos de cet écrivain, - au demeurant un grand poète -,  que j'ai choisi pour illustrer cette nouvelle série de l'été, que vous dire de plus ... que ce que j'ai ci-avant déjà suggéré à l'un ou l'autre détour de phrase  ?


     J'ajouterai simplement que, comme quelques importantes figures de son siècle, il passa par Bruxelles, par la Belgique, terre de nombreux refuges qui ne furent d'ailleurs pas à l'époque que politiques  ...

 

     Les paris sont ouverts ...

     Jouerez-vous le jeu ?

     Avant de vous quitter, j'attends le résultat de votre réflexion, de votre perspicacité à lire entre certaines  lignes : de quel grand littérateur français s'agira-t-il ces prochains samedis ?

 

 

     Et pour le découvrir, rendez-vous est pris le 24 juillet pour un premier contact, et un vingt-et-unième billet à ajouter à la rubrique "L'Egypte en textes".  

 

     Mais avant cela, je rappelle à ceux d'entre vous qui, depuis plus de deux années maintenant, cheminent en ma compagnie dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre qu'une ultime rencontre devant la vitrine 2 de la salle 5 est prévue ce mardi 20 : ne m'y laissez pas seul ... 

Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Vous sachant fidèles, je ne doute pas que vous m'avez emboîté le pas, amis lecteurs, depuis le 22 juin maintenant, pour admirer les quelques objets de toilette exposés dans la vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.

 

     Nous poursuivrons aujourd'hui leur découverte en évoquant les deux cuillères  thériomorphes arrimées sur le mur du fond, en dessous de l'arc que nous avions vu récemment : elles ont été groupées avec la petite boîte à onguents que je vous avais présentée la semaine dernière.

 

 

Objets de toilette (M. Sancho)

 

(Grand merci à Michel Sancho pour m'avoir fait parvenir un cliché d'une portion de la vitrine 2 me permettant d'en agrandir ce détail présentant les cuillères.)

 

      Lors d'un précédent passage en salle 3, en mai 2008, j'avais eu l'opportunité d'attirer votre attention sur celles déposées dans la vitrine 2 qui, toutes, présentaient les courbes plus qu'agréables d'une nageuse, et d'insister sur le fait que si les égyptologues leur donnent des noms divers - cuillers à parfum, cuillers à fard, cuillers à onguent -, en les inscrivant donc par la même occasion dans la catégorie des ustensiles de toilette, il n'en demeure pas moins que certaines d'entre elles ont manifestement été utilisées au cours de cérémonies cultuelles, religieuses pour, par exemple, contenir des produits odoriférants destinés à être brûlés, tels l'encens et la myrrhe  ... 

 

     Qu'elles n'aient jamais servi dans le quotidien, comme le pensent certains savants qui les classent alors parmi les objets empreints de symbolisme que tout défunt désirait emporter avec lui dans sa tombe afin que soit  pleinement assurée sa régénération dans l'Au-delà ; qu'elles aient été employées à des usages domestiques ou sacrés ; qu'elles aient accompagné les gestes des prêtres des temples procédant chaque jour à la toilette de la statue d'un dieu ou ceux d'une belle et riche Egyptienne dans ses appartements privés, il n'en demeure pas moins vrai, - et j'espère que mon intervention de ce matin vous y rendra sensible -, que ces petits objets considérés par d'aucuns comme participant de ce qu'ils nomment volontiers les "arts mineurs", sont d'un raffinement et d'une élégance irréfragables.

 

     Ainsi la première d'entre elles (N 1665) qu'exceptionnellement, je vous propose d'admirer recto (comme au centre de la photographie ci-dessus)

 

 

N 1 665.jpg

 

  et verso.

 

N-1-665---revers.jpg

 

 

     Provenant de la collection des quelque 4000 pièces rassemblées par Henry Salt, (1780-1827), consul général britannique au Caire, et achetée par la France sur les instances de Jean-François Champollion tout fraîchement nommé par Charles X Conservateur de la section des monuments égyptiens de son musée royal, cette délicate petite pièce date, sinon de l'époque ptolémaïque, très probablement de la dynastie saïte dans la Basse Epoque qui la précède.

 

     Elle entra au Louvre en 1826, en même temps que des monuments plus imposants comme les blogs enlevés, à Karnak, au Mur des Annales de Thoutmosis III, que nous avons vus en salle 12, et bien d'autres grandioses merveilles de ce musée qu'il serait évidemment maintenant hors de propos d'évoquer. 

 

     D'une longueur d'à peine 11, 5 cm et d'une largeur de 4, 5 cm, elle a été réalisée en faïence siliceuse et figure un bouquetin couché, les pattes entravées sous le ventre.

 

     Nonobstant le respect que le monde scientifique doit à l'éminent égyptologue belge Jean Capart, force est de constater que la théorie qui fut sienne en 1943, à savoir que les cuillères représentant une bête ainsi ligotée remplaçaient symboliquement les animaux sacrifiés, égorgés ou mutilés, destinés à la table d'offrandes du mort, est à présent devenue obsolète aux yeux des savants.

 

     Je pense qu'il faut simplement y voir la représentation d'un animal capturé :  en effet, bouquetins, oryx, gazelles et autres  herbivores des confins désertiques de l'Egypte constituèrent dès les temps les plus anciens une réserve de choix qu'il devint intéressant d'engraisser aux fins de bénéficier d'un apport alimentaire non négligeable quand, d'aventure, une chasse ne rapportait pas le butin escompté.

Premier pas vers une sorte de domestication avant la lettre ...   

