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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 00:00

     Une prestigieuse université fondée en 1348 (Univerzita Karlova), une place (Karlovo Namesti), la plus grande de la ville, une rue, un hôtel (The Charles), un restaurant, une librairie commémorent son nom : Karel, en tchèque, Charles, en français.

         

     Né Wenceslas (Vaclav),
fils de Jean, comte de Luxembourg, roi de Bohême par son mariage avec Elisabeth Premyslovna, héritière du trône, Charles (1316-1378) qui a emprunté le patronyme de son oncle et parrain, le roi de France Charles IV le Bel et épousé, à 7 ans, Blanche de Valois devient, en 1355, empereur du Saint Empire romain germanique : et de Prague, ce mécène qui pratique tout à la fois le latin, l'allemand, le tchèque, le français et l'italien décide de faire le centre politique et culturel de son empire.

     Pour les nombreux touristes qui, les yeux émerveillés, découvrent à longueur d'années ce bijou architectural qu'est la capitale de l'actuelle Tchéquie, un pont essentiellement, LE pont, évoque Charles IV : Karluv most, l'oeuvre de Peter Parler, l'architecte principal de Nové Mesto, le quartier de la "Nouvelle Ville" mais aussi des parties gothiques de la cathédrale Saint-Guy, à l'intérieur de l'enceinte du château royal de Hradcany que nous visiterons en janvier prochain.


     Réservé aux piétons,



mais
aussi aux artistes et artisans proposant qui l'agréable matérialité sonore des cartons perforés de son orgue de Barbarie,



qui les traditionnelles caricatures permettant
aux chalands de rentrer au pays avec un souvenir "typique" de leur séjour à l'étranger,



cet ouvrage d'art qui, de la Tour de la "Vieille Ville" - ci-dessous sur un set de table d'un excellent petit restaurant typiquement tchèque - relie la rive droite de la Vltava à la gauche, permettant ainsi d'accéder à Mala Strana, puis au château, ne constitue certes pas, vous vous en doutez ami lecteur, le seul pont de Prague.





     Sur tout son parcours, la Vltava - cette rivière qui scinde la ville en deux parties et que les Allemands appellent "Moldau" -, est ainsi scandée de dix-sept ponts avant de se jeter dans l'Elbe, quelque quarante kilomètres plus au nord.

     

     Mis à part Jiraskuv most,



le pont Jirasek qui, de l'aéroport de Prague-Ruzyne, à la périphérie nord-ouest de la ville, permet aux touristes fraîchement débarqués d'accéder en son centre historique en passant près de Ginger, vous souvenez-vous ?, la plupart d'entre eux ignorent quasiment les autres possibilités de traverser la rivière, le pont Charles seul rencontrant tous les suffrages.

     Et pourtant, tout au nord de la ville, après le très banal Manesuv most, le pont Manes, du nom d'un peintre paysagiste tchécoslovaque de la fin du XIXème siècle, qui permet lui aussi de rallier Mala Strana, en voiture ou en tram,  



il faut absolument que je vous fasse connaître, ami lecteur, Cechuv most, le pont Cech, le dixième qui enjambe la Vltava et qui porte, quant à lui, le nom d'un poète ayant vécu dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème.

     Reliant directement l'avenue de Paris qui vient de la place de la Vieille Ville en traversant Josefov, au gigantesque métronome de David Cerny, sur la colline de Letna, symbolisant, depuis 1991, la capacité de Prague de survivre au balancement des différents pouvoirs politiques qui s'y sont succédé,

 
 
le pont Cech, construction métallique à trois arches, typiquement "Art Nouveau", terminé en 1908, outre qu'il emporte le record d'être le pont le plus court de la ville - 169 mètres -,



offre les caractéristiques d'être non seulement décoré, comme ci-dessus à droite, d'une statue en bronze perchée au sommet de deux colonnes s'élevant à plus de 17 mètres et, comme ci-dessous, de deux  allégories d
e trois mètres de hauteur, réalisées également dans le même métal par Antonin Popp et représentant des "Victoires" brandissant des flambeaux.

 



     Nous aurions donc l'embarras du choix, samedi prochain 12 décembre, d'emprunter vous et moi, l'un ou l'autre de ces quelques ouvrages sur la Moldau pour accéder au quartier ouest, à Mala Strana ; mais je pense que, comme la majorité des touristes préférant s'y rendre à pied, je vous emmènerai vers le "Petit Côté" par une élégante passerelle, le traditionnel et néanmoins si typique pont Charles ...


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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 00:00


     Parce qu'il constitue indubitablement aux yeux de la majorité des égyptologues un monument d'historiographie sans précédent pour son époque ; parce que les hasards (?) des  pillages et de la vente, au XIXème siècle, de leurs produits par de bien peu scrupuleux personnages - en fait, n'ayons pas peur des mots : par de véreux représentants officiels de certaines grandes nations européennes, dont le Consul général britannique au Caire, Henry Salt, pour ne pas le citer, ne fut pas des moindres -, sont à l'origine que de substantiels fragments, sur les instances de Jean-François Champollion et avec l'aval du roi de France Charles X, se retrouvent à présent au Musée du Louvre avec les quelque 4000 autres pièces de cette collection Salt, je voudrais aujourd'hui, avec vous, ami lecteur, après vous avoir donné à lire, mardi dernier, un extrait de la "Stèle poétique" de Thoutmosis III en guise de prémices à quelques articles concernant ce pharaon, évoquer son "Mur des Annales" dont trente-huit blocs sont exposés ici, salle 12, dans la partie médiane de l'imposante Galerie Henri-IV entièrement consacrée au temple égyptien.

     Immédiatement à gauche en entrant, éclairés par les rais de Rê filtrant à travers une des fenêtres donnant sur la Cour Carrée,
ces gros fragments de grès d'une vingtaine de centimètres d'épaisseur portant tout uniment en ce musée le numéro d'inventaire C 51 sont présentés dans une immense vitrine exactement comme sur leur site d'origine, le temple d'Amon-Rê à Karnak.


 



      Ils nous proposent en fait le récit de six des 17 incursions asiatiques du souverain, de la cinquième à la dixième, qui couvre les années 29 à 39 de son règne. Indépendamment de l'évocation de ce que l'on considère communément comme événements historiques, nous pouvons également y relever, gravées en colonnes se lisant de droite vers la gauche, la comptabilité détaillée du butin rapporté, ainsi que celle des tributs versés par les pays en ce temps-là soumis à l'Egypte.  

     

       "Or, Sa Majesté a ordonné de rendre durables les hauts faits qu'il a accomplis depuis l'an 23 jusqu'en l'an 42, en inscrivant ce texte sur ce temple-ci ", peut-on lire dans la colonne ci-contre, la vingtième figurant sur la face est du môle nord du VIème pylône de Karnak




     






















     Il faut savoir que Thoutmosis III avait ordonné que fût inscrite chronologiquement la narration de ses campagnes militaires, toutes couronnées de succès, menées au Proche-Orient au milieu du XVème siècle avant notre ère ;
et ce, en différents endroits du temple, notamment entre son VIème pylône et la cour dite du Moyen Empire : c'est ce que les égyptologues ont coutume d'appeler soit les deux salles des Annales, soit la double salle des Annales.

     Mais aussi - et j'ajouterai même : surtout -, le souverain commanda d'établir à chaque fois un minutieux décompte des nombreuses richesses qui en découlèrent : ces listes des offrandes amassées en guise de butin ou de tributs que j'évoquais à l'instant, destinées à Amon, dieu de Thèbes, dieu dynastique, constituent en réalité la partie  la plus récurrente des Annales, la plus abondamment développée, que le souverain auréolé de toute sa gloire fit, à partir de l'an 42, graver par un scribe royal vraisemblablement nommé Tjanouny.

     C'est la raison pour laquelle il me semblerait plus logique de me ranger aux côtés du savant français Paul Barguet quand il préconise d'employer plutôt la dénomination de "Mur des Tributs" que celle de "Mur des Annales".


     Selon l'égyptologue française Dominique Valbelle, ces récits pariétaux ne purent être possibles, autant d'années après les événements, que parce qu'il y eut, aux côtés de Pharaon, un ou des scrupuleux chroniqueurs prenant quotidiennement de nombreuses notes, tenant ainsi ce que Madame Valbelle qualifie de "Journal de guerre". Notes qui, plus que très probablement, si elles formèrent par la suite le limon même des textes officiels, furent aussi utilisées pour rédiger les panégyriques royaux.

     Et Madame le Professeur Valbelle d'avancer, si besoin en était encore de nous en convaincre, que la précision des dates fournies tout au long de ce texte constitue l'irréfutable preuve que ces "journaux" étaient parfaitement tenus à jour par leurs rédacteurs.

     Sur le très intéressant cliché ci-dessous qui propose véritablement le début du "Mur des Annales", l'on distingue parfaitement, au premier registre, à gauche, Thoutmosis III debout présentant une sorte d'immense récapitulatif de tout ce qu'il offre à Amon, assis à droite ; et en dessous de cette nomenclature,  au second registre donc, se lisant de droite vers la gauche, les 67 premières colonnes commençant le texte officiel proprement dit.
 



     Entamée à la base est d'abord, puis sur toute la partie ouest du contre-parement que Pharaon avait ajouté afin de masquer la paroi des salles d'offrandes érigées au nord du sanctuaire de la barque d'Amon par la reine Hatchepsout, (= a, sur le plan ci-dessous), cette longue inscription de hiéroglyphes en relief gravés en colonnes se poursuivait sur le petit mur de retour (b), sur celui qui, au nord, fermait la cour péristyle du VIème pylône élevé par Thoutmosis III (c) et, après avoir également recouvert  la face est des deux môles de ce monumental portail (d et e), venait prendre fin sur le second mur latéral de la cour, au sud (f).



   
     Ai-je vraiment besoin de préciser que tout cet ensemble constitue le plus grand texte historique en continu jamais découvert dans le monde ?

