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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 00:00

 

      Les plus attentifs parmi vous, amis lecteurs, auront très certainement remarqué que pour accueillir, les 27 novembre et le 4 décembre, deux articles faisant allusion aux pratiques thanatopraxiques mises au point par les Egyptiens de l'Antiquité aux fins d'assurer à leur dépouille une éternité dans l'Au-delà, j'avais cru bon d'ouvrir une nouvelle rubrique que, reprenant une partie du titre d'un ouvrage capital en la matière rédigé par l'égyptologue Jan Assmann, j'ai tout simplement intitulée Mort et Au-delà ...

 

     Parce que j'ai besoin des deux prochains samedis avant les vacances de Noël pour apposer le point final à notre introspection de la chambre sépulcrale d'Iufaa ; parce qu'ayant terminé, mardi dernier l'évocation des statuettes de chats de la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes et que je n'escompte pas commencer aujourd'hui celle des chiens qu'il me faudrait interrompre pendant les quinze jours de vacances que m'offre mon blog et que je vous rétrocède ;  et parce qu'en outre j'estime opportun de présenter une suite aux deux interventions dédiées à l'embaumement que je citais à l'instant, je voudrais aujourd'hui, bien que l'on soit mardi, poursuivre la relation des différentes étapes du rituel funéraire par la cérémonie que les égyptologues ont pris l'habitude de nommer Rite de l'Ouverture de la bouche dont vous connaissez très certainement cette représentation dans l'hypogée de Toutankhamon.

 

 

Ouverture bouche Tout - Gros plan - OsirisNet

 

 

     (A nouveau, un tout grand merci à Thierry Benderritter, d'OsirisNet, pour la gentillesse avec laquelle il continue à généreusement m'autoriser à lui emprunter ses propres clichés dont celui ci-dessus qu'il a pris de la première scène du mur nord de la chambre funéraire du jeune souverain.)

 

    

     En préambule, me permettez-vous un peu d'humour bien involontaire ?

 

     Tablant sur le fait que tout le monde en parle, en bien comme en mal, et puisque, de temps en temps, je vous propose un lien vers une documentation que j'ai jugée scientifiquement valable, j'ai quelque peu "feuilleté" Wikipedia et, à l'entrée "Ouverture de la bouche", ai trouvé cette phrase : " Une fois ces étapes terminées, avec l'aide d'une herminette, on touche la bouche, le nez, les oreilles et les yeux du visage du sarcophage.", qui m'invite à "cliquer" sur le terme herminette - au demeurant tout à fait correct dans le vocabulaire égyptologique -, pour visualiser l'instrument, pensais-je dans ma candeur naïve, dont se servait rituellement le prêtre funéraire en charge de cette cérémonie.

 

     Faites comme moi, amis lecteurs, avec le bouton gauche de la souris. Et vous aurez vite compris la raison pour laquelle un jeune élève ayant préparé, assorti de cette photographie, un petit travail qu'il prévoit d'oralement présenter au cours d'Histoire reviendra à la maison avec une note très en deçà de la moyenne espérée ... et joyeusement gaussé par ses copains de classe qui  ne se seront pas privés de  citer l'un quelconque film d'horreur ...

 

     En fait, j'eus dû plutôt vous emmener une nouvelle fois vers la salle 15 de ce même département dans laquelle déjà, souvenez-vous, nous avons rencontré le couvercle du cercueil de Pami mais aussi la vitrine dans laquelle nous avons tout à la fois découvert la momie de Pachéry et le cuilleron à narines permettant l'excérébration des cadavres.

 

     Dans cette salle également, dans la vitrine dédiée aux funérailles, est exposée une herminette (E 14 071) à l'image de celle que nous avons vue ci-dessus approchée par Ay, le successeur de Toutankhamon sur le trône d'Egypte, du visage de sa momie.       

 

 

Herminette - Louvre

 

   

     Souvenez-vous, dans le premier des billets de cette nouvelle rubrique, je vous avais expliqué que les pratiques de l'embaumement s'étaient effectuées un temps dans ce que les égyptologues sont maintenant convenus d'appeler la Tente de Purification.

 

 

     C'est aussi en cet endroit que certains textes nomment le Château de l' Or, qu'à tout le moins jusqu'au Nouvel Empire eut lieu la très importante cérémonie de l'Ouverture de la bouche ; par la suite, elle sera pratiquée à l'entrée même du tombeau après que le cortège funèbre, à nouveau constitué des membres de la famille du défunt, de ses voisins et des pleureuses gagées pour clamer haut le désespoir de tous, eut acheminé le sarcophage qu'accompagnait, dans les meilleurs des cas, un imposant mobilier funéraire.

 

     Pour  terminer notre rencontre de ce matin, et avant de vous donner un ultime rendez-vous en cette année 2010 qui me permettra de vous expliquer en quoi pratiquement consistait ce rituel particulier, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer la lecture de la succulente relation qu'en 1957 fit de cette étape des funérailles le grand égyptologue français, le chanoine Etienne Drioton (1889-1961). Evoquant le défunt momifié, il écrit : 


 

     ... On pratiquait alors sur lui le rite de l'Ouverture de la bouche, destiné à lui rendre l'usage de ses organes en vue de son existence dans le tombeau.

 

 

     C'était une très ancienne cérémonie, dont le noyau n'était autre que la passe magique, d'origine préhistorique, par laquelle le fils du défunt capturait à la chasse l'âme échappée du corps de son père, et l'y réintroduisait. L'opération était dialoguée et mimée. Elle s'encadrait entre une lustration préliminaire et une présentation d'offrandes. Il s'accomplissait alors une série de rites au cours desquels le prêtre officiant touchait la bouche et les yeux de la momie, pour leur restituer leur fonctionnement. Une seconde oblation était offerte au mort et l'on procédait, au moins symboliquement, à sa dernière vêture, au milieu d'aspersions et d'encensements, avant de le coucher définitivement dans son sarcophage.

 

     Un cortège funèbre emportait ensuite le cercueil au tombeau. On le descendait dans le caveau souterrain, dont on comblait le puits d'accès. Au-dessus, dans la chapelle de culte, l'officiant inaugurait la stèle fausse-porte par une offrande et une libation. Ce devoir rempli, les assistants participaient, sur le lieu même et en compagnie du défunt invisible, à un festin de gala, avec musiciens et danseuses, semblable à celui que le propriétaire d'une nouvelle maison avait coutume d'offrir aux invités qu'il y recevait pour la première fois. 

 

 

     En d'autres termes, si je le comprends bien, une joyeuse pendaison de crémaillère !

 

     Plus sérieusement : mardi prochain donc, si tant est que le sujet vous intrigue, je vous expliquerai avec force détails de quoi exactement se composaient les différentes étapes de ce qu'il est convenu d'appeler Rituel de l'Ouverture de la bouche, son origine, son évolution dans le temps et ses différentes versions ...

 

     A mardi ?

 

 

 

(Drioton : 1957, 188-90)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 00:00

 

      Après avoir terminé nos différentes visites de la tombe-puits d'Iufaa, fonctionnaire palatial ayant vécu à la XXVIème dynastie, dite saïte, inhumé aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir, je vous avais proposé, dans le courant du mois précédent, souvenez-vous amis lecteurs, de nous pencher sur le matériel qu'il avait cru bon de s'entourer pour l'éternité et, dans cette optique, j'avais pour vous plus spécifiquement évoqué, le 13 novembre, les deux coffrets qui avaient été placés l'un le long du côté nord de son sarcophage de calcaire blanc, l'autre du côté sud et, dans la foulée, le samedi 20, les vases canopes qu'ils contenaient.

 

     Un petit excursus m'avait permis, il y a deux semaines, de brosser à larges traits les différentes étapes de la momification et, samedi dernier, de répondre à un questionnement d'un lecteur.

 

     Il me plairait maintenant de reprendre l'évocation de la chambre sépulcrale de ce défunt privilégié dans laquelle ont été rétrouvées, en nombre impressionnant, des petites statuettes sur lesquelles nous allons aujourd'hui nous pencher ...

 

 

Iufaa - Oushebti (Photo Milan Zemina)

 

 

     Il s'agit, vous l'aurez assurément deviné en découvrant le cliché ci-dessus, de ce que la langue égyptienne nomme un ouchebti. Ou un chaouabti. Ou encore un chabti ...

 

     Ces termes ne sont évidemment pas utilisés au gré d'une certaine fantaisie, d'une humeur de l'un ou de l'autre : ce serait trop  simple.  La réflexion s'impose donc quant au choix de l'un d'entre eux. D'abord parce que leur étymologie est rien moins qu'assurée : pour certains égyptologues, chaouabti viendrait du terme shaouab - cela semble évident ! - qui désignerait le perséa. 

 

     En fait, pas aussi obvie que cela aux yeux d'autres savants qui font à juste titre remarquer que les textes mentionnent bien le bois, et même deux types de bois différents, dans lequel les statuettes d'origine étaient confectionnées ... mais jamais celui du perséa !

 

     Le problème ne se pose évidemment pas quand, sur la statuette elle-même, figure l'une des trois dénominations  !

 

     D'aucuns ont tranché d'une autre manière : quand le chapitre VI du Livre pour sortir au jour (ou Livre des Morts) n'est pas inscrit sur la statuette, ils la nomment chaouabti si elle est antérieure à la XXIème dynastie et ouchebti, si elle est postérieure.

 

     Pour ce dernier terme, l'étymologie sauve la mise : ousheb signifiant "répondre", l'ouchebti, les textes le prouvent, est bien celui qui répond à la place du défunt quand injonction de corvée lui est adressée.

 

    Et dans notre belle langue française ?

 

     Certains usent tout naturellement du terme "répondant" ; d'autres, préfèrent "corvéable" ; d'autres encore "substitut", ou "figurine funéraire" ou enfin - et  ceci constitue l'appellation choisie par le Louvre pour ses cartels - : "serviteur funéraire".

 

     Mais ici aussi, cela peut se compliquer : les chaouabtis ne sont pas que des serviteurs et ils ne sont pas exclusivement funéraires, fait remarquer, en introduction à  son catalogue de ceux du Louvre ayant appartenu aux rois et aux princes des rives du Nil, Jean-Luc Bovot, Ingénieur d'études au Département des Antiquités égyptiennes.

 

     Nonobstant toutes ces arguties, vous m'autoriserez, je présume, à m'en tenir ici, faute de mieux, à la désignation de "serviteur funéraire". 

 

     Il faut en effet savoir qu'à l'Ancien Empire déjà, des statuettes en bois ou en pierre considérées comme étant au service d'un défunt, faisaient partie du mobilier de sa tombe : les égyptologues les appellent "modèles", à l'instar de ceux qu'en mai 2009, nous avions déjà rencontrés à propos des scènes de labour, des bovidés et d'un grenier.

 

     Le mort - qu'il fût pharaon ou homme du peuple - se devait, selon les croyances religieuses, de cultiver les Champs d'Ialou afin d'être à même de se nourrir l'éternité durant. Corvées qui ne plurent évidemment pas à tout le monde, le travail effectué par quelqu'un considéré comme un subalterne étant naturellement plus agréable à envisager !

 

     De sorte que des figurines ne portant toutefois pas encore la formule du chapitre VI - dès lors, sont-ce vraiment des serviteurs funéraires ? - font leur apparition, puis se généralisent dès les XIIème et XIIIème dynasties : certes, point encore fort élaborées, étant vaguement momiformes et n'arborant pas encore d'outils aratoires.

 

     Mais le processus semble enclenché : les modèles de serviteurs disparaissent alors pour laisser de plus en plus la place aux statuettes qui deviennent magiquement substitut du défunt en vue, surtout, d'effectuer dans l'Au-delà ses propres travaux agricoles. Par leur aspect de momie et grâce aux instruments qu'elles tiennent en mains, elles peuvent être considérées à la fois comme une représentation d'un défunt et celle d'un serviteur. 

 

     Il me semble néanmoins intéressant de préciser qu'inversement aux coutumes funéraires préalablement destinées aux souverains, puis seulement bien après, étendues aux fonctionnaires égyptiens, les serviteurs d'éternité furent quant à eux d'abord prévus pour remplacer les particuliers dans leurs travaux agricoles de l'Au-delà avant d'officiellement entrer dans le mobilier funéraire royal, à la XVIIIème dynastie.

 

     Au cours des temps, vous vous en doutez amis lecteurs, leur typologie varia considérablement : aussi, du Louvre au British Museum, des musées du Caire ou de Turin, de Bruxelles, de Leyde ou de Berlin, en rencontrerez-vous beaucoup de momiformes, comme ici, mais aussi d'autres portant un vêtement tout à fait classique ; d'autres encore appuyés contre une plaque dorsale ;  ou gisant sur un lit funéraire ;  ou à tête animale ; ou  formant un couple, avec leur épouse ou avec un fils ; ou en train de moudre des grains ; d'autres, enfin, miniatures, percés d'un trou pour servir d'amulettes à enfiler dans un collier ...