 

     Notez ici le détail de la tête complètement retournée vers l'arrière - attitude que l'on retrouve d'ailleurs plus souvent dans des figurations de canards : ce pourrait constituer ce que l'égyptologue suisse Philippe Germond appelle un "marqueur imagé de la renaissance" d'un défunt. En effet, l'onguent prophylactique que la coupelle creusée dans le corps de l'animal aurait alors contenu permettait d'envisager une éternité post mortem des plus précieuses pour le trépassé qui avait choisi cette pièce pour l'accompagner à jamais.



     La seconde cuillère (E 3678), comme la précédente, date de la XVIIIème dynastie. 

 

 

E 3 678.jpg

 

 

     Mesurant 12, 9 cm de long et 5, 5 de large, elle figure un oryx couché, peut-être lui aussi entravé : en fait,  ses pattes ont disparu dans la cassure et seul le haut de sa cuisse est resté intact. Il présente des cornes très légèrement courbées dans le prolongement du museau, touchant le dos de leur extrémité, poursuivant de la sorte et terminant, avec la queue, la courbe élégante de l'ensemble voulue par l'artiste.

 

     Cette pièce fut réalisée en grauwacke, c'est-à-dire dans une pierre que souvent l'on confondit avec le schiste, voire même le basalte : elle fut fort prisée des Egyptiens, notamment pour sa couleur relativement foncée, et ses reflets dus à la présence de cristaux fins et brillants.

 

     C'est essentiellement dans le désert oriental, entre la Vallée du Nil et la mer Rouge, au Wadi Hammamat très exactement, qu'ils allaient chercher cette roche à laquelle ils donnèrent le nom de "Pierre de Bekhen" : dès les époques pré-dynastiques déjà, ils la travaillèrent pour confectionner de petits objets, récipients et palettes à fards essentiellement, que l'on retrouve aujourd'hui en abondance dans les différentes collections des musées du monde entier.

 

     Avec d'autres, dont la célèbre statue guérisseuse de Padimahès, (E 10777), également en grauwacke, exposée dans la vitrine 4 de la salle 18, elle entra au Louvre en 1898, donation effectuée suite au décès du collectionneur et comte polonais Michel Tyszkiewicz (1828-1897).

 

 

     Tout naturellement, nous arrivons vous et moi, amis lecteurs, au terme de notre "exploration" de cette vitrine, engagée le 23 février dernier. De sorte qu'avant de vous donner congé pour quelques semaines et de personnellement me diriger vers d'autres cieux estivaux, je vous invite à me retrouver pour un ultime rendez-vous en cette salle mardi prochain, le 20 juillet, à la veille de la fête nationale belge ...

 

 

 

 

(Capart : 1943, 277 ; Germond : 2008, 223 ; Klemm : 1990, 26 ; Vandier : 1972, 30)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 23:00

 

      Samedi dernier, souvenez-vous, dans le cimetière sud d'Abousir, nous avons ensemble admiré et la façade du mastaba d'Inty - que, depuis son excavation lors de la campagne de fouilles 2000-2001, les Tchèques se passionnent à minutieusement restaurer -


Façade mastaba d'Inty.jpg


et la décoration intérieure de la chapelle funéraire de ce fils puîné de Qar, un des vizirs du roi Téti, à la VIème dynastie.

 

Bas-relief Inti assis - chien sous siège

 

 

     Aujourd'hui, comme nous en étions convenus avant de nous séparer, je me propose de vous emmener dans sa chambre sépulcrale au fond d'un puits de 22 mètres de profondeur, découverte en 2002.

 

     J'espère vraiment, amis lecteurs, que vous appréciez à sa juste valeur le privilège que je vous offre d'ainsi m'accompagner sur tous ces sites d'Abousir qui, j'aime à le rappeler, ne sont pas encore ouverts au public ...

 

     La mastaba d'Inty, souvenez-vous, était situé au sud de celui de son père, dans le même grand complexe funéraire. Un agrandissement du plan que j'ai déjà eu l'opportunité de vous montrer situera bien mieux que de longues phrases la disposition des lieux.


Plan Mastaba d'Inty

 

      C'est dans la portion sud-est de cet ensemble qu'ont été creusés les différents puits funéraires pour l'inhumation du juge Inty et de quelques-uns de ses proches, le principal d'entre eux, le plus méridional (= A sur le dessin ci-dessus) lui étant personnellement réservé : d'une profondeur de 22 mètres, il donnait accès à sa chambre sépulcrale creusée tout au fond. Il fallut plusieurs semaines d'un labeur pénible, voire dangereux aux membres de l'équipe de fouilles pour enfin l'atteindre.

 

     Son étude minutieuse se révéla riche de nouveaux renseignements. Il apparut qu'elle se subdivisait en deux parties : une première, à l'est, de 4, 80 m  sur 2, 40 et 2, 30 m de hauteur et une seconde, à l'ouest,  de même hauteur, mais de seulement 3, 20 m pour 2, 60 m : là se trouvait un imposant sarcophage, vide, portant le nom et les titres d'Inty, de 3, 14 m de long,  1, 70 de large et 1, 20 m de haut, surmonté d'un couvercle  de 3 m sur 1, 60 et 0, 64 m d'épaisseur qui, manifestement, avait été jadis déplacé par des voleurs de tombes.


 

Chambre funéraire de Inty.jpg

 

     Hélas, que de fois l'ai-je répété depuis qu'ensemble nous arpentons la nécropole d'Abousir : cette chambre funéraire n'a pas échappé au sort, banal et tellement récurrent, des tombes voisines : comme beaucoup d'autres elle fut l'objet de la triste convoitise humaine, probablement fort peu de temps après les funérailles elles-mêmes, et probablement aussi par du personnel qui y avait participé ! 

 

     En transcrivant toutes les données chiffrées que je précisais ci-avant, les égyptologues s'aperçurent très vite que les dimensions du sarcophage du juge Inty correspondaient pratiquement à celles, à quelques centimètres près, de celui précédemment retrouvé dans la tombe de son père.