     (Je dois à l'extrême gentillesse du Dr. Dimitri Laboury, chargé de cours adjoint à l'Université de Liège, l'autorisation de reproduire le plan ci-dessus qu'il a personnellement annoté.
Merci aussi, cher Dimitri, d'avoir consacré quelques heures de ton précieux temps pour non seulement repérer dans l'imposant trésor iconographique qui est le tien les quelques diaspositives que j'espérais pour illustrer mes articles sur le sujet, et de me les avoir scannées, mais aussi pour les commentaires dont tu les as assorties tout en confrontant nos points de vue.) 

 


     J'ajouterai, pour terminer la présente introduction, qu'existent également des références à ces expéditions royales non seulement sur l'autre côté du môle nord du VIème pylône auquel j'ai précédemment fait allusion,  sur sa face ouest donc, mais aussi à d'autres emplacements du sanctuaire de Karnak, comme par exemple au niveau du VIIème pylône érigé lui aussi par Thoutmosis III, sur les faces nord-est et sud-ouest : on peut en effet voir, sur ces deux portes monumentales, une imposante théorie de cartouches crénelés renfermant les noms des différentes villes et des différents peuples soumis par Pharaon, au nord comme au sud de l'Egypte.

 

(Merci aussi à Michel Sancho de m'avoir gracieusement offert ce cliché de la face ouest du môle nord du VIème pylône.)

     Dans ses Urkunden IV. auxquels j'ai déjà et ferai encore abondamment allusion dans cette série d'articles consacrés aux Annales, le philologue allemand Kurt Sethe a relevé 359 cartouches différents comme ceux ci-dessus pour les peuples du Nord et 269 pour ceux du Sud, alors soumis à l'Egypte. 

     Au niveau de ce même VIIème pylône, le souverain avait fait ériger une paire d'obélisques : l'un d'entre eux, après quelques péripéties, aboutit à  l'antiquité, grâce à l'empereur romain Théodose, sur l'ancien hippodrome de Constantinople, devenu actuellement la place Sultanahmet à Istanbul. Sur les quatre faces du monument dont il ne subsiste que la partie supérieure, haute d'une petite vingtaine de mètres, outre la titulature royale, on peut y lire, grâce à de superbes hiéroglyphes taillés en creux, la commémoration de la huitième des campagnes militaires de Thoutmosis III, au Mitanni celle-là.




(Grand merci aussi à Nat de m'avoir permis de disposer de son cliché.)

      Et sans vouloir prétendre à l'exhaustivité, j'ajouterai simplement que furent aussi mises au jour, ici et là en terre égyptienne ou nubienne, des stèles dressées dans l'un ou l'autre temple qui mentionnent l'une quelconque des campagnes royales et sur lesquelles je ne manquerai pas de m'attarder le moment venu.

  
     Il serait  peut-être maintenant opportun de quelque peu nous pencher sur la personne de Thoutmosis III : c'est ce que je vous propose de faire, ami lecteur, quand nous nous retrouverons mardi prochain, 8 décembre.




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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 00:00



     La logique, géographique, eût voulu qu'après notre déambulation dans le quartier de Josephov, au nord du centre historique de Prague, entamée le 31 octobre et qui s'est terminée samedi dernier par la visite de ce si particulier cimetière juif vieux d'un demi-millénaire, nous nous dirigions, vous et moi, ami lecteur, vers Mala Strana, le "Petit Côté", sur la rive gauche de la Vltava.

     Mais c'en sera une tout autre, thématique celle-là, qui aujourd'hui guidera nos pas vers l'extrémité opposée de la ville, plus au sud encore que Ginger et Fred, dans ce quartier quasiment de banlieue : Vysehrad, le "Château des hauteurs".

     Certes, ce n'est pas le bâtiment d'une conception cubique tout à fait particulière croisé sur notre route qui retiendra le plus notre attention ce matin.



     Nous passerons simplement devant - parce que "recommandé" par les guides touristiques.... Ah, bon ? -, avant de grimper sur l'éperon rocheux qui surplombe la rive droite de la Vltava,



puis, tout de suite nous rendre dans un autre lieu de la mémoire tchèque que constitue le petit cimetière national : voilà, vous l'aurez compris, le fil d'Ariane autorisant un lien entre l'article de samedi dernier et celui-ci.  


     Il y a, au Musée d'Orsay, à Paris, exposée en la salle 59 du niveau médian, une toile symboliste du peintre pragois, disciple de Seurat et précurseur de Klimt, Karel Vitezlav Masek (1865-1927) intitulée la Prophétesse Libuse, du nom de cette princesse mythique tchèque qui, au VIIIème siècle de notre ère, aurait prédit depuis son château fort de Vysehrad la fondation et la gloire future de la ville de Prague. Ville qui, de nos jours, s'étend véritablement entre cette colline et celle de Hradcany, où nous nous rendrons très bientôt  pour constater que sur chacune, en effet, le pouvoir en place, en des périodes différentes  évidemment, installa le siège fortifié de sa puissance dominatrice.

     Ici, à Vysehrad, il subsiste des murs qui firent partie des fortifications de l'enceinte castrale,



mais aussi, visibles de n'importe quel endroit de la capitale, les tours jumelles de l'église néo-gothique Saints-Pierre-et-Paul



avec sa porte centrale si caractéristique.


  
     Mais si Pragois, le plus souvent, et touristes, occasionnellement, prennent la peine de monter jusque là, ce peut être certes pour y trouver une sorte de paix propice à oublier les tracasseries de la ville, - nous y vîmes nombre d'autochtones mollement étendus sur l'herbe des parcs, en train de prendre le soleil -, mais c'est à mon sens surtout pour visiter, au pied de l'église, le cimetière national.

     Fort peu étendue si j'en appelle à la seule notion de superficie, mais extrêmement concentrée si je n'envisage que l'aspect "célébrités" tchèques, cette nécropole que les autorités voulurent en ce lieu dans la décennie 1860 et que je compare au célèbre cimetière du Père-Lachaise, dans le XXème arrondissement de Paris, constitue à elle seule une encyclopédie de quelque six cents noms parmi les plus prestigieux  considérés comme représentatifs de l'ensemble de la culture autochtone : compositeurs, chefs d'orchestre, peintres, romanciers, poètes, hommes de théâtre, tous, peu ou prou, ont contribué par leur oeuvre à porter la  sensibilité tchèque à son niveau le plus haut, à offrir semble-t-il, volontairement ou non, une sorte d'aura internationale à leur patrie.

     Pourquoi n'en épinglerai-je aujourd'hui que deux ?
     Dans un premier temps, parce qu'incontestablement ils sont  d'immenses compositeurs : Antonin Dvorak et Bedrich Smetana. Peut-être aussi parce que leur monument funéraire respectif se situe aux antipodes l'un de l'autre : celui de Dvorak, mémorial imposant, grandiloquent, parfaitement typé "Art Nouveau"




et celui, bien plus réservé, plus modeste, qui ne pouvait évidemment que m'interpeller - un obélisque -, de Smetana. (Très probablement, si je m'en réfère à certains monuments funéraires semblables en nos cimetières belges, parce qu'il était franc-maçon ; jugeant plus normal, en utilisant ce symbole égyptien, de faire ainsi référence à une civilisation pré-chrétienne.)



     Peut-être aussi, et c'est avec cette particularité reproduite en des centaines d'exemplaires ici que je  compte terminer cette visite avec vous, ami lecteur, parce qu'il présente, comme sur la majorité des autres pierres tombales, cette façon hors du commun d'afficher les dates de naissance et de décès :



le jour et le mois sont en effet inscrits verticalement, un peu comme une fraction mathématique, au milieu de la date fournissant l'année.

     Terminer cette visite ?, vous étonnerez-vous ; pas avant de nous avoir proposé, dans ce Panthéon national, la tombe de Kafka, la tombe du plus grand romancier tchèque dont une statue hommage, vous nous l'aviez montrée, a été érigée tout à côté de la synagogue espagnole !

     Il existe bien en effet, ami lecteur, à Vysehrad, un tombeau gravé à ce nom ;  toutefois, ne vous méprenez pas comme ici beaucoup de touristes non avertis le font : il ne s'agit pas du Kafka du "Procès" et de la "Métamorphose", il ne s'agit pas de Franz mais de Bohumil, un sculpteur portant le même patronyme à qui l'on doit, entre autres créations, la plus grande statue équestre existant au monde, installée
sur la colline de Vitkov.

     Et donc, Franz ?, insisterez-vous ...
     Sa tombe se trouve, notamment avec celle de Jan Palach, le jeune étudiant qui, le 16 janvier 1969, s'immola par le feu, place Venceslas sur les marches du Musée national, en signe de protestation contre l'invasion de la Tchécolovaquie, quelques mois plus tôt, par les troupes réunies du Pacte de Varsovie, dans le nouveau cimetière juif de Prague-Orsany aménagé pour pallier l'exiguïté de celui que nous avons arpenté samedi dernier.

     Mais là, je n'ai pas envisagé de me rendre ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 00:00
 
    Parce que j'y ai tout dernièrement fait allusion dans un article qui m'avait permis d'évoquer  avec vous les conditions de l'apparition tardive du cheval en terre pharaonique ; parce quelles constituent indubitablement un monument d'historiographie sans précédent pour son époque
, je voudrais aujourd'hui, avec vous, ami lecteur, conscient par la même occasion de quelque peu bousculer, pour un certain temps, le parcours que je m'étais fixé - à savoir : l'exploration, en toute logique, de la deuxième vitrine de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes  -, évoquer les "Annales" de Thoutmosis III.

 

     En prémices à une série d'articles que j'escompte leur consacrer et, ce matin, sans préambule historique aucun, je me propose simplement de vous donner à lire un extrait du texte gravé sur la stèle CGC 34.010 du Musée du Caire - appelée "Stèle poétique" ou "Stèle triomphale" par les égyptologues -, mise au jour à Karnak, dans la Cour Nord du VIème pylône et qui relate les victoires qu'Amon-Rê a accordées à Thoutmosis III : il s'agit plus particulièrement ici du "discours" du dieu qui, au retour victorieux d'une des campagnes militaires que le souverain a menées au Proche-Orient, s'adresse à Pharaon en lui remettant son glaive afin d’écraser les pays étrangers ou de décapiter les ennemis vaincus.

