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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 00:01
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2010



     Nonobstant le fait que, pour comptabiliser les années, les Egyptiens de l'Antiquité n'eussent jamais pu atteindre semblable date dans la mesure où ils recommençaient le comput en l'an 1, à chaque fois qu'un pharaon était intronisé, au Nouvel Empire à tout le moins ;
le fait aussi que le 1er janvier, s'il avait ainsi été dénommé, n'eût correspondu à aucun événement particulier puisque le calendrier en usage étant essentiellement basé sur le cycle des saisons, trois en tout, c'était le début de la crue du Nil, conjointement à l'apparition de l'étoile Sothis dans le ciel, aux environs de notre 19 juillet actuel qui, pour eux, marquait le commencement d'une nouvelle année ;
malgré ces deux restrictions donc, je tenais aujourd'hui, amis lecteurs - et ici, vous remarquerez que, pour la première fois depuis la création de ce blog le 18 mars 2008, il m'a plu d'ajouter la marque du pluriel de manière à tous vous associer dans la fidélité de vos visites réitérées qui lui assurent son petit succès croissant -, à vous présenter mes voeux les plus cordiaux pour 2010.


     La formulation que les Egyptiens utilisaient ainsi à la mi-juillet pour se souhaiter une bonne nouvelle année, par rapport évidemment à la perspective d'une crue du fleuve nourricier qui ne les décevrait pas quant à la quantité de nourriture qu'en fin de parcours elle leur permettrait d'obtenir, correspondait plus ou moins à :


"Que s'ouvre pour vous une belle année ...



     Vous m'autoriserez, je présume, la reprise à mon compte de cette expression aux fins de formuler le souhait que l'an neuf - qui sera en fait l'an dix  de ce XXIème siècle  -, concrétise non seulement les plus quotidiennes, les plus anodines, et (surtout ?) les plus folles de vos envies mais aussi, égoïstement, qu'il me permette de poursuivre nos déambulations hebdomadaires de salle en salle dans le Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre ; voire même de vous convier, au gré d'escapades estivales ou autres, à la découverte de l'un quelconque nouveau coin de notre si riche patrimoine ...


     Aussi, comme annoncé quand j'ai pris congé de vous le 19 décembre dernier, je vous propose d'ores et déjà les deux premiers rendez-vous de 2010 : au pied du Mur des Annales, ce prochain mardi, le 5, devant lequel j'évoquerai la campagne de Thoutmosis III à Mégiddo ; et au-delà du pont Charles, à Prague, le samedi 9 janvier où de conserve nous continuerons notre pérégrination dans Mala Strana pour nous diriger vers Hradcany, jusqu'aux grilles du château royal.

     A tout bientôt, donc ; et heureux réveillon à chacun d'entre vous ...  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 00:00

     Après avoir, la semaine dernière, traversé le Pont Charles, nous voici donc arrivés, vous et moi, ami lecteur, dans ce quartier ouest de Prague, Mala Strana, le "Petit côté", sur la rive gauche de la Vltava, en contrebas de la résidence royale et de la cathédrale Saint-Guy perchées sur la colline de Hradcany que je vous proposerai de découvrir dans le courant du mois de janvier.
 
205.-Pont-Charles--06-08-2009-.jpg

     Dès le XIIème siècle, déjà, des marchands inévitablement attirés par la cour décident de s'installer à la périphérie du château ; de nombreux colons allemands les suivent peu après. Le pont Judith autorisant un passage moins précaire que l'ancien pont de bois qu'il vient judicieusement remplacer permettra un trafic  commercial reliant ainsi de manière plus aisée la vieille ville de Staré Mesto à Mala Strana proprement dit.

     Malheureusement, ce quartier en pleine expansion sera  régulièrement l'objet d'incessants coups du sort : dans le premier tiers du XVème siècle, il est ravagé par les combats qui opposent les hussites, partisans du réformateur Jan Hus aux troupes royales : il est loin l'âge d'or du règne de Charles IV, l'empereur du Saint Empire romain germanique !

     Les habitants se ressaisissent néanmoins et rénovent leur quartier. Malheureusement, en 1541, un incendie le détruit à nouveau. Reconstruction oblige : les anciens édifices gothiques font alors place à des bâtiments de style "Renaissance".

     Le plus exceptionnel d'entre eux, un des chefs-d'oeuvre de l'architecture tchèque de cette époque, édifié entre 1555 et 1576 dans le plus pur style florentin, le mieux conservé aussi, devenu depuis peu Musée national de l'Art baroque de Bohême, est sans conteste le Palais Schwarzenberg, sur les hauteurs de Mala Strana, proche du château royal.


     Vous remarquerez, ami lecteur, qu'il présente la particularité d'avoir ses murs de façade



 
mais aussi ceux de la cour intérieure


décorés de sgraffites noirs et blancs de type nord-italien et vénitien datant, quant à eux, de 1567,


semblant répéter ad nauseam des bossages en pointes de diamants.

     En réalité, il s'agit d'un remarquable effet d'optique, d'un immense trompe-l'oeil fruit d'une décoration obtenue par application
d'un enduit de couleur claire sur un fond de stuc sombre que l'on gratte ensuite (sgraffia = gratter, en italien) afin d'obtenir le dessin recherché.
     Bluffé, j'ai évidemment passé la main sur l'un d'entre eux pour constater - déçu ? - que le mur était bien parfaitement plat.


     Si la technique du sgraffite - ou sgraffito (des sgraffiti, au pluriel) - fut un procédé artistique fort en vogue à la "Renaissance", il faut savoir qu'il fut remis au goût du jour au début du siècle dernier par les maîtres de l' "Art nouveau". De sorte que les exemples que j'ai pu dénicher dans mes pérégrinations pragoises - je prendrai d'ailleurs peut-être un jour le temps de vous en présenter quelques-uns -, n'ont nullement occulté ceux qui m'ont toujours émerveillé sur les façades de beaux et nombreux édifices bruxellois ; voire même liégeois, comme je viens de le découvrir tout récemment sur le bien intéressant blog d'une compatriote.
    
     Merci à Véronique pour la célérité avec laquelle elle m'a transmis l'autorisation d'importer l'exemple récemment rénové ci-dessous, vaguement égyptisant de surcroît !, qu'elle a "immortalisé" quai van Beneden, à Liège. 

 

     Après cette petite digression en terres belges, revenons, voulez-vous, à Mala Strana.

     En 1620, nouveau coup dur :  la bataille de la "Montagne blanche" ravage elle aussi le quartier. Nécessité donc, au sortir du conflit, de réaménager à la mode du temps, c'est-à-dire baroque.

     Cette fois, enfin, c'est la bonne : le "Petit côté" reprend vie, retrouve un essor perdu qui entraîne la construction de nombreux palais par quelques grandes familles nobles qui viennent s'installer à proximité ou en contrebas du château.



     Certains d'entre eux, comme ci-dessus déjà, ont de nos jours été dévolus aux services d'ambassades  étrangères : ainsi, le palais Buquoy, du nom d'une famille wallonne qui acheta le bâtiment en 1748 (Charles Bonaventure de Longueval, comte de Buquoy, fut le commandant en chef des troupes impériales durant la bataille de la "Montagne blanche")
et dont les descendants le revendirent à la France qui en fit son ambassade à partir de 1919.



     Mais le plus prestigieux, peut-être, fut celui qu'Albrecht de Wallenstein,
noble tchèque, commandant en chef des armées de Ferdinand II de Habsbourg durant la Guerre de Trente Ans,

  
se fit construire dans un style évidemment baroque entre 1623 et 1630 : encadrant de superbes jardins,  l'ensemble mesure 340 mètres de long et 172 de large.

     Derrière cette façade, la Tchéquie a décidé en 1992 d'abriter son Sénat.