 

     Sur la gauche de l'énorme bière, vous remarquerez une sorte d'alcôve d'1, 50 m de long : là  était déposé le couvercle avant l'ensevelissement proprement dit.

 

     Mais la découverte la plus spectaculaire fut sans conteste le monolithe de calcaire (1, 32  x   0, 78 m, pour une épaisseur de 0, 38 m), qui s'élevait encore contre la cuve funéraire : quoique de petite taille, très certainement en rapport avec la hauteur du sarcophage lui-même, couvercle non compris, il imitait parfaitement les stèles fausses-portes si fréquemment exhumées dans les chapelles funéraires des mastabas de Saqqarah.

 

     La pierre était gravée de hiéroglyphes révélant le nom du propriétaire de la tombe, ainsi que ses titres - comme déjà sur le sarcophage -, mais aussi des sempiternelles formules et listes d'offrandes. En revanche, par rapport avec une vraie stèle fausse-porte, il manquait ici la figuration du défunt.

 

     Quoi qu'il en soit, ce petit monument apparemment unique combla d'aise les savants qui s'intéressent plus spécifiquement aux conceptions funéraires ayant cours à l'Ancien Empire : il semblerait en effet qu'ils détiennent là le prototype même des décorations de fausses-portes qui seront gravées ou peintes sur les parois des cuves funéraires aux époques postérieures.

 

     Sur le sol de la chambre sépulcrale, mais aussi sur le couvercle du cercueil de pierre, les fouilleurs tchèques rassemblèrent quelques pièces qui avaient manifestement échappé aux voleurs : des vases en albâtre, des pièces en céramique et une table d'offrandes ; mais aussi des ossements du défunt lui-même ...

 

     De la même manière qu'avaient été réalisées des études anthropologiques des restes humains exhumés dans les différents puits des membres de la famille de Qar,  les scientifiques se penchèrent sur ceux retrouvés dans le mastaba d'Inty et de ses proches parents.

 

     Il appert qu'ici furent inhumés trois hommes, dont Inty, décédé entre 40 et 60 ans et son fils Ankhentjenenet, vers la cinquantaine ; trois femmes, deux enfants et deux autres corps non identifiés. 

 

 

     Avec cette dernière visite dans le complexe funéraire de Qar et des différents membres de sa famillle s'interrompt momentanément nos déambulations dans le cimetière d'Abousir : j'ai en effet pris la décision, le temps de quelques semaines de vacances, le temps de changer de cap, de partir vers d'autres cieux ... qu'un jour, peut-être, comme mes amours estivales de l'été 2009, je vous présenterai.

 

     Ceci posé, comme il est à mes yeux hors de question de vous laisser orphelins d'égyptologie, je propose que nous restions en contact, vous et moi, chaque samedi jusqu'à la rentrée scolaire de septembre prochain  par l'entremise de quelques extraits littéraires ...

 

     Vous me permettrez de ne point en dévoiler davantage ce matin et de simplement vous  fixer un premier nouveau rendez-vous dès le 17 juillet prochain.

 

 

 

(Barta : 2004, 55-6 ; Id. 2005

 

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:00

 

   D'aucuns, pragmatiques, penseront que le moment est mal choisi  dans la mesure où tous, ou presque, allons quelque peu délaisser nos blogs respectifs aux fins de nous octroyer l'une ou l'autre semaine de vacances que la banalité du langage qualifie souvent de "bien méritées".

 

     Vous accorderez au retraité de l'Enseignement de l'Histoire que je suis, même s'il sacrifie cette fois encore à ce rite estival, de prendre soin, comme le Petit Poucet de légende, de semer quelques cailloux d'importance : sur les uns, je reviendrai sous peu ; sur un autre, je m'efforcerai ce matin de simplement vous en annoncer le premier jet.

 

     Il s'appelle : ÉGYPTO-ARCHÉOLOGIE.

 

 

Abousir 3

 

     "Qu'est-cela ?", vous interrogerez-vous d'un oeil distrait, tout en bouclant probablement vos valises ...


      "Existait déjà, depuis mars 2008, EgyptoMusée, notre blog favori ! , (ne craignons pas les formules stéréotypées), dans cette pléthore de rendez-vous culturels.

Et maintenant, Egypto-Archéologie ??? "

 


     En un mot comme en cent, amis lecteurs, la maison s'agrandit !

     Et je vous en ouvre toute grande la porte (celle-ci, n'est point "fausse" !!! - les plus fidèles comprendront ...)

 

     J'ai en effet décidé, avant de momentanément bientôt vous quitter, de vous inviter à me rejoindre dans une toute nouvelle communauté que j'ai créée voici deux jours ...


      Et dans laquelle, - il fallait bien que quelqu'un essuie les plâtres - , en fonction du nom que je lui ai attribué, et des perspectives que j'aimerais qu'elle prenne grâce à vous, j'ai déjà publié quelques articles : en fait une petite quinzaine se rapportant aux fouilles archéologiques, dont vous n'ignorez plus la teneur maintenant, de l'Institut tchèque d'égyptologie à Abousir.

 

 

     Point n'est besoin, hic et nunc, d'en écrire plus.

 

     Pour plus de renseignements : colonne de droite de ce blog, rubrique "Communautés", celle que je vais, avec vous, apprendre à gérer : "Egypto-archéologie" ...


 

     "Mais, insisteront certains, pourquoi précisément lancer ce nouveau projet avant les vacances ?"

 

     Tout simplement parce que je ne suis pas encore vraiment persuadé d'être un bon gestionnaire, et qu'il faudra peut-être que je sois d'une manière ou d'une autre épaulé pour que, dès la rentrée de septembre, cette communauté fonctionne comme il m'agréerait ...

 

     A bientôt vous et moi pour cette nouvelle aventure ???

