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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 23:00

     Les documents égyptiens ne prétendent pas rendre compte du déroulement linéaire des rituels mais opèrent, au sein de la complexité des gestes, des choix et des prétéritions selon des présupposés dont le sens nous échappe le plus souvent.   

 


 

Marie-Ange BONHÊME et Annie FORGEAU

 Pharaon - Les secrets du pouvoir

 

Paris, Armand Colin, 1988, p 291

 


 

     Sur le dessin du relief d'Apriès que je vous ai donné à voir la semaine dernière, amis visiteurs, vous aurez remarqué, à l'extrême droite, la présence d'un héron installé sur un perchoir : DjebaoutyCelui de Bouto, annoncent les hiéroglyphes qui le surmontent.

 

     Sur un linteau du temple de Montou érigé par Sésostris III, à Médamoud, exposé au Musée du Caire, et dont une photo en noir et blanc a été publiée sur le forum espagnol Egiptomaniacos,

 

 

Linteau-Sesostris-III---Heb-sed.jpg 

 

le même échassier trônant dans le coin supérieur droit situe inévitablement la scène en ce même lieu, c'est-à-dire la ville de Bouto, à l'ouest du Delta du Nil, connue, rappelez-vous, pour avoir été le centre d'inhumation des premiers rois de Basse-Égypte et, surtout (?), pour avoir entretenu une imposante palmeraie.

 

     Associés à la régénération des défunts, les palmiers-dattiers, si j'en crois une passionnante étude de l'égyptologue français Frédéric Servajeanparticiperaient également d'une autre symbolique : celle de la revigoration du pouvoir royal, dont le rituel le plus important reste intimement lié avec ce que les Égyptiens nommaient le Heb-Sed et que les égyptologues ont traduit par Fête-Sed ; cérémonie précisément évoquée sur le relief de Medamoud ci-dessus. 

 

     Fête jubilaire de grande importance, - ainsi, vraisemblablement, sa toute première représentation figure sur la célèbre tête de massue, dite du roi Narmer (Ière dynastie), exposée à l'Ashmolean Museum d'Oxford (Grande-Bretagne) -, 

   

 

 Narmer-Macehead.jpg

© Ce site.      

 

 

elle perdura dans l'Égypte pharaonique depuis l'aube des temps historiques jusqu'à pratiquement la fin de la civilisation autochtone.

 

     Pour une visualisation plus appropriée de la gravure, examinons, voulez-vous, le dessin proposé par ce site

 

 

 Narmer---Macehead--Dessin-.jpg

 

 

    Considérez, quasiment au centre du tableau, un souverain couronné de la coiffe de Basse-Égypte et dont le nom, Narmer, est inscrit dans le serekh, au-dessus à gauche du dais sous lequel il est assis. Le manteau qu'il porte, court, blanc, couvrant le corps jusqu'aux genoux, constitue le vêtement traditionnel requis pour la plus grande partie du rituel.

 

     Cette mise en scène si souvent représentée sur les parois des monuments royaux, - qu'elle fût fictive ou réelle -, n'avait d'autre signification que d'assurer le triomphe du monarque sur la décrépitude due à l'âge et, in fine, sur sa propre mort ; elle se devait de lui rendre, aux yeux des dieux mais aussi des hommes, ses capacités de gouvernant après l'extinction d'un cycle de règne. Ou, différemment exprimé, permettre sa "renaissance".

 

 

     Sur la célèbre Pierre de Rosette apparaît un des cinq noms de la titulature de Ptolémée V : "Maître des fêtes-sed comme Ptah-Tatenen, possesseur d'une durée trentenaire".

 

     Cette mention de trente années de règne que vous croisez fréquemment dans la littérature égyptologique constitue en fait une formulation stéréotypée dans la mesure où les conditions de vie des Égyptiens de l'Antiquité, - quels qu’ils fussent d’ailleurs -, ne permettaient guère d'atteindre semblable longévité.

 

     Quant à ceux qui bénéficièrent d'une certaine durée de vie, ils en célébrèrent plusieurs : je pense aux 38 années de pouvoir d'Amenhotep III et à ses 3 fêtes jubilaires ; je pense aussi à Ramsès II qui, doté d'une exceptionnelle santé, s'en offrit 14, probablement parce que les années s'accumulant, la majesté de son règne ne pouvait se perpétuer qu'en organisant des rituels de plus en plus rapprochés les uns par rapport aux autres.

 

     Au prix des festivités, fallait-il être "grand seigneur" ! Car si je me réfère aux données fournies sur la tête de massue de Narmer que j'évoquai tout à l'heure, 1 422 000 chèvres et 400 000 bovidés auraient été abattus pour la circonstance ; et 120 000  hommes auraient été requis pour la préparation de ces fêtes.

     Quant à Niouserrê, roi de la Vème dynastie, un texte gravé dans son temple évalue à 100 600 les repas qu'il fit distribuer au cours de son jubilé ... fictif.

 

     Évergétisme de bon aloi que pratiqueront bien plus tard les notables grecs ...  

 

     Vous aurez en outre évidemment compris, amis visiteurs, qu'il ne vous faut pas accréditer, qu'il ne vous faut pas prendre toutes ces informations au pied de la lettre ... ou plutôt du chiffre ! L'exagération doit être mesurée à l'aune de l'idéologie : elle est en réalité l'expression des moyens substantiels mis en oeuvre par le pouvoir royal aux fins de dignement célébrer avec le peuple la régénération du souverain ... pour autant que fête-sed il y eut concrètement !

 

     Ceci posé, pourquoi, serez-vous en droit de me demander, cette association dans mon chef entre fête-sed et palmiers ?  

 

     Simplement parce que les deux sont impliqués dans la revigoration du pouvoir royal : les cérémonies de la fête-sed visent à réactualiser la puissance sacrée du monarque et le terme pour désigner les nervures des palmes des dattiers, - leur rachis -, s'écrivait rnp (prononcez : rénep), sans oublier, rappelez-vous, qu'à partir de ce radical dérivèrent des substantifs ayant peu ou prou une connotation relative à la jeunesse, au renouveau. Ce renouveau, ce regain de vitalité, c'est précisément ce dont espéraient jouir à jamais les souverains d'Égypte, grâce à la célébration, réelle ou fictive, des cérémonies de la fête-sed

 

     Nonobstant, une autre interrogation sourd directement de mes propos du jour. Vous aurez peut-être remarqué qu'il n'y a eu aucune présence de palmiers dans l'iconographie que je vous ai proposée, alors que sur le dessin du relief d'Apriès de mardi dernier, où comme sur celui de Sésostris III ci-avant allusion était faite à la ville de Bouto,

 

 

Relief d'Apriès

 

 

ces arborescences étaient bien figurées.

     

     Dès lors, la question s'impose d'elle-même : pour quelle raison est-ce seulement à partir de la XXVIème dynastie qu'apparaissent sur les reliefs de monuments royaux des palmiers de Bouto associés à la symbolique de la fête-sed ?

 

     Frédéric Servajean, que je citai tout à l'heure, met en parallèle l'association palmiers/fêtes-sed et les aléas récurrents des monarques de Basse-Égypte qui, au terme de la Troisième Période Intermédiaire (T.P.I.), décanillent et vont se réfugier dans le biotope palustre du Delta aux fins de puiser, en ce milieu végétal et animal où abonde la vie, les forces bienvenues pour reconquérir, pour régénérer leur pouvoir un temps aux mains des peuples Koushites.

 

     Reconquête, régénération, revigoration, renouveau, rajeunissement : ne sont-ce pas là les maîtres mots qu'autorisent tout à la fois les palmiers-dattiers qui se renouvellent  grâce à la présence de quelques pieds mâles pollinisant artificiellement un certain nombre de pieds femelles du même environnement, et la fête-sed qui permet le renouvellement, la revitalisation de la personne royale ?

 

     C.Q.F.D., non ?        

 

 


     Au terme de cette intervention que j'avais préparée avant de prendre, le 11 octobre dernier, le Thalys pour Lille en vue d'assister, le lendemain, à une journée d'étude dédiée à Sésostris III,

 

 

Exposition-Sesostris-III---Lille.jpg

 

 

pharaon de la XIIème dynastie qui trône actuellement au centre d'une remarquable exposition que j'ai parcourue avec notamment quelques-uns de mes amis membres du Forum d'égyptologie auquel je fais souvent ici allusion, et cela, en intéressantes prémices aux interventions que nous présentèrent l'après-midi quatre égyptologues patentés, je voudrais, alors que je ne serai point rentré au pays au moment où vous lirez ces propos, dans la mesure où j'aurai profité de cette escapade lilloise pour passer une journée entière au Louvre-Lens,raisons pour lesquelles certains de vos commentaires n'auront pas encore reçu de réponse de ma part -, vous souhaiter, amis visiteurs, puisque dans quelques jours débute le congé de Toussaint, une belle fête d'Halloween - qui n'est pas jubilaire celle-là, mais bien jubilatoire, à tout le moins pour nos petits-enfants -, et une excellente semaine de vacances.


     Permettez-moi d'ores et déjà de vous convier à venir me retrouver ici, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, le mardi 4 novembre prochain.  

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

BAUM Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne. La liste de la tombe thébaine d'Inéni (n° 81)Louvain, Peeters, 1998.

 

 

 

BONHÊME Marie-Ange/FORGEAU Annie

 Pharaon - Les secrets du pouvoirParis, Armand Colin, 1988, pp. 302-3.

 

 

 

 

SERVAJEAN Frédéric

Enquête sur la palmeraie de Bouto (II). La légende de Psammétique, dans ERUV II, Orientalia Monspeliensia XI, Université Paul-Valéry, Montpellier III, 2001, pp. 3-16. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 23:00

 

     L'arbre, au sommet de la hiérarchie botanique, évoque l'immensité céleste, ses feuilles les étoiles et les constellations, et sa ramure le corps d'un être animé. Il est susceptible de recéler de nombreuses images symboliques et poétiques. Tendant sa ramure vers l'empyrée, il demeure l'expression d'une déité figée que l'on considère avec respect, sans doute parce que son existence dépasse la durée de la vie humaine.

 

 

 

 

Sydney H. AUFRERE

Du marais primordial de l'Égypte des origines au jardin médicinal.

Traditions magico-religieuses et survivances médiévales

 

dans ERUV I,

Orientalia Monspeliensia X,

Université Paul-Valéry, Montpellier III, 1999,

p. 15

 

 

 

 

      Cette consubstantialité d'un végétal quel qu'il soit avec une divinité à laquelle l'exergue de l'égyptologue français Sydney H. Aufrère fait ce matin allusion, je vous l'ai déjà fait remarquer, amis visiteurs, depuis qu'ici, devant la vitrine 6, côté Seine, de cette salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre nous évoquons soit un légume, soit un fruit exposés sur l'étagère de gauche.


 Étagère ''Fruits et légumes'' Vitrine 6 (Côté Seine) (

 

 

     Acteurs à part entière de la vie religieuse, l'arbre, l'arbuste ou une arborescence telle que le palmier-dattier se devaient, je l'ai également souligné, d'être associés au monde funéraire : ainsi, parce que les Égyptiens concédaient à la palme une notion de durée, les fouilleurs ont moult fois retrouvé l'une d'elles posée sur un sarcophage ; ou à même la poitrine d'une momie ; voire glissée parmi les offrandes ...


     J'ajouterai en outre, sans toutefois entrer dans une digression sémantique de longue haleine, que son rachis, - comprenez : sa nervure médiane -, s'écrivait rnp (prononcez : rénep) et qu'à partir de ce radical dérivèrent des substantifs ayant peu ou prou une connotation relative à la jeunesse, au renouveau. Je ne prendrai comme seul exemple que le terme "rnpt" (année) que vous avez déjà rencontré gravé dans la formule "nefer rénepet" (bonne année) ornant les faces lenticulaires de ce qu'il est convenu d'appeler les gourdes de Nouvel An que s'offraient fréquemment les Égyptiens lors de l'arrivée de la crue bienfaitrice, un peu après la mi-juillet.

 

          Si, comme je vous l'ai déjà expliqué, nombre de tombes de fonctionnaires royaux, à partir du Nouvel Empire, développèrent au sein de leur programme iconographique le thème du jardin dans lequel les palmiers ombraient souvent un bassin, d'autres, notamment sur des stèles de la Troisième Période Intermédiaire, lui offrirent l'opportunité de symboliser la nécropole thébaine.

 

     Il fut également considéré comme l'arbre sacré de plusieurs cités du pays dont une, Bouto, située à l'ouest du Delta, capitale du sixième nome de Basse-Égypte, constituée de deux quartiers qui se font face, - Pê et Dep -, est connue dès la plus haute antiquité pour avoir été la place d'inhumation choisie par les plus anciens rois du pays. 

 

     Pour quelle raison, m'objecterez-vous peut-être, évoquer, hic et nunc, ce haut lieu de culte primitif ?


     Dans la mémoire collective, cette localité fut en réalité synonyme de palmeraie. En effet, les représentations peintes ou gravées mises au jour montrent, suivant les époques, soit une rangée de palmiers-dattiers, soit seulement trois - ce chiffre constituant la notation du pluriel dans l'écriture égyptienne, je le rappelle au passage ! -, en alternance avec des chapelles, le tout proche d'un canal sinueux : ainsi, sur une tablette en ivoire du roi Djer, de la Ière dynastie, à la fin du IVème millénaire, retrouvée en Abydos et détenue par le Musée de Berlin ; mais aussi, à la XXVIème dynastie, quelque 2500 ans plus tard, au milieu du Ier siècle avant notre ère, ce relief sur un des pylônes du palais d'Apriès, à Memphis, levé par l'égyptologue anglais W.M. Flinders Petrie (1863-1942) et publié à la planche VI de The Palace of Apries (Memphis II), ouvrage librement téléchargeable sur le Net.

     Raison pour laquelle je me suis autorisé à en prendre pour vous ce cliché.