 


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des rayons
pour que tu éclaires à leurs yeux à mon image.


Je veux leur faire voir ta majesté revêtue de ta parure
saisissant les armes du combat sur le char.


Je veux leur faire voir en ta majesté l’étoile filante
qui lance ses jets de feu pour répandre sa luminescence.


Je veux leur faire voir en ta majesté le jeune taureau,
le hardi aux cornes acérées qu’on ne peut fléchir
.


Je veux leur faire voir en ta majesté le crocodile,
le maître de la crainte, au milieu des eaux, qu’on ne peut approcher.


Je veux leur faire voir en ta majesté le vengeur
qui est apparu sur le dos de son animal sacrifié.


Je veux leur faire voir en ta majesté le fauve terrifiant
pour que tu en fasses des cadavres jonchant leurs vallées.


Je veux leur faire voir en ta majesté le maître des ailes,
le faucon qui ravit ce qu’il repère, à son gré.


Je veux leur faire voir en ta majesté le chacal du Sud,
le maître des proies qui se hâte de parcourir le Double-Pays.


Je veux leur faire voir en ta majesté tes deux frères
dont j’ai réuni pour toi les bras en signe de victoire.

 

 

 

(Traduction : Mathieu : 1994, 142-3 ; Fac-similé : Lacau : 1926, Pl. VII)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Littérature égyptienne
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:00

     Dans le deuxième volet de ce qui constituera une trilogie consacrée à Josefov, le quartier juif qui se déploie de part et d'autre de Parizska, l'Avenue de Paris, depuis la Place de la Vieille Ville de Staré Mesto jusqu'au méandre de la Vltava, la rivière qui traverse toute la ville, je vous avais invité, ami lecteur, à me suivre dans le classique circuit des synagogues.

     Aujourd'hui, j'aimerais vous convier à une déambulation dans un endroit extrêmement particulier, coincé d'ailleurs entre la Salle des Cérémonies et les synagogues Klausen et Pinkas évoquées samedi dernier : le vieux cimetière juif, aménagé là dans le courant de la première moitié du XVème siècle.




     Surabondamment exploité, cet espace constitua, trois siècles durant, l'ultime rendez-vous de tous les Juifs de Prague : des milliers et des milliers de stèles se sont en effet accumulées depuis qu'en 1439, la tombe du rabbin et poète religieux Avigdor Kara y fut creusée et jusqu'en 1787, date de la toute dernière inhumation.

     L'exiguïté du lieu contraignit à plusieurs reprises les autorités à recouvrir de terre certaines parties du cimetière de manière à récupérer de la place. Selon les historiens,
quelque 12 000 tombes seraient recensées, mais il est incontestable qu'il y a bien plus d'inhumés sur la douzaine de niveaux ainsi superposés les uns sur les autres.

     Rassurez-vous, ami lecteur, aucun cataclysme naturel, aucune profanation humaine ne sont à l'origine de cet amoncellement pour le moins cahotique : mais c'
est précisément  la superposition des couches de sépultures et l'obligation, très souvent, de relever les pierres les plus anciennes qui donnent à cette Troie tchèque un aspect absolument unique.


     Les évoquer toutes serait évidemment fastidieux, voire complètement impossible. Nonobstant, le long du mur ouest, un monument funéraire parmi d'autres attire immanquablement les touristes les plus avertis : il s'agit de la tombe de Rabbi Löw.




     Décédé en 1609, le rabbin Juda Liva ben Betsalel fut apparemment un des grands érudits de son temps : théologien philosophe, astronome, fondateur d'une école talmudique et grand pédagogue, il est par ailleurs réputé pour avoir créé le Golem. Les pouvoirs surnaturels prêtés à
Rabbi Löw seraient en fait à l'origine de la création de cet être artificiel qu'il aurait modelé avec l'argile prélevée dans la Vltava et auquel il donnait vie en déposant dans sa bouche une petite pierre sur laquelle était gravée une formule magique rédigée en hébreu.

     Je vous fais grâce des différentes variantes du corps même de la légende pour arriver tout de suite à sa fin : le Golem devient fou et son Pygmalion se voit contraint de le cacher. Ce sera dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle où, de nos jours encore, il y résiderait ...

     L'histoire de cet humanoïde, vous vous en doutez, inspira les Lettres  - (on doit ainsi à un ancien prix Nobel de littérature, l'écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer,
une version moderne de la légende) -, le théâtre, l'opéra, mais aussi le cinéma,  de Walt Disney à Quentin Tarentino, sans oublier, il faut bien évoluer avec son temps, des jeux vidéos pour enfants (?), notamment dans la série des "Pokemon" !

     Mais revenons au vieux cimetière juif, si vous le voulez bien, aux historiens de la judaïté et plus spécifiquement aux épigraphistes qui s'y sont intéressés. Les pierres tombales, en effet, présentent là cette particularité, en plus d'évidemment indiquer le nom du défunt et la date de sa mort, de fournir celle de son enterrement, ainsi que le nom de son père. Elles sont en outre gravées de symboles en relation avec la famille, la profession, voire le statut social de la personne décédée : ce seront une paire de ciseaux pour les tailleurs, un couteau pour les bouchers, des mains bénissant pour la famille Cohen, un ours pour les Braun, un poisson pour les Fisher ... ou un lion au sommet du monument funéraire de Rabbi Löw.



     De plus, il s'avère que les stèles attribuées à des femmes sont plus intimement détaillées encore :  par exemple, si un personnage féminin seul figure sur la pierre, cela signifie que la défunte était vierge; et si sa main gauche est levée, qu'elle était fiancée ...

     Un dernier point, caractéristique, avant de quitter définitivement ce cimetière et Josefov par la même occasion :  j'avais remarqué que sur beaucoup de pierres tombales ainsi que dans les interstices de certains monuments funéraires étaient soit déposés des petits cailloux, soit insérés des morceaux de papier. Jeux d'enfants ? Parcours fléché à l'usage de modernes "Petit Poucet" ?




     Assurément pas ! Renseignements pris, le dépôt de petites pierres correspondrait, pour le défunt, à une marque de respect de la part des visiteurs qui viennent se recueillir sur sa tombe; et les papiers pliés renfermeraient un voeu.

     Autres lieux, autres moeurs ...

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 00:00

 

     Après avoir, mardi dernier, évoqué avec vous, ami lecteur, les raisons et les conséquences de la présence tardive du cheval en territoire égyptien, je voudrais aujourd'hui plus spécifiquement me pencher sur les quatre fragments  présentés ici devant nous, à la gauche de l'ensemble de la petite collection d'ostraca  provenant du village des artisans de Deir el-Medineh, exposée dans cette vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous avons successivement évoquée les  deux semaines précédant le congé de Toussaint (avec les bovidés et les simiens).





     De haut en bas, sur une étroite tablette, le Conservateur de la salle a d'abord disposé
un éclat de calcaire extrêmement intéressant, (E 12969), de 7, 50 cm de long, 6, 50 de large et d'une épaisseur de 2, 30 cm, sur un petit présentoir de manière que l'on puisse tout à loisir se rendre compte de ses deux particularités : il ne s'agit pas d'un fragment uniquement esquissé ou peint, mais bien d'un ostraca travaillé en relief de chaque côté de la pierre.
     

Recto



et verso
 


     Manifestement agrémenté de noir et de rouge à l'origine, ce petit monument  nous offre la représentation d'un cheval, tourné
vers la gauche sur une face et vers la droite sur l'autre, dans l'attitude que l'on soupçonne, d'après ce que l'on peut en voir, parfaitement conventionnelle des jambes antérieures s'élançant vers l'avant et postérieures rejetées en arrière. Aucun caparaçon pour attirer notre regard ; seules les deux lanières  de l'attelage nous autorisent à penser que l'animal ne gambade pas en toute liberté dans la nature.

     Simples et harmonieuses, les courbes que l'artiste a imprimées de part et d'autre de la pierre, tant pour la crinière et le dos de l'animal que pour sa tête, donnent véritablement vie à l'ensemble, même si ce que je considère comme le recto me semble plus élégant, plus abouti, moins rigide, moins "scolaire" que le verso.      
  
     Vous vous souvenez très certainement, ami lecteur, que dans mon intervention de la semaine dernière, j'avais très rapidement évoqué un petit scarabée en jaspe vert conservé au British Museum (BM 17774). Nonobstant le fait que l'égyptologue belge Jean Capart - que j'ai déjà eu ici maintes fois l'occasion de citer -, publiait dans un article de 1934 que c'était dans le temple de la reine Hatchepsout, à Deir el-Bahari, qu'il fallait voir le cheval figurer pour la première fois dans l'art égyptien, - il est vrai qu'il assortissait  sa phrase d'un point d'interrogation -, il semblerait actuellement que tous les égyptologues soient d'accord pour reconnaître qu'il n'en est rien et pour faire remonter cette première apparition à l'époque du propre père de la reine, Thoutmosis Ier.

      Toutefois, peut-être qu'un jour, un autre objet récemment découvert viendra-t-il aussi infirmer cette datation : l'Histoire est ainsi faite que l'archéologie, parfois, peut tout remettre en question ...
 
     Quant au scarabée londonien, en plus de nous  proposer la toute première figuration actuellement connue d'un cheval tirant un char dans lequel un souverain a pris place, il nous invite à découvrir ce qui allait devenir un des classiques de l'iconographie de la propagande pharaonique, à savoir : Pharaon guidant son attelage de pur-sang grâce à la seule (et bien improbable) souplesse de ses reins,  puisque de ses mains, il bande l'arc qu'il utilise pour combattre les
ennemis.