 

     Certains arborent une perruque dite à revers ou à frisons, c'est-à-dire avec deux nattes suggérant des boucles descendant sur la poitrine ou, pour les ouchebtis des souverains uniquement, une coiffe qui leur est typique : notamment le némès, tel que nous le connaissons sur le masque funéraire de Toutankhamon.

Un détail : le port de la barbe se révèle extrêmement rare sur les statuettes d'avant la XXVIème dynastie à laquelle, précisément, appartint Iufaa. 

 

     Bien évidemment, la diversité typologique se manifeste  également au niveau des matériaux dans lesquels ils ont été confectionnés au cours des âges : bois, sculpté et ensuite peint, terre cuite séchée au soleil, quartzite, calcite, calcaire de différentes teintes, granite noir ou, comme ici,  faïence de ce bleu caractéristique, pigment synthétique obtenu par chauffage entre 850 et 1000° C d'un mélange de composés calcaires, de silice et de minerai de cuivre.

 

     Plus rarement toutefois, vous en rencontrerez en bronze ou en verre, ceux-là datant de la seule XVIIIème dynastie.

 

     Intéressant apparaît le changement ressortissant au domaine des attributs ne constituant pas des objets utilitaires comme la houe, le pic ou le hoyau : en effet, au Moyen Empire et jusqu'au début de Nouvel Empire, certains tiennent soit le célèbre signe de vie ankh ; soit celui d'une aiguière, hiéroglyphe signifiant "Le Loué" ; soit le pilier Djed, symbole de stabilité et de durée ou encore le signe de l'étoffe, (S 29 dans la liste de Gardiner), abréviation hiéroglyphique du terme "santé".

 

     Egalement importante à souligner : l'évolution de l'inscription sur le corps de la statuette. Si les premiers exemplaires furent anépigraphes, apparurent très vite mais de manière sporadique soit une petite formule d'offrande funéraire, comme celle qui commence par cet incipit que nous avons maintes fois rencontré :  Offrande que donne le roi ... pour le Ka de N. [le nom du défunt], soit le patronyme du mort ainsi qu'un de ses titres comme, par exemple : Que soit illuminé le Prêtre pur, ou Prêtre lecteur, ou Scribe  ... , l'Osiris N.  , Juste de voix.

 

     Ce n'est qu'à la fin de la XIIème dynastie, voire au début de la XIIIème que se trouvera inscrite - peinte ou gravée - tout ou partie, en fonction de la place disponible, la fameuse formule de ce qui deviendra, suivant la numérotation prônée par l'égyptologue allemand Karl Richard Lepsius en 1842, le chapitre VI du Livre pour sortir au jour (ou Livre des Morts) :

 

 

      Formule pour faire qu'un chaouabti exécute les travaux pour quelqu'un dans l'empire des morts.

 

      Paroles dites par N. Qu'il dise : "Ô ce chaouabti de N., si je suis appelé, si je suis désigné pour faire tous travaux qui sont faits habituellement dans l'empire des morts, eh bien ! l'embarras t'en sera infligé là-bas, comme quelqu'un à sa tâche.

Engage-toi à ma place à tout moment pour cultiver les champs, pour irriguer les rives, et pour transporter le sable de l'Orient vers l'Occident.


      "Me voici !", diras-tu."

 

     Jusqu'au début de la XVIIIème dynastie, ce texte peut être écrit en lignes horizontales.

 

     Un cas unique, logique toutefois : sur les statuettes funéraires d'Amenhotep IV/Akhénaton, le chapitre VI disparaît pour laisser place à des éléments de sa titulature - son nom, ses titres et épithètes - enclos dans un cartouche. Et pour celles des dignitaires, le chapitre VI a évidemment été remanié : ont été retirées les allusions aux cultes osiriens et ajoutées des invocations à Aton aux fins qu'il revivifie le défunt grâce à ses rayons.

 

     Avec Toutankhamon et le retour à la théologie des prêtres de Karnak, le chapitre VI revient, mais incrusté en deux ou quatre colonnes verticales.

 

      Suivant les dynasties et les origines géographiques des rois qui gouvernèrent l'Egypte à la Troisième Période Intermédiaire (T.P.I.) et à la Basse Epoque, disparaîtra puis réapparaîtra le chapitre VI.

 

     A la XXVIème dynastie, époque de "notre" Iufaa, le corps des serviteurs funéraires se trouve soit inscrit de ce chapitre VI en lignes à nouveau horizontales, soit, comme ici, d'un simple petit texte peint verticalement.

Sur certains d'entre eux, le texte, épousant les deux formats, se présente dans un encadrement en forme de T. 

 

     Permettez-moi d'aussi ajouter - mais sans entrer dans le détail - que la formule de ce chapitre VI évolua elle aussi dans ses termes - les égyptologues lui reconnaissent en effet  six recensions - tout en conservant globalement sa signification initiale.

 

     Vous l'aurez compris, amis lecteurs, leur matériau, leur format, leur fabrication, leur couleur, l'absence ou la présence d'une inscription, le type même de celle-ci et la façon dont elle est inscrite, tout, indéniablement, fait de ces artefacts des documents d'une importance capitale pour une connaissance approfondie de la société d'un temps et d'un lieu.

 

      A tous ces indicateurs, j'ajouterai un ultime, assurément le plus spectaculaire : le nombre des suppléants magiques présents dans un  tombeau.

 

     Car, et j'ai gardé ce détail par devers moi pour la fin de notre présent rendez-vous : dans la chambre funéraire d'Iufaa, les égyptologues tchèques mirent au jour un nombre appréciable de statuettes semblables à celle que nous avons eue aujourd'hui sous les yeux.

 

     C'est à elles que, si d'aventure vous m'accompagnez encore dans la découverte de son  mobilier funéraire, je me propose la semaine prochaine de consacrer notre dernière rencontre en Abousir de cette année 2010.

 

   A samedi  ?

 

 

 

 

 

(Aubert L. et J. : 1974, passim ;  Barguet : 1967, 42 ; Bovot : 2003, 9 ; ID. : 2009, 389-90 ; Malaise : 1990-91, 31 sqq. ; Reeves : 1995, 136-9 ; Speleers : 1923, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 21:53

 

     Chers amis lecteurs, amis d'Egyptomusée,

 

 

  Carrousel du Louvre

 

 

     Ce très court billet pour vous annoncer qu'à l'adresse internet du Musée du Louvre vous pourrez découvrir le tout nouvellement créé site participatif "Communauté Louvre " sur lequel j'ai ce soir déposé un premier article qu'il vous sera loisible de lire ou, pour les plus fidèles d'entre vous, de relire. 

 

     A bientôt vous retrouver là aussi pour de nouveaux commentaires ?

 

     Richard

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Publié par Richard LEJEUNE - dans A propos de ce blog
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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 00:00

 

     Après avoir, souvenez-vous amis lecteurs, chaque mardi, successivement évoqué, le 21 septembre, l'origine de ces petits félidés, le 28 du même mois, les auteurs grecs et latins qui nous dévoilaient la conception qu'en avaient les Egyptiens ; après avoir, passage obligé, abordé avec vous le 5 octobre quelques notions de philologie et d'onomastique m'invitant tout naturellement à entrer dans le domaine magico-religieux avec la déesse Bastet les 12 et 19 octobre et les pratiques de momification animale, le dernier mardi avant le congé de Toussaint ; après avoir, le 23 novembre, attiré votre attention sur le côté prédateur de la bête puis, la semaine dernière, sur la mission qui fut sienne dans le sempiternel combat des forces du Bien contre celles du Mal, j'aimerais aujourd'hui apposer le point final aux développements entamés cet automne que m'autorisa la présence de statuettes de chats dans la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre

 

Vitrine 3 (Louvreboîte) - Droite

 

en épinglant le rôle qu'on lui fit jouer à l'insu de son plein gré dans les pratiques magico-médicales et dans la pharmacopée égyptiennes.

 

 

     (A nouveau, un merci appuyé à la conceptrice du blog Louvreboîte pour l'amabilité et la célérité avec lesquelles elle a réalisé quelques précieux gros plans du bloc vitré n° 3, dont celui ci-dessus.)

 

 

     Si, avant que les savants du monde entier ne comprennent la documentation écrite que les Egyptiens nous avaient laissée, nous n'avions eu pour ce qui concerne la médecine - et bien d'autres sujets, d'ailleurs - que l'approche qu'en avaient donnée notamment Hérodote et Diodore de Sicile, vous imaginez aisément que nos connaissances des pratiques médicales et de leurs composantes pharmacologiques eussent été réduites à très peu de notions.

 

     Heureusement, fort à propos, Jean-François Champollion vint qui permit de traduire la langue et les différentes graphies utilisées sur les rives du Nil. Progressivement, d'étape en étape, des papyri révélèrent leur contenu et certains, comme celui de 5,70 mètres datant d'approximativement 1200 avant notre ère, désormais appelé Papyrus médical de Berlin, référencé 3038 et conservé au musée égyptien de la ville, commencèrent à affranchir les scientifiques sur la manière dont les praticiens de l'époque tentaient de prévenir ou de guérir les maladies.

 

     Ce ne fut qu'un début, certes - nous sommes alors en 1863 - mais néanmoins prometteur jusqu'à ce qu'apparaissent sur le marché des antiquités et, surtout, soient traduits et commentés une dizaine d'années plus tard, des documents considérés de nos jours encore comme les plus représentatifs des pratiques des "hippocrates" égyptiens.         

 

 

     Bien que le monde savant ne soit pas encore véritablement éclairé sur l'endroit exact de leur découverte, il semblerait que deux parmi les plus importants actuellement à disposition - le Papyrus Smith et le Papyrus Ebers -, pourraient avoir été mis au jour dans les magasins du Ramesseum, temple funéraire maintenant en ruines de Ramsès II, sur la rive ouest de Thèbes.

 

     Quoi qu'il en soit, il appert qu'aux alentours de 1862, ces manuscrits provenant évidemment d'une fouille clandestine furent acquis à Louxor par un amateur d'antiquités américain, Edwin Smith (1822-1906). Il garda par devers lui le premier d'entre eux, un traité chirurgical de 4,70 mètres de longueur, actuellement propriété de la bibliothèque de l'Académie de médecine de New York, que vous pouvez feuilleter ici, et auquel il attribua son nom ; et vendit à l'égyptologue allemand Georg Ebers (1837-1898), le second, en réalité le plus long - une vingtaine de mètres pour 110 pages et 877 paragraphes ! -, qui, également libellé en hiératique, brasse l'ensemble des pathologies rencontrées et des prescriptions afférentes conseillées par la gent médicale égyptienne durant les deux premiers millénaires de l'histoire du pays : il date en effet d'approximativement 1550 avant notre ère, soit de la XVIIIème dynastie, au Nouvel Empire, sous le règne d'Amenhotep Ier.

 

     Cet important recueil de la pharmacopée antique qui, il est bon de le souligner au passage, inspira grandement la médecine grecque dans laquelle la nôtre puise ses traditions, est actuellement conservé dans la bibliothèque de l'université de Leipzig ;  et est consultable en ligne.

 

     Dans l'esprit des égyptologues, ce manuscrit traduit et magistralement publié par Ebers en 1875, demeure le véritable compendium de la pensée médicale de l'époque. 


     Ce qui constituait les problèmes des malades égyptiens s'y trouve répertorié : du simple traitement de la toux, des douleurs dentaires, des brûlures, des morsures ou des abcès jusqu'aux troubles gynécologiques et aux diverses tumeurs cancéreuses, en ce comprise celle du sein, tout est consigné dans cette somme inestimable.

 

     D'autres papyri, qu'il serait fastidieux de vouloir tous citer, furent également retrouvés tant au XIXème qu'au XXème siècles : ils traitent peu ou prou des symptômes des différentes maladies, des facteurs pathogènes, des régions du corps, saines ou malades et, bien évidemment, proposent des remèdes à base de plantes et de parties ou d'excréments d'animaux.

 

     Et, j'y arrive, le chat fut de ceux-là !


     Quelques exemples suffiront à étayer ma thèse avant de définitivement clore ce long chapitre consacré aux petits félidés égyptiens.

 

     Au paragraphe 465, page 66, lignes 7 à 9 du Papyrus Ebers, il est préconisé, en vue de permettre à un chauve de recouvrer sa pilosité d'antan, de se frotter la tête avec une masse homogène constituée par le mélange d'une portion de graisse d'hippopotame, une de crocodile, une de serpent et une d'ibex, le tout ajouté à une portion identique de graisse de chat.