 

     Richard

Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:00

   Après vous avoir invités à découvrir, il y a quinze jours, un délicat étui à kohol en os puis, la semaine dernière, une superbe boîte à onguents en bois de caroubier, j'aimerais aujourd'hui, amis lecteurs, poursuivre l'évocation de ces petits monuments qui n'ont pas toujours l'heur d'attirer les regards de touristes manifestement pressés.

 

     Le point commun entre tous les objets de toilette exposés dans cette vitrine 2 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre réside, vous vous en souvenez, dans le détail de leur décoration : ils sont en effet gravés ou incisés de représentations d'animaux qui, souvent, en pourchassent d'autres.

 

 

     La seconde boîte à onguents (N 1 741) que nous avons ici devant nous provient elle aussi de la collection Drovetti.

 

 

N 1 741

 

     Même partiellement abîmé,  - il semblerait que le bois du couvercle et de l'arrière-train de l'animal ait été rongé, voire calciné -, ce spécimen de 13, 5 cm de long et de 4, 5 de large reste magnifique : datant du Nouvel Empire, il représente une élégante gazelle que l'on a vraisemblablement capturée ; ses pattes, repliées sous le ventre, sont en effet ligotées. 

 

     C'est le corps même de la bête que l'artiste a évidé pour constituer le récipient peut-être destiné à contenir les produits cosmétiques d'une belle Egyptienne, alors que le couvercle, se mouvant grâce à un pivot, figure le flanc droit de la fine gazelle.

 

     Détail d'importance : l'oeil, en fait les deux yeux, et les cornes ont conservé la peinture noire d'origine. 

 

 

     Dans la même catégorie d'objets, trois couvercles attireront à présent plus particulièrement nos regards. Et en premier lieu, celui en bois de caroubier toujours, référencé N 1711 A.

 

N 1 711 A.jpg

 

     Mesurant 12, 5 cm de longueur et 4, 4 de large, datant de la XVIIIème dynastie, cette pièce rectangulaire propose, gravés en creux, deux animaux gambadant allégrement dans un environnement herbeux : tous les deux regardent vers la gauche, normalement pour celui du dessous, mais au prix d'un effort sur lui-même pour celui de la partie supérieure puisqu'en réalité, il sautille, lui, vers la droite.

 

     Dans l'un, il me semble reconnaître un petit veau, mais n'en suis pas vraiment persuadé pour le second, même si le cartel indique le substantif au pluriel.

 

     Vous aurez d'évidence noté, amis lecteurs, si vous avez été soucieux de l'élément décoratif qui encadrait les scènes gravées sur le coffret que nous avons détaillé la semaine dernière, qu'ici aussi nous avons des bandes composées de végétaux, pétales ou feuilles lancéolées, sur deux niveaux superposés, gravées aux extrémités du couvercle. Entre eux, une ligne ondulée qu'enserrent deux horizontales représente vraisemblablement le Nil.

 

     Si subsiste cette fois, à la partie supérieure, le bouton rond qui, à l'origine, permettait d'ouvrir la boîte, à l'inverse, ont complètement disparu les incrustations de pâte minérale rouge et verte, ainsi que d'os, qui servaient initialement à rehausser quelques détails.   

 

 

     Remarquez le travail légèrement différent qu'a réalisé un artiste également du Nouvel Empire sur le couvercle  N 1 711 B, un peu plus petit puisqu'il mesure 11 cm de long et 3, 5 de large, tant au niveau du type de gravure qu'à celui du choix des motifs encadrant les frises autour des deux scènes animalières, ou celui qui, au centre de la composition, les sépare. 

 

N 1 711 B.jpg


 

     Au registre supérieur, il a esquissé deux bouquetins s'agrippant à (ou voulant grimper sur) une plante pour le moins particulière. En dessous, nous retrouvons des veaux gambadant cette fois tous deux dans la même direction : peut-être fuient-ils l'animal représenté entre eux, ou tout autre danger ?

 

     Il m'apparaît évident que les boîtes que ces couvercles durent un jour fermer furent de semblable excellente facture. Et comparativement à celle de mardi dernier, placée juste à côté dans la vitrine, il est indéniable, alors qu'ils ne font aucunement partie de la collection qu'avait rassemblée, puis vendue au Louvre, Bernardino Drovetti, en 1827, qu'ils proviennent sinon du même artiste, à tout le moins d'un même atelier, d'une même école artistique.

 

 

     Tout différemment se présente le dernier objet que nous envisagerons ce matin : E 17 367.

 

 

E 17 367.jpg

 

 

     En effet, plutôt que de bois,  il s'agit de faïence siliceuse, originairement verte, mais s'étant avec les siècles fortement décolorée : de forme semi-circulaire, il obtura très vraisemblablement un écrin réalisé, dans le même matériau, de 11 cm de long et de 7, 1 de large.

 

     Deux trous ont été percés, l'un au milieu de l'arrondi extérieur, l'autre, à l'aplomb, dans la partie rectiligne du dessous : probablement marquent-ils l'emplacement de la pièce qui devait permettre d'ouvrir le petit récipient.

 

     Datant de la XXVIème dynastie, à la Basse Epoque donc, il a été travaillé en relief pour figurer un carnassier à la gueule à nouveau vue de face, s'apprêtant à dévorer un oryx qu'il immobilise de ses pattes antérieures : la droite posant sur le flanc du gracile animal, la gauche lui maintenant les membres au sol.

 

 

     Nonobstant que, comme tout un chacun, j'admire l'énormité du travail des sculpteurs égyptiens de l'Antiquité, que ce soit au niveau des reliefs d'un monument funéraire, ou de celui des hiéroglyphes harmonieusement gravés sur les parois d'un temple - rappelez-vous, à Karnak, ceux des "Annales "de Thoutmosis III -, ou devant l'immensité parfois atteinte dans leur statuaire : je pense notamment aux colosses de Ramsès II à Abou Simbel, il m'apparaît au fil du temps que je suis de plus en plus réceptif quand l'extrême talent de ces hommes se met au service et s'accorde avec la petitesse de certaines pièces destinées à un mobilier funéraire. Celles auxquelles j'ai consacré mon intervention d'aujourd'hui, par exemple.