     A cette époque thoutmoside, les chevaux royaux ne portent pas encore, à tout le moins ni sur les monuments ni dans les textes, un nom propre. Il faut attendre
la XIXème dynastie avec le règne de Séthi Ier, le père de Ramsès II, pour que soit attribué un nom, le plus souvent téophore - (c'est-à-dire faisant intervenir une divinité) - à un des attelages royaux.

     En fait,
indiqué au-dessus des rênes, c'est le nom du cheval principal de la paire de pur-sang qui définit l'ensemble de l'attelage. Ainsi, pouvons-nous lire ici ou là sur des monuments ramessides : "Premier grand attelage de Sa Majesté, Amon-lui-assigne-la-vaillance".

     Si "Premier grand attelage de Sa Majesté" représente la prémisse incontournable de la formule consacrée,  il est bien évident que dans la seconde partie, d'autres patronymes définissent les chevaux des haras royaux, tels que "Amon-donne-la-force", ou "Celui-qui-piétine-les-contrées-étrangères", etc.

     Vous remarquerez, avec ce dernier exemple, que ce ne sont pas nécessairement  toujours des noms théophores qui sont attribués : ainsi, Ramsès II appelle-t-il un des attelages avec lesquels il combat les Hittites, à  la célèbre bataille de Qadesh : "Victoires-dans-Thèbes" ...  

     C'est semblable scène d'un personnage sur son char mené par deux pur-sang que, juste en dessous de l'ostraca "réversible" E 12969 que j'ai aujourd'hui évoqué d'emblée, propose l'esquisse rouge sur l'éclat de calcaire E 27660.







     Il me reste à présent, pour clôturer notre découverte de la vitrine 1 de cette salle 5, entamée le mardi 8 septembre, à considérer deux derniers fragments, des tessons de poterie cette fois, mis au jour dans une tombe non décorée de Deir el-Medineh, la 1095, fouillée par Bernard Bruyère lors de sa campagne de 1921-22.

     (Si je mets ici l'accent sur le fait que le caveau n'avait reçu aucune décoration murale, c'est simplement pour épingler une difficulté de datation précise : certes, les égyptologues peuvent avancer l'époque de la XVIIIème dynastie parce qu'il se situe dans un secteur du site occupé par une ancienne nécropole de cette période, mais l'on peut toujours considérer que des défunts des siècles suivants, accompagnés de leur mobilier funéraire, aient été réinhumés là pour diverses raisons, dont les pillages intervenus à partir du règne de Ramsès III, par exemple, ne seraient pas le moindre des motifs. Dès lors, cette réappropriation de la tombe pourrait en fausser les données chronologiques.)   

     Ces deux morceaux d'une coupe de terre cuite peinte, (E 12968), sont en fait trois : en effet, si le premier d'entre eux est répertorié dans l'inventaire du Musée sous le numéro E 12968 A





celui qui se présente immédiatement devant nous est constitué d'un morceau B auquel, manifestement, a été recollé à un petit éclat C. 


  


     Tous  firent partie de ce qui dut vraisemblablement être une grande coupe à pied dont seule une portion  reçut décoration d'une frise de quatre ou six chevaux. Sur ces éclats du Louvre, deux subsistent : le premier (E 12968 A), au repos, présente un corps complètement noir que seules une crinière et une longe peintes en rouge viennent agrémenter ; le second, apparemment plus élaboré au niveau de l'apposition des deux couleurs, nous rappelle l'attitude conventionnelle du cheval galopant, telle que je l'ai ci-avant décrite.

     Ce traitement différent des deux seuls équidés conservés de cette poterie laisse à mon sens présager que l'ensemble devait avoir été élaboré non pas dans une perspective de systématisme, comme l'on pourrait s'y attendre d'une frise à motifs répétés, mais avec toute la liberté que s'était à l'époque offerte l'artiste.
Mais nous ne le saurons probablement jamais.
A moins que ...
Le hasard des fouilles ...

     Car en fait, on n'a mis au jour que fort peu de céramique produite au Nouvel Empire qui comprenne une décoration  avec un motif chevalin ; et encore moins de peinture proposant ce type de vase réalisé à même la paroi d'un hypogée. Je n'ai trouvé trace que d'une seule occurrence : chez cet Ouserhat  auquel j'ai déjà fait allusion mardi dernier avec une scène d'
exploits cynégétiques présentant ce fonctionnaire d'Amenotep II chassant un troupeau d'antilopes dans le désert, (TT 56) et que Thierry Benderitter avait eu l'extrême gentillesse de me laisser importer ici sur mon blog ; qu'il soit tout également remercié pour le cliché ci-après.

     Sur la paroi ouest de la seconde salle, à droite de l'entrée donc, sont représentés des porteurs d'offrandes et de mobilier funéraire au registre inférieur, ainsi que des pleureuses au registre supérieur.


 

     Immédiatement en dessous des dernières pleureuses de droite se trouvent "plantés" sur un support en bois quatre vases à vin (ou à bière, peut-être) décorés d'une frise sur leur panse. Certes, ils sont dès le départ assez schématiquement reproduits sur la paroi murale ; en outre, l'éloignement du photographe qui désirait avoir une vue d'ensemble et qu'un gros plan de ces quatre récipients n'intéressait pas plus particulièrement font que ne sont pas vraiment visibles sur le cliché que je vous propose aujourd'hui les motifs décoratifs de chacun  d'eux. Il vous faudra donc bien me croire sur parole si je vous certifie que le troisième, en partant de la droite et en allant vers la gauche, c'est-à-dire en respectant le sens de la marche des personnages, est décoré en son centre d'une frise à l'intérieur de laquelle gambadent deux chevaux.


     Avec quatre seuls autres vases, intacts ou en fragments, soit au Musée du Caire, soit à celui de Berlin, les deux éclats que nous venons d'évoquer ici devant nous dans cette vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre constituent donc les rares exemples de poteries arborant un cheval comme motif principal. Heureusement que, pour mieux cerner le sujet, nous disposons de scènes peintes sur les parois de certaines tombes ...

     Sans nécessairement aller l'amble, il est temps d'à présent nous quitter, ami lecteur, non sans avoir noté l'éclectisme tout à la fois de support et de technique des ostraca sur lesquels nous nous sommes ce matin penchés : en effet, quand ceux consacrés aux bovidés et aux simiens que je vous avais présentés les deux derniers mardis avant le congé de Toussaint ne proposaient que des esquisses ou des dessins apposés sur des morceaux de pierre calcaire, les quatre fragments avec chevaux d'aujourd'hui
nous ont permis de constater que quand des artistes les avaient représentés miniaturisés en bas-relief, d'autres avaient continué à en peindre, mais cette fois sur des poteries dont il ne reste malheureusement que très peu de tessons.

     Nonobstant, pour les égyptologues, tous portent le même nom générique d'ostraca.

      Nous aurons d'ailleurs bientôt l'occassion d'en découvrir d'autres dans ce Musée, provenant également de
Deir el-Medineh, ne fût-ce que dans la vitrine 2, ici derrière nous, devant laquelle je vous donne rendez-vous dans quelques semaines seulement. En effet, comme je vous l'avais d'ailleurs précisé dans mon premier article après le congé de Toussaint, je vous propose ces prochains mardis d'exceptionnellement quitter cette salle 5 pour nous rendre dans la grande Galerie Henri-IV, salle 12 donc, plus spécifiquement dans la deuxième de ses trois parties, aux fins de découvrir en détail, immédiatement sur notre gauche, l'immense vitrine contenant d'imposants fragments du "Mur des Annales" de Thoutmosis III.   

           

(Caritoux : 1998, 21-6 ; Desroches Noblecourt : 1950, 37-46 ; Nagel : 1930,185-94 et 1949, 129-32)  

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 00:00

     Vous vous souvenez, je présume ami lecteur, qu'avant le congé de Toussaint, j'avais pour vous évoqué de manière essentiellement historique le quartier de Josephov, s'étendant du nord de Staré Mesto et de sa Place de la Vieille Ville jusqu'à ce méandre de la rivière Vltava et de part et d'autre de Parizska, l'Avenue de Paris.

     Après avoir longé la synagogue Vieille-Nouvelle, bâtiment de culte en style gothique primitif construit dans le dernier quart du XIIIème siècle auquel,  quelques années plus tard, furent ajoutés de chaque côté deux pignons vaisseaux de briques rouges si caractéristiques, et dans lequel, de nos jours encore, se tiennent des offices religieux, nous avions immédiatement pris, sur notre gauche, la petite ruelle médiévale s'enfonçant plus avant dans le quartier.

     Comme vous l'aurez très probablement remarqué, au même petit croisement de rues, juste en face de la synagogue Vieille-Nouvelle donc, s'élève l'ancien hôtel de ville de Josefov qui, pour l'heure, abrite
un restaurant casher, ainsi que les bureaux de la Communauté juive.




     Ce n'est pas tant son architecture rococo que l'horloge ornant la façade nord graduée en
hébraïque qui le caractérise : il faut savoir que parce que l'hébreu - comme souvent les hiéroglyphes égyptiens, d'ailleurs -, se lit de droite à gauche, les aiguilles tournent ici dans ce même sens, inversement donc à celui de nos instruments horlogers traditionnels. 



     Après avoir ensuite dépassé deux représentants des forces de l'ordre en plein travail, un rabbin et ses "téfilines" disposées sur une table pliante, sans oublier les boutiques de souvenirs que l'on comprendrait mieux sur les quais de la Seine qu'ici, je vous avais donné rendez-vous ce samedi pour découvrir de conserve, tout au fond de la ruelle, deux importants bâtiments de l'ensemble des synagogues pragoises : à droite, d'abord, la Salle des Cérémonies de la Confrérie du Dernier Devoir, érigée en 1911-1912 dans un style néo-roman assez réussi.




     A l'intérieur se décline actuellement la deuxième partie d'une exposition portant sur les traditions et coutumes juives, plus particulièrement ici centrée sur la médecine, la maladie et la mort ; sans oublier l'évocation des activités de la dite Confrérie, fondée en 1564. 

