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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 00:00

 

 

Quatrième Partie :

 

 

QUID DE LA LOCALISATION DU TOMBEAU D'ANTINOÜS ?

 

  

 

 

     

     Mais où diantre Hadrien, ce maître du monde romain du IIème siècle de notre ère, d'origine andalouse et tout imprégné d'un hellénisme raffiné, lui, l'infatigable bâtisseur qui, pour sa propre personne mais aussi pour ceux qui lui succéderaient à la tête de l'Empire, fit construire l'imposant Château Saint-Ange en guise de mausolée, où donc, dans quel pays ce grand amateur de voyages a-t-il dissimulé le tombeau d'Antinoüs, son favori ?

 

     Parodiant irrévérencieusement deux vers de la scène 2 de l'acte II du Bérénice de l'immense Racine, Titus improvisé évoquant cette sépulture, je pourrais me demander : Dois-je croire qu'assis au trône des Césars, un si grand empereur le cèle à nos regards ?   (*)

 

     Voilà donc la première "énigme" que, dans le dossier actuellement traité par ÉgyptoMusée depuis septembre, amis visiteurs, nous essayons pour l'heure de résoudre.

 

     Souvenez-vous, je vous ai expliqué la semaine dernière que, sur foi de quelques  hiéroglyphes de la première phrase gravée en creux dans la colonne de droite de la face ouest de l'obélisque dit "Barberini", sur le mont Pincio, à Rome,

 

Obélisque du Pincio - Face ouest : première phrase de la colonne de droite - (© Raymond Monfort)

Obélisque du Pincio - Face ouest : première phrase de la colonne de droite - (© Raymond Monfort)

 

des égyptologues du vingtième siècle ont cru pouvoir interpréter un passage amputé à cause d'une cassure et de sa réfection, en affirmant les uns, que le jeune éphèbe bithynien reposait en Égypte, à Antinoé, la ville que son mentor avait créée à sa seule gloire, les autres, qu'il fut inhumé à Rome, certains optant pour le temple double de Vénus et de Roma Aeterna, précisément construit sous le règne d'Hadrien, certains pour la Villa Adriana, prestigieux domaine impérial sis à la périphérie de la ville.

 

     Puis, en 2008, à nouveaux frais, feu l'égyptologue français Jean-Claude Grenier reprit l'analyse philologique des inscriptions, en en suggérant une nouvelle lecture, une nouvelle interprétation, catégorique, irréfragable à ses yeux, prouvant que ce n'est point en Égypte mais bien dans Rome qu'il faut chercher la demeure d'éternité du jeune homme. 

 

     Nous en étions restés là quand je pris congé de vous, promettant d'apposer aujourd'hui le point final à cette enquête.

 

 

     Reprenons, voulez-vous, LA phrase qui pose problème : " ḥsy nty im nty ḥtp m i3t tn n(ty)t m-ḫnw sḫt tš n nb w3s [ ... ] H3rmˁ " que le Professeur Grenier traduisait par : " Le Bienheureux qui est dans l'Au-delà et qui repose en ce lieu consacré qui se trouve à l'intérieur des Jardins du Prince, dans Rome."

 

     Dans un premier temps, remarquons l'emploi, - évidemment pas anodin -, de l'adjectif démonstratif  "ce" ( tn, en égyptien )... et non de l'article indéfini "un".

     Que signifie cette nuance grammaticale ? 

 

     Rappelez-vous que précédemment j'ai expliqué que l'obélisque gravé pour commémorer le souvenir de l'élu avait été initialement dressé sur sa tombe. De sorte que le choix d'un démonstratif , - signifiant en définitive : "ce tombeau-ci" -, donne à penser que le lapicide composa son texte pour celui qui, hypothétiquement, eût été à même de lire l'inscription hiéroglyphique. En d'autres termes, la phrase indique un emplacement à celui qui la lisait, c'est-à-dire, dans ce cas précis, lui confirme qu'il se trouve bien devant la tombe et l'obélisque qui la surmonte. 

 

     Quand sur une autre face du monument, les inscriptions évoquent Antinoé, c'est non seulement pour rendre hommage à l'empereur qui la fit bâtir en souvenir de son protégé mais aussi pour spécifier qu'il s'agit bien d'une ville égyptienne : si la sépulture du jeune homme s'y était trouvée, il est certain qu'avec le sens de la précision qui le caractérise, Pétarbeschénis l'eût mentionné.

     Or il n'a pas cru nécessaire de le faire. Donc, elle ne peut être qu'à Rome, affirme J.-C. Grenier !

     Oui, mais où ?

 

     Dans un deuxième temps, penchons-nous sur une autre expression : le "sḫt tš", ("sekhet tchès") "du Prince", à l'intérieur duquel, indique le texte, se trouve la tombe. 

     Mais qu'est donc ce "sḫt tš ", ce domaine personnel du "Prince", - "Princeps", pour les latinistes qui me liraient ?

 

     Deux sont retenus. Le premier, immense complexe impérial, - je vous en avais touché un mot lors de cette rencontre - : la résidence tiburtine, plus communément nommée Villa Adriana, située à moins de trente kilomètres de la ville, dans la municipalité de Tivoli, constitue une incontournable référence qui, esthétiquement, marqua tant de grands littérateurs, tels Chateaubriand ou Stendhal et, plus proche de nous, Marguerite Yourcenar qui, à vingt ans, la visita avec son père, confiant à la fin de sa vie, dans Les Yeux ouverts- Entretiens avec Matthieu Galey, qu'elle fut le point de départ, l'étincelle, l'événement séminal, pourrais-je ajouter, dans la longue genèse, - plus d'un quart de siècle -, de son remarquable roman Mémoires d'Hadrien.  

 

     L'égyptologue belge Philippe Derchain, je vous l'ai signifié déjà, considérait donc que le sḫt tš, ce "domaine campagnard de celui qui détient le pouvoir à Rome", ainsi qu'il traduisait les hiéroglyphes gravés sur l'obélisque, ne pouvait qu'idéalement être le lieu d'inhumation d'Antinoüs.  

     

     Dès lors, tout semblait entériner les propos du Professeur Derchain : sa traduction paraissait plausible et, surtout, quelques fouilles archéologiques menées sur le site, précisément à un endroit où subsistaient des parties d'une décoration d'un temple de toute évidence égyptisant, auraient pu le laisser croire : n'y avait-on pas mis au jour une dalle de trois mètres de côté ... que, l'euphorie du moment aidant, on voulut absolument considérer comme l'emplacement idoine pour supporter un obélisque ?  

 

     Mais l'engouement passé, à tête reposée, il appert que, analysés, les vestiges mis au jour n'étant pas absolument funéraires, rien  ne permettait d'affirmer qu'ils constituaient les restes du temple-tombeau d'Antinoüs.

 

     En outre, l'acception de "campagnard" pour laquelle avait opté Philippe Derchain, n'apparaissait pas, aux yeux de Jean-Claude Grenier, être en adéquation avec un milieu urbain comme l'est la Villa Adriana.

 

     Mais que seraient alors ces "jardins" ? 

 

     Le Professeur Grenier affirma qu'il s'agissait de ce que les sources antiques désignaient sous l'appellation de "horti", (hortus = jardin, en latin), c'est-à-dire un endroit planté de végétaux ; un parc public ou un espace vert, dirions-nous plus fréquemment à notre époque.

 

     D'où, en vue d'appuyer sa propre traduction : "à l'intérieur des Jardins du Prince, dans Rome", son option de se tourner vers la seconde des prestigieuses résidences impériales de la ville : le site de ce qu'il est convenu de nommer, depuis qu'au 17ème siècle il devint propriété de la richissime famille des Barberini, la Vigna ("vignoble") Barberini, sur le mont Palatin où maints empereurs, dont Hadrien, possédèrent une prestigieuse résidence, un palais pour le dire d'un mot et ainsi rappeler que notre terme français provient précisément de palatium, - Palatin -, désignation de l'une des sept collines de Rome, puis qui, par métonymie, s'est appliqué à la demeure d'Auguste, le premier empereur, et enfin par la suite, à toutes les grandes demeures impériales. 

 

    En outre, ce qui le confortait dans cette hypothèse, c'est que dans la phrase de l'obélisque, ce qu'il avait traduit par "ce lieu consacré", entendez : ce tombeau, -"m i3t tn"-, définit en égyptien ancien une sorte de tumulus, de butte recouverte de végétation au sein de laquelle les dieux défunts étaient enterrés ... ce qui, in fine, convenait parfaitement pour caractériser le Palatin, à peine haut de quelques dizaines de mètres, et ses Jardins d'Adonis.

 

     Mais au fil des ans, entre 1986 et 2008, poursuivant et affinant ses recherches, Jean-Claude Grenier comprit qu'il faisait fausse route en tablant sur le Palatin. Nonobstant, il demeura persuadé que sa traduction du texte de l'obélisque conservait son bien-fondé : il chercha donc d'autres "jardins", d'autres horti qui eussent aussi pu être, dans Rome, des propriétés d'Hadrien, partant, eussent été susceptibles d'abriter le caveau funéraire d'Antinoüs.

 

     Il pensa tout d'abord aux jardins ayant initialement appartenu à l'historien romain Salluste (Horti Sallustiani) avant de devenir propriété impériale, notamment d'Hadrien qui y effectua d'importants aménagements, dont l'édification d'un pavillon à connotations égyptiennes : cet ensemble résidentiel présentait à la fois des espaces de verdure et des bâtiments, aujourd'hui totalement en ruine depuis la sac de Rome par les Wisigoths, en 410 de notre ère. 

 

     Mais in fine, c'est sur les Horti Domitiae, les jardins de Domitia, - que des recherches entreprises à l'extrême fin du 20ème siècle identifièrent à Domiitia Paulina Lucilla, la propre mère d'Hadrien -, que portèrent les faveurs du Professeur Grenier pour une raison fort simple : après le décès de sa mère, l'empereur y fit ériger l'imposant monument funéraire que j'évoquai précisément au début de notre rendez-vous de ce matin : le Château Saint-Ange.

 

     

© https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Roma_Hadrian_mausoleum.jpg?uselang=fr

© https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Roma_Hadrian_mausoleum.jpg?uselang=fr

 

 

     Il est alors extrêmement tentant de penser, - mais dans l'état actuel des connaissances acquises, pas encore d'affirmer de manière péremptoire -, que l'empereur ayant hérité de ce domaine familial y ait aménagé la "maison d'éternité" de son jeune protégé, conjointement à son tombeau personnel et à ceux des membres de sa famille, en vue d'y abriter leurs urnes cinéraires. 

 

 

     Voici donc, amis visiteurs, le chemin au bout duquel m'ont mené mes lectures et recherches pour circonscrire la question de l'emplacement de la tombe d'Antinoüs. 

     Déçus seront probablement certains d'entre vous que, parmi toutes ces hypothèses, je ne puisse plus impérieusement désigner le lieu exact. 

 

     À ceux-là, je répondrai de deux manières.

     La première en citant la conclusion tout empreinte de sagesse et de modestie que déjà en 1986, alors qu'il n'avait pas encore peaufiné son enquête, le Professeur Grenier lui-même écrivait dans un article, référencé dans la bibliographie ci-dessous :

 

     "Cette proposition, - (à l'époque, c'était de croire que la tombe tant recherchée devait se trouver dans les jardins d'Adonis, sur le Palatin) -, est-elle recevable lorsqu'on la confronte au contexte historique en général ? Est-elle, de plus, compatible avec les données de l'histoire de la topographie de la Rome impériale ? 

     Répondre à ces questions sort du cadre des compétences de l'égyptologue et il est préférable de laisser ce soin à beaucoup plus qualifié que nous.