 

    J'indiquerai, pour la bonne compréhension de mes propos, que ces différents dosages étaient notés par référence à l'héqat, mesure qui équivalait à plus ou moins 4,80 litres. Donc ici, semblable quantité de graisse de chacun de ces animaux donnait un amalgame global avoisinant les 25 litres : de quoi généreusement masser le crâne glabre pendant quelques décennies !

 

     Au paragraphe 486, page 68, lignes 4 et 5 du  même traité médical, il est recommandé, pour atténuer une brûlure, de broyer en une masse homogène un peu de gomme mêlée à des poils de chats, puis de l'appliquer sur l'endroit atteint.

 

     Plus loin, il était prévu de panser la brûlure avec un mélange de deux types bien définis de fruits, d'eau de gomme et d'excréments de chats.

 

     Je terminerai cette petite liste par la prescription que l'on trouve dans le Papyrus Brooklyn, paragraphe 90 c, aux fins de pallier les inconvénients d'une morsure de serpent : mélanger du sang de poisson mugil, de milan, de cobra, d'un crocodile de la nécropole fendu en deux et séché, avec du sang de chat.  Et ensuite, bien évidemment, panser la plaie avec cette concoction ...

 

 

     Après ces quelques exemples, il me chagrinerait de vous quitter, amis lecteurs, alors que nous sommes dans la "Maison", sans avoir touché un mot à propos d'une récente acquisition en la matière.

 

     Détenu par deux particuliers successifs de 1953, date d'achat en Egypte, à 2006, a été vendu à l'Etat sous l'étiquette de "trésor national" pour le Musée du Louvre grâce au mécénat d'une  Fondation spécialisée dans la recherche bio-médicale, un papyrus exceptionnel.

 

      Rédigé tant au recto qu'au verso dans l'une des cursives égyptiennes, le hiératique, ce précieux document de quelque 7 mètres de long, référencé E 32847, s'immisce en seconde position, donc entre les papyri Ebers et Smith auxquels je faisais ci-avant allusion, pour ce qui concerne plus spécifiquement le nombre de textes proposés, ainsi que leur longueur.

 

     Une première analyse paléographique a permis aux spécialistes qui se sont penchés dessus de remarquer qu'il avait été libellé par deux scribes distincts : en effet, quand l'écriture des textes du recto se présente de façon serrée et dense, les signes de ceux du verso apparaissent bien plus amplement dessinés. 

 

     Et les connaisances actuelles en matière de calligraphie sont telles qu'il leur fut aisé de déterminer que le recto daterait des règnes de Thoutmosis III ou d'Aménophis II, son fils, soit du 15ème siècle avant notre ère, alors que l'autre côté aurait quant à lui été vraisemblablement écrit 150 ans plus tard, soit au début de l'époque ramesside, dans la première moitié du 13ème siècle. 

 

     Pour ce qui concerne le sujet même de ce rouleau de papyrus, et bien que le début en  soit perdu, les épigraphistes qui en ont établi la première et rapide traduction n'ont eu aucune peine à reconnaître un document médical présentant descriptions de maladies et, en parallèle, remèdes tant physiques que magiques, avec une prédilection pour ces petits gonflements que sont pustules, furoncles et autres abcès dont le papyrus Ebers, que je citais tout à l'heure, n'avait fourni que le nom générique, sans comme ici, les détailler. 

 

     Autre avantage non négligeable :  les textes mentionnent un certain nombre de divinités en corrélation avec les différents maux, ainsi que les moyens de les guérir.

 

 

     Mais peut-être, amis lecteurs, eûtes-vous la chance, entre le 6 juin et le 6 août 2007, de vous rendre au Louvre pour y admirer une exposition évidemment centrée autour des portions de la nouvelle acquisition présentées sous plaques de verre, en vue d'initier le visiteur aux pratiques médicales de l'Antiquité égyptienne ?

 

     Et bien que j'aurai dans les mois à venir l'opportunité de vous faire découvrir un autre texte manuscrit ressortissant au domaine de la médecine quand nous nous retrouverons devant la vitrine 4 de la prochaine salle 6 dédiée aux scribes et à l'écriture, je propose avant de nous quitter ce matin à ceux qui désireraient en savoir plus sur le papyrus médical Louvre E 32847, non encore exposé au public, 


 

Papyrus médical Louvre E 32847 (Photo G. Poncet)

Papyrus médical Louvre

 

 

 

 

 

un lien qui vous conduira à un dossier extrêmement complet établi par Marc Etienne, un des Conservateurs du Département des Antiquités égyptiennes.

 

     Et pour une relation de l'exposition organisée l'été 2007, permettez-moi de vous conseiller ce compte rendu publié par mon excellent collègue Louvre-passion.

 

 

 

(Bardinet : 1995, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 00:00

 

     Une momie égyptienne concrétise, indépendamment de toute considération physiologique, le message osirien de vie éternelle que la compréhension des hiéroglyphes que nous devons aux recherches de Jean-François Champollion nous permet maintenant, grâce à une meilleure connaissance des textes de rituels antiques que la civilisation des rives du Nil nous a transmis, de mieux appréhender.

 

     Et parmi eux, un document exceptionnel acheté par le Louvre en 1945 au comte Odet de Jumilhac, petit-fils du consul général de France à Alexandrie à l'époque de Napoléon III, Raymond Sabatier : le long papyrus désormais appelé Jumilhac (E 17 110)

 

 

Papyrus Jumilhac - (Louvre E 17 110 - Photo C. Décamps)

 

 

     Ce précieux rouleau découpé en 23 feuillets - malheureusement non exposés actuellement mais dont le cliché de l'un d'eux ci-dessus vous permet d'imaginer l'ensemble - fut traduit et publié en 1962, assorti d'une remarquable exégèse, par l'égyptologue français Jacques Vandier (1904-1973),  qui avait été jusqu'en 1945 Conservateur en chef du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Rédigé en hiéroglyphes serrés à l'intérieur de colonnes  - et non en hiératique comme l'annonce faussement Wikipedia ! -, cet important manuscrit d'époque hellénistique doté de vignettes d'une grande finesse de traits constitue l'oeuvre d'un prêtre vraisemblablement de haute intelligence, savant bilingue, remarquable connaisseur du fait religieux et, de surcroît, excellent philologue : indéniablement, l'homme faisait partie de cette classe extrêmement restreinte - 1, voire 1, 5 % de la population - de lettrés, de gens qui avaient appris à lire et à écrire.

 

     Manifestement désireux de conserver trace de mythes et de rites en présentant un tableau à la fois documentaire et légendaire, il nous renseigne sur le panthéon et la géographie religieuse  du 18ème nome de Haute-Egypte en nous fournissant des listes canoniques, notamment de ses dieux, des épithètes d'Anubis, des noms des sanctuaires, des choses qui dans cette région étaient en abomination, etc.

 

     Le contenu du papyrus, dans la mesure où il évoque les rituels de la quête et de l'embaumement d'Osiris, est évidemment à mettre en relation avec des inscriptions - autres précieux témoignages à disposition des égyptologues - gravées à l'époque ptolémaïque sur les parois de temples tardifs comme ceux d'Edfou, Denderah et Philae, pour ne citer que ces trois exemples. En effet, des portions de murs de salles affectées à la célébration des Mystères osiriens, quotidiennement répétés par les prêtres officiants, font dans ces monuments allusion aux différents rites concernant le dieu et sa résurrection.

 

     C'est ce que les égyptologues ont pris coutume de nommer les Choses secrètes d'Abydos, en référence à la ville sainte qui, à l'époque antique, honorait Osiris. Cette expression, vous l'aurez remarqué, amis lecteurs, je l'ai retenue en guise de titre à cet addenda que j'ai promis de donner à mon intervention de samedi dernier, essentiellement pour répondre à un questionnement bienvenu d'un lecteur curieux et passionné.

 

 

     Dans la salle 64 du Département des Antiquités égyptiennes du British Museum, sous le numéro d'inventaire EA 32 751, le visiteur peut voir la reconstitution d'une fosse comme celles creusées à même le sable du désert égyptien bien avant que débute l'époque pharaonique : il y a 5 à 6000 ans, en effet, dans la mesure où ils s'étaient très vite rendu compte de la fonction dessiccatrice du sable sur le corps humain, c'était dans de semblables "tombes" qu'étaient inhumés, en position foetale, parfois dans une peau de bête, les premiers habitants des rives du Nil .

 

 

Momie de Gebelein (British Museum)

 

 

     Ici, à Londres, a été déposée la momie d'un homme mort vers 3200 avant notre ère mise au jour sur le site de la nécropole de Gebelein, à une trentaine de kilomètres au sud de Thèbes. Les égyptologues pensent que bien avant la fonction rituelle de la préservation des corps, c'est ce type de  découverte, ce type de "momie naturelle" que, parfois, déterraient les chiens sauvages du désert, qui aurait donné aux Egyptiens l'impression que leurs parents survivaient dans un Au-delà non identifié et, partant, qui leur aurait suggéré d'imaginer ces réelles méthodes de conservation des défunts que j'ai détaillées la semaine dernière. 

 

     En un mot, c'est ce type de trouvaille qui serait à l'origine de la momification.

 

     Lors de cette rencontre, souvenez-vous, j'avais indiqué que très tôt se répandit en Egypte la croyance que tous les hommes, pour autant qu'ils fussent reconnus justes par le Tribunal  d'Osiris, pouvaient prétendre à cette éternité dans l'au-delà que prônait le mythe.

 

     Permettez-moi d'à présent rappeler en quoi consiste cette légende que nous connaissons par plusieurs fragments de versions égyptiennes formant, comme l'écrit Jan Assmann, un fond commun d'allusions, dont celui du Papyrus Jumilhac, et grâce à une relation complète due à Plutarque, écrivain grec (46-125) qui, très probablement, fut personnellement initié aux Mystères égyptiens.

 

     Osiris, roi-dieu primordial qui avait succédé à son père Geb, était l'époux de sa soeur Isis. Ils avaient un frère : Seth, incarnation du chaos, du désordre, qui n'avait de cesse que tenter d'éloigner Osiris du pouvoir. Lors d'une fête, usant d'un subterfuge, il promit d'offrir un coffre de toute beauté - en fait conçu aux mensurations d'Osiris -, à celui qui parviendrait à s'y coucher aisément. Vous imaginez la suite : à peine  celui-ci étendu à l'intérieur, son frère haineux en referma le couvercle et s'empressa de jeter ce cercueil improvisé dans le Nil.

 

     Mise au courant, Isis, la pleureuse de son frère, comme la définissent les textes, partit à la recherche de son époux dont, après maintes péripéties, elle retrouva la trace à Byblos, en Phénicie. Après en avoir repris possession, elle le ramena en terre égyptienne aux fins de l'inhumer. Mais Seth veillait. Parvenant à subtiliser le corps, il le découpa en plusieurs morceaux qu'il dispersa à travers tout le pays. Ici, les versions diffèrent : selon le Papyrus Jumilhac, il y en eut 14 ; selon Plutarque, 36 ; et d'autres sources indiquent 42, c'est-à-dire un nombre correspondant à celui des nomes que comptait le territoire.

 

     Quoi qu'il en soit, l'épouse éplorée, à nouveau reprit sa quête, sillonnant inlassablement la terre d'Égypte. Elle réussit à récupérer les fragments corporels disséminés, hormis le sexe, avalé qu'il avait été par un  oxyrhynque. (Episode qu'ici, j'avais déjà très rapidement évoqué.)

 

     Grande de magie, elle les rassembla et, sous la forme d'un faucon battant des ailes au-dessus du corps divin recomposé par Anubis, le premier taricheute qui avait donc ainsi réalisé la toute première momie, parvint à se faire féconder.

 

 

Momification - Fécondation d'Isis (Photo Robert

 

     (Un tout grand merci à Robert Rothenflug qui a sympathiquement accepté que j'importe ici le présent cliché, ainsi d'ailleurs que le suivant, de son excellent corpus photographique consacré à Abydos.)

 

      Cette célèbre scène de la fécondation mystique d'Isis par Osiris fut gravée dans le temple de Séthi Ier, en Abydos, à gauche de la deuxième salle hypostyle, sur une paroi du mur du sanctuaire dédié à Ptah-Sokaris. Elle illustrait en fait, la formule (TP 366) des Textes des Pyramides :

 

     "Ta soeur Isis vient à toi, exultant de l'amour que tu inspires ; tu l'as placée sur ton membre pour que ta semence pénètre en elle."

 

 

     Le temps d'existence du dieu parmi les hommes étant terminé, sa seconde vie ne pouvait plus se dérouler que dans l'autre monde, dans l'Au-delà ...