 

 

Relief-d-Apries.jpg

 

 

     Sur la droite, vous distinguez deux rangées de trois palmiers d'égale hauteur, plantés de part et d'autre du canal sinueux et encadrant chacun une chapelle typique de Basse-Égypte, censée abriter le Ka des défunts, leur force vitale. Et à l'extrême droite, trônant sur un perchoir, un héron, Djebaouty, Celui de Bouto, précisent les quelques hiéroglyphes qui le surmontent, plaçant la scène dans un contexte géographique bien défini.   

 

     Peu me chaut en définitive qu'elle représente, selon les uns un pèlerinage à Bouto, selon les autres des funérailles itinérantes susceptibles de s'y dérouler. Il convient aux égyptologues de trancher ce noeud gordien !

     Peu me chaut également que l'historien grec Hérodote, au Vème siècle avant notre ère, associe cette palmeraie à un culte dédié à Apollon. Il  convient aux prêtres de se prononcer entre le dieu grec et l'Horus égyptien  !

     Ce qui, en revanche, me semble bien plus important, amis visiteurs, c'est que vous compreniez l'intrication des différents symboles que la palmeraie de cette prestigieuse ville sainte véhicula.

 

     Dès l'Ancien Empire, les Textes des Pyramides indiquaient déjà que les palmiers-dattiers subvenaient à l'alimentation des défunts. De ce corpus funéraire sourd également le crédit acquis par le voyage du mort vers l'Est, aidé qu'il était dans son ascension céleste par les "âmes de Pé", les "Dames de Pé".

     Plus tard, essentiellement au Moyen Empire, les Textes des Sarcophages ajouteront une dimension cosmique nouvelle : c'est dans les dattiers qu'apparaîtrait l'oeil de Rê-Atoum, c'est des dattiers qu'il serait issu !

     Enfin, dans les Livres pour sortir au jour du Nouvel Empire, si nous avons vu la semaine dernière grâce à la vignette 58 de celui d'Ani qu'ils s'abreuvaient, son épouse et lui, à un point d'eau au pied d'un palmier, il vous faut savoir que le texte se poursuivait en indiquant que la symbolique de l'arbre permettait de considérer que le couple bénéficierait également de pain, de bière, de lait et de viande.

     

     Ce concept de renouveau, de nouvel an que j'évoquais tout à l'heure grâce aux gourdes remplies de la nouvelle eau du Nil, englobe en réalité tous les cycles, celui de la crue bien évidemment, mais aussi celui de la création, celui du soleil et celui de la régénération des trépassés.

 

     Il ne fut donc pas anormal que, grâce à sa palmeraie, Bouto figurât le tertre primordial, d'où naîtrait la civilisation, d'où renaîtraient les rois morts, - et plus tard, tout défunt quel qu'il soit -, et où tous trouveraient de quoi survivre pour l'éternité puisque, - comme je vous l'ai déjà précédemment signalé en insistant sur la symbolique inhérente aux dattiers -, leur présence offrait l'assurance de bénéficier d'eau, de nourriture et d'air rafraichissant ...

 

     Et il ne fut pas plus anormal que le texte du Papyrus Jumilhac magistralement étudié par l'égyptologue français Jacques Vandier mentionnât, à propos du palmier-dattier, qu'il fut une hypostase d'Isis.

 

     Rappelez-vous, dans une intervention intitulée Les choses secrètes d'Abydos, je vous avais narré quelques détails du récit mythique d'Isis et Osiris et notamment comment, après sa recomposition effectuée par son épouse, le corps du dieu dépecé par son frère Seth avait "repris vie" au point de procréer, permettant ainsi à Isis de mettre au monde, dans des marais proches de Bouto, le petit Horus : c'est en effet sous l'aspect d'une oiselle battant des ailes au-dessus du phallus d'Osiris qu'elle avait pu lui rendre le souffle vital lui permettant d'être fécondée.

 

Abydos - Fécondation d'Isis (Photo Tifet)

(Temple de Séthi Ier, en Abydos - © Tifet, que je remercie à nouveau de m'avoir offert ce cliché en décembre 2011, déjà.)

 

 

     Concevez, amis visiteurs, que cette faculté que les croyances religieuses accordèrent à ce couple divin, elles le dispensèrent également au palmier, en tant qu'hypostase de la déesse. 

     De sorte que, mutatis mutandis, c'est grâce aux dattes, considérées, ainsi que je vous l'ai expliqué le 30 septembre dernier, comme étant les lymphes du dieu sacrifié par son frère, que s'effectuera la résurrection des morts, appelés à devenir chacun un nouvel Osiris.      

 

     Et voilà comment, au sein de la symbolique funéraire, les palmiers de Bouto, puis les palmiers-dattiers en général, furent associés à la régénération post-mortem de tout Égyptien qui était censé avoir effectué un voyage, - un pèlerinage, affirment certains égyptologues -, vers cette ville où aux temps les plus anciens, les premiers rois du pays se firent inhumer.

 

     En offrant des dattes au dieu, en lui rendant ses humeurs, Isis, - puis plus tard les souverains dans certaines scènes d'oblation gravées sur les parois des temples -, lui rendaient son intégrité physique : ainsi reconstitué, le dieu pouvait-il permettre la décrue ; partant, la réapparition chaque année de la végétation ; partant, la régénérescence souhaitée par tout défunt.

  

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

BAUM Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne. La liste de la tombe thébaine d'Inéni (n° 81), Louvain, Peeters, 1998, p. 102. 

 


SERVAJEAN Frédéric

Enquête sur la palmeraie de Bouto (I). Les lymphes d'Osiris et la résurrection végétale, dans ERUV I, Orientalia Monspeliensia X, Université Paul-Valéry, Montpellier III, 1999, pp. 227-47. 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 23:00

 

           On a beau dire ce qu'on voit, ce qu'on voit ne loge jamais dans ce qu'on dit, et on a beau faire voir, par des images, des métaphores, des comparaisons ce qu'on est en train de dire, le lieu où elles resplendissent n'est pas celui que déploient les yeux, mais celui que définissent les successions de la syntaxe.

 

 

Michel  FOUCAULT

Les mots et les choses

 

Paris, Gallimard,

 p. 25 de mon édition de 1966.

 

 

 

 

 

 

     La place prépondérante qu'occupe le monde végétal dans la vie des Égyptiens n'est, à mon sens, plus à démontrer, dans la réalité des faits quotidiens au même titre que dans la symbolique religieuse et funéraire.

     Aussi n'est-il nullement immodeste de ma part de penser que tous ces rendez-vous que je vous ai fixés, amis visiteurs, depuis de nombreux mois maintenant, aux fins de détailler les pièces exposées dans la vitrine 6, côté Seine, ici en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre, vous l'auront abondamment prouvé ; et vous le prouveront encore.

 

     Sauf à penser que la citation du philosophe français Michel Foucault que j'ai retenue pour vous ce matin freinerait mes envies d'expliquer, voire rendrait inopportuns mes propos, il me siérait d'évoquer avec vous une des composantes essentielles de l'art architectural de la vieille Égypte. 

 

     Ceux parmi vous qui s'y sont déjà rendus, ou que des visites de musées ne rebutent pas, auront évidemment constaté combien les motifs végétaux s'arrogent une part plus que belle dans le programme iconographique des chapelles et des temples, et peut-être plus spécifiquement encore pour ce qui concerne les chapiteaux des colonnes qui, à l'image des plantes elles-mêmes, s'élèvent majestueusement vers le ciel, couronnées qu'elles sont de détails floraux qui ne se résument pas qu'à de simples ornements.

 

      J'ouvre ici une petite parenthèse pour préciser qu'il n'est nullement dans mes intentions de prodiguer un cours complet d'architecture qui répertorierait tous les styles de supports verticaux connus à l'époque mais qu'en fonction de la thématique qui sous-tend nos rencontres actuelles, je n'envisagerai que ceux d'entre eux qui ont transposé dans la pierre l'un ou l'autre élément floral de l'environnement naturel.

 

     Une attention peut-être plus soutenue vous aura aussi permis de constater que ces colonnes, créées dès les temps premiers de la civilisation, ont évolué tout au long des siècles qu'elles ont traversés, jusqu'à ce que les Grecs, puis les Romains à leur suite, y apportent des détails nouveaux, quand ce n'était pas une conception tout à fait originale : je pense par exemple au chapiteau qu'il est convenu, dans le vocabulaire scientifique, d'appeler "composite", dénomination évocatrice définissant un type bien précis, à l'éventail diversifié, faisant droit à maints détails entremêlés : ombelles, folioles, palmettes, sépales, tiges, boutons de fleurs ... ;

 

 

Chapiteaux-composites---Temple-d-Horus--a-Edfou--c-Daniel.JPG

 

chapiteau qui apparut à la XXVIIème dynastie, soit à la fin de l'Égypte autonome puisque débutait alors la première domination des Perses sur le pays, se développa typologiquement et stylistiquement pendant toute la période ptolémaïque, avant de définitivement s'étioler et disparaître du côté d'Alexandrie, au IIème siècle de notre ère.

 

     Vous aurez probablement reconnu ci-dessus ceux qui chapeautent trois des colonnes du temple d'Horus, à Edfou. (© Daniel Csorfoly)

 

     Mais avant cette typologie particulière qui ne dura que quelque 650 ans, que créèrent les artistes des rives du Nil pour supporter leurs couvrements, y associant l'un ou l'autre végétal ?

 

     Si vous vous rendez au temple de millions d'années de Séthi Ier, pharaon de la XIXème dynastie, à Cheik abd el-Gournah (Thèbes-ouest),

 

 

Portique-du-temple-de-millions-d-annees-de-Sethi-Ier--Ala.jpg

 

 

vous ne vous priverez pas d'admirer ce qui subsiste de son portique d'entrée et des colonnes surmontées d'un chapiteau papyriforme, c'est-à-dire figurant un bouquet de papyrus. Si les plantes sont ici sculptées refermées sur elles-mêmes, elles peuvent parfois être ouvertes.

     C'est ce que vous découvrirez si, un peu plus loin, vous pénétrez dans la salle hypostyle du Ramesseum, temple de millions d'années de Ramsès II, fils et successeur de Séthi Ier   

 

 

Chapiteau-campaniforme--Salle-hypostyle-Ramesseum---Alain-.JPG

 

 

où vous attendent de superbes chapiteaux campaniformes (ou ombelliformes) : non seulement l'artiste leur a donné l'aspect d'une ombelle de papyrus grandement éployée mais en outre ils présentent, sur le pourtour de cette sorte de cloche inversée, - la campane -, ces mêmes végétaux peints encadrant les cartouches qui précisent l'identité du souverain bâtisseur. 

 

 

     Vous n'êtes pas sans ignorer, amis visiteurs, que le papyrus constituait l'emblème héraldique de la Basse-Égypte, cette portion du Double Pays essentiellement caractérisée par le Delta dans les marais duquel, précisément, en abondance croissaient ses fourrés.

 

     Cette végétation luxuriante, vous le comprendrez aisément, ne constitua pas qu'un simple élément esthétique de l'art antique : c'est parce qu'elle était porteuse d'une forte symbolique que la plante y figura, des grands sanctuaires aux hypogées de simples particuliers : souvenez-vous de cette portion de peinture murale ramenée par le Nantais Frédéric Cailliaud devant la beauté de laquelle nous nous étions un temps extasiés le 23 mars 2010vitrine 2 de cette même salle.


 E 13 101

(© R.M.N - H. Lewandowski)

 

     Dans la mythologie liée à la création du monde, les marécages métaphorisaient l'image sublimée des origines, le Noun, cette eau préexistante grosse de toutes les formes de vie futures. À partir de cette masse liquide primordiale et inorganisée purent sourdre tous les éléments de la création, en ce compris le démiurge.

     La civilisation pouvait naître !

 

     Si le papyrus symbolisa donc la Basse-Égypte, c'est à la fleur de lotus que revint l'honneur de représenter la Haute-Égypte, le sud du pays.

 

     Dans cette perspective, les artistes ne se privèrent évidemment pas de la mémoriser dans la pierre sous forme de bouquet : naquit ainsi une autre typologie de chapiteau que les égyptologues tout naturellement nommèrent lotiforme. Et là aussi, les colonnes arborèrent en leur sommet les unes des corolles fermées, les autres, bellement épanouies, comme ici, à Edfou toujours, avec ce magnifique exemplaire qui a lui aussi partiellement conservé sa polychromie.   

    

Chapiteau-lotiforme---Temple-d-Horus--a-Edfou.jpg
(© Wikipedia)
 
 
     Si au sein de la thématique qui est nôtre depuis quelques mois, j'ai pour vous tenu à rappeler trois des plus grands types de chapiteaux à motifs végétaux que les immenses artistes égyptiens ont façonnés, c'est évidemment parce que j'avais l'intention, en rapport direct avec les plus récents de nos rendez-vous, d'évoquer le palmier-dattier.
 
     Lui aussi, dès l'Ancien Empire déjà, il eut l'heur d'être magnifié : ainsi, en Abousir, dans le complexe funéraire de Sahouré, pharaon de la Vème dynastie, ces deux colonnes auxquelles, par anastylose, les égyptologues ont rendu un magnifique prestige.       
 
   
 
01.JPG
 
 
     Lui aussi participa, - fallut-il qu'il fût précieux à leurs yeux !  -, à l'iconographie des végétaux destinés à caractériser le double Pays. Ainsi, au temple d'Edfou, encore et toujours, vous rencontrerez, gravée sur la face externe du mur d'enceinte, une scène dans laquelle le souverain Ptolémée offre sur un plateau à Horus la Basse et la Haute-Égypte qui, vous venez de le constater, sont donc métaphoriquement illustrées, la première, par un fourré de papyrus et la seconde, par un de lotus : or là, le lapicide a "revisité" le choix des végétaux dans la mesure où il a remplacé le bouquet de lotus attendu par une théorie de palmiers de deux hauteurs distinctes d'où pend, de part et d'autre de chacun des stipes, une abondante grappe de dattes.
 