 

     La seconde manière, en reprenant ce que m'écrivit si bellement en commentaire la semaine dernière, Cendrine, une de mes fidèles lectrices :

 

      Ne repose-t-il pas dans le cœur de celui qui l'a tant aimé et peut-être caché pour la postérité ? "

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, pp. 8 et 37 à 45.

 

 

GRENIER Jean-Claude/COARELLI PhilippoLa tombe d'Antinoüs à Rome, dans Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, (MEFRA), Tome 98, n° 1,, 1986, pp. 217-53 (Version électronique)

 

 

GRIMM Alfred/KESSLER Dieter/MEYER HugoDer Obelisk des Antinoos. Eine kommentierte Edition, München, Wilhelm Finck Verlage, 1994. (Version électronique)

 

 

RACINE  Jean, Bérénice, dans Œuvres complètes de J. Racine et de Pierre et T. Corneille,  Paris, Gennequin Libraire, 1862, p. 84. 

 

 

YOURCENAR Marguerite, Les yeux ouverts. Entretiens avec Matthieu GaleyParis, Le Livre de Poche "Biblio" n° 5577,  Librairie Générale Française, 2015, p. 143. 

 

 

 

(*) Les deux vers originaux, placés par Racine dans la bouche de Titus évoquant pour leur part, la reine Bérénice, étaient bien évidemment :

 

 

" Dois-je croire qu'assise au trône des Césars

Une si belle reine offensât ses regards ? "

 

  

 

 

 

 ***

 

 

Excellent congé d'automne à vous tous, amis visiteurs d'ÉgyptoMusée, et à bientôt ...

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à Rome
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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 00:00

 

 

Troisième Partie :

 

RÉQUISITS QUANT À LA LOCALISATION

DU TOMBEAU D'ANTINOÜS   

 

 

 

     Assurément vous souvenez-vous, amis visiteurs, que l'étude dans laquelle, de conserve, nous avançons vous et moi cet automne prit naissance le 6 septembre dernier, alors que nous admirions, au Musée royal de Mariemont, un buste du Louvre figurant Antinoüs,

 

LES DEVENIRS D'ANTINOÜS : DE LA RÉALITÉ ARCHÉOLOGIQUE À UNE CERTAINE VÉRITÉ HISTORIQUE

 

pièce choisie par le Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient, Arnaud Quertinmont, pour son exposition "Dieux, Génies, Démons en Égypte ancienne" qui, je vous le rappelle au passage, restera ouverte jusqu'au 20 novembre prochain. 

 

    À Mariemont justement, dans la "Réserve précieuse" qu'ensemble nous avions visitée le 13 mai 2013, au sein de la collection d'autographes acquis jadis par l'industriel et mécène hennuyer Raoul Warocqué, il s'en trouve douze de la main de Jean-François Champollion ; et parmi eux, celui-ci,

 

 

Autographe de Jean-François Champollion (1825) - © Photo : M. Lechien, Musée royal de Mariemont (Farde 1018b, 7., n° 3196. - 1825).

Autographe de Jean-François Champollion (1825) - © Photo : M. Lechien, Musée royal de Mariemont (Farde 1018b, 7., n° 3196. - 1825).

 

 

qui fait état d'une liste d'obélisques répertoriés à Rome par le Figeacois en 1825 dans laquelle, en sixième position, vous reconnaîtrez sans peine celui qui, pour l'heure, requiert notre attention. 

 

     Après vous avoir, la semaine dernière, brossé un rapide inventaire de ce que proposait chacune de ses quatre faces, je pense qu'est maintenant venu le temps de répondre, - ou plutôt, de tenter de répondre -, à certaines des questions que se sont posées différents égyptologues au cours du précédent siècle. 

 

    Et la première d'entre elles : où Antinoüs fut-il enseveli ?

 

    Pour trancher ce nœud gordien que constitue l'endroit où pour l'éternité repose le favori d'Hadrien depuis le IIème siècle de notre ère, je vous invite à m'accompagner vers la face ouest de l'obélisque romain pour commencer à en observer le tableau supérieur. 

 

   

 
Obélisque du Pincio - Face ouest : tableau supérieur et 1ère partie des deux colonnes gravées d'inscriptions - (© Photo : Raymond Monfort)

Obélisque du Pincio - Face ouest : tableau supérieur et 1ère partie des deux colonnes gravées d'inscriptions - (© Photo : Raymond Monfort)

 

     Malheureusement incomplet, il nous permet néanmoins de comprendre qu'à droite, Antinoüs, lui le Bithynien vêtu tel un souverain égyptien : jupe longue transparente descendant jusqu'aux chevilles, traditionnel collier-ousekh, barbe postiche et couronne composée de deux rémiges encadrant le disque solaire, le tout ordonné sur deux cornes de bélier supportant chacune un uræus, se tient debout devant un guéridon d'offrandes.

 

     Dans sa main gauche ballant le long du corps, il enserre le signe de vie-ankh, tandis que de la droite il semble soutenir trois signes hiéroglyphiques superposés représentant, de haut en bas, le cœur-ib, le pilier-djed et la salle des fêtes du jubilé heb-sed, symboles respectivement de la volonté, de la stabilité et de la puissance royale en principe renouvelée au terme officiel, pas toujours respecté à vrai dire, de trente années de règne. 

 

     En fait, ces trois éléments éminemment emblématiques appendent du sommet d'un sceptre matérialisé par une tige de palmier, tenu de la main droite, seul élément rescapé d'une divinité évidemment assise, si je me réfère aux scènes parallèles gravées sur la partie supérieure des différents autres côtés de l'obélisque.

 

     Très mutilée, vous le constaterez à nouveau grâce à ce lien, - (sur lequel, comme sur d'autres ici, je vous invite instamment à cliquer si vous désirez visualiser mon propos car je ne puis importer la photo de ce fac-similé directement dans mon article) -, la portion gauche du tableau donnait à voir un dieu siégeant, plus que très probablement Osiris chtonien, souverain des morts, prêt à accueillir le défunt Antinoüs admis à sa seconde vie, la vraie, sa vie éternelle, se présentant, ainsi que l'indique l'inscription à peine encore lisible dans la petite colonne au-dessus de son bras, devant le "Maître de la Vie".

 

 

     Abordons à présent ce à quoi je voudrais aujourd'hui plus particulièrement vous sensibiliser : l'assertion qui précise, - tout est relatif, vous l'allez comprendre  ! -, l'endroit choisi par l'empereur pour aménager la tombe du jeune homme ; question qui fit tant couler d'encre dans le milieu égyptologique du XXème siècle.

 

     Rappelez-vous : le 4 octobre, je terminai notre entretien en citant cette phrase qu'avait traduite feu l'égyptologue français Jean-Claude Grenier : 

 

     " Le Bienheureux qui est dans l'Au-delà et qui repose en ce lieu consacré qui se trouve à l'intérieur des Jardins du domaine du Prince [ ... ]  Rome. "

 

     Courts propos que je ne manquai pas de définir comme quelque peu sibyllins, alors que, de prime abord, aucun terme ne semblait prêter à incompréhension.

 

     Gravée sous la scène que je viens de vous décrire, la phrase se trouve à l'entame de la colonne de droite, la première à décrypter des deux sur la face ouest puisque, sauf exceptions, les hiéroglyphes se lisent traditionnellement de droite à gauche, - c'est-à-dire en nous dirigeant vers la tête des animaux ou des humains représentés -, et de haut en bas.

Obélisque du Pincio - Face ouest : première phrase de la colonne de droite - (© Raymond Monfort)

Obélisque du Pincio - Face ouest : première phrase de la colonne de droite - (© Raymond Monfort)

 

   Découvrons, avec ce nouveau lien, dans le grand cadre de droite uniquement, le fac-similé de l'intégralité du passage incriminé et dont la translittération, - pour mes lecteurs égyptophiles, philologues patentés -, s'écrit : " ḥsy nty im nty ḥtp m i3t tn n(ty)t m-ḫnw sḫt tš n nb w3s [ ... ] H3rmˁ ".

 

    Si pour certains, le lieu ici désigné était Antinoé, la ville égyptienne créée par Hadrien, l'empereur de Rome, pour d'autres, interprétant le même passage, c'était dans le temple double de Vénus et de Roma Aeterna (Rome éternelle), construit sous le règne d'Hadrien, qu'il vivait son éternité ; et pour feu Michel Malaise, mon Professeur à l'Université de Liège, Antinoüs ne pouvait qu'être enterré dans la Villa Adriana.

 

     Mais pourquoi diantre tant d'interprétations dissemblables ?

     

     D'abord parce que l'expression " sḫt tš "-, (prononcez "sekhet tchès") -, qui se traduit par "marche", "zone frontière" fut l'objet de diverses acceptions géographiques dans le chef de ces savants : ainsi quand certains conçoivent qu'il est fait allusion à l' Égypte parce qu'elle constitue une marche, une province frontalière de l'Empire romain, d'autres y voient plutôt le prestigieux domaine impérial parce que situé dans un périmètre proche de Rome,

 

     (Toujours grâce au même lien, vous retrouvez les deux termes " sḫt tš " exprimés par les 13 hiéroglyphes présents dans la deuxième moitié inférieure du grand encadrement : à droite, commençant par trois roseaux verticaux dessinés au-dessus d'une main et se terminant, toujours à droite, par un rectangle ; et, à gauche, au même niveau que les roseaux, par un triangle et sur le même plan que ce dernier, par une sorte de croix dans un cercle, figurant en réalité un carrefour, ce qui constituait le déterminatif des noms de lieux.)

 

     Quoi qu'il en fût de ces interprétations aussi éloignées sur le terrain que dans l'esprit, admettez que toutes deux eurent le mérite d'être cohérentes, défendables, plausibles : en effet, Hadrien étant un homme, quoi de plus naturel en somme qu'il souhaitât que pour l'éternité son favori reposât à ses côtés, quelque part dans sa prestigieuse villa de Tibur ; ou, plus impérialement peut-être, qu'il le voulût enseveli dans Antinoé, la ville qu'à sa mémoire il avait dédiée, créée sur le lieu même où, si jeune, il s'était noyé ?

 

     D'abord, viens-je d'avancer, emplacements différents pour le tombeau dans le chef des égyptologues à cause d'une interprétation plus ou moins libre d'une formule relativement vague.

     Ensuite, - considération non négligeable ! -, à cause de la malencontreuse cassure que vous avez peut-être remarquée sur la photographie précédente, juste au-dessus du lion couché, mutilant plusieurs hiéroglyphes et nécessitant de retailler les bords brisés aux fins de cimenter ensemble les deux fragments. Ce qui laissait ainsi aux égyptologues le libre choix de conjecturer ce que fut le texte originel à cet endroit.

   

     Autrement dit, fallait-il comprendre qu'Antinoüs reposait " ...  à l'intérieur des Jardins du domaine du Prince de Rome "... ou, comme le préconisait Jean-Claude Grenier, "... à l'intérieur des Jardins du domaine du Prince, dans Rome " ?

 

    Une virgule ou pas en français, des hiéroglyphes disparus ou d'autres partiellement amputés sur l'obélisque du mont Pincio : et voilà les philologues qui entrent en lice et cogitent !

 

     Par quoi cette interprétation différente de celle de ses prédécesseurs dans le chef du Professeur Grenier fut-elle motivée ?

 

    C'est ce que nous tenterons de comprendre la semaine prochaine, amis visiteurs, lors de notre dernier rendez-vous avant que débutent les vacances de Toussaint dans l'Enseignement belge ... 