 

     Assurant la continuité de la fonction royale, le petit Horus qui venait d'être engendré grâce à la magie d'Isis pouvait désormais venger son père des méfaits que Seth lui avait infligés et devenait parangon de tous les souverains égyptiens à venir : il avait en effet pour mission cardinale de faire respecter l'ordre divin établi dès les premiers instants de la création du monde ; ordre, j'aime à le répéter, incarné par la déesse Maât.

 

   

     Indépendamment de la notion de transmission de la puissance pharaonique par filiation - concept qui depuis, reconnaissez-le, associé à celui de primogéniture, fit florès dans l'histoire de tous les royaumes du monde -, le mythe osirien, apparu déjà vers 2600 avant notre ère dans les Textes des Pyramides, est porteur de notion de renaissance, de régénérescence : la vie sur terre n'étant, pour les Egyptiens de l'Antiquité, qu'une première étape, la mort ne peut être considérée comme une fin. Bien au contraire, elle prépare l'indispensable transformation permettant la seconde étape, celle de la vie future, de la vie éternelle là-bas, dans les Champs d'Ialou.

 

     Mais ce passage dans le bel Occident, se révèle problématique dans la mesure où les différentes composantes d'un être se dissociant, elles sont susceptibles de disparaître. Il fut donc grandement nécessaire de préserver l'enveloppe corporelle. De sorte que les pratiques d'embaumement mises en oeuvre eurent pour finalité, à l'image de celles, royales, pratiquées sur la dépouille de l'époux d'Isis, d'assurer une intégrité parfaite à l'ensemble des éléments constitutifs de l'entité humaine et, partant, de permettre à tout défunt juste de voix de posséder un corps qui plus jamais ne s'altérera, un corps qui sera vivant, éternellement ; bref, de devenir un nouvel Osiris.

 

     Ceci posé, en quoi exactement consistent les Mystères osiriens évoqués d'emblée ? Pour répondre à cette question, retournons, voulez-vous dans les temples ptolémaïques que je citai tout à l'heure pour y rencontrer 24 scènes - une pour chaque heure du jour et de la nuit - gravées dans certaines de leurs salles.

 

     De 18 H. un jour à 18 H. le lendemain - il faut savoir qu'en Égypte les 24 heures se comptaient à partir de 18 H. le soir, considérée de ce fait comme étant la première -, se déroulaient les différents rites effectués par une théorie de prêtres officiants qui, en fin de parcours, aboutissaient à la renaissance du dieu : libations ;  fumigations d'encens, ce "parfum qui divinise" ; sacrifices de victimes, vraisemblablement humaines au tout début,  notamment des prisonniers nubiens que l'on avait étranglés, et animales, un moindre mal,  par la suite ; résurrection d'Osiris ; hymnes d'adoration de sa personne. Enfin, on refermait les portes du temple ... avant de recommencer le cycle. Quotidiennement.

 

     Après l'exécution des premières phases de ce rituel, il était prévu que les dieux réalisent quelques miracles sur le cadavre d'Osiris : Mystère de la reconstitution du corps, Mystère du corps revivifié, Mystère de la renaissance végétale et Mystère de la renaissance animale : des animaux étaient en effet sacrifiés à la 5ème et à la 6ème heures du jour. Leur peau, que les textes nous apprennent  avoir appartenu à Seth, l'ennemi atavique de tout être osirien, servira de linceul pour envelopper le cadavre du dieu.

 

     Cette dépouille - souvent d'une vache, ce qui permet d'évoquer Nout, déesse-vache du ciel, mère d'Osiris -, sera en quelque sorte la couche dans laquelle il pourra renaître. Principe constitutif des Mystères : faire de la mort le berceau d'une vie nouvelle ! 

 

     Lors des fêtes abydéniennes, pour symboliser cette résurrection, le roi érigeait le pilier Djed, un des fétiches du dieu, symbole de la stabilité retrouvée, comme ici en bas-relief peint, à nouveau dans le temple de Séthi Ier en Abydos.

 

 

 

Erection du pilier Djed (Abydos)

 

 

     A tous ces rites présidait un dieu : Anubis, le propre fils d'Osiris. A l'instar du prêtre qui l'accompagnait, revêtu lui d'une peau de panthère, Anubis portait celle d'un des animaux sacrifiés : c'est ce qu'après les Grecs, le vocabulaire égyptologique nomme la nébride.

 

 

Nébride d'Osiris - Temple de Deir el Médineh - (Photo Al

 

     (Un tout grand merci à Alain Guilleux qui m'autorise une nouvelle fois à lui emprunter ses documents photographiques : celui-ci, d'abord, qu'il a réalisé dans le temple de Deir el Médineh, mais aussi le suivant, provenant de la tombe de Ramose.)

 

     Le Papyrus Jumilhac consacre un chapitre entier à cet insigne que vous découvrez ci-dessus entre Osiris momifié et la représentation des quatre fils d'Horus : d'après Jacques Vandier, il se compose d'un mortier contenant des remèdes prophylactiques, d'un bâton qu'il pense servir pour les réduire en poudre - car en réalité le texte ne précise rien à son sujet - et d'une dépouille d'animal renfermant les membres d'Osiris réunis par Isis après le geste séthien.

 

     Ce qui complique un peu les choses, c'est que l'on rencontre parfois dans les représentations pariétales de certaines tombes, comme ci-dessous dans celle de Ramose (TT 55), au-dessus du registre présentant les pleureuses de sa fastueuse procession funèbre, 

 

 

Tékénou

 

 

une masse sombre, de forme que l'on pourrait considérer comme vaguement humaine, avec ce qui semblerait être une tête à l'avant d'un des traîneaux du convoi funèbre, entre celui  du sarcophage tracté par des boeufs et celui des vases canopes : le tekenou (ou tikenou, selon certains). 

 

     L'égyptologue français Nicolas Grimal traduit le terme par "le voisin", ce qui, à ses yeux,  laisse supposer qu'il s'agit d'une puissance tutélaire de la nécropole qui aide le mort à triompher de ses ennemis au moment d'accéder au tombeau.

 

     Homme réel dans une peau animale ou mannequin, simulacre ?

Parfois, la face de ce vague "anthropoïde" présentait un visage découvert. Pour respirer ?

D'autres fois, le linceul recouvrait le tout. Principe de la burqa avant la lettre ?

 

     Pour certains égyptologues, ce tekenou présente l'aspect d'un foetus lové dans le sein maternel. Conception éminemment contemporaine pour une figuration antique.

 

     Alexandre Moret (1868-1938), titulaire de la Chaire d'Égyptologie au Collège de France, Président de la Société française d'Égyptologie, Directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris et Directeur honoraire du Musée Guimet qui, au début de XXème siècle, étudia magistralement les Mystères égyptiens, pense qu'à l'image d'Osiris qui, nous l'avons vu, lors de rites se couche dans une peau, le défunt - ou plus vraisemblablement à ses yeux, un simulacre -, est ici placé sous cette dépouille animale parce qu'elle est son lieu du Devenir, des transformations, de la vie renouvelée.

 

     Ensuite, s'extrayant de ce "placenta" - tel un nouveau-né -, le tekenou, entendez le défunt en faveur duquel le rite a été exécuté, naît au monde de l'Au-delà, tout naturellement. 

    

     Tu te couches et tu t'éveilles ; tu meurs et tu vis, peut-on lire, déjà, dans les textes de la pyramide de Pépi II, à Saqqarah.

 

     L'évolution des pratiques voudra, - ceci précisé pour tendre vers une certaine exhaustivité -, qu'à partir de la XIXème dynastie, c'est-à-dire de l'époque ramesside, ce sera un des officiants, à savoir le prêtre-sem qui avait pour fonction, lors du rite de l'ouverture de la bouche, de rendre ses sens au défunt, qui se couchera sur la peau, jouant le rôle de tekenou.

 

     Mais pourquoi ai-je précédemment avancé que cette masse peu esthétique compliquait un peu les choses ?

 

     Tout simplement parce que, désireux d'investiguer chez les égyptologues contemporains, j'ai trouvé, pour tekenou, une définition fort semblable à celle de la nébride que donnaient Alexandre Moret et Jacques Vandier réfléchissant à près d'un demi siècle d'intervalle sur des documents totalement différents quand ils affirmaient qu'elle contenait des morceaux du dieu démembré.

 

     En effet, l'égyptologue allemand Erik Hornung en 1989, rejetant une vieille hypothèse faisant de cet "objet" une réminiscence de l'inhumation d'un humain recroquevillé dans une peau de bête, estime que ce tekenou pourrait être un possible récipient qui renfermerait toutes les substances organiques que l'on avait retirées de l'abdomen du défunt et qui ne pouvaient trouver place dans les vases canopes, ainsi que tout ce qui avait été en  étroite relation - les tissus, par exemple - avec son corps pendant tout le processus de momification.

 

     Il me semble, conclut E. Hornung, que cette chose informe contenait tout ce qui, en l'homme, ne pouvait être momifié. De cette façon le corps du défunt était tout entier inclus dans le rituel de l'inhumation et pouvait participer à la résurrection dans l'au-delà.    

 

     En 2001, son confrère Jan Assmann, Professeur d'égyptologie à l'Université de Heidelberg, un des très grands spécialistes de la religion égyptienne, le cite pour affirmer lui aussi que l'énigmatique tekenou contenait vraisemblablement les résidus de l'embaumement emballés dans une peau de bête. Il serait dès lors à ses yeux l'incarnation des substances délétères (en égyptien : djout nebet = "tout mal") enlevées lors de l'embaumement.

 

     Toutes ces définitions fort peu péremptoirement assénées par les savants- remarquez les formulations qu'ils emploient : laisse supposer que ... ; pourrait être un possible récipient ... ; il me semble que ... ; contenait vraisemblablement ...- me laissent, probablement comme à vous amis lecteurs, comme à vous en particulier Etienne, un puissant arrière-goût d'insatisfaction ...

 

     Le seul point avéré par la documentation à notre disposition : la représentation de ce sibyllin tekenou disparut des scènes funéraires peintes sur les parois des tombes avec la XXème dynastie, à la fin de l'époque ramesside.

 

     Oui, mais pour quelle raison ?

 

     Le curieux paradoxe de la présente intervention répondant à des questions d'un lecteur : terminer moi-même par un point d'interrogation ...    

 

 

 

 

(Assmann : 2003, 47 et 443-56 ; Derchain : 1990, 9-30 ; Dunand/Lichtenberg : 1991, 28Goyon/Josset : 1988, 11-51 ; Grimal : 1988, 171 ; Hornung : 1998, 184 ; Mathieu : 2010, 98 ; Moret : 1922, 3-101 ; Vandier : 1945, 214-8 ; Yoyotte : 1962, 123-6)

 

 

ADDENDUM

 

     A propos du tekenou, une autre interprétation apportée dans cet article de 2013

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 00:00

 

      Les Egyptiens, c'est indéniable, furent d'excellents observateurs d'une nature qu'ils avaient appris à scruter, à déchiffrer, à utiliser, à admirer probablement aussi, bref à parfaitement connaître, profitant ainsi au maximum des bienfaits qu'elle pouvait leur apporter.

 

     Les représentations animalières, dans l'élaboration des signes hiéroglyphiques par exemple, mais aussi en peinture et en ronde-bosse, en constituent une preuve manifeste. Comme en est une autre toute leur littérature, qu'elle ait trait à la poésie, à la cosmogonie ou qu'elle soit plus spécifiquement funéraire.

 

     Ainsi en fut-il du chat, que nous découvrons progressivement ici dans la vitrine 3 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre depuis le 21 septembre.


     Vous vous souvenez très certainement, amis lecteurs, de mon intervention de mardi dernier quand, après vous avoir invités à admirer la statuette E 13245, je vous avais promis d'aujourd'hui évoquer le grand chat d'Héliopolis.

 


     Dès la préhistoire, évoluant à l'état sauvage aux franges du désert, le chat égyptien adopta un mode de vie qui ne pouvait primitivement le faire apparaître que comme un prédateur, un chasseur puissant et agressif ainsi que le définissait Jean Yoyotte dans le Dictionnaire de la civilisation égyptienne, supputant même qu'il représenta, aux premiers temps de la civilisation le prototype initial du "grand chat d'Héliopolis", très vieil être solaire qui protégeait l'homme et lacérait le serpent du mal au pied de l'arbre sacré.

 

     Mais à quoi diantre l'égyptologue faisait-il alors allusion ?

      

     Afin de le comprendre, il vous faudra m'emboîter le pas pour avancer dans l'intrication parfois très complexe des dieux égyptiens et des systèmes cosmogoniques dont ils sont partie prenante.