     Bel exemple de papyrus et de palmiers-dattiers symboliquement associés dans la pierre pour figurer, l'union de la Vallée et du Delta, l'union des Deux Terres ...
 
     Je dois malheureusement bien vous avouer que je ne suis pas à même  de vous dévoiler cette scène, amis visiteurs, bien que j'aie remué ciel et terre, entendez : le Forum d'égyptologie que je fréquente et les personnes qui me suivent sur Facebook où j'ai inscrit mon blog depuis le 26 septembre dernier. Nul n'en dispose dans ses archives.
     Nonobstant, avec une immense gentillesse, deux lectrices qui ont programmé un séjour en Égypte dans le courant de ce mois ou du suivant m'assurent qu'elles mettront tout en oeuvre pour photographier puis m'offrir ce tableau particulier. D'ores et déjà, grand merci à elles !
 
     Aurez-vous comme moi la patience d'attendre quelques semaines avant de découvrir cette scène d'offrande d'Edfou ? Je l'espère ! Quoi qu'il en soit, dès réception, je vous avertirai que je l'ai introduite dans le corpus iconographique d'aujourd'hui.   
 
 
     J'ai, vous l'aurez parfaitement compris, tenu ce matin à évoquer la symbolique qu'attribuaient les Égyptiens à leurs dattiers. Mais une infime partie, seulement ; et, soyez-en conscients, la plus simplissime.
 
     En revanche, si vous êtes prêts à gravir à mon amble le chemin ardu des croyances phyto-religieuses égyptiennes sur lequel j'escompte vous emmener mardi 14 octobre prochain, 
 
 
Chemin-vers-tombe-de-Rekhmire---c-CatSay.JPG
(© CatSay)
 
j'aborderai avec vous le concept de régénération des défunts pénétrant dans les champs osiriens, et par la suite, celui de revigoration d'un pouvoir royal défaillant.
 
     À mardi ?
 
 
     (Mes remerciements les plus appuyés à Madame Catherine Sayous, ainsi qu'à mes amis du Forum, Alain Guillleux et Franck Monnier, - dont je me réjouis, dans deux semaines, de faire la connaissance à la Journée d'étude dédiée à Sésostris III, en marge de la prestigieuse exposition qui s'ouvre au Palais des Beaux-Arts de Lille -, pour m'avoir tous trois permis d'étayer les propos de la présente intervention avec leurs photos personnelles.) 
 
     
ADDENDA  (Avril 2015)
 
 
     Extraordinaire cadeau offert à ÉgyptoMusée par Madame Sara Marielle Villermet, une de mes lectrices sur Facebook, et un guide de ses connaissances, Mosallam Gad : je viens de recevoir plusieurs clichés de la scène tant souhaitée de l'offrande à laquelle, ci-avant, je faisais allusion.
 
     Les voici, pour vous, amis visiteurs.
 
     Immense merci à Sara et à Mosallam.
 
 
SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 21. DE LA SYMBOLIQUE DU PALMIER-DATTIER AU SEIN DE L'ARCHITECTURE ÉGYPTIENNE .....
SALLE 5 - VITRINE 6, CÔTÉ SEINE : 21. DE LA SYMBOLIQUE DU PALMIER-DATTIER AU SEIN DE L'ARCHITECTURE ÉGYPTIENNE .....

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, p. 242. 

 

CAUVILLE  Sylvie  

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Louvain-Paris-Walpole, MA, Peeters, 2011, p. 102.

 

HANEBORG-LÜHR  Maureen  

Les chapiteaux composites. Etude typologique, stylistique et statistique, dans OBSOMER Claude et OOSTHOEK Ann-Laure, (Éd.), Amosiadès. Mélanges offerts au Professeur Claude Vandersleyen par ses anciens étudiants, Louvain-la-Neuve, 1992, pp. 125-52.

 

MONNIER  Franck  

Vocabulaire d'architecture égyptienne, Bruxelles, Editions Safran, 2013, pp. 97-108.

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 23:00

     "Ô ces taureaux d'Atoum, rendez Téti vigoureux, consolidez Téti plus que la couronne qui est sur lui, plus que le flot qui est au-dessus de son genou, plus que les dattes qui sont dans sa poigne !"

 

 


 

Textes des Pyramides

§ 701, a-c

 

dans Claude  CARRIER

Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne

Tome I : Textes des pyramides d'Ounas et de Téti


Paris, Cybele, 2009,

pp. 348-51

 

 

 

     J'espère très sincèrement, amis visiteurs, que l'immixtion, - bien agréable au demeurant -, de ce fruit du palmier sur mon blog, la semaine dernière, - intervention qui fera date, assurément !, à l'instar de celle du brasseur, le 3 décembre 2014, souvenez-vous -, n'aura pas trop perturbé vos habitudes de lecture.

Mieux : qu'elle vous aura ravis.

 

     Personnellement, elle me rappela, avec bonheur, l'excellence de certaines jeunes stagiaires en Histoire que j'eus l'heur de recevoir à mes cours, voici quelques années, - quelques lustres, à vrai dire ! -, auxquelles j'imposais une seule contrainte se résumant en une courte injonction : "Étonnez-moi !"

     Que ceux parmi vous qui pourraient mal interpréter mes propos s'attendent à ce que je leur jette la première bière, - du brasseur qu'à l'instant j'évoquai -, car je soulignais simplement par là, les autres l'auront certainement compris, la méthode d'approche de leur enseignement ... et non les faits historiques qu'elles avaient à développer, dont chaque détail ne devait, c'est bien le moindre, être entaché d'aucune inexactitude.


     Quoi qu'il en soit, il est reposant, parfois, de laisser ainsi s'exprimer d'autres intervenants, fût-ce, mardi dernier, dans un esprit de récrimination, et d'ainsi profiter de l'opportunité offerte de savourer ces belles journées lumineuses dont nous gratifia le mitan du mois de septembre, nettement plus clément que celui d'août, et pendant lesquelles il me fut plaisir de préparer au soleil recouvré des entretiens à venir, ici, en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

     Et notamment celui-ci aux fins d'évoquer la symbolique dont les dattes, à l'instar de celles (E 9316 et E 9317), exposées devant vous, sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine, sont empreintes.


 

      E-9316---Modele-de-datte-en-bois.jpgE-9317---Modele-de-datte-en-bois.jpg

 

      (Clichés Louvre - © Ch. Décamps)

 

 

     En effet, parce que ces pièces de quelque 5,30 centimètres de long et 2,20 de large sont en réalité des modèles réalisés en bois peint et mis au jour dans des tombes de Gournah, il est évident qu'elles firent partie du trousseau souhaité par l'un ou l'autre fonctionnaire de cour pour sa maison d'éternité, - j'indique au passage que, dès la IIème dynastie, déjà, elles figuraient dans leur liste d'offrandes -, et que, dès lors, elles sont porteuses de diverses connotations, tant religieuses que funéraires, ainsi que nous l'apprennent et les Textes des Pyramides de l'Ancien Empire et les Textes des Sarcophages, du Moyen Empire ; les deux corpus notant qu'avec elles, le palmier-dattier pourvoyait, entre autres, à l'alimentation des défunts, indépendamment du fait, - et cela, je vous l'ai déjà signalé -, qu'un troisième ensemble de textes, le Livre pour sortit au jour, - qu'erronément l'on nomme encore trop souvent Livre des Morts -, propose, accompagnant les chapitres 57 à 62 destinés à procurer de l'air et de l'eau aux trépassés, des vignettes qui font état de ces autres ressources que permet la présence de cet arbre providentiel.

 

     Ainsi celle du chapitre 58 du Papyrus d'Ani détenu par le British Museum (BM  EA  10470), à l'extrême gauche du cliché ci-dessous, provenant de la remarquable étude qu'a publiée l'égyptologue belge René Preys sur le site Egyptologica 

 

 

Papyrus-d-Ani--R.-Preys----BM-10470---Planche-XVI-copie-1.jpg

 

 

qui nous donne à voir Ani et son épouse se désaltérant à même un point d'eau bordé notamment d'un palmier-dattier, illustrant ainsi parfaitement la formule qui insiste sur sa brise qui peut être respirée par les défunts et sur l'eau dont ils disposent à volonté dans la nécropole.

 

     L'air, l'eau et les dattes : éléments indispensables non seulement pour les vivants, nous l'avons vu, mais également pour les morts, qu'ils soient des particuliers, comme Ani, - raison pour laquelle, au Nouvel Empire, figure souvent dans les tombes privées thébaines et memphites, une représentation de cueillette de ces fruits destinés à être servis lors du traditionnel repas funéraire -, ou des souverains, comme Téti, le premier de la Vème dynastie : c'est dans ce sens qu'il vous faut comprendre le passage gravé sur la paroi est de l'antichambre de sa pyramide que j'ai choisi ce matin en guise d'exergue.

    

     Aux derniers siècles du Ier millénaire avant notre ère, à différents endroits de temples ptolémaïques, fut gravée une scène de conception totalement nouvelle, tant par le sujet traité que par les textes qui l'accompagnent : des rois "égyptianisés", - le Grec Ptolémée VIII Évergète II, à Edfou ; les empereurs romains Néron, à Denderah, Auguste et Tibère, à Philae -, font l'oblation au dieu Osiris, qui compte parfois à ses côtés son épouse Isis et son fils Horus, d'un petit récipient naophore, - comprenez : en forme de naos -, coiffé d'un pyramidion, et qui, si je m'en réfère aux annotations environnantes, contient des dattes concassées. 


 

EDFOU---Offrande-de-dattes---Martine.jpg

 

 

    Le titre donné à ces scènes ne laisse subsister aucune équivoque quant à leur fonctionnalité puisque vous y lirez soit : "Offrir le récipient de dattes", soit "Apporter le récipient de dattes".

 

     Aucun doute non plus dans les propos qui suivent, attribués à l'offrant.

 

     Ptolémée, par exemple, dit : " ... Je t'apporte des dattes pour augmenter ta douceur, je les place assurément devant toi, toi le dieu qui illumine ceux qui sont dans le Noun et qui abreuve les deux terres des humeurs de son corps."

 

     Tibère, prononce lui aussi une invocation à l'acception fort semblable : " Tant que le roi de Haute et Basse-Égypte l'Autocrator, sur son trône en tant que souverain excellent aimé des dieux, est en train d'offrir le récipient de dattes à son maître, d'apaiser son coeur avec ses humeurs, il est comme le fils d'Isis qui rajeunit son père dans les temples de Haute et Basse-Égypte."

 

 

     Vous aurez évidemment compris, amis visiteurs, à la seule lecture de ces deux discours, la métaphore qui assimilait les fruits du palmier-dattier ainsi présentés à Osiris à ses propres humeurs ou, parfois, à celles de Geb, un des dieux primordiaux de l'Ennéade héliopolitaine. 


     Ce qui signifie que dans le petit naos pyramidal, l'amalgame de dattes, - prosaïquement, une sorte de pâte de fruits -, constituait en fait un onguent à la vertu cicatrisante bien connue de la pharmacopée égyptienne puisqu'il était censé guérir de quelconques blessures en soudant à nouveau les chairs entre elles.

  

     L'auteur latin Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle, n'exprimait rien d'autre quand il affirmait que "les dattes effacent les meurtrissures, referment les plaies" ...

 

     Pour ce qui concerne Osiris, il appert que le baume présenté par le roi était destiné à réunir les parties de son corps dépecées et disséminées dans le Nil, souvenez-vous, par son frère Seth, puis quasiment toutes retrouvées et assemblées par sa soeur épouse Isis.

 

     C'est ce que nous apprennent les hiéroglyphes gravés qui accompagnent la scène à Denderah :

 

     " ... accepte les émanations secrètes sorties de tes chairs - c'est un présent de ta soeur Isis pour rassembler ton corps à son heure -, elles viennent à toi, elles rendent excellente ta momie, elles circulent en te protégeant !

 

 

     Pour tutoyer le plus aimablement possible l'exhaustivité, je me dois d'ajouter, alors que les épigraphistes ont insisté sur le caractère osirien intrinsèque de l'offrande de dattes, ainsi que le définit l'égyptologue français Christophe Tiers dans un article référencé en note infrapaginale, qu'il existe aussi l'un ou l'autre tableau au sein de ces mêmes sanctuaires, où manifestement le rite fut détourné au profit d'un autre dieu, s'appropriant de la sorte une offrande initialement destinée à Osiris, aux fins d'acquérir un aspect de sa personnalité, que ce soit - on n'en sait trop la raison, Ptah momiforme -, ou, si vous examinez attentivement la portion ci-dessus du registre d'Edfou, Horus, fils d'Osiris, auquel il se substitue sous prétexte qu'il est le dieu tutélaire du sanctuaire.

 

     Mais pour quelle(s) raison(s), me demanderez-vous, les souverains d'origine grecque et romaine que j'ai tout à l'heure nommés effectuent-ils cette offrande spécifique ?

 

     Comme nous l'a appris l'anthropologue Marcel Mauss dans son Essai sur le don, et comme l'a remarquablement développé l'égyptologue française Sylvie Cauville dans son étude publiée et 2011 et référencée ci-dessous, le souverain attendait d'Osiris un contre-don.

     Et dans ce cas d'espèce, vous allez concevoir qu'ils sont au nombre de deux !  

 

     A Denderah, par exemple, le texte qui commente la scène est on ne peut plus précis quant au premier contre-don divin, qui s'adressse à la personne royale :

 

     "Je rajeunis ton corps chaque jour, tu redeviens jeune chaque année." 

 

     Et à Edfou, vous lirez l'énonciation du second, qui concerne quant à lui, l'approvisionnement des édifices religieux et, indirectement, les Égyptiens eux-mêmes :

 

     "Je fertilise les branches de tous les arbres et j'approvisionne les sanctuaires.