     

    

 

     Il m'est plaisir de grandement remercier Arnaud Quertimont, Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient du Musée royal de Mariemont pour m'avoir si aimablement permis d'importer ici le cliché du document autographié de Jean-François Champollion ; ensuite Raymond Monfort pour le cadeau inespéré qu'il a fait à ÉgyptoMusée en m'adressant quarante photographies qu'il a prises de l'obélisque, à Rome, sur le Monte Pincio, en septembre 2014 et enfin Vincent Euverte, Concepteur du "Projet Rosette" : grâce aux photos de Raymond, aux réflexions de Vincent et aux fructueux échanges de courriels entre nous trois, je pus corroborer ce qui constitua au départ une improbable intuition, à savoir que les désignations des orientations cardinales de chacune des faces de l'obélisque Barberini ne pouvaient nullement correspondre à celles qu'avait en son temps déterminées Jean-Claude Grenier.  

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

ERMAN  AdolfRömische Obelisken, dans Abhandlungen des Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften - Philosophisch-historische Klasse, n° 4, Berlin, 1917, pp. 10-7 et 28-47.

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, pp. 8 et 37 à 45.

 

GRENIER Jean-Claude/COARELLI PhilippoLa tombe d'Antinoüs à Rome, dans Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, (MEFRA), Tome 98, n° 1, pp. 217-53 (Version électronique)

 

GRIMM Alfred/KESSLER Dieter/MEYER HugoDer Obelisk des Antinoos. Eine kommentierte Edition, München, Wilhelm Finck Verlage, 1994. (Version électronique)

  

 

 

 

 

(Voir un fac-similé de la face est grâce à ce lien.)

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à Rome
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 00:00

 

 

Deuxième Partie :

 

INTRODUCTION AUX INSCRIPTIONS  HIÉROGLYPHIQUES

DE L'OBÉLISQUE BARBERINI  

 

 

 

     Souvenez-vous, amis visiteurs, j'avais, lors de notre rendez-vous de la semaine dernière, émis les traditionnelles réserves, dont était par ailleurs parfaitement consciente Marguerite Yourcenar quand elle écrivit ce chef-d'oeuvre unanimement reconnu qu'est Mémoires d'Hadrien, à propos des relations d'événements ou des portraits de personnages ayant réellement vécu, sous la plume d'historiens et d'historiographes rédigeant bien des années, voire des siècles, après l'époque incriminée, la partialité de certains d'entre eux, fussent-ils regardés comme des "classiques", n'étant plus à démontrer !

 

    Et j'avais fait suivre ma mise en garde par ce très court extrait d'un essai de la romancière dans  Les visages de l'Histoire dans l'"Histoire auguste" : l'obélisque du Pincio corrobore en caractères hiéroglyphiques la mention de Spartien de la mort d'Antinoüs ", en vous promettant de consacrer notre présente rencontre à ce monument d'importance actuellement érigé sur le Monte Pincio, à Rome, et plus spécifiquement, aux inscriptions hiéroglyphiques gravées sur chacune de ses faces.    

    Mea culpa : j'aurais d'ailleurs pu tout aussi bien citer la traduction des textes hiéroglyphiques de ce même obélisque parmi les sources qu'elle avait consultées, grâce à semblable propos consigné dans sa Note, p. 355, clôturant Mémoires d'Hadrien si, bizarrement, elle ne m'avait pas échappé.

 

     Fort heureusement, j'ai la chance d'avoir quelques visiteurs de mon blog ou de mes pages Facebook qui me lisent vraiment, c'est-à-dire jusqu'à l'extrême fin des articles, ce qui, je l'ai déjà constaté à cause de questions qui me sont parfois adressées, n'est pas le cas de tout le monde !

 

     Mais Alain Yvars, concepteur de l'excellent blog "Si l'art était conté", est de ces fidèles et scrupuleux lecteurs, qui m'a permis de remédier à ce manquement de ma part grâce au commentaire qu'il m'a laissé ; de sorte que je me suis empressé d'ajouter, dans l'article du 4 octobre dernier, juste après mes références infrapaginales, un errata accréditant la mise au point d'Alain, partant, comblant ma lacune. 

 

 

Rome : Obélisque du Monte Pincio (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

Rome : Obélisque du Monte Pincio (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

 

      Car le monument du Pincio, puisque c'est bien lui qui est au centre de nos propos, également étiqueté "obélisque Barberini" par certains égyptologues, constitue, il vous faut en être conscients amis visiteurs, l'unique archive épigraphique, l'unique source écrite qui soit en parfaite contemporanéité avec les événements de la vie d'Antinoüs relatés par les auteurs antiques.

 

     En outre, si j'en crois feu l'égyptologue belge Philippe Derchain, tous les textes gravés sur ce "dernier obélisque" auraient vraisemblablement été composés par un certain Pétarbeschénis, prêtre extrêmement érudit originaire de la ville d'Akhmîm, - la Panopolis de l'époque gréco-romaine -, dont la grande culture philologique lui permit, à partir d'un "brouillon" probablement libellé par l'empereur en personne, de rédiger, entre 130 et 135 de notre ère, sa traduction en égyptien classique ; langue du Moyen Empire, alors en ce  IIème siècle depuis un long temps tombée en obsolescence, pour ne pas dire franchement oubliée. 

    Et de surcroît, - ceci étant aussi à porter au crédit de l'indéniable talent de lettré de Pétarbeschénis -, en ne concédant aucune once à la facilité phraséologique qu'eussent par exemple été des propos de circonstance empreints de convention, de protocole, voire de clichés eulogiques, si souvent rencontrés par ailleurs.

 

 

     Surmontées d'un tableau dans lequel sont gravés en creux deux personnages de part et d'autre d'un guéridon d'offrandes, les quatre faces du monolithe de granite rose offrent deux colonnes de hiéroglyphes à lire obligatoirement de la droite vers la gauche.

 

     Nul texte incisé ne se poursuivant au-delà de la face du monument qui lui est circonscrite, tous les côtés constituent une entité paléographique propre : trois d'entre eux, -  les faces nord, sud et ouest -, scène supérieure et hiéroglyphes compris, évoquent Antinoüs, comme ici, debout devant le dieu Amon, assis, 

 

Tableau de la face sud de l'obélisque Barberini (Monte Pincio, à Rome) - (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

Tableau de la face sud de l'obélisque Barberini (Monte Pincio, à Rome) - (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

 

alors que le seul quatrième est dévolu à l'empereur : la scène montre Hadrien faisant offrande à Rê-Horakhty,

 

Rome, Obélisque du Monte Pincio : face est (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

Rome, Obélisque du Monte Pincio : face est (© Photo : Association Amis de l'Égypte ancienne, Saint-Estève)

 

et dans les inscriptions des deux colonnes en dessous, il est le sujet du panégyrique censé être déclamé par Antinoüs.

 

 

     C'est en me référant à l'étude minutieuse qu'a réalisée en 2008 feu l'égyptologue français Jean-Claude Grenier, - étude référencée dans la bibliographie ci-dessous -, que je terminerai notre rencontre de ce matin, en vous présentant succinctement chacun des côtés du monolithe romain, en commençant par celui de l'ouest, et en poursuivant par ceux de l'est, du sud et enfin du  nord. 

     Ainsi, - et cela établit l'originalité de la réflexion entreprise par le Professeur Grenier, bousculant toutes les analyses qui l'ont précédée -, appréhenderons-nous les quatre exposés dans l'ordre idéalement souhaité par l'empereur lui-même dans son "brouillon" préparatoire ; lecture plus cohérente aux yeux de J.-C. Grenier que celle envisagée jadis par l'ensemble de ses prédécesseurs, l'égyptologue allemand Adolf Erman le premier qui le décrypta dans le sens est, ouest, nord puis sud.

 

     Pour J.-C. Grenier, c'est donc par le côté ouest qu'il faudra entamer notre lecture si nous souhaitons découvrir le texte en continu, dans son enchaînement logique. 

 

    Si, sur cette face, le tableau supérieur nous apparaît extrêmement abîmé, - Antinoüs debout se tient devant ce qui fut certainement un dieu assis -, fort heureusement les deux colonnes d'hiéroglyphes nous apportent de précieuses indications, notamment sur l'emplacement de son tombeau : question qui divise la communauté scientifique, j'y reviendrai avec force détails la semaine prochaine.

 

     La face est, quant à elle, après nous avoir montré Antinoüs en compagnie du dieu Thot, évoque la mort du jeune homme décrétée par les dieux, ainsi que les rites funéraires et le culte qui lui furent ultérieurement accordés. 

 

     Pour sa part, la face sud, la dernière à nous proposer une scène supérieure dans laquelle figure le bel éphèbe bithynien, - en présence du dieu Amon, cette fois -, révèle, dans ses inscriptions hiéroglyphiques, l'aspect ressortissant au domaine du "merveilleux" de ses origines puisqu'il est dit né d'un dieu et d'une humaine.

 

     Enfin, le côté nord se singularise en proposant le seul des quatre tableaux qui ne présente pas une figuration d'Antinoüs mais bien une de son protecteur, Hadrien, qui s'avance vers le dieu Rê-Horakhty à qui il fait offrande.

     Les textes en dessous, un peu en guise de conclusion de toute l'histoire relatée dans les six colonnes précédentes, font état du souhait adressé par le jeune homme reconnaissant, - honoré qu'il est par son admission au sein de l'illustre communauté des dieux -, de récompenser l'empereur pour les augustes bienfaits qu'il lui a prodigués, et de lui assurer un règne universel, à lui et à son épouse, l'impératrice Sabine. 

 

 

     Avant de prendre maintenant congé de vous, amis visiteurs, tout en vous assurant qu'à partir de notre prochaine rencontre, nous approfondirons quelques passages précis du corpus hiéroglyphique recouvrant ce monument "providentiel", il m'est plaisir d'adresser mes plus vifs remerciements à l'Association des Amis de l'Égypte ancienne, de Saint-Estève, pour m'avoir aussi aimablement autorisé à exporter de son site les trois documents photographiques de l'obélisque Barberini qui illustrent mes propos de ce matin.

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

DERCHAIN PhilippeLe dernier obélisque, Bruxelles, Fondation égyptologique Reine Élisabeth, 1987.  , dans 

 

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, pp. 1 à 5.

 

 

YOURCENAR MargueriteNote, dans Mémoires d'HadrienParis, Gallimard, 1981, Collection "Folio" n° 921, pp. 355.

 

 

YOURCENAR  MargueriteLes Visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste", dans Essais et mémoires, 1. Sous bénéfice d'inventaire, Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1991, pp. 14-15. 

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 00:00

 

 

Première  Partie :

 

D'UN OBÉLISQUE EXCEPTIONNEL

 

 

 

     Dans sa très belle et émouvante conférence "Marguerite Yourcenar et l'Égypte", prononcée au Palais des Beaux-Arts de Lille où il était l'invité, le 23 mai 2015, de l'Association Papyrus présidée par Madame Martine Détrie-Perrier, l'égyptologue français Jean-Pierre Corteggiani révéla que la romancière qui avait publié Mémoires d'Hadrien en 1951 ne se rendit qu'une seule fois en terre égyptienne, en janvier 1982, soit 5 ans avant son décès, alors que dès son plus jeune âge, j'eus déjà l'opportunité de vous l'expliquer la semaine dernière, amis visiteurs, non seulement elle parcourut, notamment avec son père, différents musées européens,  non seulement elle visita, toujours en sa compagnie, la Villa Hadriana, à Tivoli, mais sans le vouloir délibérément, s'invitant en d'esthétisantes déambulations, Marguerite Yourcenar s'offrit l'inestimable trésor de s'imprégner très tôt de la culture et de l'art des Grecs et des Romains : comme elle le confie à Matthieu Galey, dans Les yeux ouverts, vivant aussi une partie de son adolescence dans le Midi, parmi de tant de ruines, elle découvre l'Antiquité sur le terrain.