 

     Ne sont-elles pas superbes toutes ces boîtes à fards ? Ne requièrent-elles pas une attention soutenue ? Chaque détail de leur décoration ne mérite-t-il pas notre admiration  ?

 

     Certes, existera toujours l'un quelconque esprit chagrin qui m'objectera que le lion que les égyptologues veulent voir sur le couvercle ci-dessus n'est pas véritablement représentatif de la réalité. Il n'empêche qu'à mes yeux, à tout le moins, l'aspect éminemment carnassier de la bête a été admirablement rendu par la gueule ouverte que l'artiste a réalisée à l'époque ; et que sa puissance sur le frêle oryx qu'il plaque au sol est indiscutable. Et peu me chaut si d'autres détails de son corps ont été volontairement ou non laissés de côté par le sculpteur ... Là n'était pas l'essentiel : la gueule et les pattes sont, me semble-t-il, suffisamment éloquentes : on a tous compris que nous n'assistions pas ici à une idylle naissante !

 

     Avec ces quelques gracieux objets de toilette - et je ne considère pas avoir épuisé le sujet -, je n'avais d'autre but, amis lecteurs, que celui de vous faire admirer un travail de précision, de  vision animalière que l'on n'approche pas toujours avec nos yeux de visiteurs pressés.

 

     Je ne sais si j'y suis parvenu, mais au moins aurais-je essayé de vous inviter à  porter un autre regard sur ces petits "trésors" quand, d'aventure, vous reviendrez sans moi visiter le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Toutefois, si vous estimez que mon modeste objectif fut aujourd'hui atteint, je vous propose un pénultième rendez-vous, mardi prochain, même salle, même heure pour, avec deux autres petites merveilles, à savoir : des cuillers à fard, irrémédiablement nous diriger vers le point final de notre inventaire de la vitrine 2 que nous apposerons le 20 juillet suivant ...

 

 

  (Vandier d'Abbadie : 1972, 45 ; Id. 52)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 23:00

 

     Nous étions donc tous réunis, samedi dernier, amis lecteurs, pour ensemble visiter la tombe du patriarche d'une importante famille de hauts fonctionnaires memphites de cette VIème dynastie qui clôture pratiquement l'Ancien Empire égyptien.

 

     La semaine précédente, j'avais, dans une première intervention, largement souligné la destinée particulière des membres de cette lignée : puis-je me permettre de vous conseiller d'éventuellement vous replonger dans vos notes de la dernière quinzaine si, d'aventure, l'un ou l'autre détail de notre visite de ce matin venait à vous échapper ? 

 

     Il est effectivement dans mes intentions aujourd'hui de vous convier  à découvrir, toujours dans la même nécropole d'Abousir, immédiatement au sud de celui de son père, le mastaba d'Inty, à tout le moins sa partie supérieure.

 

Mastaba du juge Inti.jpg

 

 

     Une toute petite précision s'impose d'emblée : alors que je m'étais donné comme ligne de conduite d'envisager avec vous les travaux des équipes de l'égyptologue tchèque Miroslav Barta durant les ultimes années du précédent siècle, je pense opportun de quelque peu transgresser cette position dans la mesure où les mastabas de Qar et de son fils Inty, dans le même complexe funéraire, se doivent à mon sens d'être traités ensemble ; même si, de campagne en campagne, ce fut en 2000-2001 que les  archéologues exhumèrent la superstructure du mastaba - ce que nous verrons ce matin -, et en 2002 que le puits funéraire dans lequel nous descendrons samedi prochain fut mis au jour, soit à ce présent XXIème siècle qui constituera, dès l'automne prochain, un nouveau grand "chapitre" de nos visites de la nécropole.

 

     Aujourd'hui, donc, et sans nous préoccuper de chronologie, c'est chez Inty que nous nous rendons.

 

     Inty - ou Inti, selon les graphies , - était, souvenez-vous, le petit dernier, le fils "préféré" que Qar eut d'une seconde épouse. Comme son père, comme ses frères, ce puîné embrassa la fonction de Juge de Nekhen. 


 

Inti.jpg

 

 

     Miroslav Barta pense qu'il est très probable que, si pas simultanément, le tombeau d'Inty fut construit  fort peu de temps après celui de son père. Et de baser son opinion sur un aménagement particulier remarqué lors des fouilles : il a en effet  retrouvé l'emplacement d'une petite ouverture dans le mur ouest partiellement détruit de la chapelle vizirale de Qar qui donnait sur une pièce située juste en face de l'entrée de la tombe de son fils et donc, qui reliait ensemble les deux monuments funéraires. C'est la raison pour laquelle, les plus attentifs d'entre vous auront très certainement noté que dans une précédente intervention, j'ai employé les termes de "semi-indépendants" pour définir les deux mastabas.

 

     C'est à l'ouest, en fonction de la topographie du cimetière sud d'Abousir, que se situe la façade du tombeau, d'une largeur de 2, 72 m, magnifiquement préservée qu'elle fut, comme vous pouvez le constater, grâce au sable du désert qui recouvrit le lieu des millénaires durant.