     A la gauche de cette construction, la synagogue Klausen pour laquelle ci-dessous je vous propose une vue de la façade arrière donnant sur le cimetière dont l'un des accès se trouve précisément entre ces deux bâtiments ; façade bien plus esthétique que, dans la ruelle, celle de l'entrée proprement dite.


 

     Construite à l'extrême fin du XVIIème siècle, cette synagogue dont le nom provient de "Klaus" qui, en allemand, signifie "petite bâtisse", lui même formé à partir du latin "claustrum", bénéficia jadis d'une extrême popularité aux yeux de la communauté juive de Prague dans la mesure où elle constituait le plus grand  espace du ghetto réservé aux membres de cette Confrérie du Dernier Devoir.

     Actuellement, elle abrite la première partie de l'exposition que je viens de rapidement évoquer :  au rez-de-chaussée sont définis le rôle d'une synagogue, ainsi que la signification des fêtes juives, alors que l'étage présente la vie quotidienne d'une famille juive et les coutumes en rapport avec la naissance, la circoncision, le mariage, le divorce ...

     A l'opposé, de l'autre côté de Parizska qui, pratiquement sépare Josefov en deux portions, je vous  invite à découvrir deux autres lieux de culte juifs.

Tout d'abord, la synagogue Maïsel


 

     Mordechaï Maïsel, alors maire de la cité juive, par ailleurs ministre des Finances de Rodolphe II  et à la tête d'une fortune imposante, décida l'édification de ce bâtiment entre 1590 et 1592,  en plus de la contribution financière qu'il apporta pour la construction d'autres monuments tels que l'hôtel de ville et la synagogue Klausen.

    
A la suite de divers endommagements subis aux cours des siècles, dont l'incendie de 1689 qui ravagea le quartier, cette synagogue qui porte son nom parce qu'au départ uniquement destinée à sa propre famille, fut finalement reconstruite en style néo-gothique en 1905.

     Elle abrite aujourd'hui la première partie d'une exposition essentiellement consacrée à l'histoire des Juifs tchèques, depuis leur arrivée en Bohême et en Moravie au Xème siècle et ce, jusqu'à la Renaissance. D'importants ouvrages de cette époque, dus à des rabbins et des directeurs d'écoles talmudiques de ces deux régions, sont mis en évidence dans les vitrines de son espace muséal.

     Quant à la seconde partie de l'exposition relatant l'histoire des communautés juives tchèques et moraves,  évoquant cette fois l'époque qui court du Siècle des Lumières jusqu'à nos jours, en ce comprises les années noires de la Deuxième Guerre mondiale, elle est visible dans la synagogue espagnole, toute proche.

     Bizarrement, humoristiquement (?), vous y serez d'abord accueilli, ami lecteur, par l'inquiétante (?) statue haute de quatre mètres de cet être acéphale, sans plus de mains que de pieds, portant sur ses épaules Franz Kafka, l'incomparable romancier tchèque dont le pouvoir communiste, dans sa grande bonté de gérer l'intelligence, interdit la lecture pendant de nombreuses années.



     Après avoir, devant ce monument commémoratif à la mesure de l'oeuvre même de l'écrivain, un temps réfléchi sur l'étrangeté de la condition humaine, vous pourrez pénétrer dans la somptueuse synagogue espagnole proprement dite.


      

     Erigée en 1868, dans un flamboyant style hispano-mauresque, elle ne fut achevée que vingt-cinq ans plus tard. A l'intérieur : une imposante nef centrale dont les décorations s'inspirent manifestement de thèmes orientaux stylisés répétés à l'envi sur les boiseries des balustrades, des murs, des portes et des galeries.



  
     Pour définitivement clôturer ce circuit des synagogues pragoises, et avant de pénétrer, samedi prochain 21 novembre, dans ce si particulier cimetière juif, je voudrais à présent - en dehors de toute logique géographique, puisqu'en effet nous allons une nouvelle fois traverser Parizska, pour nous retrouver du côté des deux premiers monuments que nous avons visités ce matin -,  évoquer très succinctement  celui qui à mes yeux représente indubitablement le plus important de tous : la synagogue Pinkas.

  



     Ce n'est certes pas le bâtiment en lui-même, datant originairement de 1535 et restauré depuis dans un style gothique tardif qui motive mon sentiment, mais plutôt ce qu'il recèle : le Mémorial des  femmes et des hommes d'obédience juive de Bohême et de Moravie qui eurent à payer de leur vie l'insupportable barbarie nazie. Depuis 1996, en effet, se développant sur deux niveaux sont inscrits, classés d'après leurs communes d'origine, quatre-vingt mille noms assortis de leur date de naissance et de celle de leur disparition. Quatre-vingt mille victimes de la Shoah ...
Quatre-vingt mille sacrifiés sur l'autel de la répugnante imbécillité humaine ...

     A l'étage, plus insoutenable encore, des vitrines renferment les dessins des enfants de Terezin, cette ville  ghetto à une soixantaine de kilomètres au nord de Prague, devenue une sorte de camp de transit vers Auschwitz dans laquelle, avec leurs familles, quelque 10 000 enfants de moins de 15 ans vécurent en attente d'être déportés : 8 000 le furent ; 242 en revinrent ...


     Il est absolument impossible de ressortir indemne de la synagogue Pinkas : ces dizaines de milliers de noms peints à même les murs intérieurs, ces centaines de dessins d'une naïveté belle et si déconcertante, le plus souvent uniques témoignages de ceux qui n'ont pas échappé à l'Horreur, nous interpellent. S'ils ont certes ému l'historien que je suis, ils ont bien plus encore bouleversé les simples parents et grands-parents que nous sommes, mon épouse et moi ; ainsi que les quelques touristes qui, dans une atmosphère hiémale que seul  l'un quelconque sanglot vite refréné venait à peine réchauffer, visitaient cette exposition en même temps que nous ...



"Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non-humaine l'expérience de qui a vécu des jours où l'homme a été un objet aux yeux de l'homme".

Primo Levi
Si c'est un homme

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Publié par Richard LEJEUNE - dans RichArt
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 00:00


     " La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ; aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et l'affronte ; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche et s'anime de la même ardeur : il partage aussi ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle. Mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu ; il sait réprimer ses mouvements. Non seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs et, obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête : c'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir ; qui par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et se rend autant qu'on veut ; qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède, et même meurt pour obéir. "

 

     C'est en ces termes que le naturaliste français Georges-Louis Leclerc, que la littérature a retenu sous le nom de comte de BUFFON (1707-1788), évoque le cheval, au quatrième tome de son Histoire naturelle.

     Assuré qu'il n'avait jamais eu vent de la campagne de Ramsès II contre les Hittites, à Qadesh, au XIIème siècle avant notre ère, - Buffon est décédé à l'aube de la Révolution française, à l'aube donc de la Campagne d'Egypte menée par Bonaparte, à l'aube enfin des géniales découvertes de Jean-François Champollion permettant, par le déchiffrement des hiéroglyphes, de pénétrer plus avant dans les récits égyptiens -, je pense que cet écrivain ne ferait en rien mentir les relations de la célèbre bataille antique dont on peut encore trouver, de nos jours, des représentations gravées à même les parois intérieures du spéos d'Abou Simbel, ou de l'un quelconque autre temple ramesside, à Karnak ou ailleurs.




(Je profite de l'occasion pour, ici et maintenant, chaleureusement remercier Madame Colette Faivre qui m'a généreusement accordé l'autorisation de publier son cliché d'une scène représentant Ramsès II sur son char de guerre, à la bataille de Qadesh, en l'an 5 du règne, gravée en relief dans le creux sur un des pylônes du Ramesseum, son "Château de Millions d'Années" situé au nord-ouest des colosses de Memnon).

     Il n'est aussi que de regarder à présent devant nous, dans cette première  vitrine  de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre dans laquelle, depuis le 13 octobre dernier, nous détaillons les ostraca figurés provenant du site de Deir el-Medineh, pour nous convaincre que les termes mêmes de Buffon pour caractériser le cheval ne sont en rien de vains mots :  fier, fougueux, certes il semble l'être aussi sur les fragments de calcaire peint qu'avec l'ensemble de la petite collection je vous présenterai plus en détail mardi prochain ...

      Car aujourd'hui, ami lecteur, c'est à des considérations historiques plus générales que je voudrais consacrer notre premier entretien après le congé de Toussaint.

     A l'article "cheval" de ce plus qu'intéressant "Dictionnaire de la civilisation égyptienne" qu'il a cosigné voici exactement un demi-siècle avec deux autres égyptologues français comme lui, Jean Yoyotte, très récemment disparu, met à mal l'ancienne idée reçue que c'étaient les Hyksos, peuples guerriers d'origine asiatique, qui avaient fait connaître cet animal aux Egyptiens en envahissant et en s'emparant du nord du territoire avec leur charrerie, au XVIIIème siècle avant notre ère.

     Rien ne permet en fait d'avérer cette théorie pourtant ressassée par la majorité des  savants : car pour le Professeur Yoyotte, c'est en tant que fantassins que ces envahisseurs étrangers pénétrèrent dans la région du Delta. Et ce ne serait en réalité qu'un peu plus tard, soit vers 1600 avant notre ère, c'est-à-dire à l'extrême fin et non au début de la domination hyksos en Egypte que, via la Palestine, les Aryens qui déjà l'avaient utilisé dans tout le Proche-Orient, auraient amené le cheval jusqu'aux rives du Nil.

     Quoiqu'il en soit des hypothèses des uns et des autres quant à son origine, il est indéniable qu'étant arrivé dans le paysage égyptien quasiment au début du Nouvel Empire, soit approximativement 1500 années après la naissance de la civilisation, l'animal n'eut jamais de représentation associée à un dieu quelconque, comme Sobek ou Thoueris, par exemple, que nous avions rencontré dans la deuxième vitrine de la salle 3, rappelez-vous, en juin 2008 ; ou bien d'autres que nous découvrirons plus tard ...