 

     Toutefois, aussi bizarre que cela puisse vous paraître, aussi bizarre que cela m'est apparu, nulle part dans son oeuvre, que ce soit dans ses Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien qui clôturent le roman lui-même ou au sein des Essais et mémoires réunis dans le second volume de ses écrits que lui consacre la Bibliothèque de La Pléiade, chez Gallimard, l'écrivain, - (désolé, j'entends résister farouchement à "écrivaine" tout autant qu'à "auteure") -, n'indique des références égyptologiques lui ayant permis de s'immiscer avec autant d'acuité dans l'esprit et les rites des anciens habitants des rives du Nil, notamment, vous l'avez lu avec moi tout au long du mois de septembre, quand il s'est agi pour elle de relater les funérailles d'Antinoüs.

 

     En revanche, pour ce qui concerne l'histoire du monde romain en général et celle d'Hadrien tout particulièrement, elle a tenu à mentionner, parmi ses nombreuses lectures préparatoires, les noms d'incontournables auteurs classiques tels que Pausanias, Aurélius Victor et surtout Dion Cassius et son Histoire romaine, ainsi que l'Histoire auguste, compendium dans lequel plusieurs historiographes, - Spartien, Lampride et Capitolin, entre autres, -, ont brossé le portrait d'une petite trentaine d'empereurs, à partir d'Hadrien justement, à l'apogée d'un monde qui ne se savait pas si près de finir, indique-t-elle dans un texte pénétrant intitulé Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste".

 

     Convenez avec moi, amis visiteurs, que des allégations d'historiens et d'historiographes rédigées parfois des siècles après les événements qu'ils rapportent peuvent être frappées au coin d'une malencontreuse suspicion, quand ce n'est pas à celui d'une certaine longanimité ou d'une franche inimitié.   

 

     Ces réserves émises, quelle ne fut pas ma surprise de toutefois découvrir, précisément dans ce texte de 1958, Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste", enfouie dans une énumération presque banale et surtout non développée, non exploitée par la romancière, cette courte remarque qui, me sembla-t-il, entrouvrait la porte sur une possible approche de la vérité historique :

 

... l'obélisque du Pincio corrobore en caractères hiéroglyphiques la mention de Spartien de la mort d'Antinoüs

 

     De cette assertion avancée par Marguerite Yourcenar et en quoi elle se révèle primordiale pour notre "dossier-enquête", je vous entretiendrai à partir de la semaine prochaine. Car pour l'heure permettez-moi de consacrer le temps de rencontre qu'il nous reste à évoquer le contexte historique de ce monument exceptionnel qu'est l'obélisque du Pincio, - appelé aussi obélisque Barberini ; puis, in fine, à rapidement faire le point sur ce que nous savons de ce type de monument et de la symbolique qu'il véhicule.     

 
Rome : Obélisque sur la colline du Pincio - © Joris - https://fr.wikipedia.org/wiki/Obélisque_du_Pincio#/media/File:Pincio_Obelisk

Rome : Obélisque sur la colline du Pincio - © Joris - https://fr.wikipedia.org/wiki/Obélisque_du_Pincio#/media/File:Pincio_Obelisk

 

 

     C'est au début du XVIème siècle, brisé en trois morceaux, qu'il fut exhumé des ruines du Circus Varianus, à Rome, sorte d'hippodrome oblong destiné à recevoir les jeux tant prisés par le peuple de l'époque, construit sous le règne du très jeune et très décrié empereur Varius, plus connu sous les noms de Élagabale ou Héliogabale, né entre 202 et 204 de l'ère commune et assassiné en 222. 

     

     Entier, l'obélisque s'érigeait vraisemblablement au centre de ce qu'il est convenu d'appeler la spina, c'est-à-dire un long mur bas qui, sur approximativement les trois quarts de leur longueur, divisait les arènes en deux moitiés distinctes.

     Cette spina, - qui devait son nom à l'assimilation entre sa position dans les cirques et celle de l'épine dorsale dans les corps -, servait à définir la longueur de la course et, en principe, à empêcher les chars qui, lors des compétitions pas toujours ludiques en faisaient sept fois le tour, de se heurter de face.

   

    En 1632, les trois fragments cassés furent acquis par le cardinal romain Francesco Barberini, - ce qui légitime l'appellation "obélisque Barberini" souvent attribuée par les égyptologues -, puis restaurés aux fins d'orner les jardins de son palais. Au siècle suivant, en 1773, la princesse Cornelia Constanza Barberini l'offrit au pape Clément XIV qui le fit transporter au Vatican, qu'il ne quitta que par la volonté du pape Pie VII, en 1822, qui souhaita le faire ériger dans le parc du Monte Pincio où, de nos jours encore, vous pouvez (définitivement ?) l'admirer.  

 

 Mais qu'est exactement un obélisque ? 

 

     En égyptien ancien, le substantif "obeliskos" que créèrent les Grecs pour le définir, et dont le terme français est tout naturellement issu, se disait "tekhen" : il désignait un monolithe en forme d'aiguille dressé sur un piédestal, ainsi que le définit Franck Monnier dans son excellent Vocabulaire d'architecture égyptienne

     Quadrangulaire à la base, ce long bloc de pierre s'affinait jusqu'à se couronner par ce qu'il est convenu d'appeler "pyramidion", souvent recouvert d'or, ou d'électrum, à l'instar des pointes sommant les pyramides du plateau de Guizeh.   

 

     Par sa verticalité, par l'étincellement de son faîte, l'obélisque réactualisait le "benben", désignation égyptienne dérivée du verbe "ouben" ("wbn" = "poindre"), de la butte primordiale, de la première terre ferme, du rocher sacré déjà présent avant l'époque des premiers dynastes au sein d'un culte solaire en vigueur à Iounou, l'Héliopolis des Grecs, la "Cité du soleil", soit une pierre dressée sur laquelle se posait le soleil à son lever, ainsi que le décrit Serge Sauneron dans la notice qu'il consacre à l'entrée "obélisque" dans le Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, coécrit avec deux autres éminents égyptologues français, Georges Posener et Jean Yoyotte.

 

     Vous aurez compris que la fonction originelle du monument consistait, à recueillir, à capitaliser dès que poignait l'aube, la lueur vitale régénératrice pour l'Égypte en général et pour son souverain en particulier.

 

     Ce type de monolithe solaire, très ancien donc, - le plus vieil exemplaire connu taillé dans un unique bloc de pierre et inscrit d'un nom royal est celui, en quartzite, de Téti, premier souverain de la VIème dynastie -, est, par sa forme, caractéristique de l'architecture égyptienne : mais n'imaginez surtout pas, amis visiteurs, qu'il ne fut associé à un contexte funéraire, comme ici avec le tombeau d'Antinoüs, qu'aux seules époques ptolémaïque et romaine.

 

    Que nenni ! Déjà dès la fin de l'Ancien Empire, il s'en trouve dressés dans des cours précédant des chapelles mortuaires de particuliers ! Par la suite, au Nouvel Empire, si les plus remarquables, les plus célèbres aussi, par paires ou parfois isolés, font partie intégrante de l'environnement de certains temples, - rappelez-vous le domaine d'Amon, à Karnak -, il n'en demeure pas moins que différents tombeaux royaux de la région thébaine se dotèrent de cette aiguille lithique éminemment symbolique. 

 

     Quand, aux derniers siècles avant l'ère commune, l'Égypte fut dominée par les Grecs puis par les Romains, ses souverains étrangers devenus d'autorité "pharaons", embrassant nombre de particularités autochtones aux fins d'être le mieux possible "adoptés", en firent eux aussi tailler pour les emporter bien au-delà des rives du Nil. Et notamment à Rome

     Que ces monolithes y soient arrivés à l'Antiquité ou, bien plus tard, à partir de la Renaissance, - mais alors, sous l'impulsion de la papauté, ils perdent leur finalité première pour devenir symboles de la foi chrétienne -, Rome en compte actuellement 13, le plus grand étant celui de Thoutmès III et Thoutmès IV, Place Saint-Jean-de-Latran, avec ses 32,18 mètres de hauteur.      

 

 

     Originellement, je l'ai déjà souligné, avant d'être lui aussi emmené à Rome, l'obélisque de granite rose de quelque 9, 25 mètres de hauteur évoqué par Marguerite Yourcenar dans son essai cité tout à l'heure, trônant actuellement sur la colline du Pincio, (Monte Pincio), avait été taillé en Égypte sur les ordres de l'empereur Hadrien, en vue de commémorer la mémoire de son favori, Antinoüs : Le Bienheureux qui est dans l'Au-delà et qui repose en ce lieu consacré qui se trouve à l'intérieur des Jardins du Prince [ ... ] Rome, peut-on lire dans un extrait des inscriptions hiéroglyphiques qui, sur deux colonnes parallèles, en parcourent les quatre faces.

 

     Passage relativement sibyllin ... mais qu'évidemment, je vous commenterai sous peu. 

 

    À mardi, 11 octobre prochain ?

 

 

[ ... ]

 

NOTULE

 

     Parce qu'avec la phrase en italique ci-dessus, je viens pour la première fois de vous proposer un extrait de sa traduction des textes hiéroglyphiques de l'obélisque Barberini, je voudrais dès aujourd'hui indiquer avec grand respect combien mes articles à venir devront à la remarqubale étude, - citée en référence dans la bibliographie infrapaginale -, de l'égyptologue français Jean-Claude GRENIER, Professeur émérite à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, décédé le 22 juillet dernier.

 

     En compagnie de J.-P. Corteggiani évoqué à l'entame de notre rencontre de ce matin, J.-C. Grenier avait accompagné Marguerite Yourcenar, en janvier 1982, sur ce qu'il subsiste du site d'Antinoé, la ville que l'empereur Hadrien avait créée ex nihilo après le décès d'Antinoüs.

 

Marguerite Yourcenar sur le Nil, conversant avec Jean-Claude Grenier (Janvier 1982) - © ADEC

Marguerite Yourcenar sur le Nil, conversant avec Jean-Claude Grenier (Janvier 1982) - © ADEC

 

 

     C'est avec beaucoup de gratitude que j'adresse mes plus vifs remerciements aux membres de l'ADEC, Association Dauphinoise d'Égyptologie-Champollion, pour m'avoir autorisé à exporter de son site le document photographique ci-dessus.

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

GRENIER Jean-ClaudeL'Osiris Antinoos, dans Cahiers de l'ENIM (CENIM) I, Montpellier, Université Paul-Valéry, (Montpellier III), 2008, p. 1, note 1 ; et p. 8.

 

 

MONNIER FranckVocabulaire d'architecture égyptienne, Bruxelles, Éditions Safran, 2013, p. 213.

 

 

POSENER Georges/SAUNERON Serge/YOYOTTE JeanDictionnaire de la civilisation égyptienne, Paris, Hazan, 1959, p. 196.

 

 

QUIRKE StephenLe culte de Rê. L'adoration du soleil dans l'Égypte ancienne, (Traduction : Nathalie BAUM), Monaco, Éditions du Rocher, 2004, pp. 155 ; 182-92.

 

 

RICH AnthonyDictionnaire des antiquités romaines et grecques, Paris, Éditions Henri Veyrier, 1987, pp. 156-7 et 596.  

 
 

YOURCENAR  MargueriteLes Visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste", dans Essais et mémoires, 1. Sous bénéfice d'inventaire, Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1991, pp. 6 et 14-15. 