 

Inti - Entrée de la tombe.jpg

 

    

     Composé de blocs de calcaire décorés de reliefs dans le creux ayant encore partiellement conservé leurs teintes d'origine, chacun des deux côtés de l'entrée propose, sur 1, 03 m de large, en séquences relativement symétriques, le juge Inty, debout, en taille héroïque, tenant, bien visible sur la paroi gauche, un long bâton. Torse nu, simplement vêtu d'un pagne à devanteau, il est coiffé d'une perruque longue, à fines mèches parallèles, et arbore une barbe très courte. Un large collier ousekh composé de plusieurs rangs de perles lui orne le cou.  A ses pieds, Ankhemtjenenet et Senedjemib II, ses deux fils, représentent la troisième génération de la famille de Qar. 

 

     Disposés en colonnes verticales, les hiéroglyphes, eux aussi gravés en creux, que vous apercevez devant et au-dessus des personnages donnent à lire une courte autobiographie du juge Inty, mais aussi le traditionnel "Appel aux vivants" (ou "aux visiteurs", suivant les propos inscrits).

 

     Si vous observez attentivement, vous distinguerez au-dessus de la main d'Inty, à gauche comme à droite, mais plus facilement de ce côté, trois hiéroglyphes - djed-f, en égyptien -,


Il-dit---Djed.f--.jpg

 


signifiant "Il dit " : ces pictogrammes marquent l'introduction aux paroles, prières ou menaces, parfois promesses, que le propriétaire de la tombe adressait à ceux, prêtres, fonctionnaires de la nécropole et bien évidemment ses propres parents, qui étaient amenés à pénétrer dans la chapelle où se devait de lui être rendu un culte ; culte qui, j'aime à le rappeler, constituait tout à la fois un devoir de mémoire de la part des proches et, de manière concomitante, l'espérance en la survie dans l'Au-delà pour le défunt lui-même. 

 

     Pour différencier les textes en question, les égyptologues nomment "Appel aux vivants" ceux qui se composent seulement de prières, "Formule prohibitive" quand il n'y a que des menaces et "Adresse aux visiteurs" ceux qui réunissent les deux.

 

     Le savant genevois Henri Wild, (1902-1983), se référant à plusieurs formulations semblables relevées dans différents mastabas de cette époque, dont celui de Ti, à Saqqarah, proposa jadis une traduction type mettant l'accent sur le fait qu'est menacée d'être jugée devant le grand dieu toute personne qui entrerait dans le tombeau en n'étant point pure, c'est-à-dire, pour les prêtres ritualistes par exemple, en ayant consommé des produits prohibés : souvenez-vous des poissons que j'ai déjà ici évoqués. Le texte, ou plutôt le défunt, ajoute la précision qu'il a été initié à divers rites, qu'il connaît les livres sacrés et que, de la sorte, il est à même de protéger ceux qui, en état de pureté, lui apporteront les offrandes funéraires.

 

     J'annonce tout de suite que je ne dispose pas du texte exact que les épigraphistes tchèques ont relevé chez Inty ; toutefois si un exemple de cette formule vous intéresse, amis lecteurs, je ne puis que vous conseiller, une fois encore, de vous rendre sur l'excellent site d'OsirisNet où, dans l'étude qui y est proposée du mastaba de Ti, est reprise in extenso, tout au bas de la page 1, la traduction d'Henri Wild.

 

     Avant de pénétrer ensemble plus avant, je voudrais vous faire remarquer la présence, ici, de petits obélisques - ou ce qu'il en reste : habituellement érigés par paires - il y en eut donc très probablement quatre devant le mur de façade de la tombe d'Inty -, ces monuments que l'on retrouvera bien plus tard, au Nouvel Empire, pesant des tonnes cette fois, essentiellement de part et d'autre des pylônes  d'entrée des temples, symbolisaient en fait les rayons du dieu solaire Rê auquel, au point de départ, on rendait hommage dans la ville d'Héliopolis.  

 

     A l'intérieur du passage d'accès d'environ 1, 30 m de long, les égyptologues découvrirent les processions d'hommes et de femmes, ces dernières, sur le mur ouest, personnifiant les différents domaines agricoles ayant appartenu au défunt et dont les noms sont en rapport avec le roi Téti, tandis que les premiers, sur le côté est, figuraient les porteurs d'offrandes : scènes récurrentes dont peut-être vous vous souviendrez avoir vu un exemplaire, si pas lors d'un séjour en Egypte, à tout le moins, pour les plus fidèles d'entre vous, quand ensemble nous avons visité la chapelle d'Akhethetep, en salle 4 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Empruntons maintenant, voulez-vous, ce petit couloir d'entrée d'un peu moins de 70 centimètres de largeur - merci de prendre garde à ne pas abîmer les parois décorées, notamment avec vos sacs à dos - pour déboucher dans une petite cour de 5, 46 sur 3, 33 mètres, pavée de blocs de calcaire : là, dans le mur ouest, a été aménagée la chapelle cultuelle large d'1, 70 m et haute de 2, 15 m de laquelle, il y a quelques années, fut exhumée la stèle fausse-porte : les deux clichés ci-dessous, émanant des archives de l'Institut tchèque d'égyptologie, font état de deux étapes de son excavation.

 

 

Stèle fausse-porte.jpg


 

Mise-au-jour-chapelle-funeraire-du-juge-Inti.jpg

 

 

     Taillée dans un bloc monolithique en calcaire, surmontée d'une corniche à gorge, elle est couverte de hiéroglyphes gravés en creux détaillant les traditionnelles formules d'offrandes, mais surtout, le nom et les titres officiels d'Inty : informations non négligeables permettant aux chercheurs de partiellement reconstituer sa carrière prestigieuse au sein de l'Administration centrale memphite.

 

     Dans la partie supérieure de cette fausse-porte : la "fenêtre" à travers laquelle l'on peut "voir" une  relativement rare double représentation du défunt assis à la table de son repas funéraire. 