     Pas de cheval, donc, dans l'imposante liste des animaux divinisés  par les Egyptiens! Pas plus d'ailleurs, comme je l'ai déjà précisé dans une réponse fournie en septembre dernier à un commentaire posté sous forme de questionnement que mon ami Jean-Claude avait laissé à propos d'un article consacré à l'élevage en général, n'en rencontrerons-nous dans la décoration des chapelles funéraires des mastabas de l'Ancien Empire ni dans celle des tombes et des temples du Moyen Empire. Et  a fortiori, truisme s'il en est, pas de trace de sa présence dans le corpus hiéroglyphique reprenant les mammifères (section E de la liste de Gardiner) mis en place à l'aube de la civilisation pharaonique : il n'y figurera en E 6
qu'à partir de l'extrême fin de la Deuxième Période intermédiaire, cabré, tête droite et jambes postérieures rejetées loin en arrière comme il sera conventionnellement le plus souvent représenté par la suite.
(D'autres hiéroglyphes de cette même liste, E 6A - B - C ..., le proposent également dans d'autres positions.)

     Et puisque j'évoque l'écriture égyptienne, permettez-moi  à présent quelques indications sémantiques et lexicographiques.

     C'est le terme sesemet qui, dans les textes de la XVIIIème dynastie, fut le plus souvent utilisé pour le désigner. C'est celui que vous retrouverez, par exemple, ici même au Louvre, dans la deuxième partie de l'immense salle 12, consacrée au temple, immédiatement à gauche en entrant, le long d'une fenêtre donnant sur la Cour Carrée, sur certains des imposants fragments de ce que les égyptologues sont convenus d'appeler le "Mur des Annales", provenant du temple d'Amon-Rê, à Karnak




     Vous m'autoriserez aujourd'hui j'espère, ami lecteur, de n'envisager ces fragments qu'au seul niveau d'un aspect du vocabulaire, préférant réserver à une intervention que je vous propose de faire le mardi 24 novembre prochain, l'évocation détaillée de leur histoire.

     C'est à un égyptologue et philologue allemand, Kurt Sethe (1869-1934)  que nous devons la publication intégrale du texte des Annales dans un recueil fondamental portant le titre générique de "Urkünden des Ägyptischen Altertums".

     Dans le cliché de la page 704 (troisième cahier de la quatrième partie, "Urkunden der 18. Dynastie") qui concerne le début de la colonne 31 gravée sur les blocs du Louvre, que je vous propose ci-après, il est fait état de la neuvième campagne du roi Thoutmosis III au Proche-Orient, en l'an 34 de son règne.


      
      On peut y lire, aux sixième et septième lignes,



la quantité de chevaux (40 - chaque "U renversé" équivaut à  une dizaine) et de chars plaqués d'or et d'argent (15) reçus en tant que butin de guerre. Et précédant le déterminatif du cheval dessiné juste avant le nombre 40 (première ligne ci-dessus), vous avez deux fois le signe hiéroglyphique qui correspond à notre S,  ensuite le hibou pour notre M et, au-dessus du cheval, la galette de pain qui  se prononce T. D'où la lecture  du terme égyptien que je signalais pour désigner l'équidé : sesemet.

      Permettez-moi d'ajouter encore, pour essayer d'être le plus complet possible, qu'à partir de la XIXème dynastie, le terme égyptien "heter" qui, précédemment désignait les boeufs attelés pour labourer un terrain, fut employé pour caractériser la paire de chevaux d'un char royal. Cela peut se comprendre par le fait qu'étymologiquement il signifiait "attacher", "lier ensemble" : ce qu'étaient en définitive les bovins travaillant aux champs.

     Pour la toute petite histoire, c'est le même terme qui servit aussi dans la langue égyptienne pour désigner les jumeaux, ainsi que les deux battants d'une porte. Seul, évidemment, le déterminatif que le scribe ajoutait  à la fin du mot permettait de comprendre dans quelle catégorie sémantique il fallait situer le substantif. 

     Revenons pour l'heure, après cette petite digression lexicologique, à la représentation de chevaux dans l'art égyptien : vous aurez d'évidence compris, ami lecteur, qu'il
faut attendre l'extrême fin de la Deuxième Période intermédiaire, et surtout le Nouvel Empire pour les voir  figurer dans des scènes gravées ou peintes faisant notamment allusion aux tributs respectueusement offerts aux souverains égyptiens par des Asiatiques, des Syriens entre autres, comme nous venons de l'apprendre avec les massifs fragments du Mur des Annales de Thoutmosis III ; mais aussi, essentiellement aux époques amarnienne et ramesside, dans des représentations de chars royaux, qu'ils soient de parade, comme celui qui, dans la tombe de Meryrê, transporte Akhenaton et Nefertiti

 

ou de chasse, emmenés par une paire de pur-sang, comme ci-dessous, cette scène d'un fonctionnaire royal,
Ouserhat, s'adonnant à ce "sport", reproduite dans sa tombe (TT 56), à Gournah.



(Les clichés ci-dessus proviennent d'excellentes études réalisées par Thierry Benderitter sur, notamment, ces deux tombes et publiées chacune dans un splendide "reportage" que je vous conseille vivement d'aller visionner chez OsirisNet. Merci encore à Thierry de m'avoir permis d'importer ici ses documents photographiques personnels.)

   
     Bien qu'entré tardivement dans la civilisation des rives du Nil, le cheval acquit donc très vite ses lettres de noblesse : en effet, jamais considéré en tant que bête de somme destinée à travailler la terre, grâce à sa rareté, il  fut dès le départ réservé à une élite : souverains, nobles et autres hauts personnages de l'Etat.

     Jamais non plus, dans cette perspective, il ne fut monté par eux. Je dois toutefois à la vérité d'ajouter qu'à partir de l'époque thoutmoside, l'animal sera chevauché directement : mais par les éclaireurs de l'armée royale uniquement.

    Les souverains utilisèrent donc l'image de leur fringant attelage comme un attribut nouveau à ajouter aux représentations pourtant déjà nombreuses d'affirmation de leur puissance.  A ce propos, les égyptologues s'accordent à reconnaître sur un petit scarabée en jaspe vert de l'époque de Thoutmosis Ier, (1, 53 cm de long pour 1, 12 de large et 0, 75 d'épaisseur), actuellement conservé au British Museum de Londres (BM 17774), la plus ancienne figuration connue d'un roi sur son char :




      Animal de prestige, donc, animal rare aussi, je viens de le faire remarquer, le cheval fut adulé par les souverains égyptiens : empanaché, orné et caparaçonné de riches étoffes brodées, il symbolisait leur richesse, leur puissance politique, mais aussi à n'en point douter, leur bravoure.

     Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer ci-dessous l'un des superbes éventails en or, surmonté jadis de plumes d'autruche, mis au jour,
au début du XXème siècle, dans la tombe de Toutankhamon par Howard Carter. Actuellement au premier étage du Musée du Caire, j'eus la chance de l'admirer à une  très belle exposition  organisée à Bonn, en avril 2005 : Tutanchamun - Das goldene Jenseits




      On y retrouve le jeune souverain débout, guidant son char de chasse les rênes autour des reins,  accompagné de son lévrier et d'une flèche essayant d'atteindre une des autruches qui s'enfuient devant lui : remarquez la magnificence de la parure des deux pur-sang, panache au vent compris ...

     Certes, les puristes soutiendront, à raison, qu'avec les jambes antérieures ainsi fièrement lancées vers les bêtes effarouchées et les sabots des jambes postérieures seuls en contact avec le sol, les deux chevaux défient toute loi d'équilibre.

     D'aucuns ajouteront, avec la même indiscutable logique, qu'une composition donnant à voir un roi  debout, seul dans son char mené au grand galop, rênes nouées à la taille et maniant son arc ne peut aucunement rendre une réalité d'action.
Mais peu me chaut : j'ai assez insisté sur mon blog - et aurai encore souvent l'occasion de le répéter - qu'il nous faut  en ce domaine composer avec un certain nombre de conventions artistiques propres à l'art égyptien.
 
     Et comme le souligne Michel Malaise, mon ancien Professeur d'égyptologie à l'Université de Liège, dans la préface qu'il rédigea lors de la publication de la thèse de doctorat de mon ami Dimitri Laboury :

     "L'art royal égyptien ne se préoccupe pas d'abord de réalisme, encore moins de vérisme, il est plutôt un art du vraisemblable, dans lequel subsiste une place pour le message idéologique, pour l'image que le souverain désire donner de lui-même, soucieux tantôt de se rattacher à la tradition et de souligner sa légitimité, désireux à d'autres moments de s'affirmer lui-même".
 
      J'estime pour ce qui me concerne que, possible ou non, cette scène gravée sur une plaque d'or de 18, 8 cm de long et 10, 5 de haut par un artiste qui, indubitablement, excellait dans l'art de la miniature, a vraiment fière allure !

 

     A partir de la XIXème dynastie, si j'excepte l'une ou l'autre représentation de char de parade, de promenade, c'est pour illustrer les scènes uniquement d'affrontements guerriers que le thème du cheval galopant sera repris par les artistes ; et ce, aux fins d'affirmer péremptoirement l'importance des combats menés par pharaon contre les pays étrangers. 

     En Egypte, seuls les souverains disposaient d'importants haras dirigés par une caste de hauts fonctionnaires portant des titres tels que Intendant des Ecuries royales ou Scribe des Ecuries royales qui commandaient un personnel nombreux.

     Ces haras, je pense y avoir suffisamment insisté, étaient approvisionnés par les cadeaux des  princes tributaires étrangers, essentiellement asiatiques, soumis à la puissance égyptienne ; et parmi eux, le plus grand "fournisseur" était le Retenou (Palestine méridionale actuelle) :  pour Thoutmosis III déjà, toujours d'après  les Annales au temple d'Amon-Rê de Karnak, sont répertoriées les livraisons suivantes : 24 chevaux offerts en l'an 24 du règne, 188 en l'an 30, 260 en l'an 33, 226 en l'an 35, 328 en l'an 38 et encore 229 l'année suivante ... 