     C'est par la visite des jardins intérieurs que je vous propose de terminer aujourd'hui, ami lecteur, notre première déambulation dans Mala Strana


      Vous noterez, sur le cliché ci-dessus, à l'arrière-plan de cette partie du palais Wallenstein, l'extrême fin des bâtiments du domaine royal, sur la colline de Hradcany, avec la tristement célèbre tour Daliborka, ou plutôt le donjon carcéral, qui doit son nom à son tout premier prisonnier, Dalibor de Kozojedy, dont la légende fut notamment chantée dans un opéra éponyme qu'écrivit Smetana.

     Promenons-nous à présent dans les jardins pour, notamment, admirer un resplendissant décor d'art topiaire que mettent encore plus en valeur les sculptures en bronze d'un style tout à fait maniériste, puisque nous nous trouvons alors à la charnière entre la Renaissance et le Baroque, d'Adrian de Vries (1556-1626), sculpteur originaire des Pays-Bas et ayant à l'époque ses entrées à la cour (pragoise) de l'empereur Rodolphe II de Habsbourg.
 
244.-Sala-Terrana--05-08-2009-.jpg

      Pour rendre à César ce qui appartient à César ou, plutôt, à Wallenstein ce qui lui est dû, je me dois d'attirer votre attention sur le fait que toutes ces sculptures sont en réalité des copies d'une remarquable fidélité ; et la cause n'en est nullement ici les conditions climatiques qui obligèrent la municipalité à mettre à l'abri, vous vous en souvenez, les statues baroques du pont Charles que nous avons traversé samedi dernier !

     Il faut en effet savoir que la ville se vit spoliée du Laocoon, du Bacchus, du Neptune et de maints autres Apollons par la soldatesque suédoise qui, en se retirant à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648), emporta sans scrupule aucun toutes les oeuvres de de Vries. Elles agrémentent depuis le parc du château Drottningholm, à Stockholm.

     A Prague, aujourd'hui, nous devrons donc nous satisfaire des ersatz :


 




     Ce jardin, ces sculptures semblent en réalité constituer une sorte d'indispensable haie d'honneur à ceux qui, dans la perspective de l'allée centrale, se dirigent tout naturellement vers la construction ouverte par trois monumentales arcades : la Sala Terrana, sorte d'espace de transition entre l'intérieur du palais,  actuellement le Sénat, et l'extérieur, les jardins.

246.Jardins-Wallenstein---Sala-Terrana--05-08-2009-.jpg
  



     Sala Terrana, espace ouvert sur les jardins où guirlandes de fleurs et de fruits, anges porteurs et autres arabesques en stuc encadrent de manière grandiloquente des scènes mythologiques peintes à fresque sur les murs



mais aussi à même l'impressionnante voûte, le tout célébrant à l'envi la gloire et les vertus guerrières du comte de Wallenstein ...



      C'est là, dans ce décor aux antipodes de mes propres goûts esthétiques, que je prends congé de vous,  ami lecteur, non sans préalablement vous donner rendez-vous en janvier prochain et, surtout, sans vous avoir souhaité d'excellentes fêtes de fin d'année agrémentant ce congé scolaire bienvenu.

     Pour ceux qui, parmi vous, désirent me retrouver au Louvre, je fixe d'ores et déjà notre prochaine rencontre au mardi  5 janvier 2010 ; et au samedi 9 si vous entendez ici poursuivre la visite de Mala Strana ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:00

 

     Avec vous aujourd'hui, ami lecteur, après avoir mardi dernier rapidement brossé les raisons qui unirent - ne devrais-je pas plutôt écrire : qui désunirent ? - le jeune Thoutmosis III et sa tante et belle-mère, la reine Hatchepsout, je voudrais, comme je vous l'avais promis en clôturant mon intervention, tenter de décoder la longue inscription que les égyptologues définissent sous le nom d' Annales.


      Si son grand-père, Thoutmosis Ier, avait déjà considérablement repoussé les frontières de l'Egypte, au sud, en Nubie donc, jusqu'à la quatrième cataracte et au nord-est, au Proche-Orient, jusqu'à l'Euphrate mésopotamien, Thoutmosis III, pour sa part, dès son accession à la tête du pays en tant que monarque unique, n'a pas d'autre choix, s'il veut prouver à la face du monde qu'il est le "seul maître à bord", que de faire face aux velléités contestataires qui commencent à sourdre chez les princes mitanniens et leurs alliés par rapport à la domination égyptienne en menant une série d'incursions, dix-sept en tout, dans cette Asie grosse de richesses qui font cruellement défaut à son pays.

     C'est la narration de ses campagnes militaires, mais surtout du butin qu'elles lui rapportèrent, que le  souverain - il approchait de la cinquantaine -, fit graver,
à partir de l'an 42 de son règne, sur certains murs de l'espace compris entre le VIème pylône et le sanctuaire de la barque dans le temple d'Amon-Rê, à Karnak.




    (Je rappelle que je dois ce cliché du début du "Mur des Annales" à l'obligeante amitié du Dr. Dimitri
Laboury, de l'Université de Liège.)
 

     Lors de son séjour en Egypte afin de vérifier de visu le bien-fondé du système de déchiffrement des hiéroglyphes qu'il avait mis au point quelques années auparavant, Jean-François Champollion avait croqué un nombre considérable de monuments inscrits ; dessins qu'après son décès prématuré publia son frère dans un ouvrage d'importance intitulé Monuments de l'Egypte et de la Nubie.

     Les deux documents ci-dessous proviennent du quatrième volume de planches de ce précieux ensemble : je les ai réalisés afin de vous permettre de visualiser avec précision le tableau figuratif qui surplombe les premières colonnes du texte des "Annales" de la photographie précédente : c'est là et avec cette scène séparée en deux registres que commence véritablement le récit que nous découvrirons ensemble le premier mardi du mois de janvier.

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Mur-des---Annales---2---Champollion-copie-1.jpg

     A Karnak, donc, comme vous l'aurez constaté sur la photo originale, les deux planches ci-dessus reprises de l'ouvrage du célèbre Figeacois ne constituent qu'une seule scène : à gauche, Thoutmosis III, représenté debout, en taille héroïque, portant pagne traditionnel et double couronne l'instituant roi de Haute et Basse-Egypte, entouré de signes hiéroglyphiques dont certains, dans des cartouches, faisant partie des noms de sa titulature officielle, agissent comme une sorte de "carte d'identité", tandis que d'autres, devant lui, énoncent ses intentions de faire construire des monuments pour son père Amon.

     Le roi brandit le sceptre de consécration en direction des nombreuses offrandes répertoriées sur neuf  niveaux et disposées devant le dieu thébain, assis à droite, sur un siège cubique des plus simples posé sur un piédestal à allure vaguement trapézoïdale : il s'agit en réalité de ce que les égyptologues nomment le "socle maât" parce qu'il prend la forme d'un hiéroglyphe (
Aa15) correspondant à notre M et avec lequel peut s'écrire le nom du concept de justice ...

     Parmi ces biens offerts à Amon-Rê, après deux obélisques, vous remarquerez notamment des coffrets en bois précieux, des colliers, des miroirs, des autels portatifs, des statuettes, des vases aux formes très variées, le tout mêlant or, argent, électrum, cuivre, albâtre, turquoise et lapis-lazuli ...

     Précisant tous ces trésors issus des tributs livrés par les pays soumis à l'hégémonie égyptienne, de  simples signes hiéroglyphiques en indiquent le plus souvent la quantité :
le "∩" comptabilisant les dizaines et la petite barre verticale, les unités.




     En dessous, à droite, sous le siège d'Amon-Rê, parfaitement visibles sur la première photo, mais non dessinées par Champollion, débutent donc les toutes premières colonnes du texte des "Annales", pas toujours en excellent état de conservation mais néanmoins copiées et recopiées, translittérées, traduites
en différentes langues et abondamment étudiées, disséquées, minutieusement analysées et commentées par la communauté égyptologique depuis près de quatre-vingts ans.  