 

 

YOURCENAR  Marguerite, Les yeux ouverts. Entretiens avec Matthieu GaleyParis, Le Livre de Poche "Biblio" n° 5577,  Librairie Générale Française, 2015, p. 55. 

 

 

 

 

ERRATA

 

     Bravo et grand merci à Alain, pour sa lecture minutieuse : la note qu'il cite si judicieusement dans un commentaire qu'il a déposé sur mon blog m'avait totalement échappé et seule la phrase présente dans mon article ci-dessus, extraite d'un essai de Marguerite Yourcenar - Les visages de l'Histoire dans l' "Histoire auguste" -, avait retenu mon attention.


     Pour relater les funérailles d'Antinoüs, la romancière s'est donc effectivement appuyée sur une référence égyptologique de taille : la première traduction en date des textes de l'obélisque Barberini, actuellement sur le Monte Pincio, par l'égyptologue allemand Adolf Erman.
 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte à Rome
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 00:00

 

 

Quatrième Partie :

 

"J'AI VU VENIR À MOI LE PEUPLE DES STATUES"

 

 

 

     Avec cet alexandrin que j'ai choisi en guise d'exergue à notre présent rendez-vous, extrait de Les Charités d'Alcippe, poème peu connu je pense, datant de 1929, et seulement publié dans un recueil éponyme un quart de siècle plus tard, en 1956, à Liège, aux éditions "La Flûte enchantée", puis heureusement sorti d'un certain oubli en 1984 par les éditions Gallimard, Marguerite Yourcenar exprimait déjà la passion qui fut sienne, sa vie durant, pour l'Antiquité gréco-romaine, pour l'art de sa statuaire, - tout autant, d'ailleurs, que pour celui de la Renaissance italienne -, qui, faut-il encore le préciser, amis visiteurs, habite ce chef-d'oeuvre de la littérature mondiale du XXème siècle qu'est Mémoires d'Hadrien

 

     En l'occurrence, si depuis le mardi 6 septembre vous m'avez suivi au sein des quelques pages que j'avais distinguées dans cette biographie fictive en guise de prémices à un "dossier-enquête", tant archéologique qu'égyptologique, que j'escompte mener à bien jusqu'au prochain congé de Toussaint, dont Antinoüs constitue l'humain canevas, vous devez avoir compris que l'empereur profondément esthète délégua, notamment aux ciseaux de ses sculpteurs, - approximativement une centaine de "portraits" sont actuellement répertoriés dont deux, seulement, nommément identifiés -, mais aussi aux talents de maints autres artistes mandés pour créer médaillons, intailles et pièces de monnaie, le pouvoir suprême d'infirmer le décès du jeune homme devenu déité dans son esprit et ainsi, de façon crâne, de proclamer à la face du monde, grâce à son effigie juvénile démultipliée à l'envi, l'ineffable bonheur de le vouloir toujours vivant, toujours présent.

     Une trentaine de cités grecques battirent ainsi monnaie en l'honneur du favori, qu'elles soient courantes ou monnaies-médailles, uniquement en bronze, l'argent demeurant toutefois l'apanage des membres de la domus impériale !

 

     L'art en tant que parangon d'un incontournable travail de deuil, parangon de la toute puissante volonté d'un homme de rendre vie à ce que la Camarde lui a pourtant ravi.

 

     Ces oeuvres abondent, et vont de l'incomparable au médiocre, concède la romancière dans ses Carnets de notes où, entre autres notions, elle évoque la survivance immobile des statues : si certaines d'entre elles sont toujours in situ, à la Villa Hadriana ; si d'autres se sont égaillées depuis dans différents grands musées internationaux, - ce site internet en répertorie un certain nombre -, quelques-unes, devant lesquelles la petite Marguerite, dès son plus jeune âge, dut probablement s'extasier, se trouvent au Musée du Louvre, à Paris, ville où son père s'était installé avec elle juste avant qu'éclate la Première Guerre mondiale. En effet, veuf dix jours après la naissance de sa fille, il avait quitté l'avenue Louise, à Bruxelles où elle était née quelque neuf ans plus tôt, avait vécu et voyagé avec elle de Lille au Midi, puis, avait un temps choisi la capitale française où, grâce à son instutrice qui, deux fois la semaine, l'emmenait dans les salles de peintures et de sculptures du Louvre, elle découvrit l'Art et prit conscience de cette lueur vers laquelle j'allais sans le savoir, affirme-t-elle dans Quoi ? L'éternité.

     Là, elle allait naître à la Beauté.

 

     Même si j'ai appris, en lisant le catalogue de l'exposition de Bavay à laquelle j'ai fait allusion dans mon premier article de septembre, que ce fut au British Museum alors qu'elle n'avait que douze ans que la petite Marguerite, - qui n'était point encore "Yourcenar" -,  croisa pour la première fois l'empereur philhellène, le viril et presque brutal Hadrien de bronze vers la quaranitème année, repêché dans la Tamise au XIXème siècle, ainsi qu'elle le confie à Matthieu Galey, dans Les yeux ouverts ; même si je me suis avisé, grâce au même catalogue, que la première mention d'Antinoüs dans son oeuvre figurait dans un sonnet intitulé "L'Apparition", écrit à l'adolescence, j'aime à jouissivement imaginer que ce fut au Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre où, adulte, elle reviendra souvent, qu'entre neuf et onze ans, elle fut précocement fascinée par les statues et les bustes du bel éphèbe qu'elle y rencontrait et, probablement par l'un d'eux, l'Antinoüs au némès ... qu'il vous est encore loisible d'admirer jusqu'au 20 novembre prochain puisque, comme je l'ai rappelé lors de notre précédent rendez-vous, il fait partie des oeuvres prêtées à Arnaud Quertinmont, Conservateur du Département Égypte/Proche-Orient au Musée royal de Mariemont. à Morlanwelz, en province de Hainaut belge, pour son exposition Dieux, Génies et Démons en Égypte ancienne.

 

     À défaut, tout au long de mes trois premiers articles de septembre, aurez-vous eu le loisir d'à votre aise le considérer grâce à une photo que j'avais réalisée en mai denier, et parfois librement "retravaillée". Aujourd'hui, vous retrouvez ce buste remarquablement magnifié, sous un angle quelque peu rapproché, grâce à l'objectif de mon ami Alain Guilleux, qu'une fois encore il me sied de chaleureusement remercier pour avoir accepté de me, - de nous -, l'offrir ici, de manière à parfaire l'image d'Antinoüs.

 

Antinoüs au némès - Louvre Ma 433 - (© Alain Guilleux - Photos Égypte)

Antinoüs au némès - Louvre Ma 433 - (© Alain Guilleux - Photos Égypte)

 

      À une petite trentaine de kilomètres de Rome, au 1, Largo Marguerite Yourcenar, - je n'invente évidemment pas cet hommage clin d'oeil de la municipalité italienne de Tivoli, l'ancienne Tibur, à l'immense romancière ! - vous pouvez encore de nos jours à cette adresse contemporaine visiter ce qu'il subsiste de la Villa Hadriana, imposante résidence estivale dont Hadrien, en connaisseur raffiné des cultures égyptienne, grecque et romaine, avait ordonné la construction au deuxième siècle de notre ère.

 

Maquette de la villa d'Hadrien réalisée par Italo Gismondi - Photo © Guilhem Dulous (Guilhem06), déposée sur Wikipedia Français en juin 2006.

Maquette de la villa d'Hadrien réalisée par Italo Gismondi - Photo © Guilhem Dulous (Guilhem06), déposée sur Wikipedia Français en juin 2006.

 

     C'est dans ce complexe impérial que fut exhumé par le peintre, marchand d'art et archéologue écossais Gavin Hamilton, en 1769, ce buste de marbre de 76 centimètres de hauteur ou, pour être plus précis : que furent retrouvés la majeure partie de la tête, le cou et un fragment de l'épaule et du sein gauches ; le tout ayant été complété par la suite, comme le signale Daniel Roger, Conservateur en chef du Patrimoine, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre qui signe la notice qu'il lui consacre à la page 248 du catalogue de l'actuelle exposition de Mariemont Dieux, Génies et Démons en Égypte ancienne

     Ou, pour le dire d'une autre manière, en me référant cette fois au site internet officiel du Louvre : nez, bouche, partie gauche du visage et buste sont modernes.

 

     Et d'ajouter, - n'ayant pas l'opportunité de me rendre à Paris, je me contenterai d'entériner, sans possibilité de vérification aucune -, que ce monument est visible au premier étage de l'aile Denon, dans la salle 5 de la Grande Galerie, soit en un espace consacré à la peinture toscane et celle de l'Italie du Nord aux XVème et XVIème siècles. 

    Ce qui signifie, sauf erreur d'interprétation de ma part, que le buste, comme nous serions en droit de l'y chercher, ne figurerait pas au sein de son propre département, juste en dessous, au rez-de-chaussée de cette même aile Denon, celui donc des Antiquités étrusques, grecques et romaines.

 

     Ah ! si l'un ou l'autre Parisien pouvait confirmer ou infirmer mon propos ...

 

     Quoi qu'il en soit de son emplacement exact, dans l'inventaire du musée, il porte le numéro MR 16, la note étant toutefois assortie d'une précision , - rien n'est simple, décidément ! -, attestant que le numéro usuel est Ma 433.

 

     Et tant qu'à fouiner dans cartels et notes muséales, permettez-moi de tutoyer l'exhaustivité en précisant que la pièce fit partie de l'ancienne "Collection Albani", du nom de ce cardinal mécène italien Alessandro Albani (1692-1779) qui en fit l'acquisition, avec d'autres figurations d'Antinoüs. Cette collection fut saisie par le Directoire en 1797 en accord avec le célèbre Traité de Tolentino, signé entre autres par le Général Bonaparte, qui astreignit la Papauté à notamment restituer Avignon et le Comtat Venaissin à la France et, de surcroît, à lui concéder un imposant corpus d'oeuvres d'art ... demeurées au Louvre.

 

 

    Indépendamment de l'appellation officielle donnée à l'oeuvre, - Antinoüs au némès -, vous aviez d'évidence remarqué, amis visiteurs, que le jeune homme, pourtant originaire de Bithynie, en Asie mineure je le rappelle, pourtant favori d'un empereur qui, bien que romain, fut profondément admiratif de la Grèce, porte ici deux attributs typiquement égyptiens : le némès et l'uraeus. Et qu'en outre, parmi les inscriptions gravées sur le socle, figure le nom du dieu égyptien Osiris.

 

     Quand, entre autres, vous vous rappellerez qu'à juste raison Marguerite Yourcenar explique qu'Antinoüs fut retrouvé mort noyé dans le Nil, alors qu'il séjournait en Égypte avec Hadrien et sa suite ; quand, entre autres, vous vous rappellerez qu'elle indique que l'empereur, en parfait évergète, fit créer une ville - Antinoé ou, en grec, Antinoopolis -, et qu'il y imposa un culte en l'honneur de son favori ; quand, entre autres, vous vous rappellerez que j'ai précisé que le second volet à venir de cette série d'articles vous emmènerait sur les chemins de l'archéologie et de l'épigraphie égyptiennes, que l'auguste souverain souhaitât pour son protégé que fussent réalisées des oeuvres à forte influence égyptienne ne vous étonnera nullement. Sur ce buste, comme sur d'autres, la présence d'un némès et de l'uraeus le surmontant ; sur ce buste encore, celle du nom d'Osiris gravé ; sur des statues, par exemple, celle d'un pagne à l'égyptienne, et j'en oublie certainement ... ; bref, tous ces détails géographiquement connotés ne devraient dès lors point vous surprendre.