     Pour beaucoup d'égyptologues donc, tous ces pur-sang, fleuron des écuries royales, proviennent  de l'étranger. Néanmoins, Jean Yoyotte, lui,  à la page 52 de l'ouvrage que je citais au début de mon intervention - et c'est sur cette note que, pour ma part j'assortirai d'un point d'interrogation, je terminerai aujourd'hui -, affirme qu'il y eut sans conteste des élevages de chevaux en Egypte, particulièrement sur "les étendues herbeuses qui bordaient le Delta, notamment vers Pithôm".

    Personnellement, mais mes connaissances d'amateur ne prétendent évidemment pas à l'exhaustivité, je n'ai en mémoire aucun document, aucune représentation dans une tombe ou un temple pour corroborer son assertion ...


(Barbotin : 2006, 76-7 ; Bouvier-Closse : 2003, 13-15 ; Caritoux : 1998, 21-6 ; Gros de Beller :  2006, 160-5 ; Laboury : 1998, II ; Posener/Sauneron/Yoyotte : 1959, 51-3 ; Reeves : 1995, 189-91 ; Sethe : 1984, 704 ; Vandier d'Abbadie : 1946, 31-8)


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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 00:00
     Il est l'heure !


 
    Laquelle, me demanderez-vous, en scrutant le cadran hébraïque aux aiguilles tournant dans le sens inverse de celles de l'horloge qui le surplombe sur le fronton de l'ancien hôtel de ville juif ?

     L'heure de nous rendre en fait, après avoir admiré samedi dernier un autre système, astronomique celui-là, agrémentant la face sud de l'hôtel de ville de Staré Mesto, dans Josefov.
     C'est en hommage aux prises de position en sa faveur instaurées par Joseph II, à l'extrême fin du XVIIIème siècle, que ce nom fut attribué par la communauté des Juifs pragois à ce quartier.

     Quelques précisions historiques seront, je pense, ici les bienvenues pour mieux en comprendre l'origine.

     De nombreux Juifs ayant fui leur terre d'élection vivaient un peu partout dans la ville dès le milieu du Moyen Âge ; diaspora nécessitée par les mesures discriminatoires encourues depuis des siècles par cette communauté, et sur lesquelles, évidemment, il n'est nul besoin de m'attarder ici ...

     Deux ou trois points, néanmoins, pour recadrer. Au tout début du XIIIème siècle, tristes prémices, un premier concile, celui de Latran, bientôt suivi par celui de Narbonne, souhaite qu'un signe particulier puisse  différencier un Juif d'un Chrétien.

     Et en
1269, le "bon" roi Louis, le dévot Louis IX, roi de France - par ailleurs canonisé 27 ans après sa mort par l'Eglise catholique ! -, entérine ces recommandations conciliaires en intimant aux Juifs l'ordre d'arborer des détails vestimentaires distinctifs : ce seront un bonnet spécial pour les femmes, et ... le port de la rouelle - étoffe de couleur jaune (déjà) -, pour les hommes. En outre, ils devront cesser de vivre parmi les Chrétiens : le concept de ghetto était né !
Je dois toutefois à la vérité historique d'ajouter que le terme lui-même n'apparut qu'au début du XVIème siècle, dans la République de Venise.

     Les Juifs de Prague, comme de bien d'autres villes par le monde d'ailleurs, furent donc contraints soit de se convertir au christianisme, soit de se rassembler  : en l'occurrence, ici, ce sera sur la
rive droite de la Vltava, approximativement à partir de l'actuelle Place de la Vieille Ville jusqu'au méandre de la rivière, au nord, et de part et d'autre de l'artère aujourd'hui appelée Parizska, l'Avenue de Paris.

     Ils vécurent là des heures souvent sombres jusqu'au règne de Joseph II, empereur d'origine autrichienne, frère de la reine de France Marie-Antoinette, à l'extrême fin du XVIIIème siècle. Disciple convaincu des philosophes français de son temps (ce temps que l'Histoire retient sous le vocable de "Epoque des Lumières"), Joseph II entend gouverner selon les principes de la Raison. Certes, des réactions patriotiques opposées à ses intentions brideront ses tentatives de réformes. Mais il n'en demeure pas moins que les Tchèques en général - (il procède notamment  à l'unification des différents quartiers de la ville, promulgue un code civil, abolit la peine de mort, ainsi que la censure et décide de ne conserver ouverts que les couvents qui se sont donné mission d'éduquer des enfants ou de prodiguer des soins aux malades) -, et
les Juifs en particulier, vis-à-vis desquels il élimine définitivement les anciens arrêtés à connotation discriminatoire, lui seront désormais acquis.

     En outre, et ce n'est pas la moindre de ses réformes à leurs yeux : le temps de son seul règne malheureusement, les impôts furent diminués et la médiévale corvée imposée aux paysans jadis asservis et qu'il a déliés de cette mainmise remplacée par un prélèvement soit en nature, soit en argent.

     A l'origine d'une véritable amélioration de leurs conditions de vie, Joseph II fut  donc considéré, de son vivant déjà, comme un bon souverain par les Tchèques. Non seulement, ils lui consacrèrent maints poèmes et fervents chants patriotiques, mais ce quartier de la ville porte désormais fièrement son nom.


     Josefov, c'est là que je vous propose de nous rendre dès à présent, ami lecteur, après avoir quitté la  tour de l'hôtel de ville de Staré Mesto et ses centaines et centaines de touristes qui, chaque heure de 9 à 21, se massent devant les personnages qui s'animent.
Débouchons directement sur la Place de la Vieille Ville proprement dite et prenons immédiatement la direction, sur notre gauche, entre le monument élevé à la mémoire de Jan Hus et la façade blanche ouvertement baroque de l'église hussite Saint Nicolas, de la grande avenue de Paris.





     Puis, après avoir simplement léché les vitrines des boutiques de grand luxe sans en avoir poussé la porte,  pénétrons dans la petite rue de la synagogue Vieille-Nouvelle, sur notre gauche : nous sommes dès à présent au coeur même du quartier juif, devenu lui aussi, depuis quelques travaux de démolition et de reconstruction bien nécessaires à la fin du XIXème siècle, l'un des hauts lieux du tourisme pragois.




     Dissuasifs ? Je ne sais ... Quoiqu'il en soit, ils  seront quasiment la première présence que nous remarquerons en entrant dans la ruelle médiévale.
Mais peut-être ne sont-ils prévus là que pour renseigner le touriste ... ou surveiller le jeune rabbin qui a disposé je ne sais quel petit matériel sur sa table pliante ?




     Persuasif, lui ? Prosélyte ? Probalement pas ...

     Néanmoins, j'ai là assisté à une scène particulière : trois jeunes touristes, des Américains à n'en point douter, s'arrêtent devant la table et comme si c'était tout à fait logique,  - et, probablement, l'était-ce -, sans même avoir besoin de converser, l'un d'entre eux tend son bras gauche au rabbin. Celui-ci l'enveloppe, ainsi d'ailleurs que son front, de cordelettes de cuir au bout desquelles pend une petite boîte : il s'agit en fait,  comme je l'apprendrai un peu plus tard dans la journée en visitant
l'exposition présentée à la synagogue Klausen, du port des "téfilines", lanières de cuir et boîtiers noirs contenant des petits rouleaux de parchemin sur lesquels sont inscrits des versets de la Torah, ce texte fondateur du judaïsme.

     Ici, le jeune homme lira simplement ce qu'il trouvera sur la feuille que le rabbin lui tendra, tandis que ses copains resteront silencieux et dignes, entourés des touristes, nombreux, certains bêtement goguenards, qui vont et viennent dans la ruelle.

     Par décence pour cet acte religieux que je respecte, mais auquel je n'adhère point, je ne pris aucune photo et m'éloignai avant la fin de la petite "cérémonie". Peut-être, par la suite, les deux autres jeunes gens se plièrent-ils eux aussi au même rituel.

      J'ajouterai simplement que j'admire qu'à notre époque des jeunes aient encore une foi, quelle qu'elle soit ...




     En revanche, et dans la même perspective de respect, j'ai déploré trouver,  accolées en contrebas des murs extérieurs du cimetière juif, des boutiques de souvenirs exactement comme si j'étais dans n'importe quel endroit touristique du monde, commercialement et exagérément exploité.

     Mais là ne fut heureusement pas l'essentiel à retenir de ma visite dans ce Josefov que je vous propose de découvrir en détail, ami lecteur, le samedi 14 novembre prochain, après le congé de Toussaint en vigueur dans nos écoles belges ; semaine de "repos" que je vous souhaite fort agréable.

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 00:01




     Dans l'optique de l'évocation des différents objets thématisant l'élevage présentés dans la vitrine 1 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, j'avais attiré votre attention, souvenez-vous ami lecteur, le mardi 13 octobre sur ce qu'était un ostracon et, mardi dernier, sur les ostraca mettant en scène des bovidés.

     Nous nous étions quittés en envisageant d'aujourd'hui nous pencher sur deux autres de ces fragments de calcaire, à la gauche de l'ensemble des bovins, dont le singe constitue l'élement figuré principal.


     Nonobstant le fait que leur présence est parfaitement avérée sur le territoire égyptien dès la fin de la Préhistoire, - les archéologues ont en effet mis au jour des petites statuettes en pierre les représentant -, ces animaux proviennent incontestablement de Nubie, du Soudan et de l'Abyssinie où ils vivaient en toute liberté, le désert égyptien ne constituant pas vraiment leur biotope de prédilection.

     A l'Ancien Empire, les Textes des Pyramides mentionnent un dieu singe appelé "Le Grand Blanc", ou le "Grand de la Chapelle blanche", ce qui laisse sous-entendre qu'à cette époque, déjà, il était divinisé.