 

     D'emblée, fondant une partie de la suite de mon intervention sur la magistrale étude que l'égyptologue français Pierre Grandet a consacrée en 2008 à la "pensée stratégique" des pharaons du Nouvel Empire, je voudrais quelque peu - pour au moins justifier le titre complet de cet article - couper les ailes au canard. Certes pas à celui qui vous accueille en chapeau de ce blog à chacun de vos passages, ami lecteur,  mais plutôt à tous ceux qui, historiens ou simples amateurs comme votre serviteur, se contenteraient d'inlassablement véhiculer, sans rien remettre en question, des idées, des poncifs, des notions péremptoirement assénées de longue date.

     Pour volontairement dépoussiérer l'Histoire, pour la dégager d'une gangue devenue trop étroite, il est bon, - c'est presque une lapalissade ! - de revenir aux sources chères à tout philologue : le texte original. Mais une interprétation de document constituant immanquablement le produit d'une époque et d'une société données - c'est ce que, d'une certaine manière le sociologue Pierre Bourdieu appelait l'habitus -, il est nécessaire, pour en évaluer toutes les composantes, de confronter les différentes sources littéraires non seulement entre elles, mais aussi avec les découvertes les plus récentes de l'archéologie.

     Ainsi, pour ce qui concerne les "Annales" de Thoutmosis III, les savants qui ont traduit le texte colligé par Kurt Sethe ont souvent répété que ce récit excipait d'une Egypte traumatisée par la récente "domination" des Hyksos afin de pouvoir créditer le souverain d'une volonté avérée d'étendre, comme son grand-père l'avait fait avant lui, son emprise sur tout le Proche-Orient jusqu'à l'Euphrate en vue d'y instaurer une sorte de zone tampon, un "glacis défensif", pour reprendre les termes mêmes de Pierre Grandet, "visant à la protéger de toute nouvelle tentative d'invasion." Et qu'après cela, après cela seulement, une exploitation économique des pays conquis aurait été mise en place.

     Deux points doivent à ce niveau être pris en considération : les artistes scribes convoqués par Pharaon  pour graver ici et là narration de ses faits et gestes se devaient de rédiger une oeuvre de propagande exaltant ses  exploits et, comme l'Histoire, malheureusement, en fournira tout au long des siècles des preuves parfois bien plus dramatiques, étaient amenés à en proposer une vision obligatoirement partiale dans la mesure où il était impératif que l'image de force, de puissance, d'invincibilité véhiculée ainsi par le souverain corresponde parfaitement à ce qu'en attendait la population égyptienne.

     Conscients de cet état de fait, il nous faut donc lire les "Annales" avec circonspection et, surtout, ne pas prendre tout ce qui y est écrit au pied de la lettre. 

     Historiquement parlant, et là réside le second point auquel il  importe d'être attentif : depuis les temps les plus anciens, l'Egypte, totalement dénuée de certaines ressources, s'était toujours tournée vers ses plus proches voisins pour y obtenir ce dont elle avait besoin par l'entremise d'une politique d'échanges commerciaux qui, jusqu'au règne de Thoutmosis Ier, n'avait posé aucun problème relationnel. Et c'était tout à fait pacifiquement qu'au Liban, elle se procurait le bois lui permettant, notamment, la confection des embarcations bien nécessaires aux déplacements sur le Nil ; mais aussi dans d'autres régions le cuivre et l'étain dont l'alliage donnait ce bronze que quasiment toutes les premières civilisations - l'Egypte ne dérogeant pas à la règle -, utilisèrent comme métal de base pour l'élaboration de leur outillage et de leur armement. 

     Mais à l'aube du Nouvel Empire, deux puissances prennent position dominante sur l'échiquier proche-oriental et entendent bien en découdre avec la mainmise égyptienne : le royaume du Mitanni, en Haute-Mésopotamie, entre Tigre et Euphrate donc, et celui du Hatti, des Hittites, en Anatolie, dans la Turquie actuelle.

     L'Egypte éprouve dès lors l'obligation de persuader, voire même de contraindre ces  potentats étrangers à partager l'exploitation de leurs ressources naturelles : la guerre que, pour la première fois, Thoutmosis Ier, choisira comme l'une des cordes à l'arc de sa politique étrangère, le disputera en tactique avec la diplomatie.

     Nonobstant, ne vous méprenez pas sur mes propos : si je devais additionner noir sur blanc les années pendant lesquelles l'Egypte du Nouvel Empire eut des rapports bellicistes avec l'un quelconque de ses voisins, j'obtiendrais un nombre tellement peu élevé qu'il faudrait immanquablement que soient reconsidérées des expressions telles que "Empire des Conquérants" ou "Expansionnisme guerrier" qui, certes, connurent leur heure de gloire mais qui, à la lumière d'une analyse textuelle plus précise, ne sont plus de mise.

     Ne me faites néanmoins pas dire ce que je n'ai pas écrit ! L'Egypte thoutmoside et ramesside connut de sanglants conflits : ils furent abondamment relatés par l'image et le texte sur les parois des plus grands monuments, pour les raisons idéologiques que je viens d'évoquer. Mais - et cela me semble capital à comprendre - ils ne constituèrent jamais, avec Thoutmosis III à tout le moins, un but d'occupation militaire pour elle-même : ils furent toujours la conséquence d'une volonté de s'assurer la continuité de l'accès aux ressources nécessaires à la survie du pays en se protégeant contre ceux qui, parfois, ne l'entendaient pas de cette oreille. 

     Ce qui ne signifie évidemment pas que je sois moi aussi partial et que j'exonère le pouvoir pharaonique d'une responsabilité en la matière. Mais ce que je voulais démontrer aujourd'hui c'est que les raisons invoquées pour expliquer les périodes de graves conflits égyptiens avec le Proche-Orient sont à revoir à l'aune d'une approche scientifiquement plus pointue et des textes et des représentations que nous a laissés la civilisation égyptienne.
                

     C'est donc en ayant cette grille de lecture nouvelle à l'esprit que je me propose, le mardi  5 janvier prochain, de vous présenter la première section des "Annales" de Thoutmosis III, celle donc qui relate la campagne de l'an 23 à Mégiddo.


    Mais avant de prendre définitivement congé de vous, ami lecteur, à la veille de ces vacances scolaires et des fêtes de fin d'année qui approchent, je vous convie, une dernière fois en 2009, à ensemble déambuler dans Mala Strana, samedi 19 décembre prochain. 



     

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 00:00


« Je me suis souvent demandé quel était le centre symbolique de Prague.
(...) pour moi, le centre physique et spirituel de la ville est un pont, un pont vieux de presque sept cents ans, qui relie l’ouest à l’est de la ville. Le pont Charles est l’emblème même de la place qu’occupe la ville en Europe, ce continent dont les deux moitiés se sont cherchées si longtemps (...)
Il représente aussi l’invulnérabilité propre à la ville, sa capacité à se relever de tous les désastres.
»

Ivan  KLIMA , Esprit de Prague
Editions du Rocher, 2002




      Avec l'horloge astronomique que nous avions détaillée ensemble, vous souvenez-vous, ami lecteur ?, le pont Charles, le plus vieux pont de Prague enjambant la rivière Vltava, représente un des endroits de la ville qui attirent le plus de badauds. Certes, depuis sa rénovation en 1974, il est le seul qui soit réservé aux piétons pour se rendre dans ce typique quartier de Mala Strana, berceau de la Prague baroque, ainsi qu'au château sur la colline de Hradcany ; mais il ne constitue évidemment pas l'unique voie de communication entre rives droite et gauche.

     Précédemment en effet, et sans avoir eu la prétention d'épuiser les possibilités offertes à quiconque de traverser la Moldau - c'est l'appellation, j'ai déjà dans ces articles sur la capitale tchèque eu maintes fois l'opportunité de le souligner, que lui donnent les Allemands -, je vous avais proposé de rapidement découvrir l'un ou l'autre des nombreux ouvrages de ce type que la configuration même de la ville nécessita.