 

Stele-fausse-porte.jpg

 

 

     Au fur et à mesure du dégagement des parois de la chapelle cultuelle d'Inty, il apparut très vite aux membres de l'équipe de Miroslav Barta  que les scènes qui en ornaient les différents murs étaient d'une beauté et d'une finesse d'exécution bien supérieures à celles qui avaient été retrouvées quelques années auparavant dans celle de Qar, son père.

 

     Parmi elles, notamment,  remarquablement  bien préservé, un bas-relief d'Inty à nouveau devant sa table d'offrandes. 

 

 

Bas-relief-Inti-assis---chien-sous-siege.jpg

 

      L'égyptologue belge Nadine Cherpion a magistralement démontré, dans une étude centrée sur la datation des mastabas et des hypogées de l'Ancien Empire, qu'existaient quatre catégories de critères utiles permettant de chronologiquement classer ces tombes avec une certaine précision : ce sont bien évidemment les vêtements portés par le défunt, mais aussi les détails de la fausse-porte, la table d'offrandes devant laquelle il se tient, sans oublier son contenu, et - c'est la raison pour laquelle je précise ici ce point -, le siège sur lequel il est assis.

 

     En effet, en comparant des figurations semblables dans plusieurs chapelles funéraires, l'on se rend très vite compte que les sièges peuvent présenter des différences notoires dans maints détails de leur fabrication : notamment aux niveaux des dossiers, de la présence ou non d'un coussin, de la forme des pieds, etc.

 

     Celui d'Inty est constitué d'un dossier bas que recouvre un coussin, a des pieds thériomorphes, c'est-à-dire évoquant un animal sauvage :  ici, ce sont des pattes de lion, et se termine, à l'arrière, par une ombelle de papyrus.

 

     Tous ces points, mais aussi bien d'autres dans la tombe, permettent donc de la situer à l'époque du roi Téti.

 

     Autre scène, sous le siège : la présence d'un nain tenant en laisse Idjem, - son nom a été incisé juste au-dessus de ses oreilles dressées -, le chien favori du défunt, un de ces "Lévriers des Pharaons" à la rare élégance auquel, précédemment, j'ai déjà fait allusion.


 

Bas-relief---Nain-et-levrier-du-juge-Inti.jpg

(© Archive of the Czech Institute of Egyptology, Kamil Voděra.)


 

     Certains d'entre vous peut-être ont pu admirer semblable représentation, pas loin d'ici, à Saqqarah, dans le mastaba de Mererouka, qui fut lui aussi, comme Qar, le père d'Inty, vizir de Téti, à la VIème dynastie. 

 

     Si, comme vous l'avez assurément noté, les traits du visage ainsi que quelques détails de ce portrait du fils préféré de Qar, comme le large collier ousekh qu'il porte sur la poitrine, ou la perruque finement frisée à laquelle je faisais référence il y a quelques instants, attestent indiscutablement du haut degré de perfection de l'artiste égyptien,

 

Inti (K. Vodera)

 

ils manifestent également l'exigence esthétique qu'Inty imposa à ceux qui s'occupèrent de sa "Maison d'éternité" : il faut en effet que vous soyez conscients qu'à cette époque déjà, les propriétaires des tombes privées mettaient un point d'honneur à contrôler et la qualité du travail architectural en général et celle de la décoration intérieure en particulier.


 

     Aux fins de clôturer l'évocation de l'immense complexe funéraire de Qar et de ses  proches, et avant, je l'avoue, les vacances que, partiellement, mon blog se propose de m'offrir, je vous invite à nous retrouver une dernière fois, amis lecteurs, samedi prochain, devant le mastaba d'Inty : ensemble nous descendrons visiter la chambre sépulcrale.

 

A samedi ...

       

 

(Barta : 2004, 53-6 ; Id. : 2005 ; Cherpion : 1989, 25-42 ; Onderka & alii : 2008, 104 ; Wild : 1959, 101-12)

Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 23:00

 

       Dans l'éditorial qu'il signe à la page 5 du dernier numéro, le douzième, du magazine trimestriel Grande Galerie, Le Journal du Louvre, Henri LOYRETTE, Président-Directeur du Musée mentionne, en substance, toutes les magnifiques expositions cachées et dont personne ne parle qui, selon ses propres termes, sont déguisées sous le nom de "collections permanentes"

 

     Il est manifeste que, contrairement à vous, amis lecteurs, Monsieur Loyrette n'a pas la chance ( ) de connaître EgyptoMusée. Il ignore que des confins de la Belgique cousine, un retraité de l'Enseignement de l'Histoire, "Passeur de mémoire" donc, amateur d'égyptologie de surcroît, s'est mis en tête, depuis plus de deux ans maintenant, de faire visiter - en prenant tout son temps - , salle par salle, le Département des Antiquités égyptiennes du Musée dont M. Loyrette assume la direction.

 

     Je pense ... ; non, je ne pense pas : j'affirme péremptoirement, pour l'avoir constaté maintes et maintes fois, qu'en majorité, les touristes qui le parcourent s'y engouffrent au pas de charge dans la seule optique d'accéder le plus rapidement possible là où ils savent pertinemment bien qu'ils trouveront ce qu'ils considèrent comme le nec plus ultra, si pas le seul art valable : celui de la sculpture monumentale.

Ce que les trois espaces en enfilade constituant la salle 12 dédiée au temple déploient en fait à l'envi.

 

     Se comportant ainsi, au gré des vitrines, ils regardent sans vraiment voir. Et passent à côté de petits bijoux qui, à eux seuls, mériteraient pourtant une attention plus que passagère.

 

     Ce sont ces petits monuments oubliés, peu admirés, laissés pour compte, comme les quelques-uns qu'il nous reste à évoquer dans la deuxième vitrine de la salle 5 devant laquelle nous nous trouvons  maintenant depuis la rentrée 2009, que je voudrais mettre en lumière au cours des derniers rendez-vous que j'escompte programmer les prochaines semaines, avant le nouveau congé scolaire de l'été 2010. 