     Et dans les chapelles funéraires des mastabas de Saqqarah, comme ceux de Ti, de Neferirtenef,  de Mererouka, de Kagemni ..., apparaissent des scènes peintes, ou des bas-reliefs qui y font référence : on les voit se mouvoir en compagnie de leur dresseur, un nain, nu le plus souvent, et de lévriers, autre animal familier.

     Les détails sont si précis qu'il nous est possible de déterminer l'existence de deux catégories de simiens différentes : les cynocéphales, babouins lourds de silhouette (
Papio Hamadryas), connus dans la langue égyptienne sous l'appellation de kiki (ou parfois kaka) et les cercopithèques, gef en égyptien, animal de plus petite taille, mais à longue queue traînante.

     Ces peintures, nombreuses, à l'Ancien Empire, font allusion à diverses situations dans lesquelles les singes semblent être partie prenante.
Parce que rares, donc précieux,  ils furent toujours prisés : on les voit en effet participer à des scènes de danse et de musique, grimper aux arbres, virevolter avec agilité de cordages en cordages ou se pavaner sur les hautes vergues des bateaux, jouer sous le siège de leur maître (en réalité, et selon les conventions du dessin égyptien, il nous faut comprendre : à côté de ce siège).

     Mais au Moyen Empire, ce type de représentation s'amenuisant, seules les tombes des nomarques de Béni Hassan à la XIIème dynastie et celles, fouillées par l'égyptologue belge Jean Capart, de hauts fonctionnaires à el-Kab en proposent l'une ou l'autre. Cela s'explique aisément par le fait que cette période, j'ai déjà abondamment eu l'occasion de l'évoquer avec vous les 5, 16 et 23 mai derniers
, a souffert des dissensions qui ont provoqué la chute de l'Ancien Empire et entraîné un net appauvrissement de la population. Or le singe, animal de luxe et de distraction pour les riches de l'époque qui avait précédé ces luttes internes, avait perdu de son attrait dans une société plus démocratique et bouleversée par une remise en question de ses racines.

     A quelques exceptions près donc, plus de singes gambadant, grimpant, dansant ou divertissant un maître et ses enfants dans les tombeaux du Moyen Empire et de la Deuxième Période intermédiaire. Seuls les chiens semblent encore bénéficier d'une certaine faveur.

     En revanche, avec le Nouvel Empire, avec  la stabilité politique et la prospérité retrouvées grâce, notamment,
à Âhmosis, le souverain fondateur de la XVIIIème dynastie, qui pratiqua une politique coloniale d'envergure tant au Proche-Orient qu'en Nubie et au Soudan, pays "exportateurs", les singes réapparaissent en nombre dans la décoration des hypogées thébains.

     De sorte que tombeaux et temples funéraires reprennent à l'envi les thèmes des mastabas de l'Ancien Empire, mais en en modifiant certains détails : c'est ainsi que l'on ne relève plus que deux ou trois scènes avec des singes jouant dans les voiles des bateaux ; ou que ce ne sont plus des serviteurs nains (qui disparaissent d'ailleurs quasiment complètement de l'iconographie), mais bien
de jeunes esclaves nubiens, qui sont préposés à la garde de ces animaux apportés, en même temps que girafes, léopards et autres guépards, par les  tributaires étrangers, émissaires des monarques des Pays de Kouch, territoire au sud de l'Egypte, jusqu'à la quatrième cataracte, et de Pount, contrée quasiment mythique située au niveau de l'Erythrée et de la Somalie actuelles.

     La littérature fait également allusion à ces transports de simiens dans le célèbre Conte du Naufragé qui, par parenthèses, ne nous est connu que par un seul papyrus de 3, 80 mètres de long conservé au Musée de l'Ermitage à Léningrad (Ms 1115), et énumère, parmi les produits précieux de qualité tels que oliban, huile de térébinthe et autres parfums, défenses d'ivoire et chiens de chasse que les Egyptiens se procuraient précisément dans ces régions - et dont d'ailleurs font largement écho des scènes du temple d'Hatchepsout, à Deir el-Bahari -, "des cercopithèques et des babouins" que le héros chargera sur son navire.     

     Les riches de cette époque faste ne se privèrent pas de posséder plusieurs singes et, parallèlement, plusieurs jeunes esclaves nubiens pour les dresser et les garder.

     Partant de la constatation qu'ils ne sont jamais figurés avec une épaisse couche de poils dont sont affublés les mâles dans la réalité, alors que chez les femelles ce poil est nettement plus court, nous pouvons sans crainte d'erreur aucune affirmer que seules ces dernières avaient été domestiquées, l'indomptabilité de leurs partenaires empêchant leur dressage.


     Comme je l'ai souligné au tout début de notre entretien, avant cette petite introduction historique, la vitrine 1 devant nous propose deux ostraca de calcaire sur lesquels apparaît un de ces animaux.

     Le premier (E 14339), à l'arrière-plan, d'une hauteur de 9, 5 cm pour 6, 5 cm de long, d'une épaisseur de 1, 8 cm représente un jeune babouin, au cou et à la taille enserrés d'un ruban ocre, qui se déplace à quatre pattes en se retournant probablement vers le dresseur qui le maintient en laisse, avec une expression relativement menaçante, voire colérique, et pour le moins manifestement peu résignée.

   

     Si l'on se réfère aux scènes habituellement dessinées sur les ostraca, il  semblerait qu'apprendre à se mouvoir tenu en laisse constituerait effectivement la première des étapes de la future domestication ; la "leçon de danse", programmée pour divertir leurs riches propriétaires, la deuxième et, bien évidemment, la cueillette des fruits des palmiers, si souvent représentée par les artistes, la troisième.


     Le second fragment de calcaire, (E 27666) immédiatement en dessous, figure précisément semblable scène. D'une hauteur de 7, 8 cm et d'une longueur de 11 cm,  il fit partie, tout comme celui de mardi dernier portant le numéro d'inventaire E 27668, de la collection de l'égyptologue français Alexandre Varille (1909-1951) et fut acheté par le Louvre en 1994.  




         On y voit un dresseur nubien entièrement nu, reconnaissable à son crâne rasé, occupé à apprendre à un babouin qu'il tient en laisse la manière de grimper vers le sommet d'un palmier-doum (Hyphaene Thebaica) caractérisé par un tronc droit se subdivisant en deux branches à partir d'une certaine hauteur et de larges feuilles en forme d'éventail. 

     L'artiste, pour signifier l'ensemble, n'a dessiné qu'un seul fruit à l'aspect d'une grosse et lourde grappe de noix à l'écorce brune et lisse. Vous remarquerez qu'ici les conventions de couleurs de l'art égyptien ont été parfaitement respectées pour ce qui concerne le jeune esclave nubien ; l'ocre rouge de sa peau a toutefois aussi été choisie - autre codification analogue - pour le tronc de l'arbre, légèrement rayé par ailleurs de petites zones noires figurant les traces des anciennes branches tombées au fur et à mesure de sa croissance, mais aussi pour la noix-doum.   

  
     Arguant du fait que le singe était l'animal sacré du dieu Thot, patron des scribes, qui pouvait  ainsi être représenté sous forme de babouin, comme ici, au Musée du Louvre, dans la vitrine 10 de la salle 24, à l'étage, ce groupe (E 11153) du scribe royal  et prêtre lecteur en chef, Nebmeroutef, mais aussi que le palmier était également dédié à ce même dieu, comme le prouve, entre autres, le Papyrus Sallier qui nous a conservé une prière qui lui était adressée : "Grand palmier de soixante coudées, ô toi dans lequel sont les noix ; les noyaux sont dans ces fruits et de l'eau dans les noyaux ...", certains égyptologues, tout en admettant que cette intention ne perdura pas dans l'esprit des artistes, pensent qu'il y eut peut-être une connotation religieuse qui sous-tendit la représentation d'un singe grimpant à l'assaut d'un palmier.

     Quoiqu'il en soit de cette hypothèse, force est d'admettre que, dans la réalité quotidienne des palmeraies ou des jardins privés des nobles de la vallée du Nil, il ne devait nullement être rare de les voir s'élever jusqu'au faîte de ces arbres, soit qu'ils avaient été dressés aux fins d'en cueillir les fruits, soit parce que, plus prosaïquement, ils en raffolaient eux-mêmes.

     Je voulais aujourd'hui, ami lecteur, tenter de vous démontrer qu'à pratiquement toutes les époques de  leur histoire, les Egyptiens de la classe le plus souvent dominante, élevant dans leurs demeures quelques animaux préalablement apprivoisés, choisirent le singe pour en faire leur "jouet" favori. Certes, il y eut un côté pratique à leur présence - cueillette des fruits du palmier, divertissement -, mais je pense également que le comportement même de ce petit animal, sa drôlerie, son don d'imitation, ses facéties aussi parfois, son intelligence assurément, ne sont pas à négliger dans ce choix.

     Et pour notre part, c'est grâce aux  innombrables représentations que, sur tous supports, en firent les artistes égyptiens qu'il nous est loisible de comprendre cet engouement si sympathique qui exista pour ce petit animal.            

     Conscient, toutefois, que les deux seuls ostraca ici exposés ne sont pas suffisamment représentatifs de tous les sujets traités par ces scènes en rapport avec les singes, je ne puis, une fois encore, que vous  inciter à vous rendre à l'étage supérieur, salle 28, et à vous pencher, devant la deuxième fenêtre de droite, au-dessus du pupitre vitrine auquel je faisais déjà allusion la semaine dernière : là vous pourrez peut-être mieux "visualiser" mes propos de ce matin ... avant que, pour poursuivre notre investigation des fragments de calcaire de cette vitrine 1, nous nous retrouvions, après le petit détour par Prague prévu ce samedi 31, le mardi 10 novembre, au sortir de la semaine du congé de Toussaint ; congé que je vous souhaite d'ores et déjà très agréable.



(Andreu : 2002, 184; Lefebvre : 1988, 29-40; Vandier d'Abbadie : 1946, 6-21; 1964, 147-77; 1965, 177-88 et 1966, 143-201)


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