 

     Ce qui nous permet de comprendre la raison pour laquelle les dattes offertes sont assimilées aux lymphes d'Osiris. En effet, les textes égyptiens nous disent que ces émanations du cadavre du dieu constituent l'origine de la crue du Nil. En d'autres termes, la crue n'est possible que s'il y a attentat à la personne d'Osiris : le dépeçage de son corps par Seth entraîne ainsi l'écoulement des lymphes, donc de la crue.

 

      Je précise également - et cet aspect chronologique n'est pas à dédaigner -, que les Égyptiens avaient évidemment observé que les dattes arrivaient à maturation entre juillet et septembre : c'est-à-dire quand la crue déboulant dans la Vallée du Nil depuis le sud va recouvrir toutes les terres cultivables et, qu'en outre, inévitablement les réserves de l'année précédente sont épuisées. Elles vont donc constituer un apport alimentaire non négligeable !    

     De sorte que la reconstitution du corps du dieu par Isis, sa résurrection, entraîne automatiquemet la décrue, c'est-à-dire, le futur retour de la végétation ou, exprimé autrement : les lymphes auront servi à fertiliser la terre par l'intermédiaire de la crue. 


     Et, dans le cas qui nous occupe ce matin, les lymphes, métaphores de la crue du fleuve nourricier, permettent entre autres la croissance des palmiers-dattiers, ainsi que de leurs fruits.

 

         C'est un cycle sans fin : offrir des dattes à Osiris, c'est lui rendre ses lymphes perdues, partant, lui rendre son intégrité corporelle. 

 

     Ce rite de présenter un récipient de dattes à Osiris avait donc pour première finalité d'assurer la fécondité de la nature alimentant hommes et animaux ; puis, et ce sera la seconde, de permettre au roi qui procède à l'oblation de conserver une éternelle vigueur, une éternelle jeunesse, - à l'instar de la fête-sed, j'y reviendrai tout prochainementPartant, à ragaillardir tous les défunts, quels qu'ils soient, puisque vous n'ignorez plus maintenant si vous me suivez depuis un temps certain que chacun d'eux escomptait devenir, après sa vie ici-bas, un nouvel Osiris dans l'Au-delà. 

 

       Ce franc glissement, à propos des dattes, de leur matérialité à leur symbolique que, pour vous amis visiteurs, j'opérai ces deux derniers mardis, il me siérait, dès notre prochain rendez-vous d'à nouveau l'envisager en l'appliquant cette fois au palmier-dattier afin que vous preniez conscience de toutes les connotations que les Égyptiens de l'Antiquité lui attribuèrent tant avec le monde de la royauté, qu'avec ceux ressortissant aux funérailles et aux croyances religieuses.

 

     Je vous invite donc à me retrouver ici même, devant la vitrine 6 de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes, le mardi 7 octobre prochain.

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, p. 102

 

 

CAUVILLE Sylvie

Une offrande spécifique d'Osiris : le récipient de dattes, dans RdE 33, Louvain, Peeters, 1981, 47-64.

L'offrande aux dieux dans le temple égyptien, Louvain, Peeters, 2011, pp. 107-8.

 

 

 

SERVAJEAN  Frédéric

Enquête sur la palmeraie de Bouto (I) : Les lymphes d'Osiris et la résurrection végétale, dans ERUV I,

Orientalia Monspeliensia X, Université Paul-Valéry, Montpellier III, 1999, pp. 239-40.

 

 

 

THIERS  Christophe

Notes sur les inscriptions du temple ptolémaïque et romain de Tôd , § 4 : Un rite détourné, l'offrande du récipient de dattes (Tôd, n° 312), dans Egyptology at the dawn of the twenty-first century : Proceedings of the eighth international congress of egyptologists, Cairo, 2000, Volume 1 : Archaeology, The American University in Cairo Press, 2003, pp. 514-21. 

 

 

 

 

     (Un merci tout particulier au Professeur René Preys, de l'Université catholique de Louvain, pour m'avoir très aimablement autorisé à disposer ici de la planche XVI de son étude du Papyrus d'Ani et à Martine Détrie-Perrier, Présidente de l'Association Papyrus de Lille, pour le cliché gravé dans le temple d'Edfou qu'elle m'a offert.)

 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 23:00

Ton amour est uni (...

Comme l'étoffe fine au corps des dieux,

Comme l'encens à la narine, (...)

Il est comme la mandragore dans la main de l'homme,

Comme la datte qu'on mêle à la bière.

(...)


 

Les poèmes du vase de deir el-Médinah

(Premier ensemble)

 

dans Pascal VERNUS

Chants d'amour de l'Égypte antique


Paris, Imprimerie nationale Éditions,

1993

pp. 87-8.

 

 

 

     Je sais !

   C'est assurément grossièreté de ma part que d'ainsi avoir l'outrecuidance de prendre la parole à la place d'ÉgyptoMusée ! Que d'avoir la prétention d'interrompre son cycle d'interventions !

 

     Mais il faudrait quand même qu'il se rende compte, ce Richard Lejeune dont l'on me traduit les propos depuis un certain temps, que sans les palmiers qui nous accueillent et auxquels il songeait à derechef dédier de nouveaux articles, certes, nous ne serions rien, nous leurs fruits, mais qu'il pourrait quand même ne pas tant tergiverser, ne pas tant tarder à nous présenter. 

      N'êtes-vous pas d'accord avec moi, Etienne ? 

     

          C'est avec cette amertume du ressentiment d'être oubliée, qu'aujourd'hui, d'autorité, j'ai décidé de lui voler et la parole et une certaine aura que semblent lui accorder quelques dames dont il serait devenu le "chéri".

 

     N'êtes-vous pas d'accord avec moi, Fan ?


 

     La poésie, à toutes les époques, sur tous les continents, trouva dans la Nature ses sources d'inspiration les plus belles. La Mésopotamie et l'Égypte, les premières, y puisèrent des images que les anthologies générales ignorent le plus souvent, mais que les spécialisées mettent heureusement à l'honneur.

 

     Le concepteur de ce blog lui a judicieusement dédié une de ses rubriques, "Littérature égyptienne", qu'il vous suffira de redécouvrir en cliquant sur cette dénomination, ici, dans la colonne de droite, dans laquelle il proposa, voici quelques années déjà, de superbes poèmes d'amour égyptiens. 

 

     Ce matin, c'est par un très court extrait de l'un d'eux que j'ai souhaité attirer votre attention. Dépourvu de titre "officiel", - il fut rédigé par un anonyme sur la panse d'un vase retrouvé très mutilé à Deir el-Medineh -, il se présente sous la forme d'un dialogue entre deux jeunes gens amoureux et se veut en quelque sorte une définition de ce que pour eux représente l'Amour, en choisissant des exemples de comparaison tels que l'on comprenne qu'il confine à ce qu'il y avait en ces temps-là de plus délicat à leurs yeux : la fine étoffe, l'encens, les dattes pour agrémenter la bière ...


     (Je précise immédiatement que j'interviens aujourd'hui sur ce blog en mon nom personnel mais aussi au nom de toutes mes soeurs.)  

 

     Notre géniteur, qu'il nomme volontiers Phoenix Dactylifera, - ne serait-il pas un peu prétentieux, voire un peu snob ce Richard Lejeune avec cette propension qu'il a de servir quelques termes latins dans nombre de ses entretiens avec vous ? -, le palmier-dattier donc, est, comme il vous l'a expliqué la semaine dernière, une espèce emblématique, pérenne, d'une importance économique sans égale, abondamment présent dans le biotope de l'Égypte antique.

 

     Aussi, point n'est anodin que des vestiges de beaucoup d'entre nous aient été exhumés en contexte archéologique et que, tout logiquement, certains figurent en bonne place dans vos musées, comme ici en salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre, notamment sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine.

 

 

Étagère - Partie gauche   


     Nul parmi vous n'aura, je présume, l'intention de me contredire si, tout de go, - ne voilà-t-il pas que je m'exprime comme Richard Lejeune, maintenant ?! -, et sans prendre la peine de faire étalage de chiffres statistiques que, probablement, lui seul a retenus de tous ces ouvrages qu'il consulte -, j'avance qu'en tant que dattes, d'un point de vue nutritionnel, nous représentions - et pour beaucoup, nous représentons toujours -, un apport non négligeable, en glucides par exemple, au sein de l'alimentation des Égyptiens.

 

      Cet aspect éminemment nourricier qui nous caractérise est matérialisé par la présence, dans le socle vitré 9, là-bas, près de l'entrée donnant sur la salle suivante, d'une coupe transparente portant le numéro 15,      

 

 

Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

 

 

dans laquelle, en plus d'un noyau, ont été déposées douze consoeurs, (N 1418), mesurant entre 1,9 et 3,8 cm de long.

 

     Drupes oblongues, moelleuses,

 

 

09. Fruits Palmier-dattier

 

 

- tellement appréciées que notre nom antique, bnr, (prononcez : béner) devint synonyme de "doux" dans la langue des riverains du Nil -, chaque année, par grappes de quelques kilos, nous croissions, maternellement protégées par les palmes,

 

 

10. Fruits Palmier-dattier

 

 

et devenions mûres à la fin du mois de juillet. 

 

     Consommées soit fraîches, soit  séchées, soit encore réduites en pâte, nous étions choisies aussi bien pour entrer dans la composition de pains que dans celle d'une bière puisque, grâce à notre pulpe - ainsi qu'ÉgyptoMusée l'avait déjà précédemment expliqué -, nous la sucrions, nous la rendions plus douce, comme peut être doux l'amour métaphorisé dans le court extrait du poème apparaissant sur un vase de Deir el-Medineh que je vous ai lu ce matin.

  

     Si l'on nous laissait fermenter, nous donnions même une eau de vie !


     N'oubliez toutefois pas qu'il exista également un vin de dattes qui pouvait se consommer "normalement", mais, et j'aime à insister sur ce point, qui participait aussi à des prescriptions curatives que les papyri médicaux détaillent à l'envi.

     J'ajouterai, si vous me le permettez, que fraîches, séchées ou écrasées en poudre, nous apportions l'une ou l'autre médication aux Égyptiens malades ou blessés ; ce qui, convenez-en, n'était déjà pas négligeable !

 

     Ainsi, en décembre 2013souvenez-vous, le concepteur de ce blog vous avait appris, grâce au Papyrus Ebers, que, requises pour éliminer les sécrétions provoquant la toux, nous étions partie prenante d'une "recette" de galettes au miel :

 

Poudre de dattes.

     (Cela) sera mis dans de l'eau et préparé sous une forme de pâte liquide qui sera battue. Tu auras placé deux poêles sur le feu pour qu'elles chauffent et cette pâte liquide y sera placée et mise sous forme de galette. Une fois qu'elle sera cuite à point, tu devras la préparer sous la forme d'une pâte solide avec du miel et de la graisse de taureau.

 

     Précédemmentil avait également indiqué que des abcès internes, notamment dans l'utérus, étaient susceptibles d'être soignés grâce à du lait d'ânesse dans lequel, fraîches, nous étions pilées avec des feuilles d'acacia : Ce sera laissé la nuit exposé à la rosée et versé dans son vagin, précisait le texte du même Papyrus Ebers, au  § 819. 

     

     Et ici même, en janvier 2009, il vous avait présenté, salle 4, vitrine 6, un papyrus administratif de la XVIIIème dynastie, (E 3226), appartenant au scribe Maï,

 

 

I.-3.jpg

 

 

qui comptabilisait notamment des transactions de dattes et de céréales opérées pendant une période de six ou sept ans durant  le règne de Thoutmosis III (milieu du XVème siècle avant notre ère), par deux équipes d’employés de l’Administration du Grenier central qui, dans différentes villes du pays, collectaient des céréales dans les institutions d’Etat ainsi que dans les domaines de temples ou de particuliers : estimées en "sac", unité de mesure équivalant à environ 76 litres, nous étions en fait considérées en tant que monnaie d’échange pour l'acquisition d'autres parmi nous qui constituaient alors un complément en nature accroissant d'autant les salaires versés au personnel administratif :

 

"Rappel des dattes données aux brasseurs : 40 sacs.

An 28, le 4 ème jour du premier mois de la saison de l’inondation : reçu dattes de Pamouha : 285 sacs 3/4.
An 28, le 10 ème jour du quatrième mois de l’inondation, après le compte : 28 sacs ...

Le 14 ème jour du deuxième mois des semailles : dattes 50 sacs 1/4."

 

 

     Je vous fais grâce de la suite de l'énumération nous concernant ...

 

     Richard Lejeune ne le sait peut-être pas, mais de mon temps, j'ai ouï dire que le géographe Strabon, un des trois très grands auteurs grecs antiques qui sont venus chez nous, en Égypte, - Hérodote et Diodore de Sicile, étant évidemment les deux autres ! -, avait osé une assertion fort surprenante - il l'a même écrite au Livre XVII de sa Géographie :


     Dans toute l'Égypte, les palmiers sont d'une espèce médiocre et, dans la région du Delta et d'Alexandrie, ils donnent des fruits qui ne sont pas mangeables. Mais le palmier qui pousse dans la Thébaïde est meilleur que tous les autres. (...) La datte thébaïque est plus dure mais plus agréable au goût.

 

     Ah bon  ?!

     Pas bien disposé vis-à-vis de certaines de mes consoeurs, ce Strabon !

     Ce qu'il n'indique pas, c'est que s'il nous arriva de décevoir les humains, le bétail en revanche avec nous se régala, ce qui à mon sens n'était pas moins honorable ! Nourrir les animaux souvent divinisés par les Égyptiens : il y a de quoi être fières, non ?

 

     Et précisément, j'aurais aimé poursuivre notre rencontre en vous entretenant, mardi prochain, de la symbolique qui fut nôtre au sein des croyances phyto-religieuses, en vous parlant des défunts et des dieux qui, eux aussi, grandement nous appréciaient.