 

LES DEVENIRS D'ANTINOÜS : DE LA FICTION ROMANESQUE À LA RÉALITÉ ARCHÉOLOGIQUE

 

      Parce que tout le monde l'a vu et revu sur les photos du "trésor" de Toutânkhamon ou sur celles de l'imposant sphinx du plateau de Guizeh, le némès constitue le couvre-chef le plus connu du grand public parmi ceux que portèrent les souverains d'Égypte : traditionnellement en lin, il se compose de plusieurs parties qu'il serait trop fastidieux de détailler dans ma présente intervention.

     Toutefois, à ceux d'entre vous qui en souhaiteraient une description plus que minutieuse, je ne puis que vivement conseiller la visite du site d'un ancien étudiant de l'Université Paul-Valéry à Montpellier, Sylvain Cabaret,

 

    Une remarque néanmoins : traditionnellement, en Égypte bien sûr mais aussi sur d'autres effigies d'Antinoüs commandées par l'empereur, comme celle-ci, au Louvre également, 

 

 

 

Antinoüs-Osiris (MND 2167 - n° usuel Ma 4890) - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (© Pierre Philibert)

Antinoüs-Osiris (MND 2167 - n° usuel Ma 4890) - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (© Pierre Philibert)

 

le némès enveloppait entièrement la tête. Il ne vous aura certes pas échappé que sur le buste d'Antinoüs exposé à Mariemont, il a été sculpté un peu plus en retrait, laissant abondamment apparaître, sur le front et encadrant le haut du visage, les primesautières ondulations du jeune homme, ses cheveux tumultueux, comme les décrivait Marguerite Yourcenar elle-même, révéla l'égyptologue français Jean-Pierre Corteggiani dans sa conférence Marguerite Yourcenar et l'Égypte, prononcée à l'Association Papyrus de Lille, le 23 mai 2015. 

     (Vidéo que vous pouvez découvrir grâce à ce lien.)  

 

    C'était un trait caractéristique de la statuaire grecque qui, plutôt que représenter une masse inerte de cheveux courts, les préféra plus longs et plus naturels en leur donnant du mouvement grâce à une succession de petites et grandes boucles en cascade. Mode capillaire qui, je le souligne au passage, influença par la suite celle de l'Empire romain, essentiellement d'Hadrien à Marc Aurèle.

 

    Avec l'Osiris-Antinoüs à Mariemont jusqu'au 20 novembre, nous sommes en présence d'une oeuvre mariant le plus harmonieusement qui soit art égyptien (némès) et art grec (mèches de cheveux apparentes) ; en présence de l'exemple même d'une parfaite symbiose entre deux cultures, d'un parfait syncrétisme.  

 

  

     Au nombre des parties constituantes de ce némès, je l'évoquai tout à l'heure, vous trouvez la figuration d'un cobra, serpent dressé dont la dangereuse arrogance était censée refouler les forces du mal, visant ainsi à préserver le souverain d'ennemis éventuels. C'est, dans le vocabulaire égyptologique, ce qu'il est convenu d'appeler l'uraeus.

 

     Ajouter que ce type de coiffe constituait l'apanage des seuls souverains égyptiens et qu'ils le partageaint avec certains dieux vous en dira long sur la conception que se fit Hadrien de son favori et sur l'image que, pour la postérité, il souhaita imposer au monde.

 

     Si toutefois il vous agrée de poursuivre cette étude en ma compagnie, amis visiteurs, nous en reparlerons lors d'un nouveau rendez-vous, le mardi 4 octobre prochain  ...

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

AMANDRY Michel/ KÜTER Alexia, Antinoüs, dans Marguerite Yourcenar et l'empereur Hadrien, Une réécriture de l'Antiquité, Catalogue de l'exposition au Forum antique de Bavay, musée archéologique du Département du Nord, Gand, Éditions Snoeck, 2015, pp. 80-93.

 

 

BERTHIER Philippe"Regarder les images jusqu'à les faire bouger", dans BLANCKEMAN Bruno (s/d), Les Diagonales du Temps. Marguerite Yourcenar à Cerisy, Presses universitaires de Rennes 2007, [2016], pp. 113-24.

 

 

HALLEY AchmyMémoires d'Hadrien, Genèse, réception et postérité d'un chef-d'oeuvre, dans Marguerite Yourcenar et l'empereur Hadrien, Une réécriture de l'Antiquité, Catalogue de l'exposition au Forum antique de Bavay, musée archéologique du Département du Nord, Gand, Éditions Snoeck, 2015, pp. 27-37.

 

 

YOURCENAR Marguerite, Carnets de notes de Mémoires d'HadrienParis, Gallimard, 1981, Collection "Folio" n° 921, pp. 323 et 336.

 

 

YOURCENAR MargueriteQuoi ? L'éternité, Paris, Gallimard, 1990, Collection "Folio" n° 2161, p. 230.

 

 

YOURCENAR Marguerite, Les yeux ouverts. Entretiens avec Matthieu GaleyParis, Le Livre de Poche "Biblio" n° 5577,  Librairie Générale Française, 2015, p. 32.  

 

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans L'Égypte en Belgique
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 00:00

 

 

Troisième Partie :  

 

 

" JE NE SAVAIS PAS QUE LA DOULEUR CONTIENT D'ÉTRANGES LABYRINTHES OÙ JE N'AVAIS PAS FINI DE MARCHER "

 

 

 

 

     Avec la relation des funérailles d'Antinoüs tout imprégnées de rites égyptiens que nous allons lire dans un court instant, nous serons arrivés vous et moi, amis visiteurs, au terme de la première section de ce qu'immodestement je nomme "dossier-enquête" que je souhaitais ouvrir en cette rentrée de septembre en vous permettant de (re)découvrir trois extraits du chef-d'oeuvre de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, récit épistolaire, je vous le rappelle, censé avoir été adressé par l'auguste Hadrien à son petit-fils adoptif, le futur empereur Marc Aurèle.

 

     Si, aux fins de porter plus spécifiquement l'éclairage sur le jeune Bithynien, je me suis, dans un premier temps, uniquement confiné dans la seule fiction romanesque, je me dois, dans un second temps à venir, grâce à l'archéologie et à l'épigraphie égyptologiques, de vous permettre de percevoir au plus près la réalité historique de sa courte vie aux côtés de son mentor et l'avenir post-mortem que ce dernier tint à lui assurer. 

 

     Ce double dessein, vous l'aurez évidemment compris, a justifié le titre générique que j'ai choisi pour l'ensemble de ces articles : "Les devenirs d'Antinoüs : de la fiction romanesque à la réalité archéologique".  

 

     Il ne vous aura pas plus échappé, je présume, que la motivation première de cette nouvelle éude au sein d'ÉgyptoMusée fut la découverte que nous fîmes du buste d'Antinoüs proposé par l'égyptologue belge Arnaud Quertinmont à l'exposition Dieux, Génies et Démons en Égypte ancienne qu'il a conçue cette année au Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en Belgique.

 

     Si vous le voulez bien, sur cette oeuvre, nous reviendrons de manière plus détaillée la semaine prochaine  car pour l'heure, c'est aux obsèques du jeune homme que je vous convie d'assister ...     

 

 

     Les embaumeurs livrèrent leur ouvrage : on déposa le mince cercueil de cèdre à l'intérieur d'une cuve de porphyre, dressée tout debout dans la salle la plus secrète du temple. Je m'approchai timidement du mort. Il semblait costumé : la dure coiffe égyptienne recouvrait les cheveux. Les jambes serrées de bandelettes n'étaient plus qu'un long paquet blanc, 

 

Musée du Louvre - Département des Antiquités égyptiennes, salle 15, vitrine 1 : Momie de Pachéry (N 2627)

Musée du Louvre - Département des Antiquités égyptiennes, salle 15, vitrine 1 : Momie de Pachéry (N 2627)

 

mais le profil du jeune garçon n'avait pas changé : les cils faisaient sur les joues fardées une ombre que je reconnaissais. Avant de terminer l'emmaillotement des mains, on tint à me faire admirer les ongles d'or. Les litanies commencèrent ; le mort, par la bouche des prêtres, déclarait avoir été perpétuellement véridique, perpétuellement chaste, perpétuellement compatissant et juste, se vantait de vertus qui, s'il les avait ainsi pratiquées, l'auraient mis à jamais à l'écart des vivants. L'odeur rance de l'encens emplissait la salle : à travers un nuage, j'essayai de me donner à moi-même l'illusion du sourire : le beau visage immobile paraissait trembler. J'ai assisté aux passes magiques par lesquelles les prêtres forcent l'âme du mort à incarner une parcelle d'elle-même à l'intérieur des statues qui conserveront sa mémoire : et à d'autres injonctions, plus étranges encore. Quand ce fut fini, on mit en place le masque d'or moulé sur la cire funèbre ; il épousait étroitement les traits. Cette belle surface incorruptible allait bientôt résorber en elle-même ses possibilités de rayonnement et de chaleur : elle giserait à jamais dans cette caisse hermétiquement close, symbole inerte d'immortalité. On posa sur la poitrine un bouquet d'acacias. Une douzaine d'hommes mirent en place le pesant couvercle. Mais j'hésitais encore au sujet de l'emplacement de la tombe. Je me rappelai qu'en ordonnant partout des fêtes d'apothéose, des jeux funèbres, des frappes de monnaies, des statues sur les places publiques, j'avais fait une exception pour Rome : j'avais craint d'augmenter l'animosité qui entoure plus ou moins tout favori étranger. Je me dis que je ne serais pas toujours là pour protéger cette sépulture. Le monument prévu aux portes d'Antinoé semblait aussi trop public, peu sûr. Je suivis l'avis des prêtres. Ils m'indiquèrent au flanc d'une montagne de la chaîne arabique, à trois lieues environ de la ville, une de ces cavernes destinées jadis par les rois d'Égypte à leur servir de puits funéraire. Un attelage de boeufs traîna le sarcophage sur cette pente. À l'aide de cordes, on le fit glisser le long de ces corridors de mine  ; on l'appuya contre une paroi de roc. L'enfant de Claudiopolis descendait dans la tombe comme un pharaon, comme un Ptolémée. Nous le laissâmes seul. Il entrait dans cette durée sans air, sans lumière, sans saisons et sans fin, auprès de laquelle toute vie semble brève ; il avait atteint cette stabilité, peut-être ce calme. Les siècles encore contenus dans le sein opaque du temps passeraient par milliers sur cette tombe sans lui rendre l'existence, mais aussi sans ajouter à sa mort, sans empêcher qu'il eût été.

 

    

LES DEVENIRS D'ANTINOÜS : DE LA FICTION ROMANESQUE À LA RÉALITÉ ARCHÉOLOGIQUE

 

     Hermogène me prit par le bras pour m'aider à remonter à l'air libre ; ce fut presque une joie de se retrouver à la surface, de revoir le froid ciel bleu entre deux pans de roches fauves. Le reste du voyage fut court. À Alexandrie, l'impératrice se rembarqua pour Rome.

 

     Je rentrai en Grèce par voie de terre. Le voyage fut long.  