 

     Nos sources, en la matière, je le suggérais ci-avant, résident dans un  imposant corpus de textes religieux qui, depuis quelque trois décennies maintenant, s'il n'est pas vraiment exhaustif, permet à tout le moins de disposer des plus fondamentaux d'entre eux dans une traduction certes encore amendable, mais néanmoins déjà parfaitement fiable. 

 

     Si précédemment, j'eus l'occasion de succinctement envisager cette littérature funéraire, je vous  propose aujourd'hui d'y revenir de manière à étayer mon propos.

 

     Apparaissant sept siècles après la naissance de l'écriture sur les rives du Nil, les premiers textes eschatologiques dont nous disposons furent mis au jour dans la pyramide du roi Ounas, de la Vème dynastie (il y a quelque 4500 ans), ainsi que dans celles de ses successeurs immédiats : c'est la raison pour laquelle les égyptologues ont pris l'habitude de les appeler Textes des Pyramides, bien que la majorité de ces tombeaux de l'Ancien Empire soient complètement anépigraphes !

 

     Là, déjà, l'on trouve trace d'une déesse chatte appelée Mafdet - que d'aucuns préfèrent plutôt assimiler à une panthère -, tuant un serpent avec ses griffes. 

 

     Parallèlement sont connues plusieurs représentations de cette scène et, notamment, sur la panse d'un vase de pierre exhumé d'une tombe royale d'Abydos, antérieure de près de 600 ans aux inscriptions dans les pyramides.

 

     Par la suite, au Moyen Empire, ce fut sur des couteaux dits "magiques" qu'elle figura : faisant partie du mobilier funéraire dont le défunt aimait s'entourer pour l'éternité, ces instruments étaient empreints d'une connotation apotropaïque dans la mesure où ils étaient notamment destinés à le protéger dans l'Au-delà de certains dangers de l'existence quotidienne, tels les scorpions et les serpents.


     Si l'on y retrouvait représentés tout autant le lion, la panthère ou le scarabée, le chat y joua un rôle important plus que très probablement parce que son habileté à précisément détruire les serpents avaient depuis longtemps déjà été unanimement reconnue.

 

     C'est, pour revenir à la littérature funéraire, à ce même Moyen Empire, vers 2000 avant notre ère, qu'apparut, reprenant et amplifiant les anciens Textes des Pyramides, un nouvel ensemble religieux auquel il sera donné le nom de Textes des Sarcophages : si les premiers étaient essentiellement dévolus à  transformer le corps des souverains égyptiens décédés - et parfois de leurs épouses -  en compagnons de Rê et à faciliter leur progression vers l'Au-delà, cette nouvelle mouture étendra ses bienfaits à tous les sujets de Pharaon.

 

     Dans l'une de ses formules, la n° 335 A, on peut lire, censée être prononcée par le défunt, cette affirmation qui nous intéresse ce matin : "Je suis ce grand Chat près de qui se fendit l'arbre-iched à Héliopolis".

 

     Quelques siècles plus tard, le Nouvel Empire crée une troisième "version" de ces textes prévus pour accompagner l'Egyptien dans sa vie post mortem qui, tout en conservant également les précédents, en propose de nouveaux : il s'agit du Livre pour sortir au jour, plus communément et, à mon sens, erronément appelé Livre des Morts. 

 

     Et là, notre chat est assimilé à Rê en personne !

 

     En effet, dans le chapitre 17, le premier à faire allusion à la régénération matutinale du trépassé en un soleil triomphant, le mort s'y présente d'abord comme étant le maître universel, le dieu Rê : "Je suis ce chat près de qui se fendit l'arbre-iched à Héliopolis, cette nuit où sont anéantis les ennemis du Maître de l'Univers.

- Qui est-ce ? - Ce chat, c'est l'enfant Rê lui-même ; on l'a appelé "chat" (Miou) quand Sia dit à son sujet : " Y a-t-il un semblable (à lui) dans ce qu'il a fait ?" ; c'est ainsi que fut créé son nom de "chat".

 

     Permettez-moi d'ouvrir une toute petite parenthèse pour simplement signaler qu'intervient ici un jeu de mots sur le terme égyptien Miou qui nous est maintenant devenu familier puisque nous avons vu qu'il signifiait "chat" et apprenons aujourd'hui qu'il peut aussi avoir le sens de "semblable".

 

     Et ce sera traditionnellement une vignette représentant un chat (ou, parfois, une chatte) avec à la patte un couteau tranchant la tête du serpent Apopis (ou Apophis, selon certains) au pied de l'arbre sacré d'Héliopolis qui accompagnera le chapitre en question, telle celle ci-dessous, dans le superbe Livre pour sortir au jour d'Ani, acquis jadis par le British Museum de Londres qui, comme j'ai eu l'opportunité de l'indiquer en réponse à un  précédent commentaire, expose depuis le 4 novembre dernier un certain nombre de sa prestigieuse collection de papyri funéraires. 

 

Chat d'Héliopolis - Papyrus d'Ani

 

 

(Un merci tout particulier à Madame Florence Doyen, d'Egyptologica, de m'avoir une fois encore aimablement autorisé à disposer ici d'un cliché de ce remarquable document.)

 

     Après avoir ainsi, pour les besoins de mon intervention, rapidement balayé ces grandes compositions funéraires mises au point par le clergé égyptien,  me semble à présent venu le moment de vous expliquer le rôle qui fut dévolu au chat dans ce mythe héliopolitain évoqué depuis le début de notre rencontre.

 

     L'Héliopolis des Grecs, la Ounou des Egyptiens, fut une métropole du Delta du Nil, capitale du 13ème nome de Basse-Egypte, dans laquelle étaient adorés, comme l'indique l'étymologie du patronyme grec, des divinités liées au soleil  : Rê, bien sûr, l'astre à son zénith, Khépri, le soleil renaissant et Atoum, quand il se couche.

 

     Comme je l'ai il n'y a guère expliqué également en réponse au commentaire d'une lectrice, cette fois, d'Héliopolis émanait l'ennéade divine, c'est-à-dire un groupe de neuf divinités symbolisant, pour les prêtres théologiens, les diverses forces qui permirent le Monde : Atoum, l'entité créatrice (plus tard assimilé à Rê), puis ses enfants Shou, l'atmosphère, l'air sec et Tefnout, l'air liquide, l'humidité ; ensuite, ses petits-enfants, Geb, la terre et Nout, le ciel, ainsi que leurs descendants, les deux couples formés par Osiris et Isis, Seth et Nephthys.

 

     Si Atoum, le démiurge, se dissociant de l'Océan primordial, le non-être, l'incréé, où rien n'était mais d'où tout allait être possible, ce Noun qui préexistait aussi au monde ; si Atoum donc façonne son propre corps - "Je suis celui qui s'est créé", peut-on lire dans une formule des Textes des Sarcophages -, il amène également à l'existence quelques serpents destinés à l'aider dans la suite du processus de création.

 

     De ces ténèbres primordiales doit aussi sourdre l'oeuf d'où surgira Rê, le soleil, la lumière.

 

     C'est entre le monde créé et l'Océan premier qu'en se couchant, il descend chaque soir pour se régénérer ; c'est là que, chaque matin, un serpent géant guette son arrivée dans l'embarcation qui va le mener au jour.

 

     Bien qu'ayant un pouvoir régénérateur, les eaux de l'Océan primordial sont également grosses d'entités menaçant le monde constitué : parmi ces forces de l'incréé, Apopis, le perpétuel ennemi de Rê ; Apopis, l'éternel adversaire des dieux ; Apopis, celui qui n'a ni commencement ni fin, qui n'appartient pas à ce qui existe. Il se doit donc d'être conjuré chaque matin, lui qui quotidiennement, inlassablement, réitère ses assauts contre la barque solaire.

 

     Mais comme son corps ne peut, par définition, être mortellement atteint, comme l'animal est donc indestructible, la puissance menaçante du chaos qu'il représente n'est annihilée qu'un instant, celui du geste tranchant infligé par le grand chat d'Héliopolis qui ne l'atteint que parce que le monstre ophidien fut un jour privé de certaines de ses capacités sensorielles suite à un envoûtement  magique d'Isis, l'empêchant dès lors de se situer.

 

     La scène de la décollation d'Apopis par la patte armée du félidé, souvent représentée sur papyri, mais aussi dans certaines tombes, eut lieu dans le bois sacré de la ville d'Ounou, butte héliopolitaine, sorte de tertre artificiel recouvrant vraisemblablement une crypte détenant les effigies des dieux de l'Ennéade au centre duquel se dressait le balanite (Balanites aegyptiaca), le légendaire arbre-iched, que la littérature égyptologique confond encore trop souvent avec le perséa : c'est sur ses fruits ou  ses feuilles que Thot, le scribe suprême, inscrivait le nom de couronnement de chaque souverain accédant au trône d'Horus.


    Pour la petite histoire, il faut savoir que les bois sacrés de dix-sept des quarante-deux nomes d'Egypte en étaient plantés. 

 

     Symbole de la déesse Nout, selon certains textes, en se fendant, l'arbre-iched permettait au soleil de sortir chaque matin.

 

 

     A Deir el-Médineh, au registre médian du mur sud du deuxième caveau de la sépulture d'Inherkhâou (TT 359), chef d'équipe des ouvriers de la Tombe aux temps de Ramsès III et IV, le félidé en question, bizarrement toutefois doté d'oreilles de lièvre (?), maintient d'une de ses pattes la tête de ce serpent, viscéral opposant de Rê et de l'autre, lui tranche le corps.

 

    

 

Chat d'Héliopolis - Tombe d'Inherkhaou

 

 

    ( Je dois ce document photographique de la plus connue des représentations de la scène de l'annihilation momentanée du serpent Apopis par le grand chat d'Héliopolis à l'extrême affabilité de Catherine, une amie genevoise, qui m'a, sans hésitation aucune, permis de l'exploiter ici :  qu'elle en soit grandement remerciée.)

 

       Non visible sur son cliché, un extrait du chapitre 39 du Livre pour sortir au jour qui précise : "Formule pour repousser l'ennemi, pour décapiter et ligoter Apopis ..."

 

     M'est-il vraiment besoin d'ajouter - sans faire injure à mes lecteurs les plus assidus - que ce rite commémore une nouvelle fois la victoire du monde civilisé sur le chaos toujours prêt à renaître ?

 


 

 

(Barguet : 1967, 55-61 ; ID. 1986, 568 ; Corteggiani : 1995, 141-51 ; Hornung : 1986, 143-91 ; Malek : 2006, 77-84 ;  Meeks/Favard-Meeks : 1995, 13-20 ; Posener/Sauneron/Yoyotte : 1959 : 49)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Vous vous souvenez assurément, amis lecteurs, que j'avais consacré notre rendez-vous de samedi dernier à  évoquer les vases canopes mis au jour par les égyptologues tchèques dans la sépulture d'Iufaa, aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir. Et, par la force des choses, à  employer le terme momification.

 

     Ce sujet, dans le cadre de la petite enquête qui fut menée par deux de mes lecteurs pour retrouver le cercueil d'un fonctionnaire de la XXIIème dynastie, un certain Pami, fut également effleuré puisque c'est en définitive en salle 15 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre que nous avions retrouvé sa trace.

 

     Précisément dans une vitrine voisine de la célèbre momie qui, comme dans tous les musées du monde qui en possèdent, tant attire les visiteurs.

 

 

Salle 15 - Momie du Louvre

 

 

     Certains de vos commentaires, ici ou reçus par mails, m'autorisent aujourd'hui un petit excursus aux fins de rapidement vous expliquer les différentes étapes de ce processus destiné à préserver au maximum l'intégrité physique d'un défunt de manière à lui assurer l'éternité et à en faire un nouvel Osiris.

 

     Il est en effet bon de rappeler que, selon le mythe osirien apparu dès les premiers Textes des Pyramides, la mort ici-bas peut être annihilée dans l'Au-delà si l'on a pris la précaution de reconstituer les différentes composantes d'un être : de sorte qu'est considérée comme cardinale la préservation de l'enveloppe corporelle dans une optique de durée, de façon que le souffle vital, le pouvoir de penser et d'agir ne soient pas irrémédiablement dissociés du corps charnel.

 

     Les savants égyptiens de l'époque, prêtres et médecins, excellents connaisseurs de la physiologie humaine, s'étaient évidemment très vite rendu compte de l'effet de la décomposition des chairs après un décès ; putréfaction non acceptable si l'on s'en réfère à la lettre du mythe de régénérescence osirien.

 

      Ils s'ingénièrent donc à mettre au point des solutions destinées à pallier cet inconvénient rédhibitoire.

    

     Et cette préservation que viennent encore renforcer le ou, parfois, les différents sarcophages, ainsi que, protection suprême, le tombeau lui-même idéalement conçu pour être inviolé, c'est ce que l'on appelle la momification.