     Mais point trop n'en faut. Déjà heureuse que vous m'ayez écoutée ce matin, je vais subrepticement m'éloigner sur la pointe du noyau pour permettre à votre "Ouvreur de chemins" préféré de reprendre la parole, certaine que je suis qu'il vous en apprendra bien plus sur le monde de l'Au-delà que ma modeste position de fruit du palmier-dattier nourrissant les vivants n'eût pu le faire.

 

     Il fallait quand même que je termine par un plus-que-parfait du subjonctif, non seulement pour m'attirer ses bonnes grâces mais aussi, et surtout, pour que vous, ses "amis visiteurs" comme il aime vous nommer, après m'avoir fait confiance aujourd'hui, vous ne vous sentiez pas trop dépaysés ...

     Je pense n'avoir pas été trop "chi ...."  N'êtes-vous pas d'accord avec moi, Dugt ?      

 

 

 

     A mardi 30 septembre ... 

 

 

       Je ne puis définitivement vous quitter sans évoquer une spécialité belge, liégeoise en fait, provenant de la commune d'Aubel, sur le plateau de Herve pour être plus précis encore, à quelques kilomètres à peine du village où vit Richard : le "vrai sirop de Liège", à notamment déguster en couche bien épaisse sur une tartine ou en accompagnement d'un plateau de fromages, dont l'incontournable Herve ...

 

     Avec deux fruits récoltés dans la région même, des pommes et des poires, - mais pas de "scoubidous bidous", comme le prétendit Sacha Distel -, nous entrons, nous les dattes, dans la composition de cet excellent sirop.

 

     Pour les amateurs parmi vous, quelques explications sur le site de la siroperie Meurens.  

 


 

 

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

 

BARDINET  Thierry

Les papyrus médicaux de l'Egypte pharaonique, Paris, Fayard, 1995, pp. 298 ; 332-3.

 

 

BEAUVERIE Marie-Antoinette

Description illustrée des végétaux antiques du Musée égyptien du Louvre, B.I.F.A.O. 35, Le Caire, I.F.A.O., 1935, pp. 123-4.

 

 

CAUVILLE Sylvie

Une offrande spécifique d'Osiris : le récipient de dattes, dans RdE 33, Louvain, Peeters, 1981, 47-64.

 

 

PETERS-DESTÉRACT  Madeleine

Pain, bière et toutes bonnes choses ... L'alimentation dans l'Égypte ancienne, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, p. 43.

 

 

STRABON

Le voyage en Égypte. Un regard romain, préface de Jean YOYOTTE, traduction de Pascal CHARVET, commentaires de J. YOYOTTE et P. CHARVET, Paris, Nil éditions, 1997, § 51, p. 185.

 

 

WALLERT Ingrid

Die Palmen im Alten Ägypten. Eine Untersuchung ihrer praktischen, symbolischen und religiösen Bedeutung, Berlin, Verlag Bruno Hessling, 1962, pp. 22 sqq. 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 23:00

     "Qu'est-ce qui ne vient pas de moi dans la maison du roi ?

Le roi mange sur une table qui vient de moi ; la reine boit dans un gobelet qui vient de moi ; le guerrier mange dans une gamelle qui vient de moi ; le cuisinier prend la farine d'une maie qui vient de moi ; je suis aussi le tisserand qui fait les cordes et le tailleur qui habille l'ouvrier.

     Je fournis les instruments du service du dieu ; je suis donc le grand exorciste qui fertilise la demeure du dieu. Je suis le héros sans rival. Je te suis supérieur, je te surpasse six fois, je te domine sept fois. L'orphelin, la veuve mangent de mes dattes sans se priver."

 

 

 

Débat entre le palmier-dattier et le tamaris

 

dans Danielle COCQUERILLAT

Palmeraies et cultures de l'Eanna d'Uruk (559-520)

Berlin, Mann, 1968

pp. 30-1

 

Cité par Margareta TENGBERG & alii

"L'arbre sans rival".

Palmiers-dattiers et palmeraies au Moyen-Orient et en Égypte, de la préhistoire à nos jours, 

dans Revue d'ethnoécologie, 4, 2013,

 pp. 2-3.

 

 

 

 

 

     Qu'il m'eût plu, amis visiteurs, de pouvoir vous traduire un texte hiéroglyphique rédigé dans le même esprit par un scribe égyptien d'approximativement la même époque !

 

     En effet, émanant d'une région qui, dans ce que l'on nomme la Mésopotamie antique, se situe au sud de l'Irak actuel, cet extrait que je vous propose en préambule à notre rendez-vous actuel fut, vers la fin du troisième millénaire avant l'ère commune, composé en écriture cunéiforme sumérienne, idiome que je ne jugeai pas bon d'étudier lors des études universitaires que j'entrepris vers l'âge de 40 ans.

 

     Si, malgré qu'il ne provienne pas des rives du Nil, je l'ai néanmoins choisi, c'est, et indépendamment du fait qu'il constitue un type littéraire particulier présent dans les sources mésopotamiennes, - des dialogues imaginaires entre des êtres ou des idées qui s'opposent, par exemple, au sein des saisons : l'hiver contre été ; des outils agricoles : la houe contre l'araire ; des animaux : le poisson contre l'oiseau ; ou, comme ici, deux espèces végétales : le palmier-dattier contre le tamaris -, parce qu'il me permet d'insister sur la nette prédominance, sur l'incontestable primauté du dattier dans le paysage arboricole de ce que les Historiens appellent traditionnellement le Croissant fertile duquel l'Égypte antique faisait partie.

  

     Malgré l'incertitude qui subsiste quant à ses origines et à sa diffusion à l'aube de l'Humanité,

 

 

Palmiers-dattiers---c-Marie-Louxor.jpg

 

 

- plusieurs hypothèses en lice le font naître soit au Sahara, soit dans le Delta du Tigre et de l'Euphrate, soit au sud de l'Iran, en Inde, quand ce n'est pas aux Canaries -, les recherches récemment basées sur ses plus anciens vestiges archéologiques exhumés et analysés, à savoir des graines de dattes, carbonisées ou conservées par dessiccation - comme les trois qui se trouvaient d'ailleurs avec des fruits entiers également desséchés, dans l'hypogée du jeune Toutankhamon -, accréditent la présence originelle, puis l'exploitation du palmier-dattier sur les sols arides de la région du Golfe Persique, à partir de la fin du 4ème millénaire avant notre ère, précédant de la sorte d'autres espèces fruitières comme le figuier ou l'olivier.

 

      Conservant dans mon propos, par le verbe, son mode et son temps, l'état de prudence tel que je l'ai ressenti à la lecture des documents les plus récents que je cite en référence infrapaginale, j'avance qu'il semblerait que la phoeniciculture - la culture du Phoenix dactylifera, du palmier-dattier donc -, se soit abondamment développée tout au long du troisième millénaire, puis par la suite déplacée vers les déserts nord-africains, investissant très tôt, vous l'aurez compris, l'Égypte pharaonique.


     J'ajouterai qu'il vous faut être conscients que cette expansion sur une aire géographique ancienne pourtant déjà vaste, s'est encore accrue jusqu'à nos jours puisque cet arbre fruitier est maintenant bien introduit sur chacun des cinq continents.


     Ce qui autorise les scientifiques à le considérer comme la clé de voûte des agroécosystèmes oasiens. En d'autres termes, à affirmer qu'il constituait, et qu'il constitue toujours, grâce à ses dattes, un apport essentiel dans l'alimentation des populations vivant au sein ou aux alentours des oasis et, vous allez le comprendre ce matin, grâce à quelques-uns de ses constituants, un matériau de base pour la confection d'objets quotidiens ; ce que déjà tendait à prouver l'extrait du dialogue fictif que je vous ai proposé à l'entame de notre entretien.       

 

     Espèce emblématique, pérenne, d'une importance économique sans égale, tel fut le palmier-dattier abondamment présent dans le biotope de l'Égypte antique. Aussi, point n'est anodin  que, très tôt, l'art égyptien s'empara de son image, notamment sur des palettes prédynastiques, comme, par exemple, celle, célèbre, du British Museum (EA 20791) au verso de laquelle subsistent partiellement de part et d'autre du stipe deux girafes dont l'une - mais l'autre aussi, très probablement - se nourrit de dattes.

 

     Ceci posé, c'est essentiellement à partir de la XVIIIème dynastie, au Nouvel Empire, que ses représentations prirent leur plus grand essor, sur des plats ou des vases d'abord, sur les parois des tombes de particuliers ensuite et surtout, laissant à chaque "scribe des contours" le soin de le styliser selon son talent propre.

 

     Bien évidemment, celle d'Ineni que nous avons visitée mardi dernier constitue la plus "spectaculaire" dans la mesure où elle bat tous les records en le figurant 170 fois !

 

     Dans nos musées, vous en retrouverez l'une ou l'autre image jusqu'à Basse Epoque sur des amulettes, des sceaux ou des scarabées. Souvent, l'artiste égyptien, - très soucieux des détails de son environnement immédiat -, l'a accompagné de singes.

     Et parfois, y a même ajouté le souhait nfr rnpt - lisez : néfer rénépet, et comprenez : (Que s'ouvre pour vous une) belle année -, que j'ai pris l'habitude de vous adresser dès les premiers jours de janvier, formule de voeux que vous avez vue, souvenez-vous, gravée sur des gourdes de Nouvel An que s'offraient les Égyptiens à la mi-juillet, à l'arrivée de la crue bienfaitrice tant souhaitée, exposées dans une des vitrines du Musée royal de Mariemont, en septembre 2013.  

 

 

     Dans le droit fil de ce que je vous avais expliqué en juin dernier à propos de son congénère le palmier-doum, autre essence de la famille des Palmae également connue des riverains du Nil antique, je voudrais maintenant attirer votre attention sur le dattier en précisant tout de go qu'il est, lui aussi, un arbre dioïque, c'est-à-dire que chaque individu ne porte que des inflorescences de même sexe ou, pour faire simple, que les fleurs mâles poussent sur des arbres distincts des fleurs femelles.

 

     Un autre point que je souhaiterais évoquer - ne fût-ce que pour être le plus exhaustif possible sur un plan lexicographique -, c'est que les botanistes contemporains lui dénient l'appellation d'arbre, préférant lui allouer celle d'arborescence.

     Mais par respect des premiers naturalistes qui l'étudièrent et, surtout, des textes égyptiens originaires proposant le hiéroglyphe de l'arbre en guise de déterminatif, souffrez que je m'arroge le droit  de continuer à le considérer comme tel. Et donc à employer ce vocable, même si, probablement aux yeux de certains puristes, apparaîtrai-je scientifiquement incorrect.

 

 

     Susceptibles d'allègrement atteindre les 20 mètres de hauteur - ce qui, je l'indique au passage, correspond à celle des statues colossales de Ramsès II assis en façade du grand temple d'Abou Simbel ! -, le dattier est constitué d'un stipe d'où émergent, imbriquées en spirale, les bases pétiolaires des anciennes feuilles,


 

06.-Palmier-dattier.JPG

 

 

à tout le moins pour les arbres les plus jeunes, les vieux en étant dépourvus.

     

     C'est de son sommet que se déploient des palmes de 3 à 4 mètres de long,  

 

 

05.-Palmier-dattier.JPG

 

 

feuilles composées pennées, c'est-à-dire dont les folioles sont disposées de part et d'autre d'un axe médian, le rachis.

 

     Chaque année, naissent de 12 à 20 nouvelles feuilles ; chacune d'elles étant susceptible de vivre de 4 à 7 ans.  


     Espèce thermophile et héliophile, en Égypte actuelle, vous croiserez des palmiers-dattiers dans le Delta évidemment, dans la Vallée du Nil également et, si vous sortez des sentiers battus, dans les oasis des déserts libyque et arabique, ainsi qu'à l'embouchure des oueds.

     Enfin, si vous préférez résider dans les stations balnéaires, vous en admirerez sur les côtes de la Mer Rouge. 

    En un mot comme en cent, dans les endroits où des ressources hydriques suffisantes permettent sa croissance, l'eau provenant d'une nappe aquifère abondante ou, s'il est "cultivé" par l'homme, d'une irrigation idoine.

 

     Un minimum de 18 à 25° lui sont nécessaires pour subsister : mais il est évident qu'entre 30 et 40°, voire un peu plus, il bénéficie de conditions optimales l'amenant à vivre jusqu'à 100 ans.

 

     Outre l'appoint alimentaire qui fut le sien, - apparemment dès l'époque préhistorique -, il vous faut savoir qu'à l'instar du palmier-doum, son bois, malgré paraît-il une qualité qui n'est pas exceptionnelle, mais aussi ses composants furent et sont encore amplement utilisés : débité, le stipe servait de matériau de construction ; avec les fibres des gaines membraneuses de la base des feuilles, les artisans tressaient des cordes leur permettant de confectionner des filets ; les feuilles pouvaient couvrir les toits des maisons ou entraient dans la confection de divers objets de vannerie, comme par exemple des paniers ; leurs filaments constituaient l'essentiel des poils de brosses, mais aussi, selon M.-A. Beauverie - qui ne cite malheureusement pas sa source -, de quoi envelopper les sabots des taureaux choisis pour être sacrifiés. 

 

     Si l'homme, souvent, rechercha l'ombre des larges palmes se déployant en majestueuses couronnes au sommet de cet arbre fruitier providentiel, celles-ci avaient naturellement pour but premier de protéger les nombreuses grappes de dattes qui s'y développaient chaque année.

 

     C'est à ces dernières, amis visiteurs, qu'il me siérait, mardi 23 septembre prochain, d'entièrement consacrer notre rencontre.

      

     Prenez-en date !

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 


 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, pp. 90-106.

(Partiellement téléchargeable sur ce site.)

 

 

BEAUVERIE Marie-Antoinette

Description illustrée des végétaux antiques du Musée égyptien du LouvreB.I.F.A.O. 35, Le Caire, I.F.A.O., 1935, pp. 123-4.