 

 

 

 

Marguerite  YOURCENAR

Mémoires d'Hadrien

 

Paris, Gallimard, Collection Folio n° 921,

pp. 221 et 228-33 de mon édition de 1981

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 00:00

 

 

Deuxième Partie :  

 

" IL A OBÉI À L'ORDRE DU CIEL  "

 

 

 

     Or donc, depuis mardi dernier, vous aurez compris, amis visiteurs, que nous allions abondamment évoquer l'ici-bas et l'au-delà de ce jeune et bel éphèbe du nom d'Antinoüs qui vécut au deuxième siècle de notre ère,

 

Antinoüs au némès - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 433)

Antinoüs au némès - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 433)

 

favori de l'empereur Hadrien, originaire de Claudiopolis, ville de la province romaine de Bithynie, en Asie mineure, au nord-ouest de la Turquie asiatique actuelle. Et ce, dans un premier temps, en septembre, sous l'angle de la fiction romanesque grâce à de nouveaux extraits de l'immense roman de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, dont nous poursuivrons la lecture dans quelques minutes ; et lors d'un second temps, en octobre, sous celui de l'Histoire en conviant à la barre conjointement l'archéologie et l'égyptologie, aux fins de tenter de répondre à diverses questions, comme les circonstances de sa mort, les rites typiquement égyptiens de ses funérailles, l'emplacement du tombeau que le souverain lui fit ériger et, in fine, en nous interrogeant sur son apothéose, comprenez sa divinisation, son admission dans le monde des dieux et sa catastérisation, entendez sa transformation en étoile visible dans le ciel : ses différents devenirs post-mortem, en quelque sorte. 

 

     Mais comme je viens de l'indiquer, avant de vous convier sur le chemin plus difficultueux de l'enquête proprement historique du "dossier" Antinoüs, reprenons, voulez-vous, notre déambulation au sein de Mémoires d'Hadrien et, plus spécifiquement, dans cette partie que la romancière a intitulée Saeculum aureum, - l'Âge d'or : l'évocation du décès plus que prématuré du jeune homme.

  

 

 

 

 

     Le premier jour du mois d'Athyr, la deuxième année de la deux cent vingt-sixième Olympiade ... C'est l'anniversaire de la mort d'Osiris, dieu des agonies : le long du fleuve, des lamentations aiguës retentissaient depuis trois jours dans tous les villages. (...)

     J'avais fait amarrer ma barque à quelque distance des autres, loin de tout lieu habité : un temple pharaonique à demi abandonné se dressait pourtant à proximité du rivage ; il avait encore son collège de prêtres ; je n'échappai pas tout à fait au bruit de plaintes. (...)

 

     Le courrier de Rome venait d'arriver ; la journée se passa à le lire et à y répondre. Comme d'ordinaire Antinoüs allait et venait silencieusement dans la pièce : je ne sais pas à quel moment ce beau lévrier est sorti de ma vie. Vers la douzième heure, Chabrias agité entra. Contrairement à toutes règles, le jeune homme avait quitté la barque sans spécifier le but et la longueur de son absence : deux heures au moins avaient passé depuis son départ. Chabrias se rappelait d'étranges phrases prononcées la veille, une recommandation faite le matin même, et qui me concernait. Il me communiqua ses craintes. Nous descendîmes en hâte sur la berge. Le vieux pédagogue se dirigea d'instinct  vers une chapelle située sur le rivage, petit édifice isolé qui faisait partie des dépendances du temple, et qu'Antinoüs et lui avaient visité ensemble. Sur une table à offrandes, les cendres d'un sacrifice étaient encore tièdes. Chabrias y plongea les doigts, et en retira presque intacte une boucle de cheveux coupés.

    Il ne nous restait plus qu'à explorer la berge. Une série de réservoirs, qui avaient dû servir autrefois à des cérémonies sacrées, communiquaient avec une anse du fleuve : au bord du dernier bassin, Chabrias aperçut dans le crépuscule qui tombait rapidement un vêtement plié, des sandales. Je descendis les marches glissantes : il était couché au fond, déjà enlisé par la boue du fleuve. Avec l'aide de Chabrias, je réussis à soulever le corps qui pesait soudain d'un poids de pierre. Chabrias héla des bateliers qui improvisèrent une civière de toile. Hermogène appelé à la hâte ne put que constater la mort. Ce corps si docile refusait de se laisser réchauffer, de revivre. Nous le transportâmes à bord. Tout croulait ; tout parut s'éteindre. Le Zeus  Olympien, le Maître de Tout, le Sauveur du Monde s'effondrèrent, et il n'y eut plus qu'un homme à cheveux gris sanglotant sur le pont d'une barque.

 

     Deux jours plus tard, Hermogène réussit à me faire penser aux funérailles. Les rites de sacrifice dont Antinoüs avait choisi d'entourer sa mort nous montraient un chemin à suivre : ce ne serait pas pour rien que l'heure et le jour de cette fin coïncidaient avec ceux où Osiris descend dans la tombe. Je me rendis sur l'autre rive, à Hermopolis, chez les embaumeurs. J'avais vu leurs pareils travailler à Alexandrie ; je savais quels outrages j'allais faire subir à ce corps. Mais le feu aussi est horrible, qui grille et charbonne cette chair qui fut aimée ; et la terre où pourrissent les morts.

     La traversée fut brève ; accroupi dans un coin de la cabine de poupe, Euphorion hululait à voix basse je ne sais quelle complainte funèbre africaine ;  ce chant étouffé et rauque me semblait presque mon propre cri. Nous transférâmes le mort dans une salle lavée à grande eau qui me rappela la clinique de Satyrus ; j'aidai le mouleur à huiler le visage avant d'y appliquer la cire. Toutes les métaphores retrouvaient un sens : j'ai tenu ce coeur entre mes mains. Quand je le quittai, le corps vide n'était plus qu'une préparation d'embaumeur, premier état d'un atroce chef-d'oeuvre, substance précieuse traitée par le sel et la gelée de myrrhe, que l'air et le soleil ne toucheraient jamais plus.

 

     Au retour, je visitai le temple près duquel s'était consommé le sacrifice ; je parlai aux prêtres. Leur sanctuaire rénové redeviendrait pour toute l'Égypte un lieu de pèlerinage ; leur collège enrichi, augmenté se consacrerait désormais au service de mon dieu. Même dans les moments les plus obtus, je n'avais jamais douté que cette jeunesse fût divine. La Grèce et l'Asie le vénéreraient à notre manière, par des jeux, des danses, des offrandes rituelles au pied d'une statue blanche et nue. L'Égypte, qui avait assisté à l'agonie, aurait elle aussi sa part dans l'apothéose. Ce serait la plus sombre, la plus secrète, la plus dure : ce pays jouerait auprès de lui un rôle d'éternel embaumeur. Durant des siècles, des prêtres au crâne rasé réciteraient des litanies où figurerait ce nom, pour eux sans valeur, mais qui pour moi contenait tout. Chaque année, la barque sacrée promènerait cette effigie sur le fleuve ; le premier du mois d'Athyr, des pleureurs marcheraient sur cette berge où j'avais marché. Toute heure a son devoir immédiat, son injonction qui domine les autres : celle du moment était de défendre contre la mort le peu qui me restait.

 

     Phlégon avait réuni pour moi sur le rivage les architectes et les ingénieurs de ma suite ; soutenu par une espèce d'ivresse lucide, je les traînai le long des collines pierreuses ; j'expliquai mon plan, le développement des quarante-cinq stades du mur d'enceinte ; je marquai dans le sable la place de l'arc de triomphe, celle de la tombe. Antinoé allait naître : ce serait déjà vaincre la mort que d'imposer à cette pierre sinistre une cité toute grecque, un bastion qui tiendrait en respect les nomades de l'Érythrée, un nouveau marché sur la route de l'Inde. Alexandre avait célébré les funérailles d'Héphaistion par des dévastations et des hécatombes. Je trouvais plus beau d'offrir au préféré une ville où son culte serait à jamais mêlé au va-et-vient sur la place publique, où son nom reviendrait dans les causeries du soir, où les jeunes hommes se jetteraient des couronnes à l'heure des banquets. Mais, sur un point, ma pensée flottait. Il semblait impossible d'abandonner ce corps en sol étranger. Comme un homme incertain de l'étape suivante ordonne à la fois un logement dans plusieurs hôtelleries, je lui commandai à Rome un monument sur les bords du Tibre, près de ma tombe : je pensai aussi aux chapelles égyptiennes que j'avais, par caprice, fait bâtir à la Villa, et qui s'avéraient soudain tragiquement utiles. 

     On prit jour pour les funérailles qui auraient lieu au bout des deux mois exigés par les embaumeurs. Je chargeai Mésomédès de composer des chants funèbres. Tard dans la nuit, je rentrai à bord ; Hermogène me prépara une potion pour dormir. 

 

 

 

Marguerite  YOURCENAR

Mémoires d'Hadrien

 

Paris, Gallimard, Collection Folio n° 921,

pp. 215-8 et 238 de mon édition de 1981

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 00:00

 

 

Première Partie :

 

" JE ME SENTAIS RESPONSABLE DE LA BEAUTÉ DU MONDE "

 

 

 

 

 

 Mon cher Marc "  

 

 

     C'est par cette formule d'appel que l'empereur romain Hadrien (Imperator Caesar Trajanus Hadrianus Augustus, 76-138 de notre ère) entame le récit de sa vie, propos qu'il destine à son petit-fils adoptif, le futur empereur philosophe Marc Aurèle.

 

 

Tête en marbre de l'empereur Hadrien - Louvre : Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3132)  (© Hervé Lewandowski)

Tête en marbre de l'empereur Hadrien - Louvre : Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3132) (© Hervé Lewandowski)

 

    Ou, plus exactement, c'est par ces simples mots que la romancière Marguerite Cleenewerck de Crayencour, née le 8 juin 1903 à Bruxelles, d'un père d'origine française et d'une mère belge, - que vraisemblablement vous connaissez mieux, amis visiteurs, sous le nom de Marguerite Yourcenar, anagramme quasiment complète de son vrai patronyme -, commence cet admirable roman "Mémoires d'Hadrien" dans lequel il m'a plu de m'enfouir à nouveau au cours des récentes vacances d'été, quelque 35 ans après le réel coup de coeur littéraire qu'il  m'avait offert lors de sa première lecture.

 

     Ce matin qui voit la rentrée officielle d'ÉgyptoMusée, ainsi que maints autres mardis à venir, il me siérait de vous en donner à découvrir différents extraits.

 

     Mais pour quelle raison, seriez-vous en droit de m'interroger, un roman, - ce qui est déjà hors norme dans mon chef -, et celui-là plus particulièrement ?

 

     Peut-être certains parmi vous, amis Lillois ou de Picardie, feront-ils le rapprochement avec cette exposition qui lui fut dédiée jusqu'au 30 août dernier au Forum antique de Bavay, musée archéologique du Département du Nord, que je n'ai personnellement pas eu l'opportunité de visiter. 

     Là, toutefois, ne réside pas le véritable prétexte.

     D'autres, parmi vous, amis visiteurs, établiront tout naturellement une corrélation avec l'exposition "Dieux, Génies, Démons en Égypte ancienne" que nous parcourûmes de conserve en juin dernier, au Musée royal de Mariemont.

    Et ceux-là seront dans le vrai !

 

     Nous en reparlerons abondamment plus tard Car pour l'heure, et sans plus tarder, tournons une première fois les pages de ce chef d'oeuvre absolu qu'est Mémoires d'Hadrien.

 

 

 

 

   L'art du portrait m'intéressait peu. Nos portraits romains n'ont qu'une valeur de chronique : copies marquées de rides exactes ou de verrues uniques, décalques de modèles qu'on coudoie distraitement dans la vie et qu'on oublie sitôt morts. Les Grecs au contraire ont aimé la perfection humaine au point de se soucier assez peu du visage varié des hommes. Je ne jetais qu'un coup d'oeil à ma propre image, cette figure basanée, dénaturée par la blancheur du marbre, ces yeux grands ouverts, cette bouche mince et pourtant charnue, contrôlée jusqu'à trembler. Mais le visage d'un autre m'a préoccupé davantage. Sitôt qu'il compta dans ma vie, l'art cessa d'être un luxe, devint une ressource, une forme de secours. J'ai imposé au monde cette image : il existe aujourd'hui plus de portraits de cet enfant que de n'importe quel homme illustre, de n'importe quelle reine.