     Aujourd'hui, comme je vous en ai fait la promesse au moment de nous quitter samedi dernier, nous allons donc emprunter le plus célèbre d'entre eux pour accéder à ce quartier que nous visiterons ensemble prochainement, le plus typique aussi par la conception qui est sienne : le pont Charles.




     Il doit en fait son nom, vous ne l'ignorez plus maintenant, au comte de Luxembourg, devenu au milieu du XIVème siècle le dirigeant du Saint Empire romain germanique sous le patronyme de Charles IV.




     Sa statue, oeuvre de l'artiste originaire de Dresde, Arnost Händel, se trouve d'ailleurs érigée, depuis 1848, sur la petite place à droite avant d'emprunter le pont : rendant évidemment hommage à l'empereur qui
n'eut de cesse de transformer la ville en prestigieuse capitale d'empire, elle visait également à l'époque à commémorer le demi-millénaire de l'Université qu'il avait créée. Et la présence de ces allégories féminines assises sur le pourtour du piédestal sur lequel, majestueux, pose Charles IV, symbolise en réalité les différentes facultés universitaires.



  
     S'appuyant sur les vestiges du pont Judith, ouvrage en pierre réalisé deux siècles plus tôt aux fins de remplacer une ancienne passerelle en bois, un peu en aval, qui n'avait pas résisté aux fréquentes et sévères crues de la rivière, le pont Charles, constitué de blocs de grès, mesure 515 mètres de long pour seulement 9, 50 de large.

     
Devenu en quelque sorte un des monuments emblématiques de Prague, il est dû à un architecte et sculpteur allemand lui aussi, à peine âgé de 23 ans quand il arriva à la cour impériale pragoise, Peter Parler ; artiste qui fut également mandé par l'empereur mécène pour réaliser le choeur de la cathédrale Saint-Guy, dans l'enceinte du domaine royal, ainsi que pour imaginer la conception de Nové Mesto, le quartier de la "Nouvelle Ville".

     Deux "portes" le balisent : à l'entrée côté Staré Mesto, en cours de travaux de réfectionnement, comme d'ailleurs à certains endroits le pont lui-même, la plus belle, la mieux conservée, la Tour de la Vieille Ville, ornée de blasons encadrant sculptures et statues gothiques du même Peter Parler



avec, notamment celles de Saint-Guy, au centre, accompagné, à droite par Charles IV et, à gauche, par son fils, Venceslas.


 
    A l'autre extrémité du pont,
un demi kilomètre plus loin, s'ouvrant donc directement sur Mala Strana, plus vieilles, moins ouvragées, moins bien conservées : la tour du pont Judith, vestige du premier ouvrage de pierre et, à sa droite, plus haute, celle du "Petit Côté", semblent protéger, dans la perspective, le dôme de l'église baroque Saint-Nicolas, la première, à Prague, à porter ce nom ; la seconde étant, souvenez-vous, sur la place de la Vieille Ville, à l'entrée de Pariztska, l'avenue de Paris.




      Entre ces deux "portes", une trentaine de statues et groupes sculptés ponctuent le parapet du pont gothique depuis le début du XVIIIème : d'essence baroque, donc assez grandiloquents à mes yeux, ils sont destinés à honorer un certain nombre de saints, un peu comme, à Rome, sur le Pont Saint Ange.
Vous me permettrez de ne point les commenter mais de simplement vous donner à voir certains d'entre eux  ...





     Je ferai cependant une exception pour l'une d'elles, placée au centre, du côté du pont Manès, parce qu'elle fut en réalité la première à être installée ici et la seule à avoir été coulée en bronze, les autres étant en pierre :  il s'agit de la statue de Jean Népomucène.



     Condamné par le roi en 1393 à cause d'un différend concernant l'élection d'un abbé, selon certaines sources, ou parce que, confesseur de l'épouse du souverain soupçonneux quant à sa fidélité, il aurait refusé de trahir le secret de la confession, selon d'autres chroniques d'époque, le chanoine de la cathédrale Saint-Guy aurait dès lors été jeté pieds et poings liés de cet endroit du pont dans la Vltava.

      Son tombeau, tout aussi baroquement exubérant, se trouve précisément dans cette cathédrale.  

      Autre particularité de la statue ? La patine qui caractérise les deux scènes apposées de part et d'autre de son piédestal  :



des personnes relativement crédules viennent en effet donner corps à la légende qui, comme d'ailleurs en beaucoup d'endroits touristiques, voudrait que d'ainsi caresser la plaque en bronze permettrait au martyr devenu saint d'exaucer les voeux, quels qu'ils soient ...

     Plus sérieusement, pour terminer cette petite visite du pont Charles et avant de vous emmener, samedi prochain 19 décembre, à Mala Strana pour l'ultime déambulation de cette année 2009, je me dois de préciser que beaucoup de ces monuments de pierre ont été remplacés au XXème siècle par des copies, la pollution atmosphérique, à Prague comme partout ailleurs, ainsi que les pluies acides leur étant devenues fatales.  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 00:00




     Mardi dernier, ami lecteur, j'avais cru bon, devant la petite quarantaine de blocs de grès exposés dans  la vitrine de gauche immédiatement en entrant dans la deuxième partie de l'immense salle 12 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, de vous entretenir de ce qu'il est convenu d'appeler, dans le landerneau égyptologique, les "Annales" de Thoutmosis III.

     Avant de poursuivre cette évocation dans les prochaines semaines, j'aimerais aujourd'hui qu'ensemble, nous nous penchions sur la personne de celui qui commanda ce qu'il est traditionnellement convenu d'appeler un monument de l'historiographie égyptienne. 




 

     La remarquable statue magnifiquement conservée ci-dessus, jambes et quelques menus détails mis à part, que certains d'entre vous ont peut-être déjà eu l'occasion d'admirer au Musée de Louxor, fut retrouvée avec près de 800 autres et quelque 17 000 bronzes divers lors de fouilles entreprises dans les premières années du XXème siècle, exactement entre 1903 et 1907, par l'égyptologue français Georges Legrain (1865-1917), dans la cour du VIIème pylône du temple d'Amon-Rê, à Karnak (voir plan) ; espace dénommé depuis "Cour de la Cachette".

     Le cartouche gravé sur la boucle de la ceinture, ainsi que les inscriptions du pilier dorsal permettent de l'attribuer sans contestation aucune à 
Thoutmosis III, volontairement représenté dans la fleur de l'âge.



     Sixième souverain de cette glorieuse XVIIIème dynastie qui vit le jour avec un Âhmosis expulsant les envahisseurs hyksos du nord du pays, Menkheperrê (= Durable est le devenir, la manifestation de Rê

Djéhoutymès (= Thot l'a mis au monde)

         
définitivement plus connu sous le nom grécisé de Thoutmosis III (± 1478 - 1425 avant notre ère), connut un début de règne pour le moins particulier.

     La présente intervention n'étant pas véritablement destinée à vous proposer sa biographie détaillée, qu'il me suffise, pour néanmoins esquisser quelques aspects de son parcours, de simplement souligner que, fils de Thoutmosis II et d'une épouse secondaire dont on ne sait pratiquement rien, il fut, à cause de son jeune âge, longtemps mis à l'écart d'un pouvoir qui eût dû lui revenir de droit, par la jeune veuve de son père, demi-soeur et grande épouse royale, Hatchepsout.

     Plus précisément, quand Thoutmosis II meurt, aux environs de 20 ans, après un règne de seulement quelque trois années, son fils, Thoutmosis III, doit probablement n'avoir que 5 ou six ans ; et sa soeur, Hatchepsout, 13 ou 14 ans. Ce sont donc ces deux enfants, tante et neveu, beau-fils et belle-mère, qui vont conjointement occuper le trône d'Egypte.