 

     Les analyses de momies réalisées ces dernières années ont permis de mettre d'accord la communauté égyptologique quant au processus qui, selon Hérodote notamment, devait  pour certains hauts personnages, dont Pharaon, durer quelque 70 jours. Il est en fait très probable que ce délai soit exagéré et fasse tout simplement allusion au laps de temps pendant lequel l'étoile Orion n'était plus visible dans le ciel égyptien avant de réapparaître, symbolisant ainsi la période entre la  mort et la résurrection du dieu.  

 

     Au nombre de cinq, précédées et suivies de moments forts, les différentes étapes de la momification furent, essentiellement dès le Nouvel Empire, adoptées partout dans le pays par les embaumeurs officiels.

 

     Le premier de ces temps forts que textes et représentations dans les tombes nous décrivent à l'envi est constitué par le transport du corps, après le décès, accompagné de la famille et des traditionnelles pleureuses gagées pour venir, avec force cris et lamentations, clamer haut leur désarroi en se frappant la tête et la poitrine dénudée, vers le lieu d'embaumement à l'ouest du Nil : la Ouabet.

 

     En égyptien classique, ce terme signifie "Place de Pureté" ; les égyptologues ont pris l'habitude de parler de "Tente de purification" car c'était vraisemblablement un abri démontable en forme de T, édifié en matériau léger et recouvert de nattes tressées.

 

     Là, première étape de la momification proprement dite, le défunt était soigneusement épilé, puis lavé à l'eau additionnée de natron - rites de purification indispensables avant que commencent, sur le lit d'embaumement en pierre, les opérations véritablement chirurgicales.

 

     D'emblée, je précise que le natron est un dessicant composé de carbonate hydraté naturel de soude, de bicarbonate de soude, de chlorure et de sulfate de sodium qui, outre son pouvoir déshydratant, permettait de dissoudre les graisses. Il provenait de l'ouadi Natroun, d'où  son nom, région lagunaire en bordure occidentale du Delta du Nil, entre Alexandrie, au nord et Le Caire, au sud.

 

 

     Comme je l'ai tout à l'heure indiqué, les Égyptiens comprirent que pour éviter une décomposition bien naturelle sous des températures aussi élevées, il fallait le plus rapidement possible retirer les organes des cavités thoraco-abdominales. Pour ce faire, armé d'un couteau d'obsidienne au départ, en bronze par la suite,

 

 

Momification - Rasoir E 778 (Salle 9 - Vitrine 1)

 

le parachiste pratiquait une petite incision (entre 10 et 15 centimètres) sur le flanc gauche du corps, manifestement située, à tout le moins avant le Nouvel Empire, entre les côtes et la crête iliaque ; puis, par la suite, parallèlement au pli inguinal.  

 

 

Momification - Incision abdominale Ramsès II

 

     (Ci-dessus, cliché de l'important orifice d'éviscération de Ramsès II que je me suis permis de reproduire à partir de l'ouvrage de feu le Docteur Maurice Bucaille.) 

 

 

     Placé sur la gauche du défunt, le prêtre embaumeur pouvait ainsi "facilement" entrer la main et le bras gauches dans l'abdomen pour en retirer les viscères qui, nous l'avons vu la semaine dernière, étaient traités séparément et confiés, dans la plupart des cas, à la protection de quatre vases canopes.

 

     Après s'être débarrassé du diaphragme, il accédait aux poumons puis nettoyait le thorax, tout en prenant évidemment soin de laisser le coeur à sa place dans la mesure où il était considéré comme le siège de l'intelligence, de la pensée, de la conscience, de la mémoire ...

 

    

     L'opération suivante consistait à extraire le cerveau, déjà reconnu, d'après des textes médicaux, pour son rôle dans la parole, la motricité et la sensibilité. Je dois à la vérité historique d'ajouter que cette excérébration ne fut pas toujours scrupuleusement respectée. 

 

     Quand elle était pratiquée, le prêtre embaumeur enfonçait une tige de bronze très pointue dans la narine gauche pour affaisser l'os ethmoïde - lame de moins d'un millimètre d'épaisseur - séparant le haut des fosses nasales du cerveau proprement dit. Ensuite,  maniant soit une spatule, soit un crochet plus acéré, il fourrageait à l'intérieur pour le réduire à l'état quasiment liquide.

 

     Il suffisait alors de faire pivoter le corps et de soulever la tête - ce qui, comme chez Ramsès II par exemple, pouvait entraîner une fracture des vertèbres cervicales -, pour que le tout s'écoulât par les narines.

 

     Il peaufinait alors le travail en introduisant à l'intérieur de la boîte crânienne, par les mêmes voies, un produit caustique qui finissait de dissoudre ce qui ne l'avait pas encore été.

 

     Dans la vitrine de gauche en entrant dans la salle 15 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, exposé aux côtés de la momie que nous avons vue au début de notre entretien, vous remarquerez peut-être le cuilleron nasal (N 1703) qui précisément servait à injecter les produits d'embaumement dans la cavité crânienne.

 

Momification - Instruments (Louvre - N 1703)

 

     Débarrassée de son contenu encéphalique, la cavité pouvait alors recevoir un liquide résineux bouillant à l'aide du même ustensile : en imprimant à la tête des mouvements répétés dans tous les sens,  l'officiant permettait au produit de tapisser les parois internes. C'est la raison pour laquelle on peut encore constater à la base du crâne des momies analysées par scanner, la présence d'une masse semi-circulaire qui correspond à la solidification, après quelques milliers d'années, des gouttelettes subsistant de cette résine. C'est ce que les scientifiques appellent le "bouclier occipital".

 

Momification - Bouclier occipital crâne Séthi Ier (Bucail

 

 

     Quand, à partir du Moyen âge, se développa un engouement pour obtenir des momies égyptiennes qui se vendaient à prix d'or et dont on se précipitait de fracasser la tête, c'était précisément pour récupérer ce produit résineux noirâtre qui, broyé, servait aux praticiens de l'époque pour "guérir" l'une ou l'autre maladie ou aux peintres pour mélanger avec d'autres pigments.

 

     De là, le nom perse de "Mummia", emprunté par les Arabes pour désigner cette poudre que les pilleurs de tombes exportaient vers l'Europe ; terme qui, par la suite, donna le français "momie" en vue de qualifier les corps embaumés. 

 

 

     A ce stade de notre rendez-vous de ce matin, il me semble opportun de vous faire remarquer un point qui, longtemps, intrigua les historiens : pourquoi, alors que le but était de préserver le corps pour l'éternité, les prêtres embaumeurs détruisirent-ils le cerveau de millions de momies ? 

 

     L'égyptologue français Jean-Claude Goyon estime personnellement trouver la réponse à cette question au paragraphe 8 du Rituel de l'embaumement qui préconise d'oindre la tête avec de l'huile d'oliban, d'abord, avec de l'huile de rattacher la tête et de rattacher le visage, ensuite. Puis, de prononcer les paroles : Ô Osiris N. [N étant ici employé pour le nom du défunt] Tu vas recevoir ta tête à l'intérieur de l'Occident.  (...) Ta tête est revenue à toi, elle ne sera plus séparée de toi et entrera avec toi sans que sa séparation puisse avoir lieu, jamais ! 

 

     Les onguents et les huiles avec lesquels le mort était traité ayant indiscutablement une valeur rituelle - ils permettent sa cohésion -, il est probable que la résine introduite in fine pour tapisser l'intérieur du crâne fût elle aussi considérée comme sacrée. Et à l'instar du mythe osirien dans lequel, après l'assassinat et le découpage du dieu par Seth, tous les morceaux furent retrouvés et sa tête "recollée" par Isis grâce aux baumes et autres substances employées, celle d'un défunt ainsi osirianisé - c'est-à-dire devenu un nouvel Osiris -,  lui permet de recouvrer sa totale intégrité.

 

 

     Au Musée du Caire, une vitrine expose une série d'instruments chirurgicaux utilisés par les embaumeurs.

 

 

Momification - Instruments (Caire)

     

 

     Eviscéré et excérébré, le cadavre était alors desséché par adjonction de natron que le taricheute introduisait dans l'abdomen sous forme de sachets et d'autres qu'il déposait à même le corps  ; sans oublier son exposition un long temps aux rayons du soleil. Je précise, ici aussi, que suite à une approche des plus approximatives qui fut faite au XIXème siècle du  texte grec d'Hérodote - traduction erronée qui a subsisté dans certains ouvrages jusqu'à nos jours ! -,  ce n'était pas par saumure, c'est-à-dire immersion dans un bain de natron liquide, mais bien par salage à sec qu'était pratiquée la dessiccation du corps des défunts ; tout comme celle, d'ailleurs, déjà à cette époque, des poissons.  

 

     Cette étape de déshydratation terminée, le défunt était lavé pour éliminer les résidus de sel sur la peau, oint de manière à apparaître rouge orangé, puis à nouveau à maintes reprises enduit avec onguents et huiles en vue de lui  rendre une certaine souplesse facilitant la dernière phase qui précédait immédiatement l'inhumation : la longue opération, par les prêtres bandagistes, de l'emmaillotage accompagnée de la récitation de formules d'incantation prévues par un usage bien codifié. Il serait alors une vraie momie.

 

     Ainsi rituellement préparé, protégé par les différentes amulettes - près de 150 chez Toutankhamon ! - glissées entre les nombreux niveaux de bandelettes de différents tissus ainsi que, parfois - souvenez-vous notamment d'Iufaa - d'une résille de perles de faïence bleues, le corps de ce nouvel Osiris pouvait être acheminé, à nouveau entouré de sa famille et des pleureuses, vers la tombe qui lui avait été dévolue ... 

 

     Commençaient alors d'autres rites qu'un jour, si l'occasion s'en présente, je vous expliquerai ...

 

 

     Je me dois d'ajouter, mettant ainsi fin à notre rendez-vous de ce dernier samedi de novembre, qu'existaient, toujours selon Hérodote,  trois types de momification distincts inhérents au rang social du défunt et de sa famille puisque tout le personnel d'embaumement était rétribué par des dons en nature : il est vrai que, et ceci corrobore les allégations de l'historien grec, les égyptologues ont retrouvé des momies dont le corps avait à peine été déshydraté et dont les viscères, restés à l'intérieur, étaient décomposés.

 

 

 

 

(Bucaille : 1987, 32 Figg. 2 et 4 ; Dunand/Lichtenberg : 1991, 27-39 ; Goyon/Josset : 1998 : 25-77 ; Goyon : 2004, 11-5 et 66-7 ; Janot : 1996, 245-53)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Mort et Au-delà ...
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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Rassurez-vous, amis lecteurs, il n'est nullement dans mes intentions de reprendre aujourd'hui  le rôle de mon ancien professeur du cours d'art dramatique au Conservatoire que je fréquentai mon adolescence durant pour vous demander de répéter une dizaine de fois et de plus en plus vite la portion du titre ci-dessus mise entre guillemets et donnée à ma présente intervention. 

 

     Si je l'ai choisie, indépendamment des bons (?) souvenirs qu'elle m'évoque, c'est bien évidemment parce qu'elle est en rapport direct avec un des animaux de la vitrine 3 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre devant laquelle nous nous retrouvons ce matin.

 

     Souvenez-vous, parce qu'une dédicace à la déesse Bastet se lisait sur tout le pourtour du socle d'une des statuettes de chats exposées ici, j'avais consacré un des mardis d'octobre à évoquer l'aspect féminin, fécond et maternel de l'animal.

 

     Après avoir en quelque sorte poursuivi l'interruption du congé de Toussaint en introduisant,  les 9 et 16 novembre derniers, les épisodes d'une enquête qu'avaient brillamment menée deux de mes lecteurs pour retrouver des monuments absents de la base de données du site internet du Louvre, j'aimerais maintenant, prenant prétexte de la présence, toujours dans le même bloc vitré disposé devant nous, d'une autre figurine de chat,  épingler son côté plus spécifiquement félin, prédateur ... 

 


 

E 13 245

 

      Cette pièce (E 13245) de 20, 4 cm de long et d'une hauteur de 10 cm , en bois stuqué comme le groupe des quatre de l'arrière-plan, a peut-être en son temps orné le sarcophage d'un chat. Datant également de Basse Epoque, elle attire immédiatement le regard par opposition aux chattes allongées que nous apercevons maintenant de dos, alignées sur notre gauche et que nous avons admirées le mois dernier.

 

Vitrine 3 (Louvreboîte) - Droite

 

      (Un merci tout particulier à la conceptrice du blog Louvreboîte pour l'amabilité et la célérité avec lesquelles, à nouveau, elle a réalisé "sur commande" quelques gros plans du bloc vitré, dont celui ci-dessus.)