       

Antinoüs au némès - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 433)

Antinoüs au némès - Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 433)

 

     J'eus d'abord à coeur de faire enregistrer par la statuaire la beauté successive d'une forme qui change ; l'art devint ensuite une sorte d'opération magique capable d'évoquer un visage perdu. Les effigies colossales semblaient un moyen d'exprimer ces vraies proportions que l'amour donne aux êtres ; ces images, je les voulais énormes comme une figure vue de tout près, hautes et solennelles comme les visions et les apparitions du cauchemar ; pesantes comme l'est resté ce souvenir. Je réclamais un fini parfait, une perfection pure, ce dieu qu'est pour ceux qui l'ont aimé tout être mort à vingt ans, et aussi la ressemblance exacte, la présence familière, chaque irrégularité d'un visage plus chère que la beauté. Que de discussions pour maintenir la ligne épaisse d'un sourcil, la rondeur un peu tuméfiée d'une lèvre ... Je comptais désespérément sur l'éternité de la pierre, la fidélité du bronze, pour perpétuer un corps périssable, ou déjà détruit, mais j'insistais aussi pour que le marbre, oint chaque jour d'un mélange d'huile et d'acides, prît le poli et presque le moelleux d'une chair jeune. Ce visage unique, je le retrouvais partout : j'amalgamais les personnes divines, les sexes et les attributs éternels, la dure Diane des forêts au Bacchus mélancolique, l'Hermès vigoureux des palestres au dieu double qui dort, la tête contre le bras, dans un désordre de fleur. Je constatais à quel point un jeune homme qui pense ressemble à la virile Athéna. Mes sculpteurs s'y perdaient un peu ; les plus médiocres tombaient ça et là dans la mollesse et dans l'emphase ; tous pourtant prenaient plus ou moins part aux songes. Il y a les statues et les peintures du jeune vivant, celles qui reflètent ce paysage immense et changeant qui va de la quinzième à la vingtième année : le profil sérieux de l'enfant sage ; cette statue où un sculpteur de Corinthe a osé garder le laisser-aller du jeune garçon qui bombe le ventre en effaçant les épaules, la main sur la hanche, comme s'il surveillait au coin d'une rue une partie de dés. Il y a ce marbre où Papias d'Aphrodisie a tracé un corps plus que nu, désarmé, d'une fraîcheur fragile de narcisse. Et Aristéas a sculpté sous mes ordres, dans une pierre un peu rugueuse, cette petite tête impérieuse et fière ... Il y a les portraits d'après la mort, et où la mort a passé, ces grands visages aux lèvres savantes, chargés de secrets qui ne sont plus les miens, parce que ce ne sont plus ceux de la vie. Il y a ce bas-relief où le Carien Antonianos a doué d'une grâce élyséenne le vendangeur vêtu de soie grège, et le museau amical du chien pressé contre une jambe nue. Et ce masque presque intolérable, oeuvre d'un sculpteur de Cyrène, où le plaisir et la douleur fusent et s'entrechoquent sur ce même visage comme deux vagues sur un même rocher. Et ces petites statuettes d'argile à un sou qui ont servi à la propagande impériale : Tellus Stabilita, le Génie de la Terre pacifiée, sous l'aspect d'un jeune homme couché qui tient des fruits et des fleurs. 

 

     Trahit sua quemque voluptas. À chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l'on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux. Je me sentais responsable de la beauté du monde. Je voulais que les villes fussent splendides, aérées, arrosées d'eaux claires, peuplées d'êtres humains dont le corps ne fût détérioré ni par les marques de la misère ni de la servitude, ni par l'enflure d'une richesse grossière ; que les écoliers récitassent d'une voix juste des leçons point ineptes ; que les femmes au foyer eussent dans leurs mouvements une espèce de dignité maternelle, de repos puissant ; que les gymnases fussent fréquentés par des jeunes hommes point ignorants des jeux et des arts ; que les vergers portassent les plus beaux fruits et les champs les plus riches moissons. Je voulais que l'immense majesté de la paix romaine s'étendît à tous, insensible et présente comme la musique du ciel en marche ; que le plus humble voyageur pût errer d'un pays, d'un continent à l'autre, sans formalités vexatoires, sans dangers, sûr partout d'un minimum de légalité et de culture ; que nos soldats continuassent leur éternelle danse pyrrhique aux frontières ; que tout fonctionnât sans accroc, les ateliers et les temples ; que la mer fût sillonnée de beaux navires et les routes parcourues par de fréquents attelages ; que, dans un monde bien en ordre, les philosophes eussent leur place et les danseurs aussi.

     Cet idéal, modeste en somme, serait assez souvent approché si les hommes mettaient à son service une partie de l'énergie qu'ils dépensent en travaux stupides ou féroces ; une chance heureuse m'a permis de le réaliser partiellement ce dernier quart de siècle.

 

(...)

 

 

 

Marguerite  YOURCENAR

Mémoires d'Hadrien

 

Paris, Gallimard, Collection Folio n° 921,

pp. 146-9 de mon édition de 1981

 

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 10:21
LA RENTRÉE POINT À L'HORIZON D'ÉGYPTOMUSÉE ...

 

Est-ce la main de Dieu

Est-ce la main de Diable

Qui a tissé le ciel de ce beau matin-là

Lui plantant dans le coeur

Un morceau de soleil

Qui se brise sur l'eau

En mille éclats vermeils ? 

(...)

Est-ce Dieu, est-ce Diable

Ou les deux à la fois

Qui, un jour, s'unissant

Ont fait ce matin-là ?

Est-ce l'un, est-ce l'autre ?

Vraiment, je ne sais pas.

Mais pour tant de beautés,

Merci, et chapeau bas !

 

BARBARA

Chapeau bas

(1958)

 

 

 

     À tout bientôt, mardi 6 septembre prochain : avec l'Histoire, avec la Littérature, avec l'Égyptologie ; en un mot : avec la Beauté, serez-vous au rendez-vous, amis visiteurs ?

 

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 23:05
EXPOSITIONS Á MARIEMONT : 6. DIEUX, GÉNIES, DÉMONS EN ÉGYPTE ANCIENNE : ET SI NOUS JOUIONS ?

 

     Vous vous rappelez certainement qu'en quittant l'exposition "De Stargate au Comics" organisée jusqu'au 20 novembre prochain, au rez-de-chaussée du Musée royal de Mariemont, à Morlanwelz, en province de Hainaut belge, je vous avais conviés, vos enfants ou petits-enfants et vous, amis visiteurs, à m'accompagner au second étage pour y déambuler entre "Dieux, génies et démons en Égypte ancienne" où, comme le suggère parmi d'autres cette affiche qui chapeaute notre rendez-vous de ce matin, - le dernier avant que débutent les vacances d'été, partant les quelque deux mois de repos que s'octroie et vous octroie ÉgyptoMusée -, un parcours a été conçu à l'intention des plus jeunes aux fins qu'ils puissent eux aussi découvrir ici, mais de manière ludique, qui sont ces divinités dont ils croiseront diverses figurations.

 

     Nonobstant cette intéressante et première approche, les concepteurs de ces deux manifestations ont également jugé opportun de lui associer un certain nombre d'activités parallèles, - appelons-les "stages d'été" -,  dont il me siérait maintenant d'évoquer le calendrier et les objectifs. 

 

 

 

1.     "Le musée à la hauteur des petits"

Pour les enfants de 3 à 6 ans : du mardi 5 au vendredi 8 juillet, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Dis-moi ce que tu vois, je te dirai comment tu es grand ! Parcourir le musée et le parc avec le point du vue du petit, lui confier un appareil photo, enregistrer les sons, les exclamations, le bruit des objets, dessiner des espaces dans lesquels bouger, remuer, écouter de la musique,… avec la précieuse complicité d’Olivier Roisin, danseur et chorégraphe."

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

2.     "Crayon, papier, ciseaux !"

 

Pour le enfants de 8 à 15 ans : du mardi 5 au vendredi 8 juillet, de 10 à 16 H.

 

"Les collections permanentes du Musée et l’exposition temporaire "Dieux, Génies, Démons en Égypte ancienne" seront notre source d’inspiration. Objectif de la semaine : réaliser un livre de l’illustration à la reliure…

Pour en illustrer les pages, nous utiliserons du Coca, des gommes, de l’huile, de l’encre de Chine, du brou de noix… de la colle et des ciseaux.

Livre unique réalisé par des artistes en herbe !"

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

3.     "Dieux, Génies et Démons, c’est qui ? c’est quoi ?"

Pour les enfants de 6 à 12 ans : du mardi 12 au vendredi 15 juillet, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Partons à la découverte de l’univers des mythes, des dieux, des génies et des démons égyptiens. Parfois intimidants, parfois intimes, souvent étranges et complexes, les divinités égyptiennes n’ont cessé de fasciner l’homme, et ce, depuis l’Antiquité. Mais après tout, qu’est-ce qu’un dieu ? Et pourquoi choisir de représenter des divinités aussi étranges, tantôt humaines, tantôt animales ou hybrides ?"

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

 

 

 

4.     "Héros un jour, héros toujours".

 

Pour les enfants de 6 à 12 ans : du mardi 23 au vendredi 26 août, de 10 à 16 H.

 

Photo de Musée royal de Mariemont.

 

"Des héros, il y en a dans toutes les civilisations. Qui étaient les héros d’hier ? Qui sont-ils de nos jours ? Sont-ils toujours considérés comme « super » ? Quels sont leurs pouvoirs ? Entre mythologie et comics, nous découvrirons des récits racontant leurs exploits."

 

PAF : 60 € pour les quatre jours 
 

Inscription obligatoire !

Infos : sp@musee-mariemont.be ou 064 27 37 84

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     Voilà ce que vous pourrez trouver, amis visiteurs, concernant toutes les activités soumises au bon vouloir de vos enfants et/ou petits-enfants par l'équipe pédagogique du Musée, en relation avec les expositions égyptologiques ; renseignements que j'ai tout simplement pour vous recopiés de la page Facebook de l'Institution.

 

    J'y ajouterai toutefois une dernière proposition qui se déroulera, pour les familles, les premiers dimanches des cinq mois à venir, intitulée :  "Vers l'infini et l'au-delààààà"

 

     Il s'agira, de 14, 30 H. à 16 H., les 3 juillet, 7 août, 4 septembre, 2 octobre et 6 novembre, pour une participation de 2 € par personne, - enfants à partir de 5 ans, compris -, de prolonger la visite des deux expositions par un "atelier pour super-héros aux super-pouvoirs" ...

 

 

     Reconnaissez, amis visiteurs, qu'à la différence d'ÉgyptoMusée, Mariemont pour sa part, ne vous "abandonne" pas pendant les vacances d'été !

 

     Bonne visite, bon stage à ceux qui parmi vous décideront de passer cette année par le Musée royal de Mariemont et, quoi que vous en fassiez,

 

EXCELLENTES VACANCES

 

à toutes et à tous

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  • : Visite, au Musée du Louvre, au fil des semaines, salle par salle, du Département des Antiquités égyptiennes.Mais aussi articles concernant l'égyptologie en Belgique.Mais aussi la littérature égyptienne antique.Et enfin certains de mes coups de coeur à découvrir dans la rubrique "RichArt" ...
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