(Librement téléchargeable sur ce site.)

 

 

 

GROS-BALTHAZARD Muriel, NEWTON Claire, IVORRA Sarah, TENGBERG Margareta, PINTAUD Christophe, TERRAL Jean-Frédéric 

Origines et domestication du palmier-dattier (Phoenix dactylifera L.) - État de l'art et perspectives d'étude, dans  Revue d'ethnoécologie, 4, 2013.

(Librement téléchargeable sur ce site.)

 

 

 

NEWTON Claire, TERRAL Jean-Frédéric, IVORRA Sarah, GROS-BALTHAZARD Muriel, TITO DE MORAIS Claire, PICQ Sandrine, TENGBERG Margareta, PINTAUD Jean-Christophe 

Graines d'histoire. Approche morphométrique de l'agrobiodiversité du palmier-dattier, actuelle et d'Égypte anciennedans Revue d'ethnoécologie, 4, 2013.

(Librement téléchargeable sur ce site.) 

 

 

 

TENGBERG Margareta, NEWTON Claire, BATTESTI Vincent 

"L'arbre sans rival". Palmiers-dattiers et palmeraies au Moyen-Orient et en Égypte de la préhistoire à nos jours, dans Revue d'ethnoécologie, 4, 2013.

(Librement téléchargeable sur ce site.)

 

 

WALLERT Ingrid

Die Palmen im Alten Ägypten. Eine Untersuchung ihrer praktischen, symbolischen und religiösen Bedeutung, Berlin, Verlag Bruno Hessling, 1962. 

 

 

 

(Merci à Marie Louxor qui, grâce aux clichés qu'elle m'a offerts, a remarquablement illustré la présente intervention.)

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 23:00

    ... Brichot était trop heureux de pouvoir donner d'autres étymologies végétales (...) :

"Un des Quarante, dit Brichot, a nom Houssaye, ou lieu planté de houx ; dans celui d'un fin diplomate, d'Ormesson, vous retrouvez l'orme, l'ulmus cher à Virgile et qui a donné son nom à la ville d'Ulm ; dans celui de ses collègues, M. de la Boulaye, le bouleau ; M. d'Aulnay, l'aulne ; M. de Bussière, le buis ; M. Albaret, l'aubier (je me promis de le dire à Céleste) ; M. de Cholet, le chou ; et le pommier dans le nom de M. de la Pommeraye" (...)

 

 


 

Marcrel  PROUST

A la recherche du temps perdu, V 

Sodome et Gomorrhe 

 

Paris, Gallimard, Livre de Poche 1641-1642,

p. 332 de mon édition de 1966. 

  

 

 

 

     A l'extrême fin du XVIème siècle avant notre ère, - sous les règnes d'Amenhotep Ier et de ses successeurs immédiats -, le Directeur des Tombes royales, Directeur des Travaux du Temple d'Amon, Directeur des Greniers d'Amon et par ailleurs Gouverneur de Thèbes, Ineni, obtint l'insigne privilège régalien d'être inhumé à Cheik abd el-Gournah, dans la montagne thébaine, sur la rive ouest du Nil, parmi les hauts fonctionnaires, ses pairs.

 

     Les égyptologues qui étudient les conceptions funéraires se sont abondamment penchés sur le programme iconographique des hypogées de ces riches particuliers du Nouvel Empire et ont ainsi constaté qu'il s'ouvrait sur quelques changements, voire de flagrantes nouveautés, dans le répertoire des scènes peintes ou gravées avec, notamment pour certains d'entre eux, les représentations de jardins, qu'ils fussent ceux de temples, comme chez Neferhotep, Sennefer et Merenrê ou le leur propre, comme Rekhmirê, Senedjem ou Pached.

     

     Ainsi que je le mentionnai sans plus de détails le 20 mai dernier, celui d'Ineni (TT81) eut ceci de spécifique d'avoir conservé, sur la face ouest du deuxième pilier de la partie sud du portique d'entrée, une représentation en couleur d'une importance extrême pour notre appréhension de la végétation arboricole de la XVIIIème dynastie : en effet, sur le dessin un peu naïf ci-dessous que j'ai exporté d'un forum espagnol 

 

 

Jardin-tombe-d-Ineni.jpg

 

 

l'on voit un jardin, - que dis-je ? une propriété - qui dut être immense.

 

     Outre que les trois premières colonnes du texte hiéroglyphique présent dans la partie supérieure gauche de la scène, au-dessus de ce qui subsiste encore du défunt et de son épouse assis sous un dais, - voir sur ce site copie d'un gros plan réalisé à l'encre par l'égyptologue anglais Norman de Garis Davies -, indiquent, de haut en bas et de droite à gauche, qu'Ineni est en train de regarder ces arbres, grands et parfaits que, sur terre, il a plantés dans (son) jardin, sous les éloges de ce noble dieu Amon, Seigneur de Karnak, la suite énumère pas moins d'une vingtaine d'arbres et arbustes, en nombre imposant pour certains d'entre eux, que le défunt souhaita y voir associés : 73 sycomores, 31 mimusops, 170 dattiers, 120 palmiers-doum, 5 figuiers, 5 grenadiers, 12 vignes, 9 saules et 10 tamaris.

 

     Oeuvre unique, semble-t-il, - Ineni, dans l'état actuel des données archéologiques, est bien le seul notable à avoir dressé semblable liste -, ce "jardin", vous l'aurez compris, amis visiteurs, contrairement à ceux que nous connaissons aujourd'hui, ne fut manifestement pas que d'agrément mais, et pour les évidentes raisons religieuses et funéraires que je vous ai également déjà signalées, délibérément empreint de connotations symboliques de manière à assurer à son propriétaire la meilleure existence possible dans l'Au-delà.

 

 

     À l'extrême fin du XXème siècle de notre ère, - sous la présidence de Pierre Rosenberg -, le nouveau redéploiement des collections au sein du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre met en évidence, devant nous dans cette salle 5, sur l'étagère de gauche du panneau central, côté Seine, séparant en deux portions distinctes la vitrine 6,


 

Vitrine 6 (Côté Seine) (L.-p.)

 

 

certains des fruits qu'Ineni dut savourer : réalisés en différentes matières, ces modèles ont appartenu à quelque trousseau funéraire dont tout défunt aisé espérait bénéficier dans sa maison d'éternité.

 

     Comme vous l'aurez d'évidence compris la semaine dernière, qu'elles se soient passées en Belgique ou à l'étranger, et même si, en Crète, le récit légendaire du Minotaure enfermé par le roi Minos en son labyrinthique palais de Cnossos aux fins que non seulement il ne s'échappât point mais qu'en outre nul ne soupçonnât son existence, avait en commun avec maint dieu du panthéon égyptien antique d'être thérianthrope, d'égyptologie dans mon chef, il ne fut guère question tout au long de ces vacances puisque, sur le seul plan intellectuel, je les avais décidées essentiellement proustiennes.

 

     Aussi, ce ne fut qu'après mon retour "définitif" au pays, donc dans la dernière semaine d'un août relativement frais et pluvieux et aux premiers jours d'un septembre guère plus favorable que, mettant à profit les notes de lecture rédigées avant mes escapades estivales sur becquets et paperoles, morceaux de papier, chiffon ou de Japon, de riz ou d'Arménie - j'eusse là pu composer une chanson ! -, je décidai de reprendre le fil des considérations qui nous occupent depuis un temps certain pour, à partir d'aujourd'hui, vous entretenir du palmier-dattier, ainsi que le titre donné à notre présent entretien vous l'aura évidemment permis de deviner. 

 

     Toujours bien présent dans le paysage égyptien contemporain, 

 

 08.-Palmier-dattier.JPG

 

 

cet arbre produit de généreuses grappes de fruits, les dattes,

 

 

09.-Fruits-Palmier-dattier.JPG

 

 

qu'ici, en cette salle 5, nous retrouvons tout à la fois dans le récipient en verre n° 15 du socle vitré 9 (N 1418)

 

 

 Coupe 15 - Dattes et noyaux de dattes (N 1418)

 

 

et, sur l'étagère devant nous, entre les simulacres de laitues romaines, en bois, à gauche, et la coupe de faïence, à droite, deux modèles également en bois, (E 9316 et E 9317), peut-être du Nouvel Empire, le cartel assortissant cette indication d'un prudent point d'interrogation. 

 

 

 Etagere---Partie-gauche.jpg

 


     Je me garderai bien de parodier pour vous le Professeur Brichot, sorbonnard dont, selon Proust, les habitués des soirées du mercredi chez les Verdurin se gaussaient volontiers dès qu'il se lançait dans une de ses explications d'étymologie botanique semblable à l'extrait que j'ai choisi ce matin en guise d'exergue.

 

     Nonobstant, arrivés au terme de cet entretien et avant de lui consacrer notre prochain rendez-vousaccordez-moi quelques instants supplémentaires pour rapidement signaler les diverses acceptions que vous seriez susceptibles de rencontrer au sein de la littérature consacrée à cet arbre plurimillénaire.

 

     À ce que l'on désigne en français sous le vocable de palmier-dattier, - mais aussi date palm en anglais, Dattelpalme en allemand, palmera datilera en espagnol ou palma da datteri en italien -, il vous faut savoir que les Égyptiens avaient attribué le nom féminin de bnrt (prononcez : bénéret).

 

     De manière à être universellement compris, les scientifiques contemporains, plébiscitant d'évidence la langue latine plutôt que les dénominations vernaculaires, l'appellent désormais Phoenix dactylifera L.

 

     Phoenix probablement parce que, selon le savant qui, en 1734, détermina et dénomma l'espèce, le naturaliste suédois Carl von Linné, auquel déjà j'eus rapidement l'opportunité de faire allusion lors de notre rendez-vous du 20 mai dernier, les Grecs de l'Antiquité le considéraient comme l'arbre des Phéniciens (Phoinike ou Phoinix).

     La culture du palmier-dattier est d'ailleurs appelée phoeniciculture.

 

     Existe une autre hypothèse qui, faisant appel à ces mêmes Grecs, établit une comparaison entre le phénix, oiseau légendaire qui renaissait de ses cendres et le dattier qui avait la propension de reprendre vigueur même après avoir subi les assauts des flammes.

     Aux philologues, - ou aux poètes- , de trancher !

 

     Dactylifera parce que Linné voyait dans les dattes que l'arbre portait (fero, du verbe "porter" en latin) une forme de doigt (dactylus, en latin).

 

     Quant au "L." dont cette dénomination est assortie, n'allez pas vous imaginer qu'il connote une quelconque classification alphabétique. Non, il représente plus prosaïquement la première lettre du patronyme du savant suédois.

 

     Dans le même ordre d'idées, permettez-moi de vous rappeler que nous avons précédemment croisé le Mimusops laurifolia (Forsk.) et le Hyphaena thebaïca (Del.) faisant respectivement référence à Pehr Forsskal, autre figure suédoise de l'étude des végétaux et au Français Alyre Raffeneau-Delile, ce dernier déjà évoqué le 10 juin.

 

     Ce que les naturalistes, ce que les égyptologues qui ont étudié les espèces botaniques de l'antique Kemet nous apprennent à propos du palmier-dattier, je me propose donc, amis visiteurs, de vous l'exposer  le mardi 16 septembre prochain si, comme je l'espère, nous nous retrouvons ici même, devant la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

 

 

     (Permettez-moi de réitérer mes remerciements à Marie, résidant à Louxor et à mon collègue parisien Louvre-passion pour m'avoir proposé certains de leurs clichés en vue d'étayer mes propos du jour.)         

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, p. 1.

 

 

 

GROS-BALTHAZARD Muriel & alii 

Origines et domestication du palmier-dattier (Phoenix dactylifera L.) - État de l'art et perspectives d'étude, dans  Revue d'ethnoécologie, 4. (2013).

Librement téléchargeable sur ce site.

 

 


LOEBEN  Christian E.

Les jardins égyptiens. Les plus anciens du monde, dans Égypte, Afrique & Orient 72, Avignon, Centre d'égyptologie, 2014, pp. 25 sqq. 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 23:00

 

    ... la vie exige que nous appréhendions les choses dans le rapport qu’elles ont à nos besoins. Vivre consiste à agir. Vivre, c’est n’accepter des objets que l’impression utile pour y répondre par des réactions appropriées : les autres impressions doivent s’obscurcir ou ne nous arriver que confusément. Je regarde et je crois voir, j’écoute et je crois entendre, je m’étudie et je crois lire dans le fond de mon coeur. Mais ce que je vois et ce que j’entends du monde extérieur, c’est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite ; ce que je connais de moi-même, c’est ce qui affleure à la surface, ce qui prend part à l’action. Mes sens et ma conscience ne me livrent donc de la réalité qu’une simplification pratique.

 

 

 

Henri  BERGSON

Le rire. Essai sur la signification du comique

 

Paris, Editions Alcan, 1924

pp. 66-7 de l'édition librement téléchargeable sur ce site.

 

 

 

 

 

     A un demi-siècle d'intervalle, je fus près de trois mois durant, à nouveau "proustophage".

 

     Mieux : bien que l'âge aidant, pour lire l'été, je préfère de confortables lits ou fauteuils d'extérieur, j'ai volontairement opté, certains jours chauds de juillet pendant lesquels j'étais chez moi, de me réfugier dans un coin du jardin, près des hydrangeas et de leur parent seringat aux senteurs pénétrantes, symbole de mémoire dans le langage floral, pour profiter de l'ombre du mirabellier et du noisetier tortueux,

 

 

151.--28-07-2014-.jpg

 

 

sur ce vieux banc qui semble surgi du fond des âges, sur ce banc que mon grand-père maternel, voici près de septante ans, fabriqua avec d'épaisses lattes de bois épousant l'armature métallique à laquelle il avait imprimé les ondulations d'un corps assis ; et auquel mon aimable et talentueux voisin bricoleur accepta ce printemps de rendre vie, conscient qu'il fut de m'offrir ainsi de recouvrer d'ineffables et précieux souvenirs d'adolescent.