 

     En effet, et malgré la réalisation qui peut éventuellement paraître un peu fruste, malgré les quelques fissures qui ont ici et là altéré le bois, malgré aussi l'absence d'oreilles - qui n'est que contemporaine car, à l'antiquité, elles devaient manifestement être rapportées -, la position que l'artiste lui a donnée ne peut prêter à confusion : il ne s'agit plus d'un animal mollement étalé, les mamelles bien en évidence, jouant avec ses chatons nouveau-nés ; il ne s'agit plus d'un félidé fièrement assis sur son postérieur ; il ne s'agit pas plus d'un ex-voto à Bastet dédié.


     Attitude renforcée à la fois par ses pattes tendues vers l'avant et la présence d'yeux incrustés guettant une proie, cette sculpture constitue une représentation particulièrement saisissante d'un chat - peut-être même sauvage - qui semble à l'affût, frémissant, assurément prêt à bondir ...

  

 

     A maintes reprises dans un passé récent, au sein de la rubrique "Décodage de l'image égyptienne", j'ai saisi l'opportunité  d'attirer votre attention, que ce soit à propos de la chasse ou de la pêche dans les fourrés de papyrus, sur toute la symbolique sous-jacente dont ces scènes étaient grosses.

 

     Je n'escompte évidemment pas m'y attarder derechef, sauf pour mettre en évidence, dans le même esprit, la présence de  chats, essentiellement à la XVIIIème dynastie, parmi les peintures de quelque quatre cents hypogées des différentes nécropoles, à l'ouest de Thèbes.

 

     Si certains de ces tombeaux sont plus connus que d'autres, je pense par exemple à ceux d'Amenemhat (Tombe thébaine 53) à l'époque de Thoutmosis III, ou de Kenamon (TT 93) à celle d'Amenhotep II  ou encore de Menna (TT 69) datant quant à lui du règne de Thoutmosis IV ou d'Amenhotep III, l'un d'entre eux, dont à vrai dire on a perdu la localisation exacte même si d'aucuns avancent la TT 146 (??), celui d'un certain Nebamon,  a acquis une aura particulière grâce à l'incontestable talent de l'artiste qui le décora.


 

     Vous vous souvenez certainement, amis lecteurs, à tout le moins je l'espère, du fragment peint E 13101 - rapporté d'Egypte par Frédéric Cailliaud -, à propos duquel nous avions ici même, devant la vitrine 2 derrière nous, longuement disserté au printemps dernier. Lors de notre rencontre du 2 mars, j'avais rapidement cité le ressortissant grec Giovanni d'Athanasi, de mèche avec le consul général britannique au Caire, l'ambitieux et tristement célèbre Henry Salt, pour piller les sépultures thébaines.

 

     C'est précisément cet homme, véritable vandale stipendié par Salt en personne qui, en 1820, utilisant manifestement pioches et scies, arracha plusieurs fragments peints des parois de la chapelle funéraire de Nebamon.

 

     Après moult péripéties, ces petites merveilles appartiennent désormais - ou plutôt, sans préjuger des visées de rapatriement chères à Zahi Hawass qui dirige le Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, il serait plus correct que j'indique : appartiennent actuellement -, au British Museum de Londres. Pour le plus grand bonheur des visiteurs, ils viennent d'être restaurés et exposés dans une galerie qui leur est propre.

 

 

     Si dans ces hypogées il était coutumier à l'époque d'y représenter un chat, notamment sous le siège de l'épouse du défunt dans la mesure où, comme nous l'avons vu déjà, l'animal était traditionnellement associé à la notion de maternité, de fécondité, l'image qui fait office de parangon, d'archétype est celle de la scène de chasse dans les marais nilotiques dans laquelle l'agile félidé n'a de cesse de capturer l'un ou l'autre volatile s'ébattant au-dessus d'un fourré de papyrus.

 

Chat - Tombe Nebamon


 

     Contrairement à une obsolète interprétation que l'on lit encore parfois chez certains égyptologues et qui voulait que dans ce type de figuration, l'animal secondât son maître en chassant ou pêchant, ramenant ainsi avec obéissance, lui pourtant si indépendant, les proies qu'il avait pu atteindre, je me dois de préciser que, bien que parfaitement intégré à la vie d'une famille, il n'en est nullement un auxiliaire actif ; et cela, à la grande différence du chien.

 

     Vous aurez tout de suite remarqué, amis lecteurs, qu'ici, le chat est  peint complètement en dehors du fourré végétal, c'est-à-dire symboliquement à la limite du monde sauvage et, surtout, qu'il capture trois oiseaux simultanément, tout comme Nebamon en serre le même nombre dans une main. Le geste n'est  en réalité aucunement représentatif d'une quelconque vérité cynégétique mais ressortit à une symbolique liée cette fois au domaine de l'écriture égyptienne : en effet, il faut savoir que le chiffre trois matérialisait simplement la notion du pluriel.


     Si le motif du chat chassant dans les marais persista de manière sporadique même après la fin du Nouvel Empire, force est de constater qu'à l'époque dite amarnienne, c'est-à-dire sous le règne d'Amenhotep IV/Akhénaton, il fut franchement absent de l'iconographie funéraire au motif, pense l'égyptologue tchèque Jaromir Malek, de son assimilation à certaines divinités désormais proscrites en ces temps bien particuliers.

    

 

     J'indiquais rapidement tout à l'heure la très récente restauration dont ces fragments avaient fait l'objet. Détail non anodin : il fut découvert une feuille d'or insérée dans l'oeil du petit félidé, ce qui donnerait à penser qu'il pourrait être assimilé au grand chat d'Héliopolis, destructeur des forces du mal. Et cela corrobore, si besoin en était encore, l'interprétation qui insiste sur le côté magico-symbolique de semblable scène ; vous m'autoriserez à n'y point revenir !

 

     En revanche, visant à embrasser le plus largement possible les différentes facettes que l'animal présentait aux yeux des Egyptiens, je me propose, mardi prochain, de précisément évoquer ce grand chat d'Héliopolis.

 

 

(Bouvier-Closse : 2003, passim ; Malek : 2006, 66-9 ; Parkinson : 2009, 12)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Parmi le mobilier funéraire d'Iufaa, fonctionnaire de cour à la XXVIème dynastie, que les égyptologues tchèques, sous l'égide du Professeur Ladislav Bares, mirent au jour dans la sépulture aménagée aux confins sud-ouest de la nécropole d'Abousir, j'avais, souvenez-vous amis lecteurs, épinglé la semaine dernière, les deux coffres contenant chacun, notamment, deux de ses vases, dits canopes, en me et en vous promettant d'aujourd'hui être un peu plus prolixe quant à leur signification.     

 

     Permettez-moi d'entamer cette intervention par quelques brèves notions de philologie.

 

     Le terme canope constitue - et il n'est pas le seul dans son cas ! - le fruit d'une mésinterprétation historique. En effet, il fut créé par un auteur allemand, orientaliste, véritable génie encyclopédique, Athanase Kircher (1601-1680), pour désigner les quatre réceptacles à viscères disposés auprès du cercueil d'un défunt. Par la suite, il fut adopté par les premiers antiquaires européens à qui les pilleurs de tombes venaient les proposer et, enfin, par les égyptologues au demeurant conscients de la confusion initiale mais ne désirant apparemment pas perturber l'usage alors parfaitement avéré.

 

     Confusion initiale car, en fait, Kircher se basa sur un passage de l'Histoire ecclésiastique de Rufin d'Aquilée, auteur chrétien du IVème siècle de notre ère, dans lequel il était question d'un certain Canopus, dieu révéré dans une ville colonisée par les Grecs vers le VIème siècle avant notre ère, située au nord-est d'Alexandrie, sur une branche nilotique du Delta occidental, à laquelle, pour une raison par ailleurs inconnue,  ils avaient donné le nom de Canope, le nautonier de Ménélas, un des héros de la Guerre de Troie qui, lors de son retour au pays, se serait arrêté en cet endroit.

 

     De sorte que dans le petit catalogue qu'il rédigea pour sa propre collection d'antiquités égyptiennes, c'est abusivement que le jésuite allemand employa le terme pour désigner des urnes en pierre surmontées d'une tête humaine, ressemblant fortement à l'image connue de l'Osiris de Canope, un peu pansu, lié au culte de l'eau du Nil, partant, n'ayant strictement aucun rapport avec la conservation des organes abdominaux des trépassés.

 

     Utilisé dans le monde égyptologique, à défaut de ne correspondre à aucune réalité historique, à défaut également de créer un autre vocable de toutes pièces, plus correct mais à faire admettre par la communauté savante, le terme subsista et, à mon sens, ne sera même probablement jamais remplacé par un autre.   

 

 

     Les vases canopes d'Iufaa - puisque c'est bien de lui qu'il s'agit encore aujourd''hui -,  en albâtre, étaient obturés par des bouchons taillés dans le même matériau figurant bizarrement tous quatre, un visage humain, aux yeux et sourcils rehaussés de noir.


 

Iufaa - Vases canopes - (Cat. Prague)

 

     Bizarrement, parce qu'il faut savoir que depuis l'époque ramesside, et plus spécifiquement depuis la XXème dynastie, ces récipients destinés à recevoir les entrailles momifiées des défunts, présentaient des couvercles à l'effigie des génies protecteurs que sont censés être chacun des quatre fils d'Horus l'Ancien parce qu'ils auraient assisté Anubis lors de la momification d'Osiris en lui ouvrant la bouche aux fins d'à nouveau lui permettre de se nourrir : 

 

*  Imset, le seul à avoir conservé une tête humaine, protégeait le foie ; 

*  Hâpi, à tête de babouin, avait la garde des poumons ;

*  Douamoutef, à tête de chien, celle de l'estomac et de la rate ;

*  Qebeshenouf, à tête de faucon, étant pour sa part en charge des intestins.


     Ici, c'est sur la panse des réceptacles que, dans des encadrements d'inscriptions hiéroglyphiques incisées, figurent et le patronyme et l'image des quatre frères adolescents.

Et c'est sous le menton des couvercles qu'ont été inscrits à la peinture noire les noms des déesses protectrices : Isis,  secondant Imset ; Nephthys s'occupant de Hâpi ; Neith accompagnant Douamoutef et Selkis, Qebeshenouf.

 

     Les égyptologues n'ont pas vraiment établi la raison de cette assistance en abyme : pour quel(s) motif(s) ces divinités protégeaient-elles les fils d'Horus qui, pour leur part, jouaient magiquement le même rôle sur les viscères du défunt ? Sauf à penser qu'une comparaison pourrait éventuellement être faite entre la forme des jarres et un ventre de femme ...

 

     Fournissant tout à l'heure une précision chronologique, il serait peut-être maintenant bienvenu, amis lecteurs, sans pour autant vous assommer de dates à répétition, que je brosse rapidement un historique de ces réceptacles qui prirent une aussi grande importance dans les rites funéraires égyptiens.

 

     C'est de la fin de la IVème dynastie, à l'Ancien Empire donc, que proviennent les plus anciens vases canopes qui soient actuellement en notre possession : il s'agit de ceux retrouvés dans le mastaba de Guizeh de la reine Meresânkh III,  une des épouses du pharaon Chéphren. En calcaire, imitant la structure morphologique d'un petit vase tronconique appelé, en égyptien classique, un nemset, ils étaient fermés par des couvercles circulaires légèrement bombés.

 

     Mis à part un signe hiéroglyphique parfois peint signifiant "nécropole", ces premiers canopes sont en général anépigraphes. Et en outre pas nécessairement encore au nombre de quatre ...


     A la Première Période Intermédiaire (P.P.I.) apparaissent des bouchons à tête humaine sur des récipients que l'on commence à mettre sous la protection des fils d'Horus. L'époque étant à la restriction, le cartonnage remplace alors la pierre.  

 

     Si, au Moyen Empire qui suit, l'on en trouve encore d'hémisphériques, très vite, dès la XIIème dynastie en fait, consubstantiellement à l'assimilation, par des inscriptions sur la panse, des viscères aux quatre génies protecteurs, les bouchons à têtes humaines se généralisent et figurent indistinctement le masque funéraire du mort ou les traits attribués aux frères divins, assortis ou non, pour certains d'entre eux, d'une barbe.

 

     Cette représentation persistera jusqu'à la fin de la XIXème dynastie pour laisser place à la symbolique attribuée à chacun d'eux : Hâpi, le singe ; Douamoutef, le chien ; Qebeshenouf, le faucon ; Imset, je l'ai mentionné, restant le seul à conserver un visage d'homme.