    

       Mardi dernier, déjà, parmi les objets de toilette sur lesquels nous allons nous pencher, je vous avais proposé un très bel  étui à kohol en os.

 

     Aujourd'hui, c'est sur un remarquable - mais si peu remarqué ! - coffret à onguents que je voudrais m'attarder.

 


N1698.jpg

 

 

      De forme cylindrique, réalisé dans du bois de caroubier, il provient de l'ancienne collection Drovetti.

 

     (Puis-je me permettre de vous suggérer, concernant ce personnage et l'origine des pièces  égyptiennes du Louvre, de consulter un article capital en la matière que j'avais publié le 19 mars 2008, le lendemain de la création de mon blog ?)


 

     A propos du relief du Lirinon exposé dans la vitrine 9 de la  salle précédente, j'avais évoqué, les  24 et 31 mars 2009, les parfums et autres onguents qui pouvaient tout à la fois servir pour les cultes rendus à une divinité dans un temple, mais aussi, dans la vie domestique quotidienne, pour les soins esthétiques, voire thérapeutiques : ce sont semblables produits que contenaient les différents compartiments de cette boîte de seulement  13, 5 cm de long et 7 de diamètre : cinq cases d'un côté - celui visible sur le  premier cliché -, et quatre dans la seconde partie, posée dessus.

 

     S'ouvrant dans le sens de sa hauteur en faisant glisser l'une des deux moitiés sur l'autre, elle présente aujourd'hui pour nous l'avantage d'être extérieurement gravée de séquences animalières encadrées de frises décoratives : trois niveaux de pétales dans la portion supérieure, ainsi qu'en dessous, deux surmontant une décoration que les égyptologues nomment en "façade de palais".

 

     En outre, ces différents bandeaux sont séparés des deux scènes proprement dites par un mince filet de lignes ondulées, manière codifiée de figurer les vagues du Nil : il nous faut ainsi comprendre que nous sommes dans un environnement palustre.

 

     D'un côté, la première scène nous montre deux chiens s'attaquant à un veau dans un fourré de papyrus ;

 

N 1 698 - Veau attaqué

 

au-dessus du second chien qui mord dans une des pattes antérieures de sa victime, s'envole un oiseau aquatique.

 

N 1 698 - Chien

 

     De l'autre côté du cylindre, celui fendu et recollé, la deuxième scène gravée, extrêmement symbolique, propose, dans le même biotope, un lion dont, détail remarquable et rare, la tête nous est présentée de face. Il tient en sa gueule également un veau qu'il emporte manifestement avec lui.

 

N 1 698 - Lion

 

     Derrière eux, l'artiste a cru bon d'ajouter la touche maternelle : une vache déplorant le rapt et la perte imminente de son petit.


 

N 1 698 - Vache

 

      Dernier détail, technique cette fois : le graveur qui fut à même de restituer tous ces événements douloureux sur un espace aussi restreint s'est autorisé, pour rendre encore plus vivant l'aspect des choses, à incruster d'os les corps des animaux et à colorer de pâte végétale rouge et verte les trais gravés dans le bois.

Du très grand art ... 

 

     Même si, dans de précédentes interventions visant à décoder l'image égyptienne, j'ai eu l'opportunité d'envisager la symbolique de la présence de fourrés de papyrus ou de certains détails des scènes de chasse dans les marais, j'aimerais très brièvement avant de nous quitter en rappeler deux ou trois points qui me semblent essentiels à  la compréhension de la décoration de cette boîte à onguents qui, je vous le rappelle, fit partie du mobilier funéraire d'un défunt.

 

     Le fourré de plantes aquatiques, souvenez-vous, constitue l'image des origines de la civilisation égyptienne, ce Noun qui avait préexisté à toute chose et qui allait donner naissance à la vie, à commencer par celle du démiurge lui-même.

 

     Véritables microcosmes de bêtes dangereuses et malfaisantes, mais aussi d'autres parfaitement inoffensives,  ces zones marécageuses symbolisaient les régions chtoniennes, c'est-à-dire le monde souterrain avec ses obstacles à écarter dans lequel pénétrait tout trépassé désirant devenir un nouvel Osiris : avant donc de prétendre à une renaissance dans le monde de l'Au-delà, il devait se donner les moyens de garantir sa régénération. D'où, ces combats entre certains animaux ; d'où la présence ici d'un lion - métaphore à peine voilée de la toute puissance royale !

 

     En outre, il ne faut pas oublier de comprendre la fraîcheur des plantes de papyrus comme une allégorie : celle évidemment de la verdeur physique, de la jeunesse éternelle que veut conserver  - ou recouvrer - le défunt dans sa vie post mortem

 

     Vous admettrez donc, amis lecteurs, à la lumière de ces très brèves allusions qu'à nouveau je tenais à préciser, que ce petit coffret de toilette, indépendamment de l'esthétique qui le caractérise et sur laquelle je ne pouvais manquer d'attirer votre attention, doit aussi être envisagé, en tant que partie intégrante d'un mobilier funéraire, au niveau de la symbolique sous-jacente des représentations incisées par l'artiste égyptien.

 

     Et nous retrouvons cette notion chère à feu l'égyptologue belge, le Professeur Roland Tefnin, qui vous est j'espère maintenant bien connue : l'image égyptienne ne se résume pas à un seul sens de lecture. 


 

     Ceci posé, il est temps à présent de nous séparer et de nous donner un nouveau rendez-vous, même jour, même heure la semaine prochaine, pour nous pencher sur d'autres objets de toilette que je voudrais vous faire connaître avant que, tous, nous nous égaillions dans la nature - moins hostile que ces fourrés de papyrus, je présume -, de nos vacances respectives.

 

 

 

 

 

(Vandier d'Abbadie : 1972, 43-4)

Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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