     A chacun ses madeleines !

 

     Il y a en effet exactement 50 ans, pour la première fois, sur ce même siège alors adossé à un des murs de la maison qu'encadraient des poiriers palissés, dans ce petit village des Ardennes belges où mes grands-parents rebâtirent après que l'offensive Von Rundstedt eut totalement détruit leur première demeure, dans le hameau proche où j'étais né seize années auparavant, - en quelque sorte mon Illiers/Combray personnel ! -, je m'immergeai avec une certaine avidité timide, avec une certaine extase aussi, dans un univers confiné, un univers de coteries qui, comédie ou tragédie mondaine, théâtre d'une aristocratie sans Versailles, comme l'aurait défini Emmanuel Levinas, n'était certes pas et ne serait jamais le mien.

 

     Durant les agréables semaines que je passai chez ma grand-mère cette année-là, après son "baiser du soir", je n'aimais rien tant - choisissant ainsi de ne point me coucher de "bonne heure" -, que reprendre à l'endroit où je l'avais la journée de courts instants délaissée, essentiellement pour les repas et le bain, la lecture d'À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust dont je compris très vite, dès les premières pages de mes livres dits de poche dévorés avec un plaisir esthétique que déjà infatigable lecteur jamais encore je n'avais éprouvé, qu'il ne pouvait qu'être un immense écrivain.

     Le seul qui, avec élégance, donnait de l'éternité au style ...

 

     Ce ne fut pas la mondanité dans laquelle, en subtil entomologiste, l'auteur plongeait certains de ses personnages, qu'ils soient du côté de chez Swann, (de Méséglise en fait), ou de Guermantes, qui me subjugua ; ce ne fut pas plus la confrontation entre plusieurs genres de signes qui m'intrigua - l'affaire Dreyfus ou la guerre de 1914 mises à part, uniques références historiques de l'oeuvre, à propos desquelles je ne connaissais alors quasiment rien -, mais, plus certainement, ce furent les ondulations, les circonvolutions, - les longues soies, comme les définissait la comtesse de Noailles -, les méandres de la phrase proustienne, véritable "Cingle de Trémolat", qui me captivèrent, me fascinèrent, m'éblouirent au point d'inexorablement déterminer mes appétences littéraires futures.

 

     Cette intéressante distinction que Montaigne établit dans De l'art de conférer - (Essais, Lausanne, Éditions Rencontre, 1968, Livre III, chapitre VIII, p. 335) - entre maniere et matiere du dire, il aurait sans conteste pu l'appliquer à Proust en accordant l'indiscutable primauté à la manière sur la matière, au dire sur les idées véhiculées ; bref, à la forme sur le fond.

 

     Ce fut, à 16 ans, l'essentiel de ce que j'en retins ...

 

     Dans la préface de leur Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, - (Paris, Plon/Grasset, 2013, p. 11) -, Jean-Paul et Raphaël Enthoven indiquent que la "Recherche" est une oeuvre que tout proustien respectable doit lire au moins quatre fois dans son existence. D'abord, et par bribes, à l'adolescence.

 

     Je le fis. 

 

      Et le père et le fils de terminer leur énumération en indiquant que : La quatrième lecture, enfin, celle du dernier âge de la vie, sera, pour qui y consent, la plus décisive puisque tout, au crépuscule, se dépouille des petits enjeux de vanité ou de conquête.

 

     Boucle bouclée ? J'y consentis ces derniers mois. 

 

          Existe-t-il une meilleure manière de lire Proust que de prendre ainsi son temps, posent-ils comme autre question, quelque 275 pages plus loin ?

 

     J'ai pris mon temps. À tous les âges de ma vie, peu ou prou, je me suis enfoui dans cette oeuvre en fervent admirateur, quasiment en inconditionnel, et toujours avec une délectation sans égale parce que ce roman séminal, adamantin, marqua définitivement ma sensibilité de lecteur. Après sa découverte, rien pour moi, en ce domaine, ne fut plus jamais pareil : les oeuvres romanesques dans lesquelles je me plongeai par la suite, si elles n'étaient évidemment pas toutes cacographies, ne représentèrent plus à mes yeux l'essence même de la beauté formelle, l'essence même de la perfection comme l'est la "Recherche", cette vaste réflexion sur la mémoire, sur le souvenir, sur la plénitude de la réminiscence, - évidence d'un platonisme proustien ! -, sur la substance invisible du temps, sur l'utilité fondamentale de ce temps qu'il soit perdu, révolu ou enfin retrouvé. 

 

 

     (Pour une superbe évocation proustienne, permettez-moi de vous conseiller de découvrir ce récent billet, de Madame Carole Chollet-Buisson.)  

 

 

     Dans Le Rire, dont je vous ai  proposé ce matin un extrait en guise d'exergue, comme dans toute son oeuvre, le philosophe français Henri Bergson (1869-1941), au demeurant cousin par alliance de Marcel Proust, développe l'idée que l'on ne retient habituellement du passé que ce qui peut être utile au présent, que ce qui peut se perpétuer dans le présent.

 

     Mais pour quelle raison, seriez-vous en droit de vous interroger, amis visiteurs, cette longue introduction convoquant Proust, même si, à tout le moins ceux d'entre vous qui me fréquentent un peu, vous n'ignorez plus la révérence qui est mienne à son égard ?  

 

     Dans un texte du 20 mars 1907 intitulé Journées de lecture - titre que je me suis permis de reprendre pour notre présent rendez-vous -, qu'il écrivit pour Le Figaro, il déplore s'être laissé aller à d'importantes digressions plutôt qu'à traiter le sujet promis dès l'entame :

 

     Hélas ! me voici arrivé à la troisième colonne de ce journal et je n'ai même pas encore commencé mon article. (...) Ce sera pour la prochaine fois.

Et si alors quelqu'un des fantômes qui s'interposent sans cesse entre ma pensée et son objet, comme il arrive dans les rêves, vient encore solliciter mon attention et la détourner de ce que j'ai à vous dire, je l'écarterai comme Ulysse écartait de l'épée les ombres pressées autour de lui pour implorer une forme ou un tombeau.

(Marcel Proust, Écrits sur l'art, Paris, GF Flammarion 1053, 1999, p. 247) 

 

     Nul besoin, pour ce qui me concerne, de jouer les Ulysse et d'éloigner un quelconque fantôme proustien ou bergsonien : c'est délibérément que j'ai évoqué ces deux grands écrivains et, entre autres, la notion de mémoire qui leur est chère.

 

     Celle-ci me permet en effet ce jour de rentrée d'ÉgyptoMusée, en prémices à nos futurs entretiens, de vous remettre en mémoire le temps proche où devant l'étagère de gauche dans la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre,

 

 

Vitrine 6 (Côté Seine) (L.-p.)

 

 

nous avons conversé à propos de quelques premiers végétaux, légumes et fruits, ainsi que des croyances que les Égyptiens leur accordaient. 

 

     Rappelez-vous, ce fut le 1er avril 2014 que nous prîmes connaissance de ce que les Conservateurs du lieu avaient cru bon de déposer sur ce plateau vitré. Ensuite, après les vacances pascales, trois mardis consécutifs, nous nous repûmes de laitues : le 22 avril, en  les associant aux hommes, le 29, à leurs dieux et le 6 mai, pour en découvrir les sens cachés puisque - mais est-il encore nécessaire de le répéter ? -, vous avez maintenant compris qu'il est parfaitement obvie que la société d'alors, sans être pourtant le moins du monde thanatophile, entretenait néanmoins d'étroits rapports avec la mort et les divinités.

 

     Les trois autres semaines de ce mois de mai, nous nous tournâmes vers le mimusops : ses fruits, d'abord que nous savourâmes le 13, l'arbre producteur, que nous célébrâmes le 20 pour, le 27, terminer par la symbolique leur.

 

     Dans la foulée, et aux fins de mettre un terme à quelques confusions botaniques, partant, lexicologiques, je consacrai le 3 juin à distinguer deux espèces arboricoles égyptiennes antiques considérées comme sacrées : chaouab, perséa et mimusops, trois termes successivement employés pour ne définir qu'une seule d'entre elles ; arbre-iched et balanite qualifiant la seconde.  

 

     A l'extrémité de l'étagère, c'est à un autre fruit que nous accordâmes nos derniers rendez-vous : la noix-doum que je vous fis apprécier le 10 juin, avant de nous tourner, le 17, vers le palmier qui l'offrait et l'offre encore aux Égyptiens.

 

     C'est néanmoins avec les dieux et les relations qui furent leurs vis-à-vis de cet arbre qu'avant notre interruption estivale, nous apposâmes le point momentanément final  : Min le 24 juin, Taouret le 1er juillet et Thot le mardi 8 suivant.

 

     Maintenant que d'une certaine manière vous avez recouvré tout ou parties de ce temps quelque peu perdu parmi vos souvenirs, - il vous suffit au besoin d'un clic sur chacune des dates mentionnées pour les raviver avec une précision accrue -, tournons-nous, voulez-vous, vers l'avenir tout en continuant bien sûr d'accorder un oeil attentif à notre étagère :

 

 

Etagere---Fruits-et-legumes---Vitrine-6--Cote-Seine---.JPG

 

quels trésors nous révèlera-t-elle encore ?

 

     Hormis les deux simulacres de pièces de viande de l'extrême gauche sur lesquels, pour l'heure, je n'escompte absolument pas m'épancher, j'entends poursuivre l'évocation des autres fruits exposés qui n'attendent que notre bon regard.

     Et, demeurons cohérents, de commencer par les dattes : ainsi, après le palmier-doum, je vous propose, dès le 9 septembre, de faire plus ample connaissance avec le palmier-dattier. Peut-être d'ailleurs eussé-je dû, dans ce même esprit de préséance que tant mit à l'honneur le duc de Saint-Simon dans ses passionnants Mémoires, commencer par ce dernier arbre. Tout choix étant d'une certaine manière stochastique, le hasard - ou plus vraisemblablement, la proximité à la droite de l'étagère du fruit du mimusops et de la noix-doum - me fit d'abord m'occuper de l'un plutôt que de l'autre.

Mais peu vous chaut, je présume ...

 

    Mardi prochain, jour officiel de notre rentrée au Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, puis-je compter sur votre présence, amis visiteurs, pour que nous reprenions nos investigations phyto-religieuses ? 

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Publié par Richard LEJEUNE - dans Égypte : ô Louvre !
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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 23:00

 

Ô Thot, place-moi dans Hermopolis,

ta ville où il est doux de vivre,

tandis que tu me donnes mon nécessaire en pain et bière (...)

 

Ô grand palmier-doum de soixante coudées

qui porte des noix.

Il y a des noyaux à l'intérieur des noix

et de l'eau à l'intérieur des noyaux.

Ô toi qui amènes l'eau dans un lieu éloigné,

 viens et sauve-moi, qui suis un silencieux.

Ô Thot, fontaine d'eau douce à l'homme altéré dans le désert !

 

 


      Prière à Thot

Papyrus Sallier I, 8, 2-6


dans André BARUCQ et François DAUMAS,

Hymnes et prières de l'Égypte ancienne

 

 Paris, Éditions du Cerf, 1980,

 pp. 359-60.

 

 

 

 

     Pour la dernière fois avant que tous, amis visiteurs, nous nous égaillons dans la nature des vacances estivales qu'ÉgyptoMusée s'offre et vous offre, je vous propose d'entrer avec moi dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre. 

 

     Certains d'entre vous l'auront peut-être supputé mardi dernier quand au moment de nous séparer, j'ai annoncé un troisième et ultime rendez-vous consacré à un dieu important qui, lui aussi, fut en étroite relation avec le palmier-doum : c'est bien de Thot dont il s'agira aujourd'hui. Mais avant de tout naturellement diriger nos pas vers la sixième des vitrines dans laquelle, depuis mars 2014, nous découvrons les unes après les autres les pièces exposées côté Seine, et notamment un des différents fruits disposés sur l'étagère accrochée à la gauche de son panneau central, ainsi que dans la coupelle 13 du socle vitré 9 : la noix-doum, j'aimerais que nous nous arrêtions un instant, un instant seulement, ici à l'entrée devant la première vitrine, sur notre droite.   

        

     Certains d'entre vous s'en souviendront peut-être, c'est le 27 octobre 2009 que nous nous étions penchés sur un des ostraca figurés mettant un singe en scène.


 

E-27-666.jpg

(Louvre E 27666 - © Christian Décamps)

 

 

     Mais quel rapport, seriez-vous en droit de me demander, existe-t-il entre le fragment de calcaire examiné voici plus de quatre ans et demi et notre rendez-vous de ce matin ?

 

     Si vous avez pris la peine de relire mon intervention d'alors, vous aurez compris que ce petit ostracon peint donnait à voir une scène éducative : un jeune Nubien dresse l'animal à grimper dans un arbre, vraisemblablement aux fins d'en cueillir les drupes, dont, par ailleurs, il était très friand.

          L'arbre, c'est un palmier et la grappe dessinée, un ensemble de noix-doum.

 

     Concevez qu'est sempiternel dans le chef d'un artiste égyptien de s'inspirer d'une scène de la vie quotidienne aussi concrète que celle-là pour matérialiser une relation hommes/dieux. Concevez également que, dans ce cas d'espèce, le babouin, dont le palmier-doum fut un des habitats naturels, constitue l'animal sacré de Thot, son hypostase, pour m'exprimer dans le langage des savants. Concevez enfin que ce type d'arbre fut emblématique de ce dieu, comme il l'était de Min et de Taouret.

 

     Loin de moi, ici, car point n'est le but de mon propos, l'envie de souligner toutes les compétences, toutes les attributions que les croyances égyptiennes conférèrent à Thot, l'"invention" de l'écriture n'étant pas la moindre d'entre elles.