 

     Au Nouvel Empire, à la XVIIIème dynastie, les jarres proprement dites seront en majorité confectionnées au tour de potier, alors que les bouchons continueront à être taillés à la main.  A noter également pour cette époque, une systématisation du texte de protection inscrit sur le corps même de l'objet. 

 

     Petit "intermède" à la Troisième Période Intermédiaire (T.P.I.) : à la XXIème dynastie, celle des souverains originaires de Tanis dans le Delta oriental, de nouvelles pratiques funéraires font en sorte que les canopes disparaissent, à tout le moins ceux contenant les entrailles des particuliers dans la mesure où soit, momifiées ou non, elles resteront en place dans l'abdomen, soit elles seront déposées entre ses jambes. Si d'aventure certains subsistent, parce que réalisés en un bloc de pierre plein, ils ne sont plus que factices. D'autres, tout aussi  fictifs, sont à peine évidés et ne renferment le plus souvent que des figurines de cire.

 

     Pour les souverains tanites, toutefois, la tradition des canopes persista. 

 

     Ce n'est qu'à Basse Epoque, sous le règne du pharaon Taharqa de la XXVème dynastie, au début du 7ème siècle avant notre ère, que la "mode" marquée par le retour aux anciennes traditions funéraires les réintroduira  et ce, jusqu'à l'époque ptolémaïque, avec quelques sporadiques variations de forme.

 

     Quant à la XXVIème dynastie qui nous occupe aujourd'hui avec Iufaa,  j'ai déjà maintes fois indiqué que, d'un point de vue artistique, elle se caractérisait par un besoin de revenir aux conceptions du passé - que les historiens nomment Renaissance saïte - avec une prédilection plus spécifique pour le Moyen Empire que le grand égyptologue allemand Dietrich Wildung n'hésite pas à appeler L'âge d'or de l'Egypte : de sorte que tout naturellement seront remis à l'honneur les bouchons à têtes humaines, ceux d'Iufaa en étant une illustration notable.

 

     Dois-je ajouter, dans un semblant d'exhaustivité, que bien évidemment le christianisme, abhorrant, donc rejetant les rites égyptiens à connotations religieuses, fut à l'origine de la disparition de cette tradition ?

 

     

     Après ce rapide tour d'horizon chronologique, permettez-moi de revenir aux vases canopes mis au jour dans la tombe d'Iuffa dont une matière résineuse, désormais carbonisée, comblait encore presque entièrement l'intérieur quand les fouilleurs tchèques en retirèrent les couvercles : cela me permettra de terminer mon intervention d'aujourd'hui en tentant d'expliquer la signification matérielle et religieuse de ces récipients funéraires.

 

      Si, à la fin de la préparation de l'ensevelissement d'un défunt, le coeur et le sexe conservaient leur place dans la momie ; si les reins, inaccessibles aux taricheutes - entendez les prêtres embaumeurs -, restaient eux aussi dans le corps, d'autres organes putrescibles faisaient l'objet d'une extraction et d'un traitement spécifique, puis étaient conservés dans ces urnes aux formes renflées .

 

     Selon les conceptions des Egyptiens de l'Antiquité, les quatre viscères, faisant partie de ce qu'il est convenu d'appeler "l'intérieur-ib" d'un défunt auquel les différents rites funéraires offraient d'accéder au statut de nouvel Osiris, devenaient organes du corps du dieu que les génies protecteurs avaient ensuite pour mission de lui rendre. De sorte que, restitués au trépassé, ses propres entrailles, par le passage magique dans les vases canopes, étaient considérées comme celles d'Osiris.

 

     En les rétrocédant à Iufaa parce qu'elles représentaient un des cinq constituants de son être, les fils d'Horus permettaient ainsi de magiquement lui assurer son intégrité physique pour l'éternité en menant à bien la reconstitution de son corps entamée par le processus de momification.

 

     La seule inconnue qui subsiste dans ce mythe - et elle est de taille : pour quelle(s) raison(s) uniquement ces organes-là, et pas d'autres ?  

 

  

 

 

 

(Bardinet : 1995, 79 ; Dolzani : 1982, passim ;  Laboury : 1990, passim ; Malaise : 1990, 27-8 ;   Reeves : 1995, 119-22 ; Reisner : 1967, passim)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à l'Est
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16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 00:00

 

     Bien que Professeur, à l'instar de Robert Langdon, je ne le fus pas de symbologie. N'ayant pas, toujours comme lui, l'opportunité d'enquêter à Paris, ma "Sophie Neveu" à moi fut, comme je l'ai indiqué mardi dernier, une  fidèle lectrice, par ailleurs conceptrice d'un excellent blog qu'avec l'humour qui la caractérise elle a intitulé Louvreboîte.

 

     Rappelez-vous amis lecteurs, il s'agissait, après avoir reçu de Montoumès une preuve irréfutable, de retrouver, non pas l'assassin du Conservateur Jacques Saunière, mais plus simplement l'emplacement du cercueil d'un certain Pami, Prophète d'Amon de la XXIIème dynastie (soit entre 850 et 825 avant notre ère) que je recherchais depuis une précédente intervention que j'avais faite ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.

 

     L'immense gentillesse de ma "collaboratrice", sa disponibilité à me rendre service dès que je la sollicite, sa perspicacité, mais aussi ses relations au sein même du Musée, firent le reste.  

 

     Après quelques jours, le 19 octobre, elle me contacta.

 

     Parce que, personnellement, je n'avais ni dans mes tablettes ni en mémoire depuis ma dernière visite de quoi concrètement visualiser les affirmations qu'elle avançait, conscient toutefois d'abuser, je lui demandai quelques précisions supplémentaires, ainsi que l'une ou l'autre photo. Et, fébrilement, j'attendis un nouveau courrier, persuadé que j'étais maintenant de l'issue positive de ses investigations et tout en me reprochant de n'avoir pas suffisamment été attentif  à cette salle 15 qu'elle m'affirmait être la "résidence" de notre homme. 

 


Salle 15 - Entrée


 

     Deux jours plus tard, au cours de l'après-midi du jeudi 21, célérité extrême, je reçus le mail qui combla mon attente bien au-delà de toute espérance.

 

     Pami se trouve bien exposé - sans cartel toutefois - dans une vitrine proche de "LA momie", en salle 15 du Département des Antiquités égyptiennes, au rez-de-chaussée de l'aile Sully. C'est, à tout le moins, ce qu'entre autres lui expliqua la personne chargée d'études documentaires qui la reçut avec grande amabilité quand elle alla frapper à la porte de son bureau. 

 

     Et cette vitrine, comme vous le constatez à l'arrière-plan sur le cliché ci-dessus, était bel et bien vide à ma dernière visite, en juin 2009 ! Ma mémoire ne me faisait donc pas défaut : Pami dormait manifestement encore à cette époque-là quelque part au niveau des réserves, en fait, dans les profondeurs des sous-sols.

 

     Mais pour quelles raisons, aujourd'hui, est-il venu anonymement s'installer ici contre ce panneau latéral blanc de la vitrine à droite de celle de la momie, de l'autre côté du pilastre cannelé ?

 

Pami - Salle 15

 

     Soudain, il me souvint d'une affichette apposée sur la porte du fond de la salle que j'avais lue alors un peu trop rapidement : il y était question d'inondation et de préservation de pièces. D'abord, je ne compris pas ce que cela signifiait, ici, précisément. Puis, me renseignant, je fus affranchi.

 

     Longeant la Seine, le Louvre serait évidemment en première ligne parmi les grands monuments sévèrement atteints en cas de débordement, tel celui de 1910, resté mémorable pour beaucoup et qualifié depuis de centennal par les spécialistes. De sorte que depuis huit ans, des moyens désignés sous  l'acronyme PPRI (Plan de Prévention Risques Inondations) ont été mis en oeuvre pour pallier toute velléité des eaux de s'engouffrer à nouveau, aux alentours de 2010 donc, au sein même du Musée.  

 

     Dans un rapport publié sur le Net et intitulé Le Musée du Louvre, gestion globale des risques, Jean-Raoul Enfru, Délégué Sécurité-Sûreté et Contrôle de Gestion, explique que si actuellement une crue atteignait le niveau de 1910, date de référence, certains espaces du musée seraient inondés, dont 8000 m² de réserves et 4700 m² de salles d'exposition. Ce serait également le cas pour l'Auditorium, des espaces d'accueil et des équipements techniques, ajoute-t-il. 

 

     Quant aux oeuvres particulièrement vulnérables, fragiles, entreposées dans les réserves qui, détail à ne pas perdre de vue, se situent sous le niveau du fleuve, nécessité s'impose de leur prévoir un abri en zone non inondable, donc plus élevée.

 

     J'avais bien remarqué, sans vraiment y prendre garde, qu'ici ou là,  de nouvelles vitrines comblaient les espaces vides de différentes salles, voire que certaines avaient été complétées. Mais celle-ci, dans laquelle, apparemment accompagné d'autres si je scrute bien le cliché de ma correspondante, le cercueil de Pami a simplement été déposé, était à l'époque désespérément vide. 


 

    En l'absence de fiche spécifique mentionnant et le numéro d'inventaire et le propriétaire de l'équipement funéraire, comment d'ailleurs aurais-je pu deviner qu'il s'agissait bien du matériel funéraire de ce membre du clergé thébain que nous traquons depuis plusieurs semaines ?

 

     Simplement en déchiffrant parmi les textes hiéroglyphiques inscrits sur le cercueil en bois les quelques signes qui déclinent son identité.

 

     Approchons-nous, voulez-vous ?

 


Pami - Couvercle - Détail poitrine


 

     Observez bien cette portion du couvercle anthropomorphe, à hauteur de la poitrine : vous retrouvez aisément, sur votre gauche, soit à la fin des deux lignes d'inscriptions horizontales, soit terminant la formule d'offrande disposée en colonnes verticales, trois signes identiquement répétés, se lisant de droite vers la gauche : 

 

Pami - Salle 15 - Hiéroglyphes PAMI

 

* pa, le canard pilet en plein vol, ( = signe G 40 dans la liste de Gardiner) ;

 

* mi, la cruche à lait portée dans un filet, (W 19) ; et, à sa gauche,  i, le roseau fleuri (M 17).

 

Suit le déterminatif de l'homme assis m'autorisant à penser qu'il s'agit bien d'un anthroponyme qui, donc, se lit Pami.

 

(Les deux derniers signes horizontaux précisent ici que le défunt fut déclaré Juste de voix, justifié devant le Tribunal d'Osiris lors de la séance de psychostasie - Pesée de l'âme - que vous connaissez bien maintenant puisque, reprise du papyrus de Nesmin, elle chapeaute chacun de mes articles.)

 

   

     Voilà pour Pami ; il ne nous reste plus maintenant qu'à rechercher Pamy : je veux dire simplement que puisque nous avons retrouvé le cercueil E 3863 de Pami, Prophète d'Amon, il nous faut encore déterminer l'emplacement de la stèle C 275 d'un certain Patcheqeb datant, toujours à la même dynastie, de l'an VI du roi Pamy.

 

     Il semblerait que nous ayons malheureusement nettement moins de chance avec ce monument-là, non pas que mon astucieuse enquêtrice nous laissât sur notre faim mais, tout simplement, parce qu'en mauvais état de conservation, lui a précisé son interlocutrice au bureau de documentation après avoir consulté son fichier interne, il n'est tant qu'à présent pas exposé et donc repose quelque part sous nos pieds, dans l'un des entrepôts destinés aux réserves des trésors.

 

 

     Que retenir de cette enquête en deux épisodes ?


     Tout d'abord que j'eus beaucoup de chance d'être épaulé par un premier lecteur, passionné lui aussi, qui mit la main ici sur le Net sur une photographie du cercueil que je recherchais. Ensuite que grâce à son cliché, au sein même de l'établissement, une lectrice assidue me servit d'intermédiaire pour mener les investigations que j'espérais.

 

     Tous, Louvreboîte et Montoumes, auxquels je me dois évidemment d'associer la personne chargée d'études au bureau de documentation du Département des Antiquités égyptiennes, veuillez trouver ici, outre l'expression de mes remerciements les plus appuyés, celle de ma satisfaction d'entériner l'esprit de solidarité animant, grâce notamment au support informatique, des gens qui, la plupart du temps, mais pas toujours, ne se connaissent que virtuellement.     

 

 

     Enfin, regret tout à fait personnel, je retiens aussi de toute cette aventure que les quelque 50000 pièces égyptiennes entreposées dans les réserves du Louvre ne sont malheureusement pas répertoriées dans la base de données de son site internet et donc, pour des amateurs dont je suis, que nulle trace d'elles, rapidement repérable, ne soit à disposition.

 

     Pourtant, dans l'Egypte antique, ne suffisait-il pas de lire ou de prononcer le nom de quelqu'un pour lui assurer une vie éternelle ?

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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