     En raison donc de la minorité de l'héritier mâle, Hatchepsout prit dans un premier temps en mains les rênes du pays en tant que régente, puis décida en l'an 7 de s'arroger les pleins pouvoirs, transformant ainsi de facto cette "corégence" en un véritable règne personnel, s'instaurant reine pharaon après avoir officiellement fait reconnaître sa pleine légitimité sur le trône et spoliant dès lors le prince héritier de ses prérogatives régaliennes.

     Il appartient toutefois à la vérité historique de reconnaître qu'apparemment la reine se fit un devoir de permettre que soit prodiguée à son neveu une éducation digne des fonctions suprêmes dont elle se doutait probablement bien qu'il serait un jour destiné à embrasser.  

     Et effectivement ; mais ce ne fut en réalité qu'au décès de cette belle-mère, aux environs de 36 ans, après 22 années de "partage" de pouvoir, - il devait alors quant à lui s'approcher de la trentaine -, que Thoutmosis III entama véritablement son règne autonome après avoir recouvré la pleine souveraineté sur la terre de ses ancêtres.
 
     Terre toutefois très menacée dans la mesure où un grave danger sourdait à l'horizon asiatique : les deux décennies qu'avait durées le règne d'Hatchepsout virent les principautés traditionnellement sous hégémonie égyptienne progressivement se détacher de la tutelle pharaonique et tenter de mener une politique indépendante.

     Parmi les plus belliqueux de tous ces peuples proche-orientaux, le royaume du Mitanni, situé entre Tigre et Euphrate n'avait de cesse de tenter d'étendre son territoire jusqu'à la Méditerranée afin bien évidemment de se constituer des débouchés maritimes : c'est dans cette optique expansionniste qu'il avait mis sur pied une coalition avec ses voisins proches pour éventuellement contrecarrer une réaction d'opposition de la part de l'Egypte, voire même, d'après certains égyptologues, d'envisager de l'attaquer.




     Refusant d'accréditer semblables visées de ceux qu'il considérait comme pays naturellement soumis à sa puissance, Thoutmosis III prit les devants et décida donc - certainement aussi pour démontrer à la face de ses voisins fournisseurs des ressources dont de tout temps l'Egypte avait besoin qu'il était devenu et  entendait bien rester le maître incontesté de la région -, de mener quelque 17 incursions successives, approximativement une chaque année à partir de l'an 23, de manière à, dans un premier temps, rétablir, puis ensuite définitivement asseoir sa main-mise économique jusqu'à l'Euphrate.

     C'est donc la relation de ces événements et surtout - j'insiste -  plus encore de ce qu'il en retire  en vue de faire offrande à Amon-Rê qu'il décida d'abondamment graver sur certains murs de Karnak

     Estimant le terme d'annales suffisamment explicite, il me semble superflu d'insister sur la forme que prit ce récit. En revanche, il me plaît à épingler, avant de mettre un point final à cet embryon de biographie historique, tout ce que, consubstantiellement à cette rédaction d'envergure, Thoutmosis fit entreprendre à partir des années 42-43, en conséquence, probablement, de sa présence plus effective et définitive sur le territoire égyptien : ce sera notamment le début de la construction, à l'extrémité du cirque rocheux de Deir el-Bahari, d'un temple funéraire dont il ne reste aujourd'hui que ruines mais qui, à l'époque, domina de part et d'autre ceux de Hatchepsout et de Mentouhotep II.

     Ce sera aussi, disposé en 48 colonnes sur la paroi sud des salles d'offrandes sud d'Hatchepsout, après le VIème pylône de Karnak, ce que les philologues appellent le "Texte de la Jeunesse" dans lequel est réécrite l'histoire de son règne, celle de son accession au trône, ainsi que celle des constructions qu'il avait ordonnées dans ce temple pendant les nombreuses années de "corégence".

     Et enfin, n'en déplaise à certains historiens qui veulent manifestement le présenter plus vindicatif qu'il ne le fut en réalité, dans ces années-là toujours commence la proscription touchant sa marâtre : il attendra en effet une vingtaine d'années après le décès de celle-ci
- exactement le "23 du premier mois de la saison peret de l'an 43", comme le précise le texte -, avant de lancer cette damnatio memoriae ordonnant que soient systématiquement martelés noms et images de celle qu'il considérait assurément comme une usurpatrice.

     Ci-dessous, un exemple de martelage de la figuration d'Hatchepsout à Karnak




(Merci à Alain Guilleux - http://alain.guilleux.free.fr/index.php - pour l'amabilité avec laquelle il m'a laissé disposer de son cliché.)


      Mardi prochain, 15 décembre, je vous propose d'ores et déjà de nous retrouver aux fins de décoder ensemble, ami lecteur, l'inscription des "Annales".


(Gabolde : 1987, 61-81 ; Grandet : 2008, 9-94 ; Laboury : 1998, 5-58 ; Maruéjol : 2007, passim ; Valbelle : 1990, 285 ; Vernus/Yoyotte : 1988, 162-3)

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 00:00

     Une prestigieuse université fondée en 1348 (Univerzita Karlova), une place (Karlovo Namesti), la plus grande de la ville, une rue, un hôtel (The Charles), un restaurant, une librairie commémorent son nom : Karel, en tchèque, Charles, en français.

         

     Né Wenceslas (Vaclav),
fils de Jean, comte de Luxembourg, roi de Bohême par son mariage avec Elisabeth Premyslovna, héritière du trône, Charles (1316-1378) qui a emprunté le patronyme de son oncle et parrain, le roi de France Charles IV le Bel et épousé, à 7 ans, Blanche de Valois devient, en 1355, empereur du Saint Empire romain germanique : et de Prague, ce mécène qui pratique tout à la fois le latin, l'allemand, le tchèque, le français et l'italien décide de faire le centre politique et culturel de son empire.

     Pour les nombreux touristes qui, les yeux émerveillés, découvrent à longueur d'années ce bijou architectural qu'est la capitale de l'actuelle Tchéquie, un pont essentiellement, LE pont, évoque Charles IV : Karluv most, l'oeuvre de Peter Parler, l'architecte principal de Nové Mesto, le quartier de la "Nouvelle Ville" mais aussi des parties gothiques de la cathédrale Saint-Guy, à l'intérieur de l'enceinte du château royal de Hradcany que nous visiterons en janvier prochain.


     Réservé aux piétons,



mais
aussi aux artistes et artisans proposant qui l'agréable matérialité sonore des cartons perforés de son orgue de Barbarie,



qui les traditionnelles caricatures permettant
aux chalands de rentrer au pays avec un souvenir "typique" de leur séjour à l'étranger,



cet ouvrage d'art qui, de la Tour de la "Vieille Ville" - ci-dessous sur un set de table d'un excellent petit restaurant typiquement tchèque - relie la rive droite de la Vltava à la gauche, permettant ainsi d'accéder à Mala Strana, puis au château, ne constitue certes pas, vous vous en doutez ami lecteur, le seul pont de Prague.





     Sur tout son parcours, la Vltava - cette rivière qui scinde la ville en deux parties et que les Allemands appellent "Moldau" -, est ainsi scandée de dix-sept ponts avant de se jeter dans l'Elbe, quelque quarante kilomètres plus au nord.

     

     Mis à part Jiraskuv most,



le pont Jirasek qui, de l'aéroport de Prague-Ruzyne, à la périphérie nord-ouest de la ville, permet aux touristes fraîchement débarqués d'accéder en son centre historique en passant près de Ginger, vous souvenez-vous ?, la plupart d'entre eux ignorent quasiment les autres possibilités de traverser la rivière, le pont Charles seul rencontrant tous les suffrages.

     Et pourtant, tout au nord de la ville, après le très banal Manesuv most, le pont Manes, du nom d'un peintre paysagiste tchécoslovaque de la fin du XIXème siècle, qui permet lui aussi de rallier Mala Strana, en voiture ou en tram,  



il faut absolument que je vous fasse connaître, ami lecteur, Cechuv most, le pont Cech, le dixième qui enjambe la Vltava et qui porte, quant à lui, le nom d'un poète ayant vécu dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème.

     Reliant directement l'avenue de Paris qui vient de la place de la Vieille Ville en traversant Josefov, au gigantesque métronome de David Cerny, sur la colline de Letna, symbolisant, depuis 1991, la capacité de Prague de survivre au balancement des différents pouvoirs politiques qui s'y sont succédé,

 
 
le pont Cech, construction métallique à trois arches, typiquement "Art Nouveau", terminé en 1908, outre qu'il emporte le record d'être le pont le plus court de la ville - 169 mètres -,



offre les caractéristiques d'être non seulement décoré, comme ci-dessus à droite, d'une statue en bronze perchée au sommet de deux colonnes s'élevant à plus de 17 mètres et, comme ci-dessous, de deux  allégories d
e trois mètres de hauteur, réalisées également dans le même métal par Antonin Popp et représentant des "Victoires" brandissant des flambeaux.

 



     Nous aurions donc l'embarras du choix, samedi prochain 12 décembre, d'emprunter vous et moi, l'un ou l'autre de ces quelques ouvrages sur la Moldau pour accéder au quartier ouest, à Mala Strana ; mais je pense que, comme la majorité des touristes préférant s'y rendre à pied, je vous emmènerai vers le "Petit Côté" par une élégante passerelle, le traditionnel et néanmoins si typique pont Charles ...


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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 00:00


     Parce qu'il constitue indubitablement aux yeux de la majorité des égyptologues un monument d'historiographie sans précédent pour son époque ; parce que les hasards (?) des  pillages et de la vente, au XIXème siècle, de leurs produits par de bien peu scrupuleux personnages - en fait, n'ayons pas peur des mots : par de véreux représentants officiels de certaines grandes nations européennes, dont le Consul général britannique au Caire, Henry Salt, pour ne pas le citer, ne fut pas des moindres -, sont à l'origine que de substantiels fragments, sur les instances de Jean-François Champollion et avec l'aval du roi de France Charles X, se retrouvent à présent au Musée du Louvre avec les quelque 4000 autres pièces de cette collection Salt, je voudrais aujourd'hui, avec vous, ami lecteur, après vous avoir donné à lire, mardi dernier, un extrait de la "Stèle poétique" de Thoutmosis III en guise de prémices à quelques articles concernant ce pharaon, évoquer son "Mur des Annales" dont trente-huit blocs sont exposés ici, salle 12, dans la partie médiane de l'imposante Galerie Henri-IV entièrement consacrée au temple égyptien.

     Immédiatement à gauche en entrant, éclairés par les rais de Rê filtrant à travers une des fenêtres donnant sur la Cour Carrée,
ces gros fragments de grès d'une vingtaine de centimètres d'épaisseur portant tout uniment en ce musée le numéro d'inventaire C 51 sont présentés dans une immense vitrine exactement comme sur leur site d'origine, le temple d'Amon-Rê à Karnak.


 



      Ils nous proposent en fait le récit de six des 17 incursions asiatiques du souverain, de la cinquième à la dixième, qui couvre les années 29 à 39 de son règne. Indépendamment de l'évocation de ce que l'on considère communément comme événements historiques, nous pouvons également y relever, gravées en colonnes se lisant de droite vers la gauche, la comptabilité détaillée du butin rapporté, ainsi que celle des tributs versés par les pays en ce temps-là soumis à l'Egypte.  

     

       "Or, Sa Majesté a ordonné de rendre durables les hauts faits qu'il a accomplis depuis l'an 23 jusqu'en l'an 42, en inscrivant ce texte sur ce temple-ci ", peut-on lire dans la colonne ci-contre, la vingtième figurant sur la face est du môle nord du VIème pylône de Karnak




     






















     Il faut savoir que Thoutmosis III avait ordonné que fût inscrite chronologiquement la narration de ses campagnes militaires, toutes couronnées de succès, menées au Proche-Orient au milieu du XVème siècle avant notre ère ;
et ce, en différents endroits du temple, notamment entre son VIème pylône et la cour dite du Moyen Empire : c'est ce que les égyptologues ont coutume d'appeler soit les deux salles des Annales, soit la double salle des Annales.

     Mais aussi - et j'ajouterai même : surtout -, le souverain commanda d'établir à chaque fois un minutieux décompte des nombreuses richesses qui en découlèrent : ces listes des offrandes amassées en guise de butin ou de tributs que j'évoquais à l'instant, destinées à Amon, dieu de Thèbes, dieu dynastique, constituent en réalité la partie  la plus récurrente des Annales, la plus abondamment développée, que le souverain auréolé de toute sa gloire fit, à partir de l'an 42, graver par un scribe royal vraisemblablement nommé Tjanouny.

     C'est la raison pour laquelle il me semblerait plus logique de me ranger aux côtés du savant français Paul Barguet quand il préconise d'employer plutôt la dénomination de "Mur des Tributs" que celle de "Mur des Annales".


     Selon l'égyptologue française Dominique Valbelle, ces récits pariétaux ne purent être possibles, autant d'années après les événements, que parce qu'il y eut, aux côtés de Pharaon, un ou des scrupuleux chroniqueurs prenant quotidiennement de nombreuses notes, tenant ainsi ce que Madame Valbelle qualifie de "Journal de guerre". Notes qui, plus que très probablement, si elles formèrent par la suite le limon même des textes officiels, furent aussi utilisées pour rédiger les panégyriques royaux.

     Et Madame le Professeur Valbelle d'avancer, si besoin en était encore de nous en convaincre, que la précision des dates fournies tout au long de ce texte constitue l'irréfutable preuve que ces "journaux" étaient parfaitement tenus à jour par leurs rédacteurs.

     Sur le très intéressant cliché ci-dessous qui propose véritablement le début du "Mur des Annales", l'on distingue parfaitement, au premier registre, à gauche, Thoutmosis III debout présentant une sorte d'immense récapitulatif de tout ce qu'il offre à Amon, assis à droite ; et en dessous de cette nomenclature,  au second registre donc, se lisant de droite vers la gauche, les 67 premières colonnes commençant le texte officiel proprement dit.
 



     Entamée à la base est d'abord, puis sur toute la partie ouest du contre-parement que Pharaon avait ajouté afin de masquer la paroi des salles d'offrandes érigées au nord du sanctuaire de la barque d'Amon par la reine Hatchepsout, (= a, sur le plan ci-dessous), cette longue inscription de hiéroglyphes en relief gravés en colonnes se poursuivait sur le petit mur de retour (b), sur celui qui, au nord, fermait la cour péristyle du VIème pylône élevé par Thoutmosis III (c) et, après avoir également recouvert  la face est des deux môles de ce monumental portail (d et e), venait prendre fin sur le second mur latéral de la cour, au sud (f).



   
     Ai-je vraiment besoin de préciser que tout cet ensemble constitue le plus grand texte historique en continu jamais découvert dans le monde ?

     (Je dois à l'extrême gentillesse du Dr. Dimitri Laboury, chargé de cours adjoint à l'Université de Liège, l'autorisation de reproduire le plan ci-dessus qu'il a personnellement annoté.
Merci aussi, cher Dimitri, d'avoir consacré quelques heures de ton précieux temps pour non seulement repérer dans l'imposant trésor iconographique qui est le tien les quelques diaspositives que j'espérais pour illustrer mes articles sur le sujet, et de me les avoir scannées, mais aussi pour les commentaires dont tu les as assorties tout en confrontant nos points de vue.) 

 


     J'ajouterai, pour terminer la présente introduction, qu'existent également des références à ces expéditions royales non seulement sur l'autre côté du môle nord du VIème pylône auquel j'ai précédemment fait allusion,  sur sa face ouest donc, mais aussi à d'autres emplacements du sanctuaire de Karnak, comme par exemple au niveau du VIIème pylône érigé lui aussi par Thoutmosis III, sur les faces nord-est et sud-ouest : on peut en effet voir, sur ces deux portes monumentales, une imposante théorie de cartouches crénelés renfermant les noms des différentes villes et des différents peuples soumis par Pharaon, au nord comme au sud de l'Egypte.

 

(Merci aussi à Michel Sancho de m'avoir gracieusement offert ce cliché de la face ouest du môle nord du VIème pylône.)

     Dans ses Urkunden IV. auxquels j'ai déjà et ferai encore abondamment allusion dans cette série d'articles consacrés aux Annales, le philologue allemand Kurt Sethe a relevé 359 cartouches différents comme ceux ci-dessus pour les peuples du Nord et 269 pour ceux du Sud, alors soumis à l'Egypte. 

     Au niveau de ce même VIIème pylône, le souverain avait fait ériger une paire d'obélisques : l'un d'entre eux, après quelques péripéties, aboutit à  l'antiquité, grâce à l'empereur romain Théodose, sur l'ancien hippodrome de Constantinople, devenu actuellement la place Sultanahmet à Istanbul. Sur les quatre faces du monument dont il ne subsiste que la partie supérieure, haute d'une petite vingtaine de mètres, outre la titulature royale, on peut y lire, grâce à de superbes hiéroglyphes taillés en creux, la commémoration de la huitième des campagnes militaires de Thoutmosis III, au Mitanni celle-là.




(Grand merci aussi à Nat de m'avoir permis de disposer de son cliché.)

      Et sans vouloir prétendre à l'exhaustivité, j'ajouterai simplement que furent aussi mises au jour, ici et là en terre égyptienne ou nubienne, des stèles dressées dans l'un ou l'autre temple qui mentionnent l'une quelconque des campagnes royales et sur lesquelles je ne manquerai pas de m'attarder le moment venu.

  
     Il serait  peut-être maintenant opportun de quelque peu nous pencher sur la personne de Thoutmosis III : c'est ce que je vous propose de faire, ami lecteur, quand nous nous retrouverons mardi prochain, 8 décembre.




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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 00:00



     La logique, géographique, eût voulu qu'après notre déambulation dans le quartier de Josephov, au nord du centre historique de Prague, entamée le 31 octobre et qui s'est terminée samedi dernier par la visite de ce si particulier cimetière juif vieux d'un demi-millénaire, nous nous dirigions, vous et moi, ami lecteur, vers Mala Strana, le "Petit Côté", sur la rive gauche de la Vltava.

     Mais c'en sera une tout autre, thématique celle-là, qui aujourd'hui guidera nos pas vers l'extrémité opposée de la ville, plus au sud encore que Ginger et Fred, dans ce quartier quasiment de banlieue : Vysehrad, le "Château des hauteurs".

     Certes, ce n'est pas le bâtiment d'une conception cubique tout à fait particulière croisé sur notre route qui retiendra le plus notre attention ce matin.



     Nous passerons simplement devant - parce que "recommandé" par les guides touristiques.... Ah, bon ? -, avant de grimper sur l'éperon rocheux qui surplombe la rive droite de la Vltava,



puis, tout de suite nous rendre dans un autre lieu de la mémoire tchèque que constitue le petit cimetière national : voilà, vous l'aurez compris, le fil d'Ariane autorisant un lien entre l'article de samedi dernier et celui-ci.  


     Il y a, au Musée d'Orsay, à Paris, exposée en la salle 59 du niveau médian, une toile symboliste du peintre pragois, disciple de Seurat et précurseur de Klimt, Karel Vitezlav Masek (1865-1927) intitulée la Prophétesse Libuse, du nom de cette princesse mythique tchèque qui, au VIIIème siècle de notre ère, aurait prédit depuis son château fort de Vysehrad la fondation et la gloire future de la ville de Prague. Ville qui, de nos jours, s'étend véritablement entre cette colline et celle de Hradcany, où nous nous rendrons très bientôt  pour constater que sur chacune, en effet, le pouvoir en place, en des périodes différentes  évidemment, installa le siège fortifié de sa puissance dominatrice.

     Ici, à Vysehrad, il subsiste des murs qui firent partie des fortifications de l'enceinte castrale,



mais aussi, visibles de n'importe quel endroit de la capitale, les tours jumelles de l'église néo-gothique Saints-Pierre-et-Paul



avec sa porte centrale si caractéristique.


  
     Mais si Pragois, le plus souvent, et touristes, occasionnellement, prennent la peine de monter jusque là, ce peut être certes pour y trouver une sorte de paix propice à oublier les tracasseries de la ville, - nous y vîmes nombre d'autochtones mollement étendus sur l'herbe des parcs, en train de prendre le soleil -, mais c'est à mon sens surtout pour visiter, au pied de l'église, le cimetière national.

     Fort peu étendue si j'en appelle à la seule notion de superficie, mais extrêmement concentrée si je n'envisage que l'aspect "célébrités" tchèques, cette nécropole que les autorités voulurent en ce lieu dans la décennie 1860 et que je compare au célèbre cimetière du Père-Lachaise, dans le XXème arrondissement de Paris, constitue à elle seule une encyclopédie de quelque six cents noms parmi les plus prestigieux  considérés comme représentatifs de l'ensemble de la culture autochtone : compositeurs, chefs d'orchestre, peintres, romanciers, poètes, hommes de théâtre, tous, peu ou prou, ont contribué par leur oeuvre à porter la  sensibilité tchèque à son niveau le plus haut, à offrir semble-t-il, volontairement ou non, une sorte d'aura internationale à leur patrie.

     Pourquoi n'en épinglerai-je aujourd'hui que deux ?
     Dans un premier temps, parce qu'incontestablement ils sont  d'immenses compositeurs : Antonin Dvorak et Bedrich Smetana. Peut-être aussi parce que leur monument funéraire respectif se situe aux antipodes l'un de l'autre : celui de Dvorak, mémorial imposant, grandiloquent, parfaitement typé "Art Nouveau"




et celui, bien plus réservé, plus modeste, qui ne pouvait évidemment que m'interpeller - un obélisque -, de Smetana. (Très probablement, si je m'en réfère à certains monuments funéraires semblables en nos cimetières belges, parce qu'il était franc-maçon ; jugeant plus normal, en utilisant ce symbole égyptien, de faire ainsi référence à une civilisation pré-chrétienne.)



     Peut-être aussi, et c'est avec cette particularité reproduite en des centaines d'exemplaires ici que je  compte terminer cette visite avec vous, ami lecteur, parce qu'il présente, comme sur la majorité des autres pierres tombales, cette façon hors du commun d'afficher les dates de naissance et de décès :



le jour et le mois sont en effet inscrits verticalement, un peu comme une fraction mathématique, au milieu de la date fournissant l'année.

     Terminer cette visite ?, vous étonnerez-vous ; pas avant de nous avoir proposé, dans ce Panthéon national, la tombe de Kafka, la tombe du plus grand romancier tchèque dont une statue hommage, vous nous l'aviez montrée, a été érigée tout à côté de la synagogue espagnole !

     Il existe bien en effet, ami lecteur, à Vysehrad, un tombeau gravé à ce nom ;  toutefois, ne vous méprenez pas comme ici beaucoup de touristes non avertis le font : il ne s'agit pas du Kafka du "Procès" et de la "Métamorphose", il ne s'agit pas de Franz mais de Bohumil, un sculpteur portant le même patronyme à qui l'on doit, entre autres créations, la plus grande statue équestre existant au monde, installée
sur la colline de Vitkov.

     Et donc, Franz ?, insisterez-vous ...
     Sa tombe se trouve, notamment avec celle de Jan Palach, le jeune étudiant qui, le 16 janvier 1969, s'immola par le feu, place Venceslas sur les marches du Musée national, en signe de protestation contre l'invasion de la Tchécolovaquie, quelques mois plus tôt, par les troupes réunies du Pacte de Varsovie, dans le nouveau cimetière juif de Prague-Orsany aménagé pour pallier l'exiguïté de celui que nous avons arpenté samedi dernier.

     Mais là, je n'ai pas envisagé de me rendre ...

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:00
 
    Parce que j'y ai tout dernièrement fait allusion dans un article qui m'avait permis d'évoquer  avec vous les conditions de l'apparition tardive du cheval en terre pharaonique ; parce quelles constituent indubitablement un monument d'historiographie sans précédent pour son époque
, je voudrais aujourd'hui, avec vous, ami lecteur, conscient par la même occasion de quelque peu bousculer, pour un certain temps, le parcours que je m'étais fixé - à savoir : l'exploration, en toute logique, de la deuxième vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes  -, évoquer les "Annales" de Thoutmosis III.

 

     En prémices à une série d'articles que j'escompte leur consacrer et, ce matin, sans préambule historique aucun, je me propose simplement de vous donner à lire un extrait du texte gravé sur la stèle CGC 34.010 du Musée du Caire - appelée "Stèle poétique" ou "Stèle triomphale" par les égyptologues -, mise au jour à Karnak, dans la Cour Nord du VIème pylône et qui relate les victoires qu'Amon-Rê a accordées à Thoutmosis III : il s'agit plus particulièrement ici du "discours" du dieu qui, au retour victorieux d'une des campagnes militaires que le souverain a menées au Proche-Orient, s'adresse à Pharaon en lui remettant son glaive afin d’écraser les pays étrangers ou de décapiter les ennemis vaincus.

 


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des rayons
pour que tu éclaires à leurs yeux à mon image.


Je veux leur faire voir ta majesté revêtue de ta parure
saisissant les armes du combat sur le char.


Je veux leur faire voir en ta majesté l’étoile filante
qui lance ses jets de feu pour répandre sa luminescence.


Je veux leur faire voir en ta majesté le jeune taureau,
le hardi aux cornes acérées qu’on ne peut fléchir
.


Je veux leur faire voir en ta majesté le crocodile,
le maître de la crainte, au milieu des eaux, qu’on ne peut approcher.


Je veux leur faire voir en ta majesté le vengeur
qui est apparu sur le dos de son animal sacrifié.


Je veux leur faire voir en ta majesté le fauve terrifiant
pour que tu en fasses des cadavres jonchant leurs vallées.


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des ailes,
le faucon qui ravit ce qu’il repère, à son gré.


Je veux leur faire voir en ta majesté le chacal du Sud,
le maître des proies qui se hâte de parcourir le Double-Pays.


Je veux leur faire voir en ta majesté tes deux frères
dont j’ai réuni pour toi les bras en signe de victoire.

 

 

 

(Traduction : Mathieu : 1994, 142-3 ; Fac-similé : Lacau : 1926, Pl. VII)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:00

     Dans le deuxième volet de ce qui constituera une trilogie consacrée à Josefov, le quartier juif qui se déploie de part et d'autre de Parizska, l'Avenue de Paris, depuis la Place de la Vieille Ville de Staré Mesto jusqu'au méandre de la Vltava, la rivière qui traverse toute la ville, je vous avais invité, ami lecteur, à me suivre dans le classique circuit des synagogues.

     Aujourd'hui, j'aimerais vous convier à une déambulation dans un endroit extrêmement particulier, coincé d'ailleurs entre la Salle des Cérémonies et les synagogues Klausen et Pinkas évoquées samedi dernier : le vieux cimetière juif, aménagé là dans le courant de la première moitié du XVème siècle.




     Surabondamment exploité, cet espace constitua, trois siècles durant, l'ultime rendez-vous de tous les Juifs de Prague : des milliers et des milliers de stèles se sont en effet accumulées depuis qu'en 1439, la tombe du rabbin et poète religieux Avigdor Kara y fut creusée et jusqu'en 1787, date de la toute dernière inhumation.

     L'exiguïté du lieu contraignit à plusieurs reprises les autorités à recouvrir de terre certaines parties du cimetière de manière à récupérer de la place. Selon les historiens,
quelque 12 000 tombes seraient recensées, mais il est incontestable qu'il y a bien plus d'inhumés sur la douzaine de niveaux ainsi superposés les uns sur les autres.

     Rassurez-vous, ami lecteur, aucun cataclysme naturel, aucune profanation humaine ne sont à l'origine de cet amoncellement pour le moins cahotique : mais c'
est précisément  la superposition des couches de sépultures et l'obligation, très souvent, de relever les pierres les plus anciennes qui donnent à cette Troie tchèque un aspect absolument unique.


     Les évoquer toutes serait évidemment fastidieux, voire complètement impossible. Nonobstant, le long du mur ouest, un monument funéraire parmi d'autres attire immanquablement les touristes les plus avertis : il s'agit de la tombe de Rabbi Löw.




     Décédé en 1609, le rabbin Juda Liva ben Betsalel fut apparemment un des grands érudits de son temps : théologien philosophe, astronome, fondateur d'une école talmudique et grand pédagogue, il est par ailleurs réputé pour avoir créé le Golem. Les pouvoirs surnaturels prêtés à
Rabbi Löw seraient en fait à l'origine de la création de cet être artificiel qu'il aurait modelé avec l'argile prélevée dans la Vltava et auquel il donnait vie en déposant dans sa bouche une petite pierre sur laquelle était gravée une formule magique rédigée en hébreu.

     Je vous fais grâce des différentes variantes du corps même de la légende pour arriver tout de suite à sa fin : le Golem devient fou et son Pygmalion se voit contraint de le cacher. Ce sera dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle où, de nos jours encore, il y résiderait ...

     L'histoire de cet humanoïde, vous vous en doutez, inspira les Lettres  - (on doit ainsi à un ancien prix Nobel de littérature, l'écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer,
une version moderne de la légende) -, le théâtre, l'opéra, mais aussi le cinéma,  de Walt Disney à Quentin Tarentino, sans oublier, il faut bien évoluer avec son temps, des jeux vidéos pour enfants (?), notamment dans la série des "Pokemon" !

     Mais revenons au vieux cimetière juif, si vous le voulez bien, aux historiens de la judaïté et plus spécifiquement aux épigraphistes qui s'y sont intéressés. Les pierres tombales, en effet, présentent là cette particularité, en plus d'évidemment indiquer le nom du défunt et la date de sa mort, de fournir celle de son enterrement, ainsi que le nom de son père. Elles sont en outre gravées de symboles en relation avec la famille, la profession, voire le statut social de la personne décédée : ce seront une paire de ciseaux pour les tailleurs, un couteau pour les bouchers, des mains bénissant pour la famille Cohen, un ours pour les Braun, un poisson pour les Fisher ... ou un lion au sommet du monument funéraire de Rabbi Löw.



     De plus, il s'avère que les stèles attribuées à des femmes sont plus intimement détaillées encore :  par exemple, si un personnage féminin seul figure sur la pierre, cela signifie que la défunte était vierge; et si sa main gauche est levée, qu'elle était fiancée ...

     Un dernier point, caractéristique, avant de quitter définitivement ce cimetière et Josefov par la même occasion :  j'avais remarqué que sur beaucoup de pierres tombales ainsi que dans les interstices de certains monuments funéraires étaient soit déposés des petits cailloux, soit insérés des morceaux de papier. Jeux d'enfants ? Parcours fléché à l'usage de modernes "Petit Poucet" ?




     Assurément pas ! Renseignements pris, le dépôt de petites pierres correspondrait, pour le défunt, à une marque de respect de la part des visiteurs qui viennent se recueillir sur sa tombe; et les papiers pliés renfermeraient un voeu.

     Autres lieux, autres moeurs ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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