 

     Qu'elle soit figurée ibiocéphale (sous forme d'ibis) ou cynocéphale (sous forme de singe), cette divinité eut à gérer des rôles nombreux et variés : les temples ptolémaïques, véritables conservatoires de la mémoire mythique, comme les définit l'égyptologue française Bernadette Menu, en attestent si l'on veut bien prendre la peine d'y lire les différentes épiclèses qui le caractérisent. 

     D'où la complexité de l'appréhender sous toutes ses facettes.


     Il est maintenant pour vous avéré que le palmier-doum et les petits singes qui le peuplaient, s'y abritaient et s'y régalaient offre des affinités avec Thot. Rappelez-vous : quand nous nous sommes retrouvés l'année dernière, à l'extrême fin du mois d'août au Musée royal de Mariemont, en Belgique pour l'exposition alexandrine, je vous ai rapidement raconté le mythe de la Déesse lointaine. C'est sous l'aspect d'un Thot cercopithèque que le dieu Chou ramène Hathor en Égypte, la lionne courroucée qui s'était enfuie en Nubie.


     Dans cette scène mythologique, cet arbre caractéristique des contrées nubiennes arides, des contrées éloignées du Sud, celles alors inconnues où le Nil prend sa source, connote, d'après certains papyri, le retour de la Lointaine, le retour de cette déesse Hathor, considérée en tant qu'oeil de Rê que, dès lors, ce dernier recouvra ; partant, - assimilation fréquente chez les Égyptiens -, symbolise le retour tant attendu de la crue bienfaitrice.

 

     En outre, et ce détail me paraît lui aussi important, le palmier en général, qu'il fût dattier ou doum, était intimement lié à la naissance de la lumière, du jour comme de la nuit, et donc à l'aspect lunaire de Thot : ainsi, notamment en tant que dieu lunaire, Thot-babouin, régit-il, lui le "Maître du Temps", les calendriers des fêtes en rapport avec les différentes phases de l'astre nocturne.

C'est aussi à partir de nervures de palmes qu'on le dit comptabiliser les années qui s'écoulent. 

     

     De sorte que dans le parcours d'un défunt pour accéder à l'éternité, Thot devient-il gage de son retour à la lumière, de son devenir lumineux.    

 

      Depuis la XIXème dynastie, et plus spécifiquement à l'époque ptolémaïque, la vignette du chapitre 147 du Livre pour sortir au jour (plus communément appelé Livre des Morts), propose-t-elle un génie cynocéphale accueillant le trépassé une palme à la main.

 

     C'est d'ailleurs ce que veut signifier cette statuette en faïence siliceuse (N 4104) de 5, 65 centimètres de haut que nous avions précédemment croisée dans la vitrine 3 de cette même salle. 

 

N 4104

 

 

           Ce type de statuette de babouin tenant une palme occupe incontestablement une place que vous ne pouvez plus ignorer dans les conceptions funéraires égyptiennes. Il en est de même quand, comme à nouveau vitrine 3, 

 

E 7985

 

vous trouvez ce petit étui à kohol en bois (E 7985), de 8,5 cm de haut datant de la XVIIIèmedynastie : l'animal de Thot est assis sur un socle rectangulaire, joue droite appuyée contre une colonnette au chapiteau palmiforme qu'il agrippe des deux mains : vous aurez compris que non seulement il est censé permettre au mort de passer sans encombre de sa vie ici-bas à celle de l'Au-delà mais, également, de lui assurer son retour à la lumière.

 

     Et si une preuve supplémentaire de toutes ces connotations symboliques il vous fallait pour me croire, amis visiteurs, je vous renverrais à la lecture attentive de l'extrait du Papyrus Sallier que je vous ai proposé d'emblée ce matin.

 

     Si vous vous y référez, vous admettrez que Thot, sous sa forme de babouin, y apparaît à la fois lié au Tribunal de l'Au-delà et au palmier-doum qui, je le souligne derechef, croît dans les déserts, près des points d'eau et des nappes phréatiques peu profondes.

 

     De sorte qu'il soit confronté au Jugement des Morts qu'est la psychostasie ou aux conditions de sécheresse qui règnent dans la nécropole, c'est à Thot, - identifié dans ce cas au puits qui sauve celui qui a soif -, que le défunt s'adressera obligatoirement.

   

     Et, souligne encore ce texte important, c'est l'homme sage, capable de garder le contrôle de soi, qui triomphera de toutes les épreuves d'accession à l'Au-delà. Ce qui, a contrario, signifie que l'homme dépourvu de sagesse perdra, quant à lui, ses chances de survie.

 

 

    Si j'étais un jour amené à publier ces trois derniers entretiens au cours desquels nous avons évoqué la consubstantialité du palmier-doum et de ses fruits à l'une ou l'autre divinité, je pourrais très bien envisager un titre générique tel que :


DU PANTHÉISME AU SEIN DE LA PHYTOLÂTRIE  ÉGYPTIENNE


 

     Mais comme cela ne risque pas d'arriver de si tôt, je me contenterai d'espérer, en ce "mardi de clôture", avoir simplement réussi à vous sensibiliser aux raisons pour lesquelles une prière comme celle du Papyrus Sallier I, ou la figuration d'un défunt se désaltérant au pied d'un palmier-doum, ou la seule présence d'une noix, - fût-elle réelle ou modèle de faïence -, parmi le matériel funéraire acquirent une importance cardinale pour nombre de propriétaires de tombes soucieux de s'assurer une seconde existence.

 

 

 

     Du temps où elle tenait salon tous les mercredis à Paris, Madame Verdurin - je vous plonge quelques minutes dans Proust, vous l'aurez compris -, avant de partir pour la campagne, annonçait, du même ton que si le monde était en train de finir, précise la narrateur, le mercredi de clôture : "Maintenant, officiellement, il n'y a plus de mercredis. C'était le dernier pour cette année."

  

     Puis, elle ajoutait :

   Mais je serai tout de même là le mercredi. Nous ferons mercredi entre nous ; qui sait ? ces petits mercredis intimes, ce seront peut-être les plus agréables.

 

     Si vous concevez comme quelque peu factice cette clôture, vous aurez parfaitement compris, amis d'ÉgyptoMusée, qu'elle est en réalité pour ce qui me concerne promesse d'une nouvelle saison de rendez-vous hebdomadaires, d'une nouvelle année académique pendant laquelle je compte bien poursuivre en votre compagnie la découverte chaque mardi des vitrines de la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Louvre.

 

     Excellentes vacances à tous.

     Et retrouvons-nous, voulez-vous, le mardi 2 septembre prochain ...

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, pp. 118-20 et 284-7.

 

 

BARUCQ André/DAUMAS François,

Hymnes et prières de l'Égypte ancienneParis, Éditions du Cerf, 1980, pp. 359-60.

 

 

BONNAT  Sylvie

Les jardins d'orfèvrerie des tombes du Nouvel Empire. Essai d'interprétation, dans ERUV I, Montpellier, 1999, p. 213.

 

 

GUILHOU  Nadine

Génies funéraires, croque-mitaines ou anges gardiens ? Étude sur les fouets, balais, palmes et épis en guise de couteaux, dans ERUV  I, Montpellier, 1999, p. 388. 

 

 

MENU  Bernadette

L'arpentage, le roi et les dieux, dans ERUV  I, Montpellier, 1999, p. 95.

 

 

PROUST  Marcel

A la recherche du temps perdu, V, Sodome et Gomorrhe, Paris, Gallimard, Livre de Poche 1641-1642, 1966, p. 259. 

 

  

WALLERT  Ingrid

Die Palmen im Alten Ägypten, MÄS 1, Berlin, Verlag Bruno Hessling, 1962, pp. 52-3 ; 79-81 ; 97-8.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 23:00

 

     Prier Toueris des palmiers-doum, se prosterner devant la dame des Deux Terres, qu'elle accorde une belle sépulture après la vieillesse, que mon nom demeure dans son sanctuaire ...

 

 


 

RAMOSE

Stèle de Dorpat


dans Nathalie BAUM,

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne

 

 Louvain, OLA 31, 1988,

 pp. 286-7.

 

 

16.-Palmier-doum--Temple-de-Louxor-.JPG 

 

 

     Mardi dernier, amis visiteurs, poursuivant nos réflexions à propos des noix-doum exposées ici, dans la salle 5 du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, à la fois sur l'étagère accrochée à gauche du panneau central de la vitrine 6, côté Seine, ainsi que dans la coupelle 13 de la neuvième et dernière, j'ai une nouvelle fois évoqué un des membres importants du panthéon égyptien, Min ithyphallique, aux fins d'attirer votre attention sur les rapports qui, après la laitue, étaient siens avec le palmier-doum, un des arbres gages de survie pour ceux qui s'aventuraient dans les contrées arides. 

 

     Ce matin, toujours dans ce même esprit, il m'agréerait de vous entretenir d'une autre déité. En effet, au sein de cette manifestation de présences divines parmi les vivants que personnifièrent certains végétaux aux yeux des Égyptiens, le palmier-doum, outre qu'il l'était de Min, fut également une hypostase de Taouret, - comprenez : La Grande -, la Thouéris (ou Touéris) des Grecs, personnalité gravide, à l'anthropomorphisme pour le moins singulier : une tête d'hippopotame sur un corps de femme à la poitrine flasque, se tenant debout sur ses pattes postérieures, qui sont de lion, comme ses "mains" d'ailleurs, et queue de crocodile dans le dos.

 

     Plusieurs pièces furent mises au jour - table d'offrandes et stèles originaires de Deir el-Médineh -, certifiant cette complicité entre l'arbre et la déesse, à laquelle, pour la circonstance, il fut donné le nom de Taouret n mâmâouTaouret des palmiers-doum. 

 

     L'une d'elles, une stèle cintrée d'une quarantaine de centimètres de hauteur, conservée au Museum de Tartu, en Estonie, - l'ancienne Dorpat -, publiée en 1894 par l'égyptologue allemand Alfred Wiedemann (1856-1936) donne à découvrir les propos du dédicant, le scribe Ramose, que je vous ai lus d'emblée ce matin.

 

     De l'étude de ces monuments, il appert qu'au Nouvel Empire, et plus spécifiquement à l'époque de Ramsès II, Taouret fut perçue comme protectrice des défunts de la nécropole thébaine pour pallier l'éventuel manque d'eau qui pourrait survenir ; liquide qui, nous l'avons vu, était contenu dans l'amande au centre du fruit que donnait le palmier-doum.

 

     Ce "détail" botanique mis à part, quel était donc le lien entre cet arbre nain et un imposant hippopotame ? Ou plutôt, pour être précis, une femelle hippopotame.

 

     De manière à répondre à cette interrogation, je vous renvoie d'abord à un très ancien article de juin 2008 qui, déjà, vous conseillait de distinguer, dans ce cas d'espèce, le mâle, ennemi mortel de l'homme, voué au redoutable et redouté dieu Seth, de la femelle, déesse qui était censée assister et protéger toute parturiente lors d'une naissance.

 

     Ici au Louvre, parmi plusieurs figurations, j'ai retenu pour vous la petite statuette en faïence siliceuse (AF 2346) de la vitrine 2 de la salle 18,


 

Toueris-AF-2346.jpg

(© Louvre - C. Poncet)

 

dans la mesure où, posant les mains sur le hiéroglyphe égyptien signifiant "protection", elle symbolise parfaitement ses "prérogatives" mythologiques. 


     Divinité protectrice de la femme enceinte, de l'accouchement, des nouveau-nés, elle l'était également - et ce n'est point anodin -, du sarcophage.


     Bizarre, penserez-vous. Pas tellement si je vous rappelle que, dans la conception du rituel funéraire de l'époque, cette cuve de pierre matérialisait la couche où s'effectuera l'enfantement d'un défunt, où s'effectuera sa renaissance, son avènement dans une seconde vie, la seule qui soit éternelle, la seule que, son temps ici-bas durant, il s'engagera, de diverses manières, à rendre la plus agréable qu'il lui sera possible.

 

     A l'instar de Min, Taouret fut donc elle aussi symbole de fécondité, de fertilité ; à l'instar de Min, son culte fut lui aussi associé à l'Hyphaene thebaïca, au palmier-doum, qui devint son arbre sacré.

 

     Comprenez-vous maintenant la raison pour laquelle le mort se devait d'emporter quelques-uns de ses fruits dans son matériel funéraire, en vue non seulement d'accéder, par leur seule figuration, à cette éternité tant souhaitée mais aussi d'en toujours bénéficier pour se désaltérer ?

     Sans oublier que cet arbre constituait à lui seul un parfait indicateur de points d'eau salvateurs ...


     Ni qu'un autre dieu, extrêmement important, lui fut pareillement associé, à nouveau pour subvenir aux besoins de ceux qui ont soif, ainsi que diverses autres raisons que je me ferai plaisir d'évoquer lors de notre ultime rendez-vous avant les vacances estivales, mardi 8 juillet prochain.   

 

     Ces notions posées, une question me vient à l'esprit, amis visiteurs : verrez-vous dorénavant ces petits palmiers qui, très souvent, connotent pour vous le concept de vacances, de mer bleue, de plage, de farniente, avec les mêmes yeux que précédemment ?  

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

BAUM  Nathalie

Arbres et arbustes de l'Égypte ancienne, OLA 31, Louvain, Peeters, 1988, pp. 119 ; 286-7.

 

 

KOEMOTH Pierre

Bosquets, arbres sacrés et dieux guerriers, dans Egyptian religion : The last Thousend years. Studies dedicated to the memory of Jan Quaegebeur, Part 1, OLA 84, Louvain, Peeters, p. 647. 

 

 

WALLERT  Ingrid

Die Palmen im Alten Ägypten, Berelin, Verlag Bruno Hessling, 1962, pp. 106-8

 

 

WIEDEMANN  Alfred

Egyptian monuments at Dorpat, PSBA XVI, Bloomsbury, 1894, pp. 152-3.

(Librement téléchargeable sur ce